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La jeunesse québécoise : un regard nouveau sur le français

2008-05-28

Québec, le 28 mai 2008. - Vendredi dernier, au cours d'une réception soulignant son trentième anniversaire, le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) a procédé au lancement de sa toute dernière publication, intitulée Le français et les jeunes. La cérémonie s'est déroulée en présence de madame Christine St-Pierre, ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française.

Rédigé par Nathalie St-Laurent, sociologue et agente de recherche au CSLF, Le français et les jeunes présente les résultats d'une étude qualitative menée entre 2006 et 2008. Pour les besoins de l'étude — qui a comporté deux étapes — on a d'abord réuni 93 jeunes Québécois francophones, anglophones et allophones, âgés de 23 à 35 ans. Douze groupes de discussion ont été constitués pour permettre à ces jeunes de s'exprimer, pendant deux jours, sur différentes thématiques liées à la langue française au Québec.

« Les propos recueillis lors de cette recherche dessinent un nouveau portrait de la société québécoise. Si les jeunes sont optimistes et confiants à l'égard du fait français du Québec, ils sont toutefois bien conscients de la nécessité d'entretenir les efforts de valorisation de la langue française », souligne monsieur Conrad Ouellon, président du CSLF.

Il est important de rappeler que les jeunes ayant participé à l'étude sont la première génération à expérimenter le français comme langue commune au Québec. Ils attachent une grande importance à la langue française, celle-ci faisant partie intégrante de leur identité. « Il s'agit également de la première génération de jeunes allophones qui a été scolarisée dans les écoles françaises; les participants sont en outre les premiers à avoir grandi au contact de la diversité ethnoculturelle  », rappelle Nathalie St-Laurent.

Ce contact avec les Néo-Québécois est probablement un des facteurs qui ont contribué à favoriser l'ouverture des jeunes sur le monde. En effet, si les participants à l'étude reconnaissent l'importance de la maîtrise du français au Québec, leur rapport à l'anglais et aux autres langues diffère de celui des générations précédentes. Loin de sentir que ces langues menacent la vie en français au Québec, ils les perçoivent plutôt comme un atout permettant une ouverture sur le monde. « Dans le cadre du travail par exemple, la plupart des jeunes ont affirmé utiliser principalement le français, bien qu'ils fassent occasionnellement usage de l'anglais. Dans le contexte de la mondialisation de l'économie, l'usage de l'anglais est perçu comme un incontournable qui ne menace en rien leur identité de travailleur francophone. Les jeunes travailleurs ont développé un rapport instrumental avec l'anglais », explique la chercheuse.

Cependant, tout n'est pas rose dans le rapport qu'entretiennent les jeunes avec la langue anglaise. En effet, la majorité des jeunes souhaitent avoir la possibilité d'être servis en français, mais se disent relativement ouverts à ce que l'anglais soit également présent. Ils considèrent l'absence complète du français dans la langue d'accueil et de service comme inacceptable, mais pas au point de porter plainte. Dans les faits, la plupart affirment adopter une attitude conciliante en optant pour l'anglais, pour des raisons d'efficacité. Le scénario se répète dans les situations de communication avec un interlocuteur non-francophone; les jeunes sont très conciliants et ont tendance à opter rapidement pour l'anglais lorsque l'autre ne parle pas français ou lorsqu'ils détectent un accent différent. En ce qui concerne l'affichage, les jeunes ont tendance à juger la question comme étant moins problématique, puisque la Charte de la langue française encadre étroitement les pratiques. Il est intéressant de noter toutefois que ce sont les « enfants de la loi 101 » qui ont décrié le plus ouvertement la présence importante de l'anglais dans l'affichage, considérant que cela nuit à la création d'un environnement francophone propice à la valorisation du français.

Malgré cette ambivalence et cette ouverture nouvelle à l'anglais et aux autres langues, les jeunes demeurent conscients de l'importance de valoriser le français, tant dans sa maîtrise par les individus que par la place que la langue française occupe dans la sphère publique. L'ensemble des jeunes reconnaît la pertinence de la Charte de la langue française. Toutefois, « pour eux, la meilleure manière de consolider la place du français au Québec passe par des moyens incitatifs, tels que les campagnes de sensibilisation et la conscientisation, par la valorisation et le renforcement positif à la fois de l'apprentissage et de l'usage du français. Ils souhaitent en effet convaincre les non-francophones de vouloir vivre en français au Québec plutôt que de les y forcer », résume Nathalie St-Laurent.

 

Des recommandations pertinentes

Cette préférence pour les moyens incitatifs plutôt que pour des mesures coercitives figure d'ailleurs au nombre des recommandations d'orientations et d'actions adressées au CSLF par les jeunes dans la seconde partie du rapport. « Les jeunes estiment qu'il vaut mieux tirer profit des modalités actuelles de la Charte plutôt que de la rendre plus coercitive », peut-on lire dans le document.

L'importance d'assurer une meilleure coordination des efforts et la pertinence de poursuivre l'analyse et la diffusion des données sur la langue au Québec font également partie des recommandations des jeunes, au même titre que la facilitation de l'accès aux cours de français pour les non-francophones.

« Les recommandations formulées par les jeunes ont été bien accueillies par les membres du CSLF, affirme le président. Elles vont dans le sens de la volonté du CSLF de proposer des moyens concrets d'assurer la cohésion sociale à l'aide de la langue. Le prochain avis du CSLF, dont la sortie est prévue pour la fin du mois de juin, en tiendra compte. »

Le rapport complet est accessible dans la section Études de la Bibliothèque virtuelle du site Web du CSLF.

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