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INDICATEURS de la situation linguistique au Québec

INDICATEURS de la situation
linguistique
au Québec

Conseil de la langue française
Secrétariat à la politique linguistique
Office de la langue française
Commission de protection de la langue française






Avec la collaboration de la Commission de toponymie
et des ministères québécois suivants

Affaires culturelles
Communautés culturelles et Immigration
Communications
Éducation
Enseignement supérieur et Science


Avril 1991





La responsabilité des textes et des données statistiques présentés
dans ce fascicule incombe à chacun des ministères et organismes.


Cet ouvrage a été publié par
le Service des communications
du Conseil de la langue française.

®1991 Gouvernement du Québec

Tous droits de traduction et d'adaptation,
en totalité ou en partie, réservés pour tous
les pays. Toute reproduction pour fins
commerciales, par procédé mécanique ou
électronique, y compris la microreproduction,
est interdite sans l'autorisation écrite
du gouvernement du Québec.

Dépôt légal — 2e trimestre 1991
Bibliothèque nationale du Québec

ISBN 2-550-22001-3




Table des matières




PREMIÈRE PARTIE
INDICATEURS DE SITUATION

1 Langue et population
1.1 Langue maternelle et langue d'usage, 1971-1986
1.2 Connaissance du français et de l'anglais, 1971-1986
1.3 Transferts linguistiques, 1971 et 1981
1.4 Indice de continuité linguistique, 1971 et 1981
1.5 Indice de fécondité, 1976 et 1981

2 Langue et immigration
2.1 Langue maternelle
2.1.1 Langue maternelle de la population immigrée recensée au Québec en 1986
2.1.2 Principales langues maternelles recensées autres que française ou anglaise, 1986
2.1.3 Langue maternelle des immigrants admis au Québec, 1980-1989
2.2 Connaissance du français et de l'anglais
2.2.1 Connaissance du français et de l'anglais parmi la population immigrée recensée au Québec en 1986
2.2.2 Connaissance du français et de l'anglais parmi la population immigrée de langue maternelle autre recensée au Québec en 1986
2.2.3 Connaissance du français et de l'anglais parmi les immigrants admis au Québec, 1970-1989
2.3 Langue d'usage
2.3.1 Langue d'usage de la population immigrée recensée au Québec en 1986
2.3.2 Langue d'usage de la population immigrée de langue maternelle autre que française ou anglaise recensée au Québec en 1986

3 Langue et éducation
3.1 Préscolaire, primaire et secondaire
3.1.1 Enseignement en français dans le réseau préscolaire, primaire et secondaire, 1980-1989
3.1.2 Mobilité linguistique des élèves allophones, 1983-1989
3.1.3 Élèves admissibles à l'enseignement en anglais, 1983-1989
3.1.4 Élèves admissibles à l'enseignement en anglais qui étudient en français, 1983-1989
3.2 Collégial
3.2.1 Choix de la langue d'enseignement au collégial, 1980-1989
3.2.2 Transferts de langue d'enseignement du secondaire au collégial, 1983 et 1986
3.2.3 Taux de sanction des études collégiales selon la langue maternelle, cohorte de 1980
3.2.4 Taux de sanction des études collégiales selon la langue maternelle et la langue d'enseignement, cohorte de 1980
3.3 Université
3.3.1 Choix de la langue d'enseignement à l'université, 1984-1988
3.3.2 Accès au diplôme universitaire, 1988

4 Langue et travail
4.1 Marché du travail
4.1.1 Participation au marché du travail, 1971-1986
4.1.2 Propriété des entreprises, 1961-1987
4.1.3 Francophonisation des postes de cadres, 1959-1988
4.2 Langue de l'informatique au travail
4.2.1 Langue des logiciels utilisés par les usagers de l'informatique au travail, 1986 et 1989
4.2.2 Langue des manuels d'utilisation des appareils informatiques au travail, 1986 et 1989

5 Langue et revenus
5.1 Distribution du revenu total entre les groupes linguistiques, 1970 et 1980
5.2 Écarts de revenus entre les groupes linguistiques, 1970 et 1980
5.3 Effet des attributs linguistiques sur le revenu, à scolarité égale, 1970 et 1980

6 Langue et communication
6.1 Presse écrite
6.1.1 Langue des quotidiens, 1960-1990
6.1.2 Composition du lectorat des quotidiens montréalais selon la langue maternelle, 1990
6.1.3 Langue des hebdomadaires, 1960-1989
6.1.4 Périodiques francophones, 1960-1989
6.2 Télévision
6.2.1 Écoute de la télévision par les francophones, 1981-1989
6.2.2 Écoute de la télévision selon la langue d'usage, 1987-1989
6.3 Radio
6.3.1 Langue de diffusion des stations de radio, 1970-1990
6.3.2 Langue de diffusion et heures d'écoute des stations de radio, 1989
6.3.3 Écoute des stations de radio de langue anglaise par les francophones, 1989

7 Langue et culture
7.1 Édition
7.1.1 Langue de l'édition de monographies, 1972-1989
7.1.2 Langue de l'édition commerciale, 1972-1989
7.1.3 Langue des publications du gouvernement du Québec, 1972-1989
7.2 Cinéma et vidéocassette
7.2.1 Langue de projection dans les cinémas, 1976-1989
7.2.2 Langue d'écoute des films sur vidéocassettes selon la langue maternelle, 1987-1989
7.2.3 Répartition des spectateurs de films sur vidéocassettes selon la langue d'écoute, 1987-1989


DEUXIÈME PARTIE
INDICATEURS DE PROGRAMMES

8 Francisation des entreprises
8.1 Processus de certification des entreprises de 50 personnes et plus
8.2 Certification des entreprises, 1979-1990
8.3 Certification des entreprises selon le secteur d'activité économique, 1990
8.4 Certification des entreprises du secteur manufacturier selon l'utilisation de la technologie, 1990
8.5 Appréciation de l'état d'avancement de la francisation dans les entreprises en application de programme, 1990
8.6 Durée des programmes de francisation des entreprises

9 Francisation de l'Administration
9.1 Certification des ministères et des organismes gouvernementaux, 1980-1990
9.2 Certification des organismes municipaux, 1980-1990
9.3 Certification des organismes scolaires, 1980-1990
9.4 Certification des établissements de santé et de services sociaux, 1980-1990

10 Services linguistiques
10.1 Consultations linguistiques et terminologiques, 1981-1990
10.2 Abonnés de la Banque de terminologie du Québec, 1981-1990

11 Demandes d'enquête (CPLF)
Suivi des demandes d'enquête adressées à la Commission de protection de la langue française, 1978-1990

12 Admissibilité à l'enseignement en anglais
Demandes annuelles d'admissibilité à l'enseignement en anglais, 1983-1989

13 Langue et toponymie
Langue de dénomination des toponymes officialisés, 1978 et 1991




Collaboration




Membres du comité interorganismes

Conseil de la langue française Pierre Georgeault, directeur des études et recherches
Paul Béland
Louise Sylvain
Secrétariat à la politique linguistique Guy Dumas, secrétaire par intérim
Serge Lavallée
Office de la langue française Pierre Bouchard, chef du Service de la recherche
Commission de protection de la langue française Yvon Labonté, directeur des opérations
Pierre Sénécal

Personnel participant des ministères ou organismes

Affaires culturelles Rosaire Garon
Commission de toponymie Alain Vallières
Communautés culturelles et Immigration Madeleine Gagné, directrice des études et de la recherche
Paul Simard, ex-directeur des études et de la recherche
Mireille Baillargeon
Claire Benjamin
Communications Claude-Edgar Dalphond
Marc Deschênes
Anne Girard
Michel Pelletier
Éducation Diane Brassard
André Lespérance
Enseignement supérieur et Science Jacques LaHaye Mireille Levesque



Présentation




Le Conseil de la langue française est heureux de mettre à la disposition des responsables des organismes gouvernementaux et du public ce premier fascicule d'indicateurs linguistiques. En posant ce geste, le Conseil remplit son mandat de surveiller la situation linguistique au Québec et d'informer le public. Il veut, en effet, mettre sur pied un tableau de bord de la francisation qui soit en même temps un outil d'information, d'analyse et de gestion. Ce tableau rassemble des indicateurs de situation et de programmes, construits à partir d'observations factuelles et de données d'enquêtes ou de sondages.

Il faut savoir gré à la Direction des études et recherches du Conseil d'avoir adopté une idée de la commission Gendron et de l'avoir fait cheminer, et au Secrétariat à la politique linguistique d'avoir pris l'initiative de faire du projet une des priorités de la programmation des activités interorganismes, d'avoir suscité la collaboration des ministères et de s'être admirablement acquitté du rôle de coordination.

Mais il faut aussi souligner que ce travail est un bel exemple de collaboration intense et riche entre les organismes de la Charte et les nombreux ministères qui se sont engagés dans ce projet : le ministère des Affaires culturelles, le ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, celui des Communications, celui de l'Éducation et celui de l'Enseignement supérieur et de la Science.

Le défi à relever est maintenant de poursuivre ce travail : ajouter d'autres indicateurs pertinents et, tout en perfectionnant ce fascicule général et global, élaborer des fascicules thématiques où les tendances illustrées seront davantage mises en relief, décomposées, expliquées.

Je tiens à féliciter toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de ce projet, soit les membres du comité interorganismes :
Paul Béland, Pierre Georgeault et Louise Sylvain du Conseil de la langue française,
Guy Dumas et Serge Lavallée du Secrétariat à la politique linguistique, Pierre Bouchard de l'Office de la langue française,
Yvon Labonté et Pierre Sénécal de la Commission de protection de la langue française,
ainsi que les membres participants du personnel des ministères dont la liste apparaît ci-contre.

Pierre-Étienne Laporte, président
Conseil de la langue française





Première partie
Indicateurs de situation






1 Langue et population

1.1 Langue maternelle et langue d'usage, 1977-1986

La langue maternelle et la langue d'usage sont deux des éléments clefs utilisés en démolinguistique. Les recensements canadiens ont toujours demandé des renseignements sur la langue maternelle, c'est-à-dire sur la première langue apprise et toujours comprise. Par contre, les informations sur la langue d'usage, c'est-à-dire la langue la plus souvent parlée à la maison, ne sont recueillies que depuis 1971.

Les résultats des recensements canadiens montrent qu'entre 1951 et 1986 la population québécoise s'est fortement accrue puisqu'elle est passée de 4 à 6,5 millions de personnes. La proportion de francophones, définie selon la langue maternelle, a baissé de 1951 (82,5 %) à 1971 (80,7 %) et a augmenté depuis pour atteindre 82,9 % en 1986. La proportion des anglophones a régulièrement diminué entre 1951 (13,8 %) et 1986 (10,3 %) et celle des allophones a régulièrement progressé, passant de 3,7 % en 1951 à 6,8 % en 1986.

Si on considère la langue d'usage, la proportion des francophones s'est accrue, entre 1971 et 1986, de 1,8 point, celle des allophones de 0,8 point. En contrepartie, la proportion des anglophones a subi une perte de 2,6 points.



Graphique 1.1a
Distribution de la population selon la langue d'usage,
ensemble du Québec, 1971-1986 (en milliers)


On constatera cependant que la proportion de la population anglophone définie par la langue d'usage est toujours supérieure à la proportion observée lorsqu'elle est définie par la langue maternelle : en 1986, les pourcentages sont respectivement de 12,1 % et 10,3 %.

Ces données illustrent globalement la tendance démographique lourde d'une plus grande francophonisation du Québec, c'est-à-dire d'un accroissement du nombre de francophones. Les indicateurs suivants, qui traitent de la mobilité linguistique, apportent un certain éclairage sur ce phénomène.



Tableau 1.1
Répartition (en %) de la population selon la langue maternelle
et la langue d'usage,

ensemble du Québec, 1951-1986 et 1971-1986


Graphique 1.1b
Distribution de la population selon la langue maternelle,
ensemble du Québec, 1951-1986 (en milliers)


1.2 Connaissance du français et de l'anglais, 1971-1986

La connaissance exclusive de la langue maternelle diminue régulièrement tant dans l'ensemble du Québec que dans la région métropolitaine de Montréal. Dans l'ensemble du Québec, les francophones qui ne connaissent que leur langue maternelle passent de 74,3 % en 1971 à 70,3 % en 1986, la proportion des anglophones de 63,3 % à 44,8 %, et celle des allophones de 17,0 % à 11,3 %.

La connaissance du français et de l'anglais augmente régulièrement: les francophones qui disent connaître les deux langues passent de 25,7 % à 29,6 % (gain de 3,9 points), tandis qu'à Montréal l'augmentation est plus importante : elle passe de 38,3 % à 43,8 % (gain de 5,5 points). Chez les anglophones et les allophones, les croissances sont plus fortes, particulièrement dans la région métropolitaine de Montréal. En effet, la proportion des anglophones qui déclarent connaître les deux langues passe de 34,9 % à 54,2 % et celle des allophones s'accroît de 34,5 % à 50,1 %.

Notons que, chez les allophones, la connaissance du français a réalisé des gains importants. L'addition des unilingues et des bilingues montre en effet qu'en 1971, 47,2 % des allophones de la région métropolitaine de Montréal disaient connaître au moins le français alors qu'en 1986, ce pourcentage atteint 67,2 %. Au cours de la même période, la connaissance de l'anglais est passée de 70,9 % à 72,4 %. La connaissance du français a donc progressé chez les allophones, mais elle demeure moins répandue que celle de l'anglais.

La tendance générale des déclarations faites par l'ensemble de la population québécoise est donc celle d'une augmentation de la connaissance du français. Depuis 1981, la majorité des anglophones (53 %) et des allophones (plus de 62 %) déclarent connaître le français.



Tableau 1.2
Répartition (en %) des connaissances linguistiques
par langue maternelle,

ensemble du Québec et Montréala, 1971-1986


Graphique 1.2
Répartition (en %) des connaissances linguistiques
par langue maternelle,

Montréala, 1971-1986


1.3 Transferts linguistiques, 1971 et 1981

Les transferts d'une langue maternelle vers une autre, qui devient alors la langue d'usage (la plus souvent parlée à la maison), sont relativement nombreux au Québec.

En effet, les transferts linguistiques recensés en 1981 touchaient plus de 360 000 personnes. En règle générale, ces transferts sont favorables à l'anglais, c'est-à-dire que plus de personnes adoptent l'anglais comme langue d'usage qu'il n'y en a qui choisissent le français.

Comme l'illustre le graphique ci-contre, le solde de ces transferts ne représente pour le français qu'un gain de 3 700 personnes en 1971 et de 8 390 en 1981, alors que le gain de l'anglais était de 99 045 personnes en 1971 et de 114 230 en 1981. Les gains de l'anglais sont donc au moins 13 fois plus importants que ceux du français.

Cet indicateur montre de façon éloquente le pouvoir d'attraction de l'anglais au Québec comparativement à celui du français, tant en 1971 qu'en 1981.



Tableau 1.3
Nombre de transferts linguistiques bruts
ensemble du Québec, 1971 et 1986


Graphique 1.3
Solde des transferts linguistiques,
ensemble du Québec, 1971 et 1981 (en nombres absolus)


1.4 Indice de continuité linguistique, 1971 et 1981

L'indice de continuité linguistique constitue une mesure de la capacité d'un groupe linguistique à conserver, accroître ou réduire sa taille grâce à la mobilité linguistique. En d'autres mots, il évalue la capacité d'un groupe à intégrer des personnes qui ont une langue maternelle différente. Il se calcule en établissant le rapport entre les effectifs d'une langue d'usage donnée et ceux de la même langue maternelle.

Le groupe anglophone profite davantage de la mobilité linguistique que le groupe francophone. En 1981, l'indice de continuité est de 119,2, ce qui signifie que l'anglais est 1,19 fois plus souvent mentionné comme langue d'usage que comme langue maternelle. La situation était comparable en 1971 alors que l'indice de continuité était de 118,3.

Le groupe francophone ne tire pratiquement aucun profit de la mobilité linguistique, puisque l'indice est de 100,3 en 1981 (100,2 en 1971).

Les allophones, pour qui l'indice est de 67,5, alimentent, comme l'a montré l'indicateur précédent, la communauté francophone, mais surtout la communauté anglophone.

Dans la région de Montréal, l'anglais exerce une plus grande attraction que dans l'ensemble du Québec. L'indice de continuité est en effet de 122,6 à Montréal en 1981 (120,7 en 1971). Notons l'accroissement de l'indice de 1,9 point entre 1971 et 1981.



Tableau 1.4
Indice de continuité linguistique par langue maternelle
ensemble du Québec et Montréala, 1971 et 1981,
population âgée de 25 à 44 ans


Graphique 1.4
Indice de continuité linguistique par langue maternelle,
ensemble du Québec et Montréal, 1981,
population âgée de 25 à 44 ans


1.5 Indice de fécondité, 1976 et 1981

L'indice de fécondité, c'est-à-dire le nombre d'enfants mis au monde par les femmes en âge de procréer, est un signe important de la vitalité d'un groupe social, car il montre dans quelle mesure, à moyen terme, ce groupe se renouvelle. Comme les transferts linguistiques, cet indicateur est un facteur déterminant de la situation démolinguistique puisque la fécondité varie selon les groupes linguistiques. Par ailleurs, ces deux facteurs contribuent à la modification du poids démographique d'un groupe par rapport aux autres.

La fécondité des Québécoises n'atteint pas le nombre moyen de 2,1 enfants par femme, nécessaire, selon les démographes, au renouvellement de la population. La fécondité a même diminué entre 1976 et 1981, passant de 1,81 à 1,62 enfant par femme en âge de procréer. Les anglophones ont les plus faibles taux, soit 1,26 en 1976 et 1,28 en 1981, tandis que les allophones ont les taux les plus élevés, soit 2,69 en 1976 et 1,98 en 1981. Les francophones se situent à peu près à mi-chemin entre les deux groupes avec des indices de fécondité de 1,84 en 1976 et 1,64 en 1981.

La situation est plus grave à Montréal où le taux global de fécondité n'atteint que 1,37 en 1981. Il faut noter le léger regain chez les anglophones (1,19 en 1976 et 1,26 en 1981) et la forte baisse chez les allophones (2,71 en 1976 et 1,84 en 1981). Chez les francophones, on observe également une baisse de la fécondité, mais moins accentuée que chez les allophones; l'indice passe de 1,43 en 1976 à 1,30 en 1981.

Cette tendance au non-renouvellement de la population québécoise constitue un facteur névralgique quant à l'avenir de la francisation au Québec.



Tableau 1.5
Indice synthétique de fécondité par langue maternelle,
ensemble du Québec et Montréala, 1976 et 1981


Graphique 1.5
Indice synthétique de fécondité par langue maternelle,
ensemble du Québec, 1976 et 1981


2 Langue et immigration

2.1 Langue maternelle

2.1.1 Langue maternelle de la population immigrée recensée au Québec en 1986

La population immigrée, telle que définie dans les données du recensement, comprend les personnes nées à l'étranger qui ont obtenu le droit de résidence permanente. Depuis leur arrivée au pays, elles peuvent avoir acquis ou non la citoyenneté canadienne. Toutefois, leurs enfants nés en sol québécois sont exclus de cette catégorie pour être intégrés à la population native québécoise.

Les données de recensement décrivent non pas les caractéristiques de toutes les personnes qui ont immigré au Québec au cours d'une période donnée, mais seulement de celles qui y sont encore. Interviennent donc des facteurs tels que la mortalité et l'émigration qui ne touchent pas tous les groupes de la même façon1.

La majorité (54 %) des Québécois immigrés se déclarent de langue maternelle unique autre que française ou anglaise. Cette situation n'est pas récente, comme on peut le constater à l'examen des périodes d'immigration. À partir de la période 1971-1975, la proportion de la population immigrée de langue maternelle autre s'accroît sans cesse (de 47 % à 56 %), ce qui reflète la diversification des pays d'origine et la situation mondiale des courants migratoires.

En outre, au recensement de 1986, les personnes immigrées ont davantage le français (19 %) que l'anglais (17 %) comme langue maternelle. Notons la baisse continue de la représentation des personnes de langue maternelle anglaise parmi la population immigrée, tant en nombre qu'en pourcentage, parmi les cohortes récentes. Pour sa part, la population immigrée de langue maternelle française s'accroît à l'examen des cohortes de 1971-1975 et de 1976-1980. Bien que la proportion des arrivants francophones accuse une baisse au cours de la dernière période étudiée, ceux-ci sont encore supérieurs en nombre par rapport aux anglophones.




1 Les données recueillies sur la langue maternelle sont aussi tributaires de facteurs tels que le sous-dénombrement du recensement et, là aussi, certains groupes sont plus touchés que d'autres; il y a enfin la perte toujours possible de sa langue maternelle. [retour au texte]




Tableau 2.1.1
Répartition de la population immigrée selon la langue maternelle, par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986


Graphique 2.1.1
Répartition (en %) de la population immigrée selon la langue maternelle, par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986


2.1.2 Principales langues maternelles recensées autres que française ou anglaise, 1986

Retracer la composition de la population immigrée selon la langue maternelle demande de se référer aux différents mouvements qui ont caractérisé l'immigration passée et récente. En effet, bien que l'on s'en tienne, par les données du recensement, aux caractéristiques des personnes encore présentes sur le territoire, ces populations linguistiques sont celles qui ont été alimentées par l'immigration. Le tableau retenu pour illustrer la composition diversifiée de la population immigrée de langue maternelle autre que française ou anglaise couvre trois périodes.

Il faut noter tout d'abord la prépondérance de la période antérieure à 1971 qui représente à elle seule 61 % du groupe. Le poids de certaines langues comme l'italien, le grec, l'allemand y est tel qu'au classement total ces langues se situent respectivement au premier, au second ou au cinquième rang malgré la perte d'importance qu'elles ont subie parmi les cohortes plus récentes. Pour sa part, le portugais se situe au quatrième rang; déjà importante chez les cohortes anciennes, cette langue occupe le deuxième rang parmi les arrivants de 1971-1980 et le dixième rang parmi ceux de 1981-1986. Le hongrois se classe au dixième rang en raison de son poids dans les cohortes anciennes.

Par ailleurs, il faut remarquer l'importance des langues maternelles telles que l'espagnol, le chinois, le vietnamien, l'arabe au cours des périodes 1971-1980 et 1981-1986, qui leur permet de se hisser respectivement aux troisième, sixième, neuvième et septième rangs.

Les dix principales langues représentent plus des trois quarts de la population immigrée de langue maternelle autre que française ou anglaise. Cette situation est la même pour chacune des cohortes étudiées.



Tableau 2.1.2
Principales langues maternelles de la population immigrée de langue maternelle autre que française ou anglaise, par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986


Graphique 2.1.2
Répartition de la population immigrée de langue maternelle autre que française ou anglaise selon la langue maternelle,
ensemble du Québec, 1986


2.1.3 Langue maternelle des immigrants admis au Québec, 1980-1989

Pour l'ensemble de la période 1980-1989, les immigrants accueillis par le Québec présentaient le profil suivant selon la langue maternelle : le français pour 10 % d'entre eux, l'anglais pour 9 %, et 81 % pour les autres langues. Si on divise la décennie en deux périodes quinquennales, il faut noter la croissance de l'importance des immigrants de langue maternelle autre : de 77 % au cours de la première, la proportion est passée à 85 % au cours de la seconde. Par ailleurs, pour les périodes retenues, la représentation des personnes de langue maternelle française est un peu plus élevée que celle des anglophones.

Sans se référer aux périodes antérieures, puisque les données administratives sur la langue maternelle des immigrants admis depuis 1980 ne sont pas disponibles, il est toutefois possible d'établir un rapport entre le profil linguistique des immigrants actuels et la diversification continue de l'immigration quant aux pays d'origine, ce qui indique un accroissement des courants Sud-Nord. La diversité des sources d'immigration comme celle que le Québec a connue au cours des années 80 a contribué à l'accroissement des langues d'origine autres que française ou anglaise.

Ce sont l'arabe, l'espagnol, le créole, le cantonais et le vietnamien qui sont les principales langues maternelles autres que le français ou l'anglais pour l'ensemble de la période 1980-1989. Chacune se retrouve à l'intérieur des deux périodes quinquennales, mais pas au même rang. Notons que l'arabe, qui est la langue de quelque 27 500 nouveaux arrivants, dépasse le français et se classe ainsi au premier rang; l'espagnol, avec plus de 20 000 individus et le créole, avec tout près de 20 000, se placent immédiatement après le français (22 000). Suivent l'anglais (environ 19 000), le cantonais (plus de 13 000) et le vietnamien (environ 12 000).



Tableau 2.1.3
Répartition des immigrants admis au Québec
selon la langue maternelle,

1980-1984 et 1985-1989a


Graphique 2.1.3
Répartition (en %) d'immigrants admis au Québec
selon la langue maternelle,

1980-1984 et 1985-1989


2.2 Connaissance du français et de l'anglais

2.2.1 Connaissance du français et de l'anglais parmi la population immigrée recensée au Québec en 1986

À partir des réponses fournies à la question posée par le recensement quant à la capacité des personnes de soutenir une conversation en français et en anglais, 45 % des personnes immigrées recensées au Québec en 1986 se sont déclarées bilingues, 25 % ont dit connaître l'anglais seulement, 24 % le français seulement et 6 % aucune de ces deux langues. Au total, on trouve donc, au sein de la population immigrée, presque autant de personnes qui peuvent s'exprimer en français (69 %) qu'en anglais (70 %).

Par ailleurs, il faut noter un changement en faveur du français à l'intérieur des différentes cohortes. Si les personnes arrivées avant 1971 ont déclaré, en plus grand nombre, connaître l'anglais plutôt que le français (77 % contre 67 %), la situation s'est inversée à l'intérieur des cohortes arrivées ultérieurement, ce qui reflète une plus grande pénétration du français parmi les cohortes de langue maternelle autre.



Tableau 2.2.1
Répartition de la population immigrée selon la connaissance du français et de l'anglais, par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986a


Graphique 2.2.1
Répartition (en %) de la population immigrée selon la connaissance du français et de l'anglais, par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986


2.2.2 Connaissance du français et de l'anglais parmi la population immigrée de langue maternelle autre recensée au Québec en 1986

En 1986, quelque 65 % des personnes immigrées de langue maternelle unique autre que française ou anglaise ont déclaré avoir une connaissance suffisante du français pour soutenir une conversation : 22 % s'en tenaient à la seule connaissance du français et 43 % pouvaient converser soit en français, soit en anglais.

Les données de 1986 montrent par ailleurs, à l'instar des autres recensements, l'influence de la durée de résidence sur l'apprentissage d'une nouvelle langue : proportions plus élevées de personnes qui ne connaissent ni le français ni l'anglais et proportions plus faibles de bilingues parmi les cohortes récemment arrivées.

En outre, il est possible de constituer un indice pour illustrer le rapport entre le nombre total de personnes qui déclarent connaître le français par rapport à celles qui disent connaître l'anglais (voir le graphique ci-contre). Les personnes bilingues sont ainsi comptabilisées dans les deux groupes. Cet indice permet de constater qu'un plus grand nombre d'immigrants déclarent en 1986 connaître l'anglais plutôt que le français. Cependant, parmi les cohortes récentes, on retrouve un nombre supérieur de personnes qui se disent capables de communiquer en français par rapport à celles qui déclarent pouvoir le faire en anglais.

Chez les moins de 15 ans, ceux qui connaissent le français sont deux fois plus nombreux que ceux qui connaissent l'anglais. Le groupe des 45 ans et plus vit une situation inverse, en raison de l'importance numérique des cohortes anciennes dans ce groupe.



Tableau 2.2.2
Répartition (en %) de la population immigrée de langue maternelle unique autre selon la connaissance du français et de l'anglais, par groupe d'âge, par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986


Graphique 2.2.2
Nombre de personnes qui connaissent le français pour 100 qui connaissent l'anglais, parmi la population immigrée de langue maternelle unique autre, par groupe d'âge et par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986


2.2.3 Connaissance du français et de l'anglais parmi les immigrants admis au Québec, 1970-1989

L'immigration québécoise des années 80 était composée aux deux tiers environ (65 %) de personnes qui ne connaissaient pas le français au moment de leur admission : 41,8 % d'entre elles ne connaissaient ni le français ni l'anglais, et 23,6 % étaient unilingues anglophones.

Bon nombre d'immigrants de langue maternelle autre que française ou anglaise ne connaissent ni l'une ni l'autre de ces langues à leur arrivée au Québec. Cette situation n'est pas particulière aux années 80. Ainsi, au cours des années 70, en moyenne 30 % de l'immigration était composée de personnes allophones. Rappelons toutefois l'importance que les allophones occupent dans le mouvement migratoire des années 80.

En ce qui a trait aux unilingues anglophones, qui représentent moins du quart de l'immigration québécoise pour l'ensemble de la période 1980-1989, leur part s'est élevée à 26 % au cours de la deuxième moitié des années 80. Signalons que les unilingues anglophones constituaient jusqu'au milieu des années 70 le groupe le plus nombreux parmi les immigrants admis au Québec.

Ces données montrent par ailleurs que quelque 35 % des immigrants reçus par le Québec au cours des années 80 connaissaient lefrançais au moment de leur admission : 22,7 % étaient unilingues français et 11,9 % étaient bilingues. Au cours de la première moitié des années 80, leur pourcentage a atteint 38 % en raison des admissions importantes d'immigrants unilingues francophones. Il faut relier un bon nombre de ces admissions au programme spécial de régularisation du statut des Haïtiens. Au cours de la seconde moitié des années 80, le pourcentage des personnes qui connaissent le français est passé à 32 %.



Tableau 2.2.3
Répartition des immigrants admis au Québec selon la connaissance du français et de l'anglais,
1970-1989a


Graphique 2.2.3
Répartition (en %) des immigrants admis au Québec selon la connaissance du français et de l'anglais,
1970-1989


2.3 Langue d'usage

2.3.1 Langue d'usage de la population immigrée recensée au Québec en 1986

En 1986, 37 % des personnes immigrées utilisaient le plus souvent une langue autre que le français ou l'anglais dans leur foyer, 25 % parlaient l'anglais chez elles, 22 % le français et 16 % utilisaient plusieurs langues soit, dans la plupart des cas, la langue d'origine avec le français ou l'anglais.

Au fil des années d'enracinement au pays, une partie des allophones est encline à adopter une langue d'accueil. Ainsi, alors que 54 % de la population immigrée est de langue maternelle autre que française ou anglaise, seulement 37 % utilisent à la maison leur langue d'origine. Cette mobilité linguistique a profité surtout au groupe de langue anglaise pour les anciennes cohortes et à celui de langue française pour les plus récentes.

À cause de cette mobilité linguistique, on recense plus de personnes qui ont le français ou l'anglais pour langue d'usage que d'individus de langue maternelle correspondante. On observe en outre un plus grand nombre de réponses multiples. Cet écart est particulièrement accentué parmi les cohortes les plus anciennes, ce qui souligne l'effet de la durée de résidence.

Il faut enfin remarquer que, parmi les cohortes arrivées après 1971, les personnes qui parlent français au foyer sont plus nombreuses que celles qui utilisent l'anglais.



Tableau 2.3.1
Répartition de la population immigrée selon la langue d'usage, par période d'immigration,
ensemble du Québec, 1986


Graphique 2.3.1
Répartition (en %) de la population immigrée selon la langue d'usage, par période d'immigration
ensemble du Québec, 1986


2.3.2 Langue d'usage de la population immigrée de langue maternelle autre que française ou anglaise recensée au Québec en 1986

Près des deux tiers des personnes immigrées vivant au Québec en 1986 et ayant une langue maternelle autre que le français ou l'anglais déclaraient lors du dernier recensement qu'elles continuaient de parler une tierce langue au foyer (62 %). Par contre, 15 % d'entre elles utilisaient simultanément une autre langue et 23 % disaient ne parler que l'anglais ou le français chez elles, ayant effectué ce qu'on appelle un transfert linguistique.

Globalement, les transferts sont encore en majorité orientés vers l'anglais en 1986, soit dans une proportion de 2 pour 1.

Toutefois, on constate que ce portrait global ne reflète pas la situation de toutes les personnes immigrées. On remarque que les personnes immigrées avant 1971 ont, quel que soit leur âge, adopté majoritairement l'anglais plutôt que le français. En effet, le nombre de transferts vers le français pour 100 transferts vers l'anglais est toujours inférieur à 100. Parmi les cohortes 1971-1975, le rapport tend à s'égaliser en se rapprochant de 100, sauf chez les 15-24 ans où il est inférieur à 100 et chez les moins de 15  ans où il est supérieur à 100. Cet indice devient par contre supérieur à 100 parmi les cohortes arrivées après 1976. Cette attraction plus grande du français, plus forte d'ailleurs en 1976-1980 qu'en 1981 et 1986, s'observe à tous les âges. Le cas des jeunes de moins de 15 ans est particulièrement digne de mention sur ce plan.

Les cohortes récentes n'ont pas suffisamment de poids et l'importance de leurs transferts est encore trop faible numériquement pour modifier le portrait général des transferts linguistiques des allophones.



Tableau 2.3.2
Répartition (en %) de la population immigrée de la langue maternelle unique autre que française ou anglaise selon la langue d'usage, par groupe d'âge et par période d'immigration
ensemble du Québec, 1986


Graphique 2.3.2
Nombre de transferts vers le français pour 100 vers l'anglais, parmi la population immigrée de langue maternelle autre, par groupe d'âge et par période d'immigration
ensemble du Québec, 1986


3 Langue et éducation

3.1 Préscolaire, primaire et secondaire

3.1.1 Enseignement en français dans le réseau préscolaire, primaire et secondaire, 1980-1989

En 1989-1990, sur les quelque 1 140 000 élèves inscrits dans le réseau scolaire québécois (préscolaire, primaire et secondaire), 90,2 % étudient dans le secteur d'enseignement français (1 032 366). Ils n'étaient que 86,2 % dans ce cas en 1980-1981. Dans la région du Grand-Montréal, les progrès en matière de langue d'enseignement sont encore plus marqués, bien qu'il reste du chemin à faire pour atteindre le niveau provincial. En effet, la proportion d'élèves inscrits dans des écoles françaises y est passée de 78,6 % à 85,1 % au cours des années 1980-1989.

Les élèves de langue maternelle française représentent la majorité de la clientèle scolaire, tant au Québec que dans la grande région de Montréal. La presque totalité d'entre eux étudient en français. Au cours des dix dernières années, la proportion des élèves francophones qui fréquentent les écoles françaises est passée de 98,3 % à 99,0 % au Québec et de 97,6 % à 98,6 % dans la région du Grand-Montréal.

Pour leur part, les élèves de langue maternelle anglaise sont largement concentrés dans la région métropolitaine de Montréal. Bien que la majeure partie de ces élèves fréquentent l'école anglaise, 16,1 % d'entre eux recevaient leur enseignement en français en 1980-1981; dix ans plus tard, ce pourcentage monte à 19,1 %. Dans la région du Grand-Montréal, on observe à peu de chose près les mêmes tendances. Chez les élèves anglophones, l'enseignement en français a donc marqué quelques points durant la dernière décennie.

Quant aux élèves de langue maternelle autre que française, anglaise ou amérindienne, leur nombre ne cesse d'augmenter au fil des ans dans les écoles françaises, contrairement à ce qu'on observe chez les élèves francophones et anglophones qui sont en perte de vitesse, en nombres absolus. Tout comme les anglophones, les élèves allophones habitent majoritairement la grande région de Montréal. En outre, les élèves allophones se retrouvent de plus en plus dans les écoles françaises. En effet, entre 1980-1981 et 1989-1990, la proportion d'élèves allophones qui étudiaient en français est passée de 38,7 % à 72,7 % au Québec, ce qui renverse complètement la situation. Les répercussions de la loi 101 sont plus que confirmées ici.

Il semble donc que les progrès notés en matière de langue d'enseignement au Québec et plus particulièrement dans la région métropolitaine de Montréal soient attribuables en grande partie aux élèves allophones et, dans une moindre mesure, aux élèves anglophones.



Tableau 3.1.1
Nombre et pourcentage d'élèves dans le secteur d'enseignement français, par langue maternelle,
ensemble du Québec et Grand-Montréala, 1980-1989b


Graphique 3.1.1
Répartition (en %) des élèves allophones
selon la langue d'enseignement,

Grand-Montréal, 1980-1989


3.1.2 Mobilité linguistique des élèves allophones, 1983-1989

Cet indicateur de mobilité linguistique concerne plus particulièrement les élèves allophones qui fréquentent à plein temps le réseau scolaire québécois (préscolaire, primaire et secondaire). Sont considérés comme allophones tous les élèves qui déclarent une langue maternelle autre que le français, l'anglais ou une langue amérindienne.

Le concept de mobilité linguistique utilisé ici fait référence aux élèves qui adoptent une langue d'usage différente de leur langue maternelle. En rapportant, par exemple, le nombre d'élèves allophones qui ont pour langue d'usage le français à l'ensemble des élèves allophones, on obtient un taux de mobilité linguistique qui permet de mesurer le degré d'intégration des élèves allophones à la communauté francophone.

Bien que les trois quarts des élèves allophones conservent leur langue maternelle comme langue d'usage, les autres choisissent soit le français, soit l'anglais.

C'est ainsi qu'en 1983-1984, sur les 65 504 élèves allophones du réseau scolaire québécois, 72,9 % conservent leur langue maternelle comme langue d'usage, alors que 21,5 % choisissent l'anglais et 5,6 % le français.

En 1989-1990, la proportion des élèves allophones du Québec qui utilisent leur langue maternelle comme langue d'usage s'élève à 75,9 %, ce qui représente une moins grande mobilité linguistique. Toutefois, parmi les élèves allophones, on note que seulement 14,2 % optent maintenant pour l'anglais contre 9,9 % pour le français. Graduellement, les élèves allophones qui choisissent une langue d'usage autre que leur langue maternelle se tournent de plus en plus vers le français.

Comme la plupart des élèves allophones du Québec (environ 95 %) sont concentrés dans la région du Grand-Montréal, les observations précédentes représentent à peu de chose près la réalité métropolitaine.



Tableau 3.1.2
Taux de mobilité linguistiquea des élèves allophonesb,
ensemble du Québec et Grand-Montréalc, 1983-1989d


Graphique 3.1.2
Taux de mobilité linguistique des élèves allophones,
ensemble du Québec, 1983-1989


3.1.3 Élèves admissibles à l'enseignement en anglais, 1983-1989

En 1989-1990, sur les quelque 1 130 000 élèves inscrits à plein temps au Québec, 10,3 % ont en main un certificat d'admissibilité qui leur permet de fréquenter l'école anglaise. Leur proportion était légèrement plus grande en 1983-1984 (12,1 %). Même si elle est également en baisse, la proportion d'élèves qui possèdent un certificat d'admissibilité à l'enseignement en anglais dans la région du Grand-Montréal est beaucoup plus importante que dans l'ensemble du Québec. En effet, elle est passée de 19,4 % à 16,0 % entre 1983-1984 et 1989-1990, ce qui n'a rien de surprenant étant donné la grande concentration des anglophones et des allophones dans cette région.

Si, au cours des six dernières années, le nombre d'élèves admissibles à l'école anglaise a diminué beaucoup plus rapidement que l'ensemble des effectifs scolaires (15,8 % contre 1,0 %1), cette baisse ne touche cependant pas tous les groupes linguistiques.

Par ailleurs, tant chez les francophones que chez les anglophones, la proportion d'élèves admissibles à l'enseignement en anglais ne varie à peu près pas dans l'ensemble du Québec. Le nombre d'élèves dans cette catégorie diminue de 9,1 % chez les francophones et de 10,6 % chez les anglophones.

Cependant, le groupe allophone voit fondre la proportion de ses effectifs qui peuvent fréquenter l'école anglaise puisque, de 48,1 % en 1983-1984, elle tombe à 27,4 % en 1989-1990, ce qui correspond à une chute du nombre d'élèves de plus de 1 sur 3. Cette diminution s'explique sans doute par l'application de la loi 101 aux nouveaux immigrants. Au fur et à mesure que les arrivants s'ajoutent à la population déjà sur place, les élèves qui obtiennent un certificat d'admissibilité à l'enseignement en anglais parce qu'un ou des membres de leur famille ont déjà eu accès à l'école anglaise au Québec ou au Canada sont de moins en moins nombreux.

Dans la région du Grand-Montréal, les variations sont généralement un peu plus prononcées : c'est là que la plus grande partie des diminutions se produit pour tous les groupes linguistiques.




1 Ministère de l'Éducation, Direction des études économiques et démographiques, fichier élèves-standard. [retour au texte]




Tableau 3.1.3
Nombre et pourcentage d'élèvesa admissibles à l'enseignement en anglais, par langue maternelle
ensemble du Québec et Grand-Montréalb, 1983-1989c


Graphique 3.1.3
Pourcentage d'élèves anglophones et allophones admissibles à l'enseignement en anglais
ensemble du Québec, 1983-1989


3.1.4 Élèves admissibles à l'enseignement en anglais qui étudient en français, 1983-1989

Dans l'ensemble du Québec, parmi les élèves admissibles à l'enseignement en anglais, neuf sur dix optent effectivement en ce sens en 1989-1990. Les autres, soit 10,6 %, choisissent plutôt d'étudier en français. En 1983-1984, 8,8 % seulement faisaient ce choix. On observe la même tendance dans la grande région métropolitaine.

En nombres absolus, la plupart des élèves admissibles à l'école anglaise qui choisissent de recevoir leur enseignement en français au Québec en 1989-1990 sont de langue maternelle anglaise, suivis de loin par les francophones et les allophones. Leur nombre a peu varié depuis 1983-1984. Comme il fallait s'y attendre, ils sont largement concentrés dans la région du Grand-Montréal.

Les pourcentages représentent la proportion des élèves admissibles à l'enseignement en anglais qui étudient en français, pour chacun des groupes linguistiques. On observe des hausses plus ou moins marquées de ces pourcentages entre 1983-1984 et 1989-1990, tant au Québec que dans la grande région de Montréal. Le saut le plus important est sans nul doute chez les allophones. En effet, alors que 3,0 % des élèves allophones admissibles à l'enseignement en anglais choisissaient de fréquenter l'école française en 1983-1984, on en retrouve 7,4 % six ans plus tard.



Tableau 3.1.4
Nombre et pourcentage d'élèves admissibles à l'enseignement en anglaisa qui étudient en français,
par langue maternelle,

ensemble du Québec et Grand-Montréalb, 1983-1989c


Graphique 3.1.4
Pourcentage d'élèves anglophones et allophones admissibles à l'enseignement en anglais qui étudient en français,
ensemble du Québec, 1983-1989


3.2 Collégial

3.2.1 Choix de la langue d'enseignement au collégial, 1980-1989

La population du collégial étudiée ici est celle des nouveaux inscrits, c'est-à-dire des élèves qui s'inscrivent pour la première fois dans un programme conduisant au diplôme d'études collégiales (DEC), à l'enseignement ordinaire, plein temps et temps partiel. Quatre périodes sont considérées : la rentrée d'automne de 1980, 1983, 1986 et 1989. Chaque automne, le réseau collégial a accueilli plus de 45 000 nouveaux élèves : en 1980, 49172; en 1983, 51 477; en 1986, 54 284; en 1989, 47 505.

La cohorte de 1989 présente un grand intérêt en ce qui a trait à la Charte de la langue française. Ce groupe est en effet le premier qui reflète les effets de la loi 101 puisque, théoriquement, ces élèves ont commencé leurs études primaires en 1978.

La langue d'enseignement au collégial est majoritairement le français : 78 % des élèves étudient en français, 19 % en anglais et 3 % fréquentent des établissements bilingues1.

Francophones et anglophones étudient dans leur langue maternelle au collégial. Les francophones étudient en français à plus de 96 % et les anglophones fréquentent les collèges anglophones dans une proportion de 94 %. Ce choix en faveur des études collégiales dans sa langue maternelle est resté stable tout au long des années 80.

Les deux groupes linguistiques ont connu une baisse des nouvelles inscriptions au cours de cette période. Le nombre d'élèves francophones était de 38 122 en 1980, pour atteindre 41 343 en 1986, et redescendre à 35 815 en 1989. Chez les élèves anglophones, la décroissance a été quasi continue : les nouvelles inscriptions sont passées de 5 925 en 1980 à 5 176 en 1989.

Chez les allophones, la situation s'est passablement modifiée de 1980 à 1989. Ceux-ci ont toujours préféré l'enseignement en anglais. Cependant, l'enseignement en français a fait des gains appréciables depuis dix ans. En 1980, la plupart des allophones, soit 85 %, fréquentent les collèges anglophones. En 1983, cette proportion approche 80 %; en 1986, elle atteint 76 %. En 1989, la part relative des collèges anglophones n'est plus que de 60 %. En corollaire, la part relative des collèges francophones a plus que doublé au cours des années 80, passant de 15 % à 40 %.

Contrairement aux deux autres groupes linguistiques, les effectifs allophones ont augmenté de plus de 50 %, soit de 2 350 à 3 621 élèves.




1 Mireille Levesque et Danielle Pageau, La persévérance aux études : la conquête de la toison d'or ou l'appel des sirènes, Québec, ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science, 1990. [retour au texte]




Tableau 3.2.1
Répartition (en %) des nouveaux inscrits au collégial selon la langue d'enseignement, par langue maternellea,
ensemble du Québec, automnes 1980-1989


Graphique 3.2.1
Répartition (en %) des nouveaux inscrits allophones au collégial selon la langue d'enseignement,
ensemble du Québec, automnes 1980-1989


3.2.2 Transferts de langue d'enseignement du secondaire au collégial, 1983 et 1986

La langue d'enseignement au secondaire est déterminante pour la langue d'enseignement au collégial, et ce, pour chaque groupe linguistique.

Les élèves qui étudient au secondaire dans leur langue maternelle poursuivent dans la même voie au collégial dans une proportion de plus de 97 %. Ce cheminement est le fait de la plupart des francophones et des anglophones.

Par contre, les anglophones qui ont étudié en français au secondaire ont environ une chance sur deux de poursuivre dans la même langue au collégial. En effet, le réseau d'enseignement francophone retenait 48 % des anglophones en 1983 et 53 % en 1986, au moment du passage du secondaire au collégial. La capacité de rétention du réseau francophone s'est donc accrue au cours des années 80, même si elle n'atteint pas celle du réseau anglophone.

Cependant, si on a étudié au secondaire dans une langue seconde, la probabilité de poursuivre des études collégiales dans cette même langue est plus forte si on étudie en anglais plutôt qu'en français. Ainsi, les francophones qui ont étudié en anglais au secondaire ont une probabilité de plus de 80 % de poursuivre des études collégiales dans cette langue.

En ce qui concerne les allophones, pour qui les études se font obligatoirement dans une langue seconde, le choix de la langue d'enseignement au secondaire est déterminant pour celle du collégial. Ainsi, 99 % des élèves qui ont étudié en anglais au secondaire font de même au collégial. Les trois quarts des élèves allophones qui ont poursuivi des études secondaires en français s'inscrivent au collégial dans des établissements francophones. Qui plus est, cette proportion augmente avec le temps, passant de 74 % en 1983 à 83 % en 1986.

Bref, la capacité de rétention du réseau anglophone est optimale lors du passage du secondaire au collégial. Le réseau francophone, pour sa part, a amélioré sa capacité de rétention au cours de la décennie : il attire davantage la communauté allophone que la communauté anglophone.



Tableau 3.2.2
Répartition (en %) des nouveaux inscrits au collégial selon la langue d'enseignement, par langue maternelle et par langue d'enseignement au secondairea,
ensemble du Québec, automnes 1983 et 1986


Graphique 3.2.2
Choix de la langue d'enseignement lors du passage du secondaire au collégial
ensemble du Québec, automnes 1983 et 1986


3.2.3 Taux de sanction des études collégiales selon la langue maternelle, cohorte de 1980

Le taux de sanction des études est un indice qui permet de mesurer la proportion des élèves d'une cohorte donnée qui terminent leurs études collégiales avec, dans la plupart des cas, un diplôme (DEC) délivré par le ministre1.

À la formation générale, le taux de sanction des études des francophones est de 74,8 %, celui des allophones est de 70,8 % et celui des anglophones est de 60,7 %.

À la formation professionnelle, ce taux est de 63,6 % pour les francophones, de 59,5 % pour les allophones et de 55,3 % pour les anglophones.

Le taux de sanction des études plus faible des anglophones par rapport aux autres groupes linguistiques ne doit pas être interprété comme un abandon des études plus fréquent chez eux. On sait pertinemment — bien qu'on ne puisse vérifier l'ampleur du phénomène — que beaucoup d'Anglo-Québécois poursuivent des études universitaires hors du Québec où les exigences d'admission sont fixées à 12 années de scolarité, ce qui correspond à la première année du collégial.

Les élèves qui ne se retrouvent pas parmi les diplômés de la cohorte peuvent avoir abandonné leurs études collégiales, que ce soit temporairement ou définitivement. Ils peuvent être décédés, avoir quitté le Québec ou avoir terminé leurs études sans formuler de demande de sanction auprès du ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science. Il est également possible qu'ils soient encore aux études.




1 Dans quelques cas, ils ont pu obtenir plutôt un certificat (CEC) ou une attestation (AEC) d'études collégiales. [retour au texte]




Tableau 3.2.3
Taux de sanction des études collégiales par langue maternelle et par type de formation,
ensemble du Québec, cohorte de 1980a


Graphique 3.2.3
Taux de sanction des études collégiales par langue maternelle et par type de formation,
ensemble du Québec, cohorte de 1980


3.2.4 Taux de sanction des études collégiales selon la langue maternelle et la langue d'enseignement, cohorte de 1980

À la formation générale, le taux global de sanction des études observé dans les établissements francophones est de 74,3 % et celui qui a été enregistré dans les collèges anglophones est de 61,7 %. L'écart entre les deux catégories de collèges est de près de 13 points.

À la formation professionnelle, le taux global de sanction des études est de 63,1 % dans les collèges francophones et de 58,6 % dans les collèges anglophones. L'écart observé entre les deux types d'établissements est de moins de 5 %.

Par ailleurs, la performance respective des collèges francophones et des collèges anglophones n'est pas liée directement à la composition linguistique de leurs effectifs. En effet, dans le cas des collèges francophones, plus de 95 % de leurs effectifs sont de langue maternelle française, ce qui explique que le taux de sanction des études des francophones est très proche du taux global. Le poids respectif des taux enregistrés par les anglophones et les allophones est donc minime.

Par contre, la population des collèges anglophones est beaucoup plus hétérogène que celle des collèges francophones. Cependant, ce n'est pas la présence des non-anglophones qui explique un taux de sanction des études plus faible dans les collèges anglophones puisque les anglophones obtiennent toujours un taux inférieur à celui des allophones et un taux très proche de celui des francophones.



Tableau 3.2.4
Taux de sanction des études collégiales par langue maternelle, par langue d'enseignement et par type de formation,
ensemble du Québec, cohorte de 1980a


Graphique 3.2.4
Taux de sanction des études collégiales par langue maternelle, par langue d'enseignement et par type de formation,
ensemble du Québec, cohorte de 1980


3.3 Université

3.3.1 Choix de la langue d'enseignement à l'université, 1984-1988

En 1988, au trimestre d'automne, les universités québécoises comptaient 212 345 étudiants admis dans un programme d'enseignement régulier, en vue d'obtenir un diplôme, et inscrits à une ou plusieurs activités de ce programme. De ce nombre, 163 965 (77,2 %) étaient de langue maternelle française, 33 218 (15,6 %) de langue maternelle anglaise et 14 557 (6,9 %) de langue maternelle autre.

Chez les francophones, on peut noter qu'une proportion de 5,7 % ont opté en 1988 pour une des trois universités anglophones (McGill, Concordia et Bishop's). Cette proportion a par ailleurs très peu varié au cours des dernières années, bien qu'elle se révèle la plus faible depuis 1984 (6,4 %). Pour leur part, 8,2 % des anglophones ont choisi une université francophone. Cette proportion marque une augmentation de 1 point de pourcentage par rapport à 1984.

Les allophones optent majoritairement (56,6 %) pour les universités anglophones en 1988. Depuis 1984, on n'en observe pas moins un certain déplacement au profit des universités francophones. En fait, l'attrait des universités francophones auprès des allophones a réalisé un gain de près de 4 points de pourcentage, soit 39,6 % en 1984 et 43,4 % en 1988.



Tableau 3.3.1
Répartition (en %) de l'effectif étudiant universitaire régulier selon la langue d'enseignement, par langue maternelle,
ensemble du Québec, automnes 1984-1988


Graphique 3.3.1
Répartition (en %) de l'effectif étudiant universitaire régulier allophone selon la langue d'enseignement,
ensemble du Québec, automnes 1984-1988


3.3.2 Accès au diplôme universitaire, 1988

Depuis 1987, le système de recensement des effectifs étudiants des universités québécoises (système RECU) comporte un module relatif aux diplômes décernés annuellement. Ce module permet de connaître un peu mieux les caractéristiques des personnes qui obtiennent un diplôme.

Les données sur les diplômes décernés en 1988 estiment les chances d'obtenir un diplôme universitaire au cours de sa vie à 1 sur 51. Cette probabilité est celle qui s'applique au diplôme de baccalauréat, grade universitaire de premier niveau. Aux cycles supérieurs, les probabilités sont nettement plus réduites : 3,5 % à la maîtrise et 0,4 % au doctorat2.

Ces chances ne sont toutefois pas égales pour tous les groupes linguistiques. Les anglophones jouissent des meilleures chances (34 %). La population québécoise allophone occupe le second rang avec des chances de 20 %. Les francophones ferment la marche avec une espérance de 18 %. C'est aux cycles supérieurs que le retard des francophones est le plus manifeste : des chances deux fois moindres que les autres groupes pour la maîtrise et trois fois moindres pour le doctorat.




1 En calculant les taux d'accès au diplôme par âge et en les cumulant, on obtient la probabilité finale ou l'espérance globale d'accès au diplôme. [retour au texte]

2 Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science, Direction générale de l'enseignement et de la recherche universitaires, fichiers du système RECU. [retour au texte]




Tableau 3.3.2
Espérance d'accès (en %) aux diplômes universitaires,
par langue maternelle et par sexe,

ensemble du Québec, à partir de la situation de 1988


Graphique 3.3.2
Espérance d'accès (en %) aux diplômes universitaires,
par langue maternelle et par sexe,

ensemble du Québec, à partir de la situation de 1988



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