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LES MODIFICATIONS
DE L'ORTHOGRAPHE DU FRANÇAIS


AVIS
au ministre responsable de l'application
de la Charte de la langue française

En réponse à une demande d'avis sur
la mise en œuvre des modifications
de l'orthographe du français au Québec






En novembre 1990, le ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, monsieur Claude Ryan, demandait au Conseil de la langue française, conformément à l'article 188 de la Charte, de lui transmettre son avis sur l'application au Québec des modifications de l'orthographe proposées par le Conseil supérieur de la langue française.

Le 24 octobre 1989, lors du discours d'installation du Conseil supérieur de la langue française de France, le premier ministre français, monsieur Michel Rocard, se prononçait en faveur de rectifications de l'orthographe du français et demandait que le Conseil supérieur formule des propositions en cinq points :

  • le trait d'union;
  • le pluriel des mots composés;
  • l'accent circonflexe;
  • le participe passé des verbes pronominaux;
  • diverses anomalies.

Afin de donner suite à cette demande, le comité du Conseil supérieur responsable de la question de l'orthographe mettait sur pied un comité d'experts chargés de formuler ces propositions. Le 19 juin 1990, le premier ministre recevait et approuvait le rapport du comité du Conseil supérieur qui a été publié au Journal officiel de la République française le 6 décembre suivant.

Avant de transmettre son rapport au premier ministre, monsieur Maurice Druon, président du comité du Conseil supérieur responsable de la question de l'orthographe et secrétaire perpétuel de l'Académie française, l'a soumis aux Académiciens qui l'ont approuvé à l'unanimité.

Rappelons que le Conseil de la langue française du Québec a été mêlé de très près à cette question des rectifications en alertant le gouvernement sur l'importance d'associer le Québec aux travaux français dont il était d'abord absent. Il a par la suite participé aux travaux français par l'intermédiaire de son président.

La création d'un comité québécois, dont le mandat était d'assister le président du Conseil dans son rôle de représentant québécois auprès du comité des experts français, a permis au Québec de faire valoir son point de vue au cours de ces travaux dont les résultats sont appelés à toucher tous les francophones.

Le Conseil considère, en effet, que la modernisation de l'orthographe du français qui pourrait résulter de l'application des modifications actuelles, ou de la réalisation de tout projet ultérieur du même ordre ne sera réalisable que si le plus grand nombre de partenaires francophones joignent leurs efforts et leur volonté dans une action concertée et vers la recherche d'un consensus.

Le comité québécois, en plus des recherches qu'il a lui-même effectuées, a pris connaissance des projets de propositions du comité français au fur et à mesure que ceux-ci étaient disponibles. En raison des circonstances qui l'avaient vu naître, le comité québécois a inclus dans son étude ses réflexions sur le principe d'une réforme, sur la mise en œuvre, le cas échéant, de ces modifications et sur les suites à donner à la question de l'orthographe au Québec.

Outre la première version du rapport français sur les rectifications de l'orthographe, le président du Conseil de la langue française transmettait, au début de juillet 1990, au ministre responsable de l'application de la Charte, le rapport du comité québécois ainsi qu'une lettre dans laquelle il exposait ses vues sur l'évolution que devrait prendre cette question au Québec.

Le travail entrepris par la France, en collaboration avec un certain nombre de partenaires francophones, vise à résoudre les problèmes posés par le caractère parfois archaïque, par la complexité souvent inutile et par certaines incohérences de l'orthographe actuelle. Il n'en demeure pas moins qu'une semblable réforme est difficile et qu'elle nécessitera une adaptation de la part de tous les locuteurs du français. Cependant, les propositions actuelles sont suffisamment modérées pour ne modifier que très légèrement, par exemple, une page d'un roman.

Plusieurs raisons militent en faveur de modifications à l'orthographe du français. La simplification et l'harmonisation de l'orthographe, de même qu'une augmentation de la cohérence des règles qui la régissent sont les premiers objectifs de cet important projet.

Les rectifications proposées actuellement sont timides, mais pourraient permettre, même partiellement, de faciliter l'apprentissage de l'orthographe. Elles diminuent le nombre d'anomalies, confirment des tendances observables et même des usages, augmentent la logique d'un certain nombre de règles, et précisent le statut des emprunts en accentuant les marques de leur intégration au français. Ces modestes propositions ne remettent pas en question l'apprentissage du français, mais elles permettront, en diminuant le nombre d'exceptions, d'accorder une attention accrue aux autres aspects de l'apprentissage de la langue que sont, notamment, la maîtrise du style, de la rédaction, de la structure de la phrase, et des terminologies appropriées aux technologies modernes.

Les rectifications actuelles sont particulièrement intéressantes par les recommandations qui sont faites aux lexicographes et aux créateurs de néologismes. Sans modifier, pour l'essentiel, l'orthographe des mots en usage, elles précisent des mouvements et encouragent les auteurs de dictionnaires à suivre les tendances modernes du français, notamment pour la soudure des mots composés et pour l'intégration des emprunts. Ces propositions quant au traitement des néologismes permettront, si elles sont suivies, de faire du français un outil adapté au développement des vocabulaires qui résultent de celui des technologies modernes. Ce seul aspect des actuelles propositions est suffisamment important pour accorder un appui à celles-ci.

En outre, le développement de plus en plus important des communications écrites, l'accélération du traitement informatisé de ces communications, l'importance à accorder à une amélioration de la qualité des écrits, la démocratisation de l'enseignement, l'intégration nécessaire des populations immigrantes allophones aux diverses sociétés d'accueil francophones du monde et, enfin, à l'échelle planétaire, l'inévitable concurrence des langues nationales et de l'anglais sont autant de facteurs qui jouent en faveur d'une action concertée des peuples francophones vers une modernisation de l'orthographe.

Le Conseil accueille favorablement le fait que les rectifications engagent l'avenir du français par une simplification toujours plus grande des règles qui régissent l'orthographe du français. De plus, le Conseil considère que ces rectifications sont le premier jalon d'une concertation des pays francophones vers une harmonisation souhaitable du lexique de la langue française.

En conséquence, le Conseil de la langue française appuie le principe des rectifications dans la perspective d'une simplification et d'une harmonisation des règles du système orthographique. Par ailleurs, il entend continuer d'assumer pleinement les responsabilités qui lui ont été confiées.






RECOMMANDATIONS

Le Conseil de la langue française appuie, dans l'ensemble, les propositions contenues dans le rapport du Conseil supérieur de la langue française de France qui a été publié dans le Journal Officiel de la République française le 6 décembre 1990. Le Conseil recommande l'application des rectifications au Québec à certaines conditions.

Le Conseil recommande que le gouvernement prenne les moyens nécessaires pour que le Québec participe encore plus activement à tout autre projet du genre à l'échelle de la francophonie.

Le Conseil recommande que, avant de procéder à la mise en œuvre des modifications, soit examinée l'opportunité d'adapter certaines d'entre elles au contexte québécois.

Le Conseil recommande que, avant de procéder à la mise en œuvre des modifications actuelles au Québec, l'État s'assure qu'elles seront aussi appliquées formellement en France.

Le Conseil recommande, et ce, afin d'assurer le succès de leur mise en œuvre, que la population québécoise — notamment le public en général, les enseignants, les éditeurs, les lexicographes, les journalistes — soit suffisamment informée des modifications proposées.

Le Conseil recommande que la mise en œuvre des modifications se fasse en priorité dans les milieux de l'enseignement et de l'Administration.

Le Conseil recommande que la mise en œuvre des modifications dans les écoles québécoises se fasse en concertation avec le ministère français de l'Éducation nationale.

Le Conseil recommande que, en ce qui concerne l'Administration, les modifications soient d'abord introduites dans les documents officiels et dans les écrits diffusés dans la population (textes de lois, formulaires de toutes sortes).

En conséquence, le Conseil recommande que la gestion de la mise en œuvre des modifications dans le milieu de l'enseignement soit confiée au ministère de l'Éducation et au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science.

Le Conseil recommande que la gestion de la mise en œuvre des modifications dans le milieu de l'Administration soit confiée à l'Office de la langue française.




AVIS adopté à l'unanimité,
le 18 janvier 1991




LE CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE

Président
Pierre-Étienne LAPORTE
Secrétaire
Antoine GODBOUT
  • deux membres désignés après consultation
    des associations socioculturelles représentatives

    • Marcel LAJEUNESSE
    • Marc THIBAULT


  • deux membres désignés après consultation
    des organismes syndicaux représentatifs

    • Christophe AUGER
    • Gaétan RIOUX


  • deux membres désignés après consultation
    des associations patronales représentatives

    • Louis BOUDREAU
    • Michel GUILLOTTE


  • deux membres désignés après consultation
    des milieux universitaires

    • Louis-Edmond HAMELIN
    • Angéline MARTEL


  • deux membres désignés après consultation des
    associations représentatives des groupes ethniques

    • Georges KOUTCHOUGOURA
    • Émile OLLIVIER