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Avis sur les industries de la langue
dans la société de l'information


AVIS
à la ministre responsable de l'application
de la Charte de la langue française







TABLE DES MATIÈRES



INTRODUCTION

LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION, NOUVEAU CONTEXTE DANS LEQUEL LE CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE EXERCE SON MANDAT

1. LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION : SES PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES

1.1 Absence de frontières géographiques et politiques dans la genèse et dans la transmission de la connaissance et de l'information
1.2 Compétitivité fondée sur la gestion, la qualité et la rapidité de l'information
1.3 Diffusion des outils informatisés dans toutes les sphères de la vie publique et privée
1.4 Transformation de l'emploi : primauté des emplois informationnels et primauté du travail intellectuel
1.5 Productivité des cols blancs à accroître
1.6 Remise en cause des relations hiérarchiques traditionnelles
1.7 Primauté de l'écrit
1.8 Explosion de l'information et de son traitement par l'ordinateur
1.9 Travail en temps réel et diversité des langues
1.10 Conclusion

2. LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION : SES CONSÉQUENCES SUR LA LANGUE

2.1 Augmentation de la demande de maîtrise de l'écrit
2.2 Augmentation de la demande de qualité de la langue
2.3 Accélération de la demande d'intercommunication multilingue
2.4 Demande de traitement de la langue par la machine
2.5 Conclusion : importance du traitement informatisé de la langue ou de ce qu'on appelle les industries de la langue

3. LES CONSÉQUENCES DE L'INACTION SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION

3.1 Analyse des modèles technologique, économique et sociétal proposés
3.2 Conséquences géolinguistiques
3.3 Conséquences nationales
3.3.1 Conséquences d'ordre éconolinguistique
3.3.2 Conséquences d'ordre sociolinguistique
3.3.3 Conséquences culturelles
3.4 Conclusion

4. CONTEXTE DE L'INTERVENTION GOUVERNEMENTALE : AUTOROUTE DE L'INFORMATION ET NOUVEAUX MARCHÉS

4.1Autoroute de l'information
4.2 Nouveaux marchés : domestique, public, commercial et professionnel
4.3 Conclusion

5. RECOMMANDATIONS : LES INDUSTRIES DE LA LANGUE, UNE PRIORITÉ GOUVERNEMENTALE

Recommandation 1
a) Faciliter la création de produits et services en industries de la langue et produire des outils linguistiques
b) Illustrer l'usage des produits en industries de la langue et influencer le développement de cette filière industrielle
c) Conforter la recherche
d) Regrouper les usagers
e) Stimuler la coordination entre les partenaires et renforcer les réseaux francophones et internationaux
f) Assurer la formation d'informaticiens linguistes
Recommandation 2
Recommandation 3

CONCLUSION






INTRODUCTION


LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION, NOUVEAU CONTEXTE DANS LEQUEL LE CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE EXERCE SON MANDAT



Le rôle de surveillance et d'éveilleur du Conseil de la langue française sur le statut, l'acquisition et la qualité du français au Québec doit maintenant s'exercer dans le contexte de la société de l'information qui fait de la connaissance le facteur clé du développement actuel et à venir de la société.

Le propre de cette société de l'information est en effet d'avoir transformé la production des biens et services, de la manutention des biens physiques à la manipulation de l'information. Ainsi que le rappelle André Passet :

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une révolution économique trouve son origine hors du champ de la matière et de l'énergie. Avec l'ordinateur et tout ce qui en découle, les moteurs du développement se déplacent vers l'immatériel : l'information n'est ni matière, ni substance, mais mise en forme, manipulation de symboles, codes, messages, interconnexion. C'est l'immatériel qui désormais tire la croissance des économies1.

Cette nouvelle réalité incite d'ailleurs d'autres spécialistes, tel André Danzin2, le rédacteur du rapport de la Commission des communautés européennes Vers une infrastructure linguistique européenne, à recourir à des expressions comme « civilisation de l'information » et « civilisation de la communication, de la connaissance et de l'intelligence ».

À l'aube de l'an 2000, la prospérité économique d'un État a cessé de dépendre de sa dotation en matières premières et en énergie pour devenir fonction croissante de la capacité des entreprises, installées sur le sol national, à produire et à recueillir de l'information. Cette dernière, qui assure la transmission de la connaissance, préside donc au développement des biens et des services et, par conséquent, crée la richesse. Or, l'information n'existe pas sans son support : la langue. En d'autres mots, le traitement de l'information et la transmission de la connaissance vont de pair avec le développement du traitement informatisé de la langue. Économie, information, connaissance et langue sont dorénavant intimement liées et le développement économique ne peut plus faire l'économie du développement de la langue.

À l'heure actuelle, la nécessité de recourir aux outils de traitement numérisé3 de la langue est peu ressentie, en grande partie parce que peu de gens considèrent la langue comme un facteur de développement économique, tant sur le plan national que sur le plan international. Une telle façon de voir, nous dit Florian Coulmas4, doit être revue, puisque la langue est le support privilégié de la transmission du savoir et de l'information et que ceux-ci constituent désormais les principaux facteurs de production dans les pays industrialisés.

Le développement du traitement automatique de la langue, tant parlée qu'écrite ou, en d'autres mots, le développement des industries de la langue constitue un enjeu économique, technologique et linguistique de premier ordre face auquel le Conseil de la langue française ne peut rester indifférent. Le déploiement de la société de l'information, qui fait des industries de la langue un instrument privilégié de l'essor économique et linguistique, crée en effet la nécessité d'une stratégie économique, industrielle et linguistique vis-à-vis des industries de la langue.

Précisons tout de suite que les industries de la langue offrent « des produits ou des services qui comportent un traitement automatique de la langue autant parlée qu'écrite »5, c'est-à-dire des outils informatiques qui permettent aux ordinateurs de toute sorte, ceux qui sont utilisés par les travailleurs, ceux qui sont incorporés aux appareils domestiques, etc., d'utiliser la langue comme le fait un être humain. On classe6 ces outils en grandes catégories, notamment les aides à la rédaction et à l'édition, les gestionnaires électroniques de documents, les interfaces d'interrogation de bases d'information, les aides à la traduction, les systèmes de reconnaissance et de synthèse de la parole et les outils linguistiques en tant que tels comme les dictionnaires et les thésaurus.

Le présent avis met donc en lumière les nouveaux rapports entre le développement économique et le développement linguistique. Après avoir présenté les principales caractéristiques de la société de l'information, nous en analyserons ses effets sur la langue et ferons état des conséquences d'une inaction en ce domaine. Nous préciserons alors le besoin d'encadrer l'essor d'une économie de l'information en français en abordant le contexte de l'intervention québécoise et rappellerons la nécessité de développer la nouvelle filière industrielle en émergence appelée « industries de la langue », en faisant des recommandations au gouvernement à ce sujet.





1. LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION : SES PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES


La société de l'information fait fi des frontières géographiques et politiques, fait de la gestion de l'information la clé de la compétitivité, donne la primauté aux emplois informationnels, entraîne enfin une explosion de l'information et de son traitement par ordinateur, ce qui accentue la primauté de l'écrit et la communication en temps réel dans diverses langues.



Les caractéristiques attribuées à la société de l'information varient selon les auteurs7. Aux fins de notre analyse, nous avons retenu les suivantes.


1.1 Absence de frontières géographiques et politiques dans la genèse et dans la transmission de la connaissance et de l'information


La mondialisation touche l'ensemble des phases de conception, de production et de consommation des biens et des services. De ce fait, la mondialisation se traduit, comme le dit Ricardo Petrella,

par la fin du capitalisme industriel national, c'est-à-dire par la disparition graduelle des principales règles et modes d'organisation et de valorisation des ressources matérielles et immatérielles centrées sur l'unicité et la cohérence du système dit national [...] Le national reste significatif, mais il n'est plus le niveau stratégique principal8.

La particularité de la société de l'information est donc l'éclatement des frontières géographiques et politiques dans la genèse et la transmission de la connaissance et de l'information. Cette réalité, bien connue dans le domaine des sciences où les chercheurs se sont regroupés en réseaux internationaux, dans le domaine financier où les transactions se font 24 heures sur 24 à l'échelle de la planète, pénètre dorénavant l'ensemble du système national de production et de consommation.


1.2 Compétitivité fondée sur la gestion, la qualité et la rapidité de l'information


Les techniques d'information et de communication transforment profondément de nombreux aspects de la vie économique et sociale. Ces techniques permettent d'améliorer considérablement la productivité de l'industrie ainsi que la qualité et le niveau des services. Des systèmes d'échange de données informatisées (EDI) se mettent en place dans la plupart des pays développés et une infrastructure mondiale d'autoroute de l'information fait l'objet de projets politiques et d'importantes alliances industrielles nationales et internationales.


1.3 Diffusion des outils informatisés dans toutes les sphères de la vie publique et privée


Comme le moteur, au cours de la révolution industrielle, a d'abord été au centre des opérations et s'est ensuite diffusé partout au point de devenir invisible, l'ordinateur, qui était central et le noeud autour duquel étaient bâties les organisations, devient de plus en plus omniprésent et invisible dans toutes les sphères de la vie publique et privée. Déjà très présent dans les milieux de travail, il occupe de plus en plus de lieux de la vie privée : comme poste de travail ou de jeux, comme gestionnaire de la maison (domestique), comme interface au magnétoscope (magnétoscope à interface vocale), comme gestionnaire du fonctionnement de l'automobile, etc.

Les outils de traitement de l'information et de la langue vont se diffuser dans toutes les sphères d'activité publiques et privées. À titre d'illustration, notons que le tiers des foyers américains possède un ordinateur; que soixante-dix millions d'Américains utilisent un micro-ordinateur à la maison ou au bureau, et passent en moyenne 17 heures par semaine devant leur écran9.

Au Québec, on peut estimer que près de 40 % des travailleurs ont accès à une machine numérique et qu'environ 23 % des ménages possèdent un micro-ordinateur. On évalue globalement à 1,5 millions le parc des micro-ordinateurs de la province.


1.4 Transformation de l'emploi : primauté des emplois informationnels et primauté du travail intellectuel


La connaissance comme moteur premier du développement de la société est reflétée dans la transformation de l'emploi. En effet, au Canada et au Québec, depuis 1981, plus de la moitié de la main-d'oeuvre ne manipule plus des biens physiques, mais les biens informationnels que sont le traitement, le stockage, le rappel, la transmission et la diffusion de l'information. Cette proportion va augmentant, comme l'illustre le graphique suivant :



Graphique


Notons qu'au Japon, 63 % de la main-d'oeuvre occupe des emplois d'ordre informationnel11 Cette tendance va se poursuivre. Ainsi, on prévoit que des industries comme celle de l'automobile vont pouvoir, dans un avenir prévisible, fonctionner avec environ 10 % de main-d'oeuvre manuelle. De son côté, la firme américaine d'experts-conseils McKinsey estime qu'en l'an 2000, 80 % des emplois aux États-Unis feront principalement appel aux aptitudes intellectuelles, plutôt que manuelles, des ressources humaines12.

Quelques exemples peuvent illustrer ce phénomène. Ainsi, le coût de l'information produite et échangée lors de la construction d'un immeuble représente 60 % du coût total de l'opération13; les matières premières constituent à peine 2 % du coût des microprocesseurs auxquels l'ordinateur doit son fonctionnement, la valeur des idées incorporées dans la fabrication de ses composantes et dans leur mise en marché expliquant seule leur prix très élevé14; une situation fort semblable prévaut dans l'industrie pharmaceutique où, en fait, « pilules et onguents ne sont rien d'autre que l'emballage d'un savoir »15.


1.5 Productivité des cols blancs à accroître


Selon Peter Drucker16, la hausse de productivité des professionnels, des gestionnaires et des travailleurs de l'information ainsi que celle des autres travailleurs de services constituent le principal défi des sociétés postcapitalistes. En effet, « leur productivité, plutôt que celle des personnes qui fabriquent et déplacent les choses, est la productivité d'une économie développée ». Cette dernière, ajoute-t-il, est « extrêmement basse et continue sa chute ». Aux États-Unis, pendant que, de 1980 à 1990, la productivité des cols bleus augmentait de 28 %, celle des cols blancs baissait de 3 %17.


1.6 Remise en cause des relations hiérarchiques traditionnelles


Le système d'échange d'information, en s'inscrivant dans l'évolution des technologies multimédias, remet en cause les relations hiérarchiques traditionnelles entre patrons et employés, entre chercheurs, professeurs et étudiants, entre clients et fournisseurs. En un mot, l'information nécessaire au développement d'une connaissance débouchant sur la production de biens et de services n'est plus filtrée par les canaux de communication traditionnels, mais est maintenant accessible directement à ceux qui en ont besoin, au moment où ils en ont besoin.

Les modalités et les structures de fonctionnement des entreprises, du commerce et de l'école vont alors profondément se modifier. Dans le cas des entreprises, trois maîtres mots semblent caractériser leur développement : structure horizontale, virtualité et mondialisation. Dans le cas de l'école, des services de santé ou du travail, on parle de plus en plus de mettre l'accent sur la téléformation, la télémédecine ou le télétravail.


1.7 Primauté de l'écrit


Aujourd'hui, plus de 70 %18 des gens utilisent l'écrit au travail : dans des proportions de plus en plus importantes, ils traitent et échangent des messages d'information, sur papier ou sur écran d'ordinateur. Leur outil de travail, c'est la langue; leur support, de plus en plus, les systèmes multimédias. La langue joue donc un rôle de plus en plus prépondérant comme valeur ajoutée dans le travail. Cette prépondérance, cependant, est fortement liée aux systèmes multimédias dont l'évolution technologique va influencer la structure même des langues, ainsi que leur importance relative les unes par rapport aux autres.


1.8 Explosion de l'information et de son traitement par l'ordinateur


L'augmentation exponentielle de l'information scientifique et technique est bien connue. En 1990, le nombre de revues scientifiques atteignait 70 000; et 5 000 articles par jour s'ajoutaient au stock existant de 30 millions d'articles. On estime que le seul dépouillement de cette information nécessite 200 000 documentalistes et occupe 17 % de l'activité des chercheurs19.

Le nombre de serveurs de données traitées électroniquement est passé, entre 1975 et 1991, de 301 à 7 63720.

Un nouveau phénomène apparaît alors : « l'exformation », soit une accumulation de données qui ne sont pas traitées faute de temps et de personnel. Le recours à des outils informatisés devient par conséquent une nécessité, comme l'illustrent les deux exemples suivants.

  • La création de sweepstakes a certes permis à Nintendo de recueillir les adresses de deux millions d'acheteurs et de réussir le lancement de la revue du même nom; elle ne lui procure cependant pas une information aussi riche que celle qu'elle pourrait obtenir si elle était en mesure d'analyser dans le détail les 120 000 appels téléphoniques d'utilisateurs qu'elle reçoit chaque semaine21.

  • L'action et la crédibilité de l'Agence Reuter dépendent de sa capacité de recevoir, comprendre et diffuser l'actualité aussi vite que possible. Les fils de presse bruts doivent être classés et envoyés au bon bureau. Cette opération était faite à la main, prenait du temps et les dépêches mettaient parfois des jours à arriver à leur destination finale, quand elles étaient bien adressées. Le logiciel JASPER (Journalist's Assistant for Preparing Earning Reports) ne retient que les dépenses pertinentes, après avoir localisé et extrait les données financières recherchées; il reformate ces dernières et les envoie directement au journaliste financier22.


1.9 Travail en temps réel et diversité des langues


La nécessité de communiquer en temps réel avec des locuteurs de langues diverses, d'accéder à des bases d'information ou de connaissance où l'information est stockée en plusieurs langues, pose de plus en plus la question de l'usage des langues dans l'entreprise, et particulièrement celui de l'anglais. On sait en effet que 69 % des bases ASCII d'information et 62 % des CDRom disponibles dans le monde sont en anglais23. La nécessité pour une entreprise de pouvoir traiter simultanément plusieurs langues s'impose de plus en plus, que ce soit pour accéder à de l'information ou pour en diffuser. Par ailleurs, cette capacité devient un avantage comparatif de plus en plus important.


1.10 Conclusion


L'analyse de l'ensemble des caractéristiques présentées nous amène à noter qu'en faisant du traitement de l'information la clé de voûte de son fonctionnement, la société de l'information donne au support de l'information, c'est-à-dire à la langue elle-même, une importance nouvelle tant sur les plans de sa maîtrise et de son traitement par l'ordinateur que sur celui de la gestion du multilinguisme.






2. LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION : SES CONSÉQUENCES SUR LA LANGUE



L'essor d'une économie de l'information entraîne une augmentation de la demande de personnes maîtrisant la langue écrite, accroît les exigences en matière de qualité de la langue, accélère les échanges interlinguistiques et demande de recourir au traitement de la langue par l'ordinateur.


2.1 Augmentation de la demande de maîtrise de l'écrit


La grande pénétration des outils numérisés dans le milieu de travail, les méthodes de gestion « du juste à temps », la nécessité d'acheminer l'information le plus rapidement possible, font en sorte qu'un nombre de plus en plus grand de travailleurs sont conduits à manipuler (produire, transmettre, stocker, analyser) de l'information.

Dans son avis sur l'enseignement du français langue maternelle, le Conseil attirait déjà l'attention, en 1987, sur le décalage entre l'offre de compétence en français des écoles et la demande émanant du milieu du travail, tout se passant comme si le système scolaire n'arrivait pas à mettre sur le marché du travail un nombre suffisant de travailleurs maîtrisant bien le français. Le Centre de linguistique de l'entreprise a, ces dernières années, attiré maintes fois l'attention sur cette difficulté.


2.2 Augmentation de la demande de qualité de la langue


La demande d'augmentation de locuteurs maîtrisant la langue écrite s'accompagne également d'une autre importante exigence qui a trait à la qualité de cette dernière. En effet, l'utilisation d'outils numérisés rend primordial le respect des règles de base de la langue. Le respect de la morphologie des mots, de la grammaire et de la syntaxe devient déterminant quand l'ordinateur doit reconnaître lui-même le message qui lui est transmis. Par ailleurs, la transmission en temps réel, c'est-à-dire le fait que l'information, aussitôt rédigée par le professionnel, est acheminée par courrier électronique aux destinataires, supprime la fonction de correction que pouvait jouer le personnel de secrétariat ou, pour les textes plus institutionnels, le service de linguistique de l'entreprise. Une pression et une responsabilité plus grande s'exercent donc sur la personne qui rédige et émet l'information.

Cette exigence de qualité se manifeste sur deux plans.

a) Les exigences propres à l'information professionnelle, scientifique et technique

Dans les communications financières, techniques, commerciales et scientifiques, les distances, la nécessité de traiter l'information en temps réel et de recevoir de l'information ou d'accéder à des bases d'information multilingues, le plus souvent cependant en langue anglaise, obligent à éviter les erreurs d'interprétation. Comme pour d'autres activités humaines, le recours au contrôle des messages ou de l'information par la machine devient nécessaire. C'est en effet un moment très important dans l'histoire où une technologie a un impact aussi fort sur la langue, sur les plans du vocabulaire, de la morphologie et de la syntaxe.

Aussi, la pratique qui consiste à éliminer les ambiguïtés dans le sens des mots et des phrases (et de leur traduction) se généralise de plus en plus dans les industries où fournisseurs, fabricants, distributeurs et clients sont répartis dans plusieurs pays. L'objectif de cette « simplification »24 des textes des manuels techniques, par exemple, est d'arriver à une rédaction efficace du texte qui permette une rapide et fiable compréhension de la part du lecteur. À titre d'exemple, lorsqu'elles sont mal rédigées, les instructions d'utilisation accompagnant les logiciels lors de leur vente ont pour effet d'accroître par dix le nombre d'appels de dépannage devant être traités par l'éditeur25.

Par ailleurs, c'est aussi pour permettre une analyse fiable des textes par les logiciels de gestion textuelle, pour faciliter la traduction automatique par les ordinateurs et pour améliorer l'efficacité des systèmes de gestion en temps réel que cette préoccupation croît.

b) Les exigences propres aux textes généraux et administratifs

Comme les producteurs de texte doivent travailler de plus en plus rapidement, comme ils sont de plus en plus autonomes et « responsables » de leurs écrits ainsi qu'en liaison directe avec leurs clients ou les destinataires du texte, ils doivent répondre aux exigences de qualité normalement attendues d'un rédacteur professionnel. Dans la mesure où l'ordinateur peut être une aide efficace, le recours à ce dernier pour contribuer à améliorer la qualité des textes est perçu comme un gain.


2.3 Accélération de la demande d'intercommunication multilingue


La multiplication des échanges, qui touchent tous les domaines de la vie économique, culturelle et même privée, accroît les contacts interlinguistiques. Dans un bon nombre de cas, on pallie le problème en utilisant une langue commune d'intercommunication qui est le plus souvent l'anglais. Cela est particulièrement le cas dans le domaine des sciences26 et des échanges financiers et commerciaux. Toutefois, dans la mesure où l'exigence d'intercommunication se répand à un nombre de plus en plus grand de personnes, le recours à une langue commune n'est plus nécessairement le moyen le plus efficace. D'une part, la demande dépasse le nombre de personnes véritablement bilingues et, d'autre part, les conséquences sociales d'un tel choix sur les plans économique, linguistique et culturel sont telles qu'il faut chercher d'autres avenues.

À titre d'exemple, 70 % des industriels européens ne parlent que leur propre langue27. Par ailleurs, 42 % des chercheurs européens qui utilisent des centres serveurs choisissent ces derniers en fonction de la langue d'interrogation et 53 % font de même en ce qui a trait aux bases de données. (Ces réponses sont données par des spécialistes de l'information; les résultats obtenus auprès de non-spécialistes seraient encore plus concluants28.) Il est donc possible de penser que l'apparition d'interfaces multilingues favoriserait grandement l'interrogation des banques à l'extérieur de l'aire linguistique où elles ont été produites.

Par ailleurs, l'utilisation de systèmes de gestion en temps réel qui transcendent les territoires linguistiques exige des temps de réponse tellement rapides que la gestion de l'interface linguistique doit être prise en charge par la machine. Comme les machines numérisées peuvent, en effet, prendre en charge ces échanges, des pressions au développement terminologique multilingue dans les domaines de spécialité se font de plus en plus sentir.


2.4 Demande de traitement de la langue par la machine


En même temps qu'elle a permis d'envisager le succès des travaux en ingénierie linguistique, la progression exponentielle de la puissance des ordinateurs a rendu possible le stockage électronique de quantités toujours plus considérables d'information29 qu'il est de plus en plus difficile de dépouiller par un usage classique du langage humain. Tout comme l'écrit s'est superposé à la parole pour mieux répondre à nos besoins de communication, le traitement numérisé doit maintenant venir enrichir l'utilisation courante que nous faisons de la langue.

Le besoin d'échange d'information, la quantité d'information à traiter, l'accélération des échanges, la nécessité de travailler de plus en plus en temps réel, le développement des capacités techniques des machines font en sorte que le traitement de la langue par les machines numérisées est devenu le défi des technologies de l'information.

Trois niveaux de besoins sous-tendent cette demande.

a) Le besoin de prise en compte des langues dans les systèmes d'échange d'information

Il y a quelques années encore, seuls des chiffres ou des chaînes de caractères pouvaient être utilisés et transmis par les machines. Mais, même en ce qui concerne les caractères, seuls les caractères de la langue anglaise avaient droit de cité. Toutes les autres langues, à cause principalement de l'utilisation de signes diacritiques différents (accents, cédille, etc.), ne pouvaient accéder à ce type de traitement. Les développements technologiques des dernières années ont permis la numérisation de toutes les langues et leur utilisation dans des systèmes isolés ou en réseau peu étendu. Toutefois, les exigences de généralisation des échanges, les besoins d'interconnexion, reposent encore le problème. C'est ainsi qu'au moment où on parle de la mise sur pied d'autoroutes de l'information, sur l'unique grand réseau existant (Internet), seule la langue anglaise a droit de cité alors qu'il n'y a aucun obstacle technique à ce que toutes les langues puissent être véhiculées dans les systèmes de communication. En effet, d'une part, les micro-ordinateurs travaillent actuellement dans presque toutes les langues codifiées. D'autre part, les réseaux électroniques actuels fonctionnent au moins en 8 bits, ce qui permet l'usage des signes diacritiques. Par ailleurs, seul le réseau Internet fonctionne en 7 bits et il doit passer, dans un proche avenir, au fonctionnement en 8 bits. De plus, même en 7 bits, des solutions techniques existent, mises au point notamment par des firmes québécoises, pour tenir compte des signes diacritiques des langues.

b) Le besoin d'analyse de l'information

La masse d'information à traiter fait en sorte que les coûts de l'intervention humaine deviennent beaucoup trop onéreux et que l'abaissement de ces coûts par l'usage de machines numérisées est devenu une exigence. Rappelons, à titre d'exemple, que l'Agence Reuter utilise le logiciel Jasper pour lire les dépêches économiques et rédiger rapidement et sans faute les manchettes relatives aux profits et dividendes déclarés par les entreprises. Ce logiciel réduit les erreurs, fait rapidement ce que sa contrepartie humaine faisait en plusieurs jours, travaille avec une précision de 90 % et a permis, en 1990, une économie de 750 000$. Il permet, en outre, aux journalistes de passer plus de temps à des tâches d'analyse de la nouvelle financière30.

c) La libération des contraintes de l'outil en se servant de la langue comme interface conviviale avec les outils

Dans la mesure où l'usage des outils numérisés touche toutes les catégories de travailleurs jusqu'aux plus bas niveaux socioprofessionnels, la nécessité d'améliorer les interfaces, l'accès à ces outils et leur utilisation est devenue la condition de leur expansion et de leur utilisation maximale. L'utilisation de la langue orale, notamment, permet de se libérer des contraintes de la saisie du texte par le clavier et des contraintes de fonctionnement de la machine.

La capacité des machines à comprendre la parole fait que le passage de l'oral à l'écrit, et vice versa, évolue rapidement. L'ère des ordinateurs sourds et muets est révolue. Certes, cette technologie n'en est encore qu'à ses débuts, mais elle va exiger des études d'envergure sur la sémantique, la syntaxe, la phonétique, la prosodie, etc.

L'utilisation d'interfaces apparaît toujours à un certain nombre d'experts et d'utilisateurs expérimentés comme inutile31. Cependant, la nécessité de recourir à des instruments comme les outils de traitement de la langue s'imposera à quiconque acceptera que l'utilisation par le consommateur des produits et services achetés se fait selon une « logique d'utilisation » et non pas selon une « logique de fonctionnement » : « Pour l'usager, la finalité de l'appareil n'est pas, en général, de faire fonctionner l'appareil mais de s'en servir pour un service qui n'a rien à voir avec la technologie.32 » Comme l'a souligné Coulmas33 :

Ce n'est point corrompre et dénaturer la langue que de chercher à l'utiliser pour communiquer avec la machine. Le but d'une telle entreprise est d'adapter la machine aux besoins de l'Homme, à ses habitudes et à ses aptitudes, pour que le comportement de celui-ci cesse d'être asservi par les capacités limitées de la machine. Il n'existe point de système symbolique plus puissant que le langage. La machine deviendra réellement flexible et utile dans la mesure où nous lui enseignerons à simuler et comprendre notre propre langue.


2.5 Conclusion : importance du traitement informatisé de la langue ou de ce qu'on appelle les industries de la langue


Le développement de la société de l'information crée une forte demande à l'égard de la langue : demande d'augmentation de locuteurs maîtrisant la langue, exigence accrue de qualité de la langue et demande de traitement automatisé de la langue. Ainsi, selon Florian Coulmas34

À cause de l'avènement de la société du savoir, il est aujourd'hui plus que jamais crucial d'avoir rapidement accès à de l'information en tout genre. Pour s'assurer que la langue permette, plutôt qu'empêche, d'atteindre ce but, il est nécessaire de la travailler et de la raffiner, tout comme les autres matières doivent être améliorées au nom d'une productivité accrue. En conséquence, il est souhaitable d'investir dans la langue, au sens propre du mot plutôt qu'au sens figuré.

En d'autres mots, le développement de l'économie et celui du traitement informatisé de la langue ou, plus généralement, le développement de la société de l'information et le développement linguistique sont plus que jamais intimement liés.






3. LES CONSÉQUENCES DE L'INACTION SUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA SOCIÉTÉ DE L'INFORMATION



Les modèles technologique, économique et sociétal dominants induisent des tendances à la création d'un ordre mondial uniforme et unilingue. Une démarche pluraliste sur les plans linguistique et culturel permettrait de privilégier une libre circulation, des infrastructures ouvertes, une diversité des contenus, des produits et services, et la prise en compte du multilinguisme.


3.1 Analyse des modèles technologique, économique et sociétal proposés


L'analyse de la mutation vers une société de l'immatériel, de l'information ou de contenus, selon les expressions utilisées, doit prendre en compte les trois pôles qui régissent le développement de toute société industrielle et qui interagissent entre eux : le pôle technologique, le pôle économique et le pôle sociétal où l'aspect linguistique occupe une large place.

Le pôle technologique est le moteur de l'évolution de la société de l'information. En effet, la numérisation35 permet le traitement par ordinateur de sources d'information qui auparavant nécessitaient des supports distincts, à savoir le texte, les sons, les images et les données. Elle permet aussi, par voie de conséquence, l'intégration des supports techniques et des industries de l'informatique, de la télévision et des télécommunications.

Puisque la numérisation devient la seule technique utilisée par les différents canaux de production et de transmission de l'information (ordinateur, téléphone, radio, télévision), quelle que soit la nature de l'information (image, son, texte, chiffre), elle favorise la convergence des technologies, des médias et des utilisateurs.

Cette convergence induit un nouveau modèle essentiellement standardisateur et intégrateur des sources et des supports de l'information qui est positif sur le plan technologique puisqu'il permet une intercommunication généralisée.

Toutefois, la nécessité d'intercommunication des systèmes (EDI, RNIS)36 ne doit pas privilégier une seule langue, l'anglais, mais doit permettre à toutes les langues d'être transmises et mémorisées, d'autant plus que la prise en compte des langues n'est plus un obstacle technique. L'introduction, dans le modèle technologique dominant, d'une approche multilingue, ouvre la porte à un nouveau modèle où les infrastructures techniques peuvent manipuler toutes les formes de contenus (à base de texte, de son, d'images) et où celles-ci favorisent une libre circulation de toutes les langues. Il faut alors appuyer la nouvelle tendance à l'accès universel des langues, et dans la langue des individus, aux nouveaux outils.

Le pôle économique, quant à lui, vise le développement de produits et de services. Le modèle propre à ce pôle est basé sur le développement de trois grands marchés : le marché commercial et professionnel, le marché public et le marché domestique37; il est aussi basé sur un nouveau type d'entreprises (structure horizontale, alliances ad hoc et mondialisation) et sur un nouveau modèle économique mondialisé. Ce modèle contribue à la tendance générale à la standardisation des produits et services.

Cependant, l'expérience montre que même les produits et services les plus universels doivent être adaptés aux conditions des marchés locaux38. Or, seuls des modèles de produits et services ouverts, des produits interactifs et conviviaux conçus de façon multilingue et multiculturels, auront l'impact attendu des entreprises et des États. En effet, la prise en compte des langues, le respect des différences culturelles, la diversité des contenus, des produits et services, est la stratégie privilégiée par ceux qui veulent atteindre le plus grand nombre possible d'usagers. En ajoutant au paradigme dominant du pôle économique la prise en compte des langues et des cultures, on aboutit à un autre modèle centré sur la diversité des contenus, des produits et des services et on favorise une tendance à la convivialité des produits et des services qui servira davantage les intérêts des entreprises, des individus et des États.

Le pôle sociétal, enfin, vise un objectif d'accès à l'information et de promotion des langues et des cultures nationales.

Or, les productions anglo-américaines qui dominent le marché de masse reflètent le milieu culturel et linguistique d'où elles émanent. Étant donné leur position dominante, elles introduisent une homogénéisation socioculturelle dans le sens d'une vision du monde qui accorde la priorité à l'image et tend à la monopolisation39. Le modèle alors proposé est celui d'un ordre mondial uniforme. Par ailleurs, il ne faut pas minimiser à court terme la crainte et le rejet des nouveaux outils informatisés par une certaine partie des citoyens, surtout si ces outils ne sont pas accessibles dans la langue de l'usager.

En conséquence, le paradigme proposé par ce pôle vise la standardisation des modèles culturels et conduit à la création de deux classes de citoyens : les technophiles et les technophobes.

Or, c'est grâce à la présence centrale de contenus40 nationaux en langue nationale qu'un accès équitable à l'information et à la culture nationale sera favorisé. Somme toute, seule une démarche pluraliste sur les plans linguistique et culturel pourra assurer un pluralisme des modèles et de la vision du monde.

Comme on le voit, les tendances des pôles technologique, économique et sociétal, peuvent donner lieu à deux types de développement. Le premier mettrait l'accent sur la standardisation et l'homogénéisation; le deuxième, sur l'accès universel, la diversité et la convivialité. Les trois modèles convergents dominants ont en effet un impact sur la diversité des langues, des cultures et des modes de pensée. La présence centrale de contenus nationaux et un accès équitable à l'information visent au contraire à assurer un pluralisme des modèles linguistiques et culturels.

Avant de proposer des orientations, ce qui sera l'objet du dernier chapitre, et en ayant à l'esprit le choix du modèle qui privilégie l'accès universel, la diversité et la convivialité, nous allons analyser les conséquences majeures que l'inaction aurait sur la vitalité du français.


3.2 Conséquences géolinguistiques


Le bouleversement technologique qui conditionne le passage à la société de l'information est aussi important que l'a été autrefois l'invention de l'écriture ou plus récemment celle de l'imprimerie. Par ailleurs, les langues naturelles réagissent comme des êtres vivants; elles évoluent sous la pression de l'environnement et subissent les lois de la concurrence et de la sélection naturelle.

Or, comme ces technologies sont à la fois puissantes et coûteuses, elles sont de fait réservées aux pays riches. En conséquence, parmi les quelque 4 000 langues pratiquées sur terre, une poignée auront accès aux moyens de communication de l'avenir, et les autres seront exclues de la communication scientifique, technique, commerciale et financière, soit précisément des secteurs stratégiques qui président à la création de la richesse.

Les interrelations langue-machine privilégient l'anglo-américain, car il n'est pas seulement la langue privilégiée de la diffusion de l'information technique, scientifique, commerciale et financière, mais aussi celle des développements technologiques immédiatement reliés aux interactions avec la langue41. Ces développements sont en effet intimement liés à la puissance commerciale de grandes sociétés américaines ainsi qu'au support à la recherche octroyé par le gouvernement américain aux industries de la langue par le biais, notamment, de l'Advanced Research Projects Agency (ARPA).

Cependant, comme il n'y a aucun obstacle technique à ce que les autres langues transitent dans les systèmes de communication informatisés ou servent d'interface aux outils numérisés, des efforts importants sont à faire pour qu'elles soient présentes dans les nouvelles technologies de l'information.


3.3 Conséquences nationales

3.3.1 Conséquences d'ordre éconolinguistique


Selon Coulmas42, « l'économie constitue le déterminant principal de la capacité d'une langue véhiculaire à se propager ». Le principe sociolinguistique sous-jacent à cette opinion est que la vitalité d'une langue dépend de sa valorisation économique. Ce principe a été la pierre angulaire de l'aménagement linguistique au Québec depuis la Commission Gendron et la base des actions politiques en matière de langue de travail.

Les Québécois, de même que les immigrants venus d'autres pays, continueront d'employer la langue française et de la transmettre à leurs enfants tant et aussi longtemps qu'ils percevront que son emploi sera facteur de promotion sociale, et tant et aussi longtemps qu'elle servira à l'exploitation maximale de leurs capacités intellectuelles. Si le français devait cesser d'être un actif pour devenir un handicap, sa vigueur s'en ressentira rapidement.

Le développement de la capacité de traitement numérisé du français constituera donc une garantie supplémentaire de son usage futur dans les lieux de travail; par conséquent, ce sera un important élément de valorisation. En revanche, l'inaction ne pourra qu'entraîner une perte de la valorisation économique de la langue.


3.3.2 Conséquences d'ordre sociolinguistique


Toute inaction dans la question qui nous préoccupe ne peut qu'être un frein important à l'usage du français comme langue de travail. Les analyses faites sur l'usage du français au travail montrent que, globalement, cet usage a progressé au Québec depuis plus de 20 ans. Le graphique qui suit indique que, dans le secteur de la production et dans le secteur technique, l'usage du français a progressé entre 1972 et 1979 pour se stabiliser par la suite alors que dans le secteur administratif, il a surtout progressé entre 1979 et 1989. Il est important de noter que, dans les secteurs technique et administratif, l'usage généralisé du français est moins répandu que dans le secteur de la production.



Graphique


On sait par ailleurs que c'est dans le secteur des hautes technologies que l'usage du français est le moins répandu et que, en ce qui concerne la formation en informatique, si l'usage du français est majoritaire au secondaire, c'est l'usage de l'anglais qui domine à l'université. En d'autres mots, là où les besoins d'information et d'intercommunication sont les plus grands, le français est moins répandu et la formation aux outils informatiques délivrée à l'université valorise davantage l'anglais, incitant ainsi les étudiants à travailler plus tard avec des outils en anglais. De ce fait, toute augmentation du nombre d'outils linguistiques fonctionnant dans la langue nationale et mis à la disposition des étudiants et des travailleurs diminuera la nécessité d'utiliser des mesures compensatoires et réglementaires défensives qui encadrent de moins en moins bien son utilisation et celle d'autres langues. En ce sens, l'appui gouvernemental à la pénétration des produits des industries de la langue en français viendra renforcer les politiques d'aménagement de cette langue.


3.3.3 Conséquences culturelles


Les conséquences culturelles renvoient notamment à la question des styles de fonctionnement cognitif. En effet, ces styles varient d'un groupe national à l'autre. C'est le cas, entre autres, des styles de décision et des méthodes d'apprentissage. Par exemple, la gestion du consensus au sein des organisations repose sur des mécanismes cognitifs de décision qui ne sont pas les mêmes aux États-Unis, au Japon, en Allemagne, en France et au Québec.

En conséquence, l'usage généralisé des logiciels de décision fabriqués à partir d'un modèle spécifique à une culture nationale favorise l'homogénéisation culturelle. Cela est contraire non seulement à un idéal de pluralisme culturel et linguistique, mais aussi rend difficile la performance optimale de ceux qui sont contraints d'utiliser un modèle conçu dans une autre culture et dans une autre langue. Il en va de même des méthodes d'apprentissage qui varient d'un groupe culturel et linguistique à l'autre.


3.4 Conclusion


L'inaction sur le développement de la société de l'information et sur la création d'outils de traitement informatisé de la langue hypothèque l'usage des langues dans le monde et particulièrement celui du français au Québec. Un effort important est à faire pour doter l'ordinateur de l'usage de la langue et pour rendre accessibles les nouveaux outils dans la langue de l'usager. Un tel constat a aussi été dressé aux États-Unis. Comme le souligne à juste titre un haut responsable de l'ARPA, George Doddington43,

L'insistance actuelle mise sur la haute technologie sous-entend un avenir à l'accroissement exponentiel de la puissance des ordinateurs et de la largeur des bandes communicationnelles, de même qu'à l'explosion du nombre a de la variété des services qui seront offerts grâce à la mise en place de cette infrastructure. Voilà la vision que l'on a souvent de l'ère informationnelle.

Mais une chose manque dans cette vue : l'outil intelligent qui fera le lien entre une infrastructure informationnelle vivante et les usagers éventuels de son contenu. Ces derniers devront détenir le contrôle du système et, pour le leur donner, il sera nécessaire d'enseigner aux ordinateurs l'usage de la langue humaine. Car si l'on partage la vision d'un monde axé sur le traitement fonctionnel de l'information et les communications, on doit accepter que tous aient accès à l'infrastructure mise en place, pas seulement les scientifiques et les spécialistes de l'information.

C'est pourquoi plusieurs interlocuteurs, tant français que québécois, ont fait état, dans le sillage du rapport Danzin, de l'urgence d'agir pour éviter que le français ne soit marginalisé par l'industrialisation de la langue. En d'autres mots, on ne peut plus faire l'économie du traitement informatisé de la langue. En effet, lors de la diffusion de l'imprimerie, les langues avaient des chances relativement égales vis-à-vis d'une technologie essentiellement neutre. Il n'en va plus de même avec des technologies qui privilégient l'interface anglais-machine et qui assurent ainsi, à une langue, une primauté qui entraîne la marginalisation du français dans ses fonctions reliées au travail, à la formation, à la science et à la technologie. Cette réalité confère au développement des industries de la langue une importance stratégique primordiale.






4. CONTEXTE DE L'INTERVENTION GOUVERNEMENTALE : AUTOROUTE DE L'INFORMATION ET NOUVEAUX MARCHÉS



Le contexte d'une intervention gouvernementale québécoise est celui de la mise en place d'une infrastructure d'échange d'information numérisée, appelée autoroute de l'information, et du développement de nouveaux marchés où une attention particulière doit être portée à l'accessibilité en français et au développement de contenus en français.


4.1 Autoroute de l'information


L'expression autoroute électronique fait référence à l'infrastructure, au contenant, et celui d'autoroute de l'information, au contenu. Nous préférons ce deuxième terme puisque la fonction de l'autoroute électronique est de favoriser les échanges entre personnes et de permettre la communication de contenus. Le terme autoroute de l'information a aussi l'avantage de mettre en valeur les enjeux linguistiques, à savoir l'échange en français de contenus en français ou accessibles en français.

La mise en place d'une autoroute de l'information, qui est, de fait, la généralisation à grande échelle des modèles d'échange de données informatisées (EDI), pose la question de la définition de la notion d'espace d'information. Celui-ci comprend plusieurs maillons indissociables44 qui doivent être également développés pour assurer la vitalité de cet espace :

  1. les infrastructures physiques (infrastructures câblées, réseaux de radiocommunication, satellites) et les services de télécommunication de base (courrier électronique, services interactifs d'accès aux bases, banques de données);

  2. les applications auxquelles les niveaux précités apportent leurs fonctions de stockage, de traitement et de transmission et qui offrent aux utilisateurs des services adaptés à leurs besoins;

  3. les équipements, les composants et les logiciels que possède l'usager et qui assurent le traitement de cette information;

  4. l'information elle-même, transformée et rassemblée sous sa forme numérique (bases de données, de textes, d'images, de sons, CDRom interactif);

  5. des utilisateurs formés non seulement à des applications, mais surtout aux potentialités offertes par les technologies de l'information et des télécommunications ainsi qu'aux conditions qu'exige leur utilisation optimale.

Ces cinq niveaux doivent faire l'objet d'une approche linguistique particularisée. En effet, les infrastructures physiques et celles de télécommunication sont neutres linguistiquement parlant. Leur mise en place exige de lourds investissements financiers, ainsi qu'une grande capacité d'innovation technique. Leur implantation cependant, dans quelque pays que ce soit, ne pose pas de problème linguistique particulier si ce n'est de faire en sorte que ces infrastructures puissent supporter différentes langues dont, en ce qui nous concerne, le français.

Par contre, les applications qui assurent les fonctions de stockage, de traitement et de transmission doivent pouvoir assurer une capacité de traitement en français. Actuellement, dans le seul grand réseau qui existe, Internet, seule la langue anglaise a une positon prédominante45.

Cependant, c'est le niveau des équipements, des composants et des logiciels donnant accès à l'autoroute qui exige la plus grande attention d'un point de vue linguistique. Actuellement en effet, il n'existe pas au Québec de logiciel de communication en français. Pour permettre notamment aux usagers francophones d'avoir accès à cet espace d'information dans leur langue et élargir le marché des entreprises, une approche multilingue de développement de ces produits est donc à encourager.

Par ailleurs, l'information elle-même stockée sous une forme numérisée pose toute la question du développement de bases de données en français. Nous verrons plus loin les stratégies différenciées à mettre en oeuvre, compte tenu des marchés auxquels ces bases s'adressent, particulièrement le marché public.

Enfin, pour les utilisateurs, se pose aussi la question de la formation de tous les usagers aux nouvelles technologies, de leur formation en français et avec du matériel en français.

En résumé, dans le cadre du développement de CANARI (nom du projet d'autoroute canadienne qui sera reliée de façon très étroite à l'autoroute américaine), une attention particulière doit être apportée pour que les deux langues officielles du Canada puissent être supportées, traitées par les systèmes mis en place et utilisées46 par les usagers lorsqu'ils voudront avoir accès à celle-ci et pour qu'au Québec, tous les usagers puissent y avoir accès en français et y faire circuler des textes en français. En outre, la mise sur pied d'une autoroute francophone devient névralgique pour consolider l'espace de la francophonie internationale. Signalons que le ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie a prévu un volet de promotion du français dans le cadre de son programme triennal de Fonds de l'autoroute de l'information (FAI).


4.2 Nouveaux marchés : domestique, public, commercial et professionnel


Les analystes47 de la société de l'information ont décelé et mis en valeur l'existence de trois marchés : le marché domestique, le marché public, et le marché commercial et professionnel. Ces trois marchés sont à développer. Étant donné la nature des produits propres à chacun d'eux, l'état de développement de ceux-ci requiert de la part de l'État des stratégies différenciées.

Le marché domestique est destiné à offrir un meilleur confort physique et culturel aux citoyens : services financiers, services domestiques, services culturels, services pédagogiques ou de formation, services commerciaux et autres, activités de télétravail.

Beaucoup de produits peuvent être rendus accessibles et déjà des entreprises importantes y travaillent. À titre d'exemple, citons le projet d'autoroute électronique au foyer UBI (Universalité, Bidirectionnalité, Interactivité) du groupe Vidéotron, Vidéoway Communication inc. et cinq partenaires, ou le projet SIRIUS du Groupe Stentor où Bell Canada joue un rôle de premier plan. Dans ce domaine, le rôle de l'État est surtout de catalyser le développement, en créant les conditions de production de ces produits et services domestiques et en s'assurant de l'accessibilité de ces produits en français.

L'État a cependant un rôle plus important à jouer en ce qui concerne les produits à caractère culturel où, effectivement, les produits francophones risquent d'être submergés par les produits de langue anglaise. Aussi, le développement de l'offre de produits en français est-il un des axes majeurs d'action à promouvoir et, dans ce cadre, l'élargissement d'un axe francophone de production de tels produits et leur disponibilité sont à privilégier. De plus, le vaste domaine de la téléformation doit faire l'objet d'investissements gouvernementaux.

Le marché public est destiné à offrir une meilleure gestion de la société en optimisant les activités administratives : bases d'information législative, réglementaire, bases de données statistiques, bases d'information sur les services, bases d'information scientifique et technique, bases d'information professionnelle.

Dans ce marché, l'information professionnelle et administrative et la télématique médicale48 devraient faire l'objet de priorités. Il faut aussi noter que le Québec a pris un retard important en matière de développement de sources d'information professionnelle et administrative, excepté dans le domaine juridique où d'importantes banques ont été mises en place. Une politique à cet égard est fondamentale tant pour améliorer le fonctionnement lui-même de l'appareil gouvernemental, dans un contexte de rareté des ressources financières, que pour améliorer l'accessibilité aux services et l'accès des citoyens à l'infirmation gouvernementale49.

Le marché commercial et professionnel est destiné à améliorer la productivité des entreprises et la compétitivité des produits et services.

La dynamique de développement actuelle est identique, dans ses effets, à celle de la diffusion massive des moteurs lors de la première révolution industrielle : une masse critique d'information à traiter suscite une masse critique d'utilisateurs qui à son tour augmente les besoins en information. Plus de 130 millions de micro-ordinateurs sont en activité dans le monde et la firme d'experts-conseils américaine McKinsey estime qu'en l'an 2000, 80 % des emplois aux États-Unis feront principalement appel aux aptitudes intellectuelles, plutôt que manuelles, des ressources humaines.

Les entreprises sont de plus en plus sensibilisées à cette nouvelle réalité. Toutefois, au Québec, les grandes entreprises de services qui travaillent activement à l'établissement de systèmes d'échange électronique d'information n'ont pas encore assez tenu compte du défi de la société de l'information, à savoir : le traitement lui-même de l'information (analyse, repérage, synthèse, génération) ainsi que son traitement multilingue.

Par ailleurs, le développement de ces trois marchés doit se faire dans une perspective multilingue qui confère un avantage comparatif aux firmes québécoises, particulièrement dans le contexte de l'ALENA où trois langues sont en concurrence. Il doit aussi porter une attention particulière au français : accès en français, produits et services en français, accessibilité de produits culturels en français et création de bases de données professionnelles et administratives en français, dans le secteur public et privé.


4.3 Conclusion


Une intervention gouvernementale québécoise se situe donc dans le contexte de la mise en place d'une infrastructure d'échange d'information numérisée, appelée autoroute de l'information, et du développement de nouveaux marchés. Dans le contexte nord-américain propre au Québec, une attention particulière doit être portée à l'accessibilité en français et au développement de contenus en français. En ce sens, les industries de la langue peuvent être d'une aide capitale pour raffermir le statut du français et son usage, mais aussi, plus particulièrement, pour permettre de relever le défi de la gestion de la masse d'information auquel nous sommes confrontés et franchir en quelque sorte, avec l'aide d'automates, le mur de l'information.





5. RECOMMANDATIONS : LES INDUSTRIES DE LA LANGUE, UNE PRIORITÉ GOUVERNEMENTALE


L'analyse faite au cours de cet avis a montré les liens entre le développement économique, la société de l'information et l'impact de celle-ci sur la langue50. Elle a aussi montré que le défi de la société de l'information est moins un problème de transmission que de traitement de l'information : repérage, analyse, synthèse, génération et traduction. De ce fait, le traitement en français de l'information, à cause de son importance économique et culturelle, doit devenir une priorité gouvernementale de recherche, de développement de produit et d'implantation dans les organisations publiques ou privées.

Le Québec possède d'ores et déjà un entrepreneurship en matière d'industries de la langue. Celui-ci doit être soutenu par une action gouvernementale ainsi que c'est la pratique là où, au cours des années récentes, les industries de la langue ont connu des développements significatifs, particulièrement aux États-Unis, au Japon et dans l'Union européenne. Cette action devrait être à la fois stratégique, technique et financière. Il va sans dire qu'elle devrait être plus importante que celle consacrée jusqu'ici par l'État québécois. Le Conseil est d'avis qu'en plus de reposer sur des critères de performance économique, de faisabilité technique et de portée stratégique, cette action devrait aussi viser à encourager l'innovation, à augmenter la productivité et à soutenir particulièrement les initiatives contribuant à améliorer le statut et la qualité du français.

Recommandation 1

Le Conseil recommande au gouvernement du Québec de se doter d'une politique en industries de la langue qui visera à soutenir l'émergence d'un entrepreneurship québécois dans ce secteur.

Une telle politique devrait poursuivre les objectifs suivants :

  • faciliter la création de produits et services et produire des outils linguistiques;
  • illustrer l'usage des produits en industries de la langue et influencer leur développement;
  • conforter la recherche;
  • regrouper les usagers;
  • stimuler la coordination entre les partenaires et renforcer les réseaux francophones et internationaux;
  • assurer la formation d'informaticiens linguistes.
  1. Faciliter la création de produits et services en industries de la langue et produire des outils linguistiques

    Le développement de nouveaux produits exige de longues et coûteuses recherches qui peuvent dépasser les deux années que se fixent en général les entreprises les plus structurées. De plus, de nombreux produits non compétitifs, comme des systèmes d'interrogation de bases de données et d'analyse de requête en langue naturelle, des dictionnaires, des analyseurs morphologiques, syntaxiques ou sémantiques, des moteurs d'inférence en intelligence artificielle, etc., peuvent être réimplantés dans des produits commercialisables et en augmenter considérablement la plus-value.

    Pour ce faire, il faudrait mettre à la disposition des entreprises et des chercheurs un incubateur économique en industries de la langue. Celui-ci devrait être financé à même le Fonds de développement technologique québécois et viser un remboursement de l'investissement initial par le versement de droits sur les produits mis au point. Un organisme qui joue déjà ce rôle dans d'autres domaines pourrait voir sa mission renforcée par l'ajout de cette responsabilité. À titre de suggestion, le CRIQ (Centre de recherche industriel du Québec) pourrait recevoir ce mandat.

    Par ailleurs, l'ensemble de l'Office de la langue (OLF est fortement interpellé par la nécessité de produire des outils linguistiques. En effet, les nouveaux outils informatiques peuvent faciliter l'implantation terminologique dans les entreprises et être d'une aide précieuse pour l'amélioration de la qualité de la langue. Les industries de la langue devraient en ce sens inspirer la production de dictionnaires informatisés exploitant la terminologie de troncs communs et de spécialité51. Ceux-ci devraient être utilisables à la fois comme dictionnaires, dictionnaires d'équivalence (français, anglais, espagnol) et comme détecteurs ou correcteurs de termes et expressions non usuels. De tels modules linguistiques devraient être intégrables aux dictionnaires des traitements de textes les plus courants et inclure aussi les termes normalisés par l'OLF.

    Nous avons vu aussi, dans les pages précédentes, l'importance stratégique d'une rédaction claire, précise et lisible de l'information technique et professionnelle. Des recherches doivent donc être entreprises pour confectionner un guide de rédaction sur le « français simplifié » ou « contrôlé » et mettre au point un logiciel d'aide à la rédaction technique52.

    Les industries de la langue constituent aussi un atout majeur à l'égard du travail terminologique53. En transformant radicalement le travail des terminologues, les industries de la langue devraient aussi permettre de rendre la Banque de terminologie du Québec (BTQ) conviviale, orientée vers les besoins des usagers non terminologues et disponible sur CDRom. Elles autorisent aussi le développement d'une messagerie terminologique francophone. Celle-ci permettrait un maillage au Québec avec les entreprises productrices de terminologie, les chercheurs, etc., et, à l'étranger, avec les autres lieux de production terminologique francophone, de façon à exercer une veille terminologique, particulièrement dans le domaine des nouvelles technologies et de l'information scientifique et technique. Elles incitent enfin, à cause des besoins d'intercommunication et du développement de produits multilingues, à s'inscrire résolument dans une approche plurilingue de développement de produits à caractère lexicographique.

    Si les industries de la langue peuvent apporter une contribution à l'amélioration de la qualité de la langue, elles viennent aussi consolider l'usage du français, langue de travail, en fournissant les outils de traitement de la langue française dont ont besoin les entreprises. L'action de francisation des entreprises peut donc prendre appui sur le développement de ce domaine d'activités.

  2. Illustrer l'usage des produits en industries de la langue et influencer le développement de cette filière industrielle

    En ce qui a trait à l'illustration de l'usage de produits en industries de la langue, il faudrait encourager des expériences pilotes dans l'Administration. En effet, des ministères et des organismes du gouvernement du Québec jouent déjà des rôles de premier plan en matière d'application des connaissances de la linguistique et de l'informatique à la résolution des problèmes de l'analyse de texte, du traitement de la terminologie et de l'application de l'intelligence artificielle à la dispensation des services et en tirent profit.

    L'Administration québécoise est la première intéressée par le traitement informatisé de l'information, car c'est elle qui, au Québec, traite et produit le plus d'information. C'est elle aussi qui, directement visée par la francisation des nouvelles technologies de l'information et l'augmentation de sa propre productivité, doit servir de locomotive de développement et d'entraînement à laquelle viendront s'accrocher les entreprises québécoises. C'est elle enfin qui doit rendre accessibles l'information professionnelle, l'information technique, l'information grand public et l'information culturelle.

    Par ailleurs, l'utilisation du pouvoir d'achat de l'Administration peut servir à accélérer le développement des industries de la langue. En effet, les produits des industries de la langue sont actuellement et naturellement, puisque ce domaine est en phase d'émergence, réalisés par de petites entreprises spécialisées. Celles-ci sont fragiles et ne peuvent pas toujours investir dans de longues et coûteuses recherches. Tout en maintenant une juste et saine concurrence, l'Administration publique, dans son effort de francisation des technologies de l'information et dans le prolongement de la politique de francisation de l'informatique, devrait investir dans des produits d'avenir en garantissant, par exemple, certains volumes d'achat ou en finançant le développement de certains prototypes de nature précompétitive.

  3. Conforter la recherche

    Pour ce faire, des appels d'offres en recherche autour d'axes prioritaires en industries de La langue devraient être réalisés. En effet, les industries de la langue font appel à des disciplines très diverses : linguistique, informatique linguistique, cognitique, ergonomie, ingénierie, psychologie, etc. Le cloisonnement universitaire et celui des fonds subventionnaires occasionnent, très souvent, le refus de projets parce qu'ils ne s'ajustent pas bien aux programmes actuels. À cause des enjeux économiques, linguistiques et culturels qu'il véhicule, le domaine des industries de la langue devrait être clairement défini et recevoir une attention particulière des fonds subventionnaires. Le financement d'équipes de recherche en ce domaine doit être privilégié par le lancement d'appels d'offres autour de quelques axes prioritaires, comme l'étude et la modélisation du raisonnement et l'étude et la modélisation de la langue naturelle.

    Rappelons pour mémoire et à titre de comparaison que la Communauté européenne prépare un programme de recherche en ingénierie linguistique dont le montant s'élèverait à 80 millions d'écus de 1994 à 1998, soit 140 millions de dollars canadiens pour les cinq prochaines années54.

    Aussi, le ministère de l'Éducation et les fonds subventionnaires québécois et canadiens devraient-ils être appelés à créer des programmes de recherche en industries de la langue. Le programme de soutien à la recherche dans le domaine des industries de la langue, défini dans le cadre des travaux du GTIIL et présenté au Fonds FCAR par le CEFRIO, le CRIM, le MICST, l'OLF et la DGTI s'inscrit dans cette perspective55.

  4. Regrouper les usagers

    Pour ce faire, il faudrait veiller à ce que se constituent des Groupes d'intérêt en industries de la langue. En effet, les grandes entreprises, et même certaines PME, ont tout intérêt à se regrouper pour recueillir les fonds nécessaires au développement de projets innovants et ainsi faire face à leurs problèmes de développement et à la concurrence étrangère.

    Certaines entreprises ont pu avoir les ressources internes nécessaires pour mettre au point des systèmes ad hoc. Mais, règle générale, de tels investissements ne pourront être faits qu'en regroupant les ressources financières et humaines, autour d'intérêts communs. De tels groupes se sont déjà naturellement constitués pour bâtir des projets comme Macroscope et Volvox dans le domaine des technologies de l'information. Ces projets, par ailleurs, devront nécessairement intégrer plusieurs fonctions propres aux industries de la langue.

    Il faut donc chercher à faire naître de tels projets dans le domaine des industries de la langue et intégrer ces nouveaux développements dans les projets existants. En outre, une telle structuration permettra plus facilement de s'associer à des entreprises françaises et de créer une synergie pour développer des produits d'intérêt commun. Le projet Hermèstexte, en gestion documentaire, présenté par le Centre d'analyse de texte par ordinateur de l'UQAM (ATO-CI) avec la collaboration du CEFRIO et la participation des entreprises COBA, Famic-Eurodoc et DMR, du CIRAL (Centre international de recherche en aménagement linguistique), et du ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux du Canada, en est un bel exemple.

  5. Stimuler la coordination entre les partenaires et renforcer les réseaux francophones et internationaux

    Pour stimuler la coordination entre les partenaires, il faudrait conforter l'Observatoire québécois des industries de la langue (OQIL) dans ses fonctions. En effet, l'OQIL est un lieu d'échanges et de réflexions entre partenaires des milieux de l'administration, des universités et de l'entreprise privée. En outre, ses liens avec les autres observatoires francophones par la mise sur pied du RIOFIL (Réseau international des Observatoires francophones des industries de la langue) en font un point de ralliement, de concertation et de prise de décision au Québec et un pont naturel avec la francophonie et l'étranger.

    Le Conseil est d'avis qu'une fonction de veille technologique, linguistique et industrielle doit être poursuivie par l'Observatoire et ses partenaires et que sa fonction d'animation des acteurs stratégiques des industries de la langue et de rôle d'intégration doit être renforcée.

    Consolider les rôles et fonctions de l'OQIL permettrait d'éviter de créer une nouvelle structure; seule une participation en ressources financières et en ressources humaines devra être fournie, par les différents ministères visés, à cette instance d'intégration et de coordination générale.

    Par ailleurs, les actions québécoises de renforcement des réseaux sont importantes. Elles doivent notamment chercher à s'appuyer sur des actions francophones puisque les défis, les enjeux et les besoins, s'ils sont davantage névralgiques pour le Québec à cause de sa situation géographique sur le continent américain, sont largement partagés par les autres pays francophones. Cette convergence d'intérêts est éloquemment illustrée par le rapport Mayer, le rapport Danzin pour la Commission des communautés européennes, le rapport du Conseil supérieur de la langue française (de Paris) sur l'industrialisation du français56 publiés ces dernières années, ainsi que par la mission française confiée à André Danzin par le ministre de la Recherche et des Enseignements supérieurs, par le ministre de la Culture et de la Francophonie et par le ministre de l'Industrie, des Postes et Communications et du Commerce extérieur, dont le rapport doit être rendu officiel prochainement.

    Le Québec doit donc chercher à épauler ses actions nationales en renforçant ses relations bilatérales avec la France en ce domaine et en exerçant un leadership technologique et linguistique au sein de la francophonie au point de devenir un pôle d'excellence dans le traitement informatisé du français.

    Cet accent mis sur la coopération francophone, s'il est naturel compte tenu de la nature du dossier, ne doit pas être exclusif. En effet, les chercheurs francophones doivent être présents dans les réseaux nord-américains, européens et japonais et des occasions d'alliance commerciale avec certains partenaires industriels américains ou européens sont à susciter et à concrétiser.

  6. Assurer la formation d'informaticiens linguistes

    Les entreprises québécoises ont de la difficulté à recruter des ressources humaines compétentes en ingénierie linguistique et, au dire de certains, doivent faire appel à de la main-d'oeuvre européenne ou française. Cette situation est due à plusieurs facteurs : le cloisonnement de la formation universitaire rend difficile la formation dans un secteur qui fait appel aux sciences humaines et aux sciences pures ainsi qu'à différentes disciplines : ingénierie électrique, informatique, linguistique, sciences cognitives, etc.; la méconnaissance des industries de la langue par les étudiants de l'université et du cégep; l'inexistence de programme de maîtrise ou de doctorat alors qu'une telle formation se retrouve à l'étranger, notamment en France; l'inexistence de programmes de recherche subventionnée en industries de la langue, etc.

    Dans le cadre de ses travaux, le Groupe de travail interministériel sur les industries de la langue (GTIIL) a défini un projet d'octroi de bourse d'études à l'étranger. Cette action doit être soutenue. De plus, le Conseil de la langue française estime que la Conférence des recteurs des universités québécoises devrait mettre sur pied une chaire interuniversitaire qui permettrait d'offrir des études supérieures en industries de la langue.

* * *

La diversité des enjeux du traitement informatisé du français qui sont autant d'ordre économique, linguistique, culturel que démocratique, la nécessité d'articuler et de coordonner les actions de diverses missions gouvernementales sectorielles intéressées par cette question, l'intégration de plusieurs disciplines universitaires et l'harmonisation des actions des centres de recherches, enfin le regroupement de différents types d'entreprises, exigent la création d'une synergie intersectorielle gouvernementale, universitaire et entrepreneuriale ou, en d'autres mots, la mise sur pied d'un centre de pilotage et de catalyse des actions.

Aussi, dans le but d'assurer la cohérence dans l'application d'une politique visant à développer les industries de la langue et, ce faisant, à assurer la vitalité du français dans la société de l'information et les nouvelles technologies de l'information, le Conseil de la langue française juge primordial de placer sous l'autorité d'un ministre l'application de la politique gouvernementale en industries de la langue. Le Conseil ne pense pas qu'il soit nécessaire de créer de nouvelles structures. À son avis, un organisme existant, doté des pouvoirs et moyens adéquats, pourrait assurer le leadership désiré et créer la synergie intersectorielle souhaitée sans toutefois, sur le plan opérationnel, empiéter sur les responsabilités sectorielles des partenaires industrie, commerce, science communication, éducation, services gouvernementaux, affaires internationales et langue.

Le choix de l'organisme devrait être fait en fonction des critères suivant : capacité à exercer un leadership dans l'orientation des actions, à catalyser les intérêts sectoriels pour mieux relever les défis qui sont multisectoriels, à dynamiser les relations entre les centres de recherche et les entreprises, à tisser des liens de collaboration avec l'étranger, principalement la francophonie. L'organisme choisi pourrait être un ministère sectoriel comme le ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie ou le ministère de la Culture et des Communications à la condition qu'il puisse, dans ce dossier, élargir sa responsabilité sectorielle. Ce pourrait être aussi l'OQIL, doté d'un comité d'orientation de rang sous-ministériel et des moyens adéquats, puisqu'il joue déjà un rôle de veille, de catalyse des actions sectorielles québécoises et de pont avec l'étranger.

C'est dans cet esprit que le Conseil formule la recommandation suivante.


Recommandation 2

Le Conseil de la langue française recommande au gouvernement du Québec de désigner un organisme qui, sous l'autorité d'un ministre, serait responsable des modalités d'application de la politique et qui serait doté des ressources humaines et financières adéquates pour exercer le leadership et créer la synergie intersectorielle nécessaires au développement des industries de la langue.

* * *

Un des coûts des effets linguistiques de la mondialisation et du développement fulgurant des technologies de l'information est celui du traitement informatisé de la langue. Du fait de la position hégémonique des technologies de langue anglaise, l'investissement requis est sans commune mesure pour les pays non anglophones comparativement aux pays anglophones qui en tirent avantage en dominant le marché. Par ailleurs, la nécessité d'alliances francophones est à la hauteur des besoins financiers de développement comme en témoignent les grandes alliances industrielles dans le domaine des technologies de l'information. Dans ce contexte, comme nous l'avons rappelé précédemment, le Québec doit chercher à épauler ses actions nationales en renforçant ses relations bilatérales avec la France en ce domaine et en exerçant un leadership technologique et linguistique au sein de la francophonie au point de devenir un pôle d'excellence dans le traitement informatisé du français.

Étant donné que les enjeux du dossier sont partagés par les autres pays francophones, que les ressources humaines et financières nécessaires dépassent les capacités des États en cause, que le Québec a déjà mis en place des mécanismes de relations bilatérales ou multilatérales à travers lesquels il exerce un leadership certain, le Conseil de la langue française en arrive à une troisième recommandation.

Recommandation 3

Le Conseil de la langue française recommande au gouvernement du Québec d'exercer pleinement sa compétence en matière linguistique pour développer sa coopération bilatérale et multilatérale francophone tant sur le plan des industries de la langue que sur celui d'une autoroute de l'information en français.






CONCLUSION



En faisant du traitement de l'information la clé de voûte de son fonctionnement, la société de l'information donne au support de l'information, c'est-à-dire à la langue elle-même, une importance nouvelle tant sur les plans de sa maîtrise et de son traitement par l'ordinateur que de la gestion du multilinguisme.

En effet, l'essor d'une économie de l'information entraîne une augmentation de la demande de personnes maîtrisant la langue écrite, accroît les exigences en matière de qualité de ta langue, accélère les échanges interlinguistiques et demande de recourir au traitement de la langue par l'ordinateur. En d'autres mots, le développement de la société de l'information et le développement linguistique sont plus que jamais intimement liés et le développement économique ne peut plus faire l'économie du traitement informatisé de la langue.

L'inaction sur le développement de la société de l'information et sur la création d'outils de traitement informatisé de la langue hypothèque l'usage des langues dans le monde et particulièrement celui du français au Québec. Un effort important est alors à faire pour doter l'ordinateur de l'usage de la langue et pour rendre accessibles les nouveaux outils dans la langue de l'usager. Cette réalité confère au développement des industries de la langue une importance stratégique primordiale.

La nécessaire intervention gouvernementale québécoise se situe dans le contexte de la mise en place d'une infrastructure d'échange d'information numérisée, appelée autoroute de l'information, et du développement de nouveaux marchés où une attention particulière doit être portée à l'accessibilité en français et au développement de contenus en français. De ce fait, le traitement en français de l'information, à cause de son importance économique et culturelle, doit devenir une priorité gouvernementale de recherche, de développement de produit et d'implantation dans les organisations publiques ou privées.

Comme le Québec possède d'ores et déjà un entrepreneurship en matière d'industries de la langue, celui-ci doit être soutenu par une action gouvernementale ainsi que c'est la pratique là où, au cours des années récentes, les industries de la langue ont connu des développements significatifs, particulièrement aux États-Unis, au Japon et dans l'Union européenne. Cette action doit être à la fois stratégique, technique et financière, être plus importante que celle consacrée jusqu'ici par l'État québécois et être ramifiée à celle des autres pays francophones qui partagent le même impérieux besoin.

Le Conseil rappelle d'ailleurs que c'est en ce sens que se sont exprimés les conseils de la langue française de la Communauté française de Belgique, de la France, et du Québec dans l'une des conclusions issues du séminaire qu'ils tenaient à Québec en octobre dernier : « La nécessité impose le lancement d'une politique en faveur du français couvrant à la fois des efforts de recherche, de développement et d'industrialisation, de constitution de ressources langagières, de veille stratégique, de formation de spécialistes et d'utilisateurs, de coopérations internationales notamment au sein de la francophonie et de l'Union européenne. [...] Le caractère intersectoriel et interministériel des actions à entreprendre appelle des mesures de nature à favoriser la conception des stratégies et le contrôle de leur mise en oeuvre. [...] Les trois conseils insistent sur l'urgence de prendre des décisions afin de réunir les moyens nécessaires à la mise en place de cette politique57. »






LE CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE

Douze membres nommés par le gouvernement

Président Pierre-Étienne Laporte
Secrétaire Antoine Godbout
  • deux personnes choisies après consultation des associations socioculturelles représentatives

    • Évelyne Lapierre-Adamcyk
    • Charles Taylor


  • deux personnes choisies après consultation des organismes syndicaux représentatifs

    • Robert Légaré
    • (un poste est vacant)


  • deux personnes choisies après consultation des associations patronales représentatives

    • Francine Osborne
    • Renée Lacoursière


  • deux personnes choisies après consultation des milieux universitaires

    • Angéline Martel
    • Alain Prujiner


  • deux personnes choisies après consultation des associations représentatives des groupes ethniques

    • Georges Koutchougoura
    • Émile Ollivier



1 René Passet, Les colletions du Nouvel Observateur, no 19, 1993. [retour au texte]

2 André Danzin, Vers une infrastructure linguistique européenne, rapport présenté pour la commission des Communautés européennes (DG XIII), 1992, p. 6. [retour au texte]

3 Nous utilisons indifféremment les termes : traitement informatisé, traitement automatique, traitement numérisé de la langue pour parler de fonctions linguistiques jusqu'ici réservées à l'être humain et qui sont accomplies, de plus en plus, par l'ordinateur lui-même. L'objectif ultime est, de façon imagée, de doter l'ordinateur de l'usage de la langue. [retour au texte]

4 Florian Coulmas, Language and Economy, Cambridge (Mass.), Blackwell, 1992, p. 47. [retour au texte]

5 Groupe de travail interministériel sur les industries de la langue, Les industries de la langue : enjeux et perspectives, miméo diffusé par l'Observatoire québécois des industries de la langue, Québec, 1993. [retour au texte]

6 Dans ses différents documents, l'OQIL a bien défini le champ des industries de la langue, donné des exemples concrets, analysé les enjeux, montré les avantages économiques et commerciaux des industries de la langue, et fait un bilan de situation de leur développement dans les autres grandes régions économiques.

Les industries de la langue : secteur clef du développement d'une communauté francophone du savoir et de l'information, Réjean Roy avec la collaboration de Pierre Georgeault, OQIL, mai 1994, 50 p.

Cadre d'action et fiches de projet du Réseau international des observatoires francophones des industries de la langue, Francophonie et industries de la langue, deuxième rencontre du RIOFIL, RIOFIL, janvier 1994.

Panorama de l'activité internationale en industries de la langue, Réjean ROY avec la collaboration de Pierre Georgeault, OQIL, septembre 1994, 85 p.

Les industries de la langue : enjeux et perspectives, Groupe de travail interministériel sur les industries de la langue, OQIL juillet 1993. [retour au texte]

7 Frank Webster, « What information Society? », The Information Society, vol. 10, 1994, p. 1-23. [retour au texte]

8 Ricardo Petrella, Penser globalement, Actes du 42e congrès annuel, Institut d'administration publique du Canada, Québec, 1990, p. 16. [retour au texte]

9 Techscan, La Presse, 28 février 1994. [retour au texte]

10 Fascicule Indicateurs langue de travail, CLF, à paraître en 1994. [retour au texte]

11 Hervé Sérieyx, Le big bang des organisations, Paris, Calman-Lévy, 1993, p. 53. [retour au texte]

12 Brian Quinn, Intelligent Enterprise, New York, Free Press, 1992, p. 242, cité par Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

13 René Mayer, Information et compétitivité, rapport du groupe Mayer présenté au gouvernement français, 1990, p. 18. [retour au texte]

14 Tom Forester, Silicon Samurai, Londres, Blackwell 1993, p. 7, cité par Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

15 Peter Drucker, Au-delà du capitalisme, Paris, Dunod, 1993, p. 196. [retour au texte]

16 Peter Drucker, Innovation and Entrepreneurship, New York, Harper & Row, 1993, p. 83. [retour au texte]

17 Lester Thurow, Head to Head, New York, Warner Books, 1993, cité par Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

18 André Danzin, Pour une politique de promotion des « industries de la langue » et des « industries de l'information » basées sur l'informatisation du français, rapport présenté au Premier ministre par le Conseil supérieur de la langue française, Groupe de travail « Développement et valorisation du français. Traitement automatique et industries de la langue », Paris, 1992. [retour au texte]

19 Bruno Martinet et Jean-Claude Ribault, La veille technologique, concurrentielle et commerciale : sources méthodologie, organisation, Paris, Les éditions d'organisation, 1989. (Collection Hommes et techniques) [retour au texte]

20 Michel Cartier, Centre de veille sur les technologies de l'information, Appendice, miméo, juillet 1993, p. 69. [retour au texte]

21 Stan Rapp et Tom Collins, The Great Marketing Turnaround. The Age of the Individual — And How to Profit from It, Toronto, Plume, 1992, p. 62-63 et 245, cité par Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

22 Reuters News Service, La tribune des industries de la langue et de l'information électronique, no 15, 1994, p. 49. [retour au texte]

23 0CDE, Les aspects économiques et commerciaux du marché des bases de données informatisées, Paris, 1993, p. 110. [retour au texte]

24 On parle indifféremment de français ou d'anglais « simplifié », « contrôlé » ou « désambiguïsé ». [retour au texte]

25 Aude Cottin, « Le communicateur technique, interprète et pédagogue », Le monde informatique, 28 janvier 1994. [retour au texte]

26 Gouvernement du Québec, La situation du français dans l'activité scientifique et technique, Rapport et avis du Conseil de la langue française, 1991, p. 7-36. [retour au texte]

27 Olivier Surun, « L'internationalisation et la localisation de l'offre Bull ou le système ILO », La tribune des industries de la langue, no 10, 1993, p. 7-9 [retour au texte]

28 OCDE, Les aspects économiques et commerciaux du marché des bases de données informatisées, Paris, 1993, p. 110. [retour au texte]

29 Et « aucun goulot d'étranglement n'est en vue à l'échelle d'un avenir prévisible ». Albert Ducrocq, Le changement global, Paris, JC Lattès, 1993, p. 20 dans, Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

30 Paul Harmon, « Natural Language : Technology, Products & Applications, Part II », Intelligent Software, volume 9, no 1, 1993, cité par Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

31 Selon eux, « les vrais hommes n'ont pas de souris ». Philip Elmer-Dewitt, « How Mac Changed the World », Time, 31 janvier 1994, p. 69-70, cité par Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

32 Michel Cartier, L'approche minimaliste de l'interface-utilisateur, Montréal, UQAM, Département des communications, 1993. [retour au texte]

33 Florian Coulmas, Language and Economy, Cambridge (Mass.), Blackwell, 1992, p. 137-138. [retour au texte]

34 Florian Coulmas, Language and Economy, Cambridge (Mass.), Blackwell, 1992, p. 69. [retour au texte]

35 La numérisation est l'action de traduction du texte, du son ou de l'image sous forme numérique, c'est-à-dire en langage machine constitué de 0 et de 1 et compréhensible par l'ordinateur. [retour au texte]

36 EDI : échange de données informatisées, RNIS : réseau numérique à intégration de services. [retour au texte]

37 Ces marchés sont définis dans la section 4.2. [retour au texte]

38 Le micro-ordinateur est un bel exemple. Sa large diffusion dans tous les pays et dans toutes les couches de la population n'a été possible que lorsqu'il a pu être livré dans la langue de l'usager. Sa « multilinguisation » a servi les intérêts des entreprises, des usagers et des États. [retour au texte]

39 Craig McCaw, alors président de McCaw Cellular communication déclarait dans le Wall Street Journal du 10 mai 1993 vouloir vendre des données aux bureaux et aux maisons dans tous les pays industrialisés. Son mot d'ordre est « Anyone, Anywhere, Anytime ». [retour au texte]

40 Information générale, professionnelle, technique et scientifique, Produits culturels. [retour au texte]

41 Dans son discours prononcé au Royce Hall de l'UCLA le 11 janvier 1994, le vice-président américain Al Gore conte cette anecdote : « Le mois dernier, en Asie, le président du Kurdistan me raconta que son fils de 8 ans vint un jour le trouver pour lui dire : père, je dois apprendre l'anglais. Mais pourquoi de répondre le président Akayev? Parce que les ordinateurs parlent anglais, père. » Al Gore racontait cette anecdote pour montrer que l'usage des technologies de l'information conférait aux entreprises américaines un avantage énorme sur le marché mondial et transcendait les frontières internationales. [retour au texte]

42 Florian Coulmas, Language and Economy, Cambridge (Mass.), Blackwell, 1992, p. 199. [retour au texte]

43 George Doddington, « Issues in Transferring Speech Technology to Real-World Applications », dans ESCA-NATO, Application, of Speech Technology, Actes de la conférence tenue les 16 et 17 septembre 1993 à Lautrach en Allemagne, p. 47, cité par Réjean Roy, op. cit., septembre 1994. [retour au texte]

44 Ces niveaux sont tirés du « Livre blanc » de la Commission des communautés européennes intitulé : Croissance, compétitivité et emploi, les défis et les pistes pour entrer dans le XXIe siècle, 1993, p. 96. [retour au texte]

45 À moins d'avoir un système de codage-décodage dans chacun des micro-ordinateurs émetteurs et récepteurs. [retour au texte]

46 L'étude stratégique préparée pour la Direction générale des nouveaux médias de la Direction générale de l'industrie des technologies de l'information Industrie Canada par Élisabeth Angus et Duncan McKie en mai 1994 et intitulée L'autoroute canadienne de l'information, services et accès à un coût abordable ne fait aucunement état de l'usage des langues officielles, même dans le chapitre sur l'accessibilité. [retour au texte]

47 Notamment Michel Cartier, L'approche minimaliste de l'interface-utilisateur, Montréal, UQAM, Département des communications, 1993. [retour au texte]

48 Aux États-Unis, on estime en effet qu'en l'an 2000, 90 % des diagnostics et 70 % des soins seront établis et fournis à l'extérieur de l'hôpital (Tim K. Zinn, « Enabling Technologies Build Bridge to 2lst Century », Computers in Healthcare, volume 13, no 12, décembre 1992, p. 28-30). [retour au texte]

49 Le Secrétariat du Conseil de Trésor du Canada vient de publier un Plan directeur pour le renouvellement des services gouvernementaux à l'aide des technologies de l'information. [retour au texte]

50 Dans ses différents documents, l'OQIL a bien défini ces enjeux, montré les avantages économiques et commerciaux et, par des bilans de situation du développement des industries de la langue dans les autres grandes régions économiques, mis en relief le retard pris par le Québec en ce domaine. Voir particulièrement, Réjean ROY, Panorama de l'activité internationale en industries de la langue, OQIL, septembre 1994, 85 p. [retour au texte]

51 La terminologie de tronc commun est celle qui est utilisable par un ensemble de secteurs industriels, comme la terminologie comptable, a la terminologie de spécialité est celle qui est particulière à un domaine technique spécialisé, comme la télématique ou les circuits intégrés. [retour au texte]

52 Un projet en ce sens a été déposé à la table de concertation du Groupe de travail interministériel sur les industries de la langue (GTIIL). [retour au texte]

53 Accès et dépouillement rapide de vastes corpus de textes; extraction rapide des occurrences et des contextes, lemmatisation quasi automatique; etc. [retour au texte]

54 André Abbou et Marc Brudzinski, « Stratégies Union Européenne, Un parcours sans faute en terrain difficile », La tribune des Industries de la langue et de l'information électronique, no 15, 1994, p. 5. [retour au texte]

55 GTIIL : Groupe de travail interministériel sur les industries de la langue, FCAR : Formation des chercheurs et aide à la recherche, CEFRIO : Centre francophone de recherche en informatisation des organisations, CRIM : Centre de recherche informatique de Montréal, MICST : ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie, DGTI : Direction générale des technologies de l'information. [retour au texte]

56 René Mayer, Information et compétitivité, Paris, Documentation française, 1990; André Danzin, op. cit., 1992. [retour au texte]

57 Extrait du Communiqué final rédigé à l'issue du Séminaire international « Langue nationale et mondialisation : enjeux et défis pour le français » organisé par le Conseil supérieur de la langue française de la République française, le Conseil supérieur de la langue française de la Communauté française de Belgique et le Conseil de la langue française du Québec et tenu à Québec du 25 au 27 octobre 1994. [retour au texte]


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