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La situation linguistique dans les écoles primaires et secondaires

LA SITUATION
LINGUISTIQUE
DANS LES
ÉCOLES
PRIMAIRES
ET SECONDAIRES

1971-72 à 1978-79





CHAPITRE II

L'analyse de
la situation linguistique

L'ENSEMBLE DU QUÉBEC







1. Vue d'ensemble

Conséquence de la forte baisse de la natalité que le Québec a connue dans les années soixante, la population scolaire des niveaux précollégiaux a fortement diminué durant la décennie soixante-dix. Le nombre d'élèves est passé de 1 635 000 à 1 359 000 entre 1971-72 et 1977-781, soit une réduction de 276 000 personnes (16,9 %). Si on exclut la prématernelle, qui n'existait pas en 1971-72, on obtient un pourcentage de diminution de 17,2 %. Pendant la même période, la population scolaire étudiant en français a diminué de 17,5 % (17,9 % en excluant la prématernelle), contre 13,4 % (ou 13,9 %) pour celle qui étudie en langue anglaise.

Le tableau 2 présente l'évolution de cette population année par année, selon le niveau et la langue d'enseignement. Le tableau 3 donne les taux annuels d'accroissement de la clientèle scolaire selon la langue d'enseignement. On constate que la diminution a été régulière jusqu'en 1976-77, variant entre 2 % et 3 %. La diminution la plus importante se situe entre 1976-77 et 1977-78, à 4,5 %.

La situation est bien différente si l'on se place du point de vue de la langue d'enseignement. Du côté français, l'évolution est semblable à celle de l'ensemble de la clientèle scolaire. Cela est normal puisque la population étudiant en français représente autour de 84 % de la clientèle scolaire totale. Du côté anglais, par ailleurs, on peut distinguer trois périodes : entre 1971-72 et 1975-76, la diminution annuelle est soit du même ordre de grandeur, soit de beaucoup inférieure à celle des écoles françaises. Entre 1975-76 et 1976-77, la réduction de la clientèle des classes anglaises devient plus importante; elle est même légèrement supérieure à celle des classes françaises. Entre 1976-77 et 1977-78, enfin, la diminution des effectifs des classes anglaises dépasse largement celle des classes françaises.




1 Les données de l'année 1978-79 sur la langue d'enseignement ne sont pas encore disponibles pour l'ensemble de la clientèle scolaire. On trouvera au chapitre III les statistiques préliminaires de 1978-79 pour le réseau public d'enseignement. [retour au texte]





TABLEAU 2 Évolution de la clientèle scolaire
précollégiale du Québec,
selon le niveau et la langue d'enseignement
de 1971-72 à 1977-78


TABLEAU 3 Pourcentages annuels d'accroissement de la clientèle scolaire précollégiale du Québec, selon la langue et le niveau d'enseignement de 1971-72 à 1977-78



Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces variations. Les taux d'accroissement ne permettent pas de quantifier l'effet de chacun, mais en mesurent plutôt les effets de façon globale. Il nous apparaît intéressant cependant d'examiner leur évolution à la lumière de deux phénomènes : l'évolution des lois linguistiques et de leur application et l'évolution des changements dans l'organisation scolaire1. L'évolution de la clientèle scolaire par niveau d'enseignement nous permettra de mieux identifier l'influence de ces facteurs.

On constate d'abord que l'augmentation du pourcentage de réduction de la clientèle scolaire entre 1976-77 et 1977-78 affecte autant les classes françaises que les classes anglaises. Nous reviendrons plus loin sur le cas des classes anglaises. Pour ce qui est des classes françaises, les deux facteurs cités plus haut entrent en ligne de compte2. L'augmentation du pourcentage de diminution résulte d'une diminution importante dans les classes de la maternelle et du secondaire. Dans le cas du niveau secondaire, la diminution doit être attribuée à la sortie de ce qu'il est convenu d'appeler la « double promotion ». Autour de 1971 et 1972, l'application du règlement numéro 7 du ministère de l'Éducation, qui réduisait la durée du cours primaire de sept à six années, a eu pour effet le passage cumulé au niveau secondaire de deux promotions en même temps. C'est ce qui explique d'ailleurs la forte diminution des effectifs du niveau primaire et l'augmentation de ceux du niveau secondaire entre 1971-72 et 1972-73. Cette « double promotion » quitte en grande partie le niveau secondaire en 1977. Il faut noter que ce dernier phénomène n'affecte pas de la même façon l'évolution de la population des classes anglaises puisque, dans leur cas, l'application du même règlement a fait augmenter la durée du cours secondaire de quatre à cinq années.

La forte diminution des effectifs de la maternelle française est plus difficile à expliquer. Elle est probablement due en bonne partie à la combinaison de trois facteurs. D'abord, certaines commissions scolaires ont ouvertement refusé d'appliquer la loi 101 en 1977-78, permettant l'accès aux classes anglaises à des élèves inadmissibles à l'enseignement en anglais en vertu de la loi. D'autre part, certaines écoles ont également accueilli dans des classes anglaises des élèves inadmissibles, contrevenant à la position officielle de leur commission scolaire. Enfin, le critère d'admissibilité de la loi 101 concernant les frères et sœurs cadets des enfants déjà inscrits dans des classes anglaises aura détourné de l'école française des élèves que la loi 22 aurait dirigés vers ces dernières.




1 Parmi les facteurs explicatifs de l'évolution de la population scolaire, il se trouve des facteurs démographiques tels que la fécondité, la migration, les transferts linguistiques. L'analyse de l'influence de ces divers facteurs n'entre pas dans les objectifs de la présente étude. Comme nous l'avons souligné dans l'introduction, nous voulons simplement présenter l'évolution de la composition linguistique de la population scolaire du Québec selon la langue d'enseignement entre 1971-72 et 1978-79, période pendant laquelle trois lois ont défini des critères d'accessibilité à l'enseignement en langue anglaise. Il ne fait aucun doute, cependant, que les facteurs démographiques, en particulier l'influence des migrations sur la structure par âge des groupes linguistiques, devront faire l'objet de prochaines études si l'on veut pouvoir mesurer les effets des lois linguistiques sur l'évolution de la clientèle scolaire selon la langue d'enseignement. [retour au texte]

2 Il se pourrait également qu'une partie de la diminution, tant du côté français que du côté anglais, soit due au fait qu'en 1977-78, les autorités du ministère de l'Éducation du Québec ont insisté auprès des organismes scolaires pour que les deux dénombrements, celui des écoles et celui des élèves, soient identiques. Ce qui laisse supposer que le fichier des écoles surévaluait le nombre d'élèves avant cette année. [retour au texte]




Examinons maintenant l'évolution des effectifs des classes anglaises. Entre 1971-72 et 1974-75, la clientèle des classes anglaises a diminué de 3,5 % (en excluant toujours la prématernelle) contre 8,9 % du côté français.

Les années 1975-76 et 1976-77 devraient refléter les effets de la loi 22. De fait, après une quasi-stabilité de la population scolaire entre 1972-73 et 1974-75, les écoles anglaises enregistrent une diminution de 1,4 % entre 1974-75 et 1975-76. Cette réduction est toutefois bien inférieure au 2,9 % des écoles françaises. Entre 1975-76 et 1976-77, par contre, la diminution de la clientèle des classes anglaises atteint 3,4 % dépassant légèrement celle des classes françaises.

La diminution s'est essentiellement fait sentir à la maternelle (15,5 %), point d'entrée principal dans le système scolaire. Il faut évidemment voir là les effets d'un contrôle plus sévère par le ministère de l'Éducation du Québec de l'application des règles d'accessibilité à l'enseignement en anglais de la loi 22. On doit cependant souligner qu'un certain nombre d'élèves qui avaient échoué aux tests portant sur la connaissance de la langue anglaise fréquentaient tout de même illégalement des classes anglaises en 1976-77. Ces élèves n'apparaissent pas dans les données du tableau 2.

C'est entre 1976-77 et 1977-78 que la diminution du nombre d'élèves étudiant en anglais a été la plus importante, soit 6,3 %. Ce pourcentage de diminution constitue même un minimum puisque, comme nous l'avons déjà souligné, certaines commissions scolaires ou écoles ont défié la loi 101 et admis des élèves inadmissibles à l'enseignement en anglais. Un certain nombre de ces élèves ont été déclarés au Sommaire statistique de l'école et sont donc inclus dans les données du tableau 2. Nous tenons probablement là l'explication d'un phénomène « curieux » : la stabilité des effectifs de la maternelle entre 1976-77 et 1977-78. Par ailleurs, pour la même période, les effectifs des niveaux primaire et secondaire ont diminué respectivement de 8,4 % et de 4,8 %. Sauf entre 1971-72 et 1972-73, le pourcentage de diminution du niveau primaire n'avait pas dépassé 3,3 %. La diminution de 9,4 % pour la première période est tout simplement occasionnée par l'application du règlement numéro 7. Au niveau secondaire, la diminution pour les périodes antérieures n'avait pas dépassé 2,0 %.

2. La répartition des élèves selon la langue d'enseignement

Le tableau 4 illustre l'évolution que nous venons de décrire en terme de poids relatif des clientèles scolaires selon la langue de l'enseignement reçu par les élèves1. Nous y avons ajouté les répartitions calculées par Louis Duchesne pour les années 1969-70 et 1970-712. En 1971-72, 84,3 % de la population scolaire précollégiale du Québec étudiait en français, contre 15,7 % en anglais. La situation n'avait pas changé depuis 1969-70. Elle est même demeurée sensiblement la même jusqu'en 1972-73. À partir de 1973-74, cependant, le poids des écoles françaises a diminué régulièrement jusqu'en 1975-76, pour atteindre 83,3 % contre 16,7 % du côté anglophone. À partir de 1976-77, on assiste à un lent redressement de la proportion de la clientèle des écoles françaises qui se situe à 83,7 % en 1977-78. Cette évolution diffère peu selon le niveau d'enseignement (tableau A.1 en annexe). On constate cependant que c'est à la maternelle et au primaire que le redressement des années 1976-77 et 1977-78 se fait le plus sentir.



TABLEAU 4 Répartition de la clientèle scolaire précollégiale du Québec
selon la langue d'enseignement
de 1969-70 à 1977-78




1 Afin de ne pas alourdir la présentation, nous avons reporté en annexe les distributions par niveau d'enseignement. [retour au texte]

2 DUCHESNE, Louis, op. cit., p. 23. [retour au texte]




3- La répartition des élèves selon la langue maternelle

Nous avons comparé la répartition de la clientèle scolaire en 1971-72 et en 1976-77, selon le Fichier élèves standard, à celle de la population âgée de 5 à 19 ans aux recensements canadiens de 1971 et de 1976. Les éléments de cette comparaison apparaissent au tableau 5. Pour les deux années, la proportion de francophones est plus importante selon les statistiques du MEQ, que selon celles des recensements alors que le pourcentage des anglophones l'est un peu moins. Pour les allophones, le sens de l'écart est inversé entre les deux dates, du même nombre de points de pourcentage. Les différences entre les deux séries de proportions ne dépassent pas 0,9 point de pourcentage. Les différences pour les francophones et les anglophones pourraient peut-être s'expliquer par une scolarisation différentielle suivant l'âge et le niveau d'enseignement. En définitive, compte tenu des hypothèses que nous avons dû faire sur la répartition des non-déclarés et sur la scolarisation, on peut considérer les différences comme assez peu importantes.

Par ailleurs, les données du tableau 6 illustrent une difficulté de comparaison dans le temps des proportions d'élèves par langue maternelle : la variation des pourcentages d'indéterminés, et leur forte augmentation en 1974-75 et 1975-76. Pour ces deux années, les pourcentages de non-déclarés affectent de façon évidente la catégorie d'élèves de langue maternelle « autre ». Nous avons choisi de répartir les non-déclarés au prorata des autres catégories, sauf pour les années 1974-75 et 1975-76. Les proportions ainsi obtenues apparaissent entre parenthèses au tableau 6.



TABLEAU 5 Répartition de la population scolaire
du Québec pour les niveaux précollégiaux
selon la langue maternelle
selon deux sources de données,
1971 et 1976


TABLEAU 6 Répartition de la clientèle scolaire
précollégiale du Québec
selon la langue maternelle
de 1969-70 à 1977-78



La proportion des francophones, qui est demeurée assez stable à plus de 84,3 % jusqu'en 1972-73, diminue à partir de 1973-74 pour se situer à son niveau le plus bas en 1977-78, à 82,6 %. D'autre part, le poids des anglophones, qui avait diminué entre 1969-70 et 1972-73 (12,5 % à 11,3 %), est remonté à 12,2 % en 1977-78. Le poids des allophones a constamment augmenté entre 1969-70 (3,0 %) et 1977-78 (5,2 %). En nombre absolu, la clientèle scolaire francophone est passée de 1 378 300 à 1 122 500 entre 1971-72 et 1977-781, soit une réduction de 18,6 %. La clientèle anglophone a moins diminué (12,6 %), passant de 189 700 à 165 800. Le nombre d'élèves allophones, pour sa part, a augmenté de 5,5 % passant de 67 000 à 70 700.




1 Nous ne considérons pas les années 1969-70 et 1970-71 puisque la population scolaire n'est pas tout à fait la même que pour les années suivantes. [retour au texte]




4. La répartition des élèves des divers groupes linguistiques selon la langue d'enseignement

Le tableau 7 donne la répartition des jeunes Québécois des diverses langues maternelles suivant la langue d'enseignement qu'ils reçoivent, de 1969-70 à 1977-78. On y constate que l'écrasante majorité des francophones étudie en français, soit autour de 98 %. La proportion des anglophones étudiant dans leur langue maternelle se situe autour de 91 ou 92 %. Mais bien que la proportion des anglophones étudiant en français dépasse largement celle des francophones étudiant en anglais, les francophones, qui constituent de 83 à 84 % de la clientèle scolaire, demeurent déficitaires en nombres absolus. Ainsi, en 1971-72, environ 27 600 élèves francophones étudiaient en anglais, alors que 18 200 anglophones étudiaient en français, soit un déficit de 9 400 élèves pour les francophones. En 1977-78, le déficit s'établit à 5 300 (21 800 contre 16 500).

Du point de vue diachronique, la proportion des francophones étudiant en français qui avait légèrement diminué entre 1969-70 (98,4 %) et 1974-75 (97,5 %) s'est mise à augmenter au moment de l'entrée en vigueur de la loi 22 et atteint 98,2 % en 1977-78. Du côté anglophone, après une diminution entre 1969-70 (93,9 %) et 1971-72 (90,4 %), on assiste à une augmentation jusqu'en 1973-74 (93,7 %); la diminution reprend par la suite pour atteindre 90,8 % en 1977-78.

La situation la plus étonnante est celle des allophones. Alors que les anglophones (langue maternelle) ne représentent qu'environ 12 % de la population scolaire précollégiale du Québec, de 73 % à 85 % des allophones sont inscrits à l'école anglaise selon les années. La situation a grandement évolué dans le temps : en 1969-70, cette proportion était à son maximum (85,1 %); elle était ramenée à 78,1 % en 1975-76, première année d'application de la loi 22. L'année suivante, elle remonte à près de 80 % malgré un resserrement des critères d'admissibilité à l'enseignement en anglais. La loi 101 ramène le pourcentage à son niveau le plus bas avec 73,1 % en 1977-78.

5- La répartition des élèves des diverses langues d'enseignement selon la langue maternelle

Avec le tableau 8, nous nous plaçons maintenant du point de vue de la répartition de la clientèle de chacune des langues d'enseignement par langue maternelle des élèves. Encore une fois, il faut répartir les indéterminés au prorata et laisser de côté les données des années 1974-75 et 1975-76.



TABLEAU 7 Répartition de la clientèle scolaire précollégiale du Québec des divers groupes linguistiques selon la langue d'enseignement, de 1969-70 à 1977-78


TABLEAU 8 Répartition de la clientèle scolaire
précollégiale du Québec
des diverses langues d'enseignement
selon la langue maternelle,
de 1969-70 à 1977-78



Le moins que l'on puisse dire, c'est que la clientèle des classes françaises est homogène du point de vue linguistique. Qu'on en juge : jusqu'en 1973-74, les francophones représentaient 98 % ou plus de la population scolaire étudiant en français. À la faveur des lois 22 et surtout 101, cette proportion est glissée depuis sous ce chiffre, se situant à 97 % en 1977-78. Le pourcentage des anglophones, après avoir atteint un minimum en 1973-74 (0,9 %), a rejoint en 1977-78 celui de 1971-72 (1,3 %). La proportion des allophones a fortement augmenté en termes relatifs, passant de 0,7 % à 1,7 %; mais elle demeure infime.

Pour ce qui est des classes anglaises, elles reçoivent environ un tiers de clientèle non anglophone (sauf en 1969-70). La clientèle francophone qui en constituait 12,4 % en 1973-74, a fortement diminué sa représentation et se situe sous les 10 % en 1977-78. La clientèle allophone continue cependant de représenter plus de 20 % de la population qui étudie en anglais; cette proportion a même augmenté entre 1976-77 et 1977-78, pour atteindre un niveau plus élevé qu'avant 1974-75. En fait, le nombre d'allophones étudiant en anglais a légèrement augmenté entre 1976-77 et 1977-78, passant de 51 100 à 51 800. Cette situation pourrait s'expliquer par la clause de la loi 101 permettant aux frères et sœurs cadets des enfants déjà inscrits à l'école anglaise d'y accéder. Selon les données du Bureau d'admissibilité à l'enseignement en anglais1 près de 2 500 élèves allophones ont été déclarés admissibles à l'enseignement en anglais en vertu de ce critère. La quasi-totalité fréquentait l'école anglaise en 1977-78.

6- L'attraction des langues d'enseignement selon les groupes linguistiques

Nous avons déjà souligné l'importance de tenir compte des masses de population en présence lorsque l'on compare des répartitions procentuelles. Ainsi, nous avons vu que bien que la proportion des élèves de langue maternelle anglaise qui fréquente l'école française est plus élevée que celle des élèves de langue maternelle française qui fréquentent l'école anglaise, les francophones, compte tenu de leur nombre beaucoup plus élevé, demeurent « déficitaires ». On pourrait par ailleurs s'attendre à ce que la répartition par langue maternelle de la population québécoise, avec sa forte majorité francophone, ait quelque influence sur sa répartition par langue d'enseignement. Afin d'illustrer avec plus de relief les distorsions que nous avons déjà soulignées dans cette répartition, nous avons calculé des « indices d'attraction » des langues d'enseignement, sur l'ensemble de la clientèle scolaire et sur chacun des groupes linguistiques qui la composent2.




1 Tableaux non publiés produits pour le Conseil de la langue française. [retour au texte]

2 Ces indices ont été mis au point par Louis DUCHESNE. Voir Louis DUCHESNE, op. cit. pages 17 à 22. [retour au texte]




On supposera d'abord que les populations des divers groupes linguistiques devraient se répartir entre les langues d'enseignement française et anglaise dans les mêmes proportions que se répartissent les groupes de langues maternelles française et anglaise. Par exemple en 1971-72, 84,3 % des élèves sont francophones, 11,6 % sont anglophones et 4,1 % sont d'une autre langue maternelle. Si on limite cette répartition aux deux premiers groupes, on obtient la répartition suivante : 87,9 % de francophones et 12,1 % d'anglophones. On obtient ainsi notre distribution théorique des élèves suivant la langue d'enseignement. On peut maintenant comparer cette distribution théorique à la distribution observée en 1971-72. Cette année-là, 84,3 % des élèves étudiaient en français, contre la proportion théorique « attendue » de 87,9 %. Si l'on fait le rapport entre ces deux pourcentages (84,3 %/87,9 %), on obtient un indice d'attraction de la langue d'enseignement française de 0,96. Le même calcul pour la langue d'enseignement anglaise donne un indice de 1,30 (15,7/12,1). Le rapport entre les deux indices donne une mesure de la force d'attraction relative d'une langue d'enseignement par rapport à l'autre. Ainsi, si l'on rapporte l'indice de la langue d'enseignement anglaise à celui de la langue d'enseignement française (1,30/0,96) on obtient le rapport 1,35. Ce qui signifie que l'anglais comme langue d'enseignement a une force d'attraction de 35 % supérieure à celle du français. On peut répéter les mêmes calculs pour chacun des groupes linguistiques. Ces données apparaissent au tableau 9.

Au niveau de la force d'attraction globale des langues d'enseignement (lignes « total » de la variable langue maternelle), on constate que la force d'attraction de l'anglais a fortement augmenté entre 1969-70 et 1972-73. Elle est supérieure de plus de 30 % à celle du français à partir de 1971-72. Cette augmentation a été enrayée par les lois linguistiques : en 1976-77 la force d'attraction a été ramenée au niveau de 1971-72; en 1977-78, elle se situe à son niveau le plus bas depuis 1971-72, mais dépasse encore les niveaux de 1969-70 et 1970-71.

Le tableau 9 présente également les indices d'attraction des langues d'enseignement pour chaque groupe linguistique. Seul le groupe francophone est plus attiré par le français, langue d'enseignement. Cette attraction a cependant diminué entre 1969-70 et 1973-74, passant de 1,13 à 1,11. Elle est remontée à partir de 1976-77. Les rapports de l'indice d'attraction du français par rapport à celui de l'anglais indiquent que les francophones sont de 6 à 9 fois plus attirés par le français que par l'anglais.

Du côté anglophone, par ailleurs, les rapports indiquent que les anglophones sont entre 66 et 108 fois plus attirés par leur langue maternelle comme langue d'enseignement que par le français. Ces rapports paraissent « exorbitants ». Il ne faut leur accorder que valeur d'indication puisque, rappelons-le, ils supposent une répartition théorique des élèves par langue d'enseignement au prorata de la répartition des francophones et des anglophones, langue maternelle. Cette hypothèse est difficilement soutenable dans le cas des anglophones qui constituent une minorité fortement structurée. Du point de vue diachronique, on voit au tableau 9 que l'attirance de l'anglais pour les anglophones a augmenté entre 1971-72 et 1973-74, et diminué par la suite. L'augmentation de la première période date même de 1969-70, alors que l'indice se situait à 7,27. En 1976-77, déjà, il était tombé en deçà de ce niveau.



TABLEAU 9 Indices d'attraction des langues
d'enseignement selon la langue maternelle
pour la clientèle scolaire
précollégiale du Québec
de 1969-70 à 1977-78



L'hypothèse de la répartition au prorata est beaucoup plus « acceptable » dans le cas des allophones. C'est donc pour ce groupe que les indices d'attraction sont les plus significatifs. Or, ils démontrent clairement que les allophones sont beaucoup plus attirés par l'enseignement en anglais. Le rapport des indices d'attraction se situait à 38,7 en 1969-70. Il avait augmenté à 41,1 en 1971-72. À partir de ce moment, il n'a cessé de diminuer. En 1973-74, cependant, il se situait toujours à un niveau très élevé, à 31,7. En 1976-77, après deux ans d'application de la loi 22 l'école anglaise attirait encore 26 fois plus que l'école française. En 1977-78, c'était 18 fois plus.



7- Rappel

Entre 1971-72 et 1977-78, la population scolaire précollégiale du Québec a diminué de 17 %. Le nombre d'élèves des classes françaises a été réduit de 18 %, celui des classes anglaises de 14 %. L'écart est encore plus important lorsqu'on se limite à la période de 1971-72 à 1974-75, avant l'entrée en vigueur de la loi 22. Pour cette période la diminution est de 9 % pour les classes françaises contre 3,5 % pour les classes anglaises. Le secteur des écoles anglaises a donc vu son poids relatif passer de 15,6 % en 1971-72 à 16,5 % en 1974-75. Après deux années d'application de la loi 22, la langue d'enseignement anglaise attirait encore 16,6 % des élèves du Québec. En 1977-78, première année d'application de la loi 101, ce pourcentage a été réduit à 16,3 %.

Si l'on examine par ailleurs l'évolution de cette population selon la langue maternelle, on constate que les francophones ont subi une diminution de 18,6 %, les anglophones de 12,6 %, tandis que les allophones augmentaient leur nombre de 5,5 %. La proportion des francophones dans la clientèle scolaire a donc diminué de 84,3 %, en 1971-72, à 82,6 % en 1977-78. Le poids des anglophones a légèrement augmenté, de 11,6 % à 12,2 %. Les allophones ont pour leur part gagné plus d'un point de pourcentage, passant de 4,1 % à 5,2 %.

Ainsi, alors que les anglophones (langue maternelle) constituent environ 12 % de la population scolaire précollégiale du Québec, les classes anglaises regroupent plus de 16 % du total des élèves. Cette situation tient à la présence dans les classes anglaises de plus de 30 % de non-anglophones. Quelque 20 000 francophones y constituent plus de 10 % des effectifs. De plus, selon les années, entre 73 % et 85 % des jeunes allophones étudient en langue anglaise. Ils représentent plus de 20 % de la clientèle des écoles anglaises. Entre 1969-70 et 1974-75, la proportion des francophones étudiant en anglais n'a cessé d'augmenter passant de 1,6 % à 2,5 %. Celle des allophones cependant a constamment diminué durant cette période mais se situait à 78,6 % en 1974-75. Ce pourcentage a même augmenté sous le régime de la loi 22, atteignant près de 80 % en 1976-77. La loi 101, bien que certaines commissions scolaires ne l'aient pas appliquée en 1977-78, a permis de réduire la proportion des francophones à 1,8 % et celle des allophones à 73,1 %.

Les indices d'attraction des langues d'enseignement illustrent bien cette évolution ainsi que l'ampleur du phénomène. La force d'attraction de l'anglais est supérieure d'environ 30 % à celle du français. En 1969-70, l'anglais attirait les allophones 38 fois plus que le français. En 1976-77, deux ans après l'entrée en vigueur de la loi 22, ce rapport était de 26. En 1977-78, il a subi sa plus forte diminution. Cependant, l'anglais attire toujours 18 fois plus que le français.




Chapitre III

Table des matières

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