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La situation linguistique dans les écoles primaires et secondaires

LA SITUATION
LINGUISTIQUE
DANS LES
ÉCOLES
PRIMAIRES
ET SECONDAIRES

1971-72 à 1978-79





CHAPITRE V

Les classes d'accueil







En janvier 1969, la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM), en collaboration avec le Service d'orientation et de formation des immigrants du ministère de l'Éducation du Québec, crée un nouveau secteur d'enseignement de la langue française pour les immigrants non-francophones : les classes d'accueil. On se souviendra que par la loi 63, l'Assemblée nationale demandait aux ministres de l'Immigration et de l'Éducation de prendre les moyens nécessaires pour que les immigrants dirigent leurs enfants vers les classes françaises du réseau public. Dans les classes d'accueil, les jeunes immigrants non-francophones reçoivent un enseignement intensif de la langue française qui doit leur permettre de s'intégrer au secteur français régulier de la CECM.

À la fin de l'année scolaire 1969-70, on y compte 130 élèves, en juin 1971, 265 élèves, en juin 1972, 428 et à la fin de 1972-73, 644 enfants. Jusqu'en mars 1973, ce secteur d'enseignement était financé par le ministère de l'Immigration. À partir d'avril 1973, il passe sous la responsabilité du ministère de l'Éducation. Sont admis dans les classes d'accueil les enfants non francophones dont l'un des parents n'est pas né au Canada. Le programme est également offert aux enfants de 4 ans (prématernelle) et de 5 ans (maternelle). Dix autres commissions scolaires, surtout de la région de Montréal, se joignent à la CECM. Ainsi, le nombre d'élèves passe de 644 à la fin de juin 1973 à 1 574 au 31 janvier 1974 dont 1 176 à la seule CECM. Au 31 janvier 1978, on y retrouve 3 484 élèves, répartis dans dix-sept commissions scolaires. La CECM en regroupe 1 872. De plus 331 élèves profitent, pour la première année, d'un programme dit de « mesures spéciales », dans les commissions scolaires où le nombre d'élèves admissibles au programme d'accueil du MEQ ne justifie pas l'ouverture de classes d'accueil. Ces élèves sont intégrés dans des classes régulières françaises et en sont retirés pour des périodes d'enseignement intensif du français. Enfin, au début de 1978, le ministère de l'Éducation ouvre les classes d'accueil à tous les enfants non-francophones qui désirent s'y inscrire, y compris les anglophones admissibles à l'enseignement en anglais en vertu de la loi 101. C'est ainsi qu'en septembre 1978 le nombre d'élèves en classe d'accueil s'établit à 5 929.

Le tableau 35 offre une récapitulation de cette évolution pour les régions administratives scolaires. Quatre régions sont absentes : le Bas-Saint-Laurent—Gaspésie, le Saguenay—Lac Saint-Jean, la Côte-Nord et le Nouveau-Québec. Deux régions regroupent près de 97 % de la clientèle en 1978-79 : l'Outaouais avec 7,5 % et surtout Montréal avec 89,4 %.

Si les données sur l'évolution des nombres d'élèves sont complètes, on n'a que peu d'informations sur les caractéristiques sociodémographiques de ces étudiants1. Pour l'ensemble du Québec, par exemple, les seuls chiffres disponibles concernent l'année scolaire 1977-782. Pour cette année, les quelques 3 500 élèves des classes d'accueil se répartissaient en 66 nationalités et 27 langues maternelles. Trois groupes nationaux seulement atteignaient au moins 10 %, soit les Portugais (18 %), les Vietnamiens (12 %) et les Libanais (10 %). Les langues maternelles les plus importantes étaient l'espagnol (27 %), le portugais (18 %), l'arabe (13 %) et le vietnamien (12 %).




1 Bien que les élèves des classes d'accueil soient recensés par le fichier individuel du ministère de l'Éducation du Québec, ils ne sont pas identifiés comme tel. [retour au texte]

2 Ces données nous ont été fournies par le Bureau de coordination des classes d'accueil (BCCA) du ministère de l'Éducation du Québec. [retour au texte]




Quant aux statistiques concernant la destination des élèves après leur stage en classe d'accueil elles se limitent à la CECM3. La situation d'avant 1975-76 est difficile à évaluer compte tenu du pourcentage élevé d'élèves qui n'ont pu être retracés (40 % et plus pour la prématernelle et la maternelle en 1973-74 et 1974-75). À partir de 1975-76, la proportion des élèves se dirigeant vers le réseau public français se situe aux environs de 80 %. Elle atteint même plus de 85 % pour les élèves ayant terminé leur stage en 1976-77. Entre 1970-71 et 1973-74, elle se serait située autour de 60 %. Les lois 22 et 101 ne sont sans doute pas étrangères à cette augmentation du pourcentage d'intégration à l'enseignement régulier en langue française.




3 Les chiffres qui suivent sont tirés de deux sources : CECM, Rapport sur la situation des classes d'accueil au 30 juin 1977 et au 31 décembre 1977; BCCA, données non publiées. [retour au texte]






TABLEAU 35 Évolution de la clientèle scolaire des classes d'accueil selon le niveau d'enseignement, Québec et régions administratives scolaires, de 1969-70 à 1978-79






Conclusion







En 1969-70, 84,4 % des élèves du Québec des niveaux d'enseignement précollégiaux étudiaient en français et 15,6 % étudiaient en anglais. La population scolaire se composait de 84,5 % d'enfants de langue maternelle française, de 12,5 % d'anglophones et de 3,0 % d'allophones. L'écart entre la proportion d'anglophones et le pourcentage des élèves étudiant en langue anglaise s'explique par la présence dans les classes anglaises de 1,6 % des jeunes francophones (22 500 élèves) et de 85,1 % des allophones (42 600 enfants). C'est dire que dans les classes anglaises, un élève sur quatre n'était pas de langue maternelle anglaise.

Sous le régime de la loi 63, le nombre et le pourcentage de francophones suivant leur enseignement en langue anglaise n'a cessé d'augmenter. En 1974-75, 2,5 % d'entre eux étaient inscrits dans les classes anglaises, soit plus de 31 000 élèves.

La proportion des allophones se dirigeant vers les écoles anglaises avait diminué à 78,6 %, mais leur nombre dépassait les 50 000. À la veille de l'entrée en vigueur de la loi 22, le tiers des élèves qui étudiaient en anglais n'était pas de langue maternelle anglaise. Pendant la période de 1969-70 à 1974-75, la proportion de la population scolaire précollégiale du Québec fréquentant des classes françaises est passée de 84,4 % à 83,5 %; le pourcentage des élèves étudiant en langue anglaise est passé de 15,6 % à 16,5 %.

En 1976-77, après deux ans d'application de la loi 22, le nombre de jeunes francophones dans les classes anglaises était réduit à 26 000, représentant 2,2 % du total des élèves de langue maternelle française. Le nombre des allophones dépassait toujours les 50 000 et la proportion de ceux-ci se trouvant dans les écoles anglaises était remontée à 79,5 %. Les mesures de la loi 22, comme celles de la loi 101 par la suite, concernant l'accessibilité à l'enseignement en langue anglaise touchent essentiellement les élèves qui s'inscrivent à l'école pour la première fois. À cet égard, donc, les données de la maternelle sont un bien meilleur indicateur des effets des lois linguistiques. Jusqu'en 1974-75, 2,4 % des jeunes francophones de 4 ans et 5 ans s'inscrivaient à l'école anglaise (voir tableau A.3 en annexe). En 1975-76, cette proportion était tombée à 1,3 %. En 1976-77, elle n'était plus que de 0,6 %. Avant 1976-77, exception faite de l'année 1974-75, 74 % des enfants allophones de la maternelle fréquentaient l'école anglaise. En 1976-77, cette proportion tombait à 57,1 %. Si les élèves qui fréquentaient alors illégalement l'école anglaise, et qui ne sont pas inclus dans nos statistiques, s'étaient inscrits à l'école française, c'est peut-être la moitié des jeunes allophones qui se seraient retrouvés dans les prématernelles et les maternelles françaises. Reste à savoir quelle proportion de ces enfants serait demeurée à l'école française puisqu'ils conservaient la possibilité de reprendre les tests linguistiques donnant accès à l'enseignement en anglais.

Nous ne possédons qu'une seule année d'observation depuis l'entrée en vigueur de la loi 101. Les données disponibles pour l'année scolaire 1978-79 ne concernent que la répartition des élèves par langue d'enseignement au réseau public. Les chiffres de l'année scolaire 1977-78 montrent cependant que c'est sous le régime de la loi 101 que les changements dans la composition linguistique des populations scolaires des diverses langues d'enseignement ont été les plus importants. La proportion des francophones inscrits dans les classes anglaises est passée de 2,2 % en 1976-77 à 1,8 % en 1977-78 (20 200 élèves). Celle des allophones a diminué de 79,5 % à 73,1 %. Le nombre d'élèves allophones dépasse cependant encore les 50 000 (51 600 élèves). La proportion des francophones à la maternelle anglaise a légèrement augmenté et se situe à 1,0 %. Quant aux allophones, ils sont pour la première fois majoritairement inscrits à l'école française (51,7 %).

Ainsi, la proportion des élèves étudiant en anglais, qui n'avait cessé d'augmenter entre 1969-70 et 1975-76, a commencé de diminuer en 1976-77 et se situe à 16,3 % en 1977-78. Au réseau public d'enseignement, la proportion était de 16,4 % en 1977-78. Elle se situe à 15,6 % en 1978-79, soit son niveau de l'année 1972-73.

Voilà, pour l'essentiel, le portrait général de l'évolution de la situation linguistique dans les écoles primaires et secondaires du Québec depuis le début des années soixante-dix. Comment peut-on entrevoir l'avenir?

Il est incontestable tout d'abord que la proportion des élèves qui étudie en langue anglaise va diminuer de façon importante. On a vu que les classes anglaises s'alimentaient pour une large part parmi les populations de langue maternelle française et autre. Encore en 1977-78, 32,9 % des élèves des écoles anglaises ne sont pas de langue maternelle anglaise. À la maternelle, cependant, ce pourcentage est de 27,1 % alors qu'en 1970-71 il se situait à 36,3 % (voir tableau A.4 en annexe). Les critères d'admissibilité à l'enseignement en anglais de la loi 101 devraient mener à une diminution importante de cette source. Mais elle ne tarira pas complètement puisque la loi 101 accorde à beaucoup de francophones et d'allophones, et à leurs descendants, le droit de fréquenter l'école anglaise.

Par ailleurs, la plupart des jeunes anglophones immigrant au Québec après l'entrée en vigueur de la loi 101 sont intégrés dans les classes françaises en vertu de ce qu'il est convenu d'appeler la « clause Québec » de la Charte de la langue française. On ne peut donc à proprement parler d'adéquation à long terme entre la proportion des élèves fréquentant l'école anglaise et la proportion des jeunes de langue maternelle anglaise.

Un autre phénomène est intéressant à considérer : la fréquentation de l'école française par des élèves admissibles à l'enseignement en anglais. Il est fort possible, compte tenu des objectifs de francisation de tous les secteurs d'activité de la Charte de la langue française, que de plus en plus d'élèves admissibles légalement à l'enseignement en langue anglaise choisissent de fréquenter des écoles primaires et secondaires françaises. Selon des statistiques du Bureau d'admissibilité à l'enseignement en anglais1, plus de 4 000 élèves admissibles à l'enseignement en anglais fréquentaient des classes françaises en 1977-78; 2 290 de ces élèves étaient de langue maternelle anglaise. L'augmentation impressionnante du nombre d'élèves inscrits dans les classes d'accueil du réseau public en 1978-79 est peut-être un indice de l'accentuation de ce phénomène. L'analyse des statistiques du BAEA et du FES pour l'année scolaire 1978-79 devrait bientôt nous éclairer sur cette situation.

Il nous faut enfin souligner l'importance d'analyser l'influence des facteurs démographiques, en particulier de la fécondité et des migrations, sur l'évolution de la composition linguistique de la population scolaire précollégiale. Ces facteurs devraient faire l'objet d'une attention toute particulière si l'on veut faire la part des choses entre leurs effets et ceux des lois linguistiques. Seule l'analyse de tous les phénomènes que nous venons d'énumérer permettra d'anticiper l'évolution future de la population scolaire du Québec selon la langue d'enseignement.




1 B.A.E.A., tableaux non publiés produits pour le Conseil de la langue française. [retour au texte]







Annexe

Table des matières

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