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Le Québec anglophone hors de la région de Montréal dans les années soixante-dix Le Québec
anglophone
hors de
la région
de Montréal
dans les
années
soixante-dix





Le Québec anglophone hors de la région de
Montréal dans les années soixante-dix

Évolution sociodémographique

par Gary Caldwell
Université Bishop




 

PRÉSENTATION

Dans le préambule de la Charte de la langue française, il est dit que l'Assemblée nationale entend poursuivre son objectif de faire du français la langue normale et habituelle de tous les secteurs d'activités de la vie québécoise, « dans un climat de justice et d'ouverture à l'égard des minorités ethniques, dont elle reconnaît l'apport précieux au développement du Québec ». De toutes les communautés culturelles québécoises, l'anglophone est la plus importante en nombre, la plus ancienne aussi exclusion faite des Amérindiens et des Inuit. De fait, la Charte accorde un « statut particulier » à la langue anglaise dans divers domaines d'activités, notamment dans l'enseignement.

Cependant, malgré ces assurances, beaucoup d'anglophones ont cru déceler dans la Charte de la langue française une menace à la survie de leur communauté. S'il est pour le moins impensable que cette seule Charte fasse disparaître une communauté forte de plus de 600 000 personnes, il nous est apparu important d'évaluer néanmoins ses impacts sur les petites communautés anglophones situées hors de l'aire d'influence de Montréal.

Le Conseil de la langue française a donc confié au professeur Gary Caldwell le mandat de dresser le tableau de l'évolution sociodémographique de la communauté anglophone située hors de la région de Montréal. Un tel travail n'ayant jamais été réalisé, il fallait donc procéder à un « débroussaillage » afin de mettre en évidence les caractéristiques sociodémographiques de cette population. Cette étude est cependant plus qu'un simple portrait quantitatif. L'auteur, ayant à l'esprit l'enjeu de la législation linguistique, rapporte des observations et des commentaires qui se dégagent d'une série d'entrevues réalisées avec les gens du milieu, ce qui lui permet de discuter de certains traits de nature culturelle et structurelle propres à la communauté anglophone.

Cette étude comblera, nous en sommes certain, une lacune importante dans la connaissance que nous avons de la population québécoise. En plus d'être utile au Conseil de la langue française, elle permettra, à tous ceux qui s'intéressent au fait anglais au Québec, d'ajouter à leur connaissance et à leur réflexion.

Michel Amyot, directeur
Direction des études et recherches






AVANT-PROPOS

En raison de l'atmosphère qui règne au Québec au lendemain de la Charte de la langue française, la réalisation d'une étude sociodémographique portant sur une partie de la population anglophone du Québec constitue une tâche assez délicate. Toutefois, au cours des démarches et des discussions qui trouvent leur aboutissement dans le présent rapport, tous nos interlocuteurs ont réagi avec une franchise étonnante. Nous espérons vivement avoir su faire preuve ici d'une objectivité égale à la confiance manifestée à notre égard.

Nous voulons commenter les services de Statistique Canada et ceux du ministère de l'Éducation qui ont rendu possible les réalisations précises dont il sera question à l'instant. Le chercheur éprouve un grand plaisir lorsqu'il reçoit dans les délais prévus les résultats de commandes particulières. Cynthia Silver de Statistique Canada, en plus de faire préparer des contrats dans les délais « bureaucratiquement impossibles », a tout fait pour faciliter la préparation et la production des deux commandes.

Quant au MEQ, il s'agissait d'une commande monstre: puiser dans deux fichiers différents et faire un tri au niveau des régions administratives scolaires (RAS) et des écoles, en plus de faire la répartition de la clientèle scolaire de chaque école pour des tableaux qui comportent de nombreuses catégories, et cela sur sept années différentes (sans parler des tableaux totaux pour chaque commission scolaire et pour chaque région administrative scolaire) constituait un véritable tour de force. À partir du jour où la commande fut préparée jusqu'à la livraison des bores d'imprimés, il s'est passé moins d'un mois et demi et ce, malgré les congés de Noël et du Jour de l'an. Je rends hommage à Claude St-Germain, Richard Dufour et Robert Ferland qui ont réalisé ce travail, et à Michel Amyot qui a présidé à la mobilisation des ressources humaines et techniques.

Par ailleurs, il nous faut souligner la qualité de l'équipe qui nous a épaulé: Jocelyne Mullin, secrétaire, Andrée Turgeon, agent d'administration, et Paula Obermeir, agent de recherche. Cette dernière a joué un rôle absolument indispensable. Tout aussi appréciable : l'apport des discussions tenues avec les membres du comité Anglo-Québec en mutation (AQEM) que nous rencontrons assidûment. Finalement, nous remercions l'université Bishop's qui nous a fourni un appui moral et matériel considérable pendant le déroulement de l'étude.

Soulignons enfin que la révision linguistique a été assurée par monsieur Michel Lebel et que le texte fut examiné par deux lecteurs de l'extérieur dont les commentaires détaillés furent très appréciés.






Table des matières


LISTE DES TABLEAUX

LISTE DES GRAPHIQUES ET DES CARTES

INTRODUCTION


PARTIE 1 : Méthodologie, enjeux et démarche

Chapitre premier : Les enjeux
Chapitre 2 : Découpage géographique et délimitation linguistique
Chapitre 3 : Les données
Chapitre 4 : Étude exploratoire de dix « cas »
Chapitre 5 : Le « regroupement » comme unité d'analyse


PARTIE 2 :


Caractéristiques sociodémographiques et leur évolution
Chapitre 6 : Volume de la population
Chapitre 7 : Localisation et répartition des regroupements par région
Chapitre 8 : Taille de la population anglophone des regroupements et leur poids relatif dans l'ensemble de la population
Chapitre 9 : Composition religieuse et confessionnelle
Chapitre 10 : Les mouvements migratoires
Chapitre 11 : La structure par âge et les changements dans les déclarations de langue maternelle


PARTIE 3 :


Étude exploratoire de dix regroupements
Chapitre 12 : Portrait sociodémographique de dix regroupements
Chapitre 13 : Observations se dégageant des entrevues


PARTIE 4 :


Conclusion
Chapitre 14 : À la lumière de l'évolution sociodémographique
Chapitre 15 : Considérations de nature culturelle et structurelle


ANNEXES
ANNEXE 1 — La composition du « regroupement »
ANNEXE 2 — Liste des regroupements
A — Liste des regroupements du découpage I - 1976
B — Liste des regroupements du découpage II - 1976
ANNEXE 3 — Interview Guide (guide-questionnaire)


BIBLIOGRAPHIE






Liste des tableaux


1 —

Volume et proportion de la population des regroupements, effectifs de langue maternelle anglaise, 1971 et 1976

2 —

Population de langue maternelle anglaise des divisions de recensement découpées et sa distribution entre les regroupements et hors-regroupement, 1971 et 1976

3 —

Proportion de la population de langue maternelle anglaise (LM-A) des divisions de recensement étudiées, dénombrée dans les regroupements, 1971 et 1976

4 —

Population de langue maternelle anglaise (LM-A) dans les territoires étudiés et dans l'ensemble du Québec, 1971 et 1976

5 —

Comparaisons du volume des populations de langue maternelle anglaise et de langue maternelle française, dénombrées à l'intérieur des divisions de recensement étudiées et dans l'ensemble du Québec, 1971 et 1976

6 —

Évolution des effectifs scolaires de langue maternelle anglaise (LM-A) et de l'ensemble des effectifs scolaires qui reçoivent leur enseignement en anglais (LER-A), par niveaux d'enseignement, découpage I, années scolaires 1971-1972 à 1977-1978

7 —

Effectifs scolaires totaux du découpage I, selon la langue de l'enseignement reçu (LER), années scolaires 1971-1972 à 1976-1977

8 —

Répartition géographique des regroupements par régions administratives scolaires (RAS), 1971 et 1976

9 —

Proportion des effectifs scolaires qui reçoivent leur enseignement en anglais (LER-A) et qui sont de langue maternelle anglaise dans chaque région administrative scolaire du découpage I, années scolaires 1971-1972 et 1976-1977

10 —

Répartition géographique, par régions du découpage I, des effectifs scolaires de langue maternelle anglaise qui reçoivent leur enseignement en anglais, années scolaires 1971-1972 à 1976-1977

11 —

Juxtaposition de la répartition (par régions administratives scolaires du découpage I) de la population de langue maternelle anglaise des regroupements, avec la répartition des effectifs scolaires de même langue maternelle, qui reçoivent leur enseignement en anglais et changements proportionnels dans le nombre d'effectifs, 1971 et 1976

12 —

Les regroupements les plus importants numériquement, découpage I et découpage II, 1976

13 —

Poids relatif des anglophones (LM-A) dans l'ensemble de la population des regroupements de chaque région du découpage I ainsi que dans le découpage II, 1971 et 1976

14 —

Regroupements des deux découpages, où le poids relatif des anglophones dans l'ensemble de la population était supérieur à 80 % en 1976

15 —

Composition religieuse de la population dont la langue d'usage est l'anglais, ensemble des regroupements et ensemble des divisions de recensement des territoires étudiés ainsi que l'ensemble du Québec, 1971

16 —

Composition religieuse des effectifs scolaires de langue maternelle anglaise qui reçoivent leur enseignement en anglais, découpage I, années scolaires 1971-1972 à 1977-1978

17 —

Répartition des effectifs scolaires de langue maternelle anglaise qui reçoivent leur enseignement en anglais, selon la confession de l'école où ils se trouvent, découpage I, années scolaires 1971-1972 à 1977-1978

18 —

Composition religieuse des effectifs scolaires de langue maternelle anglaise en première année du primaire qui reçoivent leur enseignement en anglais, découpage I, années scolaires 1971-1972 à 1977-1978

19 —

Répartition des effectifs scolaires de langue maternelle anglaise qui sont en première année du primaire et qui reçoivent leur enseignement en anglais, selon la confession de l'école où ils se trouvent, découpage I, années scolaires 1971-1972 à 1977-1978

20 —

Répartition de la population anglophone (langue d'usage : anglais) dans les regroupements du découpage I, selon la religion, pour chacune des RAS, 1971

21 —

Migration de la population de LM-A des regroupements : volume, type et importance, découpages I et II, 1966 à 1971 et 1971 à 1976

22 —

Migration de la population anglophone LM-A des regroupements : volume, type et importance par RAS du découpage I, 1966 à 1971 et 1971 à 1976

23 —

Les vingt-cinq regroupements ayant la plus forte proportion de non-migrants en 1976

24 —

Migrations : volume, type et importance, perspective comparative, 1966 à 1971 et 1971 à 1976

25 —

Comparaison de la population de langue maternelle anglaise avec la population de langue maternelle française suivant certains groupes d'âge pour l'ensemble des divisions de recensement dans les découpages I et II ainsi que pour l'ensemble du Québec, 1971 et 1976

26 —

Cohortes Québec LM-A 1971 à 1976 par groupe d'âge de cinq ans : changement de volume, émigration interprovinciale, immigration internationale et interprovinciale et solde inexpliqué (en nombre absolu et en proportion des effectifs de 1971)

27 —

Cohortes Québec LM autre 1971 à 1976 par groupe d'âge de cinq ans : changement de volume, émigration interprovinciale, immigration internationale et interprovinciale et solde inexpliqué (en nombre absolu et en proportion des effectifs de 1971)

28 —

Typologie des regroupements visités selon la religion et le poids relatif de la population anglophone ainsi que selon le type du regroupement (rural ou urbain - avec mine ou avec moulin)






Liste des graphiques et des cartes


GRAPHIQUE 1 —

Distribution des regroupements selon le volume de leur population anglaise - 1976

GRAPHIQUE 2 —

Changements proportionnels annuels des effectifs scolaires LER-A et LER-F, découpage I, 1971-1972 à 1976-1977

CARTE 1 —

Répartition géographique des regroupements du découpage I

CARTE 2 —

Caractéristiques démographiques des regroupements du découpage I (Composition linguistique et religieuse et grandeur proportionnelle de la population anglophone des regroupements)

CARTE 3 —

Répartition géographique des regroupements du découpage II

CARTE 4 —

Caractéristiques démographiques des regroupements du découpage II (Composition linguistique et religieuse et grandeur proportionnelle de la population anglophone des regroupements)








La population anglophone du Québec est, en réalité, constituée de deux groupes distincts : d'une part, celui de la métropole montréalaise et de sa région périphérique et, d'autre part, celui que l'on retrouve en province. Le premier, qui représente approximativement 85 % du Québec anglophone, détermine — par son poids démographique et culturel — le visage du Québec anglophone. L'autre groupe, à cause de sa dispersion, de sa faible importance numérique, et à cause aussi de son manque d'encadrement institutionnel, passe presque inaperçu et demeure inconnu, aussi bien des universitaires et des scientifiques québécois que de lui-même.

Avec l'accroissement de l'instabilité démographique de la population anglophone de la région montréalaise, il s'est progressivement creusé un fossé entre la métropole et cet autre Québec anglophone qui, lui, est resté beaucoup plus stable et, par le fait même, plus enraciné dans son environnement immédiat. Bien que ce dernier ait constamment contribué au développement du Montréal anglophone en y envoyant ses fils et ses filles poursuivre leurs études, le Montréal anglophone s'est de plus en plus coupé de l'autre Québec anglophone, donnant ainsi un caractère uni-directionnel aux échanges entre ces deux milieux.

Conséquence de cet état de choses, il n'existe nulle part dans la documentation en vue d'ensemble démographique, sociologique, historique ou socioculturelle du Québec anglophone hors-Montréal. Il est donc heureux que le Conseil de la langue française ait pris l'initiative de défricher ce terrain inconnu. L'auteur de ce rapport est redevable au Conseil de lui avoir fourni l'occasion et les ressources nécessaires pour entreprendre ce travail qui s'est révélé des plus stimulants.

Dans cette étude, nous nous attacherons surtout à délimiter et à caractériser l'état et l'évolution sociodémographique de cette population durant les années soixante-dix. Nous n'avons pas pour objectif d'écrire l'histoire socio-économique du Québec anglophone : cette entreprise, dont la nécessité apparaît de plus en plus pressante, relève de la compétence d'autres chercheurs.

Dans une perspective de description sociodémographique, nous examinerons d'abord les changements relatifs à l'importance numérique de cette population entre 1971 et 1978, sa répartition géographique, sa structure par âge, sa composition religieuse et, finalement, les courants migratoires qui influent sur sa composition et sa stabilité démographique.

Il est évident qu'à l'instar de la population anglophone de la métropole, la population anglophone hors Montréal se trouve à une croisée de chemins : quel sera son avenir face à l'affirmation nationale du Québec francophone et de quelle façon vivra-t-elle cette situation? Il serait peu réaliste de prétendre définir le sort de cette population sans se soucier du processus qui a conduit à la situation présente. D'ailleurs, il faut l'avouer, c'est justement le mouvement national des Québécois francophones qui a provoqué chez la population anglophone un besoin de se connaître et de se situer vis-à-vis des faits historiques et sociologiques. Il est clair, en outre, que cette étude découle directement de ce besoin.

Par conséquent, en plus de l'objectif de description sociodémographique mentionné plus haut, la seconde grande préoccupation de cette étude portera sur les incidences de la législation linguistique actuelle sur le Québec anglophone hors de Montréal, et ceci, surtout en ce qui regarde son organe institutionnel le plus important : le système scolaire. À cette fin, nous accorderons une importance particulière aux données relatives aux composantes humaines et matérielles du système scolaire.

Mais la Charte de la langue française, en plus d'être une loi, constitue un fait socio-psychologique et ce, autant pour le Québec francophone que pour le Québec anglophone. Conscient de l'existence d'un tel facteur socio-psychologique, nous tenterons d'évaluer ce qui se passe au sein même de la collectivité dans dix communautés anglophones particulières à travers le Québec.

Maintenant, afin de permettre au lecteur de mieux s'orienter dans plus de cent pages de texte, de tableaux et de graphiques, nous donnerons une vue d'ensemble de la démarche de l'étude et du rapport qui en est l'aboutissement.

En premier lieu, nous exposerons les difficultés méthodologiques majeures rencontrées et rendrons compte des solutions retenues. Cette première partie, risque fort de décourager certains lecteurs qui, bien qu'intéressés au sujet de l'analyse du Québec anglophone hors de Montréal, n'accordent pas d'importance à l'aspect technique. Cette présentation est néanmoins essentielle, d'abord parce que ce travail se veut de nature scientifique. En outre, étant donné le débat sur la question démographique et son incidence politique dans le contexte actuel du Québec, cette exigence scientifique prend une importance plus grande encore : aucun auteur ne pourrait se permettre des négligences dans ce domaine car il peut s'attendre à voir son travail soumis à une critique des plus poussées.

Ceci dit, il est évident que nous n'avons pas résolu le problème que peuvent poser au non-initié une vingtaine de pages de description méthodologique. Nous résumons donc brièvement ci-dessous la démarche suivie et nous suggérons au profane de passer à « l'essentiel » qu'il trouvera dans la seconde partie du texte.

L'étude est fondée sur trois ensembles de données dont deux sont d'ordre quantitatif : les recensements de Statistique Canada de 1971 et 1976, et les données du milieu scolaire de 1971-72 à 1977-78 fournies par le ministère de l'Éducation du Québec; quant à l'ensemble d'ordre non quantitatif, il s'agit d'entrevues qui avaient pour but d'explorer la réalité telle qu'elle est vécue et perçue par cent parents choisis au hasard dans dix « regroupements »1 anglophones à travers le Québec.

À la suite des explications méthodologiques, nous passerons, dans la deuxième partie, à l'exposé de la situation et de l'évolution sociodémographique de la population étudiée, soit au premier objectif de ce travail.

Dans la troisième partie, Étude exploratoire de dix regroupements, nous ferons le compte rendu de nos visites et entrevues effectuées dans les dix centres anglophones choisis suivant des critères spécifiques qui nous permettraient de considérer le plus grand nombre possible de situations. Cette étape de l'étude étant de caractère « clinique » mais exploratoire fut, comme on le verra plus loin, très révélatrice.

Une fois ces deux dernières étapes franchies, nous abordons ensuite, dans la quatrième partie, Conclusion, la question plus complexe de l'impact de la Charte de la langue française. Enfin, dans la même partie, nous ferons un résumé et formulerons nos interprétations.




1 Pour la définition du concept regroupement, voir 9 la page 32 et dans l'annexe 1. [retour au texte]




PARTIE I

Méthodologie, enjeux et démarche






Chapitre premier

Les enjeux


Nous procéderons en deux étapes bien distinctes. D'abord, nous traiterons des questions méthodologiques qu'il nous fallait résoudre; ensuite, nous décrirons la démarche suivie. Abordons donc immédiatement la première étape où seront exposés les enjeux méthodologiques comme nous les avons perçus.

Il s'agit, en premier lieu, de savoir quelles sont les données ou les sources de renseignements accessibles. Si nous nous reportons au premier objectif présenté dans l'introduction — délimiter et caractériser l'état et l'évolution sociodémographique de la population anglophone hors de Montréal — nous constatons qu'il faut commencer par la base : un profil quantitatif. Toutefois, étant donné la nature plus contemporaine et plus insaisissable de notre second objectif — la situation sociodémographique de cette population à l'heure de la Charte de la langue française — nous savons qu'un profil quantitatif ne suffira pas. Il n'en reste pas moins que l'étude des données quantitatives revêt une importance primordiale et nous ne pouvons pas nous en dispenser.

Conséquemment, nous devons utiliser des données propres à la construction d'un profil quantitatif aussi complet que possible. Deux grandes sources de données quantitatives et relativement accessibles nous semblaient devoir être considérées : le Recensement du Canada (RC) et les fichiers du ministère de l'Éducation du Québec (MEQ). Ce sont là deux sources statistiques établies à grands frais mais insuffisamment exploitées. Passons maintenant aux exigences méthodologiques qui devaient être rencontrées et à la façon dont les données du RC et du MEQ furent utilisées pour atteindre nos objectifs.

Premièrement, il fallait circonscrire géographiquement la population visée, c'est-à-dire les anglophones hors de la région de Montréal. Cette contrainte nous obligeait à tenir compte des unités géographiques desquelles étaient tirées les données disponibles. Il nous fallait donc ramener à une base géographique commune les deux ensembles de données utilisées.

Deuxième exigence : la perspective chronologique. Étant donné que nous voulions évaluer l'impact de la Charte de la langue française sur le Québec anglophone hors de la région de Montréal, il nous fallait absolument pouvoir caractériser l'évolution sociodémographique de cette population. Nous devions donc choisir au moins deux repères précis pendant la période où les données seraient recueillies.

Troisième exigence : une unité d'analyse qui, en plus de nous permettre de répondre aux deux premières exigences, nous permettait de saisir la réalité sociodémographique telle qu'elle est vécue par cette population. Le Québec anglophone hors de la région de Montréal forme un agrégat extrêmement abstrait pour celui qui veut cerner les milieux géographiques et les structures économiques, municipales, scolaires et religieuses qui influent sur le vécu des personnes qui le composent.

Donc, il nous fallait une unité d'analyse qui permette le découpage du territoire considéré, une juxtaposition des données du RC et du MEQ, et une certaine perspective dans le temps tout en permettant de saisir d'assez près le milieu sociologique concret à l'intérieur duquel vit la population étudiée. En raison de ces contraintes, nous nous sommes arrêté sur une unité qui se rattache de très près à la municipalité ou subdivision de recensement et que nous appelons regroupement. Le regroupement, pour le définir brièvement, est une municipalité où l'on dénombre au moins cent personnes de langue maternelle anglaise. Nous y reviendrons après avoir posé un certain nombre d'autres jalons méthodologiques.

Le problème méthodologique le plus difficile dans cette étude découle du deuxième objectif : évaluation des conséquences de la Charte de la langue française sur cette population. Cette loi étant récente, on se bute nécessairement à un manque de perspective assez considérable. Nos données quantitatives ne dépassent pas l'année scolaire 1977-78. Or, c'est justement cette année-là que la Charte fut mise en application. Il est clair que cette situation nous permet tout juste d'entamer l'observation des conséquences au niveau des effectifs scolaires. De plus, on peut s'attendre à observer un écart entre l'entrée en action de facteurs de changement d'ordre psychosociologique pouvant être déclenchés par la législation linguistique et leur représentation dans des indices quantitatifs. Il n'y a aucun doute que l'effort pour dépister par des indices annonciateurs les modifications sociodémographiques (si changement il y a) constitue — tout en menaçant d'être l'écueil où pourrait échouer cette étude — un défi méthodologique considérable.

Pour attaquer de front cet obstacle, nous avons cru qu'il fallait nous débrancher des ordinateurs du RC et du MEQ et plutôt aller sur le terrain. Voilà ce qui nous a conduit à l'étude exploratoire, par voie d'entrevues effectuées dans dix regroupements. Les personnes soumises à ces entrevues étaient des parents d'écoliers du cours primaire et des administrateurs scolaires. Plus loin, dans un deuxième volet, nous présenterons en détail la démarche méthodologique effectivement suivie. En décidant de procéder ainsi, nous ajoutions un deuxième type de données, cette fois de nature essentiellement qualitative. Ainsi donc, l'étude repose-t-elle sur trois ensembles de données : deux sont quantitatifs, ceux du RC et du MEQ, et l'autre est qualitatif, issu des entrevues.

Nous passons maintenant à trois questions méthodologiques qui ne sont pas propres à cette étude, mais qui sont toutefois indispensables : la comparaison avec un groupe témoin (dans ce cas, la population francophone), la critique des données utilisées et, finalement, l'état des travaux qui existent déjà et qui portent sur le même sujet.

La population qui habite à l'extérieur de la région de Montréal, indépendamment de son appartenance culturelle et linguistique, est soumise à (et est le produit de) tout un faisceau de forces qui ont peu à faire avec la langue parlée; pensons, par exemple, aux processus que vivent certaines régions : industrialisation, urbanisation, modernisation et enfin désindustrialisation; ces processus, disons-le, s'observent à plus ou moins grande échelle à travers le continent. En conséquence, même si l'on retient la variable langue maternelle pour distinguer une sous-population dont les traits sociodémographiques nous intéressent en premier lieu, il faut être en mesure de distinguer entre ce qui est commun à toute la population qui habite le territoire de ce qui est particulier à la population étudiée. Comme il n'existe que deux sous-populations linguistiques de taille sur le territoire québécois hors de Montréal, la française et l'anglaise, nous devons donc choisir la sous-population française comme groupe témoin.

Nous arrivons maintenant aux aspects méthodologiques les plus académiques, soit la critique des données utilisées et la revue des travaux antérieurs.

En ce qui regarde le premier aspect, il faut d'abord mentionner que les données quantitatives que nous avons utilisées étaient des sources de seconde main. C'est pourquoi, tout au long de l'étude, nous nous reportons à la critique déjà faite, soit par ceux qui les ont produites, soit par peux qui les ont utilisées avant nous et ce, en dépit du fait que la critique rigoureuse des données du MEQ n'ait pas encore été effectuée d'une façon systématique. Cependant, en ce qui a trait aux données du recensement, des constatations inattendues, ayant vraisemblablement leur origine dans des failles inhérentes aux données sur la langue maternelle, nous ont amené à ajouter à la critique existante. C'est dans le chapitre 11, La structure par âge et les changements de déclaration de langue maternelle, que se manifeste le problème d'une façon flagrante, et c'est dans ce même chapitre que l'on s'attachera à l'examen du problème.

Maintenant, passons à la question des travaux antérieurs. C'est là une question que nous pouvons liquider très vite; il n'existe rien sur le sujet : projet sociodémographique de l'ensemble de la population anglophone hors de la région de Montréal2. On peut même affirmer qu'aucune étude du genre n'a été effectuée pour l'ensemble du Québec anglophone.

Néanmoins, il existe une certaine documentation où l'on traite soit d'une sous-population du groupe linguistique considéré, soit d'une facette particulière de notre sujet. Mais, exception faite de Sellar, The Tragedy of Quebec, The Expulsion of de Protestant Farmers3, la documentation a une portée la plupart du temps très limitée ou très spécifique.

Les choix ayant été faits relativement aux sources des données, nous pouvons alors passer à la deuxième étape de cette partie : la description de la méthode utilisée.




2 Trois travaux ont un certain rapport avec notre sujet : R. JOY dans Languages in Conflict, la F.F.H.Q. dans Deux poids deux mesures et G. CALDWELL dans A Demographic Profile of English-Speaking Quebec 1921-1971. [retour au texte]

3 SELLAR, Robert. The Tragedy of Quebec : the Expulsion of its Protestant farmers. Toronto, University of Toronto Press, 1974. [retour au texte]




Chapitre 2

Découpage géographique et délimitation linguistique


Afin de circonscrire le Québec anglophone hors de la région de Montréal, nous nous sommes servis de deux unités géographiques existantes, chacune servant déjà de base à un de nos deux ensembles de données quantitatives : d'une part, la division et la subdivision du recensement et, d'autre part, la région administrative scolaire (RAS). Il est important ici de préciser que les RAS sont basées sur les frontières des commissions scolaires catholiques qui, à leur tour, sont basées sur les frontières des municipalités. Ceci dit, nous décrirons maintenant les deux grands territoires que nous nommerons, tout au long du rapport, découpage 1 et découpage II. D'abord, nous trouvons une grande région qui comprend toutes les sous-divisions de toutes les RAS, sauf celle de Montréal (RAS-6). Cette première région est illustrée graphiquement sur les cartes 1 et 2 d'où est exclue la RAS-6 (Montréal), comme on peut le constater. Pour ceux qui sont plus familiers avec les régions administratives du ministère de l'Industrie et du Commerce (MIC), telles qu'on les a créées en 1966, il suffit de dire qu'elles sont identiques, à quelques exceptions près, aux régions administratives scolaires, les RAS4.

La région de Montréal, c'est-à-dire celle qui est exclue des cartes 1 et 2, est très vaste; aussi est-elle elle-même divisée en sous-régions 1, 2 et 3. Résultat d'un découpage effectué par le MIC en 1966, inspiré par le concept des pôles d'attraction, cette région s'étend de la frontière américaine aux Laurentides et recouvre tout le sud-ouest du Québec. Aux limites sud-est et nord-ouest de cette vaste région, se trouvent des centres qui, tout en subissant l'influence de Montréal, sont en même temps d'un caractère rural à cause de leur éloignement de la métropole. En conséquence, dans un deuxième temps, nous avons décidé d'inclure dans notre étude les divisions de recensement de Shefford, Brome, Missisquoi, Huntingdon situées au sud et sud-est, ainsi qu'Argenteuil et une partie de Labelle5 au nord-ouest de la RAS-6. Ces six divisions (anciens comtés provinciaux) qui constituent ce que nous appellerons découpage II dans le texte sont représentées sur les cartes 3 et 4. Il est évident que ce découpage n'étant qu'une portion de la RAS-6, il ne nous sera pas possible de faire des comparaisons au niveau des ensembles entre les deux séries de données quantitatives.

En résumé, le Québec anglophone hors de la région de Montréal est formé de toutes les RAS, exception faite de la RAS-6 dont seulement certaines divisions de recensement sont comprises dans cette étude.




4 Il n'existe aucun document où seraient comparées les régions du MIC et celles du MEO. Ainsi, pour identifier les différences qui existent le long des limites de la région 6, nous nous en sommes remis aux cartes détaillées du MEQ. [retour au texte]

5 L'autre partie se trouve dans la RAS-7, l'Outaouais. [retour au texte]




Ayant fait un découpage géographique, il nous fallait ensuite faire une délimitation linguistique de la population anglophone comprise à l'intérieur de ce découpage. Parmi les divers indices linguistiques, nous avons adopté la langue maternelle. Ce choix est motivé par deux principes : premièrement, nous jugeons ce critère plus sûr que les autres actuellement utilisés (origine ethnique, langue d'usage, langues officielles parlées). Cependant, comme on le verra plus tard, cet indice présente lui aussi de sérieux inconvénients6. La définition de langue maternelle — première langue parlée et encore comprise — est claire et, par conséquent, plus valide (en apparence du moins); en outre, c'est un concept dont l'usage est maintenant très répandu. Deuxièmement, c'est le seul indice linguistique utilisé et par le recensement du Canada en 1971 et en 1976 et par le ministère de l'Éducation du Québec.




6 Voir le chapitre 11, pages 71 et suivantes. [retour au texte]




Chapitre 3

Les données


Nous fournirons maintenant plus de détails sur les trois ensembles de données : deux d'entre eux sont quantitatifs et l'autre qualitatif. En ce qui touche aux ensembles de données provenant des recensements de Statistique Canada, nous nous servons de trois ventilations spéciales7. Elles sont basées sur les subdivisions de recensement, qui, en fait, sont les municipalités telles qu'elles existaient au moment où le recensement a été effectué.

En 1971, les non-répondants pour la variable langue maternelle avaient été répartis à travers les catégories utilisées par Statistique Canada8; en 1976, ils ne sont pas répartis dans la compilation dont nous disposons et nous n'avons pas voulu nous engager sur le terrain glissant de la répartition des non-répondants, laissant ainsi aux spécialistes de la question le soin d'en évaluer eux-mêmes les conséquences9. Néanmoins, nous en remettant à l'analyse de Charles Castonguay qui distingue entre les non-répondants de l'Ile de Montréal et les autres du reste du Québec, nous pouvons estimer que le pourcentage total de la population qui n'a pas répondu et qui, par conséquent, n'apparaît pas dans nos données en 1976, est de l'ordre de 1,3 %10 pour la partie du Québec qui nous intéresse principalement. Pourtant, pour ce qui est de la population totale du Québec, nous aurons recours, à quelques reprises, aux données qui tiennent compte des non-répondants répartis.

Ces deux ensembles principaux de données provenant des recensements de 1971 et de 1976 comprennent trois variables : langue maternelle, âge et migration. La première variable, langue maternelle, comprend quatre catégories : anglais, français, autre et total. La variable suivante, l'âge, contient quinze catégories de « cinq ans » qui vont jusqu'à la division « 65 ans et plus ». Enfin la variable migration, qui renvoie aux déplacements effectués au cours du lustre précédant le recensement, comprend les catégories suivantes : non-migrants (demeurés à l'intérieur de la même municipalité), migrants internes (venus d'une autre municipalité du Québec), migrants interprovinciaux (venus d'une autre province), migrants internationaux (venus de l'extérieur du Canada), les non-sujets (enfants de moins de cinq ans et les militaires), provinces non rapportées et finalement le total.




7 a) 1971 Census — Population by mother-tongue by 5 year age groups, by place of residence 1966, for Quebec by census subdivisions, 1971 — 2 October 1978 —
b) 1976 Census — Population by mother-tongue by age, by place of residence 1971 for the Province of Quebec by census subdivisions. 1976 — 25 November 1978 —
c) 1971 Census - Total by age (0-4, 5-9, 10-14, 15 +) by religion (Catholic, Protestant, Gr. Orth., Jewish, Other, no religion) by language most often spoken at home (French, English, other) for the Province of Quebec, by census subdivision, 1971 — 17 November 1976. [retour au texte]

8 Voir Kralt, Processing and its Impact on the 1971-1976 Mother Tongue Data. [retour au texte]

9 Voir le texte de C. CASTONGUAY cité ci-dessous. R. LACHAPELLE, N. ROBITAILLE et R. BOURREAU dont les travaux seront bientôt publiés, ont également étudié cette question. [retour au texte]

10 C. CASTONGUAY, La répartition des non-répondants à la question sur la langue maternelle aux recensements de 1971 et de 1976. [retour au texte]




Dans une autre ventilation produite antérieurement à cette étude, nous disposons, pour 1971, des renseignements — toujours pour chaque subdivision — sur les variables âge, langue d'usage et religion, les deux dernières n'étant pas disponibles pour 1976. Relativement aux variables âge et langue d'usage, on retrouve les mêmes catégories que celles énumérées plus haut à propos des autres ventilations. La variable religion comprend des catégories qui distinguent les catholiques, les protestants et les protestants « traditionnels »11. Les variables langue d'usage et religion, faisant partie de l'une des commandes antérieures, ne sont pas ici croisées avec langue maternelle et migration au niveau des individus. Cependant, nous avons effectué ces croisements dans les subdivisions (regroupements).

Passons maintenant au deuxième grand ensemble de données dont nous disposons : celui que le ministère de l'Éducation du Québec a produit à la demande du Conseil de la langue française. Il s'agit de deux séries, l'une tirée du Fichier Élève Standard12 et l'autre du Fichier Écoles13. Ces deux séries contiennent des renseignements sur les élèves de chaque école où l'on retrouve au moins un enfant de langue maternelle anglaise, et ce pour chaque RAS, excepté pour la sous-région Île-de-Montréal. Dans la première série, la population scolaire y est classée suivant quatre variables : langue de l'enseignement reçu (LER), langue maternelle (LM), niveau et degré et, enfin, religion; cette classification s'étend des années scolaires 1971-72 à 1977-78 inclusivement. Dans ces ventilations spéciales, on retrouve aussi des tableaux sur les totaux par commission scolaire (CS) et par région administrative scolaire (RAS). Relativement aux variables, on retrouve les catégories suivantes : 1) LER : anglais, français, autre, indéterminé et total; 2) LM : anglais, français, autre, indéterminé et total; 3) degré et niveau maternelle, de 1 à 6 primaire, de 1 à 5 secondaire et des catégories pour les différents types d'éducation spécialisée; 4) total pour chacun des niveaux et total pour l'école; 5) religion : catholique, protestant, autre, indéterminé et total.

La deuxième série — produite à partir du Fichier Écoles pour les mêmes écoles et pour les mêmes années — fournit les noms et les adresses des écoles et le nombre total d'inscriptions « officielles » selon la langue de l'enseignement reçu (LER).




11 Le concept « protestant traditionnel », tel que défini au moment de la création de la ventilation commandée par le comité protestant du Conseil supérieur de l'éducation, comprend les anglicans, les baptistes, les luthériens, les presbytériens et les unitariens. [retour au texte]

12 Il s'agit d'un fichier analytique tiré du fichier individuel des élèves. Les tableaux produits portent le titre : Répartition de la clientèle des écoles publiques qui ont des élèves de langue maternelle anglaise, selon la religion par langue maternelle et suivant la langue de l'enseignement reçu — Années scolaires 1971-72 à 1977-78. Date du relevé : 79-02-06. [retour au texte]

13 Liste, par commission scolaire, des écoles retenues pour le projet Caldwell. Années scolaires 1971-72 à 1977-78. Source : Fichier écoles composites — Date du relevé : 79-02-07. [retour au texte]




Lorsqu'il s'est agi de comparer la population totale anglophone avec la population totale francophone, nos deux séries ne suffisaient pas parce qu'il s'agissait seulement des écoles où se trouvait au moins un enfant de langue maternelle anglaise. Donc, pour ces comparaisons, nous avons eu recours aux statistiques officielles publiées. On a pris soin, en consultant des chercheurs du MEQ, d'obtenir les publications les plus récentes14.




14 a) Liste des publications officielles du MEQ :
1 — Statistiques de l'enseignement 1971-72 — Service de l'informatique — Données préliminaires — numéro de catalogue 22-G-7172-1, pages 15 et 21.
2 — Statistiques de l'enseignement 1972-73 — Service de l'informatique — clientèles scolaires des organismes d'enseignement — Code 22-E-7273-1, pages 48 et 54.
3 — Statistiques de l'enseignement 1973-74 — Service de l'informatique — clientèle scolaire des organismes d'enseignement — code 22-E-7374-1, pages 48 et 54.
4 — Statistiques de l'enseignement 1974-75 — Service de l'informatique — clientèle scolaire des organismes d'enseignement — code 22-E-7475-1, pages 48 et 54.
5 — Statistiques de l'enseignement 1975-76 — Service de l'informatique — clientèle scolaire des organismes d'enseignement — code 22-E-7576-1, pages 48 et 54.
b)

Données, non publiées, issues des statistiques préliminaires — Liste des commissions scolaires par écoles (au 30 septembre 1976) pour l'ensemble du Québec et pour chaque RAS. Source : Liste B30-01 — Tableaux : total de la Région administrative scolaire 060 et total provincial — l'ensemble nous a été procuré par M. Desmond DUFOUR du MEQ (avril 1979). [retour au texte]




Chapitre 4

Étude exploratoire de dix « cas »



Nous quittons maintenant le domaine quantitatif pour considérer l'aspect qualitatif. Il s'agit d'aller « sur le terrain » pour faire l'exploration de dix regroupements l'objectif visé consiste à saisir la conjoncture actuelle (conjoncture où la Charte de la langue française compte pour beaucoup). Notre sélection s'est appuyée sur des critères purement arbitraires, mais déterminés par notre volonté de considérer autant de situations différentes que possible relativement, par exemple, à l'infra-structure économique, au degré d'éloignement des grands centres, à la religion et au poids relatif des anglophones dans l'ensemble de la population. Nous avons arrêté notre choix sur dix municipalités dont trois de la Gaspésie, trois de l'Outaouais, trois des Cantons-de-l'Est et une de la région de Québec.

En Gaspésie, nous avons d'abord New-Carlisle : dans cette municipalité, les anglophones, en grande partie protestants, forment la majorité de la population. Puis c'est Chandler, où nous retrouvons une communauté ouvrière anglo-catholique fortement minoritaire dans une population francophone, elle-même ouvrière. Enfin, il y a Murdochville, ville minière où les anglophones sont, soit associés à la direction, soit travailleurs migrants venus des Maritimes. Traversant ensuite le Québec d'est en ouest, nous nous sommes rendu dans la vallée de l'Outaouais. Nous y avons alors effectué des entrevues à Shawville, une région rurale où ne demeurent, à quelques exceptions près, que des anglophones protestants d'origine irlandaise, puis à Low, une municipalité rurale majoritairement anglophone et solidement catholique et, finalement, dans la grande ville de Hull où le milieu anglophone accueille beaucoup d'immigrants catholiques. Revenant dans les Cantons-de-l'Est, nous avons visité Mansonville, un milieu économiquement très marginal où les anglophones sont des protestants de vieille souche, puis Sawyerville où l'on rencontre des protestants dont les ancêtres étaient des cultivateurs prospères; et, en dernier lieu, Sherbrooke où les anglophones, un mélange de protestants et de catholiques, ne sont qu'une petite minorité. Ayant donc fait des entrevues dans les trois grandes régions où la population anglophone est concentrée (Gaspésie, Outaouais et Cantons-de-l'Est), nous avons également décidé de visiter un noyau anglophone qui se trouve en dehors de ces concentrations, soit la très historique région de Leeds-Inverness-Kinnear's Mills.

Dans chacun de ces centres très divers, nous avons travaillé en collaboration avec les directions d'écoles, pour tirer au sort les dix familles à visiter. Les entrevues duraient chacune de 30 à 60 minutes et avaient essentiellement une visée d'exploration. Néanmoins, les trois enquêteurs devaient remplir un formulaire, une fois la rencontre terminée. Ce formulaire, jouant le rôle d'un guide pour l'enquêteur, était structuré en fonction des thèmes sur lesquels on incitait la personne interviewée à s'exprimer, après qu'elle ait donné libre cours à ses idées personnelles sur l'avenir de sa communauté. Afin de donner à l'enquêteur le temps nécessaire pour écrire le rapport détaillé de chaque rencontre et pour lui permettre de se rendre sur les lieux de l'entrevue suivante, nous avions prévu un délai de 60 minutes entre chaque visite. Des membres d'un total de cent familles furent ainsi rencontrés.

Le contenu du formulaire (les espaces laissés pour nos commentaires en moins) est reproduit dans l'annexe 3. Les entrevues devant se dérouler en anglais, le formulaire avait été rédigé dans cette langue. En s'y reportant, le lecteur peut constater que l'on cherchait d'abord à situer le répondant en fonction de ses origines géographiques et linguistiques, pour ensuite recueillir des indices sur les éléments suivants : son comportement linguistique actuel, sa participation dans les institutions du milieu, sa connaissance du contexte socio-politique en général et son degré d'intégration dans ce contexte, son attitude face aux récents changements, et finalement, sa perception et sa connaissance de la Charte de la langue française.

En plus des entrevues auprès des parents, les rencontres initiales avec les directeurs d'école donnèrent lieu à une autre série de dix entrevues d'où s'est dégagée une vision des choses différente, à certains égards, de celle des parents. L'auteur du rapport a effectué lui-même la plupart des rencontres avec les dirigeants scolaires; en outre, il a fait une quinzaine des cent entrevues auprès des parents.






Chapitre 5

Le « regroupement » comme unité d'analyse



Jusqu'à maintenant, nous avons exposé les orientations méthodologiques qui ont guidé le choix de la population à étudier et nous avons indentifié les sources et la nature des données, mais sans avoir encore défini l'unité d'analyse retenue comme base pour l'exploitation des données. Tel que mentionné plus haut, nous avons nommé regroupement l'unité d'analyse de base sur laquelle nous avons arrêté notre choix. Il peut être défini de la manière suivante : toute subdivision de recensement où il se trouvait au moins cent personnes de langue maternelle anglaise en 1971 ou en 1976 (voir annexe 1, p. 128). Le regroupement comme tel comprend la population totale, qu'elle soit de la langue maternelle anglaise ou autre.

Cependant, cette définition comporte des exceptions. Par exemple, quand nous trouvions un village incorporé, entouré d'une municipalité rurale, nous les fondions ensemble pour en faire un seul regroupement. Le motif d'une telle opération était le suivant : nous étions intéressé par l'aire de peuplement (la façon dont la population anglophone se trouve regroupée autour d'un noyau central et partage une vie communautaire) et non par l'entité légale que représente la municipalité. La décision de ne pas se limiter aux centres qui comptaient cent anglophones en 1971, mais d'inclure aussi ceux qui satisfaisaient au même critère en 1976, tenait au fait qu'il y avait eu de nombreuses annexions municipales entre 1971 et 1976. Cette situation nous a obligé à faire une démarche chronologique à rebours : pour obtenir des entités comparables, c'est-à-dire en partant de la municipalité de 1976, il a fallu reconstruire une entité territoriale équivalente pour 1971. Une telle démarche, rendue possible grâce aux manuels et cartes détaillées fournis par Statistique Canada, a exigé un travail considérable. Le nombre de cas qui n'auraient pas été acceptés comme regroupements si l'on s'était limité soit à ceux qui comptaient cent personnes (ou plus) de langue maternelle anglaise en 1971, soit à ceux qui en avaient cent ou plus en 1976 est indiqué à l'annexe 1 où l'on trouvera les détails techniques sur la construction des regroupements. Quant aux deux listes de regroupements (l'une pour le découpage I et l'autre pour le découpage II), on les trouvera aux annexes 2-a et 2-b et en marge des cartes qui s'y rapportent; celles-ci indiquent l'endroit où est situé chacun de ces regroupements.

Au total, nous sommes arrivé à 197 regroupements, dont 158 dans le grand découpage I (Québec sauf la RAS-6), et 39 dans l'ensemble des six divisions de recensement que nous avons décidé d'étudier dans la RAS-6. Toutes les données relatives à chaque regroupement ont été inscrites sur des fiches individuelles (une fiche sur chaque regroupement).

L'unité d'analyse regroupement nous a permis de satisfaire à nos exigences : nécessité d'une perspective chronologique (données comparables à travers le temps) et nécessité de rejoindre la population au sein des structures sociales propres aux communautés locales. De plus, grâce à cette unité d'analyse, nous avons, jusqu'à un certain point, réussi à faire le parallèle entre nos deux grands ensembles de données quantitatives (RC et MEQ). Enfin, nous avons pu y relever la présence ou l'absence d'école primaire, là où l'anglais était la langue ou une des langues d'enseignement en 1971 ou en 1976.

Ce relevé, il faut bien le dire, ne fut pas une mince tâche car dans le cas des écoles institutionnelles (celles où plusieurs bâtiments sont sous la même direction), les renseignements du MEQ (1971) étaient incomplets : ni le nombre des bâtiments, ni leurs adresses respectives n'y figuraient. La mémoire électromécanique du MEQ était incapable de fournir les renseignements dont nous avions besoin sur ce type d'école. De plus, ni les spécialistes de Québec, ni les administrateurs des commissions scolaires qui utilisent ces outils, ne sont suffisamment près des localités en question pour pouvoir se souvenir de détails (vieux de sept ans) relatifs à des milieux qui leur sont étrangers. En conséquence, il a fallu s'en remettre à la courte et éphémère mémoire humaine de ceux qui ont vécu de près l'évolution socio-institutionnelle de leurs milieux respectifs. À cet effet, nous avons rejoint par téléphone les secrétaires-trésoriers des municipalités en question et leur avons demandé si, en 1971-72 (époque « très ancienne »), il existait une école primaire dans leur municipalité. Heureusement, la mémoire électronique du MEQ s'est « ressaisie » depuis (inventaire des équipements scolaires) mais cet incident montre à quel point, branché sur l'ordinateur de l'édifice G, on peut perdre de vue la réalité palpable que vivent les hommes.

Revenons, après cette digression, au rapprochement des données des Recensements du Canada avec celles du MEQ. Avec l'unité d'analyse qu'est le regroupement, nous n'avons pu réaliser qu'une concordance portant sur la présence d'écoles; mais avec les RAS du MEQ, il a été possible, sans limite aucune, de les mettre en parallèle avec des agrégats régionaux de regroupements ou de divisions de recensement, unités sur lesquelles les données des RC étaient fondées.

Finalement, avant de terminer cette longue partie méthodologique, nous tenons à traiter de la façon dont nous avons dépouillé les données quantitatives qui servent de base à cette étude. Pour un coût moindre, nous aurions pu obtenir les données des RC sur bande magnétique plutôt que sous forme d'imprimés. Toutefois, estimant qu'une utilisation manuelle des renseignements serait plus propice à la connaissance concrète et détaillée du terrain à étudier qu'une utilisation faite par l'intermédiaire d'une programmation, nous avons adopté la première méthode. Grâce à ce travail, nous avons maintenant en main, pour chacun des 197 regroupements, une fiche sur laquelle on retrouve des données sur plus de vingt-cinq catégories. Il faut aussi ajouter que, même si l'on s'était servi du système de géocodage, nous n'aurions pas pu constituer (ni géographiquement, ni chronologiquement) nos regroupements par la programmation. Enfin, la représentation graphique, sous forme de cartes, des caractéristiques démographiques propres aux regroupements, a également contribué à nous convaincre de la valeur heuristique de nos méthodes de dépouillement... il s'est dégagé de l'étude de ces cartes des patterns que l'on n'aurait peut-être pas dépistés autrement.

















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