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Le français, langue des commerces et des services publics

LE FRANÇAIS,
LANGUE
DES COMMERCES
ET DES SERVICES
PUBLICS






Le point de vue de la clientèle

Résultats d'un sondage

par

Sylvie Beauchamp-Achim
Pierre Bouchard

Centre de sondage
de l'Université de Montréal







Les membres du Conseil de la langue française

Monsieur Michel PLOURDE, président
Monsieur Gérard LAPOINTE, secrétaire
Madame Sheila Mc LEOD ARNOPOULOS
Madame Louise DESCHÂTELETS
Monsieur Jean-Charles FALARDEAU
Madame Alanis OBOMSAWIN
Monsieur Jean-Marcel PAQUETTE
Monsieur Michel RIOUX
Madame Madeleine THIBAULT-BERTHIAUME
Monsieur Henri TREMBLAY
Monsieur Pierre VADEBONCOEUR
Madame Manon VENNAT






Table des matières



PRÉSENTATION

COLLABORATION

INTRODUCTION



CHAPITRE PREMIER : LES INSTRUMENTS DE LA RECHERCHE ET LES CARACTÉRISTIQUES DE L'ÉCHANTILLON

1.1 Échantillonnage et stratégie de cueillette

1.2 Le questionnaire

1.3 Plan d'analyse

1.4 Caractéristiques de l'échantillon



CHAPITRE II : LA FRÉQUENTATION DES SERVICES PUBLICS ET COMMERCIAUX ET LES PRÉFÉRENCES LINGUISTIQUES

2.1 Fréquentation des services commerciaux

2.2 Préférences linguistiques liées à la fréquentation des services commerciaux

2.3 Fréquentation des services de santé

2.4 Communications avec les services municipaux

2.5 Utilisation des moyens de transport public

2.6 Préférence linguistique dans les services publics et commerciaux

2.7 Conclusion



CHAPITRE III : UTILISATION EFFECTIVE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS DANS LES COMMUNICATIONS AVEC LES COMMERCES ET LES SERVICES PUBLICS

3.1 Première dimension : se faire aborder dans une autre langue que la sienne

      3.1.1 Une étude de cas : se faire aborder en anglais

3.2 Deuxième dimension : se faire servir dans une autre langue que la sienne

      3.2.1 Une étude de cas : impossibilité de se faire servir en anglais

3.3 Évolution de l'utilisation du français dans les commerces et les services publics

3.4 Conclusion



CHAPITRE IV : L'UTILISATION DU FRANÇAIS DANS LES DOCUMENTS ÉCRITS

4.1 Divers documents d'affaires

4.2 Les modes d'emploi

      4.2.1 Les modes d'emploi en version unilingue anglaise

      4.2.2 Les modes d'emploi en version unilingue française

      4.2.3 Les modes d'emploi bilingues

      4.2.4 Évaluation de l'utilisation du français dans les modes d'emploi

4.3 Les catalogues et les dépliants publicitaires

      4.3.1 Les catalogues et les dépliants publicitaires en version unilingue anglaise

      4.3.2 Les catalogues et les dépliants publicitaires en version unilingue française

      4.3.3 Les catalogues et les dépliants publicitaires bilingues

4.4 Conclusion



CHAPITRE V : LES QUÉBÉCOIS FACE À LA LOI 101

5.1 Connaissance de la Loi 101

5.2 Opinions relatives à la Loi 101

5.3 Conclusion



CONCLUSION



ANNEXE 1 : LE RAPPORT D'ÉCHANTILLONNAGE ET LES RÉSULTATS DE LA CUEILLETTE DES DONNÉES



ANNEXE 2 : LE QUESTIONNAIRE





Présentation

Le français, langue des commerces et des services publics. Le point de vue de la clientèle est le premier de trois rapports que le Conseil de la langue française a commandés au Centre de sondage de l'Université de Montréal à l'automne de 1978. Ces études ont été entreprises afin de doter le Conseil des meilleurs instruments de mesure possibles lui permettant d'évaluer la situation linguistique du Québec, d'en connaître l'état au lendemain de l'adoption de la Charte de la langue française dans les domaines du travail, des médias, des commerces et des services et, enfin, d'évaluer la ou les données sont disponibles, l'évolution de la situation linguistique depuis le début des années 70.

La présente étude, menée auprès d'un échantillon représentatif de 1 371 personnes au début de l'été 1979, évalue la situation qui prévalait alors en ce qui concerne l'usage du français ou de l'anglais dans certains services publics et les établissements commerciaux. Elle révèle le degré de satisfaction ou d'insatisfaction des interlocuteurs, suite à des communications, verbales ou écrites, avec des commerces ou des services publics de même que leur niveau de connaissance de la Loi 101, d'abord du point de vue de leurs opinions générales face à la Charte et ensuite, du point de vue de leur accord ou de leur désaccord à l'égard des dispositions législatives liées à la langue du commerce et des services publics.

Il s'agit pour le Conseil d'un premier rapport sur ce sujet. On y retrouve les résultats généraux de l'enquête. Les agents de recherche, de la Direction des études et recherches, poursuivront, au cours des prochains mois, l'analyse des données recueillies par le Centre de sondage. Ils dégageront, entre autres analyses, les relations qui pourraient exister entre les attitudes linguistiques des informateurs et leur usage des langues.

Qu'il nous soit permis, en terminant, de rendre hommage à tout le personnel du Centre de sondage de l'Université de Montréal. Le travail à accomplir, nous en sommes bien conscients, comportait de nombreuses difficultés et elles furent relevées avec succès. Nous désirons souligner tout particulièrement le travail réalisé par les deux chercheurs affectés à ce dossier soit madame Sylvie Beauchamp-Achim et monsieur Pierre Bouchard, de même que celui du directeur du Centre, monsieur Victor Tremblay. Nous ne pouvons passer sous silence le travail de monsieur Daniel Monnier, agent de recherche à la Direction des études et recherches du Conseil. Il a suivi le déroulement de tout le projet et a mis la touche finale au rapport produit par le Centre de sondage. Nous désirons enfin remercier mesdames Nicole Gagnon et Aline Cantin-Marcoux du Département de sociologie de l'Université Laval qui ont revu et corrigé le manuscrit.

MICHEL AMYOT, directeur
Direction des études
et recherches





Collaboration

La réalisation d'une recherche de cette envergure implique le travail de toute une équipe. En premier lieu, nous tenons à souligner l'appui et la collaboration soutenus du Conseil. Monsieur Jean-Denis Gendron, ex-président du Conseil et messieurs Michel Amyot et Daniel Monnier, de la Direction des études et recherches, ont largement inspiré le contenu de chacune des recherches et contribué à la mise au point des instruments. Daniel Monnier, en remplissant son rôle d'agent de liaison, a aussi permis que toutes les étapes de la recherche soient menées à bonne fin.

En second lieu, nous voulons reconnaître tout le travail qui a été réalisé au Centre de sondage. Il est rare que nous ayons l'occasion de mentionner la contribution de chacun dans la réalisation d'une recherche. Toutefois, étant donné l'envergure de celle-ci, nous tenons à souligner le travail de ses principaux artisans, sans lesquels elle n'aurait pu se concrétiser. Victor Tremblay a assuré la mise au point d'un modèle d'échantillonnage jusque-là inédit et, en plus, a contribué, en tant que directeur, à créer les conditions favorables au succès d'une telle entreprise. Jacqueline Larose, responsable de l'échantillonnage, contribua à la mise sur pied d'une banque de numéros de téléphone qui allait, par la suite, s'avérer indispensable à la constitution de notre échantillon. André Beauchamp, analyste-programmeur, participa à la production des divers échantillons et à l'informatisation des résultats de la cueillette. Il fut aussi responsable du montage des fichiers informatiques qui, surtout dans les cas de la langue de travail, présentait des difficultés particulières. Il fut assisté, dans ces tâches de programmation, par Philippe Bergeron. Béatrice Tremblay et son adjointe, Madeleine Auger, ont su mener à bien l'organisation et la coordination des opérations de cueillette. Lyse Bergeron et Lorraine Landreville (pour les entrevues téléphoniques) et Mariette Lesage, assistée de Pauline Soucis (pour les entrevues en face à face) ont agi comme surveillantes et ont ainsi contribué à la qualité des données recueillies. L'équipe des interviewers a également accompli un travail considérable dans des conditions parfois difficiles, mais avec la détermination d'atteindre les objectifs de rentabilité et de qualité qui leur avaient été fixés. Ginette Couture, responsable du codage, a fait les plans de codage et permis la réalisation du codage proprement dit. Lise Godin l'a assistée comme surveillante auprès de l'équipe de codeurs qui ont effectué leur travail avec, encore une fois, tout le souci de qualité et de précision qui leur était demandé. Il nous faut mentionner, enfin, le travail de Claude Renaud et Gilles Thisdale sur le plan comptable, celui de Lucille Sylvestre, coordonnatrice des travaux du secrétariat, celui de Sylvie Martin, Marie-Claire Boulay et France Lacoursière qui ont dactylographié tous nos manuscrits, et celui de Marie Barbe qui a bien voulu relire les textes produits dans le cadre de ces recherches.

En terminant, nous ne saurions passer sous silence la collaboration essentielle des quelque 11 500 personnes qui ont répondu aux trois sondages, sans compter celles qui étaient prêtes à accorder une entrevue, mais qui se sont avérées inéligibles, ne répondant pas aux critères de sélection définis pour ces recherches. Nous remercions, pour leur appui et leur collaboration, toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont participé à ces recherches.

Sylvie Beauchamp-Achim
Pierre Bouchard





Introduction





Pendant de nombreuses années, les Québécois francophones ont eu de nombreuses difficultés à communiquer dans leur langue avec le personnel des services commerciaux, financiers et de certains services publics. À Montréal en particulier, où l'interaction des langues est plus importante qu'ailleurs, cette situation pouvait être vécue quotidiennement. Source de frustrations pour un grand nombre de francophones, la question linguistique a amené l'intervention du législateur dès la fin des années soixante. Deux fois par la suite, en 1974 et 1977, le gouvernement québécois a légiféré afin d'améliorer le statut du français. Ces législations ont entrainé la mise en place de toute une série de mesures visant à modifier la situation linguistique et à faire en sorte qu'en toute occasion la majorité francophone du Québec puisse utiliser sa langue.

La présente recherche tente d'évaluer la situation actuelle en ce qui concerne l'usage du français dans certains services publics et les établissements commerciaux afin de faire le point sur l'impact des mesures législatives adoptées par le gouvernement du Québec, et plus particulièrement la Loi 101.

Cette évaluation n'est pas facile. En effet, la multiplicité des points de service soulève de nombreuses difficultés surtout si cette évaluation se fait sous l'angle de l'utilisation plutôt que sous l'angle institutionnel. Déjà au début des années soixante-dix la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec a tenté de cerner cette question en utilisant le point de vue institutionnel, une procédure qui, selon nous, recèle l'inconvénient majeur de conduire à une vision parcellaire de la réalité1. C'est pour cette raison que notre stratégie de recherche privilégie l'angle de l'utilisateur et couvre les principaux commerces et services publics auxquels peut s'adresser un citoyen. Si le choix des services commerciaux est relativement aisé à circonscrire, celui des services publics entraine plus de difficultés, étant donné le nombre très élevé de points de service qui pourraient faire l'objet d'une analyse spécifique. Ainsi, pour les services commerciaux et financiers, les grands types d'établissements sont retenus : restaurants, hôtels, grands magasins, petits commerces, banques et certains autres. Pour les services publics, le secteur de la santé reçoit une attention marquée, de même que le secteur des services municipaux.




1 Claude GOUSSE, Pratiques et usages linguistiques de la clientèle québécoise dans ses communications avec certains organismes de service : une étude qualitative, Québec, Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, CROP/Éditeur officiel du Québec, étude E18, 1973. [retour au texte]




Le secteur des transports à responsabilité partagée entre le secteur privé et le secteur public fait l'objet d'un survol rapide.

Cette stratégie de recherche ne va pas sans poser quelques difficultés. En effet, on postule au départ que les services mentionnés sont contactés à une fréquence suffisamment élevée et régulière pour que l'échantillon de personnes sélectionnées puisse fournir des éléments d'analyse intéressants et en nombre assez élevé. Le pari que cette recherche devait relever était donc d'obtenir une représentation adéquate d'utilisateurs de services commerciaux et publics fort différents, tout en conservant une représentation générale de la population du Québec.

Dans l'analyse du processus de communication avec les services, certaines données plus contextuelles concernant la fréquence d'utilisation sont recueillies, aussi bien que les préférences linguistiques liées à cette utilisation. La dynamique même de la communication est analysée à son tour par le biais de la distinction entre se faire aborder et se faire servir dans une langue. Les problèmes causés par l'interaction linguistique à l'intérieur des services commerciaux, financiers et publics, élément fondamental dans cette recherche, sont évidemment partie intégrante de la définition de la problématique. Une attention particulière est réservée aux documents écrits, étant donné leur impact déterminant sur la préservation et la qualité d'une langue. La Loi 101, dans ses implications générales et dans ses aspects législatifs relatifs à la langue de communication avec les services publics et commerciaux, clôt l'inventaire des dimensions retenues pour l'analyse de la situation linguistique dans ce secteur spécifique.

Le chapitre premier de ce rapport présente, de façon sommaire, les principaux instruments qui ont servi à la recherche ainsi qu'une brève description des caractéristiques sociodémographiques des personnes qui ont répondu au questionnaire.

Le second chapitre contient les résultats concernant la fréquentation des services commerciaux et les préférences linguistiques que les informateurs manifestent à leur endroit. Les services de santé, plus précisément les soins dispensés aux patients internes et externes des hôpitaux, font l'objet d'une attention particulière quant aux données linguistiques afférentes et aux motifs déterminant la fréquentation d'un établissement de santé en particulier. Certains résultats concernant les services municipaux et leurs aspects plus directement rattachés aux questions linguistiques sont également discutés. Ce chapitre se termine sur l'évaluation globale de la préférence des Québécois quant à la langue dans laquelle ils souhaitent être servis, quel que soit le type d'établissement, commercial ou public, fréquenté.

Le troisième chapitre débute sur une réalité rarement étudiée au plan des questions linguistiques, c'est-à-dire la langue dans laquelle les informateurs se font aborder dans les services publics, commerciaux et financiers. D'ores et déjà, il est possible de souligner que cette approche fournit des résultats qui diffèrent de ceux obtenus au sujet de la langue dans laquelle les utilisateurs sont servis. De plus, pour le dernier cas problème que les informateurs ont vécu, le processus de communication spécifique à ce cas est décortiqué et les réactions des interlocuteurs en présence sont analysées.

Le chapitre suivant présente les résultats concernant la langue dans laquelle sont rédigés les documents écrits tels les contrats, factures, garanties, etc. Les modes d'emploi, et les réactions des informateurs face à ceux-ci sont également étudiés. Finalement, l'utilisation du français ou de l'anglais est évaluée pour les catalogues et les dépliants publicitaires.

Le dernier chapitre rend compte des résultats obtenus sur le plan de la connaissance de la Loi 101. De même, les opinions générales des informateurs face à ce texte de loi sont soupesées, en plus des opinions concernant les dispositions législatives spécifiques à la langue dans les commerces et les services publics.

Les résultats présentés dans ce rapport tentent de fournir un portrait général de la situation linguistique dans les services publics et commerciaux. Ces résultats livrent des renseignements qui devraient s'avérer utiles à tous ceux que cette question préoccupe de près ou de loin. La réflexion et l'intervention concernant les langues en usage au Québec dans les différents secteurs d'activité ne sauraient être basées sur des ouï-dire ou des approximations. Le sondage et son analyse fournissent les moyens indispensables à une évaluation précise de la réalité.






CHAPITRE PREMIER

Les instruments de la
recherche et les
caractéristiques de
l'échantillon







1.1. Échantillonnage et stratégie de cueillette

Le modèle d'échantillonnage utilisé pour cette recherche est de type stratifié et non proportionnel; il a été conçu de façon à pouvoir mieux identifier les contrariétés linguistiques auxquelles la population de Montréal et celle de la région frontalière (région qui longe l'Ontario et les États-Unis) étaient les plus susceptibles d'être confrontées.

Cette recherche visait tous les Québécois de dix-huit ans et plus qui faisaient partie d'un ménage ayant le téléphone et dont le numéro pouvait être composé sans l'aide de la téléphoniste. Les numéros de téléphone ont été sélectionnés selon la méthode de la génération aléatoire qui a été développée au Centre de sondage de l'Université de Montréal2.

Compte tenu du modèle d'échantillonnage, 3 252 numéros de téléphone ont été sélectionnés et, parmi ceux-ci, 2 185 ont été déclarés valides. De là, nous avons pu compléter 1 371 entrevues, soit un taux de 62,9 %.

La cueillette des données que nous allons analyser a été réalisée par entrevues téléphoniques entre le 17 juin et le 13 juillet 1979. Ces entrevues duraient en moyenne dix-neuf minutes et étaient effectuées des bureaux du Centre de sondage situés à Montréal.

Chacune de ces entrevues a été pondérée par la proportion de la population qu'elle doit représenter dans la réalité québécoise et corrigée par l'inverse du taux de réponse. Ainsi, tout au long des pages qui suivent, il sera question de cet échantillon pondéré de 1 371 informateurs.

Le niveau de précision des données recueillies est de ±2,7 % pour l'ensemble de la population québécoise dans le cas des résultats les plus hétérogènes.

1.2 Le questionnaire

Le questionnaire3 comprend quatre-vingt-neuf questions dont plusieurs comportent des sous-questions. Ces quatre-vingt-neuf questions ne s'appliquent pas à tous les répondants mais, selon le cas, à ceux qui sont dans telles ou telles situations ou à ceux qui parlent une langue d'usage plutôt qu'une autre.




2 Pour obtenir plus de renseignements sur le modèle d'échantillonnage, les résultats de la cueillette et la pondération utilisée, on se reportera à l'annexe 1. [retour au texte]

3 Reproduit à l'annexe 2. [retour au texte]




Le questionnaire se compose de cinq grands blocs de questions. Le premier bloc, constitue des questions 2 à 30, nous permettra de tracer un portrait général de la fréquentation des commerces et de l'utiliser comme toile de fond de l'analyse des divers problèmes linguistiques qui y ont cours. Ensuite, les informateurs étaient amenés à dire si, au cours des six derniers mois, ils avaient utilisé l'un ou l'autre des services suivants : services hospitaliers, services municipaux et certains moyens de transport. Dans le cas des services hospitaliers, nous voulions obtenir une première évaluation de l'utilisation qui y est faite du français et déterminer les motifs qui poussent les gens à fréquenter un hôpital plutôt qu'un autre. Quant aux communications avec les services municipaux, il nous paraissait important de connaître dans quelle langue elles se sont déroulées et quelles sont les réactions des gens lorsqu'ils reçoivent de leur municipalité des avis ou de l'information rédigés dans une langue qui n'est pas la leur.

Le deuxième bloc (questions 31 à 53) traite plus particulièrement des problèmes linguistiques que vivent certains francophones, certains anglophones et certains allophones (selon la langue d'usage). D'abord, nous avons tenté d'illustrer le processus de communication avec les commerces et les services publics du Québec, en distinguant le fait de se faire aborder en anglais et le fait de ne pouvoir se faire servir en français. Nous avons voulu déterminer dans quels types de commerces ou services le problème survenait le plus souvent et analyser, le plus précisément possible, une situation type. Ensuite, nous avons voulu obtenir une certaine évaluation de la situation de l'anglais au Québec, en demandant aux anglophones et aux allophones s'il leur était arrivé de ne pouvoir se faire servir en anglais et dans quelle situation. Cette vision ne pouvait être complétée sans chercher à obtenir la perception de l'évolution de l'utilisation du français dans les commerces et les services publics depuis cinq ans.

Le troisième bloc (questions 54 à 69) traite de la question de l'écrit. Dans quelle langue sont rédigés les modes d'emploi, les catalogues ou dépliants publicitaires? Comment réagit-on au fait qu'ils ne soient pas rédigés dans sa langue? Et enfin, y a-t-il eu évolution de la situation depuis cinq ans?

Le quatrième bloc (questions 88 et 89) cherche à catégoriser la population québécoise à partir d'un certain nombre d'opinions concernant la Loi 101 en général et de certains règlements particuliers portant sur l'utilisation du français dans les commerces, les services publics et les documents d'affaires.

Le cinquième bloc (questions 70 à 87), enfin, nous permet d'obtenir les principales caractéristiques démographiques et socioéconomiques de nos informateurs.

Une lecture attentive de ce questionnaire est, selon nous, la meilleure façon d'en comprendre la structure et, ainsi, de faciliter la compréhension des résultats présentés tout au long de ce rapport.

1.3 Plan d'analyse

L'analyse qui suit se veut simple et, en même temps, suffisamment précise pour permettre une juste évaluation de la situation linguistique dans les commerces et les services publics. Elle ne fait appel à aucun modèle complexe; elle se veut surtout centrée sur la langue maternelle des informateurs, c'est-à-dire la première langue apprise et encore comprise, et sur leur langue d'usage, soit la langue utilisée le plus souvent à la maison. Ainsi, tout au long de l'analyse, il sera question de situations qui ont été vécues par des francophones, par des anglophones et par des allophones répartis, soit selon la langue maternelle, soit selon la langue d'usage4.

L'analyse conclut souvent à l'absence de différences significatives entre les trois groupes linguistiques. Dans ces cas, nous étudions la situation vécue par l'ensemble de la population, tout en tentant d'évaluer si d'autres variables, tels l'âge, la scolarité, la profession, le revenu et le lieu de résidence, peuvent l'expliquer d'une certaine façon. Ces variables sont assez bien connues, sauf la variable « lieu de résidence » qui a été définie pour les fins de cette recherche. Ainsi, nous distinguons des zones et des régions d'analyse. Par zones d'analyse, il faut entendre la zone Montréal qui coïncide avec la région métropolitaine de recensement, la zone frontalière qui comprend l'ensemble des divisions du recensement situées le long de l'Ontario et des États-Unis5 et la zone province qui regroupe tout le reste du territoire québécois. Les régions d'analyse, par contre, sont constituées à partir de regroupements d'annuaires téléphoniques.




4 Chaque fois qu'il y a une telle catégorisation, la variable utilisée dans ce cas est identifiée entre parenthèses. Ainsi, les francophones (langue maternelle) représentent cette partie de la population dont la langue maternelle est le français. Par contre, quand on parle des francophones, des anglophones et des allophones (langue d'usage), il faut se référer à la distribution de la population selon la langue d'usage. [retour au texte]

5 Il s'agit des divisions du recensement de : Pontiac, Hull, Papineau, d'Argenteuil, Huntington, Saint-Jean, Missisquoi, Brome, Stanstead, Sherbrooke et Gatineau. [retour au texte]




La région de Montréal comprend l'agglomération de Montréal et le territoire couvert par les annuaires téléphoniques suivants : les Laurentides, Joliette, Sorel, Saint-Hyacinthe et Valleyfield. La région de Québec est constituée par les annuaires téléphoniques de : Donnacona, Baie-Saint-Paul/La Malbaie, Québec et Thetford-Mines/Victoriaville. La région des Cantons-de-l'Est est basée sur les annuaires téléphoniques de Drummondville, de Sherbrooke et la Haute-Yamaska/Haut-Richelieu. La région de l'Outaouais/ Nord-d'Ouest est constituée par les annuaires de l'Abitibi/Témiscamingue, de Mont-Laurier, de Hull /Ottawa, de Buckingham, du Upper Ottawa Valley et de la Haute-Gatineau. L'annuaire de la Mauricie forme la région de la Mauricie, et celui du Saguenay/Lac-Saint-Jean, celle de la région du même nom. La Gaspésie/Bas-Saint-Laurent, enfin, est composée par les annuaires de Sept-Îles, de Rivière-du-Loup et des Îles-de-la-Madeleine. Ainsi, nous avons défini trois zones et sept régions d'analyse.

En cours d'analyse, il sera souvent question des commerces et des services publics. Par commerces, il faut entendre les magasins, les restaurants, les hôtels, etc., alors que les services publics réfèrent plutôt à des organismes municipaux, gouvernementaux et paragouvernementaux. Généralement, nous faisons la distinction entre ces deux types d'établissements, mais l'expression « services » est aussi utilisée, quoique rarement, pour désigner l'ensemble des commerces et des services publics avec lesquels la population peut communiquer.

Il convient enfin de préciser les expressions « se faire aborder » et « se faire servir » utilisées pour étudier la situation linguistique vécue dans les commerces et les services publics. Se faire aborder réfère au processus de communication dont l'initiative provient du personnel d'un commerce ou d'un service public. Se faire servir, par contre, peut être défini comme le processus de communication qui implique l'interaction entre l'informateur et le personnel d'un commerce ou d'un service public.

1.4 Caractéristiques de l'échantillon*

Le tableau 1.1 présente l'importance relative des trois groupes linguistiques dans l'échantillon.



TABLEAU 1.1

Distribution de l'échantillon, selon la langue maternelle




Le tableau 1.2 reproduit la distribution de l'échantillon selon la langue d'usage. Il y a peu de changements entre ce tableau et le précédent, si ce n'est chez les allophones qui s'y révèlent moins nombreux.



TABLEAU 1.2

Distribution de l'échantillon, selon la langue d'usage




Quelles sont les principales caractéristiques de chacun de nos groupes linguistiques (langue maternelle)? Les anglophones sont plus âgés (moyenne : 42 ans) que les francophones (moyenne : 39 ans) et les allophones (moyenne : 37 ans). Le tableau 1.3 reproduit la distribution de ces trois groupes linguistiques selon certaines catégories d'âge.




* Il s'agit ici de l'échantillon pondéré qui représente la population du Québec et non pas de l'échantillon de départ qui suivait un modèle stratifié et non proportionnel. [retour au texte]






TABLEAU 1.3

Distribution de l'échantillon, selon l'âge et la langue maternelle (en pourcentages)




La plupart des francophones (97,7 %) de notre échantillon sont nés au Canada (tableau 1.4). Il en est de même des anglophones (83,7 %), bien que 10% déclarent avoir vu le jour en Europe. Les allophones, enfin, sont surtout originaires d'Europe (52,5 %); moins de 25 % sont nés au Canada.



TABLEAU 1.4

Distribution de l'échantillon, selon le lieu de naissance et la langue maternelle
(en pourcentages)




Le tableau 1.5 présente la distribution de l'échantillon selon l'état civil et la langue maternelle. On observe des différences assez peu marquées selon l'un ou l'autre groupe linguistique.



TABLEAU 1.5

Distribution de l'échantillon, selon l'état civil et la langue maternelle (en pourcentages)




La scolarité moyenne de l'échantillon atteint 11,3 ans et il n'y a pas de différences significatives entre les francophones, les anglophones et les allophones quant à cette moyenne. Le tableau 1.6 présente, par ailleurs, la distribution de l'échantillon selon le nombre d'années de scolarité. On observe des différences mineures entre chacun des groupes linguistiques. Ainsi, il y a plus de francophones qui ont moins de huit ans de scolarité que d'anglophones. Ces derniers, par contre, sont plus nombreux que les francophones à avoir complété au moins une quinzième année de scolarité.



TABLEAU 1.6

Distribution de l'échantillon selon le niveau de scolarité et la langue maternelle
(en pourcentages)




Le tableau 1.7 fournit les renseignements quant à la distribution selon la profession de chacun des trois groupes linguistiques de notre échantillon.



TABLEAU 1.7

Distribution de l'échantillon, selon la profession et la langue maternelle
(en pourcentages)




En terminant mentionnons que, d'après notre échantillon, le revenu personnel moyen des Québécois s'élevait à 10 658 $ en 1978, alors que le revenu familial moyen atteignait 19 321 $.






Chapitre II

Table des matières

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