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Attributs linguistiques et disparités de revenu au sein de la main-d'œuvre hautement qualifiée du Québec

ATTRIBUTS LINGUISTIQUES ET DISPARITÉS DE REVENU AU SEIN DE LA MAIN-D'OEUVRE HAUTEMENT QUALIFIÉE DU QUÉBEC







Les membres du Conseil de la langue française

Monsieur Michel PLOURDE, président
Monsieur Gérard LAPOINTE, secrétaire
Madame Sheila Mc LEOD ARNOPOULOS
Madame Louise DESCHÂTELETS
Monsieur Jean-Charles FALARDEAU
Madame Alanis OBOMSAWIN
Monsieur Jean-Marcel PAQUETTE
Monsieur Michel RIOUX
Madame Madeleine THIBAULT-BERTHIAUME
Monsieur Henri TREMBLAY
Monsieur Pierre VADEBONCOEUR
Madame Manon VENNAT







Rapport présenté
au
Conseil de la langue française

par
Robert Lacroix et François Vaillancourt

Centre de recherche en développement économique
de l'Université de Montréal






Table des matières

REMERCIEMENTS

PRÉSENTATION

INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER : La M.H.Q. québécoise : état de la situation

1. Définitions et données
2. Les écarts de revenu moyen entre groupes linguistiques
2.1 Les écarts bruts de revenu chez les hommes
2.2 Les écarts bruts de revenu chez les femmes

CHAPITRE II : Les déterminants des revenus de travail individuels : un cadre d'analyse

1. Les facteurs clefs d'explication des revenus de travail
1.1 Éducation, expérience et revenu
1.2 Champs de spécialisation et revenu
1.3 Attributs linguistiques et revenu
2. Le cadre d'analyse
2.1 Les facteurs de standardisation
2.2 Les attributs linguistiques

CHAPITRE III : L'effet net des attributs linguistiques sur le revenu : les méthodes de calcul et les résultats d'ensemble pour les hommes

1. Le lien entre le revenu et les attributs individuels : le choix de la forme fonctionnelle
2. Les variables utilisées
3. L'effet net des attributs linguistiques sur les revenus
3.1 L'effet des facteurs de standardisation
3.2 L'effet des attributs linguistiques

CHAPITRE IV : L'effet net des attributs linguistiques sur le revenu : les résultats par occupation, secteur d'activité et groupe d'âge pour les hommes

1. Les occupations
1.1 Les cadres
1.2 Les ingénieurs et architectes
2. Les secteurs d'activité
3. Les groupes d'âge

CHAPITRE V : L'effet net des attributs linguistiques sur le revenu : les résultats pour les femmes

1. Le cadre d'analyse et l'effet des facteurs de standardisation
2. L'effet des attributs linguistiques

CONCLUSION






Appendices



APPENDICE A :

Revenus moyens, hommes et femmes Québec, M.H.Q.,1973

APPENDICE B :

Description technique des variables et dimensions de l'échantillon

APPENDICE C :

Résultats des régressions, Québec et Montréal, hommes, M.H.Q.,1973

APPENDICE D :

Résultats des régressions, Québec, femmes, M.H.Q.,1973

APPENDICE E :

Analyse des résultats de l'enquête de 1967 sur la M.H.Q.






Liste des tableaux



CHAPITRE PREMIER :

I.1

Répartitions selon les attributs linguistiques, hommes et femmes, M.H.Q., Québec 1973

I.2

Revenu moyen et écart par rapport à celui des unilingues francophones, hommes et femmes, M.H.Q., Québec, 1973

I.3

Écart de revenu par rapport à celui des unilingues francophones, six occupations, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

I.4

Écart de revenu par rapport à celui des unilingues francophones, selon les groupes d'âge, hommes, M.H.Q., Québec, 1973


CHAPITRE II :

II.1

Pourcentage des employés d'un secteur travaillant dans des firmes à propriété francophone, Québec, début des années soixante


CHAPITRE III :

III.1

Supplément de revenu annuel (en %) dû à la détention de divers diplômes par comparaison au baccalauréat général, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

III.2

Supplément de revenu annuel (en %) dû à diverses spécialisations par comparaison à une formation générale (arts et sciences), hommes, M.H.Q., Québec, 1973

III.3

Supplément de revenu annuel (en %) imputable à l'un ou l'autre attribut linguistique, par comparaison à l'attribut linguistique unilingue francophone, hommes, M.H.Q., Québec,1973

III.4

Supplément de revenu annuel (en %) imputable à l'un ou l'autre attribut linguistique, par comparaison à l'attribut linguistique unilingue francophone, hommes, Québec, M.H.Q.,1973

III.5

Supplément de revenu annuel (en %) imputable à l'un ou l'autre attribut linguistique par comparaison à l'attribut linguistique unilingue francophone, hommes, Montréal, M.H.Q.,1973

III.6

Écarts de revenu entre les membres de six groupes linguistiques et les francophones unilingues, hommes, Québec, M.H.Q.,1973


CHAPITRE IV :

IV.1

Revenu de base horaire et effet de la langue de travail sur le revenu des médecins, Québec, 1972

IV.2

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones pourcinq occupations, hommes, Québec, M.H.Q., 1973

IV.3

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones cadres, deux secteurs, quatre fonctions, hommes, Québec, M.H.Q., 1973

IV.4

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones cadres, trois groupes d'âge, hommes, Québec, M.H.Q., 1973

IV.5

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones, ingénieur par spécialisation (2) et âge (3), hommes, Québec, M.H.Q., 1973

IV.6

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones, neuf secteurs d'activité, hommes, Québec, M.H.Q., 1973

IV.7

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones, six sous-secteurs d'activité, hommes, Québec, M.H.Q., 1973

IV.8

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones, selon cinq groupes d'âge, hommes, Québec, M.H.Q., 1973


CHAPITRE V :

V.1

Supplément de revenu annuel (en %) dû à la détention de divers diplômes par comparaison au baccalauréat général, hommes et femmes, Québec, M.H.Q., 1973

V.2

Supplément de revenu annuel (en %) dû à diverses spécialisations par comparaison à une formation générale (arts et sciences), hommes et femmes, Québec, M.H.Q., 1973

V.3

Supplément de revenu annuel (en %) imputable à l'un ou l'autre attribut linguistique, par comparaison à l'attribut linguistique unilingue francophone, femmes, Québec, M.H.Q., 1973

V.4

Supplément de revenu annuel (en %) par rapport à celui des unilingues francophones selon trois groupes d'âge, femmes, Québec, M.H.Q., 1973


CONCLUSION :

VI

Supplément de revenu par rapport à celui des unilingues francophones, en pourcentage, hommes et femmes, Québec, M.H.Q. 1973, (champ de spécialisation exclu)








Liste des tableaux en appendice



APPENDICE A :

A-1

Écarts de revenu selon la langue et les occupations en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, hommes, M.H.Q., 1973

A-2

Écarts de revenu selon la langue et les industries en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

A-3

Écarts de revenu selon la langue et les domaines d'étude en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

A-4

Écarts de revenu selon la langue et l'âge en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

A-5

Écarts de revenu selon la langue et l'éducation en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

A-6

Écarts de revenu selon la langue et l'occupation en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

A-7

Écarts de revenu selon la langue et l'industrie en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

A-8

Écarts de revenu selon la langue et le domaine d'étude en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

A-9

Écarts de revenu selon la langue et l'âge en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

A-10

Écarts de revenu selon la langue et l'éducation en prenant le groupe des unilingues francophones comme référence, femmes, M.H.Q., Québec, 1973


APPENDICE B :

1-b Définition des groupes linguistiques
2-b Définition des types de diplôme
3-b Définition des domaines d'étude, agrégation à 10 groupes
4-b Définition des domaines d'étude, agrégation à 25 groupes
5-b Titres occupationnels et code standard des occupations
6-b

Secteurs d'activité, codes de la classification industrielle et valeurs de la variable INDLONG76

7-b Valeur de ETHNIC
B-1

Répartition des effectifs en pourcentage selon les niveaux d'éducation et les groupes linguistiques, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

B-2

Répartition des effectifs en pourcentage selon les domaines d'étude et les groupes linguistiques, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

B-3

Répartition des effectifs en pourcentage selon les groupes d'âge et les groupes linguistiques, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

B-4

Répartition des effectifs en pourcentage selon les industries et les groupes linguistiques, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

B-5

Répartition des effectifs en pourcentage selon les occupations et les groupes linguistiques, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

B-6

Répartition des effectifs en pourcentage selon l'éducation, par groupes linguistiques, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

B-7

Répartition des effectifs en pourcentage selon les domaines d'études et les groupes linguistiques, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

B-8

Répartition des effectifs en pourcentage selon les groupes d'âge et les groupes linguistiques, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

B-9

Répartition des effectifs en pourcentage selon les industries et les groupes linguistiques, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

B-10

Répartition des effectifs en pourcentage selon les occupations et les groupes linguistiques, femmes, M.H.Q., Québec, 1973


APPENDICE C :

C-1 Résultats des régressions, hommes, M.H.Q., Québec, 1973
C-2 Résultats des régressions, hommes, M.H.Q., Montréal, 1973
C-3

Résultats des régressions, médecins, hommes et femmes, Québec, 1972

C-4

Résultats des régressions, dentistes, hommes et femmes, Québec, 1976

C-5

Résultats des régressions, cinq occupations, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

C-6

Résultats des régressions, cadres et ingénieurs par secteurs d'activité (2), hommes, M.H.Q., Québec, 1973

C-7

Résultats des régressions, cadres par fonction (4), hommes, M.H.Q., Québec, 1973

C-8

Résultats des régressions, cadres par groupes d'âge (3), hommes, M.H.Q., Québec, 1973

C-9

Résultats des régressions, ingénieurs d'entreprises par groupes d'âge, hommes, M.H.Q., Québec, 1979

C-10

Résultats des régressions, neuf secteurs d'activité, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

C-11

Résultats des régressions, six sous-secteurs d'activité, hommes, M.H.Q., Québec, 1973

C-12

Résultats des régressions, cinq groupes d'âge, hommes, M.H.Q., Québec, 1973


APPENDICE D :

D-1

Résultats des régressions, hommes et femmes, M.H.Q., Québec, 1973

D-2

Résultats des régressions, femmes, M.H.Q., Québec, 1973

D-3

Résultats des régressions, quatre groupes d'âge, femmes, M.H.Q., Québec, 1973


APPENDICE E :

1-e

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec (ayant étudié en sciences naturelles, génie et architecture) répartie selon la langue et la classe d'âge, 1967

2-e

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec (ayant étudié en sciences naturelles, génie et architecture) répartie selon la langue et le domaine d'étude du premier baccalauréat, 1967

3-e

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec (ayant étudié en sciences naturelles, génie et architecture et ayant travaillé à temps plein) répartie selon la langue et le groupe d'universités, 1967

4-e

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec (ayant étudié en sciences naturelles, génie et architecture) répartie selon la langue et le secteur industriel d'emploi, 1967

5-e

Revenu moyen annuel de la main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec (ayant étudié en sciences naturelles, génie, architecture) répartie selon la langue et la classe d'âge, 1967

6-e

Revenu moyen annuel de la main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec (ayant étudié en sciences naturelles, génie et architecture) répartie selon la langue et le domaine d'étude, 1967

7-e

Revenu moyen annuel de la main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec (ayant étudié en sciences naturelles, génie et architecture) répartie selon la langue et le secteur industriel d'emploi, 1967

8-e

Coefficients des régressions calculées avec le revenu du travail comme variable dépendante pour la main-d'œuvre hautement qualifiée qui résidait et travaillait à temps plein (de 8 à 12 mois) au Québec, en 1967

E-I-1

Réponses possibles pour les domaines d'étude lors de l'enquête sur la M.H.Q. de 1967 (question 14-c)

E-I-2

Code de la classification industrielle standard, révision de 1970

E-II-1

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec, langue par classe d'âge, 1967

E-II-2

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec, langue par industrie, 1967

E-I-3

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec, par industrie et par niveau d'éducation, 1967

E-II-4

Main-d'œuvre masculine hautement qualifiée du Québec, pourcentage de francophones et d'anglophones, par industrie et par niveau d'éducation, 1967






Remerciements

Les auteurs remercient Danielle Lapointe pour son travail de recherche et de rédaction et Anne-Marie Desmarais et Jean-Olivier Ferron pour leur assistance de recherche. Ils remercient également Statistique Canada de sa collaboration pleine et entière. Ils veulent souligner en particulier l'excellente coopération et la qualité du travail de Madame Nancy Cartier, analyste à cet organisme. Les commentaires du directeur de la recherche et des chercheurs du Conseil de la langue française sur une version préliminaire du présent texte nous ont été fort utiles. Finalement, ils remercient toutes celles qui ont contribué à la dactylographie de ce rapport et en particulier Suzanne Larouche et Ghislaine Gaudichon. Nous demeurons, comme il se doit, les seuls responsables du contenu de cette recherche.






Présentation

Le Conseil de la langue française est fier de présenter les résultats de l'étude menée par les professeurs Lacroix et Vaillancourt du Centre de recherche en développement économique de l'Université de Montréal sur les attributs linguistiques et les disparités de revenus au sein de la main-d'œuvre hautement qualifiée du Québec en 1973.

Cette recherche s'inscrit parmi les objectifs du Conseil de la langue française de se doter des meilleurs instruments de mesure possible lui permettant d'évaluer la situation linguistique du Québec et ainsi de pouvoir conseiller le gouvernement et plus particulièrement le ministre d'État au développement culturel dans toutes les questions relatives à la langue.

Le Conseil a cru important de réaliser une étude systématique et complète des disparités de revenus au sein de la main-d'œuvre hautement qualifiée car :

  • une proportion très élevée des cadres intermédiaires et supérieurs fait partie de cette main-d'œuvre;

  • c'est au sein de cette main-d'œuvre que le réseau d'information comme facteur de cloisonnement des marchés et d'explication des disparités prend toute sa signification;

  • c'est au sein de cette main-d'œuvre que la connaissance et l'usage de l'anglais sont susceptibles d'être le plus utiles et le plus souvent exigés par l'employeur;

  • c'est au sein de cette main-d'œuvre que les différences imaginées ou réelles dans la qualité de la formation académique peuvent avoir les conséquences les plus considérables sur le revenu des individus.

Bien que les données utilisées soient celles de 1973, donc antérieures aux législations de 1974 et 1977, l'étude n'en demeure pas moins importante. En effet, aucune statistique plus récente n'existe sur ce sujet et, beaucoup plus important, la majorité des membres de cette main-d'œuvre — en fait, les auteurs de l'étude avancent le chiffre de 75 % — sont encore présents dans la main-d'œuvre hautement qualifiée québécoise en 1981, mais vieillie de sept ans. Bien sûr, leur situation a pu changer et c'est ce qu'une reprise de cette étude pourra révéler. Mais, pour ce faire, il nous faut disposer de deux éléments. D'abord, d'un point de repère, c'est-à-dire, la situation avant les interventions gouvernementales. C'est ce dont nous disposons actuellement avec la publication de cette étude. En second lieu, il nous faut disposer de données actuelles sur la main-d'œuvre hautement qualifiée. Cette seconde condition n'est pas remplie actuellement.

C'est notre souhait le plus cher que les organismes responsables de la cueillette d'informations statistiques tels le Bureau de la statistique du Québec ou Statistique Canada, puissent mettre à jour ces données socioéconomiques, données qui sont essentielles à l'évaluation de la politique linguistique du Québec.

Le directeur des études
et recherches,
MICHEL AMYOT






Introduction

Le but de cette étude est d'examiner l'effet net des attributs linguistiques — langue maternelle et connaissance du français et de l'anglais — des membres de la main-d'œuvre hautement qualifiée (M.H.Q., ci-après) québécoise sur leurs revenus. Par effet net des attributs linguistiques, nous entendons l'effet spécifique de ces attributs une fois que l'on a simultanément tenu compte de l'incidence sur le revenu des différences interindividuelles dans les autres attributs des membres de la M.H.Q. tels le champ de spécialisation, le niveau d'éducation, l'expérience, etc. Pour ce faire, nous utilisons les données d'une enquête faite par Statistique Canada en 1973 auprès des Canadiens détenant au moins un diplôme universitaire.

On peut se demander quel est l'intérêt d'une telle étude? Un certain nombre de travaux récents (Boulet 1979; Vaillancourt 1978) ont montré que, pour l'ensemble de la main-d'œuvre masculine du Québec, les attributs linguistiques sont des facteurs explicatifs importants des disparités interindividuelles de revenu. Cependant, ces études ne portaient pas de façon particulière sur le processus de détermination des revenus au sein de la M.H.Q. Or, le travail effectué par la main-d'œuvre hautement qualifiée implique généralement une utilisation plus intense de la langue que d'autres types de travail. Dès lors, si les attributs linguistiques ont un effet sur le revenu, il sera probablement à son maximum au sein de la M.H.Q.

À ce jour, la seule étude fouillée sur la M.H.Q. québécoise est celle de METREQ (1978). Elle repose sur les mêmes données que celles qui seront utilisées dans la présente étude, mais ne porte pas sur les disparités de revenu. En effet, le but de l'étude de METREQ était d'examiner les répartitions par champ de spécialisation, par industrie et par occupation des membres des divers groupes linguistiques. On voulait ainsi identifier les déséquilibres possibles entre l'offre et la demande à l'intérieur de ces sous-catégories.

Notre étude utilisant des données de 1973, on peut s'interroger sur sa pertinence. D'autant plus que les gouvernements québécois ont adopté en 1974 et 1977 des lois réglementant l'usage du français au travail. Le choix de 1973 a été fait sous contrainte. En effet, 1973 est la seule année pour laquelle on dispose de données complètes sur les différentes caractéristiques (éducation, expérience, champ de spécialisation, attributs linguistiques, etc.) de l'ensemble des membres de la M.H.Q. du Québec. Il faut, cependant, souligner que la plupart des membres de la M.H.Q. québécoise de 1973 se retrouvent dans la M.H.Q. québécoise de 1980, ayant vieilli de sept ans. Ils représentent probablement les trois quarts de celle-ci1. De ce fait, les résultats trouvés pour 1973 sont susceptibles de bien refléter la situation actuelle, sauf peut-être pour ceux qui se sont joints récemment à la M.H.Q. du Québec. Nous présentons, toutefois, au chapitre IV, des résultats par cohorte de cinq ans qui nous permettent de surmonter en partie ce problème. Finalement, l'année 1973 est la dernière année où le choix par les firmes du français ou de l'anglais comme langue de travail n'est pas dicté, en partie ou en totalité, par un organisme gouvernemental. Notre étude fournit donc un point de repère qui pourra être utilisé pour fin de comparaison lorsque des données similaires seront disponibles pour la période d'après 1973.




1 Ceci est probablement moins vrai pour les anglophones que les francophones, car ces derniers sont, règle générale, moins mobiles. [retour au texte]




Nous avons indiqué, antérieurement que nous calculerons l'effet net des attributs linguistiques sur les revenus individuels. Pour ce faire, il nous faudrait idéalement tenir compte de tous les facteurs susceptibles d'influencer le revenu individuel. Malheureusement, ceci n'est pas faisable, car certaines informations, par exemple sur le degré d'intelligence ou l'état de santé des membres de la M.H.Q. québécoise, ne se retrouvent pas dans les données disponibles. Nous ne pouvons donc pas expliquer la totalité des variations interindividuelles des revenus. Ceci dit, nous croyons que les liens entre les facteurs explicatifs omis et les attributs linguistiques font que notre mesure de l'effet net de ces derniers est non biaisée. En d'autres mots, les facteurs manquants n'ont pas pour effet de nous faire surestimer ou sous-estimer l'impact net des attributs linguistiques sur les revenus des membres de la M.H.Q. québécoise.

Notre étude se divise en six chapitres. Dans un premier chapitre, après avoir défini ce que nous entendons par la main-d'œuvre hautement qualifiée, nous présentons un ensemble de données brutes sur les disparités de revenu au sein de ce groupe de travailleurs. C'est pour guider l'analyse de ces disparités que nous présentons au chapitre II le cadre théorique de l'étude. De ce cadre théorique, nous déduisons un certain nombre d'hypothèses dont la vérification empirique fait l'objet des trois chapitres qui suivent. Ainsi, au chapitre III, après avoir exposé brièvement la fonction de détermination des revenus retenue et la technique économétrique utilisée, nous présentons une première série de résultats généraux sur l'incidence des divers attributs (éducation, expérience, semaines travaillées, champs de spécialisation, langue...) sur les revenus. Nous raffinons l'analyse au chapitre IV en étudiant l'incidence nette des attributs linguistiques sur les revenus selon diverses catégories occupationnelles, selon différents secteurs industriels et selon trois groupes d'âge. Les chapitres III et IV portant exclusivement sur la M.H.Q. masculine, le chapitre V est entièrement consacré à la détermination des revenus au sein de la M.H.Q. féminine du Québec. Une conclusion termine l'étude.






CHAPITRE PREMIER

La M.H.Q. québécoise
en 1973 :

ÉTAT DE LA SITUATION







Ce chapitre se divise en deux parties. Nous décrivons d'abord la source de nos données sur la M.H.Q. québécoise et les critères de choix du sous-ensemble d'individus qui font l'objet de cette étude. Nous présentons ensuite les écarts de revenu moyen entre anglophones, francophones et allophones. L'importance de ces écarts fera ressortir la nécessité d'une analyse multivariée de leur origine.

1. Définitions et données

Le terme « main-d'œuvre hautement qualifiée » est sujet à plusieurs définitions. Toutefois, règle générale, on décrit comme hautement qualifiés des travailleurs qui ont une éducation supérieure à la moyenne. Fréquemment, le qualificatif s'applique à ceux qui ont étudié au niveau postsecondaire. Au Québec, on peut étudier la M.H.Q. en faisant appel à des sources de données tels les recensements décennaux et certaines enquêtes de Statistique Canada. À notre connaissance, il n'existe que trois enquêtes ayant pour but spécifique de recueillir de l'information sur la M.H.Q. (soit pour l'ensemble du Canada, soit pour le Québec) et dont les données sont accessibles aisément2.

La première de ces enquêtes, faite en 1967, portait sur les ingénieurs et les scientifiques et a été menée par le ministère de la Main-d'œuvre et de l'Immigration. Le paragraphe qui suit la décrit bien :

« L'enquête de 1967 portait sur quelque 90 000 personnes dont les noms et adresses avaient été obtenus d'après une liste d'envoi compilée à partir de diverses sources : le registre du personnel scientifique et technique du ministère du Travail, les annuaires des associations professionnelles, les relevés des promotions des universités canadiennes et les ministères des gouvernements. Ainsi, par définition, les personnes incluses dans l'enquête de 1967 consistaient en un ensemble de diplômés d'université et de membres d'associations professionnelles parfois dépourvus de diplôme. En outre, l'enquête ne portait que sur les architectes, ingénieurs et spécialistes des sciences physiques, des sciences de la vie et des sciences sociales, de sorte qu'étaient exclues de nombreuses autres catégories de personnes instruites, notamment les médecins »
(Ahamad et al., 1979, p. 2)

L'enquête de 1967 n'est donc pas faite à partir d'un échantillon tiré d'un univers connu. Elle cherche plutôt à rejoindre le plus grand nombre possible d'individus qui se définissent comme appartenant à un domaine d'activité donné, en faisant l'hypothèse que l'échantillon ainsi recueilli sera représentatif de la population visée.




2 Nous laissons de côté les enquêtes faites par le ministère du Travail fédéral en 1962, 1963 et 1964, car elles ne contiennent aucune information sur les attributs linguistiques des architectes, ingénieurs et scientifiques québécois. On trouvera dans le texte d'Armstrong (1970) plus de détails sur ces enquêtes. [retour au texte]




Les principales questions de l'enquête portent sur les diplômes universitaires (nature et université d'obtention), l'expérience de travail et l'industrie d'emploi. Il n'y a aucune question sur les attributs linguistiques des individus (langue maternelle ou d'usage, connaissance de l'anglais et du français ou, à défaut, sur leur origine ethnique). Cette enquête est donc très peu utile à l'étude des disparités de revenu entre groupes linguistiques au sein de la M.H.Q. en 1967. Le seul indicateur linguistique fourni dans la banque de données est celui de la langue (anglaise ou française) de la version du questionnaire utilisé par le répondant. Cette carence de l'enquête de 1967, de même que l'existence d'une enquête plus récente sur la M.H.Q., nous a amenés à retenir l'enquête de 1973 pour l'essentiel de nos travaux. Cependant, nous avons procédé à une analyse des disparités de revenu que l'on peut observer entre ceux qui ont rempli leur questionnaire en anglais et ceux qui l'ont rempli en français dans l'enquête de 1967. Cette analyse, présentée à l'appendice E, met à la disposition des chercheurs québécois des résultats nouveaux.

L'enquête de 1973 couvre l'ensemble des individus détenant au moins un grade universitaire. Une étude récente la présente comme suit :

« Le questionnaire de l'enquête a été distribué en septembre 1973 à un échantillon de quelque 138 000 personnes (sur un total de 720 000) qui avaient indiqué lors du recensement de 1971 qu'elles avaient un grade universitaire. Environ 96 000 personnes ont rempli des questionnaires utilisables; les autres n'ont soit pas répondu pour les raisons habituelles (refus, décès, etc.), ou soit avoué ne pas avoir de diplôme dans quelques cas.

Les données réunies par l'enquête se limitaient à quelques domaines : scolarité, discipline d'étude, situation au sein de la population active, revenu actuel et emploi à différentes époques. Toutefois, l'enquête faisait suite au recensement de 1971, de sorte que des informations supplémentaires ont pu être obtenues pour chaque répondant. Il s'ensuit que la banque de données embrasse une gamme passablement large de sujets : études secondaires, statuts sous l'angle de l'immigration, état civil, origine ethnique, revenu et emploi en 1970, et ainsi de suite. Par conséquent, ces données sont uniques au Canada ».
(Ahamad et al., 1979, p. 2)

La base échantillonnale de cette enquête est supérieure à celle de l'enquête de 1967, puisqu'elle est tirée d'un recensement exhaustif de la population canadienne. L'échantillon a été stratifié de façon à assurer une représentation adéquate des détenteurs des différents diplômes. Ainsi, seulement une partie de ceux dont le diplôme le plus élevé est un baccalauréat a été retenue alors que l'ensemble des détenteurs de doctorats l'a été.

L'information disponible à partir de l'enquête de 1973 comprend des données sur le type de diplôme, le champ de spécialisation et diverses caractéristiques personnelles (âge, sexe,...). On y retrouve également des données sur la langue maternelle, la langue d'usage et la connaissance des langues officielles du Canada. Il devient alors possible de tenir compte du rôle des attributs linguistiques des membres de la M.H.Q. dans la détermination de leurs revenus.

L'enquête de 1973 est non seulement plus récente que celle de 1967, mais elle vise tous les champs de spécialisation et elle contient le minimum d'informations requis pour tenir compte du lien entre les divers attributs d'un individu et son revenu. Nous l'utiliserons comme source de données dans cette étude.

La troisième de ces enquêtes fut faite par l'Institut de recherche d'économie appliquée en 1974 auprès des diplômés en sciences fondamentales des universités québécoises (Girard, 1976). La liste des individus contactés a été construite à partir des listes des diplômés des universités québécoises. Au total, l'enquête a rejoint 5 158&nbso;individus. Nous n'utiliserons pas les résultats de cette enquête car, comme c'est le cas pour l'enquête faite en 1967, ce ne sont pas toutes les disciplines qui y sont recensées.

Notre étude porte donc sur la M.H.Q. québécoise en 1973. Nous étudions les membres de la M.H.Q. qui, en 1973, résident au Québec et travaillent à l'intérieur des frontières du Québec. De plus, ils doivent avoir travaillé au moins quarante semaines dans une occupation et dans une industrie identifiables à partir des données de l'enquête. Finalement, nous ne retenons que les individus pouvant parler soit le français, soit l'anglais, soit les deux.

Nous nous limitons aux membres de la M.H.Q. qui résident et travaillent au Québec3, car nous ne voulons pas inclure dans la M.H.Q. québécoise des individus dont l'employeur n'est pas sous juridiction québécoise, particulièrement dans le domaine linguistique, et dont la résidence ou le lieu de travail n'indique par l'appartenance à la M.H.Q. québécoise. Ainsi, par exemple, nous voulons exclure, et le fonctionnaire fédéral résidant au Québec, mais travaillant à Ottawa, et le fonctionnaire fédéral résidant à Ottawa, mais travaillant à Hull.

Nous avons éliminé un nombre restreint de membres de la M.H.Q. dont l'occupation ou l'industrie d'emploi n'était pas précisée sur la bande de données, car ce sont là des attributs que nous retiendrons au cours de notre analyse. De même, nous n'avons retenu que les individus qui avaient travaillé quarante semaines et plus en 1973. En effet, étant donné le faible taux de chômage qui caractérise la M.H.Q., on peut croire que ceux de ses membres qui ne travaillent pas à temps plein ont choisi ce statut pour diverses raisons (retour aux études, préretraite, responsabilités familiales,...). Leur exclusion, qui ne diminue que très légèrement notre échantillon, nous permet de ne pas accroître indûment le nombre de facteurs explicatifs retenus.




3 Notons que notre définition est plus restrictive que celle récemment utilisée ailleurs (METREQ, 1978) où l'on incluait tout membre de la M.H.Q. travaillant au Québec. [retour au texte]




Finalement, nous excluons les allophones qui ne parlent ni français, ni anglais car, d'une part, ils représentent des cas très marginaux et, d'autre part, leur effectif est beaucoup trop petit pour qu'on puisse tenir compte d'eux dans notre analyse statistique.

Les choix décrits ci-haut nous amènent donc à étudier les revenus de 94 994 hommes et 21 970 femmes. Notons que nous distinguons ici entre les hommes et les femmes membres de la M.H.Q. Nous ferons cette distinction tout au long de notre analyse de l'impact des attributs linguistiques sur les revenus de travail des membres de la M.H.Q. québécoise. Nous avons fait ce choix car, à notre avis (et les écrits dans ce domaine supportent ce point de vue), le processus de détermination de revenu des hommes diffère de celui des femmes. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet lorsque nous évoquerons la distribution entre secteurs d'activité des hommes et des femmes dans la prochaine section de ce chapitre et lorsque nous examinerons les déterminants des revenus des femmes au chapitre V.

Nous avons choisi de regrouper les individus selon leurs attributs linguistiques. En tenant compte de leur langue maternelle, nous avons donc les anglophones, les francophones et les allophones. Suivant leur connaissance des deux langues courantes au Québec, nous avons les unilingues (anglais ou français) et les bilingues (anglais et français). Nous présentons au tableau 1.1 le nombre d'hommes et de femmes appartenant à chacun des sous-groupes.



TABLEAU I.1

Répartitions selon les attributs linguistiques, hommes et femmes, M.H.Q., Québec, 1973




On constate que les membres de la M.H.Q. ont une plus grande connaissance de l'anglais que la population québécoise en général, et qu'ils sont également plus souvent de langue maternelle anglaise que la population en général4. Ces résultats sont similaires à ceux trouvés ailleurs qui indiquaient « que par rapport à leur répartition dans l'ensemble de la population, les francophones sont proportionnellement sous-représentés dans la main-d'œuvre hautement qualifiée ». (METREQ, 1978, p. 42). De fait, un examen du rapport diplômés universitaires/population non scolaire indique qu'au Québec en 1971, 8,8 % des anglophones avaient au moins un diplôme universitaire alors que ce pourcentage n'était que de 3,6 % chez les francophones et de 6,0 % chez les allophones5.

2. Les écarts de revenu moyen entre groupes linguistiques

Bien que le but de cette étude soit d'évaluer et d'analyser les différences nettes des revenus attribuables aux attributs linguistiques, il nous semble utile de présenter dans cette section, les différences brutes entre les revenus des membres des groupes linguistiques retenus pour fin d'analyse, et ce, pour deux raisons. Premièrement, il s'agit d'information non disponible ailleurs et qui pourra servir pour fin de comparaison avec d'autres groupes d'individus. Deuxièmement, l'examen de ces différences pourra nous aider à mieux saisir l'à-propos d'une analyse multivariée des revenus, en nous permettant en particulier de comparer des différences nettes et brutes.

Au tableau I-2, nous présenterons les revenus moyens des sept groupes linguistiques retenus pour fin d'analyse.




4 En 1971, les anglophones unilingues représentent 8,3 % de la population, les anglophones bilingues 4,8 %, les francophones unilingues 60,0 %, les francophones bilingues 20,7 %, les allophones unilingues anglais 2,2 %, les allophones unilingues français 0,9 %, les allophones bilingues 2,0 % et les autres allophones 1,1 %. Ces données sont tirées de Recensement au Canada 1971, Population, Statistique sur la stabilité et l'instabilité linguistique, Statistique Canada (92-776). [retour au texte]

5 Ces chiffres sont tirés de Recensement du Canada 1971, Population : Population non scolaire, vol. 1, partie 5, tableau 7, Ottawa : Statistique Canada (92-743), 1974. [retour au texte]






TABLEAU I-2

Revenu moyen et écart par rapport à celui des unilingues francophones, hommes et femmes, M.H.Q., Québec, 1973




Chez les hommes, on constate que ceux qui connaissent l'anglais gagnent de 15 à 60 pour cent de plus que ceux qui l'ignorent. À l'intérieur de ce groupe, ce sont les revenus des anglophones qui montrent le plus grand écart, suivis de ceux des francophones bilingues puis de ceux des allophones. Notons, finalement, que ce sont les bilingues, quelle que soit leur langue maternelle, qui ont les revenus moyens les plus élevés de leur groupe. Chez les femmes, on constate, d'une part, que les écarts de revenus moyens sont de l'ordre de cinq à dix pour cent et donc plus petits que chez les hommes et, d'autre part, si on laisse de côté les allophones unilingues qui sont très peu nombreux, que ce sont les bilingues qui ont les revenus moyens les plus élevés.

Nous allons poursuivre l'analyse des écarts de revenus moyens entre groupes linguistiques en regroupant les membres de la M.H.Q. selon l'une ou l'autre des caractéristiques individuelles. Le groupe des allophones ne sera pas ventilé pour faciliter l'analyse.

2.1 Les écarts bruts de revenu chez les hommes

Comme premier critère de regroupement, nous avons choisi l'occupation des individus, car c'est là un moyen par lequel l'individu rentabilise ses investissements dans divers types de capital humain, dont la langue. Nous avons retenu vingt-sept groupes d'occupations pour fin d'analyse et les écarts de revenu entre anglophones unilingues ou bilingues, francophones bilingues et allophones, d'une part, et francophones unilingues, d'autre part, sont présentés au tableau A-1 en annexe. Nous donnons au tableau I-3 les résultats pour six occupations que nous jugeons représentatives de l'ensemble.



TABLEAU I-3

Écart de revenu par rapport à celui des unilingues francophones, six occupations, hommes, M.H.Q., Québec, 1973




À l'examen du tableau I-3, il appert que les écarts de revenu favorables à ceux qui connaissent l'anglais sont plus petits dans le secteur public (enseignants) que dans le secteur privé (administrateurs privés, génie mécanique). Dans le cas des médecins, l'avantage des unilingues francophones s'explique sans doute par le fait qu'une proportion élevée de ces derniers pratique hors de Montréal et bénéficie donc d'une rente de rareté relative. En effet, Contandriopoulos et Lance (1976) constatent, en 1972, que les médecins anglophones spécialistes se retrouvent presque uniquement à Montréal, laissant le champ libre en province aux francophones. Or, en province, selon les données de la Régie de l'assurance-maladie du Québec, on constate en 1973, à l'exception des Cantons-de-l'Est, une pénurie relative de médecins par rapport à la moyenne provinciale alors que c'est l'inverse à Montréal (RAMA, 1975).

On note également qu'à l'intérieur d'un même domaine (génie), la rentabilité de l'anglais semble être plus élevée pour ceux qui détiennent des occupations davantage orientées vers les marchés extérieurs (génie mécanique) que pour ceux qui travaillent dans des occupations desservant surtout les marchés intérieurs (génie civil)6.

L'examen des résultats du tableau A-2, où les individus sont regroupés selon leur industrie d'emploi, confirmerait ce que nous énonçons ci-haut. Ainsi, les écarts de revenu entre ceux qui connaissent l'anglais et ceux qui l'ignorent, sont de l'ordre de dix à vingt pour cent dans le secteur hospitalier, un secteur qui dessert essentiellement le marché intérieur, alors qu'ils sont de vingt-cinq à soixante pour cent dans le secteur « transport et entreposage », un secteur beaucoup plus tourné vers les marchés extérieurs. L'examen sommaire des résultats du tableau A-3, où les individus sont regroupés selon leur domaine d'étude, nous révèle également la même situation. Ainsi, chez les détenteurs d'un diplôme en sciences de l'éducation, les écarts de revenu entre ceux qui connaissent l'anglais et ceux qui l'ignorent atteignent un maximum de vingt pour cent alors que chez les détenteurs d'un diplôme en administration, l'écart maximum est de l'ordre de soixante pour cent et chez les ingénieurs spécialisés en génie électrique, de près de quatre-vingts pour cent. De ce qui précède, une conclusion préliminaire semble s'imposer : la connaissance de l'anglais est mieux rémunérée dans les occupations (ou secteurs d'activité) tournées vers le marché extérieur que dans celles tournées vers le marché intérieur.




6 Les concepts intérieur et extérieur sont précisés au chapitre II. [retour au texte]




L'examen des écarts de revenu entre ceux qui connaissent l'anglais et ceux qui l'ignorent selon le groupe d'âge auquel ils appartiennent, nous permet d'étudier de façon indirecte si les revenus varient au cours de la carrière d'un individu. On retrouve les écarts calculés pour les six groupes d'âge retenus au tableau A-4 en annexe mais, nous en reproduisons quelques-uns au tableau I-4.



TABLEAU I-4

Écart de revenu par rapport à celui des unilingues francophones, selon les groupes d'âge, hommes, M.H.Q., Québec, 1973




À l'examen du tableau I-4, on constate que les écarts de revenu entre ceux qui connaissent l'anglais et ceux qui l'ignorent croissent systématiquement avec l'âge.

2.2 Les écarts bruts de revenu chez les femmes

Dans notre examen des écarts de revenu entre les femmes qui connaissent l'anglais et celles qui l'ignorent, nous avons dû, dans certains cas, utiliser des recoupements d'occupations, d'industries et de domaines d'études plus larges que ceux utilisés pour les hommes. En effet, d'une part, notre échantillon contient beaucoup moins de femmes que d'hommes et, d'autre part, celles-ci se retrouvent plus souvent dans les occupations, les industries et les domaines d'études qui traditionnellement leur étaient réservés. Rappelons avant de commencer l'examen détaillé des écarts de revenu entre groupes linguistiques que dans l'ensemble, l'écart entre ceux qui connaissent l'anglais et ceux qui l'ignorent est plus grand chez les hommes que chez les femmes.

Si l'on examine les écarts par occupation,(tableau A-6), on constate que dans l'enseignement élémentaire et secondaire où l'on retrouve cinquante pour cent de la M.H.Q. féminine, il n'y a pas d'écarts de revenu moyen entre celles qui connaissent l'anglais et celles qui l'ignorent. Par contre, on constate la présence d'écarts favorables à celles qui connaissent l'anglais en sciences naturelles, en informatique et en génie. Il semble donc que la dichotomie, secteur intérieur/secteur extérieur, observée chez les hommes se retrouve également chez les femmes mais à un degré moindre. Les résultats obtenus, lorsqu'on examine les écarts de revenu entre groupes linguistiques selon l'industrie d'emploi (tableau A-7) et le domaine d'études (tableau A-8), confirment cette observation. En effet, dans le premier cas, une prime plus grande est accordée à la connaissance de l'anglais dans le secteur « transport, communications, utilités publiques » que dans le secteur « éducation et santé ». Dans le deuxième cas, on trouve que la différence de revenus moyens entre celles qui connaissent l'anglais et celles qui l'ignorent est plus élevée lorsqu'elles ont étudié en « science commerciales » que lorsqu'elles ont étudié en « éducation ».

L'ensemble des tableaux discutés ci-haut, laisse entendre que les attributs linguistiques des travailleurs de la M.H.Q. québécoise auraient un impact sur leur niveau de revenu. Afin de comprendre les causes de ce phénomène, il nous semble utile de construire un cadre théorique pouvant nous guider dans notre réflexion et dans notre évaluation de l'effet net des attributs linguistiques sur le revenu d'un individu. Ce cadre théorique, que nous présenterons dans le prochain chapitre, expliquera l'incidence de l'ensemble des facteurs susceptibles d'influencer les revenus individuels, tels l'éducation, le champ de spécialisation, l'expérience et les attributs linguistiques. Nous nous servirons du même cadre théorique pour déterminer la forme de l'équation de détermination des revenus. C'est en estimant cette équation que nous obtiendrons les diverses mesures de l'impact net des attributs linguistiques sur les revenus individuels.






Chapitre II

Table des matières

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