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Le français et les médias : Les habitudes des Québécois

LE FRANÇAIS ET LES MÉDIAS

Les habitudes
des Québécois






CHAPITRE II

Le français et la lecture
des médias écrits







Les médias écrits jouent un rôle important non seulement comme organes d'information, mais aussi comme véhicules de la culture et instruments de promotion de la langue. La lecture constitue par ailleurs un moyen excellent pour améliorer la maîtrise de sa langue ou pour apprendre une langue seconde. C'est en ayant en mémoire ce rôle de rayonnement de la langue que l'analyse suivante prend un sens.

Deux aspects devraient retenir particulièrement l'attention du lecteur premièrement, la consommation que les groupes francophone et anglophone font des médias écrits publiés dans leur langue; deuxièmement, la consommation de médias écrits dans une autre langue que leur langue maternelle. De ce point de vue, il sera intéressant d'observer le comportement du groupe allophone. Sera-t-il davantage attiré par les médias de langue française ou par ceux de langue anglaise? La réponse à cette question fournira un indice important de leur intégration culturelle et aussi des pouvoirs d'attraction des langues française et anglaise au Québec.

L'analyse de la lecture des quotidiens sera un peu plus élaborée que celle des hebdomadaires et des revues. Elle touche notamment aux motivations de lire tel ou tel quotidien et à la confiance qu'accordent les divers groupes linguistiques aux médias écrits de langue française et de langue anglaise.

Enfin, l'analyse de l'évolution de la pénétration des quotidiens et des revues de langue française et de langue anglaise dans les trois groupes linguistiques constitue un aspect important de ce chapitre. Elle se fait sur une base objective, c'est-à-dire par comparaison à des données recueillies en 1971, et, sur une base subjective, en demandant aux lecteurs d'apprécier la variation de leur lecture des médias écrits de langue française et de langue anglaise depuis un an.

2.1. LES QUOTIDIENS

Une très grande partie de la population québécoise lit des quotidiens. Ainsi, nous tenterons dans un premier temps d'apprécier l'envergure du phénomène pour mesurer ensuite la place occupée par chacun des quotidiens, qu'il soit publié en français ou en anglais. En second lieu, il sera question du temps consacré à la lecture de ces quotidiens et des raisons qui amènent la population à lire tel ou tel journal, qu'il soit de langue française ou de langue anglaise. Enfin, nous terminerons cette section en nous demandant si la consommation des journaux a évolué ou si la population lit plus, autant ou moins de quotidiens de langue française et de langue anglaise qu'il y a un an.

2.1.1. La lecture des quotidiens en général

En 19711, 86,2 % des Québécois ont affirmé qu'il leur arrivait souvent (57,0 %), quelquefois (20,5 %) ou rarement (8,7 %) de lire des quotidiens.

En 1979, une autre approche a été utilisée. Les informateurs avaient à dire si, oui ou non, il leur arrivait de lire des quotidiens de langue française ou de langue anglaise. En fait, la question de 1971 a été simplifiée, en enlevant l'échelle de fréquence, et décomposée afin d'obtenir l'information pour les quotidiens de langue française et pour ceux de langue anglaise. Il est cependant possible d'obtenir une donnée comparable à celle qui a été présentée plus haut et, par le fait même, de déterminer le niveau de consommation générale de quotidiens.

Ainsi, nous observons qu'en 1979, 81,5 % des Québécois lisent des quotidiens de langue française ou de langue anglaise (tableau II-1). Les habitudes des lecteurs de quotidiens ont donc changé depuis 1971 : les Québécois lisent moins les quotidiens qu'en 1971.



TABLEAU II-1

Évolution de la lecture des quotidiensa au Québec depuis 1971 (en pourcentages)




1 Cette information est tirée de Les mass media, l'attachement à sa langue et les modèles linguistiques au Québec en 1971, étude E 17, réalisée par SORECOM inc. pour le compte de la Commission Gendron, 1973, 287 p. [retour au texte]




Mais qu'en est-il pour les différents groupes linguistiques? Selon le tableau II-2, les francophones lisent moins les quotidiens (79,2 %) que les anglophones et les allophones qui ont sur ce point un comportement à peu près identique (94,3 % et 93,6 %). Il faut noter, cependant, qu'entre 1971 et 1979, le pourcentage de lecteurs de quotidiens a diminué dans les mêmes proportions chez les francophones et les anglophones2, quoique ces changements soient statistiquement significatifs seulement dans le cas des francophones.



TABLEAU II-2

Lecture des quotidiens selon la langue maternelle des informateurs (en pourcentages)




Voyons maintenant, sur la base des données de 1979, quels facteurs influent sur la lecture des quotidiens. Il semble que le lieu de résidence de l'informateur explique, en partie, ses habitudes de lecture. Certaines régions du Québec ne sont-elles pas mieux pourvues que d'autres en quotidiens? Il est prévisible qu'un plus grand accès à ce média augmente la proportion de ses consommateurs. Les données obtenues vont dans ce sens, puisqu'à Montréal, on lit des quotidiens dans une proportion de 89,1 %, alors qu'en Gaspésie, on atteint seulement 54,6 %. Pour le reste de l'échantillon, la distribution des lecteurs est la suivante : Mauricie (84,8 %), Saguenay—Lac-Saint-Jean (78,0 %), Estrie (77,8 %), Québec (73,3 %), Outaouais—Abitibi-Témiscamingue (69,8 %).




2 Notons, cependant, qu'à partir des résultats présentés par SORECOM inc., nous ne pouvons déterminer ce qu'il est advenu des allophones qui faisaient partie de l'échantillon. Serait-ce qu'étant très peu nombreux, ils ont été assimilés aux anglophones? Probablement, mais ceci ne vient pas infirmer notre analyse puisque, dans ce domaine de la lecture des journaux, les allophones ont tendance à se comporter comme les anglophones, du moins selon les données que nous avons recueillies. [retour au texte]




La scolarité devrait aussi influer sur la lecture des quotidiens: plus on est scolarisé, plus on aurait tendance à lire des quotidiens. Cette affirmation se vérifie de façon particulière chez les francophones (tableau II-3). On remarque, entre les quatre niveaux de scolarité, une différence beaucoup plus marquée chez les francophones que chez les anglophones et les allophones. Seulement 63,0 % des francophones les moins scolarisés affirment lire des quotidiens, alors que c'est le cas de 93,8 % des anglophones et des allophones de scolarité équivalente3. Les francophones les plus scolarisés affichent un comportement beaucoup plus comparable à celui des anglophones et des allophones de même niveau de scolarité : 91,8 % lisent des quotidiens alors que cette proportion atteint 97,5 % parmi les anglophones et les allophones.



TABLEAU II-3

Lecture des quotidiens, selon la scolarité et la langue maternelle des informateurs
(en pourcentages)




La profession influence aussi la lecture des quotidiens. On retrouve plus de lecteurs de quotidiens parmi les administrateurs (96,6 %), les employés des services (94,5 %), les étudiants (91,9 %), les employés de bureau (91,9 %), les professionnels (90,8 %) et les employés des transports et des communications (86,9 %) et moins de lecteurs chez les vendeurs (79,5 %), les travailleurs de la construction (77,4 %), les sans-emploi (73,9 %), les ménagères (71,8 %) et les travailleurs du secteur secondaire (70,2 %). Enfin, ce sont les employés du secteur primaire qui lisent le moins les quotidiens (43,2 %). Ces distinctions s'appliquent surtout aux francophones, les anglophones et les allophones affichant, en général, une plus grande propension à la lecture des quotidiens.

Il ne suffit pas de savoir que plus de quatre Québécois sur cinq lisent des quotidiens. Il est aussi important de savoir s'ils les lisent régulièrement (trois fois ou plus par semaine) ou irrégulièrement (moins de trois fois par semaine) et combien ils en lisent.




3 Il faut, cependant, interpréter ce pourcentage avec beaucoup de réserves puisque sa base de calcul ne repose que sur 16 cas. [retour au texte]




Ainsi, 53,0 % des lecteurs de quotidiens lisent régulièrement les journaux qu'ils mentionnent alors que 11,3 % les lisent irrégulièrement. Le reste des lecteurs (35,7 %) lisent certains quotidiens régulièrement et certains autres irrégulièrement. Bref, 88,7 % des lecteurs de quotidiens en lisent au moins un de façon régulière.

D'après le tableau II-4, les lecteurs francophones lisent leurs quotidiens de façon moins régulière que les allophones et les anglophones. Il y a environ quatre fois plus de francophones (12,9 %) que d'anglophones (2,7 %) à lire des quotidiens seulement de façon irrégulière, les allophones (4,9 %) se comportant à peu près comme ceux-ci. Les anglophones et les allophones, par contre, quand ils lisent des quotidiens de façon irrégulière, ont tendance à en lire d'autres de façon régulière (55,2 % et 48,7 %). En cela, ils se distinguent nettement des francophones qui préfèrent la lecture régulière (55,0 %) à la lecture irrégulière (32,1 %). Ces derniers, en fait, sont dispersés dans tout le Québec et n'ont pas toujours la possibilité de se procurer plusieurs quotidiens. Les anglophones et les allophones, résidant en grand nombre à Montréal où on trouve plus de quotidiens que partout ailleurs au Québec, ont cette possibilité et semblent en profiter.



TABLEAU II-4

Régularité de la lecture des quotidiens, selon la langue maternelle des informateurs
(en pourcentages)




Le tableau II-5 fournit une autre mesure qui permet de quantifier la lecture des quotidiens et de voir une différence dans les comportements des trois groupes linguistiques.

Les lecteurs francophones se distinguent des autres en se limitant, dans une proportion de 45,8 %, à un seul quotidien par semaine. Les anglophones et les allophones, pour leur part, semblent peu enclins à se limiter ainsi, puisque seulement 14,9 % et 24,7 % se contentent d'un seul quotidien. Les anglophones et les allophones se révèlent, ainsi, de plus grands consommateurs de quotidiens que les francophones. À peu près la moitié des lecteurs de quotidiens de ces deux groupes linguistiques peuvent être qualifiés de consommateurs moyens en lisant deux journaux par semaine et le tiers de grands consommateurs avec un minimum de trois. Chez les francophones, il y a 34,2 % de consommateurs moyens et 20,0 % de grands consommateurs. Ces données confirment la différence observée plus haut entre les habitudes de lecture des quotidiens chez les francophones d'une part, et chez les anglophones et les allophones d'autre part.



TABLEAU II-5

Nombre de quotidiens lus par semaine, selon la langue maternelle des informateurs
(en pourcentages)




Langue de lecture des quotidiens. Après avoir traité de la lecture des quotidiens en général, il est important de poursuivre l'analyse en y ajoutant une nouvelle dimension, soit la langue de lecture des quotidiens. Cet ajout permet de préciser notre connaissance des habitudes de lecture des Québécois, et surtout de voir jusqu'à quel point il y a interpénétration des deux cultures au sein des divers groupes linguistiques.

Selon les données recueillies, 72,6 % des Québécois lisent des quotidiens de langue française et 26,2 % des quotidiens de langue anglaise. Évidemment, les lecteurs francophones lisent surtout des quotidiens de langue française (98,3 %), les anglophones des quotidiens de langue anglaise (98,6 %) tandis que les allophones, tout en ne rejetant pas les quotidiens de langue française (61,3 %), s'adonnent davantage à la lecture de ceux de langue anglaise (72,0 %). Comme l'indique le tableau II-6, les lecteurs anglophones se révèlent proportionnellement plus nombreux à lire des quotidiens de langue française que les francophones, des quotidiens de langue anglaise. Environ un anglophone sur trois lit au moins un quotidien de langue française alors que, chez les francophones, un sur cinq en lit au moins un en anglais.

Cette situation est comparable à celle de 1971, bien que, en 1979, il y ait 6,3 % de plus de francophones qui lisent les quotidiens dans leur langue et 4,6 % d'anglophones qui fassent de même. Cet accroissement, et c'est là un point important, n'est pas jumelé à une diminution de la lecture des quotidiens de l'autre langue. Au contraire, alors que chez les francophones, la proportion de lecteurs de quotidiens de langue anglaise est demeurée la même4, chez les anglophones la situation est différente : ils lisent, en 1979, trois fois plus de quotidiens de langue française qu'en 1971. Comment expliquer cette évolution chez les anglophones alors que les francophones n'ont pas modifié leur consommation de quotidiens de langue anglaise?



TABLEAU II-6

Évolution de la lecture des quotidiens de langue française et de langue anglaise depuis 1971, selon la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




L'accessibilité limitée aux quotidiens de langue anglaise en dehors de la zone Montréal peut freiner jusqu'à un certain point leur pénétration du marché francophone, mais ce facteur n'est sûrement pas le seul en cause. Un accroissement de la lecture des quotidiens de langue anglaise chez les lecteurs francophones montréalais aurait suffi pour entraîner une différenciation à la hausse des données de 1971 et celles de 1979. Il y a sans doute l'intérêt différent que portent les francophones et les anglophones aux quotidiens de l'autre groupe linguistique qui doit entrer en ligne de compte. Pour diverses raisons, dont il sera question plus loin dans ce rapport, les anglophones semblent donc témoigner de plus en plus d'intérêt pour les quotidiens de langue française.




4 L'augmentation décelée au tableau II-6 n'est pas statistiquement significative. [retour au texte]




Ceci nous amène à approfondir cette question cruciale de la langue dans laquelle on lit les quotidiens, afin de mesurer l'attrait que chacune des langues suscite auprès des différents groupes linguistiques. Selon le tableau II-7, il y a proportionnellement deux fois plus de lecture bilingue chez les anglophones (33,3 %) et les allophones (33,1 %) que chez les francophones (17,9 %). Ces derniers se consacrent beaucoup plus à la seule lecture des quotidiens de leur langue (80,5 %) que les anglophones (65,2 %). Les allophones, bien que manifestant un plus grand intérêt envers les quotidiens de langue anglaise (38,6 %), montrent une certaine ouverture aux quotidiens de langue française (28,3 %). De tout cela, il ressort que les quotidiens de langue française commencent à pénétrer dans les communautés anglophones et allophones et il est possible de penser que la situation va continuer dans le même sens puisque les quotidiens de langue anglaise sont encore moins disponibles, depuis 1979, avec la récente disparition du Montreal Star.



TABLEAU II-7

Langue de lecture des quotidiens, selon la langue maternelle des lecteurs
(en pourcentages)




La scolarité semble avoir un effet déterminant sur le choix de la langue de lecture des quotidiens. Ceux qui lisent dans les deux langues ont un niveau de scolarité plus élevé (13,8 ans en moyenne) que ceux qui ne lisent que des quotidiens de langue anglaise (12,6 ans) ou de langue française (11,1 ans). Le niveau de scolarité, chez ceux qui lisent dans les deux langues, n'est pas significativement différent, qu'ils soient francophones (13,6 ans), anglophones (13,7 ans) ou allophones (14,3 ans). Il en est de même pour les francophones (11,1 ans) et les allophones (10,6 ans) qui lisent uniquement des quotidiens de langue française, alors que la lecture unilingue anglaise semble liée à une scolarité moyenne plus élevée chez les allophones (13,0 ans) et chez les anglophones (12,6 ans) que chez les francophones (11,1 ans).

La lecture bilingue et, bien entendu, la lecture unilingue dans la langue seconde nécessitent au moins une bonne compétence pour lire cette langue seconde. Une bonne compétence pour lire en français peut amener à peu près autant d'anglophones à lire des quotidiens dans les deux langues (45,7 %) que s'ils ont une compétence excellente (52,1 %). Chez les francophones, la situation est différente : il est deux fois plus important d'avoir une excellente compétence pour lire en anglais comme prérequis à la lecture de quotidiens dans les deux langues que d'avoir simplement une bonne compétence. Les anglophones se montrent, de cette façon, beaucoup plus perméables à la langue seconde que les francophones : 17,8 % des anglophones qui ont une faible compétence linguistique vont même jusqu'à lire des quotidiens dans les deux langues. Ceci dit, les résultats ne sont pas étonnants : qui va se procurer un quotidien rédigé dans une langue qu'il ne comprend pas? Il est donc logique d'avoir une bonne compétence linguistique pour se procurer et lire des quotidiens dans les deux langues. Dans le cas d'une faible compétence, il faudrait faire appel à d'autres données, tels l'intérêt et la disponibilité des quotidiens, pour expliquer qu'on les lit dans les deux langues.



TABLEAU II-8

Langue de lecture des quotidiens, selon la compétence pour lire la langue seconde et selon la langue maternelle des lecteurs
(en pourcentages)




Après avoir déterminé dans quelle langue les informateurs des trois groupes linguistiques lisent leurs quotidiens, il est possible, à partir du tableau II-9, d'apporter de nouvelles précisions concernant ces habitudes de lecture. Ainsi, les lecteurs réguliers, qu'ils soient francophones ou anglophones, ont tendance à lire les quotidiens dans leur langue. Les lecteurs réguliers de langue anglaise sont plus nombreux à lire des quotidiens dans les deux langues (18,9 %) que les allophones (14,8 %) et les francophones (7,0 %). Les allophones, bien qu'ils lisent régulièrement dans les deux langues, montrent une plus grande assiduité auprès des quotidiens de langue anglaise (58,6 %) qu'auprès de ceux de langue française (26,6 %).



TABLEAU II-9

Langue de lecture des quotidiens, selon la langue maternelle des lecteurs réguliers
(en pourcentages)




2.1.2. La lecture des quotidiens de langue française

À peu près trois Québécois sur quatre affirment lire au moins un quotidien de langue française. Mais quels quotidiens lisent-ils et pour quelles raisons?

Les quotidiens lus de façon régulière ou irrégulière. Le tableau II-10 permet d'évaluer la place que chaque journal a acquise auprès des lecteurs de quotidiens. Ainsi, Le Journal de Montréal est lu régulièrement ou irrégulièrement par deux lecteurs de quotidiens sur cinq (41,5 %) et La Presse par un peu plus d'un sur trois (37,3 %). Le Soleil atteint à peu près autant de personnes que Le Devoir (13,6 % et 13,9 %) et Le Journal de Québec seulement 10,9 % des lecteurs de quotidiens. Les autres journaux que mentionnent nos informateurs sont plutôt des quotidiens régionaux qui, de ce fait, s'adressent à des populations restreintes. Les journaux les plus lus, Le Journal de Montréal, La Presse et Le Devoir sont publiés dans la région de Montréal, qui regroupe près de la moitié de la population québécoise. Ensuite viennent les deux principaux journaux de la région de Québec, laquelle vient au deuxième rang quant à la population.



TABLEAU II-10

Clientèle des différents quotidiens de langue française




Cette distribution des lecteurs de quotidiens soulève un certain nombre d'interrogations. Le nombre de lecteurs de certains quotidiens en particulier ne concorde pas avec leur tirage. Ainsi, Le Devoir serait plus lu que Le Soleil et Le Journal de Québec, alors que son tirage est deux fois et même trois fois moindre que celui du Journal de Québec et celui du Soleil. La Presse recueille presque autant d'adeptes que Le Journal de Montréal qui atteint un tirage deux fois plus important. Cette situation peut s'expliquer par plusieurs facteurs dont l'analyse n'entre pas dans le cadre de ce rapport. Soulignons simplement que les données présentées ici portent sur les lecteurs réguliers et les lecteurs irréguliers des quotidiens cités, ce qui évidemment ne peut permettre une comparaison avec le tirage réel de chacun de ces quotidiens.

À l'exception du Journal de Montréal, de La Presse et du Devoir, les différents quotidiens de langue française distribués au Québec ne sont lus que par les francophones (98,0 % et plus). Quant à ces trois quotidiens, lis atteignent une clientèle plus diversifiée, en particulier La Presse (88,7 %) et Le Devoir (83,1 %), la clientèle du Journal de Montréal étant francophone à 91,9 %. D'après le tableau II-11, Le Devoir atteint plus de non-francophones (16,9 %) que La Presse (11,3 %) : 9,2 % d'anglophones et 7,7 % d'allophones. La Presse supplante Le Journal de Montréal sur ce point (11,3 % et 8,1 %), mais leur clientèle respective est composée d'un plus grand nombre d'allophones que d'anglophones.



TABLEAU II-11
Lecture des quotidiens montréalais de langue française, selon la langue maternelle des lecteurs de quotidiens (pourcentages horizontaux)



Le tableau II-12 apporte une autre dimension à l'analyse de la clientèle des trois principaux quotidiens montréalais : la scolarité de leurs lecteurs. Le Journal de Montréal semble attirer une clientèle moins scolarisée, puisque 71,5 % de ses lecteurs ont 12 ans ou moins de scolarité. Le Devoir, pour sa part, atteint la clientèle la plus scolarisée : 72,8 % de ses lecteurs ont au moins 13 ans de scolarité. La Presse se distingue par une clientèle plus hétérogène : elle recueille à peu près autant de lecteurs parmi ceux qui ont moins de 13 ans de scolarité (48,0 %) que parmi les autres ayant une scolarité plus élevée (52,0 %).



TABLEAU II-12

Lecture des quotidiens montréalais de langue française, selon la scolarité des lecteurs de quotidiens (pourcentages horizontaux)




Raisons de lire tel ou tel quotidien de langue française. Une grande partie de la population québécoise lit, de façon régulière, un ou plusieurs quotidiens de langue française. Mais pourquoi lit-on un quotidien en particulier, ou pourquoi le préfère-t-on à d'autres?

Ce peut être pour une raison de disponibilité : « c'est le seul journal de langue française qui est disponible dans la région » (Q. 5d). Cette raison, en fait, vaut pour 8,5 % des lecteurs de quotidiens de langue française. À titre d'information, il est intéressant de mentionner que cette question de la disponibilité du journal entre en ligne de compte pour une partie assez importante des lecteurs du Droit (39,8 %), de La Tribune (27,5 %), du Quotidien (20,0 %), du Nouvelliste (13,1 %) et du Soleil (10,4 %). Elle est cependant négligeable dans le cas des lecteurs du Journal de Québec (6,0 %), du Journal de Montréal (5,5 %) et de La Presse (5,6 %) et nulle dans le cas des lecteurs du Devoir.

Il y a aussi bien d'autres raisons qui amènent la population à lire ou à préférer lire un journal en particulier. Dans le cadre de ce sondage, nous avons voulu savoir si les raisons suivantes s'appliquaient aux lecteurs de chacun des différents journaux : le fait d'y retrouver certaines sections spécialisées, l'objectivité de l'information qui y est présentée, l'abondance de l'information qu'il contient, les idées qu'il véhicule et sa présentation.

Le tableau II-13 reproduit les données permettant de déterminer, de manière assez précise, les raisons qui amènent la population à lire tel ou tel journal. Ainsi, la majorité des lecteurs de La Presse (80,3 %) lisent ce quotidien parce qu'ils y retrouvent les sections spécialisées qui les intéressent particulièrement. Plus de la moitié des lecteurs du Devoir (57,7 %), de La Presse (66,5 %) et du Soleil (55,1 %) affirment lire ces journaux parce que « l'information qui y est présentée semble plus objective que dans les autres journaux de langue française » (Q. 5a). Cette objectivité, cependant, recueille beaucoup moins de voix dans le cas des lecteurs du Journal de Québec (39,0 %) et du Nouvelliste (36,8 %). La très grande majorité des lecteurs de La Presse (85,9 %) et du Soleil (88,4 %) lisent ces quotidiens parce qu'ils y recherchent l'abondance de l'information, ce qui est beaucoup moins évident chez les lecteurs du Devoir (46,1 %). L'idéologie du journal ne semble pas caractériser les journaux mentionnés, puisqu'il n'y a pas de différence significative entre les lecteurs des différents journaux. La présentation du journal jouerait un certain rôle dans le choix du quotidien qu'on préfère. Ainsi, les trois quarts des lecteurs du Journal de Montréal (77,1) et du Nouvelliste (79,7 %) choisissent leur journal à cause de sa présentation.



TABLEAU II-13

Raisons pour lesquelles on préfère lire un quotidien de langue française en particulier (en pourcentages)a




Le tableau II-14, qui présente des données sur les motifs qui expliquent le choix des quotidiens chez les francophones de Montréal, indique qu'ils lisent Le Devoir surtout parce qu'ils y retrouvent les sections spécialisées qui les intéressent et qu'ils apprécient les idées qu'il véhicule. Le Journal de Montréal les attire surtout par sa présentation. Ils préfèrent La Presse avant tout parce que l'information qui y est présentée semble plus objective que dans les autres journaux de langue française et parce que l'information y est plus abondante.



TABLEAU II-14

Raisons pour lesquelles les francophones de Montréal préfèrent lire un quotidien de langue française en particulier
(en pourcentages)




2.1.3. La lecture des quotidiens de langue anglaise

Après avoir déterminé quels quotidiens de langue française étaient lus et quelles raisons motivaient ce choix, voyons maintenant ce qu'il en est pour les quotidiens de langue anglaise.

Les quotidiens lus de façon régulière ou irrégulière. Le tableau II-15 nous révèle qu'en général deux journaux quotidiens de langue anglaise sont lus au Québec, les autres recueillant une clientèle vraiment marginale. Il s'agit, en fait, du journal The Gazette qui est lu par 23,5 % des lecteurs de quotidiens et du journal The Montreal Star5 qui recueille 26,1 %. Les autres journaux quotidiens de langue anglaise, pour leur part, ont tous une clientèle inférieure à 1,5 %.



TABLEAU II-15

Clientèle des différents quotidiens de langue anglaise




Étant donné la marginalité des autres quotidiens, nous limiterons notre analyse aux quotidiens The Gazette et The Montreal Star. Selon le tableau II-16, les francophones représentent 45,5 % de la clientèle du journal The Gazette et 41,6 % de celle du Montreal Star. En fait, il y a proportionnellement autant de francophones que d'anglophones dans la clientèle de ces quotidiens, les allophones composant le reste de la clientèle (15,0 %).




5 The Montreal Star était encore publié au moment de la cueillette. Il en sera donc question au cours de l'analyse, comme si rien ne s'était produit depuis. [retour au texte]






TABLEAU II-16

Distribution des lecteurs de la Gazette et du Montreal Star, selon la langue maternelle (pourcentages horizontaux)




Il est important d'expliquer cette donnée. Lit-on ces quotidiens de façon régulière ou irrégulière?

Selon le tableau II-17, les francophones lisent The Gazette de façon plus régulière que The Montreal Star. Les anglophones affichent un comportement similaire, tandis que les allophones lisent de façon aussi régulière l'un et l'autre de ces quotidiens.



TABLEAU II-17

Régularité de la lecture de la Gazette et du Montreal Star, selon la langue maternelle de leurs lecteurs (en pourcentages)




Les lecteurs francophones de ces quotidiens lisent aussi, dans environ 90 % des cas, au moins un quotidien de langue française. Chez les anglophones, ce fait ne se produit que dans un cas sur trois, alors que, chez les allophones, il caractérise un lecteur sur deux (tableau II-18).



TABLEAU II-18

Lecture d'au moins un quotidien de langue française chez les lecteurs de la Gazette et du Montreal Star, selon leur langue maternelle (en pourcentages)




Raisons de lire tel ou tel quotidien de langue anglaise. Mais pourquoi lit-on régulièrement le Montreal Star ou la Gazette? Pourquoi préfère-t-on un de ces journaux? Le tableau II-19 permet, à partir des cinq raisons mentionnées, de caractériser jusqu'à un certain point les lecteurs des deux principaux quotidiens de langue anglaise du Québec. Ainsi, les sections spécialisées du Montreal Star intéressent un plus grand nombre de lecteurs (79,3 %) que celles de la Gazette (65,7 %). La Gazette, par contre, semble un journal légèrement plus objectif quant à l'information qui y est présentée (52,7 %) que le Montreal Star (48,2 %). L'abondance de l'information frappe plus les lecteurs du Montreal Star (68,4 %) que ceux de la Gazette (55,2 %). Enfin, l'idéologie et la présentation n'avantagent pas l'un de ces deux journaux par rapport à l'autre.



TABLEAU II-19

Raisons pour lesquelles on préfère lire un quotidien de langue anglaise en particulier




Les lecteurs des trois groupes linguistiques choisissent de lire le Montreal Star ou la Gazette pour des raisons différentes. Ainsi, les anglophones (69,8 %), suivis de près par les francophones (66,6 %), affirmeront lire la Gazette pour ses sections spécialisées alors que les allophones ne feront cette affirmation qu'à 48,5 %. Les anglophones, en plus, semblent apprécier particulièrement l'objectivité de l'information diffusée par la Gazette (53,7 %), alors que la présentation de ce journal les attire (29,4 %) beaucoup moins que les autres groupes linguistiques.

Le Montreal Star recueille, pour sa part, les faveurs d'un grand nombre de lecteurs francophones à cause de ses sections spécialisées (88,0 %), ce qui vaut aussi pour les anglophones (78,4 %) et pour les allophones (70,8 %), mais à un degré moindre. L'objectivité de l'information apparaît, pour les lecteurs allophones de ce journal, une raison plus déterminante (59,7 %) que pour les anglophones (45,1 %) et pour les francophones (44,7 %). Les anglophones (36,2 %), suivis en cela par les francophones (31,3 %), vont choisir de lire le Montreal Star pour l'abondance de son information et, ainsi, se distingueront des allophones (22,2 %). Enfin, si l'idéologie de ce journal n'attire pas plus un groupe linguistique que les autres, la présentation, quant à elle, plaît davantage aux francophones (60,1 %) qu'aux anglophones (28,6 %).



TABLEAU II-20

Raisons pour lesquelles on préfère lire la Gazette et le Montreal Star, selon la langue maternelle des lecteurs




2.1.4. La lecture des sections spécialisées

Le tableau II-21 nous montre qu'en général, on lit davantage les sections d'information que les autres. Cependant, il est important de souligner que les francophones se distinguent de façon significative des anglophones et des allophones en se montrant moins intéressés aux informations régionales, aux informations sur le Canada et aux informations internationales. Par contre, ils sont à peu près aussi nombreux que les autres à lire les informations sur le Québec. Les anglophones, pour leur part, sont particulièrement intéressés par les informations régionales (84,3 %) et par les informations sur le Canada (88,4 %). Les allophones, enfin, se distinguent des autres par un intérêt marqué pour les informations internationales (81,5 %).

La page éditoriale et les sports intéressent un peu plus les anglophones que les francophones et les allophones (tableau II-21).



TABLEAU II-21

Lecture des sections spécialisées des quotidiens, selon la langue maternellea
(en pourcentages)




La page financière intéresse un peu plus les lecteurs anglophones (32,2 %) que les francophones (25,7 %). Et il en est de même pour les « arts et spectacles » où les anglophones affichent un comportement très singulier (73,7 %), si on le compare à celui des francophones (53,3 %) et à celui des allophones (60,5 %).

Enfin, ajoutons que la page financière est la section la moins lue (27,8 %), alors que la section des informations sur le Québec est la plus lue (78,2 %), suivie en cela par celle des informations régionales (72,5 %) et celle des informations sur le Canada (70,9 %).

2.1.5. Les raisons de lire des quotidiens dans une autre langue que la sienne

Il y a plusieurs raisons de lire ou de préférer lire un quotidien dans une langue seconde. Ce peut être pour des raisons de disponibilité, d'intérêt, d'idéologie ou de présentation du journal. Des motivations plus proprement linguistiques telles que l'apprentissage de l'autre langue, la connaissance du milieu anglophone (francophone), la participation à la culture anglaise (française) et l'objectivité du journal face à la situation québécoise sont aussi possibles.

Cette analyse des motivations pour lire des quotidiens dans telle ou telle langue sera basée sur la langue d'usage de l'informateur. Rappelons que la langue d'usage fait référence à la « langue parlée le plus souvent à la maison » (Q. 1).

Raisons de lire des quotidiens de langue française. Selon le tableau II-22, la majorité des anglophones (langue d'usage) qui lisent un quotidien de langue française le font pour apprendre ou améliorer leur français (69,6 %). Un peu plus de la moitié cherchent aussi à avoir une meilleure connaissance du milieu francophone (53,0 %) et à participer à la culture française (52,9 %). Par contre, ils sont beaucoup moins nombreux à lire un tel quotidien pour obtenir l'information qui rend mieux compte de la situation actuelle du Québec (36,3 %) et pour avoir toutes les informations possibles dans un domaine particulier (42,1 %).

Le nombre restreint d'informateurs allophones (langue d'usage) appelle une interprétation prudente des résultats, mais ils semblent lire des quotidiens de langue française plutôt pour avoir une meilleure connaissance du milieu francophone (63,3 %) que pour apprendre ou améliorer leur français (59,2 %). Moins de la moitié souhaitent participer à la culture française (46,9 %), obtenir la meilleure information possible sur la situation actuelle du Québec (44,2 %) et mieux couvrir un domaine d'information particulier (42,8 %).



TABLEAU II-22

Raisons de lire des quotidiens de langue française, selon la langue d'usagea
(en pourcentages)




Raisons de lire des quotidiens de langue anglaise. Selon le tableau II-23, près des deux tiers des francophones qui lisent des quotidiens de langue anglaise cherchent ainsi à avoir une meilleure connaissance du milieu anglophone (61,3 %). Moins de 10 % achètent un tel quotidien parce qu'il coûte moins cher (9,0 %)6. Plus de deux lecteurs francophones de quotidiens de langue anglaise sur cinq sont motivés par l'apprentissage de l'anglais (47,2 %), l'obtention de plus d'informations sur l'actualité canadienne (41,1 %), la participation à la culture anglaise (40,6 %) et la recherche de toutes les informations possibles sur un domaine particulier (40,3 %). Enfin, le quart des francophones qui lisent des journaux de langue anglaise souhaitent ainsi obtenir une information plus conforme à la situation actuelle du Québec (27,5 %).

À titre indicatif (leur nombre étant trop restreint), les allophones qui lisent un quotidien de langue anglaise le font avant tout parce que l'information qui y est présentée couvre mieux un domaine particulier (70,4 %). Environ la moitié d'entre eux y voient un moyen d'apprendre l'anglais (57,0 %), d'avoir une meilleure connaissance du milieu anglophone (57,0 %), d'obtenir plus d'information sur l'actualité canadienne (51,7 %) et de mieux connaître la situation actuelle du Québec (50,3 %). Seulement le tiers souhaiteraient participer à la culture anglaise (32,3 %). Le coût du quotidien ne semble retenir l'attention d'aucun allophone qui lit un quotidien de langue anglaise.




6 Les quotidiens de langue anglaise de Montréal coûtaient 0,15 $ et ceux de langue française 0,25 $ au moment du sondage. [retour au texte]




Ainsi, en se référant aux motifs évoqués par environ trois lecteurs sur cinq, on peut conclure que les francophones lisent des quotidiens de langue anglaise surtout pour mieux connaître le milieu anglophone alors que les anglophones cherchent surtout à apprendre le français lorsqu'ils lisent des quotidiens de langue française. Les allophones lisent en français surtout pour apprendre cette langue et avoir une meilleure connaissance du milieu francophone, motifs qui valent aussi lorsqu'ils lisent des quotidiens de langue anglaise bien qu'ils semblent les apprécier encore plus pour l'information dans un domaine en particulier, possiblement une information qui les concerne comme groupe.



TABLEAU II-23

Raisons de lire des quotidiens de langue anglaise, selon la langue d'usagea
(en pourcentages)




2.1.6. Le temps consacré à la lecture des quotidiens

Dans les pages qui précèdent, nous avons analysé un certain nombre d'éléments se rapportant aux habitudes et aux motifs de lecture des Québécois. Nous avons cherché à savoir dans quelle langue les Québécois lisent généralement leurs quotidiens, lesquels ils lisent ou préfèrent lire et quelles sections ils parcourent. Voyons maintenant une autre dimension importante des habitudes de lecture des Québécois : le temps consacré à la lecture des quotidiens. Les données obtenues portent sur le nombre d'heures que les lecteurs de quotidiens ont passées, au cours de la semaine précédant l'enquête, à lire des quotidiens de langue française et de langue anglaise. Les Québécois qui s'adonnent à la lecture des quotidiens ont consacré une moyenne de 5,1 heures à lire des quotidiens, au cours de la semaine précédant l'entrevue.

Qu'en est-il chez les différents groupes linguistiques? Les francophones et les allophones ont, sur ce point, des comportements analogues : ils consacrent respectivement 4,9 et 5,1 heures à la lecture des quotidiens. Les anglophones, pour leur part, se révèlent de plus grands consommateurs de quotidiens : ils y accordent en moyenne 6,8 heures par semaine (tableau II-24).



TABLEAU II-24

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture des quotidiens, selon la langue maternellea




Est-ce que les hommes et les femmes ont des habitudes de lecture particulières, qu'ils soient francophones, anglophones ou allophones? Selon le tableau II-25, les lecteurs francophones et allophones de sexe masculin consacrent en moyenne plus de temps que ceux de sexe féminin à lire leurs quotidiens. Les hommes y passent 5,6 heures, alors que les femmes ne dépassent pas 4,3 heures. Les anglophones, par contre, n'ont pas d'habitudes de lecture différentes selon le sexe. Les hommes anglophones passent en moyenne 6,9 heures à lire des quotidiens et les femmes 6,8 heures.



TABLEAU II-25

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture des quotidiens, selon le sexe et la langue maternelle




L'âge influe également sur le nombre d'heures passées à la lecture des quotidiens. À cause de l'occupation différente de leur temps de loisir, les informateurs plus âgés consacrent en moyenne plus de temps à cette activité que les 18-34 ans, du moins chez les lecteurs francophones et anglophones. Par contre, cette situation ne semble pas s'appliquer de la même façon aux allophones. Ces derniers, quel que soit leur âge, passent en moyenne 5,0 heures par semaine à lire des quotidiens. À partir de ce même tableau, il convient de noter que les jeunes lecteurs francophones s'adonnent beaucoup moins à la lecture des quotidiens (4,1 heures) que les anglophones (5,8 heures) et les allophones (5,0 heures) du même âge. En fait, les jeunes lecteurs anglophones affichent un temps de consommation des quotidiens supérieur à celui des francophones d'âge moyen et il en est de même pour les jeunes allophones. Les anglophones de 55 ans et plus, enfin, se distinguent nettement des francophones et des allophones : ils consacrent en moyenne jusqu'à 33 % plus de temps à la lecture des journaux que ces derniers (tableau II-26).



TABLEAU II-26

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture des quotidiens, selon l'âge et la langue maternelle




Après cette analyse du temps total consacré à la lecture des quotidiens, il convient de tenir compte de la langue du journal et d'en arriver ainsi à mieux saisir les comportements des trois groupes linguistiques. Au tableau II-27, on décèle des différences importantes quant au nombre d'heures consacrées à la lecture des quotidiens de langue française ou de langue anglaise. Si les francophones lisent des quotidiens de langue française durant 4,6 heures, les anglophones vont jusqu'à 6,0 heures pour leurs quotidiens de langue anglaise. Mais lorsqu'ils lisent des quotidiens dans l'autre langue, les deux groupes y consacrent sensiblement le même temps (francophones : 2,4 heures pour les quotidiens de langue anglaise; anglophones : 2,6 heures pour les quotidiens de langue française). Les allophones, pour leur part, consacrent en moyenne 4,4 heures à la lecture des quotidiens de langue anglaise et 3,1 heures à celle des quotidiens de langue française.



TABLEAU II-27

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture, selon la langue du quotidien et selon la langue maternelle




Cette donnée, cependant, doit être complétée par le tableau II-28 qui tient compte de la possibilité de lire des quotidiens dans les deux langues. En effet, le fait de lire dans les deux langues ne peut avoir d'autres répercussions que d'augmenter le temps consacré à la lecture des journaux. Les francophones qui lisent dans les deux langues consacrent en moyenne 7,2 heures à la lecture des quotidiens, les allophones 7,4 heures et les anglophones 8,9 heures. Cette dimension, cependant, modifie très peu les données présentées au tableau II-27.



TABLEAU II-28

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture des quotidiens, selon la langue de lecture et selon la langue maternelle




2.1.7. L'évolution de la consommation des quotidiens

Le tiers des lecteurs affirment avoir lu plus de quotidiens de langue française (30,6 %) et de langue anglaise (33,8 %) qu'au cours de l'année précédant le sondage. Un peu plus de la moitié (56,7 %) ont lu autant de quotidiens de langue française, mais seulement 46,8 % autant de quotidiens de langue anglaise. Il y a eu, enfin, une certaine diminution en ce qui a trait à la lecture des quotidiens de langue anglaise (19,4 %), si on la compare à celle subie par les quotidiens de langue française (12,8 %).

D'après le tableau II-29, les trois groupes linguistiques se distinguent de façon significative quant à l'évaluation de leur lecture de quotidiens. Ainsi, les lecteurs francophones ont plutôt tendance à conserver les mêmes habitudes à l'égard des quotidiens de langue française : 57,9 % avaient lu autant de quotidiens de langue française qu'au cours de l'année précédant l'enquête. Les lecteurs anglophones, par contre, ont été 1,5 fois plus nombreux que les francophones à accroître leur lecture de quotidiens de langue française. Dans 44,9 % des cas, ils lisaient plus de quotidiens de langue française que l'année précédente, les francophones ne dépassant pas 29,5 %. Les allophones ont aussi tendance à accroître leur lecture des quotidiens de langue française, mais de façon moins importante que les anglophones (37,8 %) et d'autant plus que la moitié (49,6 %) de ceux-ci affirment avoir le même comportement que l'année précédente. Il faut noter, enfin, que 17,8 % des lecteurs anglophones affirment avoir diminué leur lecture de quotidiens de langue française, alors que seulement 12,6 % des francophones et des allophones se disent dans cette situation.



TABLEAU II-29

Évolution de la lecture des quotidiens de langue française et de langue anglaise, selon la langue maternellea




Quant aux quotidiens de langue anglaise, la situation apparaît quelque peu différente. Il y a eu augmentation de leur lecture chez les francophones (34,0 %) et les anglophones (35,7 %), alors que les allophones ont moins changé leurs habitudes : 55,3 % consommaient autant de quotidiens de langue anglaise que l'année précédente.

2.1.8. La confiance accordée aux quotidiens

Une dernière question reste à approfondir : il s'agit de la confiance accordée aux quotidiens dans le traitement de l'information. Un certain nombre de sujets dont il est souvent question dans les journaux ont été présentés à nos informateurs qui devaient dire si, sur chacun d'eux, ils faisaient « plutôt confiance aux journaux anglophones, plutôt confiance aux journaux francophones ou également confiance aux journaux, francophones et aux journaux anglophones » (Q. 34).



TABLEAU II-30

Confiance accordée aux journaux, selon la langue maternelle des lecteursa




Il ressort du tableau II-30 que les anglophones et les allophones font également confiance aux deux types de journaux dans un rapport d'environ un sur deux alors que les francophones ne le font que dans un rapport de deux sur cinq, sauf en ce qui concerne les « déclarations des hommes politiques ». Ce sujet est celui qui amène le plus les lecteurs des trois groupes linguistiques à se référer à la fois aux quotidiens de langue française et à ceux de langue anglaise. La crédibilité des quotidiens de langue anglaise serait donc généralement moins bonne que celle des journaux de langue française.

2.1.9. Résumé

Plusieurs résultats importants se dégagent de l'analyse des habitudes de lecture des Québécois en ce qui a trait aux quotidiens.

D'abord, on constate que la majorité des Québécois (81,5 %) lisent des quotidiens et que ces lecteurs de quotidiens se retrouvent en plus grand nombre parmi les anglophones (94,3 %) et les allophones (93,6 %) que parmi les francophones (79,2 %). Comparant avec les données de 1971, on décèle, entre 1971 et 1979, une diminution significative du nombre de lecteurs de quotidiens chez les francophones, alors que celle-ci n'est pas significative chez les anglophones.

En général, les francophones lisent moins de quotidiens que les autres et le font de façon moins régulière. Alors que 45,8 % des francophones se limitent à un seul quotidien, les anglophones et les allophones ont tendance à en lire au moins deux dans des proportions de 85,1 % et de 75,3 %. Quant à la régularité de la lecture, la même distinction peut être retenue : 12,9 % des francophones lisent des quotidiens de façon irrégulière, seulement 2,7 % des anglophones et 4,9 % des allophones étant dans cette situation.

Les francophones et les anglophones qui lisent des quotidiens le font d'abord dans leur langue : 98,3 % des francophones affirment lire des quotidiens de langue française et 98,6 % des anglophones des quotidiens de langue anglaise. Mais il y a aussi 19,6 % des francophones qui lisent des quotidiens de langue anglaise et 34,8 % des anglophones des quotidiens de langue française. Les allophones, pour leur part, lisent à 61,3 % des quotidiens de langue française et à 66,3 % ceux de langue anglaise. Chez les francophones et les anglophones, la proportion de ceux qui lisent des quotidiens dans leur langue a augmenté de quelque 5 % depuis 1971. Cette augmentation, cependant, n'est pas jumelée à une diminution de la lecture de quotidiens de l'autre langue. Les francophones lisent toujours des quotidiens de langue anglaise dans les mêmes proportions (18,0 % et 19,6 %). Les anglophones, pour leur part, sont trois fois plus nombreux à lire des quotidiens de langue française : le pourcentage était de 12 % en 1971, alors qu'en 1979, il dépasse 34 %.

Revenant maintenant à l'analyse des données de 1979, nous tenons à souligner qu'il y a proportionnellement deux fois plus de lecteurs de quotidiens dans les deux langues chez les anglophones (33,3 %) et les allophones (33,1 %) que chez les francophones (17,9 %). Ces derniers se distinguent surtout par la lecture unilingue française (80,5 %), alors qu'une proportion moindre (65,2 %) d'anglophones s'adonnent à la lecture unilingue anglaise. Les allophones, lorsqu'ils lisent dans une seule langue, ont plutôt tendance à lire en anglais qu'en français.

Analysant la clientèle propre à chacun des quotidiens de langue française, rappelons qu'à l'exception du Journal de Montréal, de La Presse et du Devoir, ceux-ci sont généralement lus par des francophones. Le Journal de Montréal a une clientèle plus francophone que La Presse et Le Devoir, ces derniers intéressant un plus grand nombre d'anglophones (Le Devoir) et d'allophones (La Presse et Le Devoir).

Pourquoi lit-on tel ou tel journal en particulier? Ce peut être pour une raison de disponibilité du journal, un motif qui vaut surtout pour les journaux dits régionaux. Le contenu, la présentation du journal ont aussi leur importance. Les anglophones et les allophones lisent Le Devoir surtout pour son objectivité et sa présentation, Le Journal de Montréal pour ses sections spécialisées et La Presse pour ses sections spécialisées et sa présentation. Les francophones, pour leur part, lisent Le Devoir pour ses sections spécialisées, Le Journal de Montréal pour sa présentation et La Presse pour ses sections spécialisées et pour l'abondance de l'information qu'ils y trouvent. À ces raisons, on peut ajouter, pour les anglophones et les allophones qui lisent des quotidiens de langue française, le désir d'accroître leurs connaissances de la langue et de la culture françaises et du milieu francophone.

Concernant la lecture des quotidiens de langue anglaise, l'analyse porte sur les journaux The Gazette et The Montreal Star qui ont à peu près la même clientèle. Il y a proportionnellement autant de francophones que d'anglophones dans la clientèle de ces quotidiens (environ 40 %), les allophones constituant le reste de la clientèle. Il faut cependant ajouter qu'on choisit l'un ou l'autre journal pour des raisons différentes. Ainsi, les anglophones préfèrent lire la Gazette à cause de son objectivité ou le Montreal Star à cause de ses sections spécialisées et son idéologie. Les francophones, pour leur part, choisissent la Gazette pour l'abondance de l'information que ce journal présente et pour son idéologie, ou le Montreal Star pour ses sections spécialisées et sa présentation. Les allophones, enfin, lisent la Gazette pour ses sections spécialisées et pour son objectivité, et le Montreal Star pour l'abondance de son information et pour sa présentation.

Les sections les plus lues des quotidiens ont trait aux différentes sections d'information. Il y a cependant des différences significatives sur ce point entre les groupes linguistiques. Les anglophones s'intéressent surtout aux informations régionales et aux informations sur le Canada. Les allophones, tout en manifestant le même intérêt que les anglophones pour les informations sur le Canada, s'intéressent aussi aux informations sur le Québec et aux informations internationales. Les francophones se distinguent enfin par leur intérêt marqué pour les informations sur le Québec.

Les lecteurs de quotidiens, d'après les données recueillies, passent 5,1 heures par semaine à cette activité de lecture. Les anglophones y consacrent plus de temps (6,8 heures) que les francophones (4,9 heures) et les allophones (5,1 heures). Chez les francophones et les allophones, les hommes consacrent plus de temps à cette activité de lecture que les femmes, alors que cette différence n'apparaît pas chez les anglophones. Chez les francophones et les anglophones, ce sont les informateurs plus âgés qui s'adonnent le plus à la lecture des quotidiens, alors que cette situation ne peut être vérifiée chez les allophones.

Tenant compte de la langue du quotidien, on peut constater que les francophones passent moins de temps à lire des quotidiens de langue française (4,6 heures) que les anglophones des quotidiens de langue anglaise (6,0 heures). Quand ils lisent dans l'autre langue, les francophones et les anglophones consacrent sensiblement le même temps à cette activité. Les allophones, pour leur part, consacrent plus de temps à lire en anglais (4,4 heures) qu'en français (3,1 heures).

Y a-t-il des changements dans la consommation des quotidiens depuis un an? À cette question, il faut répondre que les francophones ont tendance à conserver, relativement aux quotidiens de langue française, les mêmes habitudes de lecture que l'année précédant l'enquête et que les anglophones lisent en plus grand nombre ces quotidiens. Les allophones, pour leur part, ont plutôt augmenté leur consommation de quotidiens de langue française que de ceux de langue anglaise. En ce qui concerne les quotidiens de langue anglaise, on décèle une plus forte proportion de francophones et d'allophones qui diminuent la lecture de ces quotidiens que ce n'est le cas pour les quotidiens de langue française.

2.2. LES HEBDOMADAIRES

En 1979, environ 250 hebdomadaires étaient publiés au Québec dont 34 avaient un rayonnement panquébécois7. Bien que la plupart soient de type régional, il est important de mesurer la place que les hebdomadaires détiennent dans les habitudes de lecture des Québécois. Notre intention n'est pas de faire un survol complet de cette question; nous nous limitons ici à sa dimension linguistique : le nombre d'hebdos lus chaque semaine, la langue de lecture et le nombre d'heures consacrées à cette activité.

2.2.1. La lecture des hebdomadaires en général

D'abord, il est important de dire que 39,9 % des Québécois affirment ne lire aucun hebdomadaire, à peu près trois fois plus que dans le cas des quotidiens.

Quelles sont les habitudes de lecture des différents groupes linguistiques en ce domaine? Sur ce point, ils affichent un comportement qui diffère nettement de celui qu'ils ont envers les quotidiens. Alors que les francophones montraient un comportement singulier dans la lecture des quotidiens (tableau II-2), c'est maintenant au tour des allophones de se singulariser pour ce qui est de la lecture des hebdomadaires. Selon le tableau 11-31, les francophones et les anglophones lisent, dans une proportion comparable, des hebdomadaires : trois sur cinq affirment lire au moins un hebdomadaire par semaine. Les allophones, par contre, se disent des non-lecteurs dans la même proportion.



TABLEAU II-31

Lecture des hebdomadaires, selon la langue maternelle des informateurs (en pourcentages)




7 Journaux (quotidiens et hebdomadaires) et stations de télévision et de radio du Québec, Gouvernement du Québec, ministère des Communications, Centre de services en communications, août 1979, 88 p. [retour au texte]




Avant de poursuivre sur les habitudes de lecture des différents groupes linguistiques, il est important de mentionner que les plus grands lecteurs d'hebdomadaires habitent le Saguenay—Lac-Saint-Jean8 (89,6 %), bien qu'on y lise à 78,0 % les journaux quotidiens, ou la Gaspésie (87,7 %), une région où on lit moins les quotidiens (54,6 %), ceux-ci y étant moins disponibles. Les habitants des autres régions peuvent alors être considérés comme des lecteurs moyens; ceux de l'Outaouais—Abitibi-Témiscamingue lisent des hebdomadaires dans une proportion de 66,8 %; ceux de l'Estrie, de 64,3 %; ceux de la Mauricie, de 58,7 % et ceux de Québec de 58,1 %. Les Montréalais, enfin, sont ceux qui lisent le moins les hebdomadaires (53,7 %).

De plus, il est intéressant de constater que les plus grands lecteurs d'hebdomadaires se recrutent surtout parmi les travailleurs du secteur primaire (79,8 %), les employés des services (75,9 %) et les ouvriers de la construction (71,6 %). Ils sont suivis en cela par les vendeurs (67,8 %), les ménagères (61,9 %), les administrateurs (59,7 %) et les employés de bureau (58,7 %). Les travailleurs du secteur secondaire (57,0 %), les employés des transports (55,6 %), les professionnels (53,9 %), les étudiants (52,6 %) et les sans-emploi (56,2 %) s'adonnent moins à la lecture des hebdomadaires.

Revenant maintenant à l'analyse des habitudes de lecture des différents groupes linguistiques, il convient de se demander si l'âge a un impact sur le fait de lire ou non des hebdomadaires. Selon le tableau II-32, il ne semble pas que ce facteur soit important chez les francophones puisqu'ils lisent des hebdomadaires dans une proportion de 60 %, quel que soit leur âge. La situation est différente pour les anglophones et les allophones. Chez les anglophones, on lit plus ce type de publications avant l'âge de 55 ans (18-34 ans : 59,1 %; 35-54 ans : 67,5 %) qu'après (55 ans et plus : 48,6 %). Pour les allophones, il semble que la tendance à lire des hebdos s'accroît avec l'âge : elle passe de 36,6 % chez les plus jeunes à 52,3 % chez les plus âgés.



TABLEAU II-32

Lecture des hebdomadaires, selon l'âge et la langue maternelle des informateurs
(en pourcentages)




8 Avec un tirage de 47 000 exemplaires en 1979, Le Progrès-Dimanche était l'hebdomadaire régional le plus important en dehors de la région de Montréal. [retour au texte]




La lecture des hebdomadaires s'accroît aussi avec la scolarité, en particulier chez les allophones. Ceux-ci ont un comportement qui est à l'inverse de celui des francophones et des anglophones. Les moins scolarisés (moins de 13 ans), qu'ils soient francophones ou anglophones, sont de plus grands lecteurs d'hebdos (63,7 % et 62,2 %) que les plus scolarisés (56,0 % et 56,3 %). Chez les allophones, au contraire, on trouve que les moins scolarisés lisent des hebdos en moins grand nombre (25,6 %) que les plus scolarisés (55,6 %). Un tel comportement peut s'expliquer de plusieurs façons, mais la scolarité, coïncidant probablement avec une certaine compétence linguistique peut permettre aux allophones de lire les hebdos à la fois en français et en anglais sans compter ceux qu'ils peuvent lire dans leur langue d'origine.

Langue de lecture des hebdos. Après avoir déterminé de façon générale qui sont les lecteurs des hebdomadaires, il est important d'examiner dans quelle langue ils lisent. Chez les francophones, on lit les hebdos de langue française dans une proportion de 98,2 %, alors que seulement 5,9 % affirment lire des hebdos de langue anglaise. Les anglophones ont un comportement un peu plus diversifié : 82,6 % lisent des hebdos de langue anglaise et 37,2 % des hebdos de langue française. Les allophones, pour leur part, sont plus attirés par les hebdos de langue anglaise (78,8 %) que par ceux de langue française (45,5 %), confirmant ainsi une tendance observée lors de l'analyse des quotidiens.



TABLEAU II-33

Lecture des hebdomadaires de langue française et de langue anglaise, selon la langue maternelle des lecteurs
(en pourcentages)




Le tableau II-34 permet d'affiner l'analyse de la langue de lecture des hebdomadaires, et de mieux saisir l'attrait que chacune des deux langues peut susciter auprès des différents groupes linguistiques. Ainsi, la grande majorité des lecteurs francophones (94,1 %) lisent uniquement des hebdomadaires de langue française. Les anglophones, pour leur part, semblent plus polyvalents : même si, en général, ils se limitent aux quotidiens de langue anglaise (62,8 %), 19,8 % affirment en lire dans les deux langues et 17,4 % uniquement en français. Chez les allophones, le petit nombre d'informateurs ne permet pas de distinguer leur comportement de celui des anglophones. Si on compare ces données à celles recueillies pour les quotidiens, la lecture dans les deux langues est moins élevée dans le cas des hebdomadaires : environ 4 fois moindre chez les francophones (4,1 % par rapport à 17,9 %) alors que la différence n'est que de 10 % environ chez les anglophones et chez les allophones. Il faut probablement voir là le fait que les hebdomadaires de langue française sont avant tout des organes régionaux d'information pour les Québécois francophones et qu'ils ont peu accès à des hebdos de langue anglaise en dehors de la région de Montréal.



TABLEAU II-34

Langue de lecture des hebdomadaires, selon la langue maternelle des lecteurs
(en pourcentages)




La scolarité éclaire, jusqu'à un certain point, le comportement des lecteurs d'hebdos. Ainsi, ceux qui lisent dans les deux langues affichent la scolarité la plus élevée (13,2 ans en moyenne); ils ont probablement acquis une meilleure connaissance de la langue seconde au cours de leurs études. Ceux qui lisent uniquement en anglais ont une scolarité moyenne à peu près aussi élevée (13,0 ans) et, comme nous l'avons vu précédemment (tableau II-34), ils regroupent surtout des anglophones qui, en général, ont une scolarité plus élevée que les francophones. Ceux qui lisent uniquement en français ont une scolarité assez faible (10,8 ans en moyenne) : ce sont pour la plupart des francophones.

Mais puisqu'on vient de l'évoquer, quel effet la maîtrise de la langue seconde peut-elle avoir sur la lecture des hebdomadaires? Selon le tableau II-35, elle a un effet beaucoup plus fort chez les anglophones et chez les allophones que chez les francophones. Mais ces données doivent être interprétées avec prudence, étant donné les rôles différents que semblent jouer les hebdos de langue française et ceux de langue anglaise. Comme nous l'avons mentionné précédemment, les hebdos de langue anglaise ne sont pas tellement accessibles en dehors de certaines régions alors que les francophones lisent surtout des hebdos pour y recueillir des informations régionales.



TABLEAU II-35

Langue de lecture des hebdos, selon la compétence pour lire la langue seconde et selon la langue maternelle (en pourcentages)




2.2.2. Le temps consacré à la lecture des hebdos

Au cours de la semaine précédant l'enquête, les lecteurs d'hebdos ont consacré une moyenne de 2,2 heures à ces publications et il n'y a pas de différence significative selon les diverses régions du Québec. Cependant, les habitudes de lecture varient selon la langue maternelle de l'informateur. Les francophones qui lisent des hebdos y consacrent moins de temps que les anglophones et les allophones (tableau II-36). Les lecteurs francophones n'y allouent que 2,1 heures par semaine, alors que les allophones y consacrent 2,8 heures et les anglophones, jusqu'à 3,0 heures.



TABLEAU II-36

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture des hebdos, selon la langue maternelle




Qu'en est-il du comportement des hommes et des femmes dans ce domaine? Selon le tableau II-37, les hommes francophones consacrent 33 % plus de temps à lire des hebdos que les femmes francophones. Chez les anglophones et les allophones, on trouve la situation contraire: les femmes passent plus de temps que les hommes à lire des hebdos. Les lectrices de ces deux groupes linguistiques y consacrent en moyenne respectivement 3,1 et 3,2 heures, les lecteurs n'y accordant que 2,8 et 2,4 heures.



TABLEAU II-37

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture des hebdos, selon le sexe et la langue maternelle




Après avoir traité du temps que les informateurs consacrent à la lecture des hebdos en général, il est important d'introduire une autre dimension, soit le temps de lecture en fonction de la langue de lecture.

Selon le tableau II-38, les lecteurs francophones d'hebdos de langue anglaise y consacrent à peu près le même temps (1,8 heure par rapport à 2,0 heures) que ceux qui ne lisent que des hebdos de langue française. Il en est de même pour les allophones tandis que, chez les anglophones, les lecteurs d'hebdos de langue française y consacrent à moitié moins de temps que ceux qui ne lisent que des hebdos de langue anglaise.

Le fait de lire dans les deux langues augmente généralement le temps de lecture. Ainsi, les informateurs qui lisent dans les deux langues consacrent une moyenne de 4,0 heures à la lecture des hebdos. Ceux qui lisent uniquement en anglais y passent 2,8 heures et ceux qui lisent uniquement en français, 1,9 heure.



TABLEAU II-38

Moyenne d'heures par semaine consacrées à la lecture, selon la langue de l'hebdomadaire et selon la langue maternelle




2.2.3. Résumé

La lecture des hebdomadaires est plus répandue chez les francophones et les anglophones que chez les allophones. La proportion des lecteurs atteint environ 60 % chez les premiers et 40 % chez ces derniers. Très peu de francophones lisent des hebdos de langue anglaise (5,9 %) alors qu'une proportion importante d'anglophones lit des hebdos de langue française (37,2 %). Les allophones, pour leur part, s'intéressent davantage aux hebdos de langue anglaise (78,8 %) qu'aux hebdos de langue française (45,5 %). La proportion des lecteurs des divers groupes linguistiques qui lit des journaux dans les deux langues est beaucoup plus élevée chez les allophones (24,2 %) et chez les anglophones (19,8 %) que chez les francophones (4,1 %).

Si l'on tient compte du temps consacré à la lecture des hebdos, les lecteurs anglophones et allophones allouent davantage de temps chaque semaine à la lecture des hebdomadaires que ne le font les francophones (environ 3 heures pour les premiers et 2 heures pour les seconds). Les hommes francophones passent plus de temps à lire des hebdos que les femmes francophones, alors qu'on observe la situation inverse pour les autres groupes linguistiques.

On peut conclure que les hebdomadaires de langue française pénètrent assez bien le marché des lecteurs anglophones et allophones, mais que les hebdos de langue anglaise ne pénètrent pas tellement celui des francophones. Il faut remarquer cependant que les hebdomadaires de langue française cèdent le pas à ceux de langue anglaise en ce qui concerne le marché des lecteurs allophones. Ces données laissent deviner les rôles différents que jouent les hebdos auprès des divers groupes linguistiques. À l'extérieur de la région de Montréal, les hebdomadaires sont, avant tout, d'importants véhicules de l'information régionale tandis qu'à Montréal, lis jouent des rôles multiples : information nationale et internationale, échos mondains, presse ethnique, etc. Les anglophones et allophones concentrés dans la région de Montréal ont donc un meilleur accès à toute une gamme d'hebdos de langue française et de langue anglaise alors que les francophones du Québec en général n'ont pas le même choix. Il n'est donc pas surprenant que leurs habitudes de lecture des hebdomadaires diffèrent de celles des anglophones et allophones.

2.3. LES REVUES ET LES MAGAZINES

Après avoir circonscrit la place qui revient aux quotidiens et aux hebdos de langue française et de langue anglaise dans les habitudes de lecture des Québécois, abordons maintenant le cas des revues et des magazines. Le marché des revues et des magazines est des plus variés. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter les classifications existantes, en particulier celle d'Ulrich9, et les quelque 200 titres de revues différents mentionnés par nos informateurs. De plus, l'achat des revues occupe une part non négligeable du budget que consacrent les Québécois à la lecture. Selon Statistique Canada, en 1974, les familles de Montréal et de Québec allouaient à l'achat de revues respectivement 12,8 % et 16,4 % du budget qu'ils consacraient à la lecture10.

2.3.1. La lecture des revues en général

Selon les données obtenues, 67,4 % des Québécois lisent des magazines et des revues. On lit moins les revues chez les hommes (61,7 %) que chez les femmes (72,6 %), et ce type de lecture est plus répandu chez les moins de 35 ans (73,9 %) que chez les 35-54 ans (65,3 %) et les 55 ans et plus (53,6 %). De plus, les personnes plus scolarisées (13 ans et plus) lisent des revues en plus grand nombre (83,0 %) que les moins scolarisées (59,4 %). Les administrateurs (75,5 %), les professionnels (82,5 %), les employés de bureau (81,7 %) et les étudiants (81,9 %) sont de plus grands lecteurs de revues que les vendeurs (69,1 %), les employés des services (67,0 %), les employés des secteurs primaire (51,3 %) et secondaire (59,2 %), les ouvriers de la construction (60,8 %), les ménagères (61,1 %) et les sans-emploi (52,4 %).

Les anglophones sont plus nombreux à lire des revues que les francophones et les allophones. En effet, 75,1 % des anglophones lisent des magazines ou des revues, alors que 67,2 % des francophones et 56,2 % des allophones déclarent se livrer à cette activité.

Selon les données recueillies, 56,8 % des Québécois lisent des revues de langue française et 27,2 % des revues de langue anglaise, mais quel est le comportement de chacun des groupes linguistiques sur ce point? Selon le tableau II-39, les francophones lisent plus de revues de langue française en 1979 qu'en 1971 (63,2 % et 51,5 %), mais leur lecture de revues de langue anglaise n'est pas significativement différente de celle de 1971. Pour les anglophones, on constate la situation inverse. Ils lisent autant dans leur langue en 1979 qu'en 1971 (73,2 % et 72,8 %), mais leur lecture des revues de langue française s'est accrue de façon significative (19,5 % et 12,0 %). N'ayant pas de données pour les allophones en 1971, il n'est pas possible de connaître l'évolution de leur lecture des revues depuis lors. On constate par ailleurs qu'en 1979, ils choisissent dans une forte proportion de lire plutôt des revues de langue anglaise (47,5 %) que des revues de langue française (26,3 %).




9 Ulrich's International Periodicals Directory, New York, R.R. Bowker Co., 18e éd., 1979-1980, XXXVIII-2156 p. [retour au texte]

10 Cité dans : Annuaire du Québec 1977/1978, 56e éd., Gouvernement du Québec, ministère de l'Industrie et du Commerce, Bureau de la statistique du Québec, XIV-1426 p., p. 644. [retour au texte]






TABLEAU II-39

Lecture des revues, selon la langue de l'imprimé et selon la langue maternelle des informateurs (en pourcentages)




Langue de lecture des revues. Ceci nous amène à vouloir mesurer, par le biais de la lecture des revues, l'attrait que chacune des langues suscite auprès des différents groupes linguistiques. Combien y a-t-il de lecteurs de revues qui lisent dans les deux langues, uniquement en anglais ou uniquement en français? Le tableau II-40 présente les résultats de la compilation pour les trois groupes linguistiques. À peu près la même proportion de francophones et d'anglophones (24,4 % et 23,2 %) lit dans les deux langues alors que la proportion atteint 33,3 % chez les allophones. La lecture unilingue française caractérise évidemment les francophones (69,7 %), mais la lecture unilingue anglaise n'est pas exclusive aux anglophones, elle touche aussi près de la moitié des allophones qui lisent des revues (53,4 %).



TABLEAU II-40

Langue de lecture des revues, selon la langue maternelle des lecteurs
(en pourcentages)




Le comportement des hommes et des femmes quant à la lecture des revues varie selon le groupe linguistique. Ainsi, le tableau II-41 montre que, chez les francophones, les hommes sont plus nombreux à lire des revues dans les deux langues que les femmes, alors que, chez les anglophones, on remarque la situation contraire. Autre fait à mentionner : un plus grand nombre de femmes (77,3 %) que d'hommes francophones (59,2 %) lisent uniquement des revues de langue française. Chez les anglophones, on trouve la situation inverse : il y a plus d'hommes (81,4 %) que de femmes anglophones (69,1 %) qui lisent uniquement des revues de langue anglaise. Les données ne sont pas significatives pour les allophones, mais, à titre indicatif, les femmes allophones liraient davantage uniquement en français alors que les hommes allophones seraient plus nombreux qu'elles à lire des revues dans les deux langues.



TABLEAU II-41

Langue de lecture des revues, selon le sexe et la langue maternelle des lecteurs
(en pourcentages)




L'attrait que suscite chacune des langues s'explique en partie par la compétence linguistique de l'informateur. Évidemment, celui qui a une certaine compétence pour lire dans l'autre langue le fera généralement plus facilement qu'un autre dont la compétence est faible ou nulle. Mais jusqu'à quel point les groupes linguistiques se différencient-ils sous ce rapport? La relation semble se vérifier tout particulièrement chez les francophones. Ceux-ci, lorsqu'ils ont une excellente compétence pour lire l'anglais, lisent plutôt des revues dans les deux langues (58,8 %) qu'en français seulement (27,4 %). Si la compétence linguistique n'est que bonne, la lecture bilingue cède la place (32,4 %) à la lecture unilingue française (60,0 %) qui ne cesse d'augmenter lorsque la compétence diminue. Pour, les anglophones, cette relation entre la compétence linguistique et la lecture dans les deux langues ne semble pas aussi forte en autant qu'on puisse en juger, étant donné le petit nombre d'informateurs anglophones doués d'une excellente compétence en français. Toutefois, quelle que soit leur compétence linguistique en langue seconde, la lecture unilingue anglaise recueille toujours plus d'adeptes que la lecture bilingue et d'autant plus que leur compétence diminue. Il faut mentionner, cependant, que 15 % des anglophones ayant une faible compétence pour lire le français lisent tout de même des revues dans les deux langues.



TABLEAU II-42

Langue de lecture des revues, selon la compétence linguistique et la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




2.3.2. La lecture de revues en particulier

Les quelque 200 titres de revues différents mentionnés par les informateurs peuvent être regroupés de différentes façons. Dans le but de simplifier au maximum la présentation des données, nous avons constitué une typologie qui classifie les revues selon qu'elles sont d'intérêt général (s'adressent à la population en général) ou d'intérêt particulier (s'adressent à certains groupes, tels les agriculteurs, les commerçants, les scientistes, etc.). Cette classification, bien que simplifiée à l'extrême, permet de mieux connaître les intérêts des lecteurs de revues des différents groupes linguistiques.

Trois constats se dégagent du tableau 11-43. Premièrement, les lecteurs des divers groupes linguistiques lisent surtout des revues d'intérêt général, qu'elles soient de langue française ou de langue anglaise. Deuxièmement, la lecture des revues de langue anglaise est plus spécialisée que celle des revues de langue française. Troisièmement, les francophones lisent proportionnellement plus de revues spécialisées de langue anglaise que les anglophones et les allophones.

Il s'agit ici d'une différence importante entre les groupes linguistiques puisque les anglophones et allophones recherchent avant tout des revues d'intérêt général lorsqu'ils lisent des revues de langue française. Comment expliquer ces profils de lecture différents?

Il est probable que la gamme des revues de langue anglaise disponibles sur le marché regroupe davantage de revues spécialisées que ce n'est le cas pour les revues de langue française. Il est possible aussi que les intérêts de lecture des divers groupes linguistiques soient eux-mêmes différents lorsque ceux-ci lisent des revues dans leur langue seconde.



TABLEAU II-43

Lecture de certains types de revues, selon la langue maternelle du lecteur
(en pourcentages)




Raisons de lire des revues de langue française. Compte tenu du type de revues que les informateurs lisent et de la langue dans laquelle ils s'adonnent à cette activité, on peut chercher à savoir pourquoi on lit une revue de langue française, de préférence à « un magazine ou une revue de langue anglaise qui traite le même sujet » (A. 29 et 32). Cette question a été posée aux anglophones et aux allophones qui lisent des revues en français, même s'ils parlent le plus souvent l'anglais à la maison (langue d'usage)11. Ceux-ci, cependant, ne sont pas très nombreux12 et les résultats qui suivent ne sont présentés qu'à titre indicatif. Les anglophones et les allophones (langue d'usage)11a choisissent de lire une revue de langue française plutôt qu'une revue de langue anglaise, d'abord pour apprendre ou améliorer leur français (55,3 %), parce que les sujets ou les problèmes y sont traités de façon plus concrète (52,2 %) ou à cause de la présentation de la revue (51,2 %). On préfère aussi cette revue parce qu'elle correspond mieux à la réalité québécoise (45,9 %) ou parce qu'elle fournit des informations sur ce qui se passe dans le monde francophone (38,2 %).




11 Les données qui suivent sont présentées selon la langue d'usage de l'informateur. La langue d'usage avait été retenue comme variable discriminante au moment de la construction du questionnaire. Elle permettait de poser les questions appropriées aux personnes qui étaient les plus aptes à y répondre (Annexe B, Q. 29 et 32). [retour au texte]

11a Les données qui suivent sont présentées selon la langue d'usage de l'informateur. La langue d'usage avait été retenue comme variable discriminante au moment de la construction du questionnaire. Elle permettait de poser les questions appropriées aux personnes qui étaient le plus aptes à y répondre (Annexe B, Q. 29 et 32). [retour au texte]

12 Les résultats sont présentés à titre indicatif, parce que le nombre d'informateurs (anglophones et allophones) n'est pas suffisamment grand (18 cas). [retour au texte]




Pour les francophones (langue d'usage), la situation est quelque peu différente. Dans le cas d'une revue d'intérêt général, ils préfèrent celle de langue française à cause de sa présentation (66,2 %) ou parce qu'elle correspond mieux à la réalité québécoise (64,4 %). Le fait de ne pas connaître l'anglais a moins d'impact sur leur choix, mais touche tout de même 43,5 % des francophones qui lisent des revues d'intérêt général. Quant aux revues d'intérêt particulier, les francophones choisissent de les lire en français, avant tout parce qu'elles fournissent des informations sur ce qui se passe dans le monde francophone (63,9 %). Le fait de ne pas connaître l'anglais a légèrement plus d'impact sur le choix de la langue de lecture d'une revue d'intérêt particulier: il atteint 48,0 % des francophones qui lisent de telles revues. L'inaptitude à lire l'anglais, même si elle n'est pas une raison aussi déterminante que celles reliées au contenu des revues, avantage jusqu'à un certain point le marché de la revue de langue française.



TABLEAU II-44

Raisons de préférer une revue de langue française à une revue de langue anglaise qui traite le même sujeta (francophones, langue d'usage seulement) (en pourcentages)




Raisons de lire des revues de langue anglaise. Reprenons la même démarche, mais cette fois pour les revues de langue anglaise. Pourquoi les francophones lisent-ils certaines revues en anglais, alors qu'ils trouveraient des revues du même genre en français? Le coût de la revue n'est pas une raison primordiale, puisque seulement 8,2 % des lecteurs de revues d'intérêt général et 15,2 % des lecteurs de revues d'intérêt particulier ont mentionné cette raison. En général, on choisit de lire en anglais une revue d'intérêt général, parce qu'elle fournit plus d'informations sur la réalité nord-américaine (59,9 %) ou parce qu'elle correspond mieux à la réalité nord-américaine (55,5 %). Pour les revues d'intérêt particulier, on préfère l'anglais au français, surtout parce que les sujets ou les problèmes y sont traités de façon plus concrète (58,9 %) (tableau II-45). Le désir d'apprendre ou d'améliorer son anglais en lisant de telles revues (d'intérêt général et d'intérêt particulier) est une raison qui a été mentionnée par près de 50 % des francophones qui préfèrent une revue de langue anglaise à une revue de langue française.



TABLEAU II-45

Raisons de préférer une revue de langue anglaise à une revue de langue française qui traite le même sujet (francophones, langue d'usage seulement) (en pourcentages)




Les anglophones, tout comme les francophones, préfèrent lire des revues dans leur langue. Ce choix, cependant, n'est pas fait pour les mêmes motifs, chez les francophones, le choix d'une revue de langue française est fondé bien moins sur le fait de ne pas connaître l'anglais que sur la présentation de la revue et sur les informations fournies au sujet de la réalité québécoise ou du monde francophone. Chez les anglophones, au contraire, on choisit la revue de langue anglaise avant tout parce qu'on ne connaît pas le français (51,4 %). Les autres raisons ont moins d'importance que pour les francophones. Ainsi, les anglophones préfèrent une revue de langue anglaise à cause de sa présentation (49,4 %), parce qu'elle fournit plus d'informations que la revue de langue française sur la réalité nord-américaine (48,7 %) ou parce qu'elle correspond mieux à la réalité nord-américaine (46,0 %). Le tiers des lecteurs anglophones préfèrent une revue de langue anglaise à une autre de langue française, parce que les sujets ou les problèmes y sont traités de façon plus concrète (32,4 %). Très peu enfin ont choisi une revue de langue anglaise parce qu'elle coûte moins cher (4,5 %).

2.3.3. Le temps consacré à la lecture des revues

Après avoir défini de façon générale les habitudes de lecture des Québécois en ce qui concerne les revues et magazines, il est important de compléter l'analyse en introduisant une nouvelle dimension, le temps consacré à la lecture des revues. Au cours du dernier mois, combien a-t-on passé de temps à lire des revues? Les Québécois qui lisent des revues ont consacré une moyenne de 7,3 heures à cette activité au cours du dernier mois précédant le sondage. Selon le tableau II-46, les francophones sont ceux qui consacrent le moins de temps à la lecture des revues (7,0 heures) et les allophones le plus de temps (9,5 heures). Les anglophones occupent la position mitoyenne avec 8,6 heures.



TABLEAU II-46

Moyenne d'heures consacrées chaque mois à la lecture des revues, selon la langue maternelle




Selon le tableau II-47, les hommes qui lisent des revues consacrent en général plus de temps que les femmes à cette activité, mais l'écart observé est différent pour chacun des groupes linguistiques. Ainsi, chez les francophones, la différence entre les hommes et les femmes est très peu marquée : elle n'est que de 18 minutes. Chez les anglophones, les hommes consacrent 1,9 heure de plus que les femmes à cette activité.



TABLEAU II-47

Moyenne d'heures consacrées chaque mois à la lecture des revues, selon le sexe et la langue maternelle




Le tableau II-48 montre que les lecteurs francophones passent moins de temps à lire des revues dans leur langue (6,2 heures) que ce n'est le cas chez les lecteurs anglophones (7,2 heures). Cette observation vaut aussi pour la lecture de revues dans la langue seconde (4,2 heures par rapport à 5,7 heures). Les allophones, pour leur part, allouent deux fois plus de temps à la lecture en anglais qu'à la lecture en français.



TABLEAU II-48

Moyenne d'heures consacrées chaque mois à la lecture, selon la langue des revues et selon la langue maternelle (en pourcentages)




2.3.4. L'évolution de la consommation des revues

Selon les données obtenues, 31,7 % des lecteurs de revues de langue française lisent plus de ces revues qu'au cours de l'année précédant l'enquête, 54,2 % autant et 14,1 % moins. Pour les revues de langue anglaise, la situation est à peu près semblable : 29,5 % des lecteurs de revues de langue anglaise lisent plus de ces revues que l'année précédente, 51,2 % autant et 19,3 % moins.

D'après le tableau II-49, les lecteurs francophones et anglophones ont augmenté, au cours de la dernière année, leur lecture de revues de langue française dans des proportions comparables (31,4 % et 30,2 %). La proportion des lecteurs qui augmenté leur lecture des revues de langue anglaise apparaît moins forte chez les anglophones (25,1 %) que chez les francophones (31,1 %). Si on compare le gain de lecteurs par rapport à la perte de lecteurs, les revues de langue française font meilleure figure que celles de langue anglaise. Le gain net pour les revues de langue française est de 17,3 % chez les francophones et de 19,2 % chez les anglophones. Pour les revues de langue anglaise, le gain net n'est que de 12,0 % chez les francophones et de 7,6 % chez les anglophones. On décèle une même tendance chez les lecteurs allophones, mais le nombre restreint d'informateurs appelle la prudence dans l'interprétation. Les données expriment donc un marché en croissance pour les revues de langue française tout comme c'était le cas pour les quotidiens.



TABLEAU II-49

Évolution de la lecture de revues de langue française et de revues de langue anglaise, selon la langue maternelle (en pourcentages)




2.3.5. Résumé

Cette analyse de la lecture des revues a permis de mieux cerner les habitudes de lecture des Québécois dans ce domaine. Elle a montré que 67,4 % des Québécois lisent des revues ou des magazines et que les anglophones sont de plus grands lecteurs de revues (75,1 %) que les francophones (67,2 %) et les allophones (56,2 %).

Contrairement à ce qu'on avait observé pour la lecture des quotidiens et des hebdomadaires, la proportion de francophones qui lisent des revues de langue anglaise (20,4 %) est plus élevée que celle des anglophones qui lisent des revues de langue française (12,5 %). Les allophones, cependant, se montrent toujours aussi favorables à l'anglais : 47,5 % lisent des revues de langue anglaise, alors que seulement 26,3 % lisent des revues de langue française.

Comparant ces résultats avec ceux de 1971, il est possible d'affirmer que les habitudes de lecture des Québécois ont changé concernant les revues. Les francophones lisent plus de revues de langue française en 1979 qu'en 1971, mais sans diminuer pour autant leur lecture des revues de langue anglaise. Les anglophones, pour leur part, ne lisent pas plus de revues de langue anglaise qu'en 1971, mais leur lecture des revues de langue française s'est accrue de façon significative.

La plupart du temps, on lit des revues d'intérêt général plutôt que des revues d'intérêt particulier et on le fait surtout en français, du moins chez les francophones. Les revues d'intérêt particulier sont le plus souvent lues en anglais par les francophones, alors que les anglophones et les allophones ne se limitent pas à des revues d'intérêt particulier. Quand ils lisent de telles revues de langue anglaise, ils lisent aussi dans une proportion de 24,4 % et de 22,4, % des revues d'intérêt général.

En général, les francophones préfèrent lire une revue de langue française qui s'adresse à l'ensemble de la population, à une autre de langue anglaise (qui traite le même sujet) à cause de sa présentation et à cause de sa capacité d'exprimer la réalité québécoise. Quant aux revues d'intérêt particulier (qui s'adressent à certains groupes en particulier), les francophones choisissent de les lire en français, avant tout parce qu'elles fournissent des informations sur ce qui se passe dans le monde francophone. Par contre, la préférence accordée à une revue de langue anglaise plutôt qu'à une revue de langue française repose plutôt, pour un francophone, sur le fait qu'il souhaite, en la lisant, mieux connaître la réalité nord-américaine (dans le cas des revues d'intérêt général) ou avoir une présentation plus concrète des sujets ou problèmes abordés (dans le cas des revues d'intérêt particulier). Chez les anglophones, on choisit l'anglais, d'abord parce qu'on ne connaît pas le français et, ensuite, à cause de la présentation de la revue ou de sa fidélité à la réalité nord-américaine.

Les lecteurs de revues ou de magazines consacrent en moyenne 7,3 heures à une telle activité de lecture. Les allophones passent plus de temps à la lecture des revues (9,5 heures) que les anglophones (8,6 heures) et les francophones (7,0 heures).

Ceux-ci lisent plutôt des revues dans la langue de leur groupe plutôt que dans l'autre langue. Les francophones consacrent 6,2 heures à lire des revues de langue française et 4,2 heures à des revues de langue anglaise. Les anglophones ont sensiblement le même comportement vis-à-vis des revues de langue anglaise, mais ils consacrent en moyenne plus de temps à lire des revues de langue française (5,7 heures) que les francophones à lire des revues de langue anglaise (4,2 heures).

En terminant, il convient de mentionner que la lecture de revues de langue française et de revues de langue anglaise a augmenté pour 31,4 % des lecteurs francophones. Par contre, 19,1 % des francophones lisent moins de revues de langue anglaise et 14,1 % moins de revues de langue française.

2.4. CONCLUSION

Il ressort de cette analyse de la lecture des médias écrits que les quotidiens ont un impact plus important sur le statut des langues puisqu'ils font l'objet d'une consommation beaucoup plus forte que les hebdomadaires et les revues. La proportion de lecteurs de quotidiens est beaucoup plus élevée que celle des lecteurs d'hebdomadaires et de revues pour tous les groupes linguistiques. Il en est de même pour le temps consacré à la lecture des quotidiens par rapport à celui alloué aux hebdomadaires et aux revues. Par exemple, les francophones et les anglophones passent 5 à 6 fois plus de temps mensuellement à lire des quotidiens qu'à lire des revues.

Des différences importantes existent entre les groupes linguistiques du point de vue de la lecture des médias écrits. Les francophones lisent moins les quotidiens que les autres groupes linguistiques; la proportion de lecteurs est plus faible de 15 % chez les francophones (79 %) par rapport aux anglophones et aux allophones (94 %). Du point de vue de la lecture des hebdomadaires et des revues, c'est du côté des allophones que la proportion des lecteurs est la plus faible (de 10 % à 20 % inférieure). Enfin, les lecteurs francophones consacrent moins de temps, en général, aux médias écrits que ceux des deux autres groupes linguistiques. Les deux principaux facteurs qui expliqueraient une certaine faiblesse de la lecture chez les francophones sont une scolarité moins élevée et une accessibilité moins bonne aux médias d'information écrits. Selon les données du sondage, la proportion de francophones dotés d'une scolarité inférieure à huit années est trois fois plus élevée que chez les anglophones et deux fois plus que chez les allophones. En ce qui concerne l'accessibilité, qu'il suffise de mentionner que les anglophones et les allophones sont davantage concentrés dans la région de Montréal, ce qui leur permet de se procurer une gamme plus étendue de médias écrits. Enfin, il est possible que l'occupation du temps de loisir soit assez différenciée d'un groupe linguistique à un autre et que d'autres facteurs pourraient ressortir d'une enquête plus détaillée.

En ce qui a trait à l'évolution de la langue de lecture des médias écrits, soit l'objet principal de cette recherche, un fait important se dégage. Il y a manifestement une croissance de la lecture des médias écrits de langue française et une stabilité pour les médias écrits de langue anglaise. Cette observation repose surtout sur la comparaison des données actuelles avec celles de 1971. Ainsi, la proportion des lecteurs francophones qui lisent des quotidiens de langue française a augmenté de 6 % entre 1971 et 1979. Chez les anglophones, la proportion de lecteurs de quotidiens de langue française s'est accrue de 23 %. Du côté de la lecture des revues de langue française, on observe une croissance de 12 % chez les francophones et de 7 % chez les anglophones. Ne disposant pas de données pour les allophones en 1971, il n'est pas possible de vérifier si la tendance à lire davantage de médias écrits de langue française vaut dans leur cas. On sait par ailleurs qu'en 1979, ils sont de plus forts consommateurs de médias écrits de langue anglaise que de médias écrits de langue française. Ce constat vaut particulièrement pour la lecture des hebdomadaires et des revues où la proportion de lecteurs allophones qui lisent les médias en anglais est deux fois plus élevée qu'en français.

Cependant, il y a un indice de ce que les allophones accroissent aussi leur lecture des médias écrits de langue française. D'après leur perception, ils seraient bien plus nombreux à avoir accru en un an leur lecture des médias écrits de langue française qu'à l'avoir diminuée (tableaux II-29 et II-49). Ces données subjectives sur l'évolution récente de la lecture des médias de langue française confirment aussi la croissance évoquée ci-haut pour les francophones et pour les anglophones.

Quels facteurs favorisent la croissance de la lecture des médias écrits de langue française? Il y a quelques indices qui ressortent de la présente analyse, mais il faudrait les approfondir davantage pour en dégager un diagnostic plus sûr. Soulignons tout de même que, pour les informateurs des trois groupes linguistiques, les quotidiens de langue française apparaissent relativement plus crédibles que ceux de langue anglaise. Il faut ajouter qu'une des principales motivations de lecture des anglophones et des allophones est l'apprentissage de la langue française. En ce qui concerne les revues de langue française, on constate qu'il y avait vraiment un marché à développer du côté des francophones. Ils apprécient surtout les revues qui expriment la réalité québécoise, ce qui coïncide avec la naissance, ces dernières années, de plusieurs revues québécoises d'intérêt général ou particulier.

Enfin, même s'il y a croissance pour la lecture des médias écrits de langue française, elle n'a pas eu lieu au détriment de ceux de langue anglaise. La proportion de lecteurs francophones et anglophones de ces derniers n'a pas diminué au cours des années 70. Ils semblent tirer un certain avantage du fait qu'on les considère souvent comme plus concrets, plus spécialisés et diffusant davantage d'information nationale et internationale.






Chapitre III

Table des matières

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