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Le français et les médias : Les habitudes des Québécois

LE FRANÇAIS ET LES MÉDIAS

Les habitudes
des Québécois






CHAPITRE III

Les médias électroniques







La radio et la télévision occupent une place importante dans la vie quotidienne des Québécois. Véhicules d'information, d'éducation et de divertissement, les médias électroniques pénètrent dans l'immense majorité des foyers. Leur impact sur le mode de vie des populations concernées n'est plus à démontrer. Depuis son avènement, la télévision a contribué, entre autres, à modeler les attitudes et les conduites de générations qui grandissent littéralement en face d'elle. De façon générale, la télévision a conduit à l'uniformisation. Les réseaux aplanissent les différences régionales et les programmations d'une chaîne à l'autre présentent des similitudes incontestables. Ces changements ne vont pas sans affecter les valeurs culturelles et les habitudes linguistiques des auditeurs. C'est essentiellement à cet ordre de préoccupation que s'attache l'analyse qui suit. Même si l'impact à long terme des médias électroniques sur les habitudes linguistiques et l'identité culturelle des Québécois ne peut être évalué directement, il importe de préciser et de quantifier les influences auxquelles ils sont soumis dans le contexte nord-américain. De cette façon pouvons-nous obtenir, à tout le moins, un tableau détaillé de la situation et soumettre ces éléments d'information à une réflexion collective.

La consommation globale de télévision amorce donc l'étude des comportements en cette matière, avec l'éclairage distinctif de la langue maternelle des auditeurs. Les dimensions culturelles et linguistiques propres à la télévision retiennent aussi l'attention. Plus spécifiquement, l'abonnement à la télédistribution, la télévision américaine, la langue d'écoute de la télévision constituent autant de sujets analysés en fonction de caractéristiques sociodémographiques des auditeurs. L'analyse de l'écoute de la radio procède de la même logique. Les aspects linguistiques occupent le cœur du débat alors que les préoccupations sur le contenu de la programmation et les motivations des auditeurs couvrent une autre dimension des comportements en matière de consommation des médias électroniques.

3.1. LA TÉLÉVISION

L'arrivée de la télévision dans le début des années 50 a ouvert le Québec à de multiples influences culturelles et sociales. Le petit écran offrait une source de divertissements et d'informations facilement accessible, permettant ainsi à chaque foyer de participer aux changements accélérés qui allaient affecter le Québec au cours des années 60. Jusque-là soumis à une culture dominante traditionnelle, les Québécois se sont vite adaptés à ce nouveau média, modifiant leurs valeurs, leurs loisirs, voire même leur consommation.

En fait, nous ne connaissons pas encore complètement l'influence de la télévision sur l'ensemble du mode de vie des Québécois. Nous ignorons surtout l'impact culturel et linguistique de ce phénomène. À l'heure actuelle, la plupart des Québécois se voient offrir le choix entre la télévision de langue française ou de langue anglaise et plusieurs ont également accès à des chaînes américaines. Nous avons donc voulu connaître l'état de la situation dans ce domaine, le postulat de départ étant que les habitudes d'écoute de la télévision influencent l'identité culturelle d'une population et qu'à défaut de pouvoir mesurer précisément cette influence, il est au moins primordial d'identifier les courants culturels auxquels les Québécois sont exposés par l'intermédiaire de leur petit écran.

3.1.1. Le nombre d'heures consacrées à la télévision

Au cours de la semaine précédant l'enquête, les informateurs ont consacré 17,1 heures à la télévision1. À ce chapitre, les anglophones et les francophones montrent des comportements analogues en termes de durée. Seuls les allophones attribueraient moins de leur temps à la télévision avec une moyenne de 14,5 heures par semaine.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le temps consacré à la télévision. Ainsi, les personnes actives sur le marché du travail regardent moins la télévision que les personnes inactives. Les personnes inactives comprennent les ménagères, les étudiants, les sans-emploi et les retraités. Les ménagères consacrent près de 22 heures par semaine à la télévision, alors que les étudiants et les sans-emploi réservent 19 heures de leur temps pour cette activité.

Ce sont les administrateurs et les professionnels qui passent le moins de temps à regarder les émissions télévisées avec 12 heures par semaine en moyenne. Les cols blancs, pour leur part, y consacrent environ 16 heures et les cols bleus, 18 heures. Cette situation se vérifie au sein des différents groupes linguistiques du Québec. Chez les anglophones, la situation est moins nette, mais le profil d'écoute selon l'activité de travail demeure semblable tandis que, chez les allophones, leur faible représentation ne permet pas d'obtenir des résultats probants. Toutefois, là aussi, la distinction entre actifs et inactifs pourrait se maintenir.

Le niveau de scolarisation influence également le nombre d'heures passées à regarder la télévision. Probablement à cause des habitudes de loisir plus diversifiées des personnes ayant atteint un niveau de scolarité plus élevé—n'avons-nous pas vu, entre autres, qu'elles consacrent plus de temps à la lecture des journaux—, le nombre d'heures réservées à l'écoute de la télévision diminue lorsque la scolarité augmente. À vrai dire, cette affirmation est surtout valable pour les francophones ainsi que l'indique le tableau III-1. Chez les anglophones et les allophones, la structure explicative des variables socio-économiques s'avère moins facilement décelable. Cette situation est attribuable à divers facteurs. D'une part, leur représentation au sein de l'échantillon est moins grande, ce qui éventuellement peut empêcher d'identifier des tendances plus claires, en particulier si elles sont propres aux anglophones et allophones. D'autre part, la distribution des variables socio-économiques est très différente entre les trois groupes linguistiques. Par exemple, dans le cas qui nous occupe, rappelons qu'il y a deux fois plus de personnes qui ont atteint 15 ans ou plus de scolarité chez les allophones et les anglophones que chez les francophones. Un francophone sur cinq n'a pas dépassé le niveau élémentaire d'études, tandis que ce même rapport s'établit à un sur dix pour les allophones et à un sur vingt environ pour les anglophones. Dans les circonstances, il est sans doute normal que les explications sociologiques ne soient pas exactement les mêmes pour les collectivités en présence puisqu'elles vivent des conditions fort différentes. Pour fins de consultation, nous reproduisons au tableau III-1 les résultats pour les anglophones et les allophones.




1 La cueillette des données a été effectuée durant les mois de juin et juillet 1979. La moyenne calculée à l'aide des données correspond assez bien à celle fournie partes Sondages B.B.M. (Bureau of Broadcast Measurement) pour adultes de 18 ans et plus durant ces mêmes mois. [retour au texte]






TABLEAU III-1

Moyenne d'heures d'écoute de la télévision, par semaine, selon la scolarité et la langue maternelle




Le revenu familial doit aussi être retenu comme facteur ayant une influence sur le temps consacré à la télévision. Encore une fois, cette situation se remarque surtout chez les francophones. Les plus démunis consacrent près de 22 heures hebdomadairement à la télévision. Chez les plus fortunés, cette moyenne baisse à 13 heures par semaine. En fait, la dichotomie s'établit surtout entre les familles qui disposent d'un revenu annuel supérieur à 20 000 $ et les familles qui gagnent moins de 20 000 $ annuellement.

Chez les anglophones, si une distinction devait s'établir, elle se situerait dans la catégorie supérieure de revenu, tandis que le faible nombre d'allophones empêche d'isoler une tendance nette chez ces derniers. Entre les différents groupes linguistiques, le revenu familial ne fait pas apparaître de différence plus grande qu'il n'en existe déjà sans le contrôle de cette variable. Pour fins de référence, les résultats pour les trois groupes linguistiques sont présentés au tableau III-2. L'impact du revenu familial sur le nombre d'heures réservées à la télévision provient vraisemblablement du mode de vie différent qu'engendrent des moyens financiers plus ou moins considérables. Entre autres, l'accès à une variété de loisirs entraînant des déboursés peut être facilité par une situation financière confortable.



TABLEAU III-2

Moyenne d'heures d'écoute de la télévision, par semaine, selon le revenu familial annuel et la langue maternelle




3.1.2. La langue d'écoute de la télévision

Au-delà du nombre total d'heures consacrées à la télévision, il est une question beaucoup plus cruciale dans le contexte de cette étude, à savoir la langue d'écoute de la télévision au Québec. L'examen des résultats permet de constater que plus de la moitié des anglophones regardent la télévision dans leur langue maternelle exclusivement. Chez les francophones, la proportion équivalente n'atteint que 42,5 %, la majorité des francophones préférant regarder à la fois la télévision de langue française et la télévision de langue anglaise2. Quant aux allophones, seulement 12,4 % regardent uniquement la télévision de langue française alors qu'ils sont près de trois fois plus à réserver exclusivement leurs heures d'écoute à la télévision de langue anglaise. Le tableau suivant reprend ces résultats de façon plus détaillée.



TABLEAU III-3

Langue d'écoute de la télévision, selon la langue maternelle (en pourcentages)




2 La télévision de langue anglaise inclut la télévision américaine. [retour au texte]




Pour les francophones, avant de considérer des explications sociodémographiques, il importe de vérifier jusqu'à quel point le choix entre la télévision de langue anglaise et ta télévision de langue française varie en fonction de la région, révélant ainsi une influence plus contextuelle sur les préférences linguistiques en matière de télévision. Pour les anglophones et les allophones, cette question est d'un intérêt moindre puisque la majorité d'entre eux vivent dans la région de Montréal et le petit nombre qui fait exception ne nous permet pas de tirer des conclusions statistiquement significatives. C'est dans la région de Montréal que l'attrait de l'anglais se révèle le plus fort puisque plus de 60 % des francophones regardent la télévision dans les deux langues. À l'autre extrême, moins de 30 % des francophones de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent expriment ces mêmes préférences en matière de télévision. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, environ le tiers des francophones regardent la télévision dans les deux langues. D'autre part, dans les autres régions où la présence de l'anglais se fait sentir à cause de la proximité de l'Ontario ou des États-Unis, les francophones adoptent des comportements en matière de consommation de télévision qui reflètent cette influence contextuelle. Ainsi, 54,1 % des francophones de l'Outaouais et de l'Abitibi-Témiscamingue regardent la télévision dans les deux langues. Pour les francophones de l'Estrie, la proportion se chiffre à 52,7 %. À Montréal, dans l'Ouest québécois et l'Estrie, les francophones écoutent donc majoritairement à la fois la télévision de langue française et de langue anglaise. Dans la Mauricie et dans la région de Québec, on rencontre autant de téléspectateurs francophones qui consacrent exclusivement leurs heures d'écoute à la télévision de langue française qu'il y en a qui regardent les stations françaises et anglaises.

Il convient donc de souligner l'influence contextuelle de la présence anglophone dans certaines régions. Dans les régions situées le long des frontières avec les États-Unis et l'Ontario, là où la concentration démographique des anglophones est davantage prononcée, les Québécois francophones adoptent des comportements en matière de télévision qui laissent une plus large part à la langue anglaise. L'accessibilité plus grande à des stations de langue anglaise entraîne donc une écoute plus élevée de ces stations chez les francophones.

Le niveau de scolarisation semble aussi avoir un effet déterminant sur les choix linguistiques rattachés à la télévision. Cette influence va dans le sens d'une proportion réduite de francophones qui regardent la télévision uniquement en français, au fur et à mesure que les années de scolarité s'ajoutent. Ainsi, les deux tiers des francophones qui ne dépassent pas le niveau élémentaire regardent la télévision seulement en français. Pour les francophones qui atteignent le niveau secondaire, cette proportion tombe aux environs de 40 % comme en témoigne le tableau III-5. La tendance se poursuit quand les francophones, qui ont à leur actif 13 années ou plus de scolarité, ne sont plus que 30 % à réserver leurs heures d'écoute exclusivement à la télévision de langue française. Vue sous un autre angle, la proportion de francophones qui écoutent la télévision dans les deux langues fait plus que doubler entre le niveau de scolarité élémentaire et les 15 années ou plus de scolarité. Chez les anglophones et les allophones, cette relation entre scolarité et langue d'écoute de la télévision ne peut être confirmée. Encore une fois, il est extrêmement difficile de déterminer quels types d'influence sont susceptibles de faire varier des éléments, telle la langue d'écoute de la télévision à l'intérieur des groupes non francophones. Dans le cadre de cette recherche, nous pouvons dégager des résultats globaux propres aux anglophones et allophones, mais, pour obtenir des explications plus complètes de ces résultats, il faudrait tirer des échantillons plus grands de ces communautés linguistiques.



TABLEAU III-4
Langue d'écoute de la télévision pour les francophones, selon la région
(en pourcentages)


TABLEAU III-5

Langue d'écoute de la télévision pour les francophones, selon le niveau de scolarité
(en pourcentages)




Un autre élément fortement relié à la langue d'écoute est représenté par le revenu annuel de la famille, du moins chez les francophones. Plus le revenu est élevé, plus les chances de regarder la télévision dans les deux langues s'accroissent et, corrélativement, celles de regarder la télévision uniquement en français diminuent. Près des trois quarts des francophones, dont le revenu familial dépasse les 30 000 $ par année, regardent la télévision dans les deux langues. Entre 20 000 $ et 30 000 $, la proportion voisine les 60 %, entre 10 000 $ et 20 000 $, elle diminue à la moitié, tandis qu'au-dessous de 10 000 $ annuellement, le rapport ne s'établit plus qu'à trois sur huit. Pour les autres groupes linguistiques, la relation entre revenu familial et langue d'écoute n'est pas significative.



TABLEAU III-6

Langue d'écoute de la télévision pour les francophones, selon le revenu familial annuel (en pourcentages)




Chez les francophones, l'âge s'avère d'une certaine importance quant au choix de la langue d'écoute de la télévision. En effet, près de 20 % de différence séparent les francophones de moins de 55 ans et leurs aînés lorsqu'il est question de l'écoute exclusive en français. Les gens âgés de 55 ans et plus préfèrent écouter seulement la télévision en français dans une proportion de 57,4 %, les jeunes (18-34 ans) affichent un pourcentage de 38,0 %, tandis que les francophones d'âge moyen (35-54 ans) se distinguent à peine de leurs cadets avec un pourcentage de 40,5 %. Pour les anglophones et les allophones, l'âge n'a pas une influence déterminante sur les préférences linguistiques en matière de télévision.



TABLEAU III-7

Langue d'écoute de la télévision pour les francophones, selon l'âge (en pourcentages)




Comme il fallait s'y attendre, la compétence dans la langue seconde influence fortement la langue d'écoute de la télévision. Cependant, cette relation est particulièrement accentuée au sein des francophones. Parmi ces derniers, ceux dont la compétence pour comprendre l'anglais est excellente regardent la télévision en français et en anglais dans une proportion qui dépasse 70 %. Un certain nombre de francophones consacrent même exclusivement leur temps d'écoute à la télévision de langue anglaise, ainsi que l'indique le tableau III-8. À vrai dire, au sein de ce groupe de francophones, la proportion d'écoute exclusive anglaise et la proportion d'écoute exclusive française sont à peu près semblables. Chez les auditeurs de langue maternelle française dont la compétence en anglais est bonne plutôt qu'excellente, l'écoute exclusive anglaise diminue à 3 % environ. Par contre, l'écoute dans les deux langues se maintient autour de 70 %, tandis que l'écoute exclusive française augmente à 24,3 %. Quand la compétence pour comprendre l'anglais est faible, 53,8 % des francophones réservent leur temps d'écoute à la télévision de langue française. Si la compétence est nulle, 85,3 % des francophones regardent la télévision en français seulement. Même lorsque la compétence en anglais est limitée, il subsiste 45,2 % de francophones qui déclarent regarder la télévision dans les deux langues.

Pour les anglophones, lorsque la maîtrise de la langue seconde s'avère faible, 63,4 % des anglophones regardent seulement la télévision dans leur langue, ce qui représente 10,0 % de plus que chez les francophones dans la même situation. Lorsque l'anglophone devient plus à l'aise en français, sa propension à regarder la télévision dans sa langue maternelle demeure plus grande que pour le francophone dans la même situation. Le nombre restreint d'anglophones dont la compétence pour comprendre le français est excellente (12,2 %) interdit de poursuivre la comparaison. Quoi qu'il en soit, nous disposons de suffisamment d'éléments pour penser que la compétence dans la langue seconde influence moins les préférences linguistiques des anglophones en matière de télévision que ce n'est le cas pour les francophones. L'interpénétration des deux cultures au sein des communautés anglophone et francophone risquerait donc, jusqu'à présent, d'être plus forte du côté des francophones. L'acquisition de la langue seconde se traduit par des comportements culturels quantitativement différents chez les francophones et les anglophones. Ces derniers, même bilingues, se révèlent moins perméables à la langue française que les francophones ne le sont à la langue anglaise, du moins lorsque la langue d'écoute de la télévision est choisie comme indicateur.



TABLEAU III-8

Langue d'écoute de la télévision, selon la compétence pour comprendre la langue seconde et selon la langue maternelle
(en pourcentages)




3.1.3. La télévision américaine

La télévision américaine importe au Québec les valeurs et le mode de vie de nos voisins du Sud. Jusqu'à quel point la pénétration de la télévision américaine sur le sol québécois est-elle avancée et quels sont les groupes de la population qui choisissent de participer à la culture américaine par le biais de la télévision? Ce sont là les questions auxquelles tente de répondre la présente section. D'abord, l'auditoire de la télévision américaine, au Québec, provient à 71,5 % des francophones, à 20,0 % des anglophones et à 8,5 % des allophones. Pourtant, à l'intérieur même des différents groupes linguistiques, la télévision américaine n'est pas répandue également. Par exemple, quatre anglophones sur cinq regardent la télévision en provenance des États-Unis; chez les allophones, le rapport s'établit à deux sur trois alors que, pour les francophones, la proportion se chiffre à un sur trois, ainsi qu'en fait foi le tableau III-9. L'identité culturelle des anglophones et allophones du Québec serait donc fortement susceptible d'être influencée par la télévision produite et diffusée au-delà du 45e parallèle. Il faut également remarquer que la télévision américaine est implantée chez une proportion importante des francophones et qu'il y a sans doute lieu de s'interroger aussi sur l'impact culturel d'une telle implantation, d'autant plus que, depuis 1971, leur consommation de télévision américaine a augmenté de 8,1 %. Cette augmentation de la consommation de télévision américaine est toutefois deux fois plus importante au sein des anglophones que chez leurs concitoyens de langue française. Chez les anglophones, l'augmentation atteindrait environ 17 % et les écarts mentionnés sont tous les deux statistiquement significatifs3.



TABLEAU III-9

Écoute de la télévision américaine pour 1971 et 1979, selon la langue maternellea
(en pourcentages)




Le contexte régional exerce-t-il une quelconque influence sur l'attrait de la télévision américaine pour la population francophone du Québec? Tel est effectivement le cas. La moitié de la population francophone de la région de l'Estrie regarde la télévision américaine. Dans la région de Montréal, cette proportion atteint 40 %, ce qui témoigne encore d'une forte pénétration de la télévision américaine auprès de l'élément francophone, d'autant plus que cette région regroupe près de 50 % de tous les francophones du Québec. Jusqu'à présent, ces résultats ne sont guère surprenants, les régions mentionnées étant influencées par la présence anglophone, soit par sa concentration comme à Montréal, soit par sa proximité géographique comme dans l'Estrie. Toutefois, lorsque 37,1 % des francophones de la Mauricie et 30,5 % des francophones du Saguenay—Lac-Saint-Jean déclarent regarder la télévision américaine, les résultats surprennent davantage. Si, dans une région aussi francophone que le Saguenay—Lac-Saint-Jean, la télévision américaine atteint 30 % de l'auditoire, la situation demanderait à être étudiée de plus près. Entre autres, il faudrait connaître l'influence à long terme de la télévision d'autres origines sur l'identité culturelle et linguistique d'une population. Pour les besoins de cette analyse, les régions de l'Outaouais et de l'Abitibi-Témiscamingue sont distinguées afin de faire ressortir leurs particularités. Ainsi, la région de l'Outaouais connaît un pourcentage d'écoute de la télévision américaine relativement élevé. Par contre, l'Abitibi-Témiscamingue constitue la région où les francophones connaissent le taux de visionnement le plus faible de tout le Québec. Cette situation est essentiellement due au fait que la télédistribution est fort peu répandue dans l'Abitibi-Témiscamingue et qu'il est difficile, voire impossible, de capter des stations américaines par réception directe, comme ce peut être le cas dans l'Estrie et dans la région de Montréal. En outre, il est possible de constater, dans la section sur le nombre d'heures consacrées à la télévision de diverses origines, que les auditeurs francophones de l'Abitibi-Témiscamingue qui ne peuvent capter la télévision américaine se tournent vers les stations canadiennes-anglaises.




3 Nous postulons que les données de SORECOM regroupent anglophones et allophones. [retour au texte]




Finalement, les francophones du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord montrent un taux de visionnement de la télévision américaine qui voisine les 20 % tandis que, dans la région de Québec, le pourcentage équivalent atteint 23,2 %; les téléspectateurs francophones de ces régions s'avèrent donc les moins exposés à la télévision américaine. Le tableau suivant résume la situation.



TABLEAU III-10

Écoute de la télévision américaine de la part des francophones, selon la région
(en pourcentages)




Quels facteurs sont susceptibles d'expliquer la plus ou moins grande perméabilité à la télévision d'origine américaine? Pour les francophones, le niveau de scolarisation atteint influence la propension à regarder la télévision américaine. Ainsi, parmi ceux qui n'ont pas dépassé le niveau primaire, environ 20 % disent regarder la télévision américaine. Chez les francophones qui ont atteint le niveau secondaire, le pourcentage se chiffre à 34,0 %. C'est au sein des francophones de niveau postsecondaire que le plus fort taux d'écoute de la télévision américaine se rencontre : près de la moitié de ces derniers regardent la télévision américaine. Chez les francophones ayant complété un nombre d'années de scolarité qui pourraient leur conférer un diplôme universitaire, la proportion de ceux qui manifestent un certain intérêt pour la télévision d'origine américaine tombe à deux sur cinq. Le tableau suivant reprend ces résultats.



TABLEAU III-11

Écoute de la télévision américaine de la part des francophones, selon le nombre d'années de scolarité (en pourcentages)




Pour les anglophones, la scolarité semble aussi exercer une certaine influence. La tendance irait dans le sens d'un taux de visionnement de la télévision américaine plus fort parmi les anglophones qui ont atteint 13 années de scolarité ou davantage. Chez les allophones, il est impossible de déceler le moindre impact de la scolarité sur la propension à regarder la télévision américaine.



TABLEAU III-12

Écoute de la télévision américaine de la part des anglophones, selon le nombre d'années de scolarité (en pourcentages)




Si, pour les francophones, la scolarité influe sur l'écoute de la télévision américaine, une autre variable est encore davantage reliée à cette propension à regarder la télévision américaine. Il s'agit de la compétence des francophones pour comprendre l'anglais. La relation est directe : plus la compétence dans la langue seconde augmente, plus l'écoute de la télévision américaine augmente également. Chez les francophones dont la compétence en anglais est inexistante, moins de 10 % regardent occasionnellement la télévision en provenance de stations américaines. Ceux dont la compétence est excellente sont près de trois sur cinq à regarder les émissions des stations américaines, comme en fait foi le tableau III-13. C'est dire tout l'impact culturel du bilinguisme chez les Québécois francophones.



TABLEAU III-13

Écoute de la télévision américaine de la part des francophones, selon la compétence pour comprendre l'anglais (en pourcentages)




Le revenu familial exerce également une influence sur l'écoute de la télévision en provenance des États-Unis. Ainsi, les francophones qui bénéficient d'un revenu familial supérieur à 30 000 $ annuellement sont près de la moitié à consacrer une certaine part de leur temps d'écoute aux stations américaines. Chez les francophones, dont le revenu familial annuel est inférieur à 10 000 $, cette proportion baisse au quart, tandis que, dans les catégories intermédiaires de revenu, le tiers des francophones regardent la télévision américaine. Chez les anglophones et les allophones, le même phénomène semble se produire, mais la tendance est moins nette. À titre indicatif, les résultats sont présentés au tableau III-15. Ainsi, même chez ces deux autres groupes linguistiques, le revenu familial annuel ferait varier la propension à écouter la télévision américaine, et ce, dans le sens d'une écoute accrue parallèlement à des disponibilités financières importantes.



TABLEAU III-14

Écoute de la télévision américaine par les francophones, selon le revenu familial annuel (en pourcentages)



TABLEAU III-15

Écoute de la télévision américaine par les anglophones et les allophones, selon le revenu familial annuel (en pourcentages)




3.1.4. L'abonnement à la télédistribution

Depuis quelques années, le phénomène de la télédistribution connaît un essor considérable. Géographiquement, il s'étend maintenant à des régions assez éloignées des grands centres et jusque-là très peu exposées à la télévision américaine. Afin d'obtenir une certaine évaluation du phénomène, les informateurs se sont vu demander s'ils étaient abonnés à la télédistribution. Environ 30 % des informateurs ont répondu que tel était le cas4. Toutefois, le câble est beaucoup plus populaire auprès des anglophones du Québec qu'il ne l'est auprès des francophones et allophones. Comme on peut le constater à la lecture du tableau suivant, près de 60 % des anglophones sont abonnés à la télédistribution contre 42,4 % chez les allophones et 26,6 % chez les francophones.



TABLEAU III-16

Abonnement à la télédistribution pour 1971 et 1979, selon la langue maternellesa
(en pourcentages)





4 Précisons qu'il s'agit là des résultats basés sur les informateurs et non sur les ménages, comme c'est habituellement le cas pour ce genre de données. De plus, étant donné que les informateurs qui ne regardaient pas la télévision en anglais n'ont pas répondu à la question et que le pourcentage est calculé sur le total des informateurs qui ont répondu à la section du questionnaire portant sur la télévision dans l'ensemble, l'estimé de l'abonnement à la télédistribution est, sans doute, conservateur. [retour au texte]




L'abonnement à la télédistribution a sensiblement augmenté depuis 1971. Ainsi, malgré l'estimé conservateur dont nous disposons, il est possible de constater que l'abonnement des francophones s'est accru de 10 % environ depuis 1971. Cet écart entre les deux pourcentages est statistiquement significatif. Cependant, c'est auprès des anglophones et allophones5 que la télédistribution a connu la percée la plus importante. L'augmentation dans ce cas est de 20 % environ, ce qui permet de conclure aussi à une différence statistiquement significative.

Si l'abonnement à la télédistribution est beaucoup plus répandu chez les anglophones et les allophones que chez les francophones, est-il possible d'observer des différences régionales dans l'abonnement des francophones? Ces différences existent effectivement et surprendront sans doute ceux qui ne sont pas familiers avec le dossier de la télédistribution. Ainsi, la région de la Mauricie en est une où l'implantation du câble est très avancée : plus de 40 % des francophones affirment être abonnés. L'Estrie et l'Outaouais connaissent également une proportion appréciable de francophones abonnés à la télédistribution. De plus, les francophones du Saguenay—Lac-Saint-Jean auraient le câble dans une proportion plus grande que les francophones des régions urbanisées comme Montréal et Québec6. La région du Saguenay—Lac-Saint-Jean, traditionnellement très francophone, est donc de plus en plus exposée aux télévisions américaine et canadienne-anglaise, rendues accessibles par le câble. Encore une fois, il faudrait étudier l'impact de la télédistribution et de la pénétration de la télévision d'autres origines sur les valeurs culturelles d'une population. La région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie de même que l'Abitibi-Témiscamingue, demeurent relativement peu exposées à la télédistribution, puisque moins d'un francophone sur cinq est abonné. Dans la région de Québec, la proportion des francophones abonnés au câble se chiffrerait à 21,1 % ainsi que l'indique le tableau III-17. Enfin, dans la région de Montréal, environ le quart des francophones seraient abonnés à la télédistribution.




5 Nous postulons que les données de SORECOM regroupent anglophones et allophones. [retour au texte]

6 Ces données coïncident avec celles du ministère des Communications. [retour au texte]






TABLEAU III-17

Abonnement à la télédistribution pour les francophones, selon la région
(en pourcentages)




La scolarité explique en partie l'abonnement à la télédistribution chez les francophones. Chez les anglophones et les allophones, la relation entre ces deux variables est inexistante. L'effet de la scolarité sur l'abonnement à la télédistribution suit le même profil que pour l'écoute de la télévision américaine. Les francophones faiblement scolarisés s'abonnent très peu au câble. Au niveau de scolarité secondaire, la proportion double : désormais, plus du quart des francophones disposent du câble. Chez les francophones qui ont atteint 13 ou 14 ans de scolarité, un sommet de 41,5 % d'abonnés est atteint, puisque les francophones qui détiennent plus de 15 années de scolarité ne sont plus que 26,4 % à s'abonner au câble.



TABLEAU III-18

Abonnement à la télédistribution pour les francophones, selon la scolarité
(en pourcentages)




Comme l'abonnement à la télédistribution représente un déboursé, le revenu familial serait-il en mesure d'influer sur l'abonnement? Plus du tiers des francophones les plus à l'aise financièrement sont abonnés à la télédistribution. À l'opposé, les plus dépourvus ne sont pas 20 % à y être abonnés. Les francophones, dont le revenu familial se situe entre 10 000 $ et 20 000 $ par année, disposent du câble dans 25,0 % des cas. Entre 20 000 $ et 30 000 $, la proportion atteint 29,0 %. Ces résultats confirment que le revenu familial influe sur l'abonnement à la télédistribution.



TABLEAU III-19

Abonnement à la télédistribution pour les francophones, selon le revenu familial annuel (en pourcentages)




Chez les allophones, le revenu familial n'introduit aucune différence. Quel que soit le revenu gagné, la proportion d'abonnés varie très peu. Par contre, chez les anglophones, une ligne de démarcation très nette s'établit entre les revenus inférieurs et les revenus supérieurs. Ainsi, la proportion d'abonnés à la télédistribution double entre les revenus de moins de 20 000 $ annuellement et les revenus de 20 000 $ et plus, passant de 32,8 % à 62,3 % comme on peut le constater d'après le tableau suivant. Pour les anglophones, l'abonnement à la télédistribution semble donc fortement influencé par le budget familial.



TABLEAU III-20

Abonnement à la télédistribution pour les anglophones, selon le revenu familial annuel (en pourcentages)




3.1.5. Le nombre d'heures consacrées à la télévision de diverses origines culturelles

Après avoir discuté du temps total consacré à la télévision, des préférences linguistiques qui y sont rattachées, de la télévision américaine et de l'abonnement à la télédistribution, il demeure une réalité qui doit aussi être étudiée, celle de l'écoute de la télévision canadienne-anglaise. Il ne suffit pas d'observer en quelle langue les Québécois écoutent la télévision et de préciser si la télévision américaine retient leur attention, il faut également comparer, quantitativement, à quelle influence culturelle ils sont soumis par l'intermédiaire du petit écran. Bien qu'il soit certain que les productions télévisées puissent être comparables d'une station à l'autre et d'une langue à l'autre, il faut considérer que la télévision de langue française, la télévision américaine et la télévision canadienne-anglaise véhiculent des normes et des valeurs qui, au-delà de leurs similitudes, reflètent les cultures différentes dont elles sont issues. Or, la question est justement de préciser jusqu'à quel point les Québécois participent à ces divers courants culturels en analysant le nombre d'heures consacrées à la télévision d'origine américaine, canadienne-anglaise et canadienne-française.

D'abord, on consacre au Québec en moyenne 10,9 heures par semaine à la télévision de langue française, 3,4 heures à la télévision canadienne-anglaise et 2,9 heures à la télévision américaine.

Nous pouvons remarquer dès maintenant que la télévision américaine talonne de très près la télévision canadienne-anglaise quant à sa cote de popularité auprès de la population en général. Toutefois, ces résultats ne sauraient être présentés sans introduire une distinction relative aux groupes linguistiques en présence. Ainsi, les francophones réservent 12,4 heures par semaine à la télévision de langue française, ce qui représente environ 71 % de leur temps d'écoute total. La télévision canadienne-anglaise occupe 2,8 heures en moyenne chez les francophones, suivie de très près par la télévision américaine qui retient leur attention: 2,3 heures par semaine en moyenne. Au sujet de la langue d'écoute de la télévision, nous savons déjà que la pénétration de la télévision de langue française en milieu anglophone est moins avancée que celle de la télévision de langue anglaise en milieu francophone7. Cette première observation est confirmée par le nombre d'heures consacrées à la télévision de chaque origine. Les anglophones regardent la télévision de langue française en moyenne deux heures par semaine, ce qui totalise 12 % de leur temps d'écoute, tandis que les francophones consacrent au minimum deux fois plus de temps à la télévision de langue anglaise. Par ailleurs, les anglophones partagent à peu près également leur temps d'écoute en langue anglaise entre la télévision canadienne-anglaise et la télévision américaine. Dans le premier cas, la moyenne s'établit à 7,9 heures et, dans le second cas, elle se chiffre à 7,2 heures. Les allophones, pour leur part, seraient soumis à diverses influences culturelles, du moins en ce qui concerne la télévision. Ils divisent leur temps de télévision environ à parts égales entre les télévisions de diverses origines, avec une très légère préférence pour la télévision canadienne-anglaise pour laquelle ils réservent en moyenne 5,1 heures par semaine. En outre, les allophones passent 4 heures et 40 minutes environ à regarder la télévision de langue française et il en est de même pour la télévision américaine.




7 Voir tableau III-3, p. 80. [retour au texte]






TABLEAU III-21

Moyenne et pourcentage d'heures par semaine consacrées à la télévision de diverses origines, selon la langue maternelle




L'analyse selon la région permet-elle de découvrir des différences quant au nombre d'heures d'écoute consacrées à la télévision de diverses origines? Comme les anglophones et les allophones sont surtout concentrés dans la région de Montréal et que leur nombre restreint ne permet pas d'analyser leur situation à l'extérieur de cette région, seuls les francophones sont retenus pour l'analyse régionale. Tout d'abord, en ce qui concerne le nombre total d'heures consacrées à la télévision, ce sont les francophones de l'Abitibi-Témiscamingue, suivis des francophones du Saguenay—Lac-Saint-Jean qui passent le plus de temps devant leur petit écran. Dans les deux cas, plus de 20 heures par semaine sont réservées à la télévision.

Quant à la télévision de langue française, en nombre d'heures, c'est encore la région d'Abitibi-Témiscamingue qui se classe première. Cependant, si l'on considère la répartition du temps entre les télévisions de diverses origines, nous devons constater que la région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie réserve la portion la plus importante de son temps d'écoute à la télévision francophone. Vue sous cet angle, la région de Québec connaît également une préférence marquée pour la télévision de langue française, puisque 81,9 % du temps total d'écoute sont consacrés à cette dernière.

Les régions les plus exposées à la langue anglaise, soit Montréal, l'Estrie et l'Outaouais, connaissent les plus faibles taux d'écoute de la télévision de langue française. Le cas de l'Outaouais en particulier pourrait devenir alarmant. À peine un peu plus de la moitié du temps d'écoute des francophones de cette région se passe en français. Dans les régions de Montréal et de l'Estrie, les mêmes pourcentages oscillent autour de 65 %.

Le Saguenay—Lac-Saint-Jean, pour sa part, consacre les trois quarts du temps d'écoute à la télévision francophone, ce qui le place tout de même assez loin derrière le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, compte tenu du fait que, dans les analyses linguistiques, ces deux régions offrent souvent des résultats très voisins. Ainsi, au sujet de l'écoute de la télévision, le Saguenay—Lac-Saint-Jean deviendrait plus perméable à la langue anglaise.

En ce qui concerne la télévision américaine, c'est à Montréal, dans l'Estrie et dans l'Outaouais que les francophones y consacrent le plus de temps, avec une certaine avance pour l'Estrie. Cette situation s'explique évidemment par la proximité géographique des États-Unis. Le même phénomène se produit d'ailleurs pour l'Outaouais et l'Abitibi-Témiscamingue. La proximité avec l'Ontario entraîne un taux d'écoute de la télévision canadienne-anglaise qui dépasse le cinquième du temps total d'écoute. La région de Montréal suit, encore une fois, avec en moyenne 3,1 heures par semaine consacrées à la télévision canadienne-anglaise, soit près de 20 % du temps total d'écoute. La Mauricie s'avère aussi, jusqu'à un certain point, une région soumise aux pressions de la langue anglaise, puisque près de 30 % du temps d'écoute se passe à regarder la télévision canadienne-anglaise et américaine. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, le nombre moyen d'heures réservées à la télévision canadienne-anglaise est le même qu'à Montréal, ce qui, encore une fois, soulève le problème de la force d'attraction de la langue anglaise dans une région jusque-là très peu touchée par l'influence anglophone. Le tableau suivant fournit le détail des résultats.



TABLEAU III-22

Moyenne et pourcentage d'heures par semaine consacrées à la télévision de diverses origines pour les francophones, selon la région




3.1.6. Les motivations sous-jacentes aux profils d'écoute

Ce n'est pas tout de connaître le profil d'écoute des Québécois, encore faut-il découvrir les motifs qui les incitent à adopter tel ou tel comportement en matière de télévision. Ainsi, l'immense majorité des téléspectateurs qui consacrent entièrement leur temps d'écoute à la télévision de langue française le font parce qu'ils ne comprennent pas l'anglais. Seulement 10,3 % expliquent leur écoute unilingue française par l'absence de station anglophone dans leur région. Du côté de la télévision anglophone, la quasi-totalité de ceux qui écoutent seulement la télévision en anglais justifient leur comportement par le fait qu'ils ne comprennent pas le français. Une seule personne invoque l'absence d'autres stations dans sa région pour expliquer qu'elle regarde la télévision seulement en anglais.

Quant à ceux qui regardent à la fois la télévision de langue anglaise et la télévision de langue française, lorsqu'ils regardent la télévision de langue française, c'est qu'ils recherchent certaines émissions en particulier. Les francophones sont plus nombreux à invoquer cette raison : au-delà de 90 % la mentionnent contre respectivement 77,3 % et 75,6 % pour les anglophones et les allophones. Plus des trois quarts des francophones mentionnent également que le français est la langue qu'ils comprennent le mieux; 28,6 % des allophones sont dans le même cas. En outre, au-delà de la moitié des francophones s'identifient davantage à la télévision de langue française, tandis que 39,6 % des anglophones partagent cette opinion. Les allophones, dans la même situation, représentent environ 30 %. Enfin, plusieurs invoquent la qualité des émissions pour justifier leur choix, mais la langue maternelle n'introduit pas de différence significative à cet égard. Cependant, cette raison est mentionnée par tous les groupes linguistiques, plus souvent pour la télévision canadienne-anglaise et pour la télévision américaine que pour la télévision francophone. C'est dire que les stations de télévision de langue française retiennent moins leurs auditeurs par la qualité de leur produit que les stations canadiennes-anglaises ou américaines.



TABLEAU III-23

Raisons mentionnées pour expliquer l'écoute de la télévision de langue française par ceux qui regardent la télévision de langue anglaise et de langue française, selon la langue maternelle des informateurs
(en pourcentages)




En ce qui concerne la télévision canadienne-anglaise, les mêmes tendances que pour la télévision de langue française se dessinent. L'immense majorité des auditeurs soulignent que certaines émissions les intéressent particulièrement. Ainsi, ceux dont la compétence linguistique leur permet de regarder la télévision en français et en anglais choisissent en fonction de l'émission présentée et non pas selon la station émettrice ou la langue de diffusion. Les anglophones, pour leur part, soulignent également que l'anglais est la langue qu'ils comprennent le mieux. Les allophones sont près de la moitié à invoquer cette même raison, ce qui est supérieur à la proportion de 28,6 % observée au sujet de la télévision de langue française. La qualité des émissions présentées à la télévision canadienne-anglaise est invoquée par plus des deux tiers des francophones, tandis que leurs concitoyens anglophones et allophones se montrent plus sévères à l'endroit des émissions diffusées par les stations canadiennes-anglaises. Enfin, 61,7 % des anglophones se retrouvent davantage dans les émissions présentées à la télévision canadienne-anglaise, alors que 29,6 % des allophones et 18,7 % des francophones éprouvent le même sentiment d'identification.



TABLEAU III-24

Raisons invoquées pour expliquer l'écoute de la télévision canadienne-anglaise par ceux qui regardent la télévision de langue française et de langue anglaise, selon la langue maternelle des informateurs
(en pourcentages)




Lorsqu'il est question de la télévision américaine, c'est encore une fois certaines émissions en particulier qui attirent davantage les auditeurs. Seuls les anglophones invoquent en plus grand nombre la variété dans le choix d'émissions pour expliquer qu'ils accordent une certaine portion de leur temps d'écoute à la télévision américaine. Pour les francophones et les allophones, cette raison vient en seconde place. La qualité des émissions est aussi fréquemment invoquée. C'est d'ailleurs la télévision américaine qui recueille la palme de la qualité auprès des anglophones et des allophones, car c'est au sujet de celle-ci que cette raison est le plus souvent mentionnée. Les francophones, pour leur part, considèrent également les émissions diffusées par la télévision canadienne-anglaise et la télévision américaine de bonne qualité, puisque les proportions recueillies par chacune sont à peu près identiques. C'est donc la télévision francophone qui, entre toutes, est jugée le plus sévèrement par les auditeurs, et ce, quel que soit le groupe linguistique considéré. Par ailleurs, une part relativement importante des téléspectateurs cherchent à être mieux informés de l'actualité américaine en regardant la télévision en provenance des États-Unis. Finalement, plusieurs désirent ainsi participer à la culture américaine. Précisons que, pour l'ensemble des raisons invoquées à l'égard de la télévision américaine, le test du chi deux (X 2) n'est pas significatif sous un seuil de confiance de 0,05 quant à la langue maternelle des auditeurs, sauf pour le plus grand choix d'émissions. Pour les deux tableaux précédents, les résultats sont tous significatifs aux mêmes conditions, à l'exception de la meilleure qualité d'émissions à la télévision francophone où la langue maternelle n'introduit pas de différence significative.



TABLEAU III-25

Raisons mentionnées pour expliquer l'écoute de la télévision américaine, selon la langue maternelle (en pourcentages)




Les auditeurs qui parlent le plus souvent l'anglais à la maison ou une autre langue que le français ou l'anglais écoutent la télévision de langue française surtout pour apprendre ou améliorer leur français. De plus, au-delà de la moitié de ces auditeurs désirent participer à la culture française ou avoir une meilleure connaissance du milieu francophone en regardant la télévision en français. Enfin, plusieurs croient que l'information présentée à la télévision francophone est plus conforme à la situation actuelle du Québec. Même si les résultats selon la langue d'usage ne sont pas significatifs8, afin d'éviter toute confusion, les résultats sont présentés de façon distincte pour les deux groupes linguistiques.



TABLEAU III-26

Raisons mentionnées par les auditeurs de langue d'usage anglaise ou autre pour expliquer l'écoute de la télévision de langue française (en pourcentages)




Bien que cette raison vienne en tête quant à sa popularité, les auditeurs qui parlent le plus souvent français à la maison mentionnent moins leur désir d'apprendre ou d'améliorer leur anglais en regardant la télévision canadienne-anglaise que les auditeurs de langue d'usage anglaise placés dans la situation inverse. Cette raison recueille d'ailleurs les mêmes suffrages auprès des francophones qui regardent la télévision américaine, soit un pourcentage de 53,7 %. Un certain nombre de francophones et d'allophones espèrent acquérir une meilleure connaissance du milieu anglophone par l'intermédiaire de la télévision canadienne-anglaise, mais encore là, cette aspiration est exprimée dans des proportions moins fortes que ce n'est le cas pour les anglophones. Les francophones et les allophones manifestent, pour certains d'entre eux, leur intention de participer à la culture anglaise en regardant la télévision canadienne-anglaise. Enfin, les francophones considèrent, moins souvent que les anglophones ne le faisaient pour la télévision de langue française, que l'information présentée à la télévision canadienne-anglaise est plus conforme à la réalité actuelle du Québec.




8 Le seul cas limite serait celui concernant la participation à la culture française, raison que les allophones invoquent plus souvent que les anglophones. Le chi deux corrigé pour un tableau à quatre cases est significatif à un seuil de confiance de 0,08 et le chi deux non corrigé est significatif à 0,05. [retour au texte]






TABLEAU III-27

Raisons mentionnées par les auditeurs de langue d'usage française ou autre pour expliquer l'écoute de la télévision canadienne-anglaise (en pourcentages)




3.1.7. Les types d'émissions regardées

Les auditeurs québécois recherchent-ils certains types d'émissions en particulier, auprès des télévisions de diverses origines, et leur appartenance linguistique amène-t-elle des différences notables? C'est essentiellement à ces questions que la présente section tente de répondre. La base de l'analyse est définie par l'écoute régulière des types d'émissions suggérées. Pour répondre à cette définition, les catégories « très souvent » et « souvent » ont été regroupées. Ainsi, pour la télévision de langue française, un type d'émissions vient en tête pour les trois groupes linguistiques : il s'agit des nouvelles télévisées. Les longs métrages suivent en seconde place, encore une fois, pour les trois groupes linguistiques. Par la suite, certaines différences peuvent être remarquées. Les francophones et les allophones placent les variétés au troisième rang tandis que, chez les anglophones, ce type d'émissions est devancé par les sports. Les affaires publiques viennent en quatrième place quant à l'écoute régulière chez les francophones. Chez les allophones, ce rang est occupé par les séries, les affaires publiques ne recueillant qu'une sixième place, après les émissions sportives. Les téléromans jouissent aussi d'une certaine popularité auprès des francophones, mais ce n'est pas le cas auprès des anglophones et allophones puisque les téléromans occupent les derniers rangs dans les cotes de popularité de ces deux groupes linguistiques. Soulignons cependant, et cela ne devrait pas surprendre, que les francophones regardent en général plus régulièrement les différents types d'émissions présentées à la télévision de langue française que les téléspectateurs anglophones ou allophones.



TABLEAU III-28

Écoute régulière (très souvent, souvent) des différents types d'émissions présentées à la télévision de langue française, selon la langue maternelle (par ordre décroissant)
(en pourcentages)




Si les francophones vont chercher l'information à la télévision de langue française par le biais des bulletins de nouvelles et des émissions d'affaires publiques, à la télévision américaine, ils recherchent essentiellement le divertissement. Les émissions qui occupent les cinq premières places, pour les francophones, sont les variétés, les longs métrages, les jeux télévisés, les sports et les séries. Les nouvelles viennent au sixième rang et les émissions d'affaires publiques au neuvième rang. Chez les anglophones et les allophones, les longs métrages sont également les plus populaires, mais, par contre, les nouvelles télévisées viennent en seconde place. Les anglophones et les allophones accordent donc un plus grand intérêt à l'actualité américaine que leurs concitoyens de langue française. Pour les anglophones, les sports viennent, encore une fois, en troisième place, suivis des séries télévisées, des spectacles de variétés, des talk shows9, des émissions d'affaires publiques, des télé-théâtres et autres émissions de divertissement. Les talk-shows américains sont relativement populaires auprès des allophones puisqu'ils viennent en troisième lieu dans l'ordre de classement des émissions écoutées régulièrement. Les spectacles de variétés et les émissions d'affaires publiques retiennent également l'attention de ces derniers. Les sports et les autres émissions de divertissement suivent dans l'ordre de préférence, mais tous avec moins de 30 % d'écoute régulière parmi les allophones qui consacrent une certaine partie de leur temps d'écoute à la télévision américaine.




9 Précisons qu'au moment où le sondage a été effectué, il n'existait pas de talk-show (interview-variétés) à la grille horaire du réseau T.V.A. ou de la Société Radio-Canada [retour au texte]






TABLEAU III-29

Écoute régulière (très souvent, souvent) des différents types d'émissions présentées à la télévision américaine, selon la langue maternelle (par ordre décroissant)
(en pourcentages)




À la télévision canadienne-anglaise, les bulletins de nouvelles trouvent des téléspectateurs très assidus. Plus de 90 % des anglophones les suivent régulièrement et la proportion dépasse 80 % chez les allophones. Par contre, seulement 35,2 % des francophones qui regardent la télévision canadienne-anglaise suivent régulièrement les nouvelles télévisées. C'est dire qu'en matière d'information télévisée, la télévision de la langue française constitue la première source de renseignements des francophones. Ce sont les longs métrages et les spectacles de variétés qu'ils préfèrent regarder à la télévision canadienne-anglaise, les nouvelles venant en troisième lieu. Les longs métrages recueillent aussi la faveur des anglophones et des allophones puisqu'ils viennent au second rang parmi les types d'émissions regardées avec plus de 60 % d'écoute régulière dans les deux cas. Les émissions d'affaires publiques occupent le troisième rang dans la faveur des allophones. Chez les anglophones, ce type d'émissions est devancé par les sports. Les francophones qui regardent la télévision canadienne-anglaise sont également intéressés par les émissions sportives, puisque les sports arrivent en quatrième place dans l'ordre de préférence des différents types d'émissions. Toutefois, leur intérêt pour les affaires publiques à la télévision canadienne-anglaise reste très mitigé: ce genre d'émissions est classé en huitième place après, outre les émissions déjà mentionnées, les séries, les jeux télévisés, les talk-shows et, avant les téléromans, les émissions pour enfants et les télé-théâtres. Le tableau III-30 complète les résultats précédents.



TABLEAU III-30

Écoute régulière (très souvent, souvent) des différents types d'émissions présentées à la télévision canadienne-anglaise, selon la langue maternelle (par ordre décroissant)
(en pourcentages)




3.1.8. L'évolution des profils d'écoute

L'évolution des profils d'écoute depuis un an traduirait une diminution de l'écoute dans les catégories de télévision que les téléspectateurs des différents groupes linguistiques regardent le plus. Ainsi, le tiers des francophones affirment avoir moins regardé la télévision de langue française au cours de l'année de l'enquête que la précédente, tandis que la proportion de ceux qui ont augmenté leur écoute n'est que de 12,4 %. Les anglophones, pour leur part, présentent aussi un bilan négatif pour la télévision américaine : 29,2 % disent avoir diminué le temps consacré à la télévision américaine contre 18,2 % qui l'ont augmenté. Du côté de la télévision canadienne-anglaise, la tendance est la même, mais plus accentuée : plus de 30 % des anglophones regardent moins la télévision canadienne-anglaise que l'an dernier et ceux qui la regardent davantage représentent 15,5 %. L'écoute de la télévision américaine et canadienne-anglaise irait aussi en diminuant chez les allophones. Dans le cas de la télévision américaine, le déficit est moins grand : 29,4 % des allophones ont diminué leur temps d'écoute et 23,7 % l'ont augmenté. C'est au chapitre de la télévision canadienne-anglaise que l'écart se creuse : 32,3 % la regardent moins, alors que seulement 12,2 % la regardent plus.

En fait, les téléspectateurs redistribuent leur temps d'écoute entre les trois grandes catégories de télévision. Par exemple, 42,6 % des anglophones disent avoir accru leur temps consacré à la télévision de langue française tandis que 15,3 % l'ont diminué. Les francophones, pour leur part, présentent un bilan positif pour la télévision américaine : les francophones qui regardent plus la télévision américaine sont environ deux fois plus nombreux que ceux qui la regardent moins. On constate aussi une légère augmentation pour les allophones en ce qui a trait à la télévision de langue française. Environ le tiers dit avoir augmenté leur écoute en français, tandis que 27,8 % affirment l'avoir diminuée. Quant aux francophones qui regardent la télévision canadienne-anglaise, le bilan est légèrement négatif : le quart aurait diminué le temps consacré à la télévision de cette origine tandis que 22,1 % l'auraient accru. Le tableau suivant résume l'ensemble des résultats obtenus.



TABLEAU III-31

Évolution de l'écoute de la télévision de diverses origines depuis un an, selon la langue maternellea (en pourcentages)




Par rapport à 1971, la situation s'est modifiée. Les francophones en 1971 démontraient une stabilité plus grande à l'égard de la télévision de langue française. Les pertes pour l'année précédente étaient à peu près compensées par les augmentations. La situation en 1979 traduit une nette tendance à la diminution de l'écoute de la télévision de langue française. En 1971, l'écoute de la télévision américaine chez les francophones s'avérait dans l'ensemble relativement stable; les francophones qui regardaient la télévision américaine autant que l'année précédente représentaient les trois quarts des effectifs et les pertes étaient totalement compensées par les augmentations. En 1979, la situation a changé; les francophones pour qui l'écoute de la télévision américaine ne s'est pas modifiée depuis l'année précédente ne représentent pas la moitié et, changement beaucoup plus important, le déséquilibre traduit cette fois une forte augmentation de l'écoute de la télévision américaine. Quant à l'écoute de la télévision canadienne-anglaise chez les francophones, la situation de 1971 et celle de 1979 peuvent toutes deux être considérées comme stables par rapport aux années précédant ces enquêtes. Cependant, les proportions de francophones qui modifient soit à la hausse, soit à la baisse, leurs habitudes d'écoute à l'égard de la télévision canadienne-anglaise sont plus élevées en 1979, mais ces modifications se neutralisent les unes les autres.

En 1971, le bilan des habitudes d'écoute des anglophones et des allophones était plus favorable à la télévision de langue française qu'il ne l'est en 1979. Entre 1971 et 1979, les anglophones et allophones10 qui regardent moins la télévision de langue française que l'année précédente ont plus que doublé, sans que cette différence soit compensée par ceux qui ont augmenté leur écoute. Quant à la télévision américaine, l'évolution depuis 1971 traduit une modification majeure des habitudes d'écoute. La tendance s'est inversée au cours des huit années qui séparent les deux enquêtes. En 1971, le bilan de l'évolution depuis l'année précédente était nettement favorable à la télévision d'origine américaine. En 1979, ce bilan lui est maintenant défavorable. Il faudrait suivre de près l'évolution des habitudes d'écoute des anglophones et des allophones afin d'établir si les résultats obtenus proviennent d'une modification à long terme des comportements de ces derniers en matière de télévision ou s'il s'agit d'une différence ponctuelle qui ne se maintiendra pas dans le temps. Finalement, la télévision canadienne-anglaise semble avoir subi également des modifications dans les profils d'écoute de ses auditeurs anglophones et allophones. De très stable qu'elle était en 1971, la situation a évolué vers une diminution en 1979 du temps d'écoute consacré à la télévision canadienne-anglaise. Les résultats qui précèdent laissent soupçonner que les habitudes d'écoute des Québécois changent rapidement et qu'il faudrait suivre de près l'évolution de la situation.




10 Nous postulons que les données de SORECOM regroupent anglophones et allophones. [retour au texte]




3.2. LA RADIO

Lors de l'avènement de la télévision au début des années 50, nombreux étaient ceux qui croyaient que l'âge d'or de la radio était désormais une époque révolue. Cependant, en se détournant des productions qui avaient nettement avantage à être télévisées et en s'orientant vers un style et une programmation plus propices au genre de média qu'elle constitue, la radio a su se tailler une place enviable dans le domaine des médias électroniques. La télévision évoluant de plus en plus vers les productions préenregistrées, la diffusion en direct est maintenant devenue la marque de commerce de la radio. Un autre aspect qui distingue la radio et la télévision est que cette dernière s'adresse à un auditoire, tandis que la première s'adresse plus souvent à un auditeur. En effet, le contact entre l'auditeur et le diffuseur est davantage personnalisé par l'omniprésence de l'animateur de la radio. Même si l'auditeur n'écoute que d'une oreille, il a souvent l'impression que l'animateur d'une émission de radio ne s'adresse qu'à lui. Enfin, il faut souligner l'extrême mobilité des récepteurs de la radio par rapport à ceux de la télévision. On les retrouve dans toutes les automobiles et les petits postes à transistors peuvent suivre l'auditeur en tous lieux. Pour ces raisons, la radio est demeurée un média qui occupe une place fort importante dans la diffusion de l'information, de la culture et, à plus forte raison, de la langue. Elle exerce donc une influence sur le statut de la langue française au Québec et c'est précisément de cette question que traite l'analyse suivante.

3.2.1. La langue d'écoute de la radio

D'abord, la grande majorité des Québécois écoutent la radio dans leur langue maternelle. Ilse produit moins d'interaction linguistique pour la radio que pour la télévision. En effet, 65,0 % des francophones écoutent la radio uniquement en français et 62,9 % des anglophones l'écoutent uniquement en anglais. Quant aux allophones, ils sont plus de 40 % à écouter la radio dans les deux langues, 30,9 % l'écoutant uniquement en anglais et 27,7 % uniquement en français, comme en fait foi le tableau III-32.



TABLEAU III-32

Langue d'écoute de la radio, selon la langue maternellea (en pourcentages)




L'écoute de la radio de langue française ou de langue anglaise varie-t-elle considérablement selon les régions du Québec? Cette question est examinée pour les francophones seulement, étant donné le faible nombre d'allophones et d'anglophones hors Montréal. Pour la radio, nous retrouvons les deux régions les plus francophones, c'est-à-dire le Bas-Saint-Laurent—Gaspésie et le Saguenay—Lac-Saint-Jean. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, les francophones interrogés déclarent tous écouter uniquement la radio de langue française. Dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, 90 % des francophones font de même. Dans la région de Québec, le pourcentage se situe aux environs de 85 % et, dans la Mauricie, il diminue à 70 %. En deçà de ce pourcentage, nous retrouvons cette fois les régions où l'influence de l'anglais se fait sentir. Les francophones de l'Estrie ne sont plus que 57,1 % à écouter la radio exclusivement en français. Dans l'Outaouais et l'Abitibi-Témiscamingue, le pourcentage est très voisin, soit 55,2 %. C'est dans la région de Montréal que l'écoute exclusive de la radio française est la plus faible pour les francophones; 42,9 % préfèrent plutôt écouter à la fois la radio de langue française et la radio de langue anglaise. Le tableau suivant résume ces résultats.



TABLEAU III-33
Langue d'écoute de la radio pour les francophones, selon la région
(en pourcentages)



Quelles sont les caractéristiques sociodémographiques qui font varier les préférences linguistiques des informateurs quant à l'écoute de la radio? Pour les anglophones et les allophones, il ne se dégage pas de tendances claires entre les variables sociodémographiques et la langue d'écoute de la radio. Pour les francophones, l'âge exerce une première influence. Les jeunes adultes sont significativement moins nombreux dans la catégorie d'écoute exclusive française que leurs aînés. Comme on peut le constater à la lecture du tableau III-34, un écart de 25 % sépare les jeunes francophones des francophones d'âge moyen lorsqu'il est question d'écouter la radio de langue française uniquement. Sans doute les jeunes vont-ils chercher à la radio anglaise une programmation qui correspond mieux à leurs goûts personnels.



TABLEAU III-34

Langue d'écoute de la radio pour les francophones, selon l'âge (en pourcentages)




La scolarité introduit également des différences significatives quant à la langue d'écoute de la radio. Chez les francophones qui ont fréquenté seulement le niveau primaire, 85,5 % des auditeurs consacrent exclusivement leurs heures d'écoute à la radio de langue française. Au niveau secondaire, les francophones dans la même situation ne sont plus que 65,2 %. Les francophones ayant 13 ou 14 ans de scolarité connaissent le plus faible pourcentage d'écoute exclusive française avec 47,7 %. Ilse produit une légère remontée chez les francophones qui ont complété 15 années ou plus de scolarité puisque 55,9 % n'écoutent que la radio de langue française.



TABLEAU III-35

Langue d'écoute de la radio pour les francophones, selon la scolarité
(en pourcentages)




La compréhension de l'anglais joue un rôle déterminant quant au choix de la langue d'écoute de la radio. Seulement 44,2 % des francophones dont la compréhension de l'anglais est excellente réservent exclusivement leurs heures d'écoute à la radio de langue française. C'est là le plus faible pourcentage observé chez un groupe de francophones. Au fur et à mesure que la compétence en anglais diminue, la proportion d'auditeurs francophones qui écoutent seulement la radio de langue française augmente pour atteindre 88,2 % chez ceux dont la compréhension est nulle. Ainsi, la proportion double entre une excellente compréhension de l'anglais et une absence de compétence en cette langue.



TABLEAU III-36

Langue d'écoute de la radio pour les francophones, selon la compétence pour comprendre l'anglais (en pourcentages)




3.2.2. Le nombre d'heures d'écoute de la radio

Au moment où l'enquête a été menée, les Québécois consacraient en moyenne 4 heures 20 minutes par jour à écouter la radio, quelle que soit la langue de diffusion. Sur ce point particulier, les comportements des groupes linguistiques ne diffèrent pas beaucoup. Ainsi, les francophones et les anglophones consacrent le même nombre d'heures par jour à la radio, soit environ 4 heures 25 minutes en moyenne. Les allophones, pour leur part, écoutent la radio en moyenne une heure de moins que leurs concitoyens de langue maternelle française et anglaise.

Quant à la répartition du temps d'écoute entre les radios de langue française et de langue anglaise, elle est identique pour les anglophones et les francophones, à cette différence près que cette répartition s'inverse selon la langue. Par exemple, les francophones consacrent 3 heures 30 minutes à la radio de langue française, tandis que, chez les anglophones, la même durée est attribuée à la radio de langue anglaise. Il reste donc, dans les deux cas, un peu moins d'une heure pour l'écoute de la radio dans la langue seconde. Les allophones, pour leur part, partagent leur temps d'écoute entre la radio de langue française et celle de langue anglaise, mais avec une demi-heure en sus pour la radio francophone, ainsi qu'en témoigne le tableau suivant.



TABLEAU III-37

Moyenne et pourcentage d'heures d'écoute de la radio, par jour, selon la langue de diffusion et la langue maternelles
(en pourcentages)




Sur le plan régional, tout se passe comme si le temps moyen réservé à l'écoute de la radio de langue française s'avérait une constante chez les francophones. Sauf à Montréal, où les francophones consacrent en moyenne une demi-heure de moins à la radio de langue française, les heures d'écoute dans les régions du Québec varient autour de 3,6 heures par jour. L'élément qui varie, par contre, en fonction de la région, est l'écoute de la radio anglaise de la part des Québécois de langue maternelle française. Le minimum d'heures d'écoute se retrouve au Saguenay—Lac-Saint-Jean, où l'écoute de la radio de langue anglaise, chez les francophones interrogés, est nulle. Le maximum se rencontre encore une fois à Montréal, où les auditeurs de langue française écoutent la radio anglophone pendant environ 1 heure 20 minutes par jour. Les résultats moyens pour l'Estrie et l'Outaouais sont voisins de ceux observés à Montréal. Jusqu'à présent, l'analyse à l'aide des moyennes d'heures d'écoute suit le profil déjà décrit au sujet de la langue d'écoute de la radio. La Mauricie constitue en quelque sorte une zone intermédiaire entre les régions où l'anglais fait sentir son influence et les régions plus francophones. Ainsi, 80 % des heures d'écoute moyennes se passent en français tandis que, dans les régions de Québec, du Bas-Saint-Laurent—Gaspésie et du Saguenay—Lac-Saint-Jean, cette proportion atteint ou dépasse 90 %.



TABLEAU III-38

Moyenne et pourcentage d'heures d'écoute de la radio pour les francophones, par jour, selon la langue de diffusion et la région des auditeurs




L'âge des auditeurs a-t-il une quelconque influence sur la durée de l'écoute de la radio. Pour les francophones, le temps passé à écouter la radio varie peu d'un âge à l'autre; les aînés y consacrent au total moins de temps. Quant à la langue d'écoute, les jeunes adultes de 18 à 34 ans écoutent moins longtemps la radio de langue française que les plus âgés, mais ces mêmes jeunes sont de plus fidèles auditeurs de la radio de langue anglaise, à laquelle ils consacrent près de 30 % de leur temps d'écoute. Les auditeurs francophones d'âge moyen écoutent des stations de radio anglophone pendant un peu moins de 20 % de leur temps d'écoute tandis que, chez les auditeurs de 55 ans et plus, cette proportion se réduit à 10 %.



TABLEAU III-39

Moyenne et pourcentage d'heures d'écoute de la radio pour les francophones, par jour, selon la langue de diffusion et l'âge des auditeurs




Chez les anglophones et les allophones, malgré leur faible représentation numérique, une première constatation se dégage : l'écoute de la radio diminue avec l'âge des auditeurs. Chez les anglophones, entre les plus jeunes et les plus âgés, le nombre d'heures d'écoute diminue du tiers. Toutefois, quels que soient l'âge des auditeurs et le nombre total d'heures d'écoute, la répartition des heures d'écoute entre les radios de langue anglaise et de langue française demeure constante. Qu'ils soient jeunes ou vieux, les anglophones consacrent 80 % de leur temps d'écoute à la radio de langue anglaise et, chez les allophones, le pourcentage du temps consacré à la radio de langue française s'établit à près de 60 %, quel que soit l'âge. Le tableau suivant précise ces résultats.



TABLEAU III-40

Moyenne et pourcentage d'heures d'écoute de la radio pour les anglophones et les allophones, par jour, selon la langue de diffusion et l'âge des auditeurs




Chez les francophones, la scolarité fait également ressortir certaines tendances dans les profils d'écoute. D'abord, le temps d'écoute de la radio diminue lorsque le nombre d'années de scolarité augmente. De plus, l'écoute de la radio francophone connaît un sommet chez les auditeurs qui détiennent sept années ou moins de scolarité et le nombre d'heures minimum se rencontre auprès des francophones qui ont 15 années ou plus de scolarité à leur actif. Toutefois, compte tenu de leur total d'heures d'écoute, ce sont les auditeurs qui ont complété 13 ou 14 ans de scolarité qui consacrent la portion la plus réduite de leur temps d'écoute à la radio de langue française. Le phénomène a d'ailleurs déjà été remarqué : cette catégorie de francophones adopte un comportement bien spécifique dans le domaine de la consommation des médias. Ils manifestent une plus grande perméabilité aux médias de langue anglaise. Leur niveau de scolarité correspond à certains types de formation et de profession, ce qui peut influer sur leurs habitudes culturelles. Les effectifs réduits chez les anglophones ne permettent pas de dégager des tendances très nettes au chapitre de la scolarité et des profils d'écoute.



TABLEAU III-41

Moyenne et pourcentage d'heures d'écoute de la radio pour les francophones, par jour, selon la langue de diffusion et la scolarité




La compréhension de l'anglais fait évidemment varier le nombre d'heures et la répartition du temps total consacré à la radio diffusée dans cette langue. C'est auprès des francophones dont la compréhension de l'anglais est excellente qu'on observe la plus forte proportion d'heures consacrées à la radio de langue anglaise, soit 35,1 %. Aucune autre variable ne produit, pour les francophones, des catégories où le pourcentage d'heures réservées à la radio anglophone est plus fort. Progressivement, lorsque la compétence en anglais se réduit, les heures passées à écouter la radio de langue anglaise connaissent une diminution parallèle. Le minimum atteint se rencontre chez les francophones dont la compétence pour comprendre l'anglais est nulle. Dans ce dernier cas, moins d'une demi-heure par jour se passe en moyenne à écouter la radio anglophone, pour une proportion du total d'écoute qui n'atteint pas 10 %. Le tableau III-42 reprend ces résultats en détail.



TABLEAU III-42

Moyenne et pourcentage d'heures d'écoute de la radio pour les francophones, par jour, selon la langue de diffusion et la compétence pour comprendre l'anglais




En ce qui concerne la télévision, on a constaté que le revenu familial exerçait une certaine influence sur les habitudes d'écoute. En est-il de même pour la radio? Chez les francophones, l'influence du revenu familial se confirme. Pour les informateurs non francophones, la situation est moins claire et interdit de généraliser la relation observée pour les francophones. Ainsi, pour le nombre d'heures consacrées à la radio, la tendance s'opère dans le sens d'une réduction des heures d'écoute lorsque le revenu familial annuel augmente. Entre un revenu de moins de 10 000 $ annuellement et un revenu de 30 000 $ et plus, une diminution du tiers des heures d'écoute réservées à la radio est observée. Cette diminution est surtout attribuable à la portion d'écoute consacrée à la radio de langue française puisque l'écoute de la radio anglophone s'avère relativement constante à travers les catégories de revenu. L'écoute de la radio francophone diminue progressivement en pourcentage, de 85,1 % qu'il était chez les auditeurs qui gagnent moins de 10 000 $ par année, à 77,8 % chez les auditeurs qui bénéficient d'un revenu familial annuel de 30 000 $ ou plus. Sans être très forte, cette diminution n'en est pas moins appréciable.



TABLEAU III-43

Moyenne et pourcentage d'heures d'écoute de la radio pour les francophones, par jour, selon la langue de diffusion et le revenu familial annuel




3.2.3. Les motivations sous-jacentes aux profils d'écoute de la radio

L'immense majorité des auditeurs qui écoutent exclusivement la radio de langue française le font avant tout parce qu'ils ne comprennent pas l'anglais. Pour certains d'entre eux (10,1 %), leur comportement s'explique par l'absence de diffuseurs de langue anglaise dans la région. Du côté de l'écoute unilingue anglaise, l'explication par la compétence linguistique est encore plus valable : seulement deux informateurs (3,5 %), sur le total des auditeurs qui réservent leur temps d'écoute exclusivement à la radio de langue anglaise, affirment qu'ils ne captent pas d'autres stations dans leur région.

Comme pour la télévision, c'est par le biais de certaines émissions en particulier que les stations de radio de langue française réussissent à gagner ou à retenir leurs auditeurs. C'est du moins ce qui se dégage du tableau III-45 où les francophones et les anglophones qui écoutent à la fois la radio de langue française et la radio de langue anglaise placent cette raison en tête quant à la fréquence à laquelle elle est invoquée. Les allophones, pour leur part, optent davantage pour le contenu musical lorsqu'ils écoutent la radio de langue française. Ils ne négligent pas pour autant certaines émissions en particulier puisqu'ils sont 62,8 % à invoquer cette raison pour expliquer leur écoute de la radio francophone. Les francophones mentionnent, évidemment en assez grand nombre, des raisons d'ordre linguistique; près de 65 % de ces auditeurs expliquent que le français est la langue qu'ils comprennent le mieux. Seulement 10,0 % des allophones sont dans le même cas, tandis qu'à peine 1 % des auditeurs de langue maternelle anglaise invoquent cette raison. Les deux tiers des 'francophones qui écoutent la radio dans les deux langues considèrent également que la radio de langue française produit des émissions de bonne qualité. Leurs concitoyens anglophones et allophones ne sont pas exactement du même avis. À peine 30 % des allophones mentionnent cette raison pour expliquer leur écoute de la radio de langue française, ce qui en fait la raison la moins populaire auprès de ces derniers avec la fréquence des bulletins de nouvelles. Les anglophones, quant à eux, invoquent la qualité des émissions dans 40 % des cas environ, ce qui est encore assez loin derrière les francophones. Le choix musical, déjà souligné pour les allophones, retient aussi l'attention des francophones et des anglophones lorsque plus de 50 % d'entre eux affirment que ce motif n'est pas étranger à leur écoute de la radio de langue française. De plus, un certain sentiment d'identification est ressenti par les auditeurs de la radio francophone, puisque 34,4 % des anglophones, 45,5 % des francophones et 53,8 % des allophones invoquent cette raison. Toutefois, les différences observées entre les groupes linguistiques ne sont pas significatives, statistiquement parlant. Enfin, la fréquence des bulletins de nouvelles retient l'attention de certains informateurs : 43,7 % des francophones, 30,3 % des allophones et 26,8 % des anglophones écoutent la radio de langue française pour cette raison.



TABLEAU III-44

Motifs d'écoute de la radio de langue française, pour les auditeurs qui écoutent dans les deux languesa (en pourcentages)




Lorsqu'il est question de la radio de langue anglaise, les allophones, qui n'étaient que 10,0 % à dire que le français est la langue qu'ils comprennent le mieux, sont maintenant 50,0 % à invoquer cette raison en faveur de l'anglais. Les anglophones sont évidemment très nombreux à invoquer ce motif, tandis qu'il demeure exceptionnel chez les francophones. Le choix de certaines émissions en particulier rallie anglophones et allophones dans l'explication des motifs qui les incitent à écouter la radio de langue anglaise. Chez les francophones, cette raison est devancée par le choix musical alors que, pour les allophones, le choix musical et l'attrait pour certaines émissions en particulier arrivent presque ex aequo. Ou bien les francophones n'ont pas le sens critique très développé en matière de qualité d'émissions de radio ou bien leur évaluation n'est pas basée sur les mêmes critères que ceux de leurs concitoyens de langue anglaise ou d'autres langues. Toujours est-il que les auditeurs de langue française remarquent proportionnellement plus souvent la qualité des émissions produites à la radio de langue anglaise. Il est d'ailleurs intéressant de souligner que les résultats concernant la qualité des émissions sont quasi identiques, quelle que soit la langue de la radio. Les différents groupes linguistiques conservent l'opinion exprimée au sujet de la radio de langue française, lorsque la radio de langue anglaise est à son tour évaluée. D'autre part, le sentiment d'identification à la radio de langue anglaise est davantage ressenti par les anglophones. Toute proportion gardée, ce sentiment est d'ailleurs plus souvent relevé par les anglophones que ce n'est le cas pour les francophones à l'égard de la radio de langue française. Finalement, la fréquence des bulletins de nouvelles à la radio anglophone retient peu l'attention des auditeurs de langue française. Les anglophones invoquent cette même raison dans 20,6 % des cas, tandis qu'elle motive près de 40 % des allophones.



TABLEAU III-45

Motifs d'écoute de la radio de langue anglaise pour les auditeurs qui écoutent la radio dans les deux langues, selon la langue maternellea (en pourcentages)




Pour quelles raisons les auditeurs qui parlent habituellement le français à la maison ou une autre langue que l'anglais ou le français écoutent-ils la radio de langue anglaise? C'est essentiellement à cette question que tentent de répondre les données du tableau III-4611. Ainsi, les auditeurs qui ne parlent pas habituellement l'anglais à la maison sont attirés par la diffusion dans cette langue des émissions qui les intéressent particulièrement. Un bon nombre d'auditeurs espèrent ainsi apprendre ou améliorer leur anglais tandis que la variété dans le choix d'émissions retient l'attention de 28,5 % des auditeurs de langue d'usage française. Enfin, l'opinion selon laquelle l'information présentée à la radio anglophone serait plus conforme à la situation actuelle du Québec ne semble pas recueillir une grande adhésion puisque seulement 10,0 % des informateurs qui parlent habituellement le français à la maison y accordent une certaine crédibilité.



TABLEAU III-46

Raisons d'écouter la radio de langue anglaise chez les francophones (langue d'usage)a




Quant aux auditeurs qui parlent habituellement l'anglais à la maison, ils écoutent surtout la radio de langue française pour entendre des émissions qui les intéressent davantage. Plus de la moitié espèrent aussi apprendre ou améliorer leur français en prêtant l'oreille à la radio francophone. Près du tiers des anglophones recherchent, à la radio de langue française, une information qui semble plus conforme à la situation actuelle du Québec. Il est à remarquer que les francophones placés dans la situation inverse négligeaient cette raison. Finalement, environ le quart des auditeurs de langue d'usage anglaise considèrent favorablement la variété dans le choix d'émissions diffusées par la radio francophone.




11 Afin d'éviter toute confusion et étant donné le faible nombre d'allophones (9) qui ont répondu à cette question, les résultats sont présentés pour les francophones seulement. La même remarque s'applique au tableau III-47. Les résultats sont présentés pour les anglophones seulement, les allophones ne représentant que 13 cas. [retour au texte]






TABLEAU III-47
Raisons d'écouter la radio de langue française chez les anglophones
(langue d'usage)a



3.2.4. Les types d'émissions de radio préférées

À la radio de langue française, les émissions musicales comptent parmi les préférées des auditeurs, et ce, quel que soit leur groupe linguistique. Au moins 70 % des auditeurs de la radio de langue française expriment leur préférence pour les émissions où la musique prédomine. Les francophones, pour leur part, cherchent aussi à s'informer en écoutant la radio dans leur langue. Les émissions d'information retiennent l'attention du tiers des allophones, mais les anglophones ne sont plus que 16,3 % à marquer leur préférence pour ce type d'émissions. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, les sports ne sont guère populaires à la radio de langue française. Seulement 12 % des auditeurs se révèlent des amateurs d'émissions sportives, quel que soit leur groupe linguistique. Rappelons que, pour la télévision, les émissions sportives ne sont pas en tête de liste non plus, quant à la régularité avec laquelle elles sont suivies; les bulletins de nouvelles et certaines émissions de divertissement les devancent fréquemment. Les lignes ouvertes à la radio francophone attirent un certain nombre d'auditeurs. Les francophones comptent 17,1 % d'amateurs de lignes ouvertes dans leurs rangs tandis que les anglophones en comptent 8,8 % et les allophones, 20,4 %. Ces différences de pourcentages ne sont toutefois pas statistiquement significatives.

La radio de langue anglaise attire également ses auditeurs à l'aide des émissions musicales. Les francophones sont presque unanimes à indiquer leur préférence pour ce genre d'émissions, en particulier à la radio de langue anglaise. Les anglophones et les allophones sont un peu plus réservés, mais ils demeurent amateurs d'émissions musicales dans une proportion de trois sur quatre. Les émissions d'information retiennent très peu l'attention des francophones. Les anglophones et les allophones, par contre, y accordent une plus grande importance puisque 38,8 % des premiers et 43,9 % des seconds expriment leur préférence pour les émissions d'information. Les sports présentés à la radio de langue anglaise recueillent une plus grande popularité auprès des anglophones que chez les francophones et les allophones. Toutefois, cette popularité ne dépasse pas 15 % de préférence chez les auditeurs de langue anglaise; elle tombe de moitié chez les allophones et elle s'établit au tiers environ chez les francophones. Les lignes ouvertes ne recrutent guère leurs auditeurs auprès des francophones : moins de 4 % affirment préférer ce genre d'émissions. Auprès des allophones, les lignes ouvertes trouvent des auditeurs un peu plus favorables tandis que les anglophones produisent la cote de popularité la plus élevée, mais elle ne dépasse pas 16 %.



TABLEAU III-48

Types d'émissions préférées à la radio de langue française, selon la langue maternelle des auditeursa (en pourcentages)



TABLEAU III-49

Types d'émissions préférées à la radio de langue anglaise, selon la langue maternelle des auditeursa (en pourcentages)




3.3. CONCLUSION

Que pouvons-nous retenir de l'analyse qui précède? D'abord, la coexistence de médias électroniques de langue française et de langue anglaise au Québec entraîne des échanges linguistiques qui se traduisent par un déséquilibre en faveur de la langue anglaise. Les Québécois francophones se révèlent en effet plus perméables à la télévision de langue anglaise que ne le sont les anglophones à la télévision de langue française. C'est ainsi que 42,5 % des francophones consacrent exclusivement leur temps d'écoute à la télévision de langue française alors que les anglophones qui regardent seulement la télévision en anglais atteignent 52,4 %. Les heures d'écoute expriment le même phénomène. Les anglophones regardent la télévision de langue française pendant deux heures par semaine en moyenne, ce qui représente 12 % de leur temps d'écoute, tandis que les francophones consacrent plus du double de ce temps (29 %) à la télévision de langue anglaise. Les allophones accentuent le déséquilibre en faveur de l'anglais. Ils sont deux fois plus nombreux à regarder exclusivement la télévision de langue anglaise plutôt que la télévision de langue française. En outre, les auditeurs allophones passent deux fois plus de temps devant les stations de langue anglaise qu'ils n'en passent devant les stations de langue française. De plus, l'attraction de la langue anglaise est encore plus accentuée dans certaines régions. Les francophones des régions de Montréal, de l'Estrie, de l'Outaouais et de l'Abitibi-Témiscamingue accordent une part plus importante que ceux des autres régions à la télévision de langue anglaise.

Des facteurs socio-économiques influencent également les choix linguistiques des francophones en matière de télévision. Ainsi, la part accordée à la télévision de langue française s'accroît chez les auditeurs plus âgés, faiblement scolarisés, dont la compétence en anglais est faible ou nulle et dont le revenu familial est limité.

Depuis 1971, la pénétration de la télévision d'origine américaine auprès des auditeurs québécois s'est accrue. La progression a été plus rapide chez les anglophones et les allophones que chez les francophones. En 1979, quatre anglophones sur cinq regardent des stations américaines; deux allophones sur trois et un francophone sur trois font de même. La scolarité influence fortement la propension des francophones à regarder la télévision américaine. Parmi ceux qui ont fréquenté le niveau primaire, le taux de pénétration de la télévision américaine se chiffre à 20 % alors qu'il atteint près de la moitié des francophones ayant 13 ou 14 ans de scolarité. Le niveau de bilinguisme fait aussi varier l'écoute de la télévision américaine. Plus la compétence en anglais augmente, plus les francophones sont portés à regarder la télévision provenant d'outre-frontière.

C'est dans l'Outaouais et l'Abitibi-Témiscamingue que les francophones consacrent le plus de temps à la télévision canadienne-anglaise. Dans cette dernière région, les auditeurs francophones regardent la télévision canadienne-anglaise près de six heures par semaine en moyenne, ce qui représente 22,7 % de leur temps d'écoute. Dans l'Outaouais, les francophones réservent cinq heures par semaine aux stations canadiennes-anglaises, ce qui totalise 27,7 % du temps d'écoute. Il faut voir là l'impact des stations de télévision de l'Ontario sur les profils d'écoute des Québécois francophones.

L'abonnement à la télédistribution a connu une progression appréciable depuis 1971. Malgré un estimé conservateur, on constate une augmentation de 10 % d'abonnés chez les francophones et de 20 % chez les non-francophones. Les auditeurs francophones abonnés à la télédistribution atteignent donc 26,6 %, les allophones 42,4 % et les anglophones 54,6 %. Régionalement, le câble opère des percées importantes auprès des francophones. En Mauricie, l'implantation du câble est très avancée : plus de 40 % des francophones sont abonnés. L'Estrie et l'Outaouais connaissent des taux de 35,7 % et de 33,9 % respectivement. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, région traditionnellement très francophone, près du tiers des auditeurs de langue française sont abonnés à la télédistribution, ce qui dépasse les proportions observées dans des régions urbanisées comme Montréal et Québec.

L'évaluation que les auditeurs donnent des stations de télévision qu'ils regardent varie selon qu'il s'agit de stations d'origine américaine, canadienne-anglaise ou française. Ainsi, la télévision de langue française est jugée sévèrement. Les auditeurs invoquent rarement la qualité de ses émissions pour expliquer qu'ils y consacrent un certain temps. Ils recherchent certaines émissions en particulier, mais ne mentionnent pas la meilleure qualité des émissions présentées. Au sujet de la télévision canadienne-anglaise, les auditeurs sont plus positifs. Certaines émissions les intéressent particulièrement, mais ils remarquent aussi la qualité de ce qui est présenté. Encore plus que les autres groupes linguistiques, les francophones invoquent la qualité des émissions pour expliquer leur écoute de la télévision canadienne-anglaise. Les deux tiers affirment que les émissions sont de bonne qualité, tandis que 36,0 % des anglophones et 42,1 % des allophones partagent cette opinion. C'est la télévision américaine qui recueille la faveur des auditeurs au sujet de la qualité de la production. Francophones, anglophones et allophones s'accordent à lui reconnaître des émissions de meilleure qualité et ils mentionnent plus souvent encore le grand choix d'émissions présentées à la télévision américaine.

À la télévision de langue française, les bulletins de nouvelles sont les émissions les plus suivies, du point de vue de la popularité des types d'émissions, quelle que soit la langue maternelle des auditeurs concernés. À la télévision américaine et à la télévision canadienne-anglaise, les auditeurs anglophones et allophones accordent un grand intérêt à l'information. Les francophones, pour leur part, recherchent plutôt le divertissement. Leur principale source d'information télévisée provient donc de la télévision de langue française alors que les auditeurs anglophones et allophones s'alimentent à des sources diverses.

En ce qui concerne la radio, la même proportion d'anglophones et de francophones, environ les deux tiers, écoutent exclusivement la radio dans leur langue maternelle. Si on parle d'interaction linguistique, c'est-à-dire la proportion des personnes d'un groupe linguistique qui consomment les médias de ceux de l'autre groupe linguistique, l'écoute de la radio montre une interaction plus forte que ce n'est le cas pour les médias écrits, mais moins que pour la télévision. La radio de langue anglaise ne s'en trouve pas moins favorisée, étant donné l'importance démographique des francophones. Chez les francophones, l'âge amène une plus forte écoute en français seulement. Par contre, les auditeurs francophones ayant un niveau de scolarité postsecondaire se tournent plus fréquemment vers les stations de langue anglaise. La compréhension de l'anglais amène aussi les francophones à écouter la radio anglaise. Entre l'absence de compréhension et la compréhension parfaite, les francophones qui écoutent exclusivement les stations anglaises diminuent de moitié, de 88,2 % à 44,2 %. La durée de l'écoute de la radio traduit aussi une situation semblable chez les principaux groupes linguistiques. Francophones et anglophones passent en moyenne chacun 4 heures 30 minutes par jour à écouter la radio, dont 3 heures 30 minutes dans leur langue maternelle. Les allophones, pour leur part, consacrent au total 3 heures 30 minutes par jour à la radio, mais, dans la répartition de leur temps d'écoute, la radio de langue française gagne une demi-heure sur la radio de langue anglaise.

Du point de vue de la popularité des émissions, une différence analogue à celle observée pour la télévision existe. Les francophones recherchent d'abord le divertissement que leur procure le contenu musical de la radio de langue anglaise alors que les anglophones s'intéressent surtout à l'information lorsqu'ils écoutent les stations de radio de langue française.






Chapitre IV

Table des matières

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