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Le français et les médias : Les habitudes des Québécois

LE FRANÇAIS ET LES MÉDIAS

Les habitudes
des Québécois






CHAPITRE IV

La situation du français
dans les autres activités
culturelles : le cas du livre,
du cinéma, du théâtre
et du spectacle







Après avoir évalué la situation du français dans le domaine des médias écrits et des médias électroniques, il demeure un secteur qui doit être examiné, celui des autres activités reliées au loisir et au divertissement. Sont visés plus précisément le livre, le film, le théâtre et le spectacle. Il n'est pas besoin d'insister longuement sur l'importance stratégique de ce secteur d'activités pour l'identité culturelle d'une collectivité. Tant au point de vue de la production que de la consommation des œuvres culturelles, l'incidence linguistique de ces activités est généralement reconnue et admise. La problématique de cette recherche ne permet évidemment de discuter que de l'aspect de la consommation. Jusqu'à quel point les Québécois participent-ils aux différentes activités mentionnées et dans quelle langue le font-ils? C'est essentiellement à cette question que tente de répondre l'analyse qui suit.

La lecture des livres amorce la discussion. Les différents groupes linguistiques adoptent-ils des comportements comparables en ce domaine et les échanges linguistiques qui ont été notés pour les autres secteurs se reproduisent-ils à la même fréquence en ce qui concerne la lecture des livres? Les activités professionnelles présentent souvent certaines exigences sur le plan des lectures. Pour cette raison, les lectures reliées au travail sont évaluées de façon distincte afin de tenir compte de leur réalité particulière.

Comme dans les analyses précédentes, les facteurs socio-économiques qui entrent dans l'explication des phénomènes étudiés font partie intégrante de l'analyse qui est poursuivie.

Le tableau des activités culturelles ne saurait être exhaustif sans y ajouter la fréquentation du cinéma, du théâtre et des spectacles. À leur sujet, les mêmes interrogations sont soulevées et les réponses apportées complètent le tour d'horizon des activités culturelles sélectionnées.

4.1. LES LIVRES

Le livre représente sans nul doute un des modes d'expression de la culture les plus importants. Une culture où l'écrit n'occupe pas une place importante risque de s'anémier à plus ou moins long terme. Sur le plan de l'épanouissement d'une langue, le livre constitue un outil privilégié. De plus, la connaissance et la maîtrise de sa langue passent inévitablement par la lecture. En plus d'être un mode de participation à la culture, l'expression écrite contribue à l'amélioration de la qualité d'une langue.

4.1.1. La lecture de livres

Au cours des trois mois précédant l'enquête, 55,6 % des Québécois ont lu au moins un livre. La lecture est une activité plus répandue chez les anglophones. Plus de 70 % d'entre eux s'adonnent à la lecture, tandis que les francophones et les allophones lisent dans les proportions respectives de 53,5 % et 58,8 %. Ce sont donc les francophones qui manifestent le moins d'intérêt pour cette activité.



TABLEAU IV-1

Lecture d'au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle (en pourcentages)




La lecture de livres diminue avec l'âge aussi bien chez les francophones que chez les anglophones. Un écart de 25 % environ sépare les jeunes francophones de leurs aînés âgés de 55 ans et plus. Les jeunes adultes anglophones lisent davantage que leurs pairs de langue française. Chez les anglophones, ce sont les plus âgés qui s'adonnent le moins à la lecture, mais, encore là, la proportion de lecteurs est à peine plus faible que celle des jeunes francophones et elle dépasse de 10,0 % la proportion de lecteurs francophones d'âge moyen. Chez les allophones, l'âge ne fait pas ressortir de différences à l'égard des habitudes de lecture.



TABLEAU IV-2

Lecture d'au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle et l'âge (en pourcentages)




Comme il fallait s'y attendre, la scolarité augmente la propension à la lecture. Chez les francophones, entre le niveau primaire et le niveau supérieur de scolarité (15 ans et plus), la proportion de lecteurs quadruple. Plus de quatre francophones sur cinq, ayant atteint ou dépassé les 15 années de scolarité, s'adonnent à la lecture. Chez les anglophones, la relation entre la scolarité et la lecture est tout aussi évidente. Quant aux allophones, la tendance semble aussi se maintenir : les niveaux inférieurs d'éducation lisent moins et les niveaux supérieurs lisent davantage.



TABLEAU IV-3

Lecture d'au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la scolarité et la langue maternelle (en pourcentages)




Chez les francophones, le revenu familial annuel influence les habitudes de lecture. La lecture est favorisée par un revenu supérieur et le point d'inflexion majeur se situe au delà de 30 000 $ par année. Un écart de 20 % environ sépare la catégorie de 20 000 $ à 30 000 $ et la catégorie supérieure. En deçà de 30 000 $ par année, la proportion de lecteurs varie entre 40 % et 50 %. Chez les anglophones et les allophones, il est impossible de dégager une influence significative du revenu familial sur la propension à la lecture.



TABLEAU IV-4

Lecture d'au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la scolarité (en pourcentages)




Les femmes francophones et allophones lisent plus que les hommes de même langue maternelle. Chez les francophones, 45,4 % des hommes s'adonnent à la lecture, tandis que les femmes le font dans 60,6 % des cas. Parmi les allophones, les femmes lisent dans des proportions de 71,5 % et les hommes, dans 49,2 % des cas. Quant aux anglophones, les habitudes de lecture seraient également répandues chez les hommes et les femmes puisqu'il ne ressort pas de différence statistiquement significative.



TABLEAU IV-5

Lecture d'au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, selon le sexe et la langue maternelle (en pourcentages)




Les administrateurs et professionnels francophones, de même que les étudiants, sont ceux qui lisent le plus. Ils sont environ 80 % à avoir lu au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête. Suivent les cols blancs où près de 60 % s'adonnent à la lecture. Les cols bleus pour leur part lisent dans les mêmes proportions que les sans-emploi, soit 37,1 %, tandis que les ménagères sont 47,3 % à manifester un intérêt pour la lecture. Malgré des effectifs assez restreints dans les différentes catégories professionnelles, le même profil se dessine pour les anglophones, à cette exception près que les ménagères se retrouvent parmi ceux qui lisent le plus, avec les professionnels, les administrateurs et les étudiants. Gluant aux allophones, leur faible nombre interdit toute extrapolation quant à la profession.



TABLEAU IV-6

Lecture d'au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la profession et la langue maternelle




C'est à Montréal que les francophones manifestent le plus d'intérêt pour la lecture. Plus de 60 % se retrouvent dans la catégorie des lecteurs. Par contre, en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent, la proportion est inférieure à 40 %. La Mauricie connaît également un taux de lecture assez faible avec 41,3 % tandis que, dans toutes les autres régions, les adeptes de la lecture constituent environ la moitié de la population.



TABLEAU IV-7

Lecture d'au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la région (en pourcentages)




4.1.2. L'interaction linguistique dans les habitudes de lecture

Très majoritairement, les anglophones et les francophones concentrent leur lecture dans leur langue maternelle. Dans les deux cas, la proportion dépasse les quatre cinquièmes. Quant aux allophones, la langue anglaise exerce sur eux plus d'attrait. La moitié des lecteurs dont la langue maternelle n'est ni l'anglais ni le français lisent des livres en anglais seulement. Le quart environ lit des livres en français tandis qu'un autre quart a lu des livres en français et en anglais.



TABLEAU IV-8

Langue des livres lus au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




Bien peu de facteurs influencent l'orientation linguistique des habitudes de lecture autant que les variables reliées à l'éducation et à la profession. Chez les anglophones et les allophones, le faible nombre de lecteurs ne permet pas de dégager des explications quant à la langue des livres lus. Les femmes francophones, pour leur part, démontreraient une plus grande propension que les hommes à lire en français seulement. Par contre, les hommes sont environ deux fois plus nombreux à lire à la fois des livres en français et des livres en anglais comme l'illustre le tableau suivant.



TABLEAU IV-9

Langue des livres lus au cours des trois mois précédant l'enquête, selon le sexe des lecteurs (en pourcentages)




Les lecteurs dont le niveau de scolarité ne dépasse pas sept ans lisent presque exclusivement en français. Les lecteurs qui ont fréquenté le niveau secondaire sont dans le même cas. À partir de 13 années de scolarité, la préférence pour le français s'atténue quelque peu, mais il reste plus de 80 % des lecteurs ayant 13 ou 14 ans de scolarité dont la lecture se fait exclusivement en français. La situation se modifie de façon plus radicale à compter de la quinzième année de scolarité. Il ne subsiste plus que 64,5 % de lecteurs qui consacrent leur temps de lecture exclusivement à des livres en français. Il est toutefois possible que ces comportements de lecture soient dictés par les impératifs du travail ou des études.



TABLEAU IV-10

Langue des livres lus au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la scolarité des lecteurs francophones (en pourcentages)




Une première indication de ce que les études ou le travail ne sont pas étrangers au comportement linguistique en matière de livres nous est fournie par les résultats concernant la profession et la langue de lecture des livres. Ainsi, plus de 40 % des étudiants francophones lisent des livres en français et en anglais. De plus, le quart des administrateurs et professionnels lisent soit des livres en français et des livres en anglais, soit seulement en anglais. Les cols blancs vivent cette même situation dans 20 % des cas, tandis que, dans toutes les autres catégories professionnelles, la lecture en français uniquement regroupe 90 % des effectifs. La question des livres lus en rapport avec le travail est traitée de façon plus élaborée à la section 4.1.5.



TABLEAU IV-11

Langue des livres lus au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la profession des lecteurs francophones (en pourcentages)




Il peut sembler trivial, de prime abord, de rappeler que la compétence pour lire dans une langue influence effectivement la propension à lire des livres écrits dans cette langue, mais il est important de souligner les effets du bilinguisme sur les comportements en matière linguistique. À cette fin, examinons les comportements des francophones quant à la langue des livres lus selon la compétence pour lire l'anglais. D'abord, seulement la moitié des francophones dont la compétence pour lire l'anglais est excellente consacrent exclusivement leur temps de lecture à des livres en français. Un écart assez important sépare les francophones qui qualifient leur compétence de bonne et ceux qui jugent leur compétence excellente. Les francophones qui, au cours des trois mois précédant l'enquête, n'ont lu que des livres en français forment 80 % des effectifs de ceux qui lisent bien l'anglais. Lorsque la compétence pour lire l'anglais devient faible, 96 % des francophones préfèrent lire exclusivement en français, tandis que tous les francophones dont la compétence pour lire l'anglais est nulle lisent des livres écrits en français. En ce qui concerne les anglophones et les allophones, leurs effectifs restreints ne permettent pas de dégager l'influence de la compétence pour lire dans une langue seconde sur la lecture effective dans cette langue.



TABLEAU IV-12

Langue des livres lus au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la compétence des lecteurs francophones pour lire l'anglais (en pourcentages)




4.1.3. Le nombre de livres lus

À la section 1.1 du présent chapitre, nous avons examiné la répartition des lecteurs au sein des différents groupes linguistiques. Nous savons déjà que les francophones comptent, toute proportion gardée, moins de lecteurs que les anglophones et les allophones. Pourtant, une fois ces résultats connus, serait-il possible que la quantité de livres lus fasse ressortir une propension plus grande des francophones vers la lecture? Pour vérifier cette hypothèse, le nombre total de livres lus au cours des trois mois précédant l'enquête est regroupé en deux catégories : lecture occasionnelle et lecture régulière. Cette dernière catégorie rejoint les lecteurs dont le nombre de livres lus atteint ou dépasse un livre par mois ou, autrement dit, trois livres ou plus en trois mois. Les lectures occasionnelles sont définies par la lecture d'un ou deux livres en trois mois. Cette catégorisation peut paraître arbitraire, mais elle a au moins le mérite de nous apprendre que, non seulement les francophones comptent moins de lecteurs dans leurs rangs, mais qu'en plus, ces derniers lisent moins de livres que leurs concitoyens anglophones et allophones. Les lecteurs anglophones s'avèrent très assidus : 86 % d'entre eux lisent au moins un livre par mois en moyenne. Les lecteurs allophones, pour leur part, se concentrent à 72,7 % dans la catégorie de lecture régulière. Les francophones arrivent au troisième rang quant au nombre de livres lus, le tiers de leurs effectifs se cantonnant dans la lecture occasionnelle.



TABLEAU IV-13

Nombre de livres lus au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




La langue des livres lus introduit des précisions intéressantes. Les allophones sont des lecteurs plus réguliers en anglais qu'en français. Parmi les allophones qui ont lu des livres en français au cours des trois mois précédant l'enquête, les deux tiers s'adonnent à une lecture occasionnelle en français. Par contre, les trois quarts des allophones qui choisissent des livres en anglais s'avèrent des lecteurs réguliers. Quant aux anglophones et aux francophones, les résultats concernant la lecture dans leur langue maternelle sont identiques aux données recueillies pour la lecture en général. Cependant, lorsque les lecteurs lisent dans une autre langue que la leur, les résultats diffèrent quelque peu, mais pas autant qu'on aurait pu le croire. Plus de la moitié des francophones qui lisent en anglais sont des lecteurs réguliers. Chez les anglophones, leur faible nombre interdit de généraliser la tendance observée.



TABLEAU IV-14

Nombre de livres lus en français et en anglais au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle des lecteurs
(en pourcentages)




4.1.4. Le nombre d'heures consacrées à la lecture

Malgré le fait qu'il soit difficile pour un lecteur de se souvenir du nombre d'heures consacrées à la lecture de livres au cours d'un mois, l'estimation qu'il fournit peut apporter des précisions intéressantes. Pour l'ensemble des livres lus, ce sont les allophones et les anglophones qui réservent le plus grand nombre d'heures aux activités de lecture, soit respectivement 35,4 et 33,4 heures en un mois. Les francophones y consacrent pour leur part 25,9 heures mensuellement. Ces observations vont dans le sens des résultats obtenus jusqu'à présent : on retrouve moins de lecteurs chez les francophones, les lecteurs francophones lisent un moins grand nombre de livres et ils consacrent moins d'heures à la lecture.



TABLEAU IV-15

Moyenne d'heures de lecture de livres au cours du mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle des lecteurs




Quant à la langue des livres lus, les résultats doivent être analysés sous toutes réserves, étant donné les effectifs restreints dans certaines catégories. Ainsi, les 14 anglophones qui ont lu des livres en langue française au cours des trois mois précédant l'enquête y ont consacré 8,1 heures au cours du mois précédant le sondage. Les francophones, pour leur part, ont lu pendant 23,5 heures et les allophones pendant 31,3 heures. Lorsque les francophones lisent des livres en anglais, ils leur réservent presque autant d'heures qu'ils le font pour les livres en langue française. Pendant un mois, les lecteurs francophones auraient consacré 18,3 heures à des livres en anglais. Les anglophones, pour leur part, lisent des livres écrits dans leur langue pendant 32,8 heures par mois en moyenne et les allophones pendant 29,1 heures. Le faible nombre d'anglophones qui s'adonnent à la lecture en français ne permet pas de faire ressortir la différence entre francophones et anglophones lorsqu'ils lisent dans la langue seconde, mais, si cette observation devait être confirmée, ce serait là un autre élément laissant croire que l'interaction linguistique se fait au détriment du français.



TABLEAU IV-16

Moyenne d'heures consacrées aux livres en français et en anglais au cours du mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle des lecteurs




4.1.5. Les lectures liées au travail

Le travail peut comporter certaines exigences de lecture relatives à l'accomplissement d'une tâche professionnelle. Ce serait le cas d'environ le quart des lecteurs interrogés. Là encore, la langue maternelle introduit certaines distinctions : les anglophones doivent plus souvent que les autres lire des livres qui ont rapport à leur travail.



TABLEAU IV-17

Lecture d'au moins un livre en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




Quelles sont les caractéristiques socio-économiques des lecteurs qui doivent rencontrer les exigences de leur travail en se documentant à l'aide de livres? En bref, ce sont les lecteurs plus jeunes, plus scolarisés, dont le revenu personnel est supérieur à 20 000 $ annuellement ou qui sont administrateurs, professionnels, étudiants. En reprenant plus en détail les relations qui existent entre les variables socio-économiques et la facture en rapport avec le travail, il est possible de constater que les jeunes lecteurs francophones sont, toute proportion gardée, trois fois plus nombreux à lire des livres en rapport avec leurs activités professionnelles que les lecteurs francophones de plus de 55 ans. Chez les anglophones, la relation suit les mêmes tendances, mais l'association entre les deux variables est plus forte. En outre, par leur lecture, les jeunes lecteurs anglophones répondent plus souvent à un intérêt professionnel que leurs concitoyens francophones du même âge. Dans le premier cas, près de la moitié des lecteurs entre 18 et 34 ans lisent des livres en rapport avec leur travail, alors que, pour les francophones, la même proportion s'établit à 30,9 %. Pour les allophones, l'association entre l'âge et les lectures de travail existerait aussi, mais les effectifs restreints interdisent de conclure à une relation statistiquement significative. À titre indicatif, les résultats sont tout de même présentés au tableau suivant.



TABLEAU IV-18

Lecture d'au moins un livre en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon l'âge et la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




La scolarité joue un rôle déterminant quant à l'obligation de lire des livres pour fins professionnelles. Chez les francophones par exemple, les lecteurs qui n'ont pas dépassé la septième année d'études lisent surtout des livres de loisir. Seulement 9,5 % s'intéressent à des livres en rapport avec le travail. Par contre, les lecteurs qui détiennent 15 années ou davantage de scolarité doivent dans une large part se documenter à l'aide de livres concernant leur tâche professionnelle. Il ne subsiste plus que 55,9 % de lecteurs qui auraient lu pour leur intérêt personnel et non pas pour leur travail. Chez les lecteurs anglophones, la même relation subsiste, mais étant donné les effectifs restreints, les niveaux de scolarité sont regroupés par deux. Dans le palier supérieur d'éducation, les lecteurs qui lisent plus pour leur divertissement et ceux qui doivent aussi lire pour leur travail se répartissent à peu près équitablement. Au palier inférieur de scolarité, le rapport entre les lecteurs qui lisent pour le travail et les lecteurs qui lisent pour le loisir est d'environ un sur cinq, ce qui, encore une fois, fait ressortir l'influence des antécédents socio-économiques sur les habitudes de lecture. Le nombre restreint d'allophones ne permet pas de conclure à une différence significative entre les niveaux inférieur et supérieur de scolarité.



TABLEAU IV-19

Lecture d'au moins un livre en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la scolarité et la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




Pour les lecteurs francophones, le revenu personnel provenant de l'emploi principal exerce une certaine influence. Au delà de 20 000 $ annuellement, les lecteurs qui lisent non plus seulement par divertissement, mais aussi pour leur travail sont proportionnellement plus nombreux. Chez les lecteurs anglophones et allophones, cette relation n'est pas vérifiable.



TABLEAU IV-20

Lecture d'au moins un livre en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon le revenu personnel des lecteurs francophones (en pourcentages)




Ce sont les étudiants qui, parmi les lecteurs francophones, sont proportionnellement plus nombreux à considérer que leurs lectures sont accomplies en rapport avec leur travail. Les deux tiers d'entre eux se retrouvent dans cette situation. Les administrateurs et professionnels francophones comptent également une bonne part de lecteurs qui, dans leurs lectures, obéissent à des intérêts de travail. Rappelons-nous que les cols bleus représentent le groupe professionnel qui lit le moins. Or, une fois que les habitudes de lecture sont acquises, les cols bleus lisent plus souvent des livres qui ont trait à leur travail que les cols blancs. Autrement dit, les lecteurs qui exercent des métiers ou professions assimilables aux cols blancs lisent plus par intérêt personnel que pour le travail, tandis que les cols bleus qui déclarent certaines activités de lecture lisent pour leur travail dans des proportions qui approchent 30 %. Les sans-emploi, placés devant les mêmes questions, ont lu au moins un livre pour leur travail au cours des trois mois précédant l'enquête dans une proportion de 13,8 %. Enfin, 8,4 % des ménagères considèrent que certains livres qu'elles ont lus sont orientés vers leur travail. Les lecteurs anglophones et allophones ne sont pas suffisamment nombreux pour que nous fassions ressortir les différences entre groupes professionnels.



TABLEAU IV-21

Lecture d'au moins un livre en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la profession des lecteurs francophones (en pourcentages)




4.1.6. L'interaction linguistique dans les lectures de travail

Lorsqu'il est question de la langue dans laquelle sont écrits les livres en rapport avec le travail, il est possible de constater que 54,2 % des lecteurs retiennent uniquement les livres en langue française, le quart environ lisent des livres en langue anglaise seulement et, enfin, 20 % des lecteurs lisent dans les deux langues. De plus, majoritairement, les informateurs font leur lecture de travail dans leur langue.

Toutefois, les francophones auraient une propension ou un intérêt plus grand à lire en anglais que les anglophones à lire en français. En effet, plus de 30 % des francophones lisent des livres en rapport avec leur travail, soit en anglais seulement, soit en anglais et en français, tandis que les anglophones qui lisent en français et en anglais, ou en français seulement, représentent à peine 15 %.



TABLEAU IV-22

Langue des livres lus en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle des lecteurs (en pourcentages)




Sans pouvoir analyser en détail la situation en ce qui concerne les lectures reliées au travail, il est possible de remarquer que les emplois d'administrateurs et de professionnels, qui exigent une scolarité plus avancée ou qui sont mieux rémunérés, augmentent pour les francophones la probabilité d'avoir à accomplir leur lecture de travail en langue anglaise. Ainsi, 16,9 % des professionnels et des administrateurs francophones lisent exclusivement en anglais, tandis que 22,0 % lisent dans les deux langues. Les cols blancs et les cols bleus francophones, qui lisent exclusivement en français pour leur travail, se retrouvent dans des proportions identiques à celles observées pour l'ensemble des lecteurs anglophones qui ne lisent qu'en anglais, soit environ 85 %. Les étudiants francophones forment un groupe particulier : près de la moitié d'entre eux lisent à la fois des livres en langue française et en langue anglaise.



TABLEAU IV-23

Langue des livres lus en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la profession des lecteurs francophones (en pourcentages)




Les lecteurs francophones qui gagnent plus de 20 000 $ annuellement sont davantage exposés à la pression de l'anglais en ce qui concerne les lectures de travail. Plus de 45 % d'entre eux lisent des livres soit exclusivement en anglais soit dans les deux langues. La proportion dans les catégories inférieures de revenu se situe autour de 30 %.



TABLEAU IV-24

Langue des livres lus en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon le revenu personnel des lecteurs francophones (en pourcentages)




Les emplois qui exigent un nombre d'années de scolarité plus élevé sont également susceptibles de favoriser les lectures de travail en anglais. À moins de 12 années de scolarité, les lectures de travail faites en anglais par les francophones demeurent exceptionnelles. À 13 et 14 ans de scolarité, les lectures dans les deux langues et les lectures exclusivement en anglais dépassent le quart des effectifs. À 15 années ou plus de scolarité, il ne subsiste plus que 52,5 % des lecteurs francophones qui lisent uniquement des ouvrages en français.



TABLEAU IV-25

Langue des livres lus en rapport avec le travail au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la scolarité des lecteurs francophones (en pourcentages)




4.2. LE CINÉMA, LE THÉÂTRE ET LES SPECTACLES

Jusqu'à quel point les Québécois se révèlent-ils des amateurs de cinéma, de théâtre ou de spectacles de chanteurs ou chansonniers? Dans le cadre de cette étude, cette question revêt un intérêt spécifique en ce sens qu'elle permet de compléter le tour d'horizon des principales activités culturelles auxquelles les Québécois peuvent s'adonner. Les films, les spectacles et les productions théâtrales constituent des lieux d'expression privilégiés de la culture et il est pertinent de se demander si ces autres produits culturels connaissent une interaction linguistique aussi avancée que celle qui caractérise les médias électroniques.

4.2.1. La fréquentation du cinéma, du théâtre et des spectacles

De toutes les productions culturelles, les films sont sans contredit les plus populaires. Au cours des trois mois précédant l'enquête, 40 % des Québécois sont allés au cinéma au moins une fois. Les spectacles, pour leur part, ont attiré 20,9 % des informateurs et le théâtre, 12,7 %. Si la dimension linguistique est introduite, il est possible de constater au tableau IV-25 que les anglophones s'avèrent des cinéphiles plus assidus que leurs concitoyens francophones et allophones. Les allophones se révèlent aussi des amateurs de cinéma plus fidèles que les francophones. Au chapitre des spectacles et des pièces de théâtre, des comportements semblables s'observent au sein des trois communautés linguistiques. Il n'existe pas de différence significative entre les groupes linguistiques lorsqu'il est question de théâtre ou de spectacle.



TABLEAU IV-26

Fréquentation du cinéma au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle (en pourcentages)




Précédemment, nous avons vu quels facteurs pouvaient faire varier l'écoute de la télévision, de la radio et la lecture des journaux. De la même façon, il est possible de remarquer que certaines caractéristiques sociodémographiques influent sur la consommation des productions culturelles. Ainsi en est-il de l'âge. Plus on avance en âge, plus la fréquentation des cinémas diminue, et ce, pour les trois groupes linguistiques. Chez les francophones, le rapport d'assistance au cinéma entre 18-34 ans et 55 ans et plus se chiffre à cinq contre un. Chez les anglophones, le pourcentage, de 77,8 % qu'il était entre 18 et 35 ans, passe à 29,3 % après 55 ans. Chez les allophones, la linéarité de la relation semble plus discutable. Ainsi, l'assistance la moins fréquentée au cinéma se rencontre dans le groupe d'âge moyen. Il faut toutefois remarquer que les allophones plus âgés sont très faiblement représentés.

L'âge est également un facteur important quant aux spectacles de chanteurs ou de chansonniers. Le quart des jeunes francophones assistent à ces spectacles, tandis que la proportion n'est plus que d'un huitième chez les francophones de 55 ans et plus. Pour les anglophones, l'association entre les deux variables est encore plus forte : le tiers des jeunes de 18 à 34 ans fréquentent les spectacles de chanteurs et de chansonniers; la proportion tombe à 15,9 % chez les anglophones d'âge moyen et à 2,7 % chez leurs aînés. Les allophones produisent également une proportion plus forte d'amateurs de spectacles chez les plus jeunes : 23,2 % de ces derniers ont assisté au moins à un spectacle au cours des trois mois précédant l'enquête. La popularité des spectacles baisse avec l'âge puisque seulement 10,0 % des aînés ont fait de même.

Le théâtre jouit d'une plus grande popularité chez les jeunes francophones. Cette fois, pourtant, les amateurs d'âge moyen sont presque aussi bien représentés que leurs cadets. Le point de césure se rencontre chez les francophones de 55 ans et plus : la popularité du théâtre chez ces derniers n'atteint pas 5 %. Bien que l'association entre la fréquentation du théâtre et l'âge soit à peu près identique chez les francophones et les allophones, le nombre plus faible d'anglophones produit un test de chi deux (X2) non significatif. Le profil de fréquentation du théâtre est tout de même assez semblable chez les deux communautés linguistiques. Auprès des allophones, le théâtre jouit d'une popularité identique au sein des trois groupes d'âge.



TABLEAU IV-27

Fréquentation des productions culturelles au moins une fois au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle et l'âge (en pourcentages)




L'âge n'est pas le seul élément à influer sur la consommation des productions culturelles. La scolarité joue également un rôle déterminant la propension à fréquenter le cinéma augmente avec le nombre d'années de scolarité. Chez les francophones dont le niveau d'études ne dépasse pas le niveau primaire, 12,1 % ont assisté à au moins une représentation au cours des trois mois précédant l'enquête. La plus grande proportion de cinéphiles francophones se rencontre chez ceux qui ont 13 ou 14 années de scolarité avec un pourcentage de fréquentation du cinéma de 59,4 %. Les francophones dont la scolarité atteint ou dépasse 15 années affichent un taux de fréquentation légèrement plus bas, soit 52,0 %. Pour les anglophones, la relation entre la scolarité et la fréquentation du cinéma est également confirmée. Plus le nombre d'années de scolarité s'accroît, plus la fréquentation du cinéma augmente, pour atteindre un sommet d'assistance de 71,6 % chez les anglophones qui ont complété 13 années ou plus de scolarité. Chez les allophones, la tendance suit le même profil : les plus faiblement scolarisés fréquentent moins le cinéma tandis que les plus scolarisés présentent une plus forte concentration de cinéphiles.

Les francophones ayant complété 13 ou 14 ans de scolarité manifestent un intérêt marqué pour les spectacles de chanteurs ou de chansonniers. Comparativement aux francophones qui ont fréquenté le niveau primaire, ils sont, toute proportion gardée, cinq fois plus nombreux à se présenter aux guichets des salles de spectacles. Quant aux francophones dont le nombre d'années de scolarité dépasse 14 ans, ils regroupent un pourcentage plus faible d'amateurs de spectacles que les francophones ayant 13 ou 14 ans de scolarité. Chez les anglophones, la relation entre la scolarité et la fréquentation des spectacles se maintient. Les amateurs de spectacles sont deux fois plus nombreux au palier supérieur de scolarité qu'au palier inférieur. Chez les allophones, bien que l'on puisse observer une différence entre les niveaux de scolarité, cette différence s'avère statistiquement non significative.

Les amateurs de théâtre se concentrent pour une bonne part dans les paliers supérieurs d'éducation. Parmi les francophones, le rapport entre le niveau supérieur (15 ans et plus) et le niveau primaire (0-7 ans) s'établit à douze contre un. Chez les anglophones, dont les niveaux de scolarité sont regroupés en deux tranches à cause de leurs effectifs plus restreints, les amateurs de théâtre se rencontrent environ trois fois plus souvent parmi les plus scolarisés. Finalement, la relation s'estompe auprès des allophones. Chez ces derniers, il n'est pas possible de déceler une influence significative de la scolarité sur la fréquentation des pièces de théâtre.

S'il est une variable supplémentaire qui devrait influencer la fréquentation des productions culturelles, il faudrait désigner derechef le revenu familial. En effet, cette fréquentation entraîne dans la majorité des cas des déboursés monétaires que le budget familial ne peut pas toujours assumer. Or, si cette relation entre le revenu familial et la fréquentation des productions culturelles existe bel et bien pour les francophones, la force de l'association entre les deux variables est moins grande qu'on aurait pu s'y attendre. Ce qui signifie que l'attrait vers les productions culturelles ne dépend pas exclusivement de la somme qu'on peut y consacrer, mais également d'un environnement socioculturel favorable. Ajoutons que les valeurs culturelles acquises dans le milieu familial, ou le milieu d'études, le groupe d'amis auquel on se réfère, l'environnement professionnel dans lequel on évolue, les lectures et les médias qui guident les choix des amateurs sont autant de facteurs qui peuvent avoir une influence sur la fréquentation du cinéma, du théâtre ou des spectacles. Autrement dit, en plus des contingences strictement matérielles, tous les mécanismes d'acquisition d'une culture sont susceptibles d'avoir un impact sur la consommation en ce domaine. Il faudrait une étude beaucoup plus exhaustive pour épuiser toutes les explications possibles de la fréquentation des productions artistiques. Pour les trois types d'événements culturels proposés, les données recueillies auprès des anglophones et des allophones ne permettent pas de confirmer la relation entre le revenu familial et la fréquentation des productions culturelles.



TABLEAU IV-28

Fréquentation des productions culturelles au moins une fois au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la scolarité et la langue maternelle (en pourcentages)




4.2.2. L'interaction linguistique dans la fréquentation du cinéma, du théâtre et des spectacles

Il n'est pas tout de connaître la consommation globale des différentes productions culturelles, encore faut-il connaître la langue de ces productions. En intégrant cet aspect spécifique, nous apprenons que les amateurs de cinéma préfèrent pour l'immense majorité voir des films dans leur langue. Toutefois, l'attirance des films en langue seconde est un peu plus grande pour les francophones puisque 69,7 % se consacrent exclusivement aux films en langue française contre 81,0 % d'anglophones qui n'ont vu que des films en langue anglaise au cours des trois mois précédant l'enquête. Les allophones préfèrent nettement le cinéma en langue anglaise : ils ont vu exclusivement des films en anglais dans une proportion de 61,5 % et seulement des films en français dans 17,9 % des cas. Chez les allophones, l'attrait pour les films en langue anglaise se révèle donc beaucoup plus fort.



TABLEAU IV-29

Fréquentation des productions culturelles au moins une fois au cours des trois mois précédant l'enquête, selon le revenu familial annuel et la langue maternelle
(en pourcentages)




Au sujet des spectacles, l'attrait pour le français est plus manifeste. Environ quatre francophones sur cinq n'ont assisté qu'à des spectacles en langue française. Les spectateurs anglophones, pour leur part, ont préféré des spectacles dans leur langue dans moins de 60 % des cas. Quant aux allophones, malgré leur faible nombre, il est possible de remarquer que leur penchant vers l'anglais s'atténue beaucoup par rapport à celui observé au sujet du cinéma.

Au théâtre, les francophones assistent presque exclusivement à des représentations en langue française. Chez les anglophones et les allophones, leur nombre restreint interdit des conclusions définitives, mais la tendance semble annoncer une préférence pour les productions en langue anglaise chez les anglophones et un certain attrait pour le théâtre en langue française chez les allophones.



TABLEAU IV-30

Langue des productions culturelles auxquelles les informateurs ont assisté au cours des trois mois précédant l'enquête, selon la langue maternelle (en pourcentages)




S'il est possible d'affirmer que les caractéristiques socio-économiques influent sur la fréquentation des productions culturelles, il en va tout autrement quant au choix linguistique relatif à ces productions. En effet, à partir du moment où il y a fréquentation, il est impossible d'affirmer avec certitude que les facteurs socio-démographiques conduisent les différents groupes linguistiques à consommer les productions culturelles dans leur langue ou dans une autre. Autrement dit, la relation entre la scolarité, par exemple, et la consommation des médias dans sa langue n'est pas vérifiable pour les productions culturelles. On ne saurait affirmer qu'à l'intérieur d'une communauté linguistique, des consommateurs moins scolarisés préfèrent assister à des événements culturels dans leur langue et que cette préférence diminue avec l'augmentation du nombre d'années de scolarité. Cette situation est explicable par l'impact déterminant de la langue maternelle sur la langue de consommation des productions culturelles. Quand la consommation dans sa propre langue se rapproche d'une constante, il est bien difficile d'expliquer la variation résiduelle.

4.3. CONCLUSION

Ce sont les francophones qui, entre tous, manifestent le moins d'intérêt pour la lecture de livres : 70 % des anglophones ont lu au moins un livre au cours des trois mois précédant l'enquête, 58,8 % des allophones et 53,8 % des francophones ont fait de même. En outre, si la consommation d'heures de télévision diminue avec la scolarité et le revenu familial, la relation s'inverse pour la lecture. Plus la scolarité avance et plus le revenu familial devient important, plus la propension à la lecture augmente. Chez les francophones et les allophones, les femmes lisent davantage que les hommes; pour les anglophones, la relation entre les deux variables n'est pas significative. En ce qui concerne la lecture de livres, il ne se produit pas une très grande interaction linguistique. Très majoritairement, les groupes francophone et anglophone concentrent leur lecture dans leur langue maternelle 81 % des lecteurs francophones lisent des livres en français seulement et 87 % des lecteurs anglophones, des livres en anglais seulement. Au sein des lecteurs allophones, la langue anglaise exerce plus d'attrait : 50,3 % lisent exclusivement des livres en anglais, 23,5 % uniquement des livres en français et 26,2 % ont lu des livres en français et en anglais. Si on devait identifier les éléments qui permettent de distinguer les préférences linguistiques des francophones face à la lecture de livres, il faudrait désigner la scolarité, le sexe et la profession. Ainsi, les francophones fortement scolarisés lisent davantage de livres en anglais. Il en est de même pour les hommes, les étudiants, les professionnels, les administrateurs et, à un degré moindre, pour les cols bleus de langue maternelle française.

Les anglophones plus souvent que les francophones et les allophones lisent des livres en rapport avec leur travail : 36,4 % des anglophones consacrent une partie de leur temps de lecture à des livres reliés à l'accomplissement de leurs tâches professionnelles, tandis que le quart environ des francophones et des allophones se retrouvent dans la même situation. Les lecteurs plus jeunes, plus scolarisés, dont le revenu personnel est supérieur à 20 000 $ annuellement, ou encore les administrateurs, les professionnels et les étudiants lisent davantage à des fins professionnelles. L'interaction linguistique relative aux lectures professionnelles favorise encore une fois la langue anglaise. Les anglophones qui lisent en anglais seulement atteignent plus de 85 %; chez les francophones, les lectures de travail exclusivement en français représentent environ les deux tiers des effectifs.

Parmi les activités culturelles, le seul élément où la consommation diffère, selon les groupes linguistiques, concerne le cinéma. Les anglophones se révèlent des cinéphiles plus assidus que les francophones et les allophones. Près de 60 % des anglophones ont assisté à une représentation de cinéma au cours des trois mois précédant l'enquête, tandis que 36,9 % des francophones et 48,9 % des allophones ont fait de même. L'âge, la scolarité et le revenu familial font varier la fréquentation des productions culturelles. Comme tendance générale, le cinéma, le théâtre et les spectacles attirent moins les gens âgés, faiblement scolarisés et dont les ressources financières sont restreintes. Au sujet des échanges linguistiques, on peut constater que 70 % des francophones ont vu seulement des films en français alors que 81 % des anglophones ont assisté uniquement à des films produits dans leur langue maternelle. Les allophones préfèrent nettement le cinéma en langue anglaise : plus de 60 % ont vu exclusivement des films en anglais, 17,9 % ont accordé leur préférence exclusive aux films en français et 20,5 % ont assisté à des films en français et en anglais. Le théâtre semble restreindre au minimum les échanges linguistiques, la quasi-totalité des francophones ayant assisté uniquement à des pièces de théâtre en français. Enfin, un des seuls secteurs où l'interaction linguistique se fait en faveur du français se rencontre dans le domaine du spectacle. Les spectateurs francophones préfèrent plus souvent que leurs homologues anglophones assister seulement à des représentations dans leur langue maternelle.






Chapitre V

Table des matières




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