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L'USAGE DU FRANÇAIS AU TRAVAIL

L'USAGE DU FRANÇAIS AU TRAVAIL






ANNEXE B

Rapport d'échantillonnage et
résultats de la cueillette
des données

par Pierre BOUCHARD

Centre de sondage de l'Université de Montréal







Le Centre de sondage de l'Université de Montréal a mené, pour le Conseil de la langue française, cette recherche qui vise à mesurer l'évolution de l'usage du français comme langue du travail au Québec entre 1971 et 1979.

1. ÉCHANTILLONNAGE

Il est important de mentionner que la cueillette des données a été réalisée après un dépistage téléphonique, opération qui a permis de déterminer de façon précise les populations recherchées, c'est-à-dire des francophones qui travaillent à peu près uniquement en français (personnes qui devaient compléter une entrevue téléphonique) et tous les autres : les francophones travaillant à peu près uniquement en anglais ou dans les deux langues, les anglophones et les allophones, quelle que soit leur langue de travail (personnes qui devaient compléter une entrevue en face à face).

Procédures de sélection

Ainsi, tous les Québécois de 18 ans et plus qui travaillaient au Québec à temps plein ou à temps partiel (15 heures et plus par semaine) ou qui, ayant déjà travaillé auparavant, étaient à la recherche d'un emploi depuis moins de six mois, pouvaient être appelés à participer à l'une ou l'autre entrevue.

Tous les ménages québécois qui avaient le téléphone1 et dont le numéro pouvait être composé sans l'aide d'un téléphoniste2 avaient la possibilité de participer au moins au dépistage téléphonique, à la suite duquel les informateurs sélectionnés qui répondaient aux critères d'éligibilité mentionnés précédemment étaient amenés à compléter tel ou tel type de questionnaire.

Cette sélection de numéros de téléphone se révélait, alors, d'une extrême importance. Il fallait pouvoir choisir parmi tous les numéros de téléphone existants, qu'ils soient confidentiels3 ou non, et pouvoir le faire avec les contraintes financières propres à toute recherche. La méthode de la génération aléatoire semblait répondre à ces besoins, mais elle pouvait devenir très onéreuse, puisque tous les échanges téléphoniques (i.e. les trois premiers chiffres d'un numéro de téléphone), surtout dans les zones rurales et semi-urbaines, n'étaient pas pleins (tous les numéros possibles d'un échange n'étant pas utilisés).

Le Centre de sondage a donc décidé de constituer une banque de numéros de téléphone valides, à partir du Red Book (Montréal métropolitain) et des annuaires téléphoniques qui couvrent l'ensemble du reste de la province. Le Red Book de la région métropolitaine de Montréal, en présentant les numéros de téléphone selon un ordre croissant, a facilité cette tâche de déterminer l'ensemble des échanges qui s'y trouvent ainsi que les séries de numéros qui les constituent. Dans le cas des annuaires, nous avons relevé tous les échanges en usage et constitué des tranches de 1 000 numéros valides en utilisant le quatrième chiffre qui était rencontré dans un certain nombre de pages.




1 Selon Statistique Canada, 96,7 % des Québécois ont le téléphone. [retour au texte]

2 La majorité des numéros ont ainsi été retenus, à l'exception de quelque 1 300 numéros qui sont utilisés par les habitants de huit petites municipalités du Nord-Ouest et d'un certain nombre d'autres qui couvrent les territoires de la Baie-James. [retour au texte]

3 Selon Bell Canada, la proportion des numéros de téléphone confidentiels, pour le territoire couvert par cette compagnie, serait d'environ 6 %. D'autre part, selon un sondage récent (Omnibus 80), cette proportion s'élève à 9,9 % pour l'ensemble du Québec. [retour au texte]




Cette banque de numéros de téléphone étant constituée, il était alors possible de générer de façon aléatoire des numéros qui, parla suite, étaient déclarés valides ou invalides (s'ils étaient dans la banque ou confidentiels4. Les numéros valides retenus allaient constituer l'échantillon dont nous avions besoin pour compléter la recherche5.

Modèle d'échantillonnage

Rappelons que la recherche avait pour objectif de mesurer l'évolution de l'usage du français comme langue du travail au Québec entre 1971 et 1979. Étant donné cet objectif, il était important de pouvoir mesurer cette évolution partout au Québec, mais en particulier dans les régions où il y a le plus d'anglophones et d'allophones, i.e. dans les régions où l'utilisation de l'anglais se fait souvent au détriment du français. Pour ce faire, nous avons opté en faveur d'un modèle d'échantillonnage stratifié et non proportionnel. Nous avons donc suréchantillonné la zone du Montréal métropolitain et la zone où la langue anglaise est plus susceptible d'être utilisée que dans la zone province (le reste du Québec).

Ceci dit, il nous apparaît important de définir un peu mieux les trois grandes zones dont nous venons de parler. La zone Montréal représente tous les numéros de téléphone utilisés dans la région métropolitaine du recensement, ce qui correspond à peu près au contenu des cinq annuaires téléphoniques qui couvrent cette région. La zone frontalière est constituée des numéros de téléphone qui sont attribués à l'ensemble des divisions du recensement longeant l'Ontario et les États-Unis6. La zone province, quant à elle, regroupe tous les autres numéros de téléphone que nous pouvons retrouver au Québec. Le tableau B-1 présente d'abord le nombre de numéros de téléphone possiblement valides (selon la banque constituée par le Centre de sondage), ensuite, la fraction d'échantillonnage quia été retenue pour chacune de ces zones et, enfin, le nombre de numéros de téléphone sélectionnés pour cette opération de dépistage téléphonique dont il a été question plus haut.




4 Cette génération aléatoire a été rendue possible grâce à André Beauchamp qui a écrit le programme nécessaire à la réalisation de l'opération par ordinateur. [retour au texte]

5 Cette procédure a été conçue par Victor Tremblay du Centre de sondage. Pour plus d'information, il est possible de consulter le texte suivant : « Sur la génération aléatoire de numéros de téléphone », communication présentée dans le cadre du congrès des sociétés savantes 1980 par M. Victor Tremblay. [retour au texte]

6 Il s'agit des divisions du recensement de Pontiac, Hull, Papineau, Argenteuil, Huntingdon, Saint-Jean, Missisquoi, Brome, Stanstead, Sherbrooke et Gatineau. [retour au texte]






TABLEAU B-1

Échantillonnage des numéros de téléphone,
selon les zones




2. RÉSULTATS DE LA CUEILLETTE

La cueillette des données, il est important de le rappeler, a été réalisée en deux temps, c'est-à-dire du 5 février au 6 juin (dépistage et entrevues téléphoniques au moyen du questionnaire court) et du 21 février au 4 juillet 1979 (entrevues en face à face au moyen du questionnaire long). Le dépistage et les entrevues téléphoniques ont été effectués à partir de nos bureaux situés à Montréal sous la supervision constante d'une surveillante qui coordonnait et vérifiait le travail de quelque 15 interviewers. Les entrevues en face àface, pour leur part, ont nécessité l'utilisation de quelque 125 interviewers répartis à travers toute la province, leur travail étant toujours contrôlé de nos bureaux de Montréal.

Dépistage et entrevues téléphoniques

Comme dans tout sondage téléphonique, l'interviewer devait, pour cette opération dépistage, établir la validité du numéro de téléphone qu'il avait à composer. Ensuite, nous avons identifié des numéros où il n'y avait pas de service, des numéros en dérangement (même s'ils ont été composés plusieurs fois), des numéros non résidentiels (institutions, commerces, bureaux, etc.) et des numéros de résidence secondaire (chalet ou autre). Le tableau B-2 présente la proportion de numéros valides et celles des différents résultats obtenus pour les numéros invalides et ce, pour chacune des trois zones d'analyse.



TABLEAU B-2

Validité des numéros de téléphone selon les zones (en pourcentage)




Le numéro de téléphone étant valide, l'interviewer devait dresser la liste des personnes de 18 ans et plus, ayant un emploi (à temps plein ou à temps partiel) ou étant à la recherche d'un emploi, pour choisir ensuite, à partir de la grille de sélection, la personne à interviewer.

De là, l'interviewer soumettait à la personne sélectionnée un mini-questionnaire (filtre) qui allait orienter l'informateur vers une entrevue téléphonique (questionnaire court) ou vers une entrevue en face à face (questionnaire long).

Les résultats globaux obtenus pour cette opération de dépistage et/ou pour l'entrevue téléphonique sont présentés au tableau B-3. Une première analyse de ces données nous montre que 19,6 % des numéros valides doivent être déclarés hors échantillon, le ménage ne répondant pas aux critères d'éligibilité mentionnés plus haut. Du reste de l'échantillon, différents résultats ont été obtenus. Ainsi, nous nous sommes heurtés à un certain nombre de « problèmes de langue », cas où il était impossible de communiquer en français ou en anglais (1 ,5 %). Nous n'avons pu contacter personne dans 3,8 % de l'échantillon et ce, même après cinq tentatives ou plus. Nous avons essuyé un refus de la part de l'interlocuteur du ménage (refus avant d'avoir pu déterminer la personne à interviewer) dans 15,9 % de l'échantillon et un refus de la part de la personne sélectionnée dans 6,5 % des cas. L'entrevue, enfin, n'a pu être réalisée dans 0,6 des cas, parce que la personne sélectionnée était malade. Malgré toutes ces pertes, nous avons complété au moins le filtre, sinon la version courte du questionnaire, dans 71,1 % des ménages éligibles. En effet, 52,3 % ont été amenés à participer à l'entrevue téléphonique, alors que les autres, éligibles à l'entrevue en face à face, ont donné leur accord à cette participation (35,5 %) ou l'ont refusé (12,2 %).



TABLEAU B-3

Résultat de la cueillette pour l'opération dépistage et/ou l'entrevue téléphonique, ensemble de la province




Les tableaux B-4, B-5 et B-6 ventilent ces mêmes résultats selon la stratification dont il a été question plus haut. De là, il est possible de noter certaines différences significatives entre les trois zones. La première différence concerne les critères d'éligibilité retenus pour cette recherche. En effet, la zone Montréal se distingue des autres par le fait que seulement 17,3 % des ménages ont été déclarés hors échantillon, personne n'étant au travail, alors qu'on atteint 21,5 % dans la zone frontalière et 20,1 % dans la zone province. De plus, la zone frontalière comporte une partie importante de numéros de téléphone à retirer de l'échantillon, les travailleurs qui composent ces ménages ayant un emploi à l'extérieur du Québec (7,9 %).

La seconde différence porte sur la répartition différentielle de la main-d'œuvre quant à l'utilisation du français au travail, ce qui nous amène à caractériser de façon très précise la participation de la personne sélectionnée à la recherche. Ainsi, seulement 39,7 % des ménages de la zone Montréal ont été invités à compléter une entrevue téléphonique (version courte du questionnaire), la personne sélectionnée parlant uniquement le français à son travail. Les frontaliers sont, pour leur part, moins susceptibles que les habitants de la zone province de parler uniquement le français au travail : ils ont complété dans 54,2 % des cas la version courte du questionnaire. Les habitants de la province ont été amenés à compléter le même questionnaire dans 82,0 % des cas.

La troisième différence a trait aux refus de la part de l'interlocuteur du ménage, qui varient de façon significative selon les zones. Ainsi, dans la zone Montréal, nous avons obtenu une proportion aussi importante que 19,0 % de ces refus, alors que, dans la zone frontalière et la zone province, nous n'avons pas dépassé les 10,9 % et 9,4 %.



TABLEAU B-4

Résultat de la cueillette pour l'opération dépistage et/ou l'entrevue téléphonique, zone Montréal



TABLEAU B-5

Résultat de la cueillette pour l'opération dépistage et/ou l'entrevue téléphonique, zone frontalière



TABLEAU B-6

Résultat de la cueillette pour l'opération dépistage et/ou l'entrevue téléphonique, zone province




Entrevue en face à face et récupération

Ceci dit, il nous faut parler de la seconde opération qui consistait à soumettre un long questionnaire aux francophones ayant à parler l'anglais à leur travail et à tous les autres, anglophones et allophones, quelle que soit leur langue de travail. Les résultats globaux obtenus pour cette seconde opération, sont consignés au tableau B-7. Pour faire une bonne analyse de ce tableau, il est important de dire qu'on a tenté de récupérer tous les refus de l'entrevue en face à face, qu'ils se soient manifestés lors du filtrage ou lors de la visite de l'interviewer. Ainsi, 26,4 % des personnes qui avaient été pressenties pour compléter une entrevue en face à face, ont même refusé de participer à la recherche en complétant une version condensée du long questionnaire par téléphone. Par contre, 13,4 %, même s'ils avaient refusé une entrevue en face à face, ont tout de même accepté de compléter au téléphone cette version condensée du questionnaire. Ainsi, 69,8 % des personnes qui répondaient aux critères d'éligibilité propres à cette opération ont complété un questionnaire en version longue (entrevue en face à face) ou en version condensée (entrevue téléphonique).



TABLEAU B-7

Résultat de la cueillette pour l'entrevue en face à face et pour la récupération, ensemble de la province




Les tableaux B-8, B-9 et B-10 présentent les mêmes résultats que précédemment, mais pour chacune des trois zones. Soulignons que cette opération a donné des résultats très intéressants, puisqu'à Montréal, on a complété 67,6 des entrevues possibles, dans la zone frontalière 75, 7 % et en province 82,0 %.



TABLEAU B-8

Résultat de la cueillette pour l'entrevue en face à face et pour la récupération, zone Montréal



TABLEAU B-9

Résultat de la cueillette pour l'entrevue en face à face et pour la récupération, zone frontalière



TABLEAU B-10

Résultat de la cueillette pour l'entrevue en face à face et pour la récupération, zone province




Taux de réponse estimés

En terminant, il convient de dire quelques mots des taux de réponse que nous avons obtenus lors des deux opérations de cueillette dont il a été question plus haut.

Il est important de mentionner que, jusqu'à maintenant, nous n'avons pas parlé de taux de réponse, car nous ne les connaissons pas de façon précise. Leur définition, alors, doit tenir compte des deux stratégies de cueillette utilisées et des composantes qui en découlent. Ainsi, à l'aide d'estimations, certains numéros de téléphone valides, pour lesquels nous n'avons pu obtenir des renseignements quant à la composition du ménage (pas de réponse, refus du ménage et problème de langue), ont été redistribués selon les différents critères d'éligibilité retenus concernant l'emploi, la langue maternelle et la langue de travail. En d'autres termes, par exemple, parmi les numéros où le premier interlocuteur d'un ménage a refusé, lors du dépistage téléphonique, de fournir les informations demandées, un certain nombre ont été classés comme inéligibles quant à l'emploi ou comme éligibles à l'entrevue en face à face. Cette manipulation des résultats de cueillette nous ont ainsi permis d'arriver à des résultats plus conformes à la réalité, que ce soit pour l'opération entrevue téléphonique, pour l'opération entrevue en face à face ou pour la récupération. En fait, nous obtenons deux taux de réponse : le premier, qui est global, se limite à l'opération dépistage et/ou entrevue téléphonique et le deuxième, qui s'ajoute au premier, s'intéresse à ceux qui étaient éligibles à une entrevue en face à face.

De là, nous pouvons présenter les taux de réponse estimés, dont nous nous servirons à l'étape de la pondération. Le tableau B-11 présente chacun de ces taux de réponse.



TABLEAU B-11

Taux de réponse estimés, selon les zones d'analyse




3. PONDÉRATION

Le modèle d'échantillonnage étant de type non proportionnel, il était nécessaire de pondérer les données recueillies afin que chaque information puisse être estimée à sa juste valeur.

La pondération qui a été utilisée tout au long de notre analyse est très simple. Elle permet à chaque informateur de représenter la portion de la population à laquelle il appartient. Ainsi, elle peut être définie comme suit :

W i = I r x E i
W i = Poids théorique de chaque informateur.
I r = Inverse de la fraction d'échantillonnage propre à chacune des zones.
E i = Nombre de personnes éligibles dans le ménage où l'informateur a été sélectionné.

Cette pondération théorique, par contre, doit être corrigée par le taux de réponse que nous avons obtenu dans chacune des trois zones et ce, compte tenu du niveau de participation de l'informateur. Ainsi, le poids théorique de chaque informateur devient :

P i = W i x T i x (t r)
P i = Poids réel de chaque informateur.
W i = Poids théorique obtenu précédemment.
T r = Inverse du taux de réponse obtenu, lors du dépistage téléphonique, dans chacune des trois zones.
(t r) = Inverse du taux de réponse obtenu, compte tenu de la participation de l'informateur à l'opération entrevue en face à face ou récupération, dans chacune des trois zones.

Le tableau B-12 présente les poids que nous avons déterminés pour les informateurs de chacune des zones.



TABLEAU B-12 Pondération



Pour des raisons purement pratiques, nous avons ramené notre échantillon pondéré au nombre de questionnaires complétés, soit 8 634.

4. DEGRÉ DE PRÉCISION

Le degré de précision des données obtenues s'établit à ± 1,1 % pour l'ensemble de la population québécoise dans le cas des résultats les plus hétérogènes.




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