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Langue et disparités de statut économique au Québec 1970 et 1980

Chapitre 3
Les effets des attributs linguistiques
pour l'ensemble des Québécois






Langue et disparités
de statut économique
au Québec
1970 et 1980

Ce chapitre se divise en deux parties. Dans la première partie, nous examinons l'impact des attributs linguistiques sur les revenus de travail des hommes et des femmes en tenant compte simultanément d'un petit nombre de facteurs explicatifs, puis en augmentant le nombre de facteurs. Ceci nous permettra d'examiner la robustesse de notre modèle. Dans la seconde partie, nous examinons l'impact de la scolarité et de l'expérience sur les revenus de travail à l'aide d'analyses multivariées faites pour chaque groupe linguistique. Ceci nous permet de voir si certains groupes linguistiques tirent davantage parti de ces attributs que les autres.

Nous présentons tout d'abord, à l'aide de tableaux croisés, les revenus moyens de travail de l'ensemble des Québécois. Nous examinons ensuite les résultats de l'analyse multivariée de ces revenus. Nous distinguons lors de nos analyses les hommes, d'une part, et les femmes, d'autre part, et nous mettons l'accent sur les comparaisons entre 1970 et 1980. Rappelons que, dans tous les cas, nos résultats portent sur les individus ayant reçu au moins un dollar de revenu de travail en 1970 ou en 1980 et qu'il s'agit de revenus en dollars courants.

3.1 L'ensemble des Québécois

À l'examen du tableau 3-1 sur les revenus moyens de travail des hommes et des femmes, nous constatons que :

  • premièrement, en 1970 et en 1980, les francophones unilingues reçoivent des revenus de travail plus bas que les individus (anglophones, francophones ou allophones) connaissant l'anglais. L'écart est plus élevé pour les hommes que pour les femmes;

  • deuxièmement, la situation des unilingues francophones s'est améliorée de 1970 à 1980.

 
Tableau 3-1 Revenus moyens de travail, Québec, hommes et femmes, 1970 et 1980


Comme nous l'avons indiqué à la section 1.2, de tels écarts, dits écarts bruts, reflètent l'impact des différences dans le niveau de l'ensemble des attributs (scolarité, expérience, langue, ...) des membres de chacun des groupes linguistiques sur les revenus moyens de travail de chacun de ces groupes. Afin de mesurer l'impact net des attributs linguistiques sur les revenus de travail (leurs effets propres), nous devons nous limiter à une analyse multivariée des revenus de travail. La mesure de ces impacts nets dépendra, entre autres, des autres facteurs (variables) que l'on utilise simultanément pour expliquer les revenus de travail. C'est pourquoi nous présentons au tableau 3-2, et dans tous les tableaux rapportant les effets propres des facteurs linguistiques, les effets des facteurs de standardisation. Ces résultats permettront au lecteur de juger de la pertinence de notre modèle explicatif dans son ensemble et donc de la valeur de nos résultats sur les facteurs linguistiques.

  • Premièrement, une analyse multivariée faisant appel à quatre facteurs (attributs linguistiques, scolarité, expérience et nombre de semaines travaillées) peut expliquer près de la moitié (45 % à 50 %) des variations interindividuelles des revenus de travail pour les hommes et les femmes en 1970 et en 1980. C'est là un résultat qui démontre la pertinence du schéma d'analyse tiré de la théorie du capital humain.

  • Deuxièmement, nos résultats empiriques quant à l'effet des facteurs de standardisation (attributs non linguistiques) sur les revenus de travail sont conformes à nos attentes. Ainsi, de façon générale, un accroissement du niveau de scolarité accroît les revenus de travail; cela est également vrai d'un accroissement du nombre de semaines travaillées. On observe comme prévu une relation concave entre le revenu et l'expérience. En effet, alors que le coefficient de la variable expérience est positif, celui de cette variable mise au carré (expérience2) est négatif. Ceci indique que l'expérience a un effet tout d'abord positif sur le revenu, mais que cet effet décroît avec l'expérience pour atteindre un effet nul, puis négatif. Une telle relation a la forme d'un U inversé et peut être dite concave.

  • Troisièmement, au Québec, les facteurs linguistiques ont un rôle à jouer dans l'explication des revenus de travail.

Avant de passer aux facteurs linguistiques, examinons plus en détail l'effet de deux facteurs de standardisation sur le revenu de travail, la scolarité et l'expérience.

La scolarité

Bien que de façon générale les revenus de travail croissent avec la scolarité, on observe que ce n'est pas toujours le cas. Ceci reflète sans doute le fait qu'il est difficile, encore plus en 1980 qu'en 1970, d'occuper un emploi rémunérateur sans avoir au moins une scolarité de niveau secondaire (niveau de scolarité qui est associé à la période de fréquentation obligatoire de l'école).

L'expérience

Les revenus de travail croissent avec l'expérience, atteignant un sommet entre 32 et 36 ans d'expérience1 puis décroissent. On note qu'une année d'expérience rapporte moins aux femmes qu'aux hommes. Ceci s'explique en partie par le fait que l'expérience est mesurée par l'âge, moins le nombre d'années d'études. Elle n'est pas mesurée par les années effectivement travaillées. Les femmes interrompent plus souvent que les hommes leur participation sur le marché du travail à cause de responsabilités familiales, ce qui entraîne une surestimation du nombre d'années d'expérience, ce qui peut amener une sous-estimation de l'effet tel que mesuré par le coefficient de régression pour chaque année d'expérience.

 
Tableau 3-2 Effets des attributs individuels de base
sur le revenu de travail, Québec,
hommes et femmes, 1970 et 1980


Passons maintenant à l'examen des attributs linguistiques en approfondissant d'abord le cas des anglophones puis celui des francophones bilingues et, enfin, celui des allophones. Notons qu'il s'agit de l'ordre qui sera utilisé de façon systématique tout au long de cette étude.

Anglophones

En 1970, les hommes anglophones, unilingues ou bilingues retiraient de leurs attributs linguistiques un revenu de travail plus élevé que les francophones unilingues. En 1980, les anglophones bilingues retirent de ces attributs des revenus de travail similaires à ceux des francophones unilingues, tandis que les anglophones unilingues en retirent des revenus moins élevés. C'est là le résultat clef de cette étude, résultat qui indique une nette détérioration de la rentabilité des attributs linguistiques des anglophones. Quant aux femmes anglophones, elles ne retirent pas d'avantages de leurs attributs linguistiques en 1970 ou en 1980.

Francophones bilingues

En 1970 et en 1980, tant pour les hommes que pour les femmes francophones, le bilinguisme est mieux rémunéré que l'unilinguisme. Cependant, cette prime associée au bilinguisme diminue de 1970 à 1980, ce qui confirme ce que les résultats pour les anglophones indiquaient : la valeur de l'anglais sur le marché du travail du Québec a diminué, de 1970 à 1980, par rapport à celle du français.

Allophones

En 1970, les attributs linguistiques des allophones sont moins bien rémunérés que ceux des francophones unilingues. En 1980 cependant, leurs attributs linguistiques sont, en règle générale, rémunérés comme ceux des francophones unilingues. On note cependant, en 1970, que les femmes allophones connaissant le français ont des revenus de travail plus élevés que les autres femmes allophones.

Si on compare les résultats du tableau 3-2 à ceux du tableau 3-1, on constate que les écarts entre les revenus moyens de travail différent des effets propres des attributs linguistiques. Ainsi, les anglophones bilingues et les francophones bilingues ont tous deux, en 1980 (par coïncidence), des revenus moyens de travail plus élevés de 36 % que ceux des francophones unilingues. Cependant, lorsqu'on tient compte des différences dans la scolarité, l'expérience et le nombre de semaines travaillées, on obtient que l'effet propre des attributs linguistiques des anglophones bilingues est nul alors que les attributs linguistiques des francophones bilingues accroissent leurs revenus de travail seulement de 5,11 % (plutôt que de 36 %). L'analyse multivariée nous permet donc de mieux cerner l'effet des attributs linguistiques sur les revenus de travail.

Le modèle d'analyse multivariée de base utilisé au tableau 3-2 nous permet-il de bien cerner l'effet des attributs linguistiques sur les revenus de travail? En effet, on peut le critiquer en soulevant l'un des trois points suivants :

  1. il ne tient pas compte de certains facteurs dont on sait qu'ils jouent un rôle dans l'explication des revenus de travail, mais pour lesquels on ne dispose pas de l'information nécessaire pour les inclure dans l'analyse multivariée;

  2. il inclut des facteurs explicatifs qui ne devraient pas l'être même si on dispose de l'information disponible, car il s'agit de facteurs dont le niveau dépend d'autres facteurs explicatifs et dont la présence peut masquer l'effet réel de ces derniers facteurs;

  3. il n'inclut pas assez de facteurs explicatifs étant donné l'information disponible dans les données.

Examinons chacune de ces critiques à tour de rôle.

  1. Il est vrai, par définition, qu'on ne tient pas compte des facteurs pour lesquels on ne dispose pas d'information. Ceci peut entraîner une mesure erronée des effets propres des attributs linguistiques s'il existe un lien systématique entre l'un ou l'autre de ces facteurs manquants et les attributs linguistiques. Ainsi, par exemple, si un groupe linguistique était composé d'individus systématiquement plus intelligents ou plus assidus au travail ou plus en santé que les membres des autres groupes linguistiques et que ceci s'expliquait par les attributs linguistiques, alors l'effet net des attributs linguistiques de ce groupe refléterait en partie l'effet de ce ou ces facteurs manquants. Nous n'avons cependant aucune indication que ce soit le cas au Québec en 1970 et en 1980. Nous pouvons donc négliger ce point.

  2. On pourrait prétendre que le nombre de semaines travaillées et, dans une moindre mesure, le niveau de scolarité dépendent des attributs linguistiques; leur inclusion comme facteur explicatif dans notre analyse aurait donc pour effet de réduire plus qu'il n'est approprié la valeur des effets propres des attributs linguistiques. Nous examinerons au chapitre 6 s'il existe une telle relation entre le nombre de semaines travaillées et les attributs linguistiques. Quant à la relation scolarité-attributs linguistiques, Vaillancourt et Lefebvre (1981) ont constaté que la langue maternelle des parents qui détermine celle des enfants n'a pas d'effet significatif sur la scolarité des enfants.

  3. Finalement, on peut concevoir que d'autres facteurs que ceux retenus au tableau 3-2 expliquent les revenus de travail et que leur inclusion a un impact sur les effets propres des attributs linguistiques. C'est pourquoi nous examinerons maintenant la robustesse de nos résultats en ajoutant cinq facteurs de standardisation, soit le statut matrimonial, la religion, l'origine ethnique, la mobilité (1966-1971 et 1976-1981) et le fait de résider ou non dans une zone métropolitaine.

 
Tableau 3-3(a) Effets des attributs individuels de base et autres sur le revenu de travail, Québec, hommes, 1970 et 1980


 
Tableau 3-3(b) Effets des attributs individuels de base et autres sur le revenu de travail, Québec, femmes, 1970 et 1980


En comparant les résultats du tableau 3-3 à ceux du tableau 3-2, on constate que l'ajout d'un ou de plusieurs de ces cinq nouveaux facteurs d'explication du revenu fait peu varier l'effet propre des trois facteurs de standardisation du modèle de base. Ce n'est que pour les hommes que cet ajout a un certain effet, réduisant quelque peu les effets propres associés à une scolarité universitaire et de façon importante le rendement monétaire d'une année d'expérience. Cependant, nos conclusions quant à l'effet des trois facteurs de standardisation du modèle de base sur les revenus de travail des hommes et des femmes ne s'en trouvent pas modifiées. Cette stabilité de l'effet des facteurs de standardisation du modèle de base ne s'explique pas par le fait que ces cinq nouveaux facteurs de standardisation ne sont pas pertinents, comme l'indiquent les résultats du tableau 3-3, mais reflète sans doute le peu de liens existant entre les facteurs de base (tableau 3-2) et ces facteurs additionnels (tableau 3-3).

L'ajout des facteurs de standardisation autres que le statut matrimonial s'accompagne d'une augmentation en 1980 de la rentabilité de l'anglais chez les hommes anglophones. Par contre, les protestants et les membres des minorités visibles qui sont plus souvent des anglophones que des francophones tirent un rendement monétaire négatif de ces attributs. Si on tient compte de ceci, nos conclusions sur la rentabilité plus faible de l'anglais ne sont pas modifiées. Plus généralement, nos conclusions quant à l'évaluation des effets propres des attributs linguistiques sur les revenus de travail ne sont cependant pas modifiées, car on observe toujours de 1970 à 1980 une importante réduction de la rentabilité de l'anglais sur le marché du travail pour les hommes anglophones et francophones bilingues. Quant aux allophones, ils demeurent défavorisés par rapport aux francophones unilingues.

On obtient des résultats similaires, mais moins prononcés dans le cas des femmes comme l'indique la comparaison des résultats du tableau 3-3(b) à ceux du tableau 3-2.

Examinons maintenant l'effet de ces nouveaux facteurs de standardisation.

Le statut matrimonial

L'effet du statut matrimonial est stable à travers le temps, mais n'est pas le même pour les hommes que pour les femmes. Pour les hommes, c'est le statut « marié » qui est associé à des revenus plus élevés alors que, pour les femmes, c'est celui de veuve ou de séparée-divorcée qui a cet effet. Ceci reflète le fait que ces deux catégories d'individus sont perçues par les employeurs comme une main-d'oeuvre stable qui, comme soutiens de famille, font face à certaines exigences financières qui les amènent à être des employés plus productifs et donc mieux rémunérés.

La religion

Nous n'avons pas d'attentes précises quant à l'effet propre de cette variable sur les revenus de travail. À son examen, on constate que le fait d'être non catholique semble plus désavantageux en 1980 qu'en 1970. Ceci reflète en partie l'étroite association qui existe entre le fait d'être francophone et celui d'être catholique2.

L'origine ethnique

Un résultat ressort clairement du tableau 3-3 : les personnes d'origine non blanche, les Asiatiques et les Noirs, qui font partie des minorités visibles du Québec, sont défavorisées en termes de revenus de travail. Notons que ces individus ne connaissent souvent pas le français3.

La mobilité

Pour les hommes, la mobilité Canada-Québec est payante en 1970 et en 1980 alors que, pour les femmes, elle ne leur rapporte rien en 1970 et elle les pénalise financièrement en 1980. Ceci reflète que la mobilité Canada-Québec est souvent le fait d'hommes anglophones qui viennent au Québec4 comme cadres supérieurs dans les sièges sociaux, alors que, pour les femmes, il s'agit souvent d'une mobilité due à la nécessité d'accompagner un conjoint plutôt que d'une mobilité voulue à la suite d'une promotion. Quant à la mobilité internationale, elle n'est pas payante à court terme.

La résidence en zone métropolitaine

Comme prévu, elle est payante en 1980 pour les hommes et les femmes, mais moins qu'en 1970. Cependant, comme nous ne tenons pas compte des écarts du coût de la vie entre les régions du Québec, ceci ne nous permet pas de conclure qu'un résidant d'une région métropolitaine touche un revenu réel plus élevé qu'un non-résidant.

Examinons maintenant au tableau 3-4 comment l'introduction dans notre modèle de deux autres facteurs de standardisation, soit le secteur d'activité et l'occupation, fait varier l'effet propre des facteurs retenus au tableau 3-2.

L'ajout du secteur d'activité et de l'occupation n'accroît pas de façon importante le pourcentage d'explication des revenus de travail et ne fait pas varier de façon importante l'effet du nombre de semaines travaillées sur les revenus de travail. Il réduit cependant l'effet d'une année d'expérience additionnelle sur les revenus de travail. L'introduction de la variable « secteur d'activité » dans notre modèle n'affecte pas dans l'ensemble les effets propres de la scolarité alors que l'ajout de l'occupation réduit l'effet de la scolarité sur les revenus de travail.

Par ailleurs, les conclusions quant aux effets des attributs linguistiques sur les revenus de travail énoncées après analyse des résultats du tableau 3-2 ne se trouvent pas modifiées par l'ajout du secteur d'activité ou de l'occupation comme facteur de standardisation.

Examinons maintenant les effets nets du secteur d'activité et de l'occupation sur les revenus de travail.

Le secteur d'activité

De façon générale, pour les hommes, c'est le secteur primaire où les emplois sont les mieux rémunérés et celui des services où ils le sont le moins. Pour les femmes, c'est également le secteur primaire qui est le mieux rémunéré et celui du commerce qui l'est le moins. On note que l'ajout de l'occupation dans notre modèle comme facteur explicatif réduit les effets propres associés au secteur d'activité pour les hommes, contrairement aux femmes.

L'occupation

Pour les hommes et les femmes, en 1970 et en 1980, ce sont les postes de cols blancs qui sont les mieux rémunérés. Pour les hommes en particulier, ce sont les postes du secteur de la santé et les postes de cadres qui rapportent le plus alors que, pour les femmes, ce sont les postes d'enseignantes et de génie-sciences en 1970 et les postes de cadres et du secteur de la santé en 1980. Ce sont là des postes qui, en règle générale, nécessitent une scolarité universitaire. Ceci explique que le rendement associé à cette scolarité diminue lorsqu'on tient compte du poste occupé.

3.2 Scolarité, expérience et groupes linguistiques

Nous allons maintenant examiner comment notre modèle de base (scolarité, expérience, semaines travaillées) peut expliquer les revenus de travail des membres de chacun des groupes linguistiques. Ceci nous permettra d'examiner comment ces facteurs interagissent avec les attributs linguistiques pour déterminer les revenus de travail.

 
Tableau 3-4(a) Effets des attributs individuels et d'emplois sur le revenu de travail, Québec, hommes, 1970 et 1980


 
Tableau 3-4(b) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail, Québec, femmes,
1970 et 1980


Hommes

À partir des résultats du tableau 3-5, on constate tout d'abord que le pourcentage d'explication varie de façon importante d'un groupe linguistique à l'autre. De façon générale, notre modèle de base explique mieux les revenus de travail des anglophones et des francophones que ceux des allophones. Ceci est particulièrement vrai pour les allophones ne parlant ni anglais ni français, possiblement parce que ceux-ci détiennent des emplois où la scolarité et l'expérience ne sont pas des facteurs déterminants de la rémunération5.

La rémunération d'un premier diplôme universitaire (universitaire 34 ans) ou d'études de deuxième et de troisième cycles (universitaire 5 ans et plus) est plus élevée pour un anglophone unilingue que pour un francophone unilingue ou bilingue en 1970; en 1980, ces écarts ont presque disparu, particulièrement pour les diplômés de deuxième et de troisième cycles. La plus grande disponibilité d'une main-d'oeuvre hautement qualifiée d'origine francophone et donc du Québec (tableaux B-9 à B-16) a pour effet de réduire les besoins de faire appel à une main-d'oeuvre extérieure qui exige, pour se déplacer, des primes de rareté. Ceci a pour effet de réduire la rémunération relative de cette scolarisation chez les anglophones.

La rémunération de l'expérience est assez similaire d'un groupe linguistique à l'autre (à l'exception des allophones ne parlant ni le français ni l'anglais) aussi bien en 1970 qu'en 1980, mais diminue légèrement de 1970 à 1980. La rémunération du nombre de semaines travaillées est moins élevée pour les francophones bilingues et pour les allophones qui ne sont pas bilingues aussi bien en 1970 qu'en 1980. Elle est assez similaire pour les autres groupes linguistiques. De façon générale, elle augmente légèrement de 1970 à 1980.

Femmes

Examinons maintenant le cas des femmes à l'aide des résultats du tableau 3-6. On note tout d'abord, contrairement aux hommes, que le pourcentage d'explication varie peu d'un groupe linguistique à l'autre. On observe, par contre, une importante variation de 1970 à 1980 dans la rentabilité d'une scolarité universitaire pour les anglophones et les allophones.



 
Tableau 3-5(a) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la langue,
Québec, hommes, 1970


 
Tableau 3-5(b) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la langue,
Québec, hommes, 1980


En effet, une scolarité universitaire devient plus rentable pour ces dernières et de façon marquée de 1970 à 1980, alors qu'elle demeure relativement inchangée pour les francophones. Ceci s'explique sans doute en partie par le fait que les femmes occupent une part plus grande des postes de cadres du secteur privé en 1981 qu'en 19716.

La rémunération de l'expérience des femmes varie d'un groupe linguistique à l'autre aussi bien en 1970 qu'en 1980. Elle diminue de 1970 à 1980 pour les femmes anglophones. Quant à la rémunération du nombre de semaines travaillées, elle varie quelque peu d'un groupe linguistique à l'autre en 1970 et en 1980.

Ce chapitre nous a permis de dégager un fait marquant, soit l'importante réduction de 1970 à 1980 de la rémunération associée à la connaissance de l'anglais. Cette conclusion est surtout valable pour les hommes. Mais cette réduction est-elle généralisée à l'ensemble des résidants du Québec ou est-elle le fait de certains groupes particuliers? C'est ce que nous examinerons aux chapitres 4 et 5 qui portent respectivement sur les groupes d'âge et de scolarité et sur les occupations et les secteurs d'activité.

 
Tableau 3-6(a) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la langue,
Québec, femmes, 1970


 
Tableau 3-6(b) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la langue,
Québec, femmes, 1980


1 Soit 33 ans en 1970 et 32 ans en 1980 pour les hommes et, respectivement, 36 ans et 32 ans pour les femmes. [retour au texte]

2 Plus de 95 % des hommes et des femmes francophones se déclarent de religion catholique au recensement de 1981 et près de 90 % des catholiques sont des francophones (calculs de l'auteur, micro-données du recensement de 1981). [retour au texte]

3 Ainsi, 61 % des hommes anglophones non blancs sont unilingues de même que 73 % des femmes. Chez les anglophones d'origine britannique, ce pourcentage n'est que de 45 % et chez les femmes de 44 % (calculs de l'auteur, micro-données du recensement de 1981). [retour au texte]

4 Seulement 1,1 % de la main-d'oeuvre masculine du Québec en 1981 résidant ailleurs au Canada en 1976. Ce pourcentage est de 5,6 % pour la main-d'oeuvre masculine anglophone unilingue (calculs de l'auteur, micro-données du recensement de 1981). [retour au texte]

5 Comme l'indique l'examen des tableaux B-25, B-27, B-29 et B-31, ces individus n'occupent pas, à toutes fins utiles, des postes de cadres, de « génie et sciences », de « sciences sociales », d'enseignement ou de santé. Or, ce sont là les occupations exigeant une scolarité supérieure à la moyenne. [retour au texte]

6 Les résultats du tableau 7.1 indiquent que les femmes occupent une part plus élevée des postes de cadres au Québec en 1980 qu'en 1970. Des calculs faits avec les données des recensements démontrent que les femmes anglophones détiennent 3,8 % de l'ensemble (tous les travailleurs) des postes de cadres du secteur privé en 1970 et 4,5 % en 1980. [retour au texte]





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