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Langue et disparités de statut économique au Québec 1970 et 1980

Chapitre 4
Les effets des attributs linguistiques
selon l'âge et la scolarité



Langue et disparités
de statut économique
au Québec
1970 et 1980

Dans la première section de ce chapitre, nous examinons l'impact des attributs linguistiques sur les revenus des travailleurs de divers groupes d'âge. Ces résultats nous permettront d'examiner comment diverses cohortes d'âge sont avantagées ou désavantagées par leurs attributs linguistiques et comment cet avantage ou ce désavantage a évolué de 1970 à 1980. Dans la seconde section, nous verrons comment les individus ayant une scolarité universitaire — groupe où les francophones ont accru leur présence de façon importante depuis 1970 — sont avantagés ou désavantagés par leurs attributs linguistiques.

4.1 Les groupes d'âge

Nous présentons aux tableaux 4-1 et 4-2 les revenus moyens de travail des huit groupes linguistiques pour six groupes d'âge. Notons immédiatement que l'utilisation d'un tel nombre (48) de cellules par tableau fait surgir la question du degré de fiabilité à attacher à des résultats obtenus à l'aide de données portant seulement sur quelques répondants. C'est pourquoi seuls les résultats obtenus pour au moins 30 individus seront rapportés dans les tableaux de revenus moyens. En règle générale, ceci n'affectera pas les résultats pour les anglophones ou les francophones. Cela réduira toutefois la disponibilité de résultats portant sur les allophones, particulièrement pour ceux ne connaissant ni l'anglais ni le français. La disponibilité des résultats sera également réduite de façon plus importante pour les femmes que pour les hommes et pour 1970 que pour 1980.

Il est à noter que nous attachons une moins grande importance aux résultats des cohortes 15-24 ans et 65 ans et plus qu'à ceux des autres cohortes d'âge comme reflet de la rentabilité des attributs linguistiques au Québec. Dans le cas des 15-24 ans, la croissance de la fréquentation postsecondaire de 1970 à 1980 et le fait que ce sont à la fois des emplois permanents et des emplois étudiants (emplois d'été et emplois à temps partiel) dont ils tirent leurs revenus font qu'il est difficile de les expliquer. Quant aux travailleurs de 65 ans et plus1, il s'agit là, étant donné l'incidence de la retraite à 65 ans, de résultats portant sur un faible nombre de travailleurs.

Hommes

Les résultats du tableau 4-1 nous indiquent que les revenus de travail des francophones unilingues sont inférieurs à ceux des anglophones, des francophones bilingues et des allophones bilingues pour les quatre groupes d'âge entre 25 et 64 ans, en 1970 et en 1980. Une comparaison cohorte par cohorte indique que ces écarts sont, à une exception près, toujours plus élevés en 1970 qu'en 1980 et qu'ils augmentent avec l'âge, atteignant leur sommet entre 45 et 64 ans. Les revenus des allophones anglophones sont également souvent plus élevés que ceux des unilingues francophones.

Femmes

Les résultats du tableau 4-2 indiquent également que les revenus de travail des francophones unilingues sont inférieurs à ceux des anglophones et des francophones bilingues pour les quatre groupes d'âge de 25 à 64 ans; cet écart est cependant toujours moins important que celui des hommes. Il s'accroît également avec l'âge, plafonnant entre 45 et 64 ans. Chez les francophones, les bilingues sont mieux rémunérés que les unilingues et les écarts sont, en règle générale, plus élevés en 1980 qu'en 1970. Par contre, il n'y a pas de tendance qui se dégage quant à l'évolution entre 1970 et 1980 des écarts entre les anglophones et les francophones unilingues.

En 1970, les écarts entre les revenus des francophones unilingues et ceux des allophones sont difficiles à mesurer étant donné le petit nombre d'allophones; ils semblent toutefois peu importants. En 1980, les revenus des francophones unilingues sont en général supérieurs à ceux des allophones unilingues, des anglophones ou des francophones, alors qu'ils sont plus faibles que ceux des allophones bilingues.

Aussi bien pour les hommes que pour les femmes, une explication des écarts de revenus moyens de travail est qu'avec l'avancement, souvent associé à l'âge, l'anglais deviendrait de plus en plus utile au travail. Une autre explication serait que les écarts de revenus de travail plus élevés pour les cohortes plus âgées reflètent les conditions prévalant sur le marché du travail québécois au moment de leur embauche, ces conditions ayant peu évolué à travers le temps.

 
Tableau 4-1(a) Revenus moyens selon l'âge et les connaissances linguistiques, Québec, hommes, 1970


 
Tableau 4-1(b) Revenu moyen selon l'âge et les connaissances linguistiques, Québec, hommes, 1980


 
Tableau 4-2(a) Revenu moyen selon l'âge et les connaissances linguistiques, Québec, femmes, 1970


 
Tableau 4-2(b) Revenu moyen selon l'âge et les connaissances linguistiques, Québec, femmes, 1970


Examinons maintenant les effets propres par groupe d'âge des facteurs de standardisation et des attributs linguistiques sur les revenus de travail des hommes et ensuite des femmes.

Hommes

Pourcentage d'explication et facteurs de standardisation

Au tableau 4-3, on constate tout d'abord que le pourcentage d'explication de nos analyses multivariées est très élevé pour les 15-24 ans et élevé pour les autres groupes d'âge, bien qu'ayant une tendance à décroître avec l'âge pour 1970 et 1980. Ceci reflète sans doute, dans la détermination des revenus de travail des travailleurs expérimentés, l'importance plus grande des connaissances spécifiques acquises dans l'exercice de leur emploi. Ces connaissances ne sont captées que partiellement par notre mesure de l'expérience.

De façon générale, un accroissement du nombre d'années de scolarité accroît comme prévu les revenus de travail des hommes, en 1970 et en 1980, quel que soit leur âge. On note cependant que :

  • en 1980, de petits accroissements de scolarité par rapport à la catégorie de référence (0-4 ans) ont des effets négatifs ou nuls sur les revenus de travail. Ceci s'explique sans doute par le fait que ces accroissements de scolarité ne suffisent pas à atteindre un niveau minimal (secondaire) de connaissances;

  • l'écart de revenus de travail associé à un premier diplôme universitaire (universitaire 3-4 ans) diminue avec l'âge. Ceci s'explique par la réduction avec l'âge de l'importance relative de la scolarité par rapport à l'occupation comme facteur d'explication des revenus de travail des occupants de postes de gestion2.

L'expérience a, quant à elle, un effet positif, mais décroissant avec l'âge sur les revenus de travail pour les 15-34 ans en 1970 et les 15-44 ans en 1980, puis un effet nul (négatif pour les 65 ans et plus en 1980) pour les autres groupes d'âge. Ce comportement des coefficients d'expérience est conforme à nos attentes, à savoir qu'il existe un lien concave entre l'expérience et les revenus de travail pour l'ensemble de la période de participation au marché du travail.

Le nombre de semaines travaillées a, comme prévu, un effet positif sur les revenus de travail. Cet effet décroît cependant avec l'âge.

 
Tableau 4-3(a) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon l'âge, Québec, hommes, 1970


 
Tableau 4-3(b) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon l'âge, Québec, hommes, 1980


Attributs linguistiques

Examinons tout d'abord le cas des anglophones puis celui des francophones bilingues et, enfin, celui des allophones.

Anglophones

En 1970, l'effet propre d'être de langue maternelle anglaise est positif de 25 à 64 ans et croît avec l'âge des individus. Quant au bilinguisme, il est plus payant que l'unilinguisme anglais pour les 25-44 ans.

En 1980, la situation s'est fortement transformée. Les anglophones unilingues retirent un avantage monétaire de leurs attributs linguistiques seulement après 55 ans et cet avantage est toujours inférieur à celui que retirent les anglophones du bilinguisme. Ces résultats reflètent que c'est seulement pour les fonctions de cadres supérieurs, atteintes à un âge plus avancé (55 ans et plus) et souvent localisées dans un siège social pancanadien situé à Montréal, que la seule connaissance de l'anglais est encore rentable en 1980. Pour les autres groupes d'âge, il y a eu une détérioration, de 1970 à 1980, de la rémunération associée à la seule connaissance de l'anglais.

Francophones bilingues

Les francophones retirent une rémunération positive de leur connaissance de l'anglais aussi bien en 1970 qu'en 1980. Cette rémunération du bilinguisme est moins élevée en 1980 qu'en 1970 pour les 25-64 ans, indiquant à nouveau une réduction de la rémunération relative de l'anglais sur le marché du travail au Québec. De plus, alors que la rémunération du bilinguisme était toujours plus élevée pour les anglophones que pour les francophones en 1970, ceci ne se produit plus de façon systématique en 1980.

Allophones

De façon générale, mais plus en 1980 qu'en 1970, les allophones voient leurs attributs linguistiques rémunérés de façon moindre que les francophones unilingues ou bilingues et que les anglophones. Ceci dit, on note en 1980 que ce sont les allophones bilingues qui ont les revenus les plus similaires à ceux des francophones unilingues, suivis des allophones anglophones, puis des allophones francophones et finalement des autres allophones. En 1970, les allophones étaient relativement plus favorisés puisqu'il y avait peu d'écart entre l'effet propre de leurs attributs linguistiques et ceux des francophones unilingues (20 effets propres sur 24 étant égaux à zéro).

Femmes

Examinons maintenant, à l'aide du tableau 4-4, les effets propres des facteurs de standardisation et des facteurs linguistiques sur les revenus de travail des femmes du Québec en 1970 et en 1980.

Pourcentage d'explication et facteurs de standardisation

Comme dans le cas des hommes, le pourcentage d'explication des revenus de travail est élevé pour l'ensemble des groupes d'âge3. On observe également, mais de façon moins évidente pour les femmes que pour les hommes, qu'un accroissement du niveau de scolarité entraîne une hausse des revenus de travail. Ainsi, pour les femmes de 45 à 54 ans, seule une scolarité universitaire est plus payante qu'une scolarité primaire (1-4 ans).

L'expérience a tout d'abord un effet positif, mais décroissant avec l'âge, puis un effet nul sur les revenus de travail, alors que le nombre de semaines travaillées a un effet positif sur les revenus de travail. Ce sont, en règle générale, les mêmes effets pour les femmes que pour les hommes.

Attributs linguistiques

Les résultats du tableau 4-4 indiquent clairement que, pour les femmes, l'attribut linguistique « francophone unilingue » est beaucoup plus rentable, en termes relatifs, que pour les hommes. Ainsi, en 1970, seulement neuf effets propres d'attributs linguistiques et, en 1980, seulement cinq effets propres d'attributs linguistiques ont des valeurs supérieures à zéro4. Plus spécifiquement, on note qu'en 1970 les anglophones unilingues et bilingues retirent un avantage net de leurs attributs linguistiques trois fois sur 12 et, en 1980, seulement une fois sur 12 (soit pour les 65 ans et plus). Le peu d'avantages monétaires retirés du fait d'être anglophone aurait donc disparu de 1970 à 1980. Par contre, le bilinguisme chez les francophones semble aussi payant en 1980 qu'en 1970. Finalement, dans l'ensemble, les allophones ne voient pas leurs attributs linguistiques mieux rémunérés que les francophones unilingues.

Terminons cet exposé de l'évolution de la rémunération relative des attributs linguistiques des francophones et des anglophones en examinant, pour trois cohortes de sexe masculin qui, en 1970, auraient eu 25-34 ans, 35-44 ans et 45-54 ans, quelle aurait été la rémunération de leurs attributs linguistiques en 1980 si la situation de 1970 avait prévalu en 1980 pour leur nouvelle cohorte d'appartenance (35-44 ans, 45-54 ans, 55-64 ans) et quelle variation de revenus de travail est associée aux changements observés sur le marché du travail québécois. Comme l'indique le tableau 4-5, dans huit cas sur neuf, la rémunération des attributs linguistiques autres que « francophone unilingue » est moins élevée en 1980 pour une cohorte donnée que ce que la rémunération observée en 1970 amenait à prévoir. Dans tous ces cas, il s'agit d'une réduction d'au moins huit points de pourcentage et d'au moins 50 % de l'écart des revenus de travail dont les hommes de ces cohortes s'attendaient à bénéficier vis-à-vis des francophones unilingues.

 
Tableau 4-4(a) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon l'âge, Québec, femmes, 1970


 
Tableau 4-4(b) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon l'âge, Québec, femmes, 1980


 
Tableau 4-5 Rendement monétaire des attributs linguistiques, trois cohortes d'âge, Québec, hommes, 1970 et 1980


4.2 Les niveaux de scolarité

Nous allons maintenant examiner les revenus moyens de travail des huit groupes linguistiques, cette fois divisés en sept niveaux de scolarité. Examinons tout d'abord le cas des hommes à l'aide des résultats du tableau 4-6.

Hommes

Le premier résultat qui ressort du tableau est qu'en 1970 et en 1980 (à deux exceptions près), les revenus de travail des hommes anglophones et des francophones bilingues, quel que soit leur niveau de scolarité, sont plus élevés que ceux des hommes francophones unilingues. De plus, sauf pour le groupe le moins scolarisé (primaire 1-4 ans), ces écarts sont toujours plus élevés en 1970 qu'en 1980. Il est, par contre, difficile de se prononcer sur la situation des allophones en 1970 à cause du grand nombre de résultats manquants. On peut cependant noter que les allophones bilingues et les allophones anglophones semblent disposer de revenus de travail plus élevés que les francophones unilingues, quel que soit leur niveau de scolarité. En 1980, les allophones bilingues ont des revenus de travail plus élevés ou similaires à ceux des francophones unilingues, quel que soit leur niveau de scolarité. Les allophones ne parlant que l'anglais ou le français ont, la majorité du temps, des revenus de travail moins élevés que les francophones unilingues.

Femmes

Lorsqu'on examine, à l'aide du tableau 4-7, l'écart entre les revenus moyens de travail des francophones unilingues, d'une part, et ceux des anglophones et des francophones bilingues, d'autre part, on observe que les femmes francophones unilingues ayant une scolarité primaire (5-8) ou secondaire ont des revenus moyens de travail moins élevés que les femmes francophones bilingues ou anglophones, alors qu'elles ont des revenus de travail plus élevés lorsqu'elles ont de un à quatre ans de scolarité universitaire. Quant aux allophones, il est difficile de se prononcer sur leur situation en 1970, étant donné le peu de résultats disponibles. Par contre, dans l'ensemble, elles ont en 1980 des revenus de travail supérieurs à ceux des francophones unilingues.

Nos résultats indiquent donc, quelle que soit leur scolarité, que les hommes anglophones et francophones occupent des postes où la connaissance de l'anglais est rentable alors que, chez les femmes, ceci est vrai surtout pour celles moyennement ou peu scolarisées. Il y a peut-être dans ce cas une certaine substitution entre connaissances linguistiques et scolarité.



 
Tableau 4-6(a) Revenu moyen selon la scolarité et les attributs linguistiques, Québec, hommes, 1970


 
Tableau 4-6(b) Revenu moyen selon la scolarité et les attributs linguistiques, Québec, hommes, 1980


 
Tableau 4-7(a) Revenu moyen selon la scolarité et les attributs linguistiques, Québec, femmes, 1970


 
Tableau 4-7(b) Revenu moyen selon la scolarité et les attributs linguistiques, Québec, femmes, 1980


Examinons maintenant par niveau de scolarité les effets propres des facteurs de standardisation et des attributs linguistiques sur les revenus de travail des hommes puis des femmes.

Hommes

Pourcentage d'explication et facteurs de standardisation

À l'examen des résultats du tableau 4-8, on constate aussi bien en 1970 qu'en 1980 que le pourcentage d'explication des revenus de travail est élevé pour tous les niveaux de scolarité. De fait, on note que ce pourcentage croît puis décroît avec la scolarité. On peut expliquer la croissance de ce pourcentage lorsqu'on passe d'une scolarité primaire à une scolarité secondaire en invoquant le fait que le type d'emplois occupés par des individus ayant seulement une scolarité primaire est plus susceptible de faire appel à l'aspect physique (force, ...) du capital humain que d'autres emplois. Comme les différences de dotation pour ce type de capital humain ne sont pas captées par les variables incluses dans notre analyse multivariée, ceci réduit le pouvoir explicatif de notre modèle. Quant à la réduction du pourcentage d'explication observée avec l'acquisition d'un nombre plus élevé d'années de scolarité universitaire, elle reflète sans doute l'absence de données sur le domaine spécifique d'études, le champ de spécialisation étant un déterminant important des écarts de revenus chez les diplômés universitaires5.

Pour tous les niveaux de scolarité et comme prévu, les revenus de travail croissent puis décroissent avec l'expérience et croissent avec le nombre de semaines travaillées, en 1970 et en 1980.

Attributs linguistiques

Examinons tout d'abord l'effet propre des attributs linguistiques des anglophones puis des francophones bilingues et enfin des allophones.

Anglophones

En 1970, les anglophones unilingues tirent avantage de leurs attributs linguistiques s'ils ont au moins une scolarité secondaire, alors que les anglophones bilingues en retirent un bénéfice à partir d'une scolarité primaire de cinq à huit ans. En 1980,l'effet propre d'être unilingue anglophone n'est jamais positif, quel que soit le niveau de scolarité, ce qui indique une réduction du rendement monétaire de cet attribut. Quant aux anglophones bilingues, ils tirent avantage de leurs attributs linguistiques, qu'ils aient un faible ou un haut niveau de scolarité. Ce résultat, pour les moins scolarisés (primaire 1-4 ans), est en fait quelque peu surprenant et reflète sans doute la rareté relative des individus (anglophones ou francophones) bilingues n'ayant atteint que ce niveau de scolarité6.



 
Tableau 4-8(a) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la scolarité, Québec, hommes, 1970


 
Tableau 4-8(b) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la scolarité, Québec, hommes, 1980


Francophones bilingues

Les francophones bilingues ne retirent pas toujours un avantage monétaire de leurs attributs linguistiques aussi bien en 1980 qu'en 1970; ils ne sont cependant jamais défavorisés. L'effet propre de cet attribut a diminué de façon générale de 1970 à 1980.

Allophones

En 1970, les attributs linguistiques des hommes allophones n'augmentent ni ne diminuent, en règle générale, leurs revenus de travail par rapport à ceux des francophones unilingues, quel que soit leur niveau de scolarité. En 1980, ces attributs n'ont pas d'effet ou ont un effet négatif sur les revenus de travail des allophones. Ce sont alors les allophones bilingues qui voient leurs revenus de travail le moins affectés.

Femmes

Examinons maintenant la situation des femmes à l'aide des résultats du tableau 4-9.

Pourcentage d'explication et facteurs de standardisation

Comme dans le cas des hommes et pour les mêmes raisons, le pourcentage d'explication est élevé pour les femmes. Il croit puis décroît en 1970 ou reste stable, en 1980, avec le niveau de scolarité. Comme prévu, les revenus de travail croissent puis décroissent (sauf pour les femmes peu scolarisées) avec l'expérience et croissent avec le nombre de semaines travaillées.

Attributs linguistiques

Examinons maintenant, comme pour les autres sections, les effets propres des attributs linguistiques des anglophones, des francophones bilingues et des allophones.



 
Tableau 4-9(a) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la scolarité, Québec, femmes, 1970


 
Tableau 4-9(b) Effets des attributs individuels sur le revenu de travail selon la scolarité, Québec, femmes, 1980


Anglophones

L'effet propre d'être anglophone unilingue est positif seulement pour les femmes peu scolarisées en 1970. Ceci est en accord avec la possibilité énoncée lors de l'étude du tableau 4-7 d'une certaine substitution entre scolarité et connaissances linguistiques chez les femmes. Ces effets propres ne sont jamais positifs en 1980, ce qui signifie une réduction de la rentabilité monétaire de cet attribut à travers le temps. Quant aux femmes anglophones bilingues, elles ne retirent pas d'avantages, à une exception près, de leurs attributs linguistiques ni en 1970 ni en 1980, quel que soit leur niveau de scolarité.

Francophones bilingues

Aussi bien en 1970 qu'en 1980, ce sont les femmes ayant une scolarité moyenne qui retirent un avantage monétaire du bilinguisme. Il s'agit là sans doute de femmes occupant des emplois de bureau et de vente.

Allophones

Les femmes allophones peu scolarisées (10 ans ou moins d'études) voient leurs attributs linguistiques mieux rémunérés que ceux des francophones unilingues une fois sur quatre en 1970 et une fois sur deux en 1980. Peut-être que ceci s'explique par le fait que leurs emplois se situent surtout dans le secteur manufacturier (tableaux B-21 et B-23) et, en particulier, dans les industries du textile et du vêtement montréalais où l'on rémunère une partie du travail à la pièce.

Que conclure de ce chapitre? Premièrement, que la réduction de la rentabilité de l'anglais s'est fait sentir de façon générale, touchant tous les groupes d'âge et de scolarité. Deuxièmement, que l'anglais demeure cependant rentable dans certains postes de niveau supérieur atteints en fin de carrière ou lorsque les individus ont une scolarité supérieure à la moyenne; ces postes sont, en règle générale, occupés par des hommes.



1 En 1981, 11,2 % seulement des 65 ans et plus travaillent (calculs de l'auteur, micro-données du recensement de 1981. [retour au texte]

2 Lacroix et Vaillancourt (1980), lors de leur examen des revenus de travail en 1973 de la main-d'oeuvre hautement qualifiée (M.H.Q.) masculine du Québec, écrivent que : « [...] on peut penser qu'avec l'âge, c'est l'occupation qui joue un rôle dominant dans la détermination des revenus des membres de la M.H.Q. Ainsi, il y aura plus de différences entre les revenus d'un vice-président et celui d'un directeur de service qu'entre le revenu d'un ingénieur et d'un diplômé en commerce détenant l'un ou l'autre poste et ce, parce que le lien occupation-champ de spécialisation diminue lorsqu'on s'éloigne dans le temps de la date de la fin des études. » (p. 72) [retour au texte]

3 À l'exception des 65 ans et plus en 1970 et en 1980. [retour au texte]

4 Chez les hommes, ce sont 15 effets propres en 1970 et 13 en 1980 qui sont positifs. [retour au texte]

5 Voir Lacroix et Vaillancourt (1980). [retour au texte]

6 Comme les résultats du tableau B-12 l'indiquent, c'est au sein de ce groupe de scolarité que l'on retrouve à la fois le plus petit nombre d'hommes en 1980 et les plus petits pourcentages d'anglophones et de francophones bilingues. [retour au texte]





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