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Langue et disparités de statut économique au Québec 1970 et 1980

Chapitre 8
Les attributs linguistiques
et les revenus de placements



Langue et disparités
de statut économique
au Québec
1970 et 1980

Cette étude a porté jusqu'à maintenant sur l'utilisation (nombre de semaines de travail) et la rémunération (revenus de travail) des divers attributs individuels sur le marché du travail. Nous avons plus particulièrement examiné en détail (chapitres 3 à 5) les rendements monétaires associés à divers types de capital humain, linguistiques et non linguistiques.

Mais le capital humain n'est qu'un type de capital qu'un individu peut détenir. Il est également possible de détenir d'autres types de capital, soit de l'argent comptant, des obligations d'épargne, des actions, une ou des unités d'habitation, ... La valeur totale de ces divers actifs correspond, une fois que l'on a soustrait l'endettement, à la richesse matérielle et financière d'un individu ou d'un ménage. Comme la richesse d'un individu ou d'un ménage dépend de diverses caractéristiques individuelles ou familiales, dont les attributs linguistiques, il serait donc intéressant d'examiner l'effet des attributs linguistiques sur la richesse des individus ou des ménages du Québec.

Malheureusement, Statistique Canada ne recueille pas de données sur la richesse des individus lors des recensements décennaux. On y recueille cependant de l'information sur la valeur des logements et sur les revenus de placements. Ce second élément d'information n'a cependant été inclus que pour 1981, par Statistique Canada, dans les banques de micro-données utilisées dans cette étude.

Nous examinerons donc pour 1981 la répartition des revenus de placements entre les groupes linguistiques au Québec. Les différences, s'il y en a, dépendront de l'importance numérique, au sein de chaque groupe linguistique, des détenteurs de placements, de la valeur moyenne des placements des membres de l'un ou l'autre groupe linguistique et des taux de rendement obtenus par les divers groupes linguistiques. Dans cette étude, nous ne pourrons pas distinguer entre ces deux derniers effets, faute de données. Nous croyons cependant qu'en 1980-1981, le marché des services financiers était suffisamment efficace au Québec pour rendre possibles, au moins aux membres des deux principaux groupes linguistiques, les mêmes types (taux de rendement, risque, ...) d'investissements financiers1.

Nous ne disposons pas d'un modèle spécifique pour expliquer les revenus de placements reçus durant une période donnée. Nous savons cependant que le montant de ces revenus dépend de la richesse financière accumulée préalablement par l'individu. Nous nous attendons à ce que :

  • il existe une relation concave entre l'âge, d'une part, et la probabilité de recevoir des revenus de placements et les montants moyens de revenus de placements reçus, d'autre part. En effet, on peut croire qu'au début de leur vie active (15 ans et plus), les Québécois et Québécoises n'ont pas eu l'occasion d'accumuler des titres financiers, accumulant soit du capital humain, soit des actifs réels (maison, meubles, ...), soit les deux. En vieillissant, ils commencent à posséder un nombre croissant de titres financiers pour, entre autres, se prémunir contre une partie de la perte de revenus associée à la retraite. Celle-ci venue, ils diminuent progressivement la quantité de leurs titres;

  • il existe une relation positive entre la scolarité, d'une part, et la probabilité d'avoir des revenus de placements et les montants de revenus de placements reçus, d'autre part. Ceci s'explique par le fait qu'un stock plus élevé de capital humain procure des revenus de travail plus élevés et donc facilite l'accumulation d'épargne, entre autres, sous forme de titres financiers;

  • les individus bilingues soient plus susceptibles de recevoir des revenus de placements et que ces revenus soient plus élevés, entre autres parce que leurs revenus de travail sont plus élevés.

À l'examen des revenus moyens de placements par groupe linguistique (tableau 8-1), on constate qu'il y a des écarts importants de revenus de placements moyens entre groupes linguistiques. Ce sont les francophones unilingues qui touchent les revenus de placements les plus bas et les anglophones et les allophones connaissant l'anglais les revenus les plus hauts. On note que les écarts sont sensiblement plus élevés que ceux entre les revenus moyens de travail (tableau 3-1). Ces écarts peuvent s'expliquer, entre autres, par le fait que la propension à recevoir des revenus de placements est plus élevée au sein de certains groupes linguistiques que d'autres.

 
Tableau 8-1 Revenus moyens de placements
par groupe linguistique, Québec,
hommes et femmes, 1980


Nous présentons donc au tableau 8-2 le pourcentage d'individus qui, au sein de chaque groupe linguistique, déclarent recevoir des revenus de placements en 1980. On constate que la propension à détenir des placements — telle que mesurée par la propension à recevoir des revenus de placements en 1981 — varie entre les groupes linguistiques du simple au double pour les hommes et presque du simple au triple pour les femmes. C'est donc là un facteur important pour expliquer les différences de revenus moyens de placements entre groupes linguistiques. Ce sont les anglophones et les allophones connaissant l'anglais qui ont la propension la plus élevée à toucher des revenus de placements et les allophones autres la plus basse.

 
Tableau 8-2 Proportion de détenteurs et détentrices de revenus de placements selon le groupe linguistique, Québec, 1980


Les attributs linguistiques ne sont pas les seuls déterminants de la probabilité de recevoir des revenus de placements. En effet, l'examen des tableaux 8-3 et 8-4, où l'on présente des résultats sur les revenus de placements par groupe d'âge et niveau de scolarité pour un groupe linguistique donné, indique que ces facteurs semblent également jouer un rôle. En effet, on constate pour les hommes et pour les femmes que, de façon générale, la probabilité de recevoir des revenus de placements croît avec l'âge et augmente de trois à cinq fois lorsqu'on passe de 15-24 ans à 65 ans et plus. De même, la probabilité de recevoir des revenus de placements croît de deux à trois fois lorsqu'on passe du plus bas au plus haut niveau de scolarité, à nouveau aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Les écarts entre francophones unilingues et anglophones sont du même ordre pour les divers groupes d'âge, mais ont tendance à croître avec la scolarité. Les désagrégations par groupe d'âge et niveau de scolarité permettent donc de constater qu'une partie des écarts entre les groupes linguistiques dans la probabilité de recevoir des revenus de placements s'explique sans doute par les différences entre les distributions par groupe d'âge et le niveau de scolarité des divers groupes linguistiques.

 
Tableau 8-3(a) Proportion de détenteurs de revenus de placements selon le groupe linguistique
et l'âge, Québec, 1980


 
Tableau 8-3(b) Proportion de détentrices de revenus de placements selon le groupe linguistique
et l'âge, Québec, 1980


 
Tableau 8-4(a) Proportion de détenteurs de revenus de placements selon le groupe linguistique
et la scolarité, Québec, 1980


 
Tableau 8-4(b) Proportion de détentrices de revenus de placements selon le groupe linguistique
et la scolarité, Québec, 1980


Réexaminons maintenant les revenus moyens de placements à l'aide des résultats du tableau 8-5. On constate que l'écart entre les revenus moyens de placements des unilingues anglophones et des unilingues francophones de sexe masculin passe de 140 % à 23 % : 84 % de l'écart disparaît donc lorsqu'on se limite à ceux qui ont des revenus de placements. Ce sont à nouveau les francophones unilingues qui touchent les revenus les plus bas. Chez les hommes, ce sont les allophones qui, dans l'ensemble, touchent les revenus les plus élevés et, chez les femmes, les anglophones. Les différences de probabilité décrites ci-haut expliquent donc une part importante des écarts dans les revenus moyens de placements rapportés au tableau 8-1. Les attributs linguistiques ne sont cependant pas les seuls déterminants des revenus moyens de placements. Les résultats des tableaux 8-6 et 8-7 nous indiquent que l'âge et le niveau de scolarité jouent également un rôle.

 
Tableau 8-5 Revenus de placements par groupe linguistique, détenteurs et détentrices de placements, Québec, 1980


Les résultats du tableau 8-6 nous indiquent que les revenus de placements croissent, de façon générale, avec l'âge alors que le tableau 8-7 nous apprend qu'il y a également une relation positive entre la scolarité des détenteurs de placements et les revenus qu'ils en retirent. L'écart entre les revenus de placements des unilingues francophones et ceux des autres groupes linguistiques est, en règle générale, plus élevé aux deux extrémités (15-24 ans et 65 ans et plus) de la distribution d'âge qu'au centre de celle-ci. Les écarts plus élevés chez les 65 ans et plus reflètent en partie le fait que les anglophones ont, par exemple, bénéficié de revenus plus élevés que les francophones durant leur vie active et ont donc épargné plus. Quant aux résultats pour les 15-24 ans, ils reflètent peut-être l'utilisation de techniques de partage de revenus de placements à des fins de réduction du fardeau fiscal par des pères et mères anglophones plus fortunés que les francophones.

 
Tableau 8-6(a) Revenus moyens de placements des groupes linguistiques, détenteurs de placements par groupe d'âge, Québec, 1980


Tableau 8-6(b) Revenus moyens de placements des groupes linguistiques, détentrices de placements par groupe d'âge, Québec, 1980


Tableau 8-7(a) Revenus moyens de placements des groupes linguistiques, détenteurs de placements par niveau de scolarité, Québec, 1980


Tableau 8-7(b) Revenus moyens de placements des groupes linguistiques, détentrices de placements par niveau de scolarité, Québec, 1980


Une explication possible du fait que les francophones reçoivent des revenus de placements moins élevés (tableau 8-1) pourrait être que ceux-ci ont investi une plus grande part de leurs actifs dans l'immobilier.

 
Tableau 8-8 Pourcentage de propriétaires et valeur des maisons possédées par groupe linguistique, Québec, 1981


Est-ce le cas? Les résultats du tableau 8-8 nous indiquent que, bien que les francophones unilingues soient plus susceptibles que les autres groupes de résider dans un logement possédé plutôt que loué, la valeur de ces logements est moindre que celle des logements possédés par d'autres groupes linguistiques2. Ces deux résultats s'expliquent en partie par le fait que les unilingues francophones résident en plus grande proportion hors des grands centres urbains, là où l'offre de logements locatifs est plus faible et la valeur des logements moindre.

Notons également que des résultats non rapportés ici nous indiquent que la propension à habiter une maison possédée de même que la valeur d'une telle maison croît puis décroît avec l'âge et croît avec la scolarité, tout comme le revenu de travail.

Nous avons jusqu'à maintenant examiné les effets de trois attributs individuels pris un à un, soit les attributs linguistiques, l'âge et la scolarité, sur la probabilité de toucher des revenus de placements et sur les revenus moyens de placements. Nous n'avons donc pas mesuré l'effet propre de chacun de ces attributs sur ces deux caractéristiques. Nous allons maintenant le faire en utilisant la méthode probit pour expliquer la probabilité ou non de recevoir des revenus de placements et les moindres carrés ordinaires pour expliquer les montants reçus par ceux ayant des placements. Nous utiliserons comme facteurs explicatifs l'âge, la scolarité et les attributs linguistiques.

Examinons tout d'abord les facteurs qui expliquent les probabilités de recevoir des revenus de placements à l'aide d'un modèle d'analyse multivariée de type probit. Les résultats du tableau 8-9 nous indiquent que :

  • le modèle retenu explique une part acceptable du phénomène étudié;

  • il existe comme prévu une relation positive entre la scolarité et la probabilité d'avoir des revenus de placements et une relation concave entre l'âge et cette probabilité;

  • ce sont les non-francophones connaissant l'anglais qui ont les probabilités les plus fortes d'avoir des revenus de placements, suivis de loin par les francophones bilingues. Ceci reflète peut-être des traditions mieux développées d'investissement.

 
Tableau 8-9 Effets des attributs individuels sur la détention de revenus de placements, Québec, hommes et femmes, 1980


Penchons-nous maintenant sur les facteurs expliquant les montants reçus, à l'aide des résultats du tableau 8-10. À son examen, on constate que :

  • le modèle retenu explique peu les revenus de placements reçus;

  • comme prévu, on observe une relation positive entre la scolarité et les revenus de placements et une relation concave entre ceux-ci et l'âge;

  • à une exception près (femmes anglophones), les bilingues appartenant à un groupe linguistique donné touchent des revenus de placements plus élevés que les unilingues de ce groupe, sans doute parce que leur revenu de travail plus élevé leur a permis d'accumuler plus d'épargne.

 
Tableau 8-10 Effets des attributs individuels sur les revenus de placements reçus, Québec, hommes et femmes, 1980


La conclusion qui se dégage de ce chapitre est que les inégalités entre groupes linguistiques sont plus importantes pour les revenus de placements que pour les revenus de travail. Ceci s'explique surtout par les inégalités entre groupes linguistiques dans les probabilités de recevoir des revenus de placements et reflète en partie le fait que le processus d'ajustement du stock d'épargne détenu sous forme de capital financier est plus long que celui de la demande et de l'offre de travail.

 

Conclusion

Dans cette étude, nous avons présenté un ensemble de résultats sur les disparités économiques existant entre les groupes linguistiques du Québec en 1970 et en 1980. Nous présentons donc les faits saillants puis cherchons à en tirer les conclusions qui s'imposent. Nous présentons tout d'abord les résultats sur les revenus de travail puis ceux sur les autres indicateurs de statut économique.

Pour les hommes, les revenus moyens de travail des anglophones unilingues et bilingues, des francophones bilingues et des allophones connaissant l'anglais sont plus élevés que ceux des francophones unilingues en 1970 et en 1980. Cependant, les écarts entre les revenus moyens de travail des francophones unilingues et de ces autres groupes linguistiques ont diminué de façon importante de 1970 à 1980. Par exemple, l'écart entre les francophones unilingues et les anglophones unilingues passe de 59 % à 22 %; cet écart est respectivement passé de 74 % à 36 % et de 43 % à 30 % entre les francophones unilingues et les anglophones bilingues et les francophones bilingues.

Pour les femmes, on observe également que les revenus de travail des anglophones unilingues et bilingues, des francophones bilingues et des allophones anglophones sont plus élevés que ceux des francophones unilingues. Cependant, les écarts sont moindres que ceux des hommes et ont peu varié de 1970 à 1980. Ceci s'explique en partie par le fait que la scolarité acquise, les postes occupés et les taux de salaires reçus par les femmes diffèrent de ceux des hommes; par conséquent, elles ont des revenus de travail beaucoup moins élevés et il reste donc moins de possibilités aux attributs linguistiques d'avoir un effet sur ces revenus de travail.

Les écarts de revenus moyens de travail entre groupes linguistiques observés aussi bien pour les hommes que pour les femmes peuvent cependant être le résultat d'écarts dans des facteurs non linguistiques tels que le niveau de scolarité. De fait, alors que 37,8 % des hommes anglophones ont une scolarité universitaire en 1981, ce n'est le cas que de 7,4 % des hommes unilingues francophones. C'est pourquoi nous avons calculé, à l'aide des techniques d'analyse multivariée, les effets propres des attributs linguistiques sur les revenus de travail, soit les effets strictement imputables à ces attributs.

Les écarts de revenus strictement imputables aux attributs linguistiques (effets propres) sont beaucoup plus petits que les écarts de revenus moyens entre les groupes linguistiques. Pour les hommes et les femmes, on constate ceci : alors que la connaissance de l'anglais était rentable en 1970, elle ne l'est presque plus en 1980. C'est ainsi qu'en 1980, les anglophones, unilingues ou bilingues, ne retirent plus d'avantages de leur connaissance de l'anglais. Ce sont seulement les francophones bilingues qui, toutes choses étant égales par ailleurs, retirent un avantage monétaire de l'ordre de 5 % (hommes) à 7 % (femmes). En 1970, ces primes étaient respectivement de 13 % et 10 %.

Les résultats portant sur l'activité sur le marché du travail (taux de participation, nombre de semaines de travail) et sur l'accès aux postes de cadres indiquent également que les écarts de statut économique entre anglophones et francophones se sont rétrécis de 1970 à 1980. C'est ainsi que la participation au marché du travail des francophones est plus similaire à celle des anglophones en 1980 qu'en 1970. De même, il y avait un écart de 9,8 points de pourcentage entre la proportion d'unilingues francophones (1,0 %) et d'unilingues anglophones (11,4 %) de sexe masculin occupant des postes de cadres en 1971. En 1981, ces pourcentages sont maintenant 3,8 % et 11,7 % et l'écart est donc de 7,9 points pour une réduction de 20 %.

Une conclusion se dégage de l'ensemble des résultats rappelés ci-haut. La connaissance de l'anglais, fort rentable pour le travailleur québécois en 1970, n'est presque plus rentable en 1980. De façon générale, l'anglais n'est rentable que si l'individu occupe un poste de col blanc supérieur ou moyen dans les secteurs desservant le marché non québécois en biens ou services (y compris les services de gestion offerts par les sièges sociaux pancanadiens situés à Montréal).

Comment expliquer cette diminution de la rentabilité relative de l'anglais et l'augmentation relative de celle du français? Une façon est d'utiliser le cadre d'analyse de l'offre et de la demande. On peut alors examiner si des mouvements dans l'offre ou la demande de l'anglais et du français peuvent expliquer l'évolution de leur valeur relative et donc de leur rentabilité.

Penchons-nous d'abord sur l'offre. À demande inchangée, un accroissement de l'offre de l'anglais ou une diminution de l'offre du français conduirait à une baisse de la rentabilité relative de l'anglais. Or, de 1970 à 1980, le ratio travailleurs parlant anglais/travailleurs parlant français a diminué au Québec. Ceci aurait dû augmenter et non réduire la rentabilité de l'anglais au Québec. Il ne semble donc pas que l'on puisse invoquer l'offre comme facteur d'explication.

Ce serait donc des changements dans la demande qui expliqueraient l'évolution de la rentabilité relative de l'anglais et du français. À notre avis, on peut attribuer la croissance de la demande pour le français et donc la réduction de la demande pour l'anglais aux cinq phénomènes suivants :

  1. La croissance (mesurée par l'emploi) du secteur public et parapublic : ce secteur est largement sous contrôle francophone, dessert une clientèle majoritairement francophone et utilise donc principalement le français comme langue de travail.

  2. La croissance de l'emploi du secteur privé sous contrôle francophone. Cette croissance est due à une conjonction d'événements [création de sociétés d'État (S.G.F., SOQEM, S.N.A., ...), à la prise de contrôle par le biais de la Caisse de dépôt et placement (DOMTAR, Gaz Métro, ...), à l'émergence de nouveaux marchés (transport scolaire, motoneige, ...), à l'augmentation du nombre d'entrepreneurs francophones (Ivaco, Canam, Cascade, ...)]; il en résulte une augmentation du nombre de postes de gestion où l'on utilise le français.

  3. La croissance du revenu disponible reçu par des francophones qui veulent dépenser en français.

  4. Les législations linguistiques qui ont incité quelques firmes à se franciser. Ces législations ont eu peu d'impact sur le statut économique des groupes linguistiques québécois pour deux raisons. Premièrement, une proportion importante de francophones travaillaient déjà en français en 1970. Deuxièmement, les décisions de francisation ont été prises, en règle générale, avant la mise en place de ces législations (Lacroix et Vaillancourt, 1981, p. 82).

  5. Le déplacement hors du Québec d'un certain nombre d'activités de sièges sociaux pour diverses raisons (croissance de l'Ouest, crainte du nationalisme québécois, ...), ce qui a réduit la demande de l'anglais.

Bien que les anglophones reçoivent des revenus de travail plus élevés que les francophones en 1980, l'anglais et le français ont maintenant la même rentabilité propre sur le marché du travail québécois alors que le bilinguisme y est toujours avantagé. À notre avis, au cours des 15 prochaines années, la croissance du contrôle francophone de l'économie québécoise et des revenus de ce groupe fera que le français demeurera aussi rentable que l'anglais au Québec. De même, la croissance des exportations de produits finis et de services, souhaitée par tous les intervenants économiques, car ces exportations ont une valeur ajoutée plus élevée que les exportations de matières premières, fera que le bilinguisme demeurera rentable au Québec.

 

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1 Nous supposons implicitement que l'aversion au risque est la même pour les deux groupes. [retour au texte]

2 Il faut noter qu'il s'agit de données sur les individus et non sur les ménages qui sont utilisées ici pour permettre les comparaisons directes avec les revenus de placements. [retour au texte]





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