Accéder au contenu principal
 

 
Les anglophones de Montréal; émigration et évolution des attitudes 1978-1983

Les anglophones
de Montréal;
émigration et évolution
des attitudes
1978-1983


ANNEXE B
Notes sur la méthodologie
de l'enquête





Échantillonnage

La composition d'un échantillon représentatif d'anglophones en 1978 nous a posé plusieurs problèmes. Premièrement, les migrations et changements de résidence étaient si fréquents que le recensement de 1971 ne pouvait servir que de guide général; il ne pouvait constituer une base d'échantillonnage. Ensuite, grâce aux transferts linguistiques et aux mariages mixtes, il y avait des anglophones dans des familles francophones et allophones. Nous concentrer sur les « chefs de ménage » aurait eu pour effet d'écarter ces individus. Troisièmement, nos moyens financiers, provenant à l'époque du fonds FCAC, étaient insuffisants pour composer un cadre d'échantillonnage complet. Il était impensable d'établir une liste comprenant des centaines de milliers de noms et de tirer l'échantillon de cette liste. Les listes existantes — comme l'annuaire de téléphone et le « Red Book » de John Lovell and Son — ne permettent pas de déterminer la langue maternelle des individus, et elles ne contiennent qu'une partie de la population adulte.

Face à ces contraintes, nous avons choisi la procédure suivante :

  1. Échantillon de ménages de la région métropolitaine de Montréal

    Nous avons obtenu une liste complète des indicatifs téléphoniques (les trois premiers chiffres d'un numéro de téléphone). Ensuite, nous avons attribué à chacun des indicatifs la densité de population de son district géographique. Ceci nous a permis d'estimer le nombre de personnes desservies par chaque indicatif et de déterminer la proportion des entrevues à accorder à l'intérieur de chaque indicatif. Finalement, nous avons utilisé une liste de nombres entre 0001 et 9999 générés au hasard et nous avons ajouté une quantité de ces nombres à chaque indicatif téléphonique selon les proportions requises. Cette procédure nous a donné un échantillon représentatif des ménages, mais elle comportait pourtant deux faiblesses. Premièrement, les ménages sans téléphone sont exclus, ainsi que la population résidant dans des institutions (prisons, centres d'accueil, etc.) qui ne permettent pas de lignes téléphoniques individuelles. Nous n'avons pu remédier à cette lacune. Deuxièmement, les ménages avec plus d'une ligne téléphonique ont eu plus de chances d'être représentés dans l'échantillon. La proportion de ces ménages étant très petite, nous avons jugé ce problème mineur. Par contre, cette procédure a permis d'écarter un problème majeur — celui des numéros confidentiels. Comme nos numéros étaient sélectionnés au hasard, les numéros confidentiels devaient être inclus tout autant que les autres.

    Un cadre d'échantillonnage est rarement idéal; nous avons jugé le nôtre acceptable vu les contraintes existant à Montréal. Il est d'ailleurs comparable aux cadres utilisés par les grandes firmes de sondage et beaucoup plus complet que les cadres d'échantillonnage qui ne comprennent pas les numéros confidentiels.

  2. Sélection des ménages comprenant un ou plusieurs anglophones

    Une fois le cadre établi sous forme de longues listes de numéros, nous avons appelé chaque numéro pour déterminer la présence d'anglophones. Dans cette phase, nous avons utilisé des enquêteurs entraînés et parfaitement bilingues qui ont suivi la même procédure et posé une série de questions standardisées. Comme la population de Montréal ne comprend qu'une minorité d'anglophones, la plupart de ces contacts téléphoniques n'ont pas ajouté à l'échantillon, surtout dans les indicatifs de l'Est de l'île.

  3. Sélection des répondants à l'intérieur des ménages.

    Dans les ménages où la présence d'anglophones était confirmée, nous avons sélectionné le répondant de la façon suivante. D'abord, l'enquêteur a déterminé s'il y avait un seul ou plusieurs anglophones adultes. S'il y en avait qu'un seul, celui-ci était choisi. S'ils étaient plusieurs, l'enquêteur recueillait les âges, séparément pour les hommes et les femmes. Une liste de chiffres tirés au hasard a ensuite permis de sélectionner une fois l'aîné des hommes, une autre fois la troisième des femmes, etc., à l'intérieur du groupe de personnes âgées entre 18 et 65 ans.

    Il reste à ajouter que la procédure décrite dans les paragraphes précédents ne fut pas menée à terme en une seule fois, mais en cinq étapes distinctes dont chacune aboutissait à un échantillon qui s'ajoutait à l'échantillon précédent. Ceci nous a permis d'atteindre notre cible originale d'environ 325 entrevues sans mettre en danger la représentativité de l'échantillon.

    Le taux de réponse est de 70,0 % des anglophones adultes repérés dans les ménages. Les 30,0 % de non-réponse comprennent les refus, les personnes malades et celles qui ne s'avéraient pas disponibles pour une entrevue malgré tous nos efforts (nous avons abandonné un cas après trois rendez-vous auxquels le répondant ne s'est pas présenté).

Questionnaire

Le questionnaire de 1978 se trouve à l'annexe C de ce rapport. Les questions de 1983 dont nous nous sommes servis dans l'analyse étaient presque toujours identiques aux formulations de 1978; nous avons distingué les deux étapes de l'enquête en marquant d'un « Q » les questions de 1978 et de « FQ » celles de 1983. Par exemple, la question sur la compétence en français est notée comme Ql91 dans le questionnaire de 1978 et comme FQ17 dans celui de 1983. Le questionnaire complet de 1983 est disponible sur demande.

Le questionnaire de 1978 comprend 258 questions qui se divisent en plusieurs sections. La technique de l'entrevue nous a imposé une séquence de questions qui ne respecte pas toujours un ordre thématique strict, mais il est néanmoins possible de distinguer quatre sections majeures : (1) les questions Q1 à Q98 portent, entre autres, sur l'âge, la scolarité, l'histoire occupationnelle et l'origine familiale; (2) les questions Q99 à Q185 donnent une image complète de la distribution géographique des parents, frères, soeurs et enfants des répondants; (3) les questions Q186 à Q211 essaient de déterminer les intentions de migration; (4) les questions Q217 à Q248 présentent une explication de l'indice classique de distance sociale selon Bogardus et les comportements correspondant aux attitudes. Des questions touchant à une problématique qui ne pouvait donner lieu à une section entière ont été intercalées dans certaines sections. Les questions qui risquaient de « contaminer » les réponses ou de nuire à l'entrevue ont été ajoutées à la fin, comme cela se fait ordinairement.

Les prétests du questionnaire portaient à la fois sur les sections, les liens entre les sections, la formulation des questions et le questionnaire entier. Dans une phase de recherche qualitative, nous avons aussi testé des versions différentes et des changements dans l'ordre des questions. L'entrevue utilisant le questionnaire final a pris une heure en moyenne et s'est déroulée, dans la plupart des cas, au domicile du répondant.

Deuxième étape de l'enquête

Environ un tiers de l'échantillon ne nous a posé aucun problème lors de la deuxième entrevue. Leur nom, leur adresse et fréquemment leur numéro de téléphone étaient demeurés inchangés et ils ne s'opposaient nullement à une entrevue téléphonique.

Les autres deux tiers de l'échantillon nous ont posé des difficultés. Un grand nombre de répondants avaient déménagé entre 1978 et 1983, souvent pour s'installer ailleurs au Canada ou à l'étranger. Ce qui nous a le plus aidés dans nos efforts pour dépister les répondants, c'est que beaucoup d'entre eux nous avaient donné volontairement, en 1978, leurs noms ainsi que des noms de personnes à contacter — des parents, amis et employeurs — si jamais on devait de nouveau entrer en contact avec eux. Parfois, c'est l'adresse qui nous a permis de trouver des répondants parce qu'ils étaient restés en contact avec d'anciens voisins.

Notre recherche, en 1983, a été systématique et coûteuse. Plusieurs assistants ont travaillé pendant plusieurs mois pour finalement réussir à compléter 251 entrevues qui n'ont pris que 70 heures au total. En laissant de côté les cas « faciles », nous avons dû compter 5 heures 30 minutes de travail de préparation, dépistage et contact pour chaque entrevue téléphonique de 15 minutes. Ce n'est pas pour rien que les sociologues ne s'aventurent que très rarement dans les études longitudinales.

Le résultat de notre travail de détectives fut le suivant : sur les 332 répondants originaux de 1978, en 1983, 8 étaient morts, 14 ont refusé la deuxième entrevue, 13 n'ont pas pu être interrogés même si nous avons réussi à les repérer et 46 se sont avérés introuvables. Ceci nous a permis de recueillir 251 entrevues complètes dont 55 avec des personnes ayant quitté le Québec. Notre taux de repérage lors de la deuxième entrevue (86,2 %) est dans les normes de ce qui est rapporté dans la littérature sur la méthodologie des enquêtes sociologiques.

Il est raisonnable de présumer que nous avons eu plus de succès à retrouver les individus restés à Montréal que les autres. Nous avons en fait pu mieux couvrir le réseau téléphonique montréalais que ceux des autres villes nord-américaines, grâce à une collection complète d'annuaires et de Lovell's Redbook qui n'était pas disponible pour les autres villes. Nous avons cherché, de façon systématique, tous nos « cas difficiles » dans les annuaires téléphoniques de Toronto, Thunder Bay, Ottawa, Hull, Sherbrooke, Scarborough, Barrie, Hamilton, Niagara, Winnipeg, Calgary, Edmonton, Vancouver, Victoria et Burlington (Ontario), et cette procédure ne s'est pas avérée inutile. Mais pour tous les cas les plus difficiles (changements de noms, décès, numéros confidentiels), nous avons pu profiter de certaines pistes à Montréal qui ne se sont pas offertes ailleurs. Il est donc probable que le taux d'émigration soit plus élevé chez les 46 cas « introuvables » que chez ceux que nous avons réussi à localiser.

Présentation des données et calculs statistiques

Nous avons essayé dans ce rapport de présenter le plus souvent les données dans leur forme « brute ». C'est ainsi que le lecteur saura précisément de quelle variable il s'agit lorsque nous nous référerons à un tableau ou à une tendance. Chaque tableau contient en plus des références aux questions spécifiques du questionnaire; Q2 indique la deuxième question de l'enquête de 1978, FQ13, la treizième question de celle de 1983. Une lettre suivant le numéro de la question réfère à un élément codifié séparément; Q218B référerait à l'origine ethnique du deuxième ami.

Pour certains thèmes, tels que l'utilisation du français ou les contacts, avec les francophones, nous présentons les résultats d'une manière plus globale, sous forme d'indices. Nous joignons cependant toutes les distributions de fréquences pour chaque élément d'un indice et des détails techniques sur la construction de l'indice (voir annexe A). Ceci a été fait dans le but de présenter un rapport le plus transparent et concret possible.

En ce qui concerne la signification statistique des tendances analysées dans ce rapport, c'est la prudence qui s'impose. Pour mesurer le degré de corrélation entre deux variables, nous utilisons le r de Pearson là où la structure des variables ne le permet (par exemple, dans certains tableaux de l'annexe A). Là où la structure ordinale des variables suggère une technique statistique différente, nous donnons le coefficient gamma (par exemple au tableau IV.2). Parfois, et le r de Pearson et le coefficient gamma se défendent, par exemple lorsqu'un indice à intervalles comprend plusieurs variables à structure ordinale (tableau VI.3).

Dans un certain nombre de tableaux, nous établissons une comparaison entre la situation de 1983 et celle de 1978. Plus précisément, ce que nous étudions est le changement de certains attributs ou attitudes de nos répondants. En théorie statistique, il s'agit là d'un « effet de traitement », c'est-à-dire que l'effet de l'ensemble des expériences vécues entre 1978 et 1983 est comparable à celui d'un médicament. Pour mesurer le degré de signification du « traitement », nous nous servons du coefficient T. Il est cependant important de se rendre compte que le calcul de T exclut tous les répondants qui n'étaient pas présents lors de la deuxième étape de l'enquête. Nous ne regardons d'ailleurs pas les valeurs de T en elles-mêmes, mais le niveau de probabilité qui se calcule sur leur base. C'est ce niveau qui nous révèle s'il y a eu un changement statistiquement significatif entre 1978 et 1983. Plus la probabilité est basse, plus le changement est significatif. Par exemple, nous apprenons dans le tableau III.9 que la présence de francophones parmi les amis des répondants a diminué de façon très significative chez les migrants, mais a augmenté de manière à peine significative chez ceux qui sont restés à Montréal.

On ne doit jamais utiliser les statistiques aveuglément. Nous disposons souvent d'éléments théoriques qui nous aident à tirer plus de profits des calculs statistiques. Dans le cas des changements entre 1978 et 1983 par exemple, nous ne cherchons pas n'importe quel changement, mais celui dans la direction générale d'une avance du français dans les relations entre anglophones et francophones. Ceci se reflète dans la manière de calculer la probabilité associée au test T d'une part, mais aussi dans notre décision d'accepter le résultat d'un test comme significatif. Il n'y a en fait rien d'absolu dans le chiffre magique de 0,05, typique de certaines études sociologiques. Si nous mesurons une même tendance de plusieurs façons différentes et indépendantes et que nous trouvons chaque fois un niveau de probabilité entre 0,05 et 0,15, nous serons certainement prêts à admettre que la tendance est significative. Plusieurs ouvrages classiques en sociologie ont été basés entièrement sur de telles séries de corrélations faibles, mais cohérentes (Lipset et al., 1956; Lenski, 1961). Il serait peut-être commode, mais certainement dommage, de se débarrasser d'une série de corrélations faibles sous le prétexte qu'elles ne se conforment pas à un niveau de « signification » déterminé de façon arbitraire. Nous voyons plutôt notre tâche comme celle de tirer le maximum d'analyse de nos données et de comprendre la réalité complexe, au lieu d'aspirer à une réalité simple où les corrélations seraient toujours fortes.







haut