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L'usage du français au travail : Situation et tendances

L'usage
du français
au travail
Situation et tendances

Paul Béland





2 L'évolution
de 1979 à 1989


L'adoption de la Charte de la langue française par l'Assemblée nationale, en 1977, a constitué un événement marquant dans la politique linguistique québécoise. Dans cette perspective, les deux sondages effectués par le Conseil de la langue française, le premier en 1979 et le second en 1989, sont des points de repère importants. L'évolution que nous constaterons ne peut cependant être entièrement attribuée à cette loi. D'autres éléments ont également influencé la francisation du travail, certains positivement et d'autres négativement. On peut retenir par exemple la scolarisation accrue, la francophonisation et la professionnalisation de la main-d'œuvre, des modifications du marché du travail, l'accroissement des échanges internationaux, les migrations, l'enseignement des langues aux immigrants par les Centres d'orientation et de formation des immigrants (COFI) et les débats sur la situation linguistique qui ont pu modifier ou au contraire cristalliser les attitudes qui ne sont pas indépendantes des comportements.

Une première partie présente une vue d'ensemble du Montréal métropolitain et une ventilation selon les grands secteurs économiques. Suit une analyse plus fine du secteur privé selon les groupes linguistiques : les francophones, les anglophones et les allophones. Nous verrons les comportements de ces derniers en tenant compte de l'activité principale de travail, des professions, des secteurs d'activité économique et des sièges sociaux1. La présentation des résultats variera selon les groupes linguistiques, puisque la taille réduite des échantillons d'anglophones et d'allophones et leur concentration dans certaines professions et certains secteurs d'activité nous imposent des contraintes. Pour ces deux groupes, nous avons dû utiliser des classements moins détaillés en assimilant par exemple le secteur de la construction et celui des industries traditionnelles et ne retenir que certaines dimensions des sièges sociaux.

Signalons finalement que dans les tableaux qui suivent, les pourcentages en gras indiquent des écarts significatifs entre les deux périodes à un seuil de 0,05. Le sens de ces tests statistiques doit être précisé puisqu'on leur accorde souvent un pouvoir qu'ils n'ont pas. Ces tests nous disent si l'écart de pourcentage observé dans un échantillon, qui n'est qu'un petit groupe de personnes parmi l'ensemble de la population, reflète bien une tendance dans l'ensemble de la population. Ces tests n'affirment pas qu'il s'agit d'un phénomène social important. Donc, dans un premier temps, un test affirme qu'un écart est statistiquement significatif, mais dans un deuxième temps, il appartient au politique, c'est-à-dire aux hommes d'État, aux groupes sociaux, aux citoyens de juger si ces changements significatifs sur le plan de la statistique le sont également sur le plan du politique, si le nouvel état de choses est acceptable. Notons finalement qu'étant donné le faible nombre de répondants de certains groupes, le lecteur ne s'étonnera pas de voir que des écarts relativement importants ne sont pas statistiquement significatifs2.

UNE VUE D'ENSEMBLE DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN

De 1979 à 1989, la langue du travail de l'ensemble de la main-d'œuvre de la région métropolitaine de Montréal a subi quelques changements en faveur du français. Le graphique II.1 montre une décroissance de 23 % à 15 %, donc de 8 points, du pourcentage de ceux qui travaillent surtout en anglais au profit d'un usage général du français qui passe de 51 % à 56 %, un gain de 5 points. Les pourcentages du groupe intermédiaire laissent voir une différence moins importante de l'ordre de 2 points. À titre d'aide-mémoire, rappelons que les catégories « généralement en français », « surtout en français » et « surtout en anglais » signifient respectivement utiliser le français à 90 % du temps ou plus, de 89 % à 50 % du temps et finalement à moins de 50 % du temps.

 

Graphique II.1

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE
SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS

MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Des évolutions semblables sont observées dans le secteur privé et les services publics (tableau II.1). Dans chacun d'eux, la proportion des travailleurs qui utilisent généralement le français s'accroît d'environ 5 points tandis que la catégorie « surtout en anglais » diminue d'environ 7 points. Une croissance significative du français est donc observée dans ces deux grands secteurs. Nous analyserons maintenant plus en profondeur le secteur privé.

 

Tableau II.1

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR GRAND SECTEUR
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


LE SECTEUR PRIVÉ

Le graphique II.2 reproduit les données du tableau précédent pour ce secteur. Il est intéressant d'analyser ces résultats en tenant compte de deux facteurs, la francophonisation de la main-d'œuvre et la professionnalisation essentiellement des francophones. De 1979 à 1989, la proportion des francophones est passée de 69 % à 74 % et leur répartition parmi les professions s'est modifiée : les professions parmi lesquelles l'anglais est plus courant, administrateur et professionnel, ont pris plus d'importance alors que les ouvriers, chez qui le français est prédominant, sont proportionnellement moins nombreux (tableau A.8 de l'annexe A)3.

Ces deux facteurs ont des effets opposés. La francophonisation amène une croissance de l'usage du français alors que la professionnalisation provoque une décroissance. Le tableau II.2 illustre ces effets. On constate que si le pourcentage de francophones n'avait pas augmenté, la croissance de l'usage général du français aurait été de 2 points au lieu de 5 points, tandis que la décroissance de l'usage prédominant de l'anglais aurait été de 4 points au lieu de 7 points. La francophonisation de la main-d'œuvre aurait donc accru l'usage général du français de 3 points. Par contre, la professionnalisation agit en sens inverse. En ajustant les pourcentages en faisant comme si la professionnalisation n'avait pas eu lieu, l'usage général du français aurait fait un gain de 7 points au lieu de 5 points, alors que la décroissance de l'usage prédominant de l'anglais aurait été de 9 points au lieu de 7 points.

 

Graphique II.2

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE
SELON LE TEMPS DE TRAVAIL
EN SECTEUR PRIVÉ, MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN,
1979 ET 1989


 

Tableau II.2

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE
SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS

SECTEUR PRIVÉ, MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


L'effet positif de la francophonisation de la main-d'œuvre sur la francisation du travail ne surprend pas. En revanche, l'effet négatif de la professionnalisation étonne à première vue. Il s'agit d'un bel exemple d'un « effet pervers », c'est-à-dire d'un effet involontaire et contraire au résultat attendu. La professionnalisation est un des résultats de la modernisation de l'économie du Québec et de la réforme scolaire qui visaient à accroître le statut socio-économique des francophones et en conséquence à assurer la vitalité d'une communauté francophone. La Révolution tranquille a certainement contribué à cet essor. Cependant, comme on l'a vu au premier chapitre, les administrateurs et les professionnels, groupes professionnels en croissance, consultent davantage dans les deux langues ou en anglais les documents, tandis que les ouvriers, groupe professionnel en décroissance, communiquent proportionnellement avec plus de francophones. Ainsi, la modernisation du Québec a élevé le statut socio-économique des Québécois et a fort probablement accéléré la francisation du travail en permettant à un plus grand nombre de francophones d'accéder à des postes supérieurs. Cela s'est cependant fait moins rapidement qu'il avait été prévu, parce que cette mobilité suppose également un usage plus fréquent de documents et plus de contacts avec des non-francophones.

Nous aborderons maintenant l'étude de l'évolution selon la langue maternelle des répondants. Nous verrons que cette étude s'impose et qu'elle est plus instructive puisque les francophones, anglophones et allophones n'ont pas progressé au même rythme.

L'évolution dans le secteur privé selon les langues maternelles

Les changements des comportements linguistiques au travail, illustrés au graphique précédent, n'ont pas la même ampleur chez les trois groupes, mais la direction de ces changements est la même, une augmentation de l'usage du français, comme le montre le tableau II.3.

 

Tableau II.3

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR LA LANGUE MATERNELLE
SECTEUR PRIVÉ, MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Chez les francophones, l'usage général du français a progressé d'un point, du moins à première vue. Par contre, l'effet de la professionnalisation, mentionné précédemment, se manifeste ici: une croissance plus importante apparaît lorsque la structure professionnelle est considérée. Ainsi, en ajustant les pourcentages observés en fonction de cette structure, c'est-à-dire en faisant comme si elle n'avait pas changé, on obtient une croissance de 4 points de pourcentage plutôt qu'un changement d'un point4. On constate également au tableau II.3 une régression des travailleurs qui utilisent surtout l'anglais, leur proportion passant de 8 % à 6 %.

Le groupe des anglophones est celui qui a le plus modifié ses habitudes linguistiques. La proportion de ceux qui travaillent surtout en anglais a diminué de 73 % à 55 %, une différence de 18 points, alors que celle des anglophones qui utilisent surtout le français a augmenté, passant de 24 % à 37 %. L'usage général du français a fait un gain moins considérable, passant de 4 % à 8 %.

Chez les allophones la décroissance de l'usage prédominant de l'anglais est moins marquée : le pourcentage, de 44 % en 1979, passe à 37 % en 1989. Cependant, ce changement se répercute aussi bien chez ceux qui utilisent surtout le français que chez ceux qui utilisent généralement le français. Chez ces deux groupes linguistiques, les modifications des distributions selon les professions et les secteurs d'activité ne contredisent pas ces premières observations.

Une décroissance significative de l'usage prédominant de l'anglais a donc été observée chez les trois groupes linguistiques. Cependant, les anglophones sont plus touchés par cette évolution tandis que la croissance de l'usage général du français chez les francophones est freinée par leur professionnalisation, c'est-à-dire par leur accès grandissant à des postes supérieurs où les contraintes à l'usage du français sont plus fortes.

Nous examinerons maintenant plus en détail l'évolution des comportements langagiers des trois groupes linguistiques afin de déterminer si les changements observés sont liés à certains secteurs d'activité économique, à certaines professions et à certains types de tâche ou s'ils sont généralisés à l'ensemble de la main-d'œuvre.

L'évolution chez les francophones du Montréal métropolitain

La description globale des modifications chez les francophones, présentées à la section précédente, laisse voir des changements observés non significatifs de l'usage général du français d'environ un point. Cependant, une analyse plus fine révèle des modifications plus importantes, mais circonscrites à certains groupes. Ces modifications sont liées à des caractéristiques particulières du travail, telles que l'activité principale de travail, les professions et les secteurs d'activité.

Ainsi, le français est plus utilisé parmi les personnes qui définissent leur travail par sa dimension sociale (tableau II.4) : parmi ceux dont le travail consiste surtout à « traiter avec les gens », le pourcentage d'usage général du français croît de 48 % à 54 %, alors que l'usage prédominant de l'anglais est moins fréquent, ce pourcentage passant de 10 % à 6 %.

Tableau II.4

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR L'ACTIVITÉ PRINCIPALE DE TRAVAIL
FRANCOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Cette progression parmi les personnes dont la tâche principale consiste à communiquer doit être soulignée, puisqu'elle module l'observation générale, à savoir qu'il n'y a pas de changement dans l'ensemble de la population. Cette évolution, observée parmi les personnes qui communiquent le plus fréquemment, est plus importante que si elle avait été observée parmi les travailleurs manuels qui consacrent moins de temps aux communications. Ainsi, la croissance générale d'un point sous-estime l'évolution de la situation du français.

L'analyse selon les variables lourdes habituelles, les professions et les secteurs d'activité confirme la nature des changements, soit des changements circonscrits. Le tableau II.5 présente les résultats selon les professions. Les employés sont les seuls chez qui l'usage général du français a augmenté de façon statistiquement significative, soit de 53 % à 62 %. On note également qu'un pourcentage moins élevé d'entre eux travaillent surtout en français, 31 % en 1989 contre 37 % en 1979, et surtout en anglais, 7 % contre 10 %.

 

Tableau II.5

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR PROFESSION
FRANCOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


La ventilation selon les secteurs d'activité révèle aussi des améliorations localisées (tableau II.6) : dans le secteur des intermédiaires financiers, l'usage général du français s'accroît de 10 points passant de 53 % à 63 %. Ainsi, ce secteur qui en 1979 avait un pourcentage d'usage général du français inférieur de 9 points à celui de l'ensemble a atteint le même niveau en 1989. Un changement significatif apparaît également dans le secteur des services personnels où l'usage prédominant de l'anglais décroît, passant de 7 % à 4 %.

 

Tableau II.6

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR SECTEUR D'ACTIVITÉ
FRANCOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


L'analyse de l'influence des sièges sociaux montre qu'un seul aspect de cette dimension des organisations, soit les communications externes, permet de déterminer un groupe chez qui l'accroissement de l'usage général du français est significatif. En 1989, 30 % des personnes qui sont chargées de ces communications utilisent généralement le français contre 20 % en 1979 (tableau II.7). Rappelons que ce pourcentage correspond à l'usage du français dans l'ensemble des activités de travail; il n'indique donc pas nécessairement que les communications externes, qui ne constituent qu'une partie des activités professionnelles, se déroulent plus fréquemment en français, mais bien que cette langue est plus courante dans l'ensemble des communications de travail.

 

Tableau II.7

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR L'EMPLACEMENT DU SIÈGE SOCIAL ET LES FONCTIONS DE COMMUNICATION EXTERNE
FRANCOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


 

Tableau II.8

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE DES ENTREPRISES QUÉBÉCOISES SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS
PAR LE RATTACHEMENT AU SIÈGE SOCIAL

FRANCOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Globalement, l'usage général du français tel qu'il a été observé chez les francophones n'a donc pas progressé entre 1979 et 1989. Toutefois, il y aurait eu une croissance de 3 points si les répartitions des professions au cours des deux périodes étaient demeurées stables, la professionnalisation ayant amené un usage plus intensif de documents et accru les relations avec des anglophones et allophones du Québec ou de l'extérieur du Québec. Cependant, certains groupes ont vu des progrès plus prononcés, de l'ordre de 10 points. Il s'agit des travailleurs dont l'activité principale consiste à « traiter avec les gens », des employés et du personnel des services financiers. D'ailleurs, ces trois groupes ne sont pas étrangers les uns aux autres. On peut croire que le travail d'un bon nombre d'employés consiste à « traiter avec les gens » et qu'une bonne part du personnel du secteur financier sont des employés. En outre, la croissance de l'usage du français observée spécifiquement parmi les personnes dont la tâche principale consiste à communiquer plutôt que parmi celles qui communiquent peu indique que les résultats portant sur l'ensemble des francophones sous-estime la progression du français.

L'évolution chez les anglophones du Montréal métropolitain

Nous avons vu que de 1979 à 1989 les situations où les anglophones parlent surtout anglais ont régressé de 18 points de pourcentage au profit des situations où ils utilisent surtout le français. Cette observation qui touche l'ensemble des anglophones se répercute sur tous les types de travail, tant relationnel qu'intellectuel ou manuel, comme l'illustre le tableau II.9.

 

Tableau II.9

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR L'ACTIVITÉ PRINCIPALE DE TRAVAIL
ANGLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Une ventilation de ces pourcentages d'ensemble par les professions montre que la croissance est essentiellement attribuable aux administrateurs et aux surveillants, personnel lié à la filière hiérarchique, de même qu'aux employés plus engagés dans les activités relationnelles (tableau II.10). Entre les deux périodes, les écarts de la catégorie « surtout anglais » sont respectivement de 17 et de 27 points.

 

Tableau II.10

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR PROFESSION
ANGLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Des différences significatives sont observées dans tous secteurs d'activité; l'usage prédominant de l'anglais décroît de 14 points dans les industries traditionnelles et de 17 à 18 points dans les autres secteurs (tableau II.11).

 

Tableau II.11

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR SECTEUR D'ACTIVITÉ
ANGLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


La variable « siège social » (tableaux II.12 et II.13) ne permet pas de déterminer des groupes particulièrement touchés pas la décroissance de l'usage de l'anglais au travail. Ce changement s'observe dans toutes les situations de travail, peu importe l'emplacement des sièges sociaux ou le fait d'y travailler.

 

Tableau II.12

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR L'EMPLACEMENT DU SIÈGE SOCIAL
ANGLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


 

Tableau II.13

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE DES ENTREPRISES QUÉBÉCOISES SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS
PAR LE RATTACHEMENT AU SIÈGE SOCIAL

ANGLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


En résumé, l'usage prédominant de l'anglais est moins fréquent - il diminue de 18 points -, mais il demeure le comportement langagier de la majorité des anglophones. Par ailleurs, l'usage prédominant du français est devenu le mode de communication d'un peu plus du tiers de ce groupe. Ces changements se répercutent sur tous les types de tâches, sur tous les secteurs d'activité et ils sont indépendants de l'emplacement des sièges sociaux. Notons cependant que des différences significatives n'ont pas été observées chez les professionnels, les techniciens et les ouvriers.

L'évolution chez les allophones du Montréal métropolitain

L'analyse des résultats du groupe des allophones est particulièrement affectée par la taille de l'échantillon et par leur concentration dans certaines catégories. Ainsi, plus de 30 % d'entre eux travaillent dans le secteur des services personnels. Le lecteur ne s'étonnera donc pas de voir ici des classements beaucoup plus larges.

Comme chez les francophones, l'évolution des habitudes linguistiques est liée à la nature des tâches exécutées (tableau 11.14) : les personnes dont l'activité principale consiste à « traiter avec les gens » ou à « lire et écrire » utilisent moins l'anglais. On note de plus une baisse de 14 points de pourcentage entre les deux périodes au profit des situations surtout françaises.

 

Tableau II.14

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE
SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS
PAR L'ACTIVITÉ PRINCIPALE DE TRAVAIL AU SIÈGE SOCIAL

ALLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Cette évolution est particulièrement évidente chez le personnel lié aux fonctions de contrôle et aux fonctions techniques, qui regroupe les administrateurs, les professionnels, les techniciens et les surveillants, pour qui la décroissance de 17 points de l'usage de l'anglais est compensée par une augmentation équivalente de l'usage prédominant du français (tableau II.15).

 

Tableau II.15

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR PROFESSION
ALLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


Parmi les secteurs d'activité, on ne note des changements significatifs que dans le secteur des services personnels (tableau II.16). Les travailleurs qui utilisent surtout l'anglais représentaient 42 % de ce secteur en 1979 et 27 % en 1989, pour une baisse de 15 points. La majorité (52 %) d'entre eux travaillent maintenant surtout en français, ce qui représente un changement significatif relativement à 1979 où le pourcentage était de 38 %.

 

Tableau II.16

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR SECTEUR D'ACTIVITÉ
ALLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


La taille de l'échantillon et la concentration des allophones dans les entreprises québécoises nous obligent à ne retenir relativement au phénomène des sièges sociaux que le fait d'y travailler. On constate (tableau II.17) que ce facteur ne permet pas de déterminer un groupe particulièrement visé par ces changements.

 

Tableau II.17

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE DES ENTREPRISES QUÉBÉCOISES SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS
PAR LE RATTACHEMENT AU SIÈGE SOCIAL

ALLOPHONES, SECTEUR PRIVÉ,
MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN, 1979 ET 1989


L'usage de l'anglais chez les allophones a donc régressé au cours des dernières années : globalement nous avons observé une diminution de 7 points de pourcentage parmi ceux qui travaillent surtout en anglais. Ce changement est plus marqué, le pourcentage passant de 14 à 17 points, parmi les personnes dont l'activité de travail est principalement relationnelle ou intellectuelle, parmi celles qui ont un rôle de contrôle ou un rôle technique, de même que parmi celles qui travaillent dans le secteur des services personnels. Comme chez les anglophones, la décroissance des situations privilégiant l'anglais s'est produite davantage au profit des situations où le travail se fait surtout en français. L'évolution se rapproche de celle observée chez les francophones sous deux aspects : l'augmentation de l'usage du français vient essentiellement des travailleurs les plus engagés dans les communications, ce qui rend les progrès observés d'autant plus importants; mais en contrepartie, les programmes de francisation n'atteignent pas les travailleurs manuels, les ouvriers et le personnel des industries traditionnelles.

CONCLUSION

Dans l'ensemble du Montréal métropolitain l'usage général du français a progressé de 5 points, passant de 51 % à 56 %, tandis que le pourcentage de ceux qui travaillent surtout en anglais a diminué de 23 % à 15 %, soit de 8 points. Dans le secteur privé, l'usage général du français s'est accru de 5 points, passant de 46 % à 51 %. Ainsi qu'il était prévu, la francophonisation de la main-d'œuvre a accéléré cette croissance, tandis que la professionnalisation des francophones l'a freinée. Il s'agit d'un effet pervers de la modernisation du Québec qui a entraîné un usage plus fréquent de documents et une multiplication des contacts avec des non-francophones du Québec ou de l'extérieur du Québec.

En général, ces modifications sont plus marquées chez les administrateurs et les surveillants - personnel de la filière administrative - ainsi que chez les employés. Dans les services personnels, l'usage prédominant de l'anglais est moins fréquent chez les trois groupes, particulièrement chez les anglophones et allophones, ce qui n'est pas étranger à la croissance des revenus des francophones puisqu'il est probable que cette croissance a entraîné une augmentation de la demande de services en français. On aura aussi remarqué qu'il n'y a pas de progrès statistiquement significatif chez les ouvriers des trois groupes linguistiques. Ce sont les travailleurs chez qui l'échange d'information est le plus faible; ils utilisent moins de documents et ils ont moins de contacts professionnels. Leur position sur le marché du travail les exposerait donc moins aux effets de la francisation.

Le nombre suffisant bien que restreint d'anglophones et d'allophones nous a permis un examen plus en profondeur du secteur privé. Nous avons constaté que les changements sont en premier lieu le fait des anglophones qui travaillent moins fréquemment surtout en anglais, leur proportion dans ce groupe baissant de 18 points, mais travaillent davantage surtout en français, soit un gain de 13 points, et, en second lieu, le fait des allophones qui travaillent moins fréquemment surtout en anglais, inscrivant une baisse de 7 points. La situation des francophones est plus stable : nous n'avons observé aucun changement (une différence non significative d'un point). Cependant, ce résultat global doit être éclairé par deux considérations. Premièrement, il y aurait eu une croissance de 4 points s'il n'y avait pas eu de professionnalisation. Ce processus a entraîné une augmentation de la proportion des travailleurs dans les emplois, administrateur et professionnel, où l'anglais est plus courant, et une diminution de la proportion des emplois d'ouvrier, du travail manuel, où le français est plus habituel. Deuxièmement, il y a eu un progrès de 6 points parmi les personnes dont la tâche principale consiste à entretenir des relations professionnelles, c'est-à-dire pour qui l'usage des langues occupe une part importante de leur temps de travail.


1 Les questions portant sur la documentation ont été ajoutées en 1989. Les questions sur la taille et les relations professionnelles ont été modifiées en 1989, le sens de ces questions devant être précisé. [retour au texte]

2 Voir le tableau « Confidence Ranges for Variability Due to Sampling » dans Floyd J. Fowler, Survey Research Methods, Applied Social Research Methods Series, vol. 1, Newbury Park, Sage Publications, 6e édition, 1990, p. 42. [retour au texte]

3 Les données de Statistique Canada confirment cette évolution. Voir le tableau A.9 de l'annexe A. [retour au texte]

4 Tableau V.6. [retour au texte]







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