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L'usage du français au travail : Situation et tendances

L'usage
du français
au travail
Situation et tendances

Paul Béland


5 La région métropolitaine de Montréal et le Québec

L'introduction insistait sur le caractère distinct de la région métropolitaine de Montréal : concentration des anglophones et des allophones, des administrateurs et des professionnels, des services financiers, des services aux entreprises, centre d'échange international, centre économique névralgique. La situation particulière de Montréal est manifeste, aussi bien en 1989 qu'en 1979.

LA SITUATION EN 1989

Les paramètres énumérés sont indissociables de l'usage des langues et ils expliquent, sans doute, une part importante de la spécificité linguistique de Montréal comme le montre le graphique V.1 : 56 % de la main-d'œuvre travaille généralement en français contre 88 % dans le reste du Québec.

 

Graphique V.1

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR RÉGION
QUÉBEC 1989


Un décalage semblable s'observe dans les trois grands secteurs d'activité, le secteur privé, les services publics et l'administration fédérale (tableau V.1). L'écart le plus marqué apparaît dans le secteur privé, ce qui reflète l'homogénéité plus grande des services publics.

 

Tableau V.1

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE
SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS
PAR RÉGION ET GRAND SECTEUR

QUÉBEC, 1989


Le graphique V.2 met en évidence le secteur privé. Ces écarts entre la région métropolitaine de Montréal et le reste du Québec s'expliquent par plusieurs éléments qui reflètent le statut particulier de Montréal. L'influence de ces facteurs semble converger vers une dimension du travail qui s'est révélée primordiale sur le plan de l'usage des langues, soit la composition sociolinguistique des relations professionnelles (chapitre 1). La concentration des anglophones et des allophones accroît la fréquence des contacts avec les non-francophones du Québec, tandis que le rôle de Montréal dans les échanges internationaux multiplie les contacts avec des non-francophones à l'extérieur du Québec.

 

Graphique V.2

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR RÉGION
SECTEUR PRIVÉ, QUÉBEC 1989


Une comparaison de la région de Montréal et du reste du Québec ne peut ignorer ces relations professionnelles. Elles constituent en quelque sorte le reflet des caractéristiques de la région de Montréal énumérées plus haut. Le tableau V.2 confirme que la composition sociolinguistique de l'ensemble des personnes contactées est fortement liée aux régions. Dans la région de Montréal, 32 % des travailleurs communiquent surtout avec des francophones (90 % ou plus de francophones parmi les contacts), alors que dans le reste du Québec, ce pourcentage atteint 79 %. À l'inverse, 36 % de la main d'œuvre de Montréal et 6 % de celle du reste du Québec communiquent surtout avec des anglophones (50 % ou moins de francophones). Cet environnement sociolinguistique, fortement lié à l'usage des langues, explique une bonne part de la différence observée entre les régions. Le tableau V.3 présente les pourcentages d'usage du français observés et ajustés en fonction de la composition sociolinguistique des contacts. L'écart observé de 37 points entre Montréal et le reste du Québec est réduit à 11 points1, c'est-à-dire que plus des deux tiers de la différence observée entre les régions peut s'expliquer par ce facteur.

 

Tableau V.2

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LA PROPORTION DE FRANCOPHONES PARMI LES CONTACTS PAR RÉGION
SECTEUR PRIVÉ, QUÉBEC, 1989


 

Tableau V.3

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR RÉGION
SECTEUR PRIVÉ, QUÉBEC, 1989


L'ÉVOLUTION DE 1979 À 1989 À L'EXTÉRIEUR DE LA RÉGION MÉTROPOLITAINE DE MONTRÉAL

En 1989, l'usage du français est donc plus courant à l'extérieur de Montréal, puisque 88 % de la main-d'œuvre y travaille généralement en français. Cette situation n'est pas nouvelle : en 1979, ce pourcentage atteignait 87 %. Ce niveau, relativement près d'un maximum théorique2, rend plus difficile tout accroissement de l'usage du français. Ainsi, il est peu étonnant de constater au tableau V.4 qu'il n'y a aucun changement à l'extérieur de Montréal.

 

Tableau V.4

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR RÉGION
QUÉBEC 1979 ET 1989


Comme dans la région de Montréal, il y a eu professionnalisation de la main-d'œuvre dans le reste du Québec. Le tableau V.5 montre que ce changement de la composition de la main-d'œuvre du secteur privé, soit un accroissement de la proportion des postes d'administrateur et de professionnel et une diminution de celle des ouvriers, a également freiné la francisation du travail. Sans ce phénomène, l'usage général du français aurait fait un gain de 3 points au lieu de 2 points.

 

Tableau V.5

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR RÉGION
SECTEUR PRIVÉ, QUÉBEC 1979 ET 1989


Le nombre de cas très restreint d'anglophones et d'allophones à l'extérieur de Montréal, moins de 50 en 1989, interdit des comparaisons qui tiendraient compte de la langue maternelle. Cependant, par similitude avec le chapitre 2 portant sur l'évolution dans la région métropolitaine de Montréal, le tableau V.6 présente les résultats de l'analyse des francophones seulement. On constatera sans étonnement que ce tableau apporte peu d'information nouvelle puisque les francophones constituent plus de 90 % de la main-d'œuvre à l'extérieur de Montréal.

 

Tableau V.6

POURCENTAGE DE LA MAIN-D'ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS PAR RÉGION
FRANCOPHONES, SECTEUR PRIVÉ, QUÉBEC 1979 ET 1989


CONCLUSION

La région de Montréal constitue un milieu distinct tant sur le plan économique, démographique que linguistique. Ces caractéristiques se répercutent sur l'usage du français au travail. En 1989, 51 % des travailleurs de la région métropolitaine qui œuvrent dans le secteur privé utilisent généralement le français au travail, alors que ce pourcentage est de 88 % dans le reste du Québec.

Les caractéristiques de Montréal affectent non seulement le pourcentage d'usage du français, mais également son évolution de 1979 à 1989. Nous avons vu que les changements observés à Montréal étaient le fait essentiellement des anglophones et des allophones. Comme ces groupes linguistiques sont proportionnellement peu nombreux dans le reste du Québec, il n'est pas étonnant de n'y observer aucun changement.


1 La comparaison des chaire carrés marginal et partiel à l'annexe B, point B.10, illustre l'influence considérable de la composition sociolinguistique sur la relation entre les régions et l'usage général du français. [retour au texte]

2 Ce maximum théorique est inférieur à 100 % étant donné les relations interlinguistiques et l'usage de documents. [retour au texte]




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