Accéder au contenu principal
 

 
Les langues autochtones du Québec

Les langues
autochtones
du Québec



III


Le statut des
langues autochtones et
leurs domaines d'utilisation
au Québec*

par D. Ronán F. Collis

Les textes juridiques

Le statut juridique des langues autochtones est, dans l'ensemble, équivoque; ce sont des langues à la fois occultées et tolérées. Le Canada, signataire de la Charte des Nations unies, désapprouve publiquement la politique sud-africaine de l'apartheid. Pourtant, sa propre charte fait fi des droits linguistiques des Amérindiens puisque l'éducation de ces derniers relève du gouvernement provincial. Pour éviter l'action politique centrifuge des provinces, le gouvernement libéral de P.E. Trudeau a choisi de définir les langues officielles du Canada selon le principe de la personnalité1. Il reconnaissait ainsi à tout citoyen francophone ou anglophone le droit de vivre dans sa langue, partout au Canada. En fait, pour des raisons démographiques, le projet n'a pas dépassé l'instauration du bilinguisme dans les organismes fédéraux du pays et dans la représentation diplomatique du Canada à l'étranger. Aussi les francophones du Québec, isolés parmi les 250 millions d'anglophones de l'Amérique du Nord, ont-ils été laissés dans l'incertitude, dans une maison sans murs, leur territorialité2 linguistique n'étant pas clairement reconnue par la Constitution canadienne et leur langue restant inconnue de la majorité des citoyens hors du Québec. Mais le gouvernement québécois a établi cette territorialité par la Charte de la langue française.

Le principe de personnalité exige que toute loi soit traduite dans les deux langues officielles, ce qui rend l'application d'un tel principe trop coûteuse pour qu'on envisage de l'étendre aux langues autochtones nationales. Mais la demande des autochtones, plus modeste puisqu'elle fait appel aux principes de nationalité3 et de territorialité, a fort probablement été rejetée parce que le gouvernement fédéral n'admet pas encore ces principes. La confusion entre le sens ethnique de nation et son dérivé issu du XIXe siècle, l'État-nation, explique sans doute la crainte du gouvernement que les revendications au nom de la nationalité et de la territorialité ne conduisent à la formation d'enclaves à l'intérieur des provinces. Mais depuis la création de l'ONU, l'État-nation est appelé à disparaître au profit de la définition ethnique de la nation.

Lorsqu'un peuple minoritaire n'a pas de territoire linguistique reconnu, il vit dans une situation de diglossie désavantageuse. Par diglossie, on entend la condition de contact social entre deux langues, qui peut être conflictuel ou non. Elle est désavantageuse quand une communauté linguistique adopte les valeurs d'une autre communauté et, de ce fait, tend à donner plus de prestige à la langue seconde qu'à la langue maternelle. Le contexte psychosocial influence le comportement de l'individu qui vit dans une situation de diglossie désavantageuse. Quand celui-ci apprend une langue seconde, c'est presque toujours aux dépens de sa langue maternelle. Le bilinguisme (la connaissance de deux langues par un individu) peut être additif et enrichissant, mais il peut aussi être soustractif et appauvrissant. Or, la situation sociétale caractérisée par la diglossie désavantageuse conduit au bilinguisme soustractif. Aussi longtemps que l'individu accorde à sa langue maternelle la valeur de symbole d'identité, il sera condamné d'une part à la défendre et, d'autre part, à considérer la langue seconde comme une intruse, attitude préjudiciable dans un monde où la diglossie et même la polyglossie deviennent la règle.

Un quatrième principe de définition de l'emploi de la langue, celui de fonction en linguistique de contact4, concerne la répartition des domaines d'utilisation des langues en présence selon les circonstances (dans les tribunaux, dans le commerce, à l'école, etc.). Bien entendu, l'équité de cette répartition repose en premier lieu sur la reconnaissance de la territorialité linguistique. Une fois celle-ci établie et reconnue, les règlements internes touchant les domaines d'utilisation peuvent respecter le principe de personnalité. Au fond, la législation est incapable de résoudre les problèmes de solidarité ou de dispersion dans un cadre confédératif. La solution, si on en juge par l'exemple de la Suisse, repose plutôt sur l'acceptation réciproque d'un intérêt commun et de la diversité culturelle. Au Canada, deux conceptions de la société pluraliste s'affrontent. Les francophones du Québec veulent conserver leur langue et leurs traditions; en revanche, ils concèdent à leurs propres minorités, là où elles sont homogènes, l'usage de leurs langues et leurs pratiques culturelles. Les anglophones des autres provinces insistent sur la prédominance de l'anglais, mais abandonnent les autres composantes de la culture anglaise à un degré jamais accepté en Nouvelle-Angleterre. Chaque groupe défend farouchement sa position et censure le propos de l'autre. Mais la montée d'un nouvel esprit, comme une hirondelle revenue de loin, apporte un souffle d'espoir que même les murs et les barbelés ne pourront contenir.

Du point de vue des autochtones, le Québec, minoritaire, mais non sans fierté, doit, comme le chasseur, partager son gibier avec les membres de sa famille. Mais la Charte de la langue française n'a pas levé l'ambiguïté qui touche le statut des langues autochtones. En effet, selon l'article 87, « rien dans la présente loi n'empêche l'usage d'une langue amérindienne dans l'enseignement dispensé aux Amérindiens ou de l'inuktitut dans l'enseignement dispensé aux Inuit5. » Par contre, l'article 88 établit que, « malgré les articles 72 à 76, dans les écoles relevant de la Commission scolaire crie ou de la Commission scolaire Kativik, conformément à la Loi sur l'instruction publique, les langues d'enseignement sont respectivement le cri et l'inuktitut ainsi que les autres langues d'enseignement en usage dans les communautés cries et inuit du Québec à la date de la signature de la Convention visée à l'article 1 de la Loi approuvant la Convention de la baie James et du Nord québécois (chapitre C-67) », soit le 11 novembre 1975.

Les chapitres 16 et 17 de la Convention de la baie James et du Nord québécois reconnaissent l'usage du cri et de l'inuktitut pour l'enseignement, mais établissent aussi la territorialité inuit (par la définition du territoire d'application de la loi) et créent un gouvernement régional inuit. À la suite de cette entente, le gouvernement du Québec a créé la Commission scolaire crie et la Commission scolaire Kativik6. L'article 60 de la Loi sur l'instruction publique définit le mandat de cette dernière par rapport à l'administration régionale Kativik (chap. V-6.1). Selon l'article 600 c, le terme « municipalité » s'applique aux municipalités érigées en vertu de cette même loi, et l'article 600 d concède à l'administration inuit tout le territoire québécois situé au nord du 55e parallèle. L'entente de la baie James et les lois qui en dépendent ont établi le cadre juridique à l'intérieur duquel les nations autochtones peuvent jouir d'une certaine autonomie, équivalent culturel, sinon politique ou idéologique, de la « région nationale autonome » de l'ex-URSS. Toutefois, la législation ne fait aucune mention de la langue des nations amérindiennes qui ne sont pas régies par une convention, soit l'algonquin, l'attikamek7, le micmac, le mohawk et le montagnais8.

Les opposants à la thèse de la société pluraliste du Québec voient dans cette stipulation tacite une confirmation de l'intérêt égoïste qu'ils prêtent à la société majoritaire québécoise. Mais les principes politiques envers les autochtones, annoncés en 19789 par le gouvernement du Québec, montrent que cette accusation n'est pas fondée. Cependant, la question de la territorialité linguistique reste encore à résoudre dans la Constitution canadienne. La Charte canadienne des droits et libertés (partie II, article 35(1)), reconnaît et confirme les droits existants — ancestraux ou établis par des traités — des peuples autochtones du Canada (article 35(2), c'est-à-dire les Indiens, les Inuit et les métis du Canada. Cependant, faute de mention explicite de ces traités, quiconque voulait faire valoir des droits mentionnés avant 1986 dans l'article 35(1) se trouvait obligé, avant 1986, d'aller plaider sa cause devant la Cour suprême du Canada ou la Cour internationale de La Haye, sauf dans la province de Québec, où le gouvernement a établi les principes guidant sa politique à l'égard des autochtones (voir annexe). Toutefois, en décembre 1986, l'article 35 a été doté d'un alinéa (3) qui établit que les revendications territoriales des autochtones peuvent être négociées de concert avec le gouvernement fédéral et le ou les gouvernements des provinces concernées, sur la base de l'entente entre les gouvernements et la nation autochtone entière et non des bandes ou des conseils de village.

La compétence et l'administration des langues et des cultures autochtones relèvent principalement du ministère des Affaires indiennes et du Nord (en vertu de la Loi sur les Indiens de 1867), du Service du patrimoine du ministère des Affaires culturelles du Québec et, en partie, du ministère de l'Éducation et du Secrétariat aux affaires autochtones du Québec. Le Bureau d'examen des évaluations environnementales du ministère des Affaires indiennes et du Nord est la seule autorité fédérale dont relèvent les Inuit du Québec. En dépit des déclarations de ce ministère au sujet d'une amorce de décolonisation interne, ces populations ne seront pas reconnues officiellement comme nations à l'échelle fédérale avant la conclusion de leurs négociations avec les provinces. Actuellement, trois négociations sont en cours, et il est à prévoir que leur durée sera telle que la majeure partie des 40 nations autochtones du Canada auront perdu leurs langues avant leur reconnaissance officielle. Il est probable que le gouvernement fédéral leur accordera le statut de langues nationales, selon les principes de territorialité et de fonction linguistiques et non celui de personnalité, qui ne concerne que les langues officielles. Le principe de territorialité ou de nationalité linguistiques serait alors déterminé par la province, le gouvernement fédéral, et il faudrait créer un ordre de gouvernement supplémentaire qui, de pair avec les ordres supérieurs, établira la territorialité des langues autochtones (à l'instar de l'entente signée par les Inuit du Québec et le gouvernement provincial). Les domaines d'utilisation de la langue (par exemple, le commerce interne, l'enseignement, les communications pendant l'assemblée municipo-territoriale, etc.) seraient, quant à eux, fixés par ce dernier ordre de gouvernement.

Actuellement, dans un cas, le statut linguistique d'une langue autochtone est accompagné du droit de décision sur la fonction linguistique par une autorité autochtone autonome. C'est, en théorie, le cas des Inuit du Nunavik qui, par la résolution de l'Assemblée nationale du Québec du 15 juillet 1987, peuvent, avec le concours du Directeur général des élections, élire un groupe de représentants formant une assemblée constituante chargée de préparer la tenue d'une consultation sur la constitution d'une assemblée régionale. Mais le scrutin ne pourra pas avoir lieu tant que l'administration régionale Kativik et la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec ne se seront pas entendues sur la question. Tout comme pour les Amérindiens, la division des Inuit en « communautés » a très largement contribué à leur désunion, et la formation d'un gouvernement national, représentatif, démocratique et autonome dépend entièrement du rayonnement d'une opinion publique à une échelle plus large que celle du village10.

La situation actuelle
des langues autochtones au Québec

Les données exposant l'état actuel des langues autochtones ont été obtenues par une enquête menée sur les lieux par plusieurs collaborateurs11. Nous n'avons pu utiliser celles de Statistique Canada. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elles ne présentent pas la ventilation des langues autochtones, mais exposent en détail le nombre de locuteurs du portugais, du chinois, etc. — communautés linguistiques dignes d'intérêt, mais dont le statut culturel ne figure nulle part dans la Constitution!

Taux d'assimilation à la langue majoritaire :
Les langues algonquiennes
  • L'abénaki compte une demi-douzaine de locuteurs dans la région de Trois-Rivières
97 %
47 %
  • L'attikamek compte 3 500 locuteurs en Haute-Mauricie-Lanaudière
1 %
  • Le cri compte 8 500 locuteurs dans le nord de l'Abitibi
5 %
  • Le micmac compte 775 locuteurs
65 %
  • Le montagnais compte environ 7 445 locuteurs au Lac-Saint-Jean et sur la Côte-Nord13
27 %
  • Le naskapi compte autour de 500 locuteurs (voir Dorais, chap. II)
0 %
Les langues iroquoiennes
  • Le huron ne compte aucun locuteur
100 %
42 %
Les langues esquimau-aléoutes15
  • L'inuktitut compte 5 500 locuteurs au Nunavik
3 %


Les lois définissant le statut des langues autochtones :
Le cri : Loi constitutionnelle de 1982, partie II, art. 35(1) et (2);
Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec, chap. 18, art. 31, 32(1) et (2);
Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis, art. 570 (qui crée la Commission scolaire crie);
Convention de la baie James et du Nord québécois (chap. 16.0.9 h);
Règlements d'organismes cris prévoyant l'utilisation de la langue en assemblée spéciale ou ordinaire.

Le naskapi : par les mêmes lois qui s'appliquent aux Cris (les Naskapis et les Cris sont régis par la même commission scolaire).

L'inuktitut : Loi constitutionnelle de 1982, partie II, art. 35(1) et (2);
Loi sur l'instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis, art. 602 (qui crée la Commission scolaire Kativik);
Convention de la baie James et du Nord québécois (chap. 17);
Règlements d'organismes inuit prévoyant l'utilisation de la langue en assemblée spéciale ou ordinaire;
Résolution de l'Assemblée nationale du Québec du 15 juillet 1987 sur l'administration du Nouveau-Québec.

L'abénaki : aucun texte (sauf la Loi constitutionnelle de 1982, partie II, art. 35(1) et (2)).
L'algonquin : idem
L'attikamek : idem
Le micmac : idem
Le mohawk : idem
Le montagnais : idem

  • Les lois ne sont pas traduites dans les langues autochtones, sauf le naskapi.
  • Les règlements municipaux (du conseil de bande) ne sont pas rédigés dans les langues autochtones, sauf le naskapi.

Les tribunaux

  • L'usage de la langue autochtone parlée, mais non écrite, est juridiquement autorisé dans les cours de justice.

  • La langue autochtone n'est pas habituellement utilisée dans les cours de justice.

  • Le juge ne rend ses jugements ni ne prononce ses sentences dans la langue autochtone.

L'administration

  • Pour la plupart des peuples, la langue autochtone est souvent la langue de l'administration municipale (conseil de bande), mais elle l'est toujours chez les Naskapis et les Inuit.

  • On ne peut communiquer avec les services du gouvernement provincial dans la langue autochtone (sauf en ce qui concerne les services de santé ou de bien-être social); chez les Naskapis on peut communiquer en naskapi avec les agents autochtones de la Sûreté du Québec.

  • Il est possible, avec l'aide d'interprètes, de tenir des réunions officielles dans la langue autochtone avec des représentants du gouvernement provincial.

  • On ne peut jamais communiquer avec les services du gouvernement fédéral dans la langue autochtone.

  • Il est possible, avec l'aide d'interprètes, de tenir des réunions officielles dans la langue autochtone avec des représentants du gouvernement fédéral.

  • Il est possible de recevoir, grâce à des interprètes, des services de santé dans la langue autochtone.

Le culte

La langue autochtone utilisée dans les offices religieux :
  • algonquin
50 % et plus
  • inuktitut
100 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
moins de 50 %
  • attikamek
100 %
  • mohawk
0 %
  • cri
80 %
  • montagnais
80 %
  • naskapi
80 %


La Bible traduite (en totalité ou en partie) dans les langues suivantes :
  • algonquin
  • inuktitut
  • abénaki
  • micmac
  • attikamek
  • mohawk
  • cri
  • montagnais
  • naskapi (en cours de traduction; on a recours actuellement à la version crie).


L'école

L'usage des langues autochtones dans l'enseignement primaire suivant le pourcentage de temps qui leur est alloué :
Année Algonquin Attikamek Cri Inuktitut Montagnais Naskapi Micmac Mohawk
1re 10 % 100 % 100 % 100 % 5 % 100 % 0 % 10 %
2e 10 % 100 % 50 %+ 100 % 5 % 50 %+ 5 % 10 %
3e 10 % 100 % 50 %- 100 % 5 % 50 %- 5 % 10 %
4e 10 % 100 % 50 %- 100 % 5 % 50 %- 5 % 10 %
5e 5 % 50 %+ 50 %- 100 % 5 % 50 %- 5 % 10 %
6e 4 % 50 %- 50 %- 100 % 5 % 50 %- 5 % 10 %


Le nombre approximatif de manuels scolaires en langue autochtone :
  • algonquin
50
  • inuktitut
60
  • abénaki
sans réponse 23
  • attikamek
1
  • mohawk
200+
  • cri
10
  • naskapi
5


L'emploi de la langue à la maison18

La langue autochtone comme première langue enseignée aux enfants à la maison :
  • algonquin
50 %
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
0 %
  • attikamek
100 %
  • mohawk
0 %
  • cri
100 %
  • montagnais
50 %+
  • inuktitut
97 %19
  • naskapi
100 %


La langue autochtone utilisée dans les conversations entre les grands-parents :
  • algonquin
100 %
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
50 %+
  • attikamek
100 %
  • mohawk
50 %+
  • cri
100 %
  • montagnais
50 %+
  • inuktitut
100 %
  • naskapi
100 %


La langue autochtone utilisée dans les conversations des parents entre eux :
  • algonquin
50 %
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
50 %+
  • attikamek
100 %
  • mohawk
50 %+
  • cri
100 %
  • montagnais
(variable)21
  • inuktitut
97%20
  • naskapi
100 %


La langue autochtone utilisée dans les conversations entre les grands-parents et les parents :
  • algonquin
50 %+
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
50 %+
  • attikamek
100 %
  • mohawk
50 %
  • cri
100 %
  • montagnais
80 %+22
  • inuktitut
100 %
  • naskapi
100 %


La langue autochtone utilisée dans les conversations entre les parents et leurs enfants :
  • algonquin
50 %
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
50 %-
  • attikamek
50 %+
  • mohawk
50 %-
  • cri
80 %+
  • montagnais
80 %
  • inuktitut
97%23
  • naskapi
100 %


La langue autochtone utilisée dans les conversations entre les grands-parents et leurs petits-enfants :
  • algonquin
50%+24
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
50 %-
  • attikamek
100 %
  • mohawk
50 %+
  • cri
80 %
  • montagnais
80 %
  • inuktitut
97 %+25
  • naskapi
100 %


La langue autochtone utilisée dans les conversations des enfants avec leurs amis :
  • algonquin
50%26
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
0 %
  • attikamek
50 %+
  • mohawk
50 %-
  • cri
(±) 75 %
  • montagnais
80 %
  • inuktitut
50 %+
  • naskapi
100 %


L'affichage

L'affichage émanant du conseil municipal (ou conseil de bande) dans la langue autochtone :
  • algonquin
50 %+
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
0 %
  • attikamek
50 %+
  • mohawk
0 %
  • cri
(±) 65 %
  • montagnais
50 %-
  • inuktitut
50 %+
  • naskapi
100 %


L'affichage des commerces dans la langue autochtone :
  • algonquin
50 %-
  • huron
0 %
  • abénaki
sans réponse
  • micmac
0 %
  • attikamek
50 %-
  • mohawk
0 %
  • cri
(±) 75 %
  • montagnais
50 %
  • inuktitut
50 %+
  • naskapi
50 %+


La littérature, l'écriture, la culture

Les langues autochtones écrites :
  • algonquin
  • micmac
  • abénaki
  • mohawk
  • attikamek
  • montagnais
  • cri
  • naskapi
  • inuktitut


L'écriture des langues est normalisée dans les circonscriptions reconnues (bandes ou municipalités) :
  • abénaki
  • mohawk
  • attikamek
  • montagnais
  • cri
  • inuktitut


Les langues ayant une orthographe unique selon les circonscriptions reconnues (bandes ou municipalités)
  • algonquin
  • micmac (orthographe différente pour chaque bande)
  • abénaki
  • mohawk
  • attikamek (orthographe différente pour chaque bande)
  • montagnais
  • cri
  • naskapi
  • inuktitut


Il existe des publications dans les langues suivantes, selon les circonscriptions reconnues (bandes ou municipalités) :
  • algonquin
oui30
  • micmac
oui
  • attikamek
oui
  • mohawk
oui
  • cri
oui
  • montagnais
oui
  • inuktitut
oui
  • naskapi
non


Des ouvrages autres que religieux ont été publiés dans les langues suivantes :
  • algonquin
oui
  • micmac
oui
  • attikamek
oui
  • mohawk
oui
  • cri
oui
  • montagnais
oui
  • inuktitut
oui
  • naskapi
oui31


Le nombre approximatif de journaux, revues, magazines publiés uniquement dans la langue :
  • algonquin
0
  • micmac
0
  • attikamek
1
  • mohawk
0
  • cri
0
  • montagnais
0
  • inuktitut
1
  • naskapi
0


Les journaux, revues, magazines bilingues ou multilingues :
  • algonquin
232
  • micmac
0
  • attikamek
1
  • mohawk
0
  • cri
1
  • montagnais
2 ou plus34
  • inuktitut
233
  • naskapi
135


Le nombre d'heures d'émissions de radio diffusées chaque semaine dans la langue autochtone :
  • algonquin
1,5
  • micmac
0
  • abénaki
0
  • mohawk
2,5
  • attikamek
70
  • montagnais
2536
  • cri
70
  • naskapi
140
  • inuktitut
70


Le nombre d'heures d'émissions de télévision diffusées chaque semaine dans la langue autochtone :
  • algonquin
037
  • micmac
0
  • abénaki
0
  • mohawk
0
  • attikamek
0
  • montagnais
0
  • cri
2
  • naskapi
0
  • inuktitut
5,5


La problématique

Ici, nous citerons longuement un rapport du Comité de développement socioculturel du Secrétariat aux affaires autochtones, Maintien et développement des langues au Québec (1989), parce qu'il décrit fidèlement la perception officielle québécoise de la problématique et les éléments de sa politique. Nous en ferons par la suite un commentaire à la fois historique et scientifique.

Le problème des langues autochtones se présente avec beaucoup de complexité chez les Amérindiens et Inuit du Québec. Il y a d'abord la diversité des langues, leur utilisation potentielle restreinte par de petits groupes et leur état réel d'utilisation à l'intérieur des communautés.

Après au-delà de cent ans d'efforts pour assimiler les peuples autochtones, il n'est pas surprenant de constater que l'héritage linguistique de quelques nations autochtones a été presque entièrement détruit. La langue huronne entre autres est une langue morte. De plus, à peine quelques aînés parlent la langue abénaquise. D'autre part les langues mohawk, algonquine et micmaque subissent des assauts constants et menacent de disparaître. Seules les langues inuit, crie, montagnaise, naskapie et attikamek peuvent se classer parmi les langues vivantes au Québec, même si plusieurs Montagnais ne parlent plus leur langue maternelle et que la génération des aînés chez les Cris peut difficilement lire sa langue écrite en syllabique. Le problème des langues autochtones n'est pas exclusif à l'État québécois. Il s'étend à la grandeur du Canada où plusieurs langues autochtones sont en voie de disparaître. Au Québec, il existe dix langues autochtones réparties en trois groupes distincts : algonquien, iroquoien et esquimau-aléoute [...] Les langues autochtones n'ont pas reçu, dans le passé, toute l'attention et la priorité qui leur sont dues en tant que langues d'instruction et de communication dans les écoles, les services et les institutions communautaires locales. Aussi, de manière à leur assurer une protection adéquate, les Autochtones voudraient voir enchâsser dans la constitution canadienne et dans les règlements de leurs revendications le droit d'utiliser leur propre langue, de protéger et d'améliorer leur propre culture. Chez les Amérindiens et les Inuit vivant dans les réserves ou sur le territoire conventionné, les gouvernements ont certes une part de responsabilité relativement à la dégradation et à l'usage restreint des langues autochtones, n'ayant pas apporté tout le support nécessaire pour en assurer la conservation, sauf si l'on se réfère au passé tout récent des années 1980. En résumé, le problème majeur pour la majorité des langues autochtones en est un de survivance.

Comme il se fait déjà tard pour certaines langues autochtones, il est impératif que des mesures soient prises immédiatement pour protéger l'héritage culturel et linguistique des nations autochtones québécoises qui le désirent.

Les nations autochtones considèrent souvent leur langue comme l'élément essentiel de leur identité. Dans cette perspective, la survivance culturelle, dont les traditions et la langue constituent la pierre d'assise, est un droit indéniable et fondamental — pas seulement une option ou un privilège — qui doit être reconnu par les gouvernements.

La langue est le critère premier de référence culturelle, critère encore plus fort que la couleur de la peau : ainsi, un enfant chinois élevé et éduqué en anglais aurait peine à se reconnaître dans la culture chinoise. Il est reconnu que le maintien de la langue maternelle est essentiel au bien-être psychologique, à l'estime de soi et au développement social, sa perte entraînant des problèmes d'identité. Des études sur l'éducation bilingue ont confirmé que l'aptitude à maîtriser la langue maternelle exerce une influence sur la croissance intellectuelle et les résultats scolaires.

Les statistiques québécoises sur l'éducation autochtone révèlent de hauts taux de redoublement chez les élèves du primaire et du secondaire et d'abandon après le secondaire. Les éducateurs mettent en cause les conflits d'identité, une perception ambivalente de la culture de la majorité, l'absence de motivation et la faible estime de soi des élèves. Les autochtones eux-mêmes voient dans ces facteurs le résultat direct du traitement oppressif qu'ils ont subi historiquement et, quelquefois, de l'attitude raciste à laquelle ils ont fait face dans certains collèges avant les années 1970, alors qu'on leur interdisait d'utiliser leur langue maternelle. D'après eux, les élèves peuvent s'épanouir, réussir en classe et finalement contribuer au bien-être de leur communauté s'ils acceptent leur origine culturelle et linguistique sans honte, mieux encore avec fierté.

Pour participer efficacement à l'évolution économique et sociale, les autochtones doivent éliminer leurs doutes concernant la légitimité de leurs langues comme moyen de transmission des valeurs traditionnelles. Ils doivent les considérer comme des instruments capables de s'adapter à la vie contemporaine et d'évoluer en conséquence.

Ajoutons que chez les Inuit, en dépit du haut taux de maintien de leur langue (97 % de la population parle l'inuktitut depuis le plus jeune âge, mais la majorité des moins de 40 ans est bilingue; cf. Dorais, 1989), le bilinguisme est soustractif : l'anglais ou, dans certains cas, le français tend à remplacer l'inuktitut. Nous offrons un peu plus loin une explication partielle de ce phénomène par rapport à l'aménagement linguistique.

Les ressemblances et les particularités
des langues autochtones du Québec

Toutes les langues autochtones du Québec, sans exception, sont lexigénétiques. C'est-à-dire qu'à partir de morphèmes ou de signes minimaux, elles peuvent construire les mots pour traduire n'importe quelle situation. Mais la notion de termes fixes ou de terminologie est d'adoption très récente par les traducteurs et interprètes autochtones et plusieurs d'entre eux hésitent à utiliser des expressions figées. Pour eux, le référent est intimement lié au contexte, et le mot est composé à partir d'un radical élargi par incorporation, préfixation ou suffixation. Dans le cas où les parents ne peuvent pas parler avec leur enfant de ce qu'il a appris à l'école, il ne faut pas conclure que la langue n'a pas les moyens d'effectuer la traduction. Le problème n'est pas là, les langues autochtones du Québec peuvent très bien exprimer la vie quotidienne. En revanche, il est difficile pour un enfant de construire des néologismes pour exprimer ce qu'il a appris, surtout aux parents pour qui l'école n'a que très peu contribué à façonner la conception de la vie38.

La « mentalité » est ce qui reste de la culture autochtone, et à chaque langue sa mentalité. Ainsi, l'Attikamek réunit d'abord des images en réseau et rattache ensuite les modalités de leur verbalisation. Le résultat peut sembler poétique à l'étranger; il illustre cependant, de manière frappante, la logique de l'acquisition des connaissances décrite par Jean Piaget et Lev Semeonovitch Vygotski. L'Attikamek dit : « Afin de me rappeler quelque chose, il me faut d'abord en rêver. » Là où ce dernier a une approche esthétique, l'Inuk, chrétien depuis trois générations mais encore imprégné de synchronicité chamanique, tiendra un propos téléologique et gestaltiste : « Afin de saisir l'importance de quelque chose, je veux savoir, en connaître le résultat. » Ces deux exemples, outre leur caractère syncrétique, ont ceci de commun que la matière y est saisie d'abord comme impression plutôt que par le signe qui la représente. Les francophones manipulent les signes, au point où l'école de sémiologie de Paris cherche à créer des grammaires de phénoménologie où les actants jouent des rôles divers et permettent des lectures différentes de la réalité. Pour nous, décidément, in principio erat verbum (en supposant que la logique de notre approche de la réalité soit poussée à sa limite).

Les effets de la scolarisation

Afin de faciliter la compréhension de l'effet de l'école contemporaine, nous décrivons le parcours scolaire des jeunes autochtones conventionnés (Inuit, Naskapis et Cris). Depuis 1973, dans les écoles des communautés où les parents s'expriment encore dans leur langue maternelle et ont opté pour le programme d'études dit « amérindianisé », l'éducation préscolaire est donnée dans la langue autochtone. Mais celle-ci n'est enseignée à l'école primaire qu'à raison de quatre heures (au maximum) par semaine, pendant deux à six ans, selon la communauté. Tous les autres cours sont donnés en anglais ou en français. À partir de la troisième année du primaire, l'enseignement de la langue autochtone équivaut à celui de la langue seconde dans les autres écoles du Québec. Outre ces particularités, l'école autochtone offre le programme d'études du ministère de l'Éducation. Mais elle ne fournit pas le soutien culturel dont bénéficient les enfants instruits dans leur langue maternelle. Nous expliquerons plus loin le choix de ce programme d'études hybride. Considérons maintenant, du point du vue scientifique, l'effet d'un tel programme, en définissant d'abord quelques termes.

La diglossie, nous l'avons vu, est l'équivalent du bilinguisme social (par opposition au bilinguisme individuel) et consiste dans une répartition fonctionnelle des langues. La langue à laquelle le locuteur accorde le plus de prestige est appelée l'acrolecte, et l'autre, le basilecte. Lorsque trois langues se rencontrent, celle de prestige moyen est appelée mésolecte. La question de prestige mise à part, l'étude de la diglossie s'attache encore aux fonctions d'utilisation et au réseau social lié à l'emploi de chaque langue.

La conservation d'une langue sans prestige social aux yeux du locuteur a des conséquences qui peuvent être très variables. Quand cette langue est utilisée comme langue seconde, elle renforce l'amour-propre de celui qui la parle. Quand il s'agit de la langue maternelle, elle apporte au locuteur le sentiment de l'infériorité de son peuple relativement aux locuteurs de l'acrolecte. C'est ainsi que, selon le cas, le bilinguisme devient additif ou soustractif. Dans le premier cas, la connaissance de la langue maternelle se développe normalement et la langue seconde élargit les horizons de l'individu, comme lorsque l'élève parle une langue maternelle qu'il conçoit comme prestigieuse et apprend une autre langue de prestige. S'il acquiert cette langue seconde par la méthode directe, appelée aujourd'hui « immersion », c'est-à-dire comme véhicule d'enseignement, il renforce son aptitude à s'exprimer dans sa langue maternelle en racontant à ses parents, dans sa langue, tout ce qu'il a appris au moyen de la langue seconde. En situation de bilinguisme soustractif, l'élève trouve que ses parents ne disposent pas du vocabulaire adéquat pour leur rapporter ce qu'il a appris à l'école. Les termes de la langue seconde, qui ont déjà une certaine importance mais auxquels il ne peut trouver d'équivalents, peuvent passer dans sa langue maternelle quand il parle avec ses amis, ses congénères, ceux qui partagent son expérience scolaire. Ainsi, la langue maternelle est discréditée et se créolise par l'adoption de termes étrangers. L'apprentissage de la langue seconde par la méthode directe n'est plus alors de l'« immersion » mais de la « submersion ». Citons la règle établie par la linguistique de contact : dans une situation de diglossie (inégale), le bilinguisme amène un renforcement psychologique chez les personnes dont la langue maternelle est l'acrolecte, mais produit l'effet contraire chez celles dont la langue maternelle est le basilecte.

Le prestige d'une langue est lié à plusieurs facteurs : la répartition des domaines d'utilisation, sa cohérence interne, son adaptation au milieu ambiant, son ouverture au savoir, son statut juridique et la qualité de vie de ses locuteurs. Il peut s'accroître par l'augmentation de l'importance de ces facteurs (Mackey, 1989), qui sont étroitement liés. Ainsi, il n'est pas possible d'accroître sérieusement le nombre des domaines d'utilisation d'une langue sans d'abord en élargir le statut juridique; il n'est pas possible d'augmenter son ouverture au savoir sans d'abord amplifier sa cohérence interne, cette dernière dépendant de la réunification politico-culturelle de tous ses locuteurs (par exemple, l'unification linguistique flamand-néerlandais, la francophonie). Toute tentative d'augmentation du prestige de la langue doit également prendre en considération la qualité de vie de ses locuteurs.

Le statut juridique d'une langue donne à ses locuteurs un chez-eux collectif où l'idiome n'est jamais mis en cause. Même si l'on se sert du principe de personnalité pour étendre l'emploi de la langue au-delà des régions où elle est parlée normalement, la langue possède toujours son territoire de base, sinon elle ne pourrait pas être une langue naturelle. Seuls les créoles, les pidgins et les jargons peuvent subsister sans territoire comme des extensions d'autres langues naturelles. Or, la vie et la mort des langues en contact dépendent, en plus de leur statut psychologique, de l'importance que leur accorde le locuteur. On peut bien définir le territoire, le cerner de murs et de barbelés, si les aspirations liées à ce territoire ne coïncident pas avec les besoins perçus de sa population, celle-ci le quittera ou bien se comportera chez elle à l'instar des étrangers qu'elle admire. Le kinyarwanda, langue nationale du Rwanda (qui a le français comme langue officielle) où il n'y a pas de minorité hétérogène privilégiée, accroît son prestige à mesure qu'il établit une terminologie scientifique. En revanche, malgré son statut de langue nationale, le khosa perd du terrain. La cohérence interne de quelque-unes des langues autochtones au Canada les établit comme intrinsèquement supérieures aux langues officielles en fonction de quelques usages, mais elles ne peuvent encore servir à l'enseignement scientifique et technique, faute d'aménagement linguistique. Par exemple, l'inuktitut rend en un seul mot, isumaqatigiik, ce qui se dit en suédois meningsfrend, en danois indtryksfoelle, mais exige quatre mots en anglais et cinq en français (a like-minded person, une personne de même mentalité). Dans une situation de diglossie, le terme le plus court a tendance à remplacer le terme plus long (par exemple, l'emploi de anyway pour « de toute façon », ou de fax pour « télécopieur »). L'inuktitut est fécond en néologismes, mais ce n'est que tout récemment que la Commission scolaire Kativik a pu constituer une banque de données due au travail de traducteurs et intégrer les efforts respectifs de Taamasi Qumaq et d'Avataq, l'institut culturel inuit, pour combler les lacunes d'un dictionnaire monolingue de l'inuktitut. Précisons que ce dictionnaire recouvre surtout des concepts essentiellement inuit, sans définir des notions empruntées, comme « démocratie ».

Les éléments qui ont contribué au choix de l'école hybride autochtone sont multiples. Au début des années 1950, les autorités gouvernementales étendaient à tous les autochtones la scolarisation obligatoire. Un réseau scolaire sous compétence fédérale fut créé et on ouvrit des pensionnats dont la clientèle était exclusivement autochtone. La fréquentation de ces établissements signifiait pour les enfants une rupture totale et soudaine avec leur famille et leur univers culturel, véritable traumatisme psychique et psychologique dont toute une génération subit aujourd'hui les séquelles. On considéra ces écoles, non sans raison, comme le principal agent de l'assimilation culturelle.

Les autorités gouvernementales décident ensuite, sans consultation préalable des populations concernées, d'abolir le système des pensionnats et d'intégrer les autochtones aux réseaux scolaires provinciaux, intégration qui s'échelonnera de 1960 à 1975. Généralement, écoles et programmes scolaires tirent leur origine et s'inspirent des objectifs culturels des populations auxquelles ils sont destinés. Dans le cas qui nous occupe, il n'en a pas été ainsi : le système scolaire qui régissait les autochtones était de culture étrangère et leur était imposé par les ethnies majoritaires du pays.

En réponse à cette situation, la Fraternité des Indiens du Canada39 publie en 1972 une déclaration de principe intitulée La maîtrise indienne de l'éducation indienne, qui expose la doctrine, les objectifs, les principes et l'orientation qui, dorénavant, devront régir les programmes de scolarisation en milieu amérindien. Elle prône le retour à des établissements réservés aux autochtones et dont la gestion administrative et scolaire (programmes d'enseignement, engagement et formation des enseignants, calendrier scolaire, élaboration du matériel didactique, etc.) serait confiée à la bande. Le ministère de l'Éducation du Québec adopte les recommandations de ce rapport et, en 1978, les premières écoles de bande sont ouvertes à Betsiamites, Mashtseuiatsh, Maniwaki, Maliotenam-Uashat, Kahnawake, etc.

En 1972, le ministère des Affaires indiennes, de concert avec le ministère de l'Éducation, a examiné la possibilité de rendre l'école plus apte à répondre aux besoins des autochtones. Ceux-ci ont été consultés assez sommairement. Privés de formation au-delà de l'école secondaire assimilatrice, ils ont dû s'en remettre aux éducateurs professionnels de la société majoritaire ignorants de leurs langues, de leurs traditions et de leurs aspirations. À l'exception de l'étude de la langue, ces éducateurs ont proposé un modèle de formation calqué sur le leur.

Grâce au projet dit « d'amérindianisation de l'école », on a chargé des linguistes de travailler à la littérisation des langues autochtones, à la formation de maîtres pour enseigner ces langues et à la préparation de manuels scolaires. Vaste tâche qui aurait nécessité que les linguistes se rendent dans les réserves ou les communautés inuit. Mais le ministère des Affaires indiennes les en a empêchés, redoutant leur sympathie pour les autochtones. Pour ajouter aux problèmes, le regroupement en bandes des autochtones sédentarisés a fragmenté les langues en dialectes, coupant le contact linguistique entre ces bandes. Les locuteurs de ces dialectes dédaignaient le plus souvent les manuels écrits dans un autre dialecte. Les communautés plus éloignées, notamment celles qui, par le truchement de l'entente de la baie James, avaient été acceptées comme des peuples et non uniquement comme des bandes, les Cris, les Inuit et les Naskapis, ont reçu suffisamment d'argent pour élargir la consultation sur le principe à suivre avant la préparation du matériel didactique. Mais à cause de la frustration de la première génération qui avait fréquenté l'école assimilatrice, on a choisi de couper court à l'aménagement de la langue. Les premiers manuels ont été rédigés avec des budgets dérisoires, sans dictionnaire ni grammaire, par des personnes ayant étudié la didactique anglaise ou française et ne connaissant pas la terminologie nécessaire à l'enseignement des sciences en langues autochtones. Avec le résultat que l'apprentissage de la langue ou des dialectes restait très largement symbolique, ou représentait des pauses pendant l'apprentissage de « ce qui plaît aux Blancs », lors desquelles on racontait des histoires du passé perdu, sans toutefois inviter les aînés, qui connaissent pourtant le vrai sens de la culture traditionnelle. L'école hybride avait substitué l'équivoque à l'oppression : l'assimilation mitigée suivait son cours, désormais avec le concours d'enseignants autochtones formés dans un cadre didactique étranger à leur propre culture. En revanche, dans les milieux éloignés, surtout inuit, le fait d'avoir une commission scolaire unique et qui s'occupe de la normalisation de l'orthographe a permis aux communautés de se défendre, et a donné la formation nécessaire à l'administration locale du conseil de village et aux employés des bureaux, des aéroports, des magasins. Mais comme elle ne pouvait par ailleurs former les gens pour des tâches plus compliquées, elle n'était prise au sérieux ni par les élèves, ni par les parents, ni par les enseignants.

D'autres expériences ont connu plus de succès. En 1973, sensible aux besoins d'étudier la langue pour fusionner les dialectes, l'Université du Québec à Chicoutimi a institué un certificat en techno-linguistique amérindienne destiné aux autochtones40. À ma connaissance, seuls les Attikameks ont mené leurs études à terme, et huit techno-linguistes sont maintenant en mesure de résoudre les questions relatives à l'orthographe, au dictionnaire et à la grammaire attikameks. Les Mohawks, dont les citoyens urbanisés sont souvent trilingues, ont réussi à aménager leur langue avec l'aide d'une linguiste américaine, Marianne Mithun. Le processus intervient, hélas, au moment où seulement 35% de la population visée parle encore le mohawk.

Malgré l'écart scandaleux entre les principes énoncés et la réalité, il ne sert à rien de chercher des coupables. Les autorités fédérales et provinciales et les conseils de bande ont agi conformément aux pratiques de l'époque. Le ministère fédéral camouflait sa mauvaise conscience en rappelant le sort réservé aux autochtones aux États-Unis, le ministère de l'Éducation, en comparant la situation des autochtones du Québec à celle des autres provinces, et les administrateurs autochtones se remémoraient l'époque difficile vécue par leurs parents. On peut néanmoins mesurer l'influence de ces facteurs dans la problématique de rétention des langues autochtones.

Les influences du passé sur la survie
des langues autochtones

Les concepts de base des sociétés pluralistes en présence

Selon la thèse ontarienne et son extension anglo-canadienne au Québec, la société pluraliste anglophone se compose d'individus qui possèdent des bribes de cultures diverses qu'ils conservent comme leur religion du dimanche. La thèse officielle de la société pluraliste québécoise a été « l'authenticité des communautés culturelles dans la diversité ». Incompatibles, ces perspectives sont à l'origine des désaccords entre le Québec et le reste de la Confédération. L'Ontario opte pour l'acculturation générale (selon une étude, le groupe ethnique le plus acculturé au Canada est justement le groupe anglo-saxon); l'option québécoise, essentiellement territorialiste, repose sur la viabilité (rentabilité) du territoire cédé à l'autonomie régionale. En substance, la thèse ontarienne veut qu'une société pluraliste puisse survivre sans racines culturelles; on préférait la danse folklorique à la culture ethnique, jusqu'à ce que les réflexions authentiquement ethniques d'un Robinson Justice ou d'un Christopher Frye viennent tout remettre en question. La fusion culturelle généralisée et planifiée est une expérience inédite. Sa réussite dépend de l'acceptation d'un monde non national, imprévisible et dépourvu de règles de vie intériorisées. Une des raisons de la perplexité sinon de la confusion de l'Ontario face au libre-échange avec les États-Unis résulte de la définition commerciale de la culture ontarienne. (À cet égard, le grand voisin du Sud proteste que sa culture est tout aussi commerciale.) En un sens, en matière culturelle, l'Ontario a fait la projection logique du modèle de la société américaine (sans le patriotisme américain qui ajoute un aspect quasi religieux au civisme); le Québec a, pour sa part, repris quelques éléments de l'adaptation japonaise à l'esprit du temps (l'irrédentisme culturel dans une fuite en avant technologique) dans un monde postnational (où l'État-nation se désagrège en fonction de son groupement économique et culturel). Il faut remarquer que la thèse de l'Ontario ne loge pas exclusivement à l'intérieur de ses frontières : elle domine dans l'ouest de l'île de Montréal et s'étend, avec des variantes régionales, à toutes les provinces du Canada, sauf la plus grande partie du Québec et peut-être la partie acadienne du Nouveau-Brunswick. Quant aux anglophones du Québec rural, ils préfèrent vivre dans la société pluraliste du Québec parce qu'ils croient possible d'y conserver l'authenticité de leur culture.

Il est de règle, dans la société pluraliste francophone, de respecter les goûts de l'ethnie majoritaire. Et la fierté franco-québécoise utilise l'opposition pour renforcer sa spécificité. On veut bien accepter quelques éléments d'exotisme, cela n'empêche pas la norme de prévaloir, identité oblige. On accepte le voisin allogène, son altérité, chez lui; rarement chez soi. Aux ghettos urbains on préfère les quartiers homogènes qu'on peut visiter et quitter librement. On constate semblable phénomène à la campagne : à chaque communauté son village. Pour peu que l'espace vital de chacun soit clairement circonscrit, la majorité francophone se permettra volontiers des relations sereines avec les autres groupes ethniques, voire de la bonhomie. Mais en attendant pareille délimitation, les francophones, minoritaires au Canada, se sentiront marginalisés tant que leurs frontières ne seront pas reconnues, ces frontières qui apportent le sentiment d'être maître chez soi. Par ailleurs, le minoritaire a tendance à détester chez autrui les sentiments de marginalisation qu'il éprouve lui-même, d'où la position équivoque des francophones à l'égard des revendications autochtones.

L'école assimilisatrice

Barbara Burnaby, de l'Ontario Institute for Studies in Education, dresse un bilan sévère de l'instruction donnée aux autochtones :

L'éducation des autochtones, au Canada, a été dominée par les intérêts de la macrosociété et elle l'est encore dans une large mesure. Malgré la quasi-absence d'obstacles juridiques pouvant l'empêcher de répondre aux besoins des autochtones depuis le XIXe siècle, le système scolaire a formé les enfants autochtones dans un cadre répondant aux considérations de la société majoritaire, ce qui, à dessein ou par négligence, a contribué à miner la rétention de la plupart des langues autochtones du Canada. Le rôle du système d'éducation dans la promotion de ces objectifs ou dans la préservation des langues autochtones par la création de programmes spéciaux demeure obscur, mais les personnes directement touchées entretiennent de fortes présomptions. Depuis peu, cependant, on semble vouloir tenir compte des intérêts autochtones.

On devra préciser les objectifs des initiatives actuelles et futures touchant les langues autochtones, mesurer leur faisabilité et les évaluer en fonction des priorités internes [autochtones] et externes [non autochtones] [...] Il n'y aura de véritables changements que si les valeurs fondamentales sont reconnues et prises en considération (Burnaby, 1989 : 287; trad. libre).

La viabilité linguistique

Comment définir la viabilité d'une langue? Comment se fait-il qu'une langue comme l'araméen, la langue de Jésus (qui est chantée dans le film de Denys Arcand, Jésus de Montréal), ait toujours autant de locuteurs, tandis que le latin a disparu? L'élément essentiel à la permanence d'une langue est sa cohésion interne; le commerce ou les conquêtes ne sont que des accidents de parcours, sauf, bien entendu, dans les cas de génocide. Les langues très bien organisées, comme l'aymara, parlé en Bolivie, au Chili et au Paraguay, ou comme le français et le grec, résistent, à condition d'être précises. Le prestige d'une langue dépend également de ses domaines d'utilisation, tout comme sa viabilité repose sur ses capacités à transmettre le savoir, dont la croissance suit une courbe géométrique. Aujourd'hui, on reconnaît en principe les droits de l'homme, mais les droits d'un peuple sont ce que ce peuple peut défendre juridiquement et économiquement. Or, comment se défendre en condition d'infériorité du savoir? Et même, comment se prémunir contre ses défenseurs plus savants qui risquent d'imposer leurs vues?

Il n'est pas nécessaire d'être Américain ou Européen pour utiliser un ordinateur, pas plus qu'il n'était essentiel d'être Allemand pour se servir de l'invention de Gutenberg. De la même façon, l'enseignement scolaire n'est pas aujourd'hui nécessairement européen. Il est ce que les peuples autochtones veulent bien en faire. Les autochtones veulent-ils apprendre ce qui ressortit à la société environnante qu'ils doivent le faire dans les termes et les modes de cette société. En dépit des principes de décolonisation interne énoncés par le ministère des Affaires indiennes et du Nord, on continue d'utiliser des normes (salaire des maîtres, nombre d'élèves par classe, etc.) définies ailleurs. Ainsi, on consent des heures supplémentaires aux maîtres autochtones pour rédiger leurs propres manuels, avant même que la normalisation des langues autochtones ait été accomplie. Rappelons qu'en privant les autochtones de leurs territoires et en mettant en pratique la politique du « diviser pour régner », les Européens ont favorisé l'émergence de dialectes et de « nationalismes de clocher ». Les langues autochtones, privées d'une dimension cognitive véritable, ne subsistent que comme basilectes d'une diglossie où l'acrolecte est la langue officielle. Il n'y a rien de mal en soi à parler le dialecte d'un patelin minuscule — la noblesse italienne le fait depuis que le latin est devenu « vulgaire », vers l'an 300 après Jésus-Christ. Mais il faut d'abord que la territorialité soit bien établie.

Barbara Burnaby montre que la société autochtone ne pourra établir ses priorités en matière d'éducation tant qu'elle ne se sera pas définie politiquement et économiquement. En effet, l'éducation des enfants, surtout des enfants de familles bilingues qui vivent sous le seuil de la pauvreté, est toujours orientée en fonction d'emplois éventuels. De plus, en l'absence de cette définition, les priorités de la société environnante en matière d'éducation sont adoptées par la société autochtone, avec le résultat que la langue autochtone a tendance à « fondre comme la neige en mai », selon les termes d'Aurélien Gill, administrateur de Mashteuiatsh, où le montagnais n'est parlé que par quelques aînés. Il faut admettre, avec Burnaby, que l'école seule ne peut ni détruire ni conserver la langue : l'histoire de l'école inuit au Québec le prouve. Les langues autochtones seront préservées dans la mesure où les sociétés autochtones seront viables, et c'est précisément cette proposition qui va à l'encontre de la thèse assimilatrice de la société pluraliste anglophone du Canada.

Les facteurs favorisant la survie
des langues autochtones

La télématique

Essentiellement, la télématique est la télécommande du travail automatisé. Le terme s'emploie par extension pour parler du travail en réseau d'ordinateurs autonomes et de leurs opérateurs, quelle que soit la distance qui les sépare, ou encore du contact téléphonique cellulaire.

La logique impitoyable de cette technologie n'a pas épargné le communisme, qui doit en intérioriser le schéma de comportement ou l'éthique sociale pour survivre, mais elle a également poussé la théorie d'Adam Smith de la division capitaliste du travail là où James Babbit, inventeur de l'ordinateur au siècle dernier, l'avait prévu. Actuellement, le travail se divise en trois étapes : la conception, l'opération et la surveillance. Ces deux dernières s'automatisent sans cesse, grâce à l'intelligence artificielle. Reste la conception. L'originalité de la conception du travail prime pour la première fois depuis la première Renaissance. Le peuple qui a créé la télématique par la miniaturisation de l'ordinateur est le moins doué pour concevoir son emploi. La preuve crève les yeux : l'ordinateur le plus populaire est celui qui exige le plus de travail! La logique de la télématique force à rechercher le chemin le plus court. On prend l'originalité là où elle se trouve; peu importe sa formation technique, un expert peut créer l'interface, précisément pour conserver le caractère atypique. Chaque société produit quelques individus exceptionnellement créateurs, mais la nôtre, industrialisée, standardisée, brime l'être atypique beaucoup plus que les sociétés autochtones (comme le prouve la biographie cinématographique de feu l'inventeur industrialiste québécois Bombardier). Aussi, selon le raisonnement d'un Toffler ou d'un Servan-Schreiber, l'homme évolue en brûlant les étapes. De la cueillette on passe à l'élevage, le chasseur entre sans transition dans l'ère postindustrialisée télématique. Il est plus facile de se familiariser avec la technologie avancée à partir d'un stade technologique plus primitif que d'abandonner les usages établis autour de cette technologie. La découverte de la caméra par les Inuit en fournit un bon exemple. Certains films des années 1970 sont des chefs-d'oeuvre par leur recours à la surimpression pour illustrer la pensée de celui qui réfléchit, technique empruntée à la bande dessinée, par leurs passages lents et inspirés suivis d'une action forcenée (plus accusée même que dans le cinéma japonais), leur langage gestuel élaboré, leur mélange de musique et de sons naturels hors champ pour évoquer une atmosphère. L'autochtone est donc le concepteur désigné de l'humanisation du travail automatisé, et il augmente ses chances de réussite en continuant d'habiter son territoire.

En résumé, en respectant la spécificité de l'autochtone et en lui fournissant des moyens techniques appropriés, comme ceux de la télématique, nous ouvrons la porte à notre propre développement et au renforcement de notre propre spécificité presque perdue.

Les hypermédias

L'hypertexte est la présentation de textes sous forme de fiches apparaissant à l'écran du micro-ordinateur. La première fiche présente une information générale, que l'utilisateur peut faire préciser à son gré. Il indique son intérêt en touchant l'écran à l'endroit de l'icône coiffant chaque mot ou en pointant cette icône à l'aide d'un curseur. Une autre fiche apparaît qui apporte de nouvelles informations. L'hypercarte ajoute au texte des images fixes qui offrent un support visuel ou une stimulation humoristique.

L'hypermédia produit des images mobiles, dessinées ou cinématiques, du son ou encore une forme de dialogue grâce à l'intelligence artificielle. Toutes les opérations peuvent être orales ou écrites.

Ce support mixte offre d'abord et avant tout à l'élève un rapport direct entre l'intelligence programmée de son « tuteur » et ses propres besoins. L'enfant fortement motivé avance à son rythme. L'enfant enjoué apprend en jouant. L'enfant handicapé mentalement reçoit l'aide, l'encouragement et la tendresse dont il a besoin. De la même façon, l'enfant attikamek ou le jeune Inuit peut tout apprendre dans sa langue et selon ses propres conceptions.

N'est-il pas un peu bizarre de vouloir introduire de la technologie de pointe dans les classes autochtones? N'est-ce pas une ruse en vue de favoriser l'assimilation des élèves? Bien au contraire, cette approche permet à la fois de conserver leurs langues et d'accroître leur qualité de vie. Tout d'abord, elle élimine le bruit. Ce concept de la théorie de l'information désigne les parasites qui brouillent les messages transmis par la radio à ondes courtes. Par extension, tout ce qui entrave le passage de l'information : le vocabulaire non compris, le dépassement du seuil de concentration, le manque de motivation constituent du bruit. Les deux tiers du temps passé par un élève moyen dans une salle de classe sont constitués de bruit causé par le groupe d'élèves; et cette proportion augmente si le code d'enseignement lui est étranger (y compris le code gestuel).

Ensuite, l'approche des hypermédias met l'accent sur l'apprentissage plutôt que sur l'enseignement, en misant sur la curiosité de l'élève, démarche calquée sur les programmes pour élèves surdoués. Le principe de l'automatisation — tout ce qui peut s'automatiser doit l'être — libère l'enseignant de la tâche ingrate de répéter ad nauseam des leçons mal assimilées, faute d'attention. Il devient plutôt un tuteur, un conseiller qui dispose de temps pour créer des liens entre les grands concepts fondamentaux et les éléments déjà acquis.

Puis, le didacticiel autochtone respecte le rapport mot-image du signe linguistique. Des programmeurs autochtones pourront mieux que quiconque tirer parti de cette particularité des langues autochtones qui, nous l'avons déjà signalé, sont lexigénétiques.

Enfin, cette méthode permet également de vérifier l'acquisition des connaissances et d'apporter les correctifs nécessaires. On ne peut pas achever une étape sans en avoir franchi tous les paliers, ce qui s'accorde au type d'apprentissage expérimental privilégié par l'école autochtone.

L'aménagement linguistique télématique

Cela dit, la question suivante demeure : comment peut-on aménager41 un archipel de dialectes de village? La première tentative, en 1973, s'est soldée par un échec, en raison du manque de communication entre les principaux intéressés et les linguistes, mais en grande partie aussi à cause de la division de la population en bandes séparées. Celles-ci, nous le répétons, doivent avoir un motif socio-économique pour réunir leurs dialectes. Même si elles n'en sont pas encore là, nous pouvons rechercher les moyens d'aider « les régions nationales autonomes » à aménager leurs langues. (La glasnost' ne nous aura rien apporté si nous nous contentons d'exporter nos idées en ex-URSS sans rien apprendre en retour.)

D'abord, les linguistes autochtones peuvent, dans chaque village, recueillir le vocabulaire par stimulus motivé d'images (méthode la plus rapide et la plus facile à mettre à l'épreuve). On peut équiper les chercheurs autochtones d'un jeu d'hypercartes visuelles où s'inscrivent les termes descriptifs. On peut ajouter les termes qualificatifs, connectifs ou autrement abstraits déjà connus avec leur paraphrase, c'est-à-dire les termes utilisés pour expliquer un mot nouveau à un enfant. Par la suite, on peut encadrer chaque liste parallèle dans un correcteur d'orthographe muni d'un dispositif qui permette son expansion et sa transmission à tous les autres vocabulaires de village (où on ajoute au lexème l'équivalent local et sa paraphrase). On pourra ensuite constituer une banque de données à partir de ces listes parallèles. À l'aide du calcul de la distance interlinguistique de William F. Mackey, on peut déterminer la forme moyenne phonologique, morphologique et pragmatique. À partir de ce métadialecte, on peut créer un modèle de convergence linguistique, que le locuteur aura le choix d'utiliser ou non, et une langue pivot qui utilisera les ressources de tous les dialectes afin de créer une langue artificielle à usage uniquement informatique. Cette langue bien définie sert à éliminer toute ambiguïté dans la traduction distribuée assistée par ordinateur. Dans une langue naturelle, par principe d'économie, de nombreux termes recouvrent plusieurs sens; mais dans cette langue pivot, le morphème sera limité à un sens littéral. La comparaison automatique d'un terme polyvalent d'un dialecte à la langue pivot entraînera une question en intelligence artificielle, comme « Veuillez indiquer si le mot " drôle " à la ligne 60 veut dire : (a) comique; (b) bizarre; pointez (tapez) (a) ou (b) ». Le message précisé de la sorte, on peut traduire un dialecte dans tous les autres. Les avantages du système sont les suivants :

  1. Le modèle de convergence reste une suggestion, ce qui est un principe stratégique essentiel à la praxiologie d'aménagement linguistique.

  2. La traduction assistée par ordinateur permet la production de matériel didactique adapté à chaque dialecte local.

  3. L'emploi d'une langue pivot bien définie réduit le nombre de systèmes de traduction à programmer à la somme des dialectes en présence plus le pivot constant. Les langues naturelles étant des variables, la traduction assistée par ordinateur d'un dialecte vers tous les autres, sans langue pivot, exigerait un nombre de programmes égal au carré des dialectes en présence.

  4. Le logiciel est déjà fonctionnel.

  5. Cette méthode est la voie la moins coûteuse vers une éventuelle traduction automatique.

  6. Hors de l'école, ce type de communication permettra la formation d'une opinion publique débordant les limites étroites du village.

  7. La langue pivot est un langage dont tous les termes sont définis à usage particulier à l'intérieur de l'ordinateur. Sa forme se base sur le vocabulaire et la syntaxe moyenne des langues à traduire. Le sens voulu des mots du message à traduire s'établit par dialogue avec l'ordinateur dans la langue source (ou langue de départ) par comparaison avec la langue pivot, par le truchement d'un système programmé d'intelligence artificielle. Une fois que le sens exact est établi, les éléments du message sont transposés dans la langue pivot et, à partir de cette forme bien définie, automatiquement dans toutes les langues cibles qui sont programmées en rapport d'interface avec la langue pivot. Il existe déjà une langue pivot qui sert à traduire les langues européennes. Le mise en interface des langues pivots européenne et autochtone exigera la programmation d'une étape de dialogue en intelligence artificielle pour ponter la différence de conceptualité des deux. Une fois cette étape achevée, 80 % des publications scientifiques et technologiques du monde entier deviendraient accessibles dans la langue autochtone. À potentialité de savoir égale, langue de prestige égale.

Je crois avoir démontré comment on peut :
  • réunir un groupe de dialectes sans offusquer quiconque;

  • donner aux locuteurs d'une langue naturelle les moyens nécessaires à sa défense;

  • enseigner dans les langues autochtones.

Et le budget? Pour chaque « région nationale autonome », probablement un peu moins que la somme actuelle des salaires d'une seule école.

Comme le suggère Barbara Burnaby, le moins que l'on puisse faire c'est de traiter un peu mieux les autochtones qui ont perdu leur langue et d'agir en sorte qu'il ne soit pas trop tard pour les autres, n'en déplaise à ceux qui optent pour la thèse de la société pluraliste homogène. Le Québec possède-t-il une richesse naturelle plus féconde que son écologie linguistique? Ubi status.


Annexe


Les quinze principes de la politique du Québec
envers les autochtones

En insistant auprès du gouvernement pour qu'il précise sa politique à l'égard des autochtones, le Conseil attikamek-montagnais a ouvert la voie aux autres nations autochtones du Québec. À l'occasion des discussions constitutionnelles, un front commun de tous les autochtones du Québec demanda au gouvernement, le 30 novembre 1982, de reconnaître leurs droits, énoncés sous forme de quinze principes. À peine deux mois plus tard, le Conseil des ministres transmit sa position officielle, qui constitue maintenant, avec la résolution de l'Assemblée nationale, la pierre angulaire de la politique du Québec à l'égard des autochtones. Elle élabore un nouveau cadre de discussions fondé sur la reconnaissance des nations autochtones du Québec et la nécessité d'établir des relations harmonieuses avec elles.

Ces principes sont les suivants :

  1. Le Québec reconnaît que les peuples aborigènes du Québec sont des nations distinctes qui ont droit à leur culture, à leur langue, à leurs coutumes et traditions ainsi que le droit d'orienter elles-mêmes le développement de cette identité propre.

  2. Le Québec reconnaît également aux nations autochtones, dans le cadre des lois du Québec, le droit de posséder et contrôler elles-mêmes les terres qui leur sont attribuées.

  3. Les droits mentionnés aux paragraphes 1 et 2 doivent s'exercer au sein de la société québécoise et ne sauraient par conséquent impliquer des droits de souveraineté qui puissent porter atteinte à l'intégrité du territoire du Québec.

  4. Les nations autochtones peuvent exercer, sur des territoires dont elles ont ou auront convenu avec le gouvernement, des droits de chasse, de pêche, de piégeage, de cueillette des fruits, de récolte faunique et de troc entre elles; dans la mesure du possible, la désignation de ces territoires doit tenir compte de leur occupation traditionnelle et de leurs besoins; les modalités d'exercice de ces droits doivent être définies dans des ententes particulières avec chaque nation.

  5. Les nations autochtones ont le droit de participer au développement économique de la société québécoise; le gouvernement est prêt à leur reconnaître également le droit d'exploiter à leur bénéfice, dans le cadre des lois du Québec, les ressources renouvelables et non renouvelables des terres qui leur sont attribuées.

  6. Les nations autochtones ont le droit, dans le cadre des lois du Québec, de se gouverner sur les terres qui leur sont attribuées.

  7. Les nations autochtones ont le droit d'avoir et de contrôler, dans le cadre d'ententes avec le gouvernement, des institutions qui correspondent à leurs besoins dans les domaines de la culture, de l'éducation, de la langue, de la santé, des services sociaux et du développement économique.

  8. Les nations autochtones ont le droit de bénéficier, dans le cadre des lois d'application générale ou d'ententes conclues avec le gouvernement, de fonds publics favorisant la poursuite d'objectifs qu'elles jugent fondamentaux.

  9. Les droits reconnus aux autochtones par le Québec sont reconnus également aux hommes et aux femmes.

  10. Du point de vue du Québec, la protection des droits existants des autochtones s'étend également aux droits inscrits dans des ententes conclues avec lui dans le cadre de revendications territoriales; de plus la Convention de la baie James et du Nord québécois et [la Convention] du Nord-Est québécois doivent être considérées comme des traités et avoir plein effet.

  11. Le Québec est prêt à considérer que les droits existants issus de la Proclamation royale du 7 octobre 1763 concernant les nations autochtones puissent être explicitement reconnus dans ses lois.

  12. Le Québec est prêt à considérer cas par cas la reconnaissance des traités signés à l'extérieur du Canada ou avant la Confédération, le titre aborigène, ainsi que les droits des peuples aborigènes qui en découleraient.

  13. Les autochtones du Québec, en vertu de situations qui leur sont particulières, peuvent bénéficier d'exemptions de taxes selon les modalités convenues avec le gouvernement.

  14. Le Québec, s'il légifère sur des sujets qui concernent les droits fondamentaux reconnus par lui aux nations autochtones, s'engage à les consulter par le truchement de mécanismes à déterminer avec elles.

  15. Les mécanismes mentionnés au paragraphe 14, une fois déterminés, pourraient être institutionnalisés afin que soit assurée la participation des nations autochtones aux discussions relatives à leurs droits fondamentaux.




Bibliographie




BURNABY, Barbara (1989), « Language Policy and the Education of Native Peoples. Identifying the Issues », dans Paul PUPIER et José WOEHRLING (dir.), Langue et droit. Actes du premier congrès de l'Institut international de droit linguistique comparé, 27-29 avril 1988, Université du Québec à Montréal, Montréal, Wilson et Lafleur, p. 279-289.

CLOUTIER, Denise (1990), « Les peuples algonquiens du Nord-Est canadien », dans The Current Situation of the Peoples of the Arctic, Paris, Unesco.

DORAIS, Louis-Jacques (1989), « Bilingualism and Diglossia in the Canadian Eastern Arctic », Arctic, 42 (3), septembre, p. 199-207.

GOUVERNEMENT DU CANADA (1982), Loi constitutionnelle de 1982.

GOUVERNEMENT DU CANADA (1986), Loi constitutionnelle du Canada, à jour en 1986.

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC (1980), La Convention de la baie James et du Nord québécois et les conventions complémentaires 1, 2, 3, 4, 5 et 6, 2e édition revue et corrigée.

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC (1989), Charte de la langue française, L.R.Q., chap. C-11, à jour au 1er août 1989.

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC (1989), Loi sur l'instruction publique, I-14/150 (36), 1er mars 1989.

MACKEY, William F. (1989a), « La genèse d'une typologie de la diglossie », Revue québécoise de linguistique théorique et appliquée, 8 (2): 11-28.

MACKEY, William F. (1989b), « Determining the Status and Function of Language in a Multilingual Society », dans Ulrich AMMON (dir.), Status and Function of Languages and Language Varieties, Berlin et New York, Walter de Gruyter, p. 3-20; Québec, Université Laval, CIRAL, série D, no 90.

SAA (Secrétariat aux affaires autochtones) (1989), Maintien et développement des langues autochtones au Québec, Québec, juin, 14 p.

SAGMAI (Secrétariat des activités gouvernementales en milieu amérindien et inuit) (1978), Discours et ateliers. La rencontre des Amérindiens du Québec et du gouvernement québécois, 13, 14, 15 décembre.



* Je tiens à exprimer ma grande reconnaissance à Denise Cloutier pour son concours en ce qui concerne les données sociolinguistiques montagnaises et à Marie Taillon pour les retouches qu'elle a apportées à mon texte. [retour au texte]

1 En vertu de ce principe, le locuteur de la langue officielle possède le droit, en tant qu'individu, de faire usage de sa langue en toutes circonstances et de recevoir des services dans sa langue. [retour au texte]

2 Selon le principe de la territorialité linguistique, une langue est reconnue en fonction du territoire où elle est parlée. [retour au texte]

3 Le principe de nationalité reconnaît officiellement l'identité ethnique des locuteurs d'une langue, et un seul État peut comprendre plusieurs ethnies. Il est commun, dans les États africains, que la langue officielle soit celle de l'ancien colonisateur, mais les langues nationales sont celles des ethnies du pays. Au Canada, les nations amérindiennes demandent qu'on accorde à leurs langues un statut national, tandis que les Inuit préfèrent qu'on respecte le principe de territorialité. [retour au texte]

4 La fonction linguistique, en linguistique de contact, concerne le domaine d'utilisation de la langue d'une société donnée. On ne doit pas la confondre avec la fonction du discours en psycholinguistique (symbolique, de communication, de construction de l'identité, etc.). [retour au texte]

5 L.R.Q.. chap. C-11 à jour le 6 janvier 1988. chap. VIII, « La langue de l'enseignement ». [retour au texte]

6 Loi I-14/150 sur l'instruction publique. à jour le 1er mars 1989. partie X. « De la Commission scolaire crie ». articles 568 à 599. et partie XI. « De la commission scolaire Kativik ». articles 600 et 601. Ces deux derniers articles concernent également la nation naskapie. [retour au texte]

7 Nous utilisons la forme orthographique attikamek recommandée par M.-É. de Villers (Multidictionnaire des difficultés de la langue française) en dépit du fait que plusieurs autochtones utilisent la graphie atikamekw. [retour au texte]

8 En 1980, le Conseil attikamek-montagnais indiquait au gouvernement québécois sa volonté de négocier une entente globale dont la justification trouverait sa source dans les droits ancestraux que les autochtones détiendraient sur une partie du territoire québécois. Après quelques rencontres préalables, le gouvernement, à l'invitation du Conseil, adoptait 15 principes (énumérés à la fin du présent chapitre) qui devaient en quelque sorte servir de base à la négociation. Mais, dès le départ, celle-ci a été paralysée par le manque de préparation des autochtones, les discussions constitutionnelles et l'annonce d'une nouvelle politique fédérale sur l'autonomie politique des Indiens. [retour au texte]

9 SAGMAI, Discours et ateliers. La rencontre des Amérindiens du Québec et du gouvernement québécois, 13,14,15 décembre 1978. [retour au texte]

10 Nous sommes reconnaissant à Me Serge Tremblay, du Secrétariat aux affaires autochtones, de son concours et de sa documentation concernant les droits linguistiques autochtones. [retour au texte]

11 Jacques Maurais, du Conseil de la langue française, Lucien Ottawa, techno-linguiste attikamek de Manouane, Carolyn Palliser, présidente inuit de la Commission scolaire Kativik, Louis-Jacques Dorais, professeur d'ethnolinguistique à l'Université Laval, Diom Romeo Saganash, assistant du grand chef du Grand Conseil des Cris, le professeur Louis-Edmond Hamelin André Bélanger et Jean Bergeron, du Secrétariat aux affaires autochtones, Kenneth Deer, coordonnateur au Mohawk Nation Office de Kahnawake, Ronald Jacques, chef du conseil de bande micmac de Restigouche, Joseph Guanish, chef du conseil de bande naskapie de Kawawachikamach, Anne-Marie Baraby, conseillère en linguistique à l'IECAM, John Mameanskum, directeur général adjoint de la bande naskapie du Québec à Kawawachikamach, Janice Vicaire, rédactrice de manuels scolaires en micmac, Cindy Isaac, réceptionniste pour la bande micmaque de Restigouche, et Richard Kistabish, correspondant pour les Algonquins. [retour au texte]

12 Nous nous basons ici sur les chiffres dans la contribution de Louis-Jacques Dorais (voir, dans cet ouvrage, chap. II). [retour au texte]

13 La nation montagnaise regroupe, au Québec, 10 199 personnes, mais nous ne disposons d'aucune donnée précise sur le nombre de locuteurs du montagnais. De plus, les communautés présentent des différences marquées quant au degré de rétention de leur langue. Ainsi, aucun habitant de la réserve des Escoumins ne parle montagnais, exception faite d'une ou deux familles originaires d'autres communautés. À Mashteuiatsh, selon une enquête interne menée en 1985, on compte 25% de montagnophones (ce pourcentage exclut les Montagnais qui vivent hors de la réserve). Dans les autres communautés, le montagnais est la langue maternelle et d'usage de 90 % à 95 % des habitants (80 % à Maliotenam). [retour au texte]

14 Les données sur la langue mohawk ne concernent que la réserve de Kahnawake. [retour au texte]

15 Les données se basent sur les enquêtes de Louis-Jacques Dorais (voir, dans cet ouvrage, chap. Il). [retour au texte]

16 Notes de grammaire, lexiques, contes et nouvelles, récits didactiques, ouvrages de référence, manuels de mathématiques et de sciences. [retour au texte]

17 Il n'existe pas encore d'inventaire complet du matériel didactique en langue montagnaise. De plus, une grande partie de ce matériel ne correspond pas au modèle d'orthographe uniformisée adopté récemment. [retour au texte]

18 Comme il était évident que les personnes qui répondraient à l'enquête ne seraient pas, dans leur majorité, des sociologues ou des sociolinguistes et qu'il était impensable pour des raisons financières de mener une réelle étude sociolinguistique sur l'utilisation d'autant de langues, les possibilités de réponses dans le questionnaire ont été simplifiées. Il est en effet vite apparu que la plupart des personnes refuseraient de se prononcer si l'échelle des réponses faisait des distinctions trop fines. Aussi seulement quatre catégories ont été retenues : toujours (c'est-à-dire dans 100 % des cas), souvent (plus de 51%), par fois (50 % et moins), jamais (0 %). Les mesures ainsi obtenues ne sont par conséquent qu'indicatives (J. Maurais). [retour au texte]

19 Cela n'est qu'une estimation de Carolyn Palliser. Louis-Jacques Dorais (1989) donne une image beaucoup plus nuancée : « Les jeunes parents inuit parlent à leurs enfants assez souvent en anglais [...] les jeunes Inuit parlent assez souvent l'anglais ou le français (au Québec) entre eux » (trad. libre). [retour au texte]

20 « Les Jeunes parents parlent assez souvent l'anglais entre eux, ou changent de code en plein milieu d'une phrase [...] Il se peut que le sujet de conversation soit en cause, la répartition fonctionnelle du discours diglossique n'ayant pas encore été étudiée » (Dorais, 1989 : trad. libre). [retour au texte]

21 Ce pourcentage est près de 100% dans les communautés de la Basse-Côte-Nord. [retour au texte]

22 À l'exception de Mashteuiatsh et des Escoumins, près de 90 % dans la plupart des communautés, où plusieurs personnes âgées sont unilingues montagnaises ou n'ont qu'une connaissance minimale du français. [retour au texte]

23 « Les Jeunes parents parlent assez souvent l'anglais entre eux, ou changent de code en plein milieu d'une phrase [...] Il se peut que le sujet de conversation soit en cause, la répartition fonctionnelle du discours diglossique n'ayant pas encore été étudiée » (Dorais, 1989 : trad. libre). [retour au texte]

24 Cependant, les petits-enfants ont de la difficulté à maintenir une conversation avec les grands-parents. Ils se limitent à l'essentiel, la salutation ou l'indication de ce qu'ils vont faire. Les enfants ne répondent que rarement quand les grands-parents les interrogent. Les mots pour communiquer dans leur langue leur manquent depuis l'entrée à l'école. [retour au texte]

25 Nous avons observé quelques cas, rares au Québec mais fréquents dans les Territoires du Nord-Ouest, où les petits-enfants ne pouvaient qu'acquiescer en inuktitut et s'adressaient à leurs grands-parents en anglais. [retour au texte]

26 Seulement au Grand-Lac-Victoria et au Lac-Rapide, jamais ailleurs. [retour au texte]

27 Le correspondant algonquin remarque : « La langue algonquine n'est pas une langue écrite, c'est une langue orale. Par ce fait, la normalisation de l'écriture est un sujet de discorde parmi les intervenants professionnels ou non. » [retour au texte]

28 Il existe un lexique préliminaire, mais plusieurs désaccords subsistent quant à l'orthographe. [retour au texte]

29 Il existe un lexique préliminaire, mais quelques désaccords subsistent quant à l'orthographe. [retour au texte]

30 Seuls les manuels scolaires et certains manuels religieux. [retour au texte]

31 La traduction préliminaire de documents juridiques. [retour au texte]

32 Adasokan; Matinimatik. [retour au texte]

33 Pour tout l'Arctique canadien, Louis-Jacques Dorais estime qu'il existe 36 périodiques bilingues. [retour au texte]

34 Tepatshimun, publié par le Conseil attikamek-montagnais (français et montagnais) et Rencontre, publié par le Secrétariat aux affaires autochtones avec encart traduit pour les abonnés montagnais. [retour au texte]

35 Naskapi Tapachimoon (naskapi et anglais). [retour au texte]

36 Le réseau de la SOCAM (Société de communication attikamek-montagnaise) diffuse en montagnais de 20 à 25 heures par semaine dans tout le réseau des radios communautaires; ce nombre peut augmenter lors d'événements spéciaux (colloques, rencontres, festivals, etc.). La plupart des communautés montagnaises ont leur propre radio communautaire qui diffuse aussi en montagnais : le nombre d'heures de diffusion de ces radios varie d'une communauté à l'autre. [retour au texte]

37 On peut louer des vidéocassettes enregistrées dans la langue algonquine. [retour au texte]

38 Il ne faut pas imaginer pour autant qu'il y ait une « langue primitive », à moins que ce ne soit la nôtre. Par exemple, la véracité d'un énoncé, en inuktitut, se mesure selon les circonstances impliquées dans le style de la formation du mot. En français, on approche la précision ordinaire de la langue inuit uniquement dans les textes juridiques ou philosophiques. [retour au texte]

39 Aujourd'hui l'Assemblée des premières nations. [retour au texte]

40 Grâce à un protocole d'entente avec l'IECAM (Institut éducatif a culturel attikamek-montagnais), l'Université du Québec à Chicoutimi offre en outre des certificats en gestion des bandes, en intervention communautaire, en animation scolaire et des programmes courts en toxicomanie, en santé et en langue montagnaise écrite. [retour au texte]

41 Le terme aménagement n'est pas un euphémisme pour « planification » ou « normalisation linguistique », mais c'est un terme utilisé par l'Office de la langue française et qui résulte de la recherche, de la suggestion et surtout de la rétroaction par rapport à l'usage. Grâce à l'Office, Gisterm, le centre terminologique de l'Université Laval, a adopté une stratégie de mise en oeuvre qui requiert l'approbation des locuteurs. Cette contribution à la praxiologie linguistique peut sembler modeste, mais son succès est tel qu'elle a été adoptée par l'Office de terminologie du ministère de l'Éducation du Rwanda, qui vise à faire du kinyirwanda l'acrolecte scientifique du pays. [retour au texte]







haut