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Conscience linguistique des jeunes québécois - Tome III

Conscience linguistique des jeunes Québécois

Le fait français vécu par des
élèves étudiant en anglais en
4e et 5e secondaire et en lre et
2e collégial

TOME III






par

Uli Locher
Université McGill

avec la collaboration de
Mélanie Lange
Université McGill


et
Pierre Georgeault
Conseil de la langue française






Table des matières



PRÉSENTATION

INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER : PROBLÉMATIQUE ET MÉTHODOLOGIE

1.1. Problématique
1.2. Méthodologie
1.2.1. L'échantillonnage
1.2.2. Contenu du questionnaire
1.2.3. Cueillette des données
1.2.4. Représentativité de l'échantillon

CHAPITRE II : DESCRIPTION DE L'ÉCHANTILLON

2.1. Région et niveau scolaire
2.2. Âge, sexe et langue maternelle
2.3. Scolarité et occupation des parents
2.4. Migration et origines nationales
2.5. Conclusion

CHAPITRE III : ATTRIBUTS LINGUISTIQUES ET COMPÉTENCE EN FRANÇAIS

3.1. La langue maternelle
3.2. La langue d'usage
3.3. Compétence linguistique en français
3.4. Déterminants de la compétence en français
3.5. Pourquoi perfectionner son français?
3.6. Conclusion

CHAPITRE IV : UTILISATION DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS DANS LES ACTIVITÉS CULTURELLES

4.1. Radio et télévision
4.1.1. Les heures d'écoute
4.1.2. L'écoute des émissions anglaises et françaises
4.1.3. Choix linguistique et type d'émission
4.2. La presse écrite
4.3. Les autres activités culturelles
4.4. Variations selon les régions d'enquête
4.5. Variations selon le niveau scolaire
4.6. Conclusion

CHAPITRE V : CONTACTS AVEC LE QUÉBEC FRANÇAIS

5.1. Le milieu parental
5.2. L'école, le travail et les amis
5.3. Conclusion

CHAPITRE VI : CONNAISSANCE DE LA LÉGISLATION LINGUISTIQUE

6.1. Connaissance de la législation linguistique et langue maternelle
6.2. Autres déterminants de la connaissance de la législation linguistique
6.3. Auto-évaluation de la connaissance de la législation linguistique
6.4. Conclusion

CHAPITRE VII : ATTITUDES ENVERS LE QUÉBEC FRANÇAIS

7.1. L'image des francophones
7.2. Déterminants de l'image des francophones
7.3. Connaissance de la culture du Québec français
7.4. La francisation
7.5. Conclusion

CHAPITRE VIII : CONTACTS ET ATTITUDES ENVERS LES FRANCOPHONES

8.1. Hypothèses de travail
8.2. Analyse des hypothèses
8.3. Conclusion

CHAPITRE IX : LES INTENTIONS DE QUITTER LE QUÉBEC

9.1. Hypothèses de travail
9.2. Analyse des hypothèses
9.3. Qui veut quitter le Québec?
9.4. Conclusion

CONCLUSION

ANNEXE I : INDICES DÉVELOPPÉS POUR L'ÉTUDE SUR LA CONSCIENCE LINGUISTIQUE

ANNEXE II : TABLEAUX NON COMPRIS DANS LE TEXTE

ANNEXE III : LE QUESTIONNAIRE

BIBLIOGRAPHIE






Liste des tableaux



CHAPITRE II :
II.1 :

L'échantillon des étudiants selon la région, le niveau scolaire et l'institution

II.2 :

Distribution de l'échantillon selon l'âge, le sexe et le niveau scolaire

II.3 :

Distribution de l'échantillon selon le niveau scolaire et la langue maternelle

II.4 :

Années de scolarité des parents

II.5 :

Catégorie socioprofessionnelle des parents

II.6 :

Enracinement au Canada et origines nationales

II.7 :

Grands groupes ethnolinguistiques


CHAPITRE III :
III.1 :

Langue maternelle des étudiants et de leurs parents

III.2 :

Langue maternelle de l'élève selon la langue maternelle française ou anglaise des parents

III.3 :

Langue maternelle et langue d'usage

III.4 :

Connaissance de la langue française selon la langue maternelle (valeurs moyennes)

III.5 :

Compétence en français selon le niveau scolaire et la langue maternelle

III.6 :

Compétence moyenne en français selon la langue maternelle et le niveau scolaire

III.7 :

Importance du perfectionnement de la maîtrise du français et de l'anglais selon le niveau scolaire

III.8 :

Importance du perfectionnement de la maîtrise du français selon la compétence dans cette même langue

III.9 :

Importance des raisons à vouloir perfectionner sa maîtrise du français

III.10 :

Motivations à perfectionner sa maîtrise du français selon le niveau scolaire

III.11 :

Motivations à perfectionner sa maîtrise du français selon la langue maternelle


CHAPITRE IV :
IV.1 :

Moyennes d'heures par semaine consacrées à l'écoute de la radio et de la télévision selon la région d'enquête

IV.2 :

Moyennes d'heures par semaine consacrées à l'écoute de la radio et de la télévision selon la langue des émissions et les régions d'enquête

IV.3 :

Proportion du temps d'écoute de la radio en langue française, selon la langue maternelle

IV.4 :

Proportion du temps d'écoute de la télévision en langue française, selon la langue maternelle

IV.5 :

Proportion moyenne du temps d'écoute de la radio en langue française selon la région d'enquête et la langue maternelle

IV.6 :

Pourcentage des étudiants regardant certaines émissions de télévision seulement en anglais, selon la langue maternelle

IV.7 :

Moyennes d'heures consacrées à la lecture de journaux et de revues, selon la langue de publication, la langue maternelle et la région d'enquête

IV.8 :

Proportion moyenne du temps de lecture de journaux et de revues réservé aux publications françaises, selon la région d'enquête et la langue maternelle

IV.9 :

Pourcentage d'étudiants qui lisent les journaux et les revues uniquement en anglais, selon la langue maternelle et la région d'enquête

IV.10 :

Pourcentage de participation à certaines activités culturelles uniquement ou surtout en anglais, selon la langue maternelle

IV.11 :

Moyennes d'utilisation du français dans les activités culturelles selon la région d'enquête, la langue maternelle et la compétence en français

IV.12 :

Utilisation forte du français et de l'anglais dans les médias selon le niveau scolaire et la langue maternelle


CHAPITRE V :
V.1 :

Composition linguistique du milieu de résidence

V.2 :

Amis francophones des parents

V.3 :

Contacts français par le milieu parental

V.4 :

Contacts avec le milieu francophone selon le niveau scolaire

V.5 :

Langue utilisée avec les amis francophones, selon la langue maternelle

V.6 :

Contacts des non-francophones avec le milieu francophone, selon le niveau scolaire


CHAPITRE VI :
VI.1 :

Pourcentage de bonnes réponses aux questions sur la législation linguistique, selon la langue maternelle

VI.2 :

Corrélations entre connaissance de la législation linguistique, contacts français et niveau scolaire

VI.3 :

Valeurs moyennes de l'indice de la connaissance de la législation linguistique, selon la région d'enquête et le niveau scolaire

VI.4 :

Auto-évaluation de la connaissance de la situation linguistique au Québec selon la langue maternelle

VI.5 :

Corrélations entre auto-évaluation et évaluation objective de la connaissance selon le niveau scolaire


CHAPITRE VII :
VII.1 :

L'image des francophones par les non-francophones

VII.2 :

Identifications correctes d'un journal et de cinq personnalités québécoises, selon la langue maternelle

VII.3 :

Perception du changement linguistique (% d'accord)

VII.4 :

Attitudes face au changement linguistique, selon la langue maternelle (% de désaccord)

VII.5 :

Perception de menace à l'égard de l'anglais, selon la langue maternelle (% d'accord)

VII.6 :

Distribution de fréquences de trois indices d'attitudes envers le changement linguistique


CHAPITRE VIII :
VIII.1 :

Corrélations entre indices de contact et d'attitudes



CHAPITRE IX :
IX.1 :

Projets concernant les trois prochaines années

IX.2 :

Intentions de réaliser les projets au Québec

IX.3 :

Pourcentage des répondants ayant l'intention de quitter le Québec, selon la langue maternelle et les projets pour les trois années à venir

IX.4 :

Intentions des anglophones et des allophones de quitter le Québec selon leur maîtrise du français

IX.5 :

Intentions des anglophones et des allophones de quitter le Québec selon leurs contacts avec le milieu francophone

IX.6 :

Étudiants projetant de se trouver un emploi, selon la région d'enquête et les intentions de quitter le Québec

IX.7 :

Les chances des groupes linguistiques majeurs sur le marché du travail du Québec : opinion des étudiants anglophones et allophones, et des étudiants francophones






Liste des graphiques



CHAPITRE III :
III.1 :

Compétence en français selon la langue maternelle valeur moyenne de compétence


CHAPITRE IV :
IV.1 :

Moyennes d'utilisation du français dans les activités culturelles selon la région d'enquête et la langue maternelle

IV.2 :

Utilisation du français dans les activités culturelles par les étudiants anglophones selon la région d'enquête et la compétence en français


CHAPITRE V :
V.1 :

Contacts des non-francophones avec le milieu francophone selon le niveau scolaire



CHAPITRE IX :
IX.1 :

Intentions des anglophones et des allophones de quitter le Québec selon leur maîtrise du français

IX.2 :

Intentions des anglophones et des allophones de quitter le Québec selon leurs contacts avec le milieu francophone






Présentation



Le fait français vécu par des élèves étudiant en anglais en 4e et 5e secondaire et en 1re et 2e collégial, constitue le sous-titre du troisième tome de la vaste étude entreprise par la Direction des études et recherches du Conseil de la langue française sur la conscience linguistique des jeunes Québécois. Ce rapport s'inscrit dans une suite d'enquêtes de type sociologique que le Conseil mène depuis cinq ans afin de mesurer le plus objectivement possible la situation linguistique québécoise. À ce jour, le Conseil a publié des études sur les thèmes suivants : l'évolution sociodémographique des anglophones habitant hors de la région de Montréal, le point de vue de la clientèle sur l'utilisation du français dans les commerces et les services publics, l'usage des médias francophones par les Québécois, la conscience linguistique des jeunes Québécois étudiant dans des écoles ou collèges francophones.

L'aménagement linguistique entrepris par le Québec depuis près de 20 ans a eu, à n'en pas douter, des répercussions sur les comportements et les attitudes de toutes les couches de la population, tant francophone qu'anglophone et allophone. On ne peut ignorer ces phénomènes sociaux si l'on désire, d'une part, accroître notre connaissance des groupes linguistiques en présence et, d'autre part, porter à l'égard de l'évolution de la situation linguistique québécoise des jugements sûrs.

C'est dans ce contexte que se situe l'étude commandée au professeur Locher. Élaborée à partir d'un sondage réalisé auprès de plus de 3 600 jeunes, cette recherche permet de connaître les attitudes et les opinions des étudiants non francophones envers la politique linguistique québécoise, les francophones et le Québec français; de saisir le niveau de connaissance du français que disent avoir ces jeunes; de mesurer leur comportement quant à la consommation des biens culturels français; d'évaluer les représentations qu'ils se font de leur place dans le Québec ainsi que du présent et de l'avenir linguistique de la société québécoise. Les conclusions de cette recherche rendent compte à nouveau de l'importance de l'école dans le processus d'intégration sociale. Ici, cependant, il semble bien que pour l'intégration de ces jeunes la majorité francophone joue un rôle négligeable. Ne serait-ce pas un défi à relever que de promouvoir une école anglaise qui, sans négliger son identité culturelle anglo-saxonne, accorde une place plus importante au fait français québécois?

Ce troisième tome ne termine pas la recherche entreprise sur ce sujet. Il livre toutefois des résultats significatifs et force notre réflexion. Le quatrième tome qui suivra tentera de comparer les résultats obtenus dans les deux enquêtes.

Le mérite de ce travail revient aux chercheurs qui y ont apporté un intérêt soutenu : Uli Locher, du Département de sociologie de l'Université McGill, a brillamment relevé le défi que nous lui avions présenté, bien secondé par Mélanie Lange de la même institution et Pierre Georgeault, agent de recherche au Conseil de la langue française. Édith Bédard et Daniel Monnier, initiateurs du projet et auteurs du tome I, ont également fourni une contribution appréciable à la réalisation de ce deuxième volet de l'étude sur la conscience linguistique des jeunes Québécois.

Michel AMYOT, directeur
Direction des études
et recherches




Introduction



Les enquêtes sur la conscience linguistique des jeunes Québécois

Deux enquêtes sur la conscience linguistique des jeunes Québécois furent réalisées, en 1978 et 1979, par le Conseil de la langue française. La première touchait près de 3 600 étudiants, répartis dans douze institutions de niveaux secondaire et collégial donnant leur enseignement en français, et ses résultats ont été récemment publiés en deux tomes par le Conseil1. La deuxième visait les jeunes Québécois qui étudient en anglais. Les résultats, compilés à partir des 3 659 questionnaires, sont présentés ici et un prochain rapport comparera les résultats obtenus auprès des deux échantillons.

L'objectif général de ces enquêtes est de connaître la compétence, les habitudes linguistiques, la consommation de biens culturels, le type d'intégration sociale et la perception de la situation linguistique des jeunes au Québec.

Le fait que deux enquêtes furent menées parallèlement dans des institutions qui donnent leur enseignement en français et en anglais nous permet de comparer les représentations et les comportements linguistiques d'au moins quatre groupes distincts de jeunes Québécois, c'est-à-dire les anglophones, les francophones et les allophones effectuant leurs études dans le secteur anglais, ainsi que les francophones du secteur français. Les anglophones et les allophones du secteur français devront faire l'objet d'autres études puisqu'ils étaient relativement trop peu nombreux, en 1979, et dans le secteur français du système scolaire et dans l'échantillon de notre étude.

Ces études, publiées sous le titre global « Conscience linguistique des jeunes Québécois », s'insèrent dans la grande série d'enquêtes sociolinguistiques traitant de l'évolution du français au Québec. Ce qui les distingue cependant d'autres efforts tels que ceux de la Commission Parent (1963) et de la Commission Gendron (1972) est que, dans le cas présent, l'analyse de la réalité est nettement séparée des recommandations politiques. Notre tâche s'est limitée à la documentation et à l'analyse, ce qui nous permet de faire un tour d'horizon avec plus de liberté et de suivre des voies d'exploration sans constamment devoir viser des solutions politiques. Nos analyses seront donc sociologiques. Quant au défi politique qu'elles soulèvent, il appartiendra à ceux dont la politique est le métier de le relever.




1 Édith Bédard et Daniel Monnier, CONSCIENCE LINGUISTIQUE DES JEUNES QUÉBÉCOIS, Tome I : Influence de l'environnement linguistique chez les élèves francophones de niveau secondaire IV et V, Conseil de la langue française, Dossier n° 9, 1981, 165 p.; Pierre Georgeault, CONSCIENCE LINGUISTIQUE DES JEUNES QUÉBÉCOIS, Tome II : Influence de l'environnement linguistique chez les étudiants francophones de niveau collégial I et II, Conseil de la langue française, Dossier n° 10, 1981, 160 p. [retour au texte]




Organisation des analyses


Cette étude présente un certain nombre de problèmes touchant à la fois les étudiants, les éducateurs et la population du Québec en général. Nous avons dû procéder de façon éclectique et opportune, favorisant les thèmes qui soulèvent à la fois un certain intérêt dans les débats publics et qui se sont avérés insérables dans des questionnaires auto-administrés par des jeunes. Nous abordons parfois des thèmes qui ne sont pas très largement répandus dans la littérature scientifique, tels que celui du contact entre les groupes linguistiques. D'autre part, nous traiterons aussi d'un thème déjà bien connu et étudié ailleurs et que nous soulevons encore une fois, tout simplement en raison de son intérêt dans une situation en évolution rapide : celui de la « menace » que constituerait le progrès du français pour l'anglais et vice versa.

Le chapitre premier rappelle la problématique et présente la méthodologie utilisée.

Le deuxième chapitre décrit l'échantillon surtout en insistant sur l'âge, le sexe, le niveau scolaire, la langue maternelle, l'origine socio-économique et le degré d'enracinement au Québec. Un des résultats importants de ce chapitre est que les étudiants d'origine britannique (par les deux parents) ne constituent qu'un cinquième (1/5) de notre échantillon.

Le troisième chapitre traite de la compétence en français et de la langue d'usage. Nous y soulevons aussi la question du perfectionnement et de la maîtrise de la langue française.

Le quatrième chapitre est consacré à l'utilisation de l'anglais et du français dans les activités culturelles. Nous noterons évidemment une forte dominance de l'anglais, mais aussi des résultats surprenants au sujet des régions d'enquête.

Dans le cinquième chapitre, notre regard portera sur les contacts entre les étudiants anglophones et allophones d'une part, et le Québec français d'autre part. Ces échanges, dans leur ensemble, nous amènent à penser que le fameux tableau des « deux solitudes » aurait peut-être besoin de quelques réajustements.

Le sixième chapitre touche à la dimension « connaissance » de la conscience linguistique et, plus spécifiquement, à la connaissance de la législation linguistique. Puisque la Loi 101 a bouleversé les non-francophones, on doit se demander jusqu'à quel degré ils sont informés de son contenu.

Le septième chapitre analyse les attitudes envers le Québec français. Nous essaierons d'isoler certains déterminants des stéréotypes du Québécois qui circulent en milieu anglophone. Nous nous pencherons également sur les attitudes face au progrès de la francisation et sur les connaissances de la culture du Québec français, de façon à constituer une image d'ensemble des attitudes des jeunes qui étudient en anglais envers la population, la culture et la politique d'un Québec francophone dont ils font partie.

Le huitième chapitre explore l'hypothèse selon laquelle les attitudes deviendraient plus favorables si le contact avec les francophones était stimulé.

Le neuvième chapitre découle de la frustration de certains étudiants et traite des intentions de quitter le Québec. S'agit-il d'un mouvement d'exode généralisé et, le cas échéant, qui veut s'en aller?

Enfin, la conclusion évoquera de nouveau la problématique de l'étude, fera le point sur ses limites et rappellera les grandes tendances observées.






CHAPITRE PREMIER

Problématique et
méthodologie






Dans ce chapitre, nous esquissons la problématique qui sous-tend cette enquête et nous présentons la méthodologie définie et utilisée pour atteindre les objectifs propres à cette étude, notamment l'échantillonnage, le contenu du questionnaire, la cueillette des données et la représentativité de l'échantillon.

1.1. Problématique

La conscience linguistique contient trois éléments-clefs : connaissances, attitudes et comportements en matière linguistique1.

Les connaissances linguistiques comprennent des informations sur la situation linguistique. Un étudiant bien conscient de sa situation linguistique devrait connaître l'histoire de son groupe et son importance par rapport aux autres, ainsi que les personnalités et les faits saillants qui expriment et influencent l'évolution de la situation linguistique.

Le deuxième élément, les attitudes, est le produit de « la capacité de porter des jugements sur la situation linguistique2 ». Nous faisons ici référence à toutes les expressions concrètes des valeurs que manifestent les étudiants : intérêts, attentes, motivations, opinions et espoirs.

Enfin, la conscience linguistique compte aussi un volet comportement. Plus précisément, il s'agit ici de l'usage que font les étudiants de leur langue et d'autres langues dans le quotidien. En marge de cette définition de la conscience linguistique nous trouverons donc, par nécessité, le contact avec d'autres groupes linguistiques; ce contact ne se limite d'ailleurs pas au seul aspect linguistique — la langue de communication choisie —, mais s'étend aussi à l'aspect social, voire physique.

La conscience linguistique est un produit social, tout comme la langue elle-même ne peut être autre chose qu'un produit social. Les manières de s'exprimer, d'agir et de s'identifier font partie de l'héritage commun d'un peuple. Une conscience linguistique forte contient donc toujours un élément d'identification sociale et, de ce fait même, une certaine distanciation vis-à-vis des autres. Ce que nous sommes, nous l'apprenons de nos parents, de notre communauté, de notre milieu. En verbalisant ce que nous pensons être, nous renforçons en même temps l'identification à la collectivité. La conscience linguistique agit donc comme un véhicule d'intégration sociale.




1 Cet aspect de la problématique est présenté plus en détail par Édith Bédard et Daniel Monnier (1981) et par Pierre Georgeault (1981). [retour au texte]

2 E. Bédard et D. Monnier, Conscience linguistique des jeunes Québébois [...] , 1981, p. 22. [retour au texte]




C'est précisément à ce moment que surgissent les problèmes. Que se passe-t-il dans les situations suivantes :
  • si la société n'est pas homogène au point de vue linguistique?

  • si les relations entre les forces politiques et économiques freinent le libre choix dans l'orientation et l'expression linguistique?

  • si la tradition de l'héritage culturel collectif se heurte au changement rapide des structures qui étaient les éléments porteurs et garants de l'héritage?

  • si le choix de parler dans sa propre langue peut être perçu comme un acte d'hostilité par la société à laquelle on appartient?

Il est évident que ces situations font partie du quotidien dans une grande partie du Québec. C'est de cette réalité tourmentée et conflictuelle que découle l'intérêt d'étudier la conscience linguistique. La majorité des jeunes Québécois dans notre échantillon sont anglophones, mais il y a aussi de fortes minorités francophones et allophones. La majorité vit dans des régions mixtes du point de vue linguistique, comme Montréal, Hull et les Cantons-de-l'Est. Ils ne constituent ni une collectivité culturellement intégrée, ni un peuple historiquement parlant. Ce qu'ils ont en commun, c'est qu'ils fréquentent les institutions anglaises que l'on reconnaît comme des agents d'assimilation linguistique de premier ordre.

Quels sont les déterminants et les expressions de la conscience linguistique auprès de ce groupe hétérogène de jeunes qui participent, bon gré mal gré, aux luttes et aux querelles linguistiques au Québec, à un moment où les réalités culturelles et politiques évoluent rapidement? Ces étudiants sont-ils de simples produits de leur milieu linguistique d'origine ou font-ils valoir leurs qualités et leurs expériences distinctes?

Nous élaborerons des hypothèses tout au long de l'étude, mais il est d'ores et déjà assez clair que la tension entre l'individuel et le social, entre le « moi » et le « nous » dans l'identification linguistique devra refaire surface à maintes reprises. C'est peut-être là l'aspect le plus important de la conscience linguistique : elle ne peut exister que dans l'espace social, dans le bonheur et les querelles, dans le préjugé et l'amour, dans la loyauté et la perfidie du vécu quotidien. Les étudiants qui nous révèlent une partie de leurs connaissances, de leurs attitudes et de leurs comportements sont donc les témoins des grands remous qui secouent notre société.

1.2. Méthodologie

1.2.1. L'échantillonnage

Une des préoccupations principales de l'étude étant de déterminer l'influence du milieu linguistique sur la conscience linguistique, la Direction des études et recherches du Conseil de la langue française a essayé d'isoler des clientèles types vivant dans des contextes linguistiques différents plutôt que de constituer un échantillon représentatif des jeunes Québécois effectuant leurs études en anglais. Il a donc identifié 17 institutions scolaires dont la clientèle présenterait probablement des caractères linguistiques régionaux spécifiques.

Plus précisément, la sélection des milieux linguistiques a été faite à partir des critères suivants :

  • diversité des milieux quant à la composition linguistique de la population (distribution des langues maternelles selon le recensement de 1971). À Montréal, on a en plus cherché trois subdivisions représentant une proportion importante de francophones, d'anglophones et d'allophones. Hull fut choisi à cause de sa proximité de la frontière linguistique; Québec, Gaspé, les Cantons-de-l'Est représentent les autres régions où l'on retrouve des concentrations diverses d'anglophones.

  • homogénéité du niveau socio-économique des cinq milieux (médiane du revenu des ménages selon le recensement de 1971). On voulait ainsi éliminer l'influence des variations selon le statut économique et rendre les milieux comparables.

  • dispersion sur le territoire du Québec. On recherchait, à la fois, des régions centrales et marginales du point de vue géographique; de plus, on voulait sélectionner des milieux, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de la région métropolitaine de Montréal.

  • présence dans le milieu d'enquête d'au moins un collège d'enseignement général et professionnel ainsi que d'une école secondaire polyvalente. Notons que cet objectif a été atteint partout, sauf dans les Cantons-de-l'Est.

  • taille de la clientèle. Les institutions choisies doivent permettre d'interviewer au moins 300 étudiants. En ce qui a trait à ce critère, on a dû s'astreindre à certains compromis, soit à cause de la petite taille des seules institutions existantes (par exemple à Gaspé), soit à cause d'un manque de coopération des autorités scolaires (par exemple au Collège Vanier de Montréal).



Une description des caractéristiques principales de l'échantillon sera donnée dans le deuxième chapitre. Pour ce qui est de la technique d'échantillonnage, nous pouvons dire qu'elle a atteint la plupart des buts énoncés initialement et que nous nous retrouvons, malgré quelques compromis inévitables, avec une banque de données ayant couvert de façon adéquate les milieux sociolinguistiques visés.

1.2.2. Contenu du questionnaire

Le questionnaire se trouve annexé à la présente étude. Ses principales dimensions sont celles de la conscience linguistique, c'est-à-dire : connaissances, comportement et attitudes linguistiques. Évidemment, la construction d'un questionnaire doit suivre les règles de l'entrevue; l'organisation des questions n'est donc pas directement celle de ces trois dimensions. De plus, certaines questions peuvent et doivent jouer un rôle pluridimensionnel. Ce qui suit n'est qu'une classification assez générale puisque le traitement des questions individuelles sera expliqué au cours de leur analyse.

A. CONNAISSANCES

Quel est le degré d'information des étudiants qui fréquentent les écoles anglaises au sujet du statut de la langue française au Québec et au Canada? Connaissent-ils des aspects essentiels de la culture du Québec français? De telles connaissances sont évaluées dans les questions 41 et 44-45.

Quant aux connaissances du français, de l'anglais, de la langue maternelle et aux problèmes liés à l'apprentissage et à l'enseignement de ces langues, on les trouvera traités dans les questions 14-25, 28-31, 89 et 92-95.

B. COMPORTEMENT

Combien de temps les jeunes consacrent-ils aux activités culturelles en anglais et en français? Dans quelle proportion écoutent-ils en français des émissions de télévision, de radio ou des spectacles musicaux, etc.? Lisent-ils des livres, des journaux et des revues dans les deux langues ou seulement dans leur langue maternelle? Les questions 70-77 et 96-97 couvrent cette dimension.

Il existe un autre aspect du comportement linguistique qui implique non pas une activité culturelle, mais plutôt une activité sociale (on ne peut évidemment pas les séparer nettement). Les contacts avec leurs amis se font-ils en français ou en anglais? Les étudiants des institutions anglaises ont-ils déjà suivi des cours en français? On trouvera ces aspects du comportement linguistique dans les questions 8-13, 26-27 et 82-88.

C. ATTITUDES

Dans les questions 37-39, 43, 78 et 79, le questionnaire couvre un très grand nombre (33, précisément) d'attitudes relatives au statut et à l'avenir du français au Québec. Certaines de ces interrogations s'ajoutent à celles évaluant les connaissances, par exemple en ce qui touche le marché du travail. Le thème de base est toujours le même : la francisation fait-elle des progrès au Québec — et qu'en pensez-vous?

Un deuxième volet des attitudes porte sur les relations entre les groupes linguistiques; les questions 40, 42, 80, 90 et 91 cherchent à identifier ces attitudes. Les étudiants se perçoivent-ils plutôt comme des Canadiens ou comme des Québécois? Pensent-ils que les médias rapportent de façon déformée ce qui se passe au Québec? Pensent-ils que les francophones sont jaloux du succès des anglophones? On aura donc ici la perception propre du groupe et celle de l'autre groupe, au moyen de lunettes de couleur. Cette perception favorisera-t-elle nécessairement le groupe propre? Des études antérieures ont parfois prouvé le contraire.

D. CARACTÉRISTIQUES DES INFORMATEURS

Comme dans toutes les enquêtes, un certain nombre de questions est réservé à ce qu'on appelle parfois les « variables de base ». On trouvera ici des variables sociodémographiques ainsi que l'information sur le milieu sociolinguistique dans lequel évoluent les étudiants. Les questions 1-7, 32-36, 56-69 et 81 couvrent ces aspects.

Dans son ensemble, le questionnaire contient beaucoup plus de questions que la numérotation (de 1 à 97) ne nous le laisserait croire, puisque certaines questions sont composées de plusieurs items. Il aurait été impossible d'analyser à fond tous les résultats dans ce rapport. Nous avons plutôt été amenés à sélectionner certaines questions et à en omettre d'autres, afin de pouvoir mettre l'accent sur les principaux points d'intérêt de l'étude. Nous avons aussi décidé de regrouper un certain nombre de questions en indices pour fondre les résultats sans pour autant nous perdre dans un nombre démesuré de variables dépendantes. Le lecteur intéressé trouvera en annexe les renseignements particuliers à ces indices.

1.2.3. Cueillette des données

Le Centre de sondage de l'Université de Montréal a effectué la cueillette des données entre septembre et novembre 1979 dans dix écoles secondaires (4e et 5e année) et six collèges; un septième collège fut touché plus tard. Les classes servaient de milieu physique d'entrevue; le Centre y a distribué les questionnaires qui devaient être auto-administrés.

La longueur du questionnaire a parfois posé un problème. Plus de 4 000 questionnaires furent distribués, mais le Centre a dû en rejeter près de 500 parce qu'on avait partiellement ou incorrectement répondu. Ce nombre s'explique par la différence entre le temps nécessaire pour répondre au questionnaire et le temps alloué pour une période de cours. On peut supposer que, dans la mesure où un étudiant avait des difficultés linguistiques, il aurait aussi eu du mal à terminer à temps. Il faut cependant ajouter que le problème est général dans l'administration des questionnaires lorsque l'on doit faire face à de telles contraintes et que la proportion des questionnaires utilisables (88 %) est toujours fort acceptable.

1.2.4. Représentativité de l'échantillon

Les cinq régions d'enquête choisies représentent des types de milieux sociolinguistiques. Le choix des institutions à l'intérieur de chaque région a de nouveau visé des populations dotées de caractéristiques très spécifiques. Nous nous retrouvons donc avec 3 676 étudiants qui regroupent de façon déterminée certains secteurs de la clientèle des institutions anglaises, sans pour autant constituer un échantillon statistiquement représentatif de cette clientèle.

L'échantillonnage rend donc possible une analyse approfondie des facteurs qui peuvent influencer les attitudes linguistiques, individuellement autant qu'en groupes. Il sera possible de vérifier des hypothèses déjà connues ou nouvelles et de comparer nos résultats à ceux d'autres études sociolinguistiques. Puisque l'échantillonnage est relativement grand et couvre des milieux sociaux et linguistiques très variés, nous pouvons même introduire des variables-contrôles absentes dans des études plus restreintes.

Cela étant dit, nous tenons aussi à faire une mise au point à propos de la représentativité des résultats. L'échantillon n'est ni représentatif de la population anglophone et allophone en soi, ni de la population étudiant dans les institutions anglophones. Une telle représentativité n'a pas été visée par l'échantillonnage et elle ne pourrait être atteinte par pondération de l'échantillon.

Notre analyse ne se veut donc pas une description généralisée de la jeunesse dans les institutions anglophones. Elle essaie, par contre, de mettre en valeur les attributs et les facteurs qui influencent certaines caractéristiques de cette jeunesse. Leurs comportements, leurs attitudes et leurs motivations ne se forment pas dans le vide, mais dans le contexte de la dualité linguistique et de la stratification sociale qui sont à la base de la société québécoise.








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