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Les jeunes et la langue - Tome I

Les jeunes
et la langue

tome I

Usages et attitudes
linguistiques des jeunes qui
étudient en français
(de la 4e année du secondaire
à la fin du collégial)

Uli Locher






Cette publication a été réalisée par
le Conseil de la langue française.
Cette édition a été produite par
Les Publications du Québec
1279, boul. Charest Ouest
Québec (Québec)
GIN 4K7


Sociologue d'origine suisse et professeur agrégé à l'Université McGill, Uli Locher est titulaire d'un doctorat de l'Université Yale aux États-Unis. Ses intérêts de recherches couvrent les migrations humaines aux Antilles et au Canada, ainsi que la démographie et les relations entre les groupes linguistiques au Québec. Le Conseil de la langue française a publié plusieurs de ses études portant sur les migrations des anglophones et le comportement linguistique des jeunes au Québec.

Uli Locher a collaboré avec l'Association des jeunes canadiens-français au projet « Vision d'avenir », qui a appliqué à l'échelle canadienne une partie de la problématique de l'étude « Conscience linguistique des jeunes Québécois ». Plus récemment, il a préparé, pour le Conseil exécutif du gouvernement du Québec et pour le Secrétariat d'État du gouvernement canadien, des rapports sur la situation et l'évolution de la minorité anglophone du Québec. Il a régulièrement rendu des services de consultant dans le cadre de l'aide bilatérale américaine et des agences internationales comme la Banque Mondiale.




Présentation


Dans le cadre de sa mission de surveiller l'évolution de la situation linguistique au Québec quant au statut et à la qualité de la langue française, le Conseil a décidé de mettre à jour les enquêtes menées en 1978 et 1979 sur les comportements de participation culturelle des jeunes ainsi que sur leurs opinions à l'égard du français. Ces premières enquêtes avaient porté sur les jeunes qui fréquentaient soit les écoles françaises, soit les écoles anglaises. Les études du professeur Locher apportent un éclairage nouveau aux données que nous possédions déjà, grâce à deux enquêtes menées en 1990 et 1991. La présente publication porte sur les usages et les attitudes linguistiques des élèves des écoles françaises, tandis qu'une publication ultérieure (Dossiers, n° 40) traitera des jeunes qui fréquentent l'école anglophone.

Cette mise à jourpermet de mesurer les changements survenus au cours des douze dernières années. Le constat général qui se dégage de l'étude tend à démontrer que le rôle de l'anglais comme langue de la participation culturelle des jeunes fréquentant l'école française s'est accru. Cet accroissement significatif touche à plusieurs domaines de la participation culturelle. D'aucuns verront cet accroissement avec inquiétude; pour d'autres, il s'agit plutôt d'un signe d'une polyvalence culturelle accrue, voire d'un enrichissement. Ce qui est certain, c'est que l'évaluation du rôle que joue l'anglais dans la participation culturelle des jeunes francophones ne doit pas être isolée de son contexte : d'une part, l'usage de l'anglais s'exerce de concert avec une affirmation incontestable de la culture québécoise d'expression française; d'autre part, l'anglais comme langue de participation culturelle des jeunes doit être examiné tout en tenant compte de l'usage substantiellement accru du français dans les divers domaines de la vie publique.

L'étude du professeur Locher constitue une contribution originale à l'analyse des fonctions des langues dans la société québécoise. Son originalité, ainsi que je l'ai mentionné plus haut, consiste d'abord et avant tout à mettre en lumière l'évolution de l'usage des langues dans la participation culturelle, sujet relativement peu connu. Je tiens à féliciter l'auteur pour son excellent ouvrage et sa contribution aux travaux et réflexions du Conseil.

Le président,
Pierre-Étienne Laporte



Avant-propos


L'objectif premier du présent ouvrage1 est de présenter les données de la deuxième enquête sur la conscience linguistique et d'en tirer des conclusions au sujet des jeunes et de la langue. Nous avons des résultats précis concernant leurs attitudes et leurs comportements en 1990 et nous pouvons les comparer à ceux de 1978. C'est l'avantage d'une étude longitudinale de révéler des tendances et de montrer notre monde culturel pour ce qu'il est : un ensemble d'expressions, d'idées et de relations qui bougent et évoluent. Nous essayons de dégager ce mouvement chez les jeunes et nous tentons de l'interpréter dans un contexte social et linguistique qui, lui-même, change constamment.

Nous nous limitons au strict minimum de développement conceptuel et théorique. Nous réservons l'essentiel du travail analytique, bibliographique et statistique à des publications d'ordre plutôt scolaire. Néanmoins, nous fournissons au début de chaque chapitre quelques références qui permettent au lecteur de se situer par rapport aux débats et de comprendre les répercussions de certaines positions prises par les auteurs d'autres études.

La banque de données constituée à partir de ces deux enquêtes est mise à la disposition des chercheurs qui aimeraient se livrer à des analyses secondaires de ce matériel. Une copie de cette banque peut être obtenue sur demande auprès du Conseil de la langue française. Déjà deux étudiants de maîtrise en exploitent une partie pour leur thèse.

Je tiens à remercier un certain nombre de personnes qui ont apporté une aide indispensable à la réalisation de cette enquête. D'abord les assistants de recherche : Silvia Bellfort, tinette Bouchard, Jean-Pierre Corbeil, Martine Côté, Marie-Thérèse Duquette, Jean-Guy Haché, Raymond Hartong, Janusz Kaczorowski, Andrée Larue, Josée Lavoie et Annie Veilleux. Leur compétence et leur sens des responsabilités sont notre garantie de la qualité des données. Ronald Gravel s'est distingué dans tous les aspects de la logistique du travail empirique. Laure Belleau, Lise Faubert et Marie Pothier ont fait la saisie et la première édition des textes. Les échanges avec Roger Bernard et Steven Rytina ont permis de clarifier un bon nombre de concepts théoriques et statistiques. Mes collègues du Département de sociologie de l'Université McGill ont montré beaucoup de compréhension lorsque la tourmente des grèves dans les cégeps a entraîné des ajustements rapides dans des situations imprévisibles. Le texte a été amélioré grâce aux suggestions de Louise Sylvain et de Daniel Monnier, tous deux du Conseil de la langue française, ainsi que de Gilles Pronovost, de l'Université du Québec à Trois-Rivières. Pierre Georgeault, également du Conseil de la langue française, a suivi le projet avec une bienveillance exemplaire.




1 Les deux tomes de la série « Les jeunes et la langue », qui traitent des usages et des attitudes linguistiques des jeunes à l'égard du français au Québec, s'inscrivent dans la lignée des quatre volumes de la série « Conscience linguistique des jeunes Québécois » (Bédard et Monnier, 1981; Georgeault, 1981; Locher, 1983a et 1983b). [retour au texte]




Enfin, je remercie tous les responsables, les enseignants et les élèves des établissements d'enseignement qui ont participé à cette enquête. Sans eux, notre recherche aurait été impossible et, sans leur dévouement et leur enthousiasme, l'avenir du Québec serait bien plus incertain que le laissent croire nos données.

Uli LOCHER






Table des matières




Présentation
Avant-propos
Liste des tableaux
Chapitre 1
Problématique et méthodologie

Problématique
Cadre général et hypothèses
Méthodologie
Poursuite des études
Milieux d'enquête et échantillonnage
Contenu du questionnaire
Collecte et préparation des données
Représentativité de l'échantillon

Chapitre 2
Milieu social des répondants

Milieu linguistique
Statut socio-économique
Migrations et intentions migratoires
Répondants des établissements privés
Comparaison avec l'échantillon de 1978

Chapitre 3
Attributs et compétences linguistiques

Langue maternelle et langue d'usage
Compétence linguistique en français
Compétence linguistique en anglais
Variations de la compétence linguistique
Résultats dans les établissements privés
Comparaison avec les résultats de 1978

Chapitre 4
Usage du français et de l'anglais
dans les activités culturelles


Radio et télévision
Presse écrite et livres
Autres activités culturelles
Quelques déterminants de la consommation culturelle
en français et en anglais
Tendance depuis 1978

Chapitre 5
Contacts avec le Québec anglophone

Contacts involontaires avec les anglophones
Contacts volontaires avec les anglophones
Déterminants des contacts avec les anglophones
Comparaison avec les résultats de 1978

Chapitre 6
Identification linguistique :
les francophones par rapport
aux autres groupes


Dimensions de l'identification linguistique
Présentation des données
Hypothèses de travail
Analyse des hypothèses
Tendance depuis 1978

Chapitre 7
Connaissances, convictions et
conscience linguistique


Conscience linguistique : problème empirique
Les connaissances, composante de la conscience
linguistique
Présentation des données
Hypothèses de travail
Analyse des hypothèses
Comparaison avec les résultats de 1978

Chapitre 8
Conclusions

Rappel de la problématique
Limites de l'étude
Résumé des grandes tendances

Bibliographie

ANNEXE A Construction des indices

ANNEXE B Tableaux complémentaires

ANNEXE C Questionnaire de 1990




Liste des tableaux




Chapitre 1
1.1 Nombre de répondants selon le milieu d'enquête et la langue maternelle

Chapitre 2
2.1 Langue parlée à la maison selon la région d'enquête
2.2 Langue maternelle des répondants selon la langue maternelle de leurs parents et distribution selon la langue maternelle
2.3 Distribution des répondants selon la classe socio-économique actuelle et la classe envisagée dans dix ans
2.4 Statut socio-économique visé par les répondants par rapport au statut de leurs parents
2.5 Lieu de naissance des répondants et de leurs parents, Montréal et autres régions
2.6 Lieu d'études prévu par les répondants selon la région d'enquête
2.7 Lieu de travail prévu par les répondants selon la région d'enquête
2.8 Pourcentage de répondants qui prévoient quitter le Québec pour les études ou le travail selon certaines caractéristiques
2.9 Comparaison de certaines caractéristiques des répondants selon le statut de l'établissement dans la région d'enquête de Montréal
2.10 Comparaison des échantillons de 1978 et de 1990

Chapitre 3
3.1 Distribution des répondants selon la langue maternelle et la langue d'usage
3.2 Auto-évaluation de la compétence en français selon la langue maternelle
3.3 Auto-évaluation de la compétence en anglais selon la langue maternelle
3.4 Moyennes de compétence linguistique des élèves francophones selon la classe et le sexe
3.5 Moyennes de compétence linguistique des élèves non francophones selon la classe et le sexe
3.6 Moyennes de compétence linguistique selon la langue maternelle et le milieu d'enquête
3.7 Moyennes de compétence linguistique dans la région d'enquête de Montréal selon la langue maternelle et le statut de l'établissement
3.8 Moyennes de compétence linguistique des élèves francophones dans la région d'enquête de Montréal selon le statut de l'établissement et le statut socio-économique des parents
3.9 Moyennes des niveaux de scolarité et professionnel des parents selon le statut de l'établissement et le statut socio-économique (répondants francophones de la région d'enquête de Montréal)
3.10 Langue maternelle et langue d'usage : comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990
3.11 Compétence linguistique selon la langue maternelle comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990

Chapitre 4
4.1 Pourcentage d'élèves écoutant la radio et regardant la télévision uniquement ou surtout en français selon la langue maternelle et la région d'enquête
4.2 Pourcentage d'élèves regardant certaines émissions de télévision uniquement ou surtout en français selon la langue maternelle
4.3 Pourcentage d'élèves lisant uniquement ou surtout en français selon le type de lecture et la langue maternelle
4.4 Pourcentage de participation à certaines activités culturelles uniquement ou surtout en français selon la langue maternelle
4.5 Pourcentage d'élèves francophones pratiquant des activités culturelles uniquement en français selon l'activité et la région d'enquête
4.6 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles selon la langue maternelle et la compétence en anglais
4.7 Moyennes d'usage du français par les élèves francophones dans les activités culturelles selon la région d'enquête et certains attributs individuels
4.8 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles selon la langue maternelle et le statut socio-économique visé
4.9 Usage du français selon la langue maternelle comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990
4.10 Pourcentage d'élèves francophones qui vont au cinéma uniquement ou surtout en français selon la région d'enquête (1978 et 1990)
4.11 Pourcentage d'élèves francophones qui pratiquent certaines activités culturelles uniquement ou surtout en français : comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990
4.12 Pourcentage d'élèves francophones regardant la télévision uniquement ou surtout en français selon l'origine québécoise et la région d'enquête (1978 et 1990)

Chapitre 5
5.1 Pourcentage d'élèves ayant certains types de contacts involontaires avec les anglophones selon la langue maternelle
5.2 Pourcentage d'élèves ayant certains types de contacts volontaires avec des anglophones selon la langue maternelle
5.3 Les amis des allophones : langue maternelle et langue d'usage entre amis à Hull et à Montréal
5.4 Moyennes des contacts avec des anglophones selon la région d'enquête et la langue maternelle
5.5 Moyennes des contacts avec des anglophones chez les élèves francophones et allophones à Hull et à Montréal, selon le sexe, l'ordre d'enseignement, le statut social des parents, le statut de l'établissement et l'origine québécoise
5.6 Pourcentage d'élèves francophones à Hull et à Montréal ayant certains contacts involontaires avec les anglophones : comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990

Chapitre 6
6.1 Identification linguistique des francophones distribution des réponses à six questions, en pourcentages
6.2 Attitudes des francophones quant à la situation de l'anglais au Québec : distribution des réponses à cinq questions, en pourcentages
6.3 Attitudes des francophones au sujet des francophones hors Québec : distribution des réponses à cinq questions, en pourcentages
6.4 Appréciation de l'évolution linguistique au Québec et au Canada : réponses des francophones à sept questions, en pourcentages
6.5 Moyennes d'identification linguistique des francophones selon la région d'enquête, l'origine québécoise et les contacts avec les anglophones
6.6 Moyennes d'identification linguistique des francophones à Hull et à Montréal selon les contacts avec les anglophones et l'origine québécoise
6.7 Moyennes d'identification linguistique des francophones selon la région d'enquête et trois indicateurs de statut social
6.8 Moyennes d'identification linguistique des francophones selon la région d'enquête et l'usage du français dans les activités culturelles
6.9 Identification linguistique des francophones comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990
6.10 Appréciation de l'évolution linguistique par les francophones : comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990

Chapitre 7
7.1 Auto-évaluation du niveau d'information selon la langue maternelle
7.2 Pourcentage de bonnes réponses aux questions sur la connaissance de la situation linguistique selon la langue maternelle
7.3 Corrélations entre le niveau de connaissances et certains de ses déterminants
7.4 Moyennes de connaissances de la situation linguistique selon l'ordre d'enseignement, la qualité de l'enseignement de l'établissement (au collégial) et le niveau de scolarité et le statut socio-économique des parents
7.5 Moyennes de connaissances de la situation linguistique selon l'ordre d'enseignement, la région d'enquête et l'auto-évaluation du degré d'information
7.6 Corrélations et coefficients de fiabilité pour la construction d'un indice de conscience linguistique des francophones
7.7 Élèves francophones selon les indices de comportement linguistique, d'attitudes d'identification, de convictions et de conscience linguistique et la fréquence des contacts avec les anglophones
7.8 Moyennes des composantes de la conscience linguistique des francophones, selon la région d'enquête : comparaison des échantillons ajustés de 1978 et de 1990

Annexe B
B-1 Usage du français et de l'anglais dans les médias (télévision et radio) par les francophones selon la région d'enquête
B-2 Usage du français et de l'anglais dans certaines activités culturelles par les francophones
B-3 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles des francophones selon l'origine québécoise, la région et l'année de l'enquête (échantillons ajustés)
B-4 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles des francophones selon l'âge, la région et l'année de l'enquête (échantillons ajustés)
B-5 Corrélations entre les indices d'identification linguistique et d'usage du français dans les activités culturelles selon les contacts avec les anglophones
B-6 Moyennes des connaissances de la situation linguistique selon la région et l'année de l'enquête (francophones, échantillons ajustés)
B-7 Pourcentage de réponses correctes à quatre questions au sujet de la situation linguistique selon l'année de l'enquête (francophones, échantillons ajustés)
B-8 Coefficients de fiabilité (alpha) des indices de connaissances, de convictions et de conscience linguistique selon les échantillons et l'année de l'enquête
B-9 Distribution des élèves de chaque établissement selon la langue maternelle : effectif complet (1989-1990) et échantillon (1990)
B-10 Pourcentage d'élèves qui prévoient travailler au Québec dans dix ans selon certains déterminants possibles
B-11 Moyennes de compétence linguistique selon le statut socio-économique, le niveau de scolarité des parents et le statut de l'établissement (francophones de la région d'enquête de Montréal)
B-12 Variations de la fiabilité (coefficient alpha) de l'indice de contact selon l'absence de ses composantes
B-13 Moyennes d'identification linguistique des francophones selon les contacts avec les anglophones et l'usage du français dans les activités culturelles
B-14 Validation externe de la relation entre les indices de contact (IN18) et de conscience linguistique (IN28) des francophones
B-15 Pourcentage de réponses correctes au sujet de la situation linguistique selon l'ordre d'enseignement, le niveau de scolarité et le statut socio-économique des parents
B-16 Pourcentage de réponses correctes au sujet de la situation linguistique selon l'ordre d'enseignement et la région d'enquête
B-17 Distribution de l'échantillon selon le sexe et l'âge
B-18 Moyennes d'usage du français dans certaines activités culturelles selon le sexe et l'âge
B-19 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles selon le sexe et l'âge
B-20 Moyennes d'usage du français dans certaines activités culturelles selon le statut socio-économique des parents et le statut de l'établissement
B-21 Distribution de l'échantillon selon la langue maternelle et la langue d'usage
B-22 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles selon la langue maternelle et la langue d'usage




Chapitre 1
Problématique et méthodologie

Problématique

Plus d'une décennie s'est écoulée depuis la première enquête sur la conscience linguistique des jeunes Québécois. Une nouvelle génération d'adolescents et de jeunes adultes fréquente aujourd'hui les écoles et les collèges du Québec, génération qui ne se rappelle guère le Québec d'avant la Charte de la langue française. Cette loi a transformé le caractère du Québec et les relations entre ses groupes linguistiques. Elle a eu des effets marqués notamment sur la composition de l'effectif scolaire des écoles et des collèges.

La Charte a-t-elle permis de résoudre les problèmes de la survie et de l'intégrité de la langue française? Les Québécois sont-ils toujours « menacés démographiquement, envahis par l'omniprésence de la langue anglaise et dominés par l'influence de l'économie anglo-saxonne » (Georgeault, 1981 : 21)? Enfin, pour reprendre la problématique de l'étude originale :

Les jeunes Québécois sont-ils prêts à devenir les principaux artisans du développement et du rayonnement de la langue française ou sont-ils fatigués des querelles linguistiques? Perçoivent-ils les enjeux auxquels fait face leur langue? Valorisent-ils le français? Vivent-ils dans leur comportement cette francisation dont on parle tant? En un mot, quelle est la conscience linguistique des jeunes Québécois?

Les données de 1978 ont beaucoup clarifié ces questions et les quatre tomes de l'étude ont permis de faire le point sur la conscience linguistique de la jeunesse québécoise de l'époque. Mais il fallait reprendre cette étude et définir, mesurer et analyser la conscience linguistique de cette nouvelle génération de jeunes dont les attitudes, les convictions et les comportements se sont formés dans un Québec officiellement unilingue.

Les aléas de la politique canadienne et québécoise ont fait en sorte que le processus de francisation mis de l'avant par la Charte soit en réalité moins rapide, moins uniforme et moins généralisé que certains l'auraient espéré. Il n'y a pourtant pas de doute quant à la réalité et à la finalité de ce processus. Les changements survenus dans le paysage linguistique, culturel et juridique devraient laisser des traces sur les jeunes. Une nouvelle enquête sur la conscience linguistique pourrait donc servir, entre autres choses, de baromètre culturel pour mesurer la pertinence et l'efficacité de la politique linguistique.

La nouvelle enquête sur la conscience linguistique reprend la problématique de l'enquête de 1978. Aux fins de cette dernière, la conscience linguistique comprenait les dimensions suivantes :
  • la connaissance des faits linguistiques;
  • la capacité de porter des jugements sur la situation linguistique;
  • les habitudes et les comportements linguistiques.

Ces trois dimensions englobent donc des éléments d'information autant que des émotions, de l'intérêt autant que de la motivation, l'usage d'une langue autant que l'identité linguistique qui se cache derrière les comportements.

Si la problématique de base est restée la même, le contexte a pourtant changé depuis 1978. La marginalisation démographique et politique des anglophones s'est accélérée, mais a-t-elle pu amoindrir le pouvoir d'attraction de la langue anglaise? La présence d'allophones dans certaines écoles a beaucoup augmenté, mais une telle francisation des allophones en milieu scolaire a-t-elle entraîné leur francisation sur les plans culturel et social? L'histoire politique ne s'est pas arrêtée non plus et le nationalisme québécois, après le purgatoire référendaire de 1980, s'est trouvé des expressions nouvelles; il reste à savoir si elles suscitent de nouvelles réactions chez les jeunes.

L'enquête de 1990 comprend toute la problématique de celle de 1978 et de nouveaux aspects. Voici en résumé ce qui distingue cette problématique élargie, en 1990, de celle de la première enquête :

  • Le milieu linguistique n'est plus la variable explicative, unique et centrale, qu'il avait été à l'origine (Bédard et Monnier, 1981; Georgeault, 1981); il devient lui-même un sujet à explorer. Nous examinons, par exemple, l'influence de certains éléments, comme les contacts plus ou moins marqués avec d'autres groupes, sur les comportements caractéristiques d'un milieu.

  • La conscience linguistique est toujours le thème unificateur qui englobe les connaissances, les attitudes et les comportements en matière linguistique. Mais il devient en plus une variable dépendante que nous désirons mesurer et dont nous voulons comprendre les déterminants. Il y a donc lieu d'augmenter l'effort sur les plans théorique et analytique pour rendre justice à ce thème transformé en concept théorique plus précis.

  • Pour mieux saisir et mesurer la conscience linguistique, il faut aussi se pencher sur les manières de définir et de mesurer ses composantes. Aussi les connaissances, les attitudes et les comportements sont-ils regroupés en trois dimensions cohérentes, mais statistiquement indépendantes, dont nous démontrons ensuite l'interdépendance que présuppose notre approche théorique.

  • La problématique élargie exige un traitement plus complexe des données. Nous ajoutons donc des analyses variées à la présentation simple des résultats. Cette façon de faire reflète notre souci de ne jamais accepter d'explication qui ne s'arrête qu'aux milieux géographiques et scolaires sans connaître, autant que possible, la réalité sociale sous-jacente.

  • Même si la problématique de base est restée la même, nous avons néanmoins augmenté les mesures et amélioré la façon de quantifier certaines variables, à la suite de l'expérience de 1978. Ces modifications, mineures dans l'ensemble, ont trait surtout à l'usage du français et aux contacts avec d'autres groupes.

  • Finalement, nous avons ajouté un volet analytique en incluant dans l'échantillon trois établissements privés1. Cela nous a permis d'analyser de plus près l'influence du statut socio-économique sur tout ce qui est lié au comportement langagier. Il va de soi que cette partie des données est exclue de toute comparaison avec les résultats de 1978.

Cadre général et hypothèses

Ce que nous étudions dans l'enquête de 1990 est, au sens le plus général, l'ajustement de la jeunesse québécoise au contexte linguistique en évolution. Dans un premier volet, en 1990, nous traitons plus précisément de la jeunesse telle qu'on la trouve dans les écoles secondaires (4e et 5e années) et dans les cégeps francophones, ainsi que des ajustements tels qu'ils sont rapportés par les jeunes eux-mêmes. Dans un deuxième volet, en 1991, l'enquête s'étend aux établissements anglophones, pour permettre les mêmes comparaisons que nous avons pu faire grâce aux données de 1978 et 1979.

Cette problématique de l'ajustement au contexte, de l'évolution des attitudes et des comportements en fonction d'un milieu linguistique était à la base de l'enquête de 1978. Les deux premiers tomes portaient précisément le même sous-titre, « Influence de l'environnement linguistique chez les étudiants francophones [...] », pour souligner l'importance accordée aux ajustements de l'individu à son milieu. Mais les deux tomes suivants ont élargi ce cadre analytique en privilégiant les caractéristiques de la personne, sa compétence linguistique, son identification à une langue et ses contacts avec des personnes d'autres groupes comme des déterminants de la conscience linguistique. L'un des objectifs de l'enquête de 1990 est d'approfondir l'analyse de l'interaction des variables du milieu et des caractéristiques de la personne.




1 Nous ignorons ce qui avait motivé l'exclusion de l'enseignement privé en 1978; son inclusion partielle en 1990 représente nécessairement un compromis. D'un côté, il y a le souci, dans le choix des établissements, d'englober, comme en 1978, les principaux milieux. Un réseau d'établissements privés qui regroupe 15 % de l'effectif du secondaire et une part encore plus importante de la formation des élites, ne pouvait rester exclu. D'un autre côté, les limites budgétaires et la logique de la comparaison entre 1978 et 1990 - basée sur des échantillons ajustés qui excluent les ajouts de 1990 - ne nous permettaient pas de traiter de l'ensemble de l'enseignement privé. Trop de ressources auraient été allouées à une partie de l'échantillon à exclure de toute analyse diachronique. Nous avons opté pour le compromis qui combinait le plus grand attrait analytique (par la présence d'une certaine élite, surtout francophone et allophone) avec l'engagement budgétaire le plus restreint possible (par la concentration à Montréal). [retour au texte]




Avant de conclure au changement, on commence toujours par vérifier si l'hypothèse est « nulle », c'est-à-dire qu'il y a absence de changement. Cela est particulièrement important si l'écart entre les deux observations est relativement mince. Nous nous attendons avant tout, dans le présent ouvrage, à confirmer les résultats de 1978, à constater une grande stabilité dans les attitudes et les comportements et à retrouver cet univers d'une jeunesse francophone relativement homogène et réconciliée avec le processus de francisation. Voici un résumé des six grandes tendances de 1978, présentées dans chaque cas sous la forme d'une hypothèse et d'un commentaire.

Attributs linguistiques et compétence en français

Hypothèse 1 Le bilinguisme, tant sur le plan individuel qu'en milieu scolaire, continue sa progression.

Les établissements d'enseignement francophones comprennent de plus en plus d'élèves bilingues et même trilingues. Si l'on y observe un accroissement du bilinguisme, c'est surtout dû à la sélection des élèves. Cela a été constaté à la fois chez les anglophones entre 1978 et 1983 (Locher, 1988) et chez les francophones entre 1979 et 1985 (Monnier, 1986). L'analyse de ce phénomène en est à ses débuts; les études antérieures ont souvent été trop limitées dans leur contenu sociologique (c'est le cas des recensements) ou dans la taille de leurs échantillons (c'est le cas des études psychologiques et psycholinguistiques).

Hypothèse 2 Il existe un lien étroit et concret entre compétence linguistique, contacts avec un autre groupe et attitudes positives à l'égard de cet autre groupe.

À part le bilinguisme total ou satisfaisant, il y a le bilinguisme et le trilinguisme partiels qu'il faut prendre en considération. La théorie du multiculturalisme, tout comme la politique de francisation, a toujours soutenu qu'une maîtrise adéquate de l'autre langue permettait une meilleure appréciation des autres et un rapprochement entre les groupes. Cette hypothèse doit de nouveau être vérifiée, non seulement à cause de son importance politique très évidente, mais aussi parce qu'elle ne s'est confirmée que très partiellement en 1978.

Usages linguistiques et activités culturelles

Hypothèse 3 L'insertion des anglophones et des allophones en milieu scolaire entraîne l'usage du français dans les activités culturelles et sociales. Cela ne signifie pas pour autant qu'il y a assimilation de ces élèves; toutes proportions gardées, la force d'attraction de l'anglais excède celle du français.

La politique de francisation vise une intégration plus complète des non-francophones dans une province officiellement francophone. Selon les observateurs, on peut comprendre cet objectif comme une valorisation des apports culturels de tous les groupes (d'où la notion de l'« interculturel » actuellement en vogue) ou comme un effort d'absorption et de domination (qui rappelle la vieille notion d'assimilation). Quels qu'en soient les enjeux politiques, il est important de s'interroger sur l'effet qu'a sur leurs comportements l'intégration de ces élèves dans les établissements francophones. Dans l'étude de 1978, cette hypothèse d'un effet assimilateur n'a pu être vérifiée, mais certains indices laissent croire que cet effet serait généralement plus faible que l'attraction de l'anglais dans les activités culturelles des jeunes.

Contacts entre les groupes linguistiques

Hypothèse 4 En général, les contacts avec d'autres groupes sont relativement faibles, surtout chez les francophones. Ils augmentent néanmoins et se font de plus en plus en anglais, surtout dans la région de Montréal.

L'image des « deux solitudes » suppose que les contacts entre francophones et anglophones sont faibles. C'est le cas, par exemple, à Québec et à Jonquière. Même à Montréal, on observe encore une forte ségrégation linguistique. L'hypothèse de base doit donc être que seuls les allophones auraient un niveau élevé de contacts avec d'autres groupes.

Par ailleurs, les migrations récentes, la législation linguistique et l'évolution économique ont toutes fait bouger les rapports établis. Notre hypothèse de travail suppose que, dans l'ensemble, les contacts entre francophones, allophones et anglophones auraient augmenté de façon appréciable depuis 1978. Il reste à voir si cette augmentation des contacts, là où elle s'est produite, a favorisé l'anglais ou le français. L'étude de Paillé (1989) suggère que ce déplacement s'est fait vers l'anglais, tandis que celle de Locher (1988) indique que ce sont plutôt les contacts francophones qui ont augmenté.

Attitudes à l'égard de la francisation

Hypothèse 5 La francisation de la vie publique et du travail est inévitable, elle avance rapidement et elle est vue comme une priorité par les jeunes francophones. Ceux qui acceptent mal ces réalités voient leur avenir ailleurs.

En nous basant sur de récents sondages, nous conservons le postulat de l'enquête de 1978 : « le futur appartient au Québec français ». À ce sujet, les francophones des écoles francophones étaient très optimistes alors que les anglophones des écoles de langue anglaise se montraient plutôt fatalistes. Nous voyons comment les débats et les événements survenus depuis lors ont pu modifier les attitudes, et nous traitons, surtout, des effets de l'immersion des allophones dans les établissements francophones sur leurs attitudes à l'égard d'une législation que leurs parents ont dû accepter le plus souvent à contrecoeur.

Des attitudes extrêmement négatives à l'égard de la francisation peuvent s'exprimer par l'intention de quitter le Québec. Il est à noter que cette intention doit être interprétée comme une attitude et non comme la prédiction d'une migration certaine; un tiers seulement des anglophones qui avaient exprimé cette intention en 1978 sont passés à l'acte dans les cinq années subséquentes.

Cohérence entre attitudes et comportements

Hypothèse 6 Dans l'ensemble, il y aura plus de cohérence entre les attitudes et les comportements linguistiques chez les élèves francophones que chez les autres élèves.

Plusieurs des résultats de l'enquête de 1978 sur la conscience linguistique, qui touchent aux liens et à la cohérence entre les attitudes et les comportements, doivent être examinés de nouveau. Cela comprend la cohérence de ces deux éléments chez les francophones (Locher, 1983b : 113) et leur discordance chez les anglophones (Locher, 1988). D'autres interrogations s'imposent : Les contacts fréquents améliorent-ils l'image de l'autre groupe? Quelle est la raison d'une discordance entre les comportements et les attitudes? Est-ce que l'insertion d'allophones et d'anglophones dans le milieu scolaire francophone augmente la cohérence entre leurs attitudes et leurs comportements, c'est-à-dire les non-francophones commenceraient-ils à montrer autant de cohérence que les francophones?

Méthodologie

Poursuite des études

La méthodologie de notre enquête a dû tenir compte de plusieurs éléments pour assurer une bonne qualité des données et leur comparabilité avec celles d'autres enquêtes. Il fallait avant tout retourner dans les mêmes milieux d'enquête pour pouvoir observer leur évolution. Nous avons sélectionné les mêmes écoles et collèges qu'en 1978. L'enseignement privé a été ajouté parce qu'il a maintenant pris une telle importance qu'on aurait tort de ne pas en tenir compte. La diversité linguistique de certaines villes du Québec — surtout Montréal — est telle qu'on a intérêt à bien représenter les principaux milieux linguistiques si l'on veut comprendre les déterminants du comportement des jeunes.

Il fallait ensuite, dans des limites raisonnables, maintenir la même structure du questionnaire, la même formulation et les mêmes catégories de réponses qu'en 1978. Cela n'a pas empêché certains ajouts et quelques améliorations, mais le questionnaire est resté en bonne partie identique à celui de la première enquête. Depuis 1978, les allophones sont entrés en grand nombre dans le système scolaire francophone. Nous avons suivi l'étude de Sénéchal (1987) comme modèle pour mieux tenir compte de leur présence. Nous avons aussi coordonné certains éléments du questionnaire avec une étude qui concerne les jeunes francophones hors Québec (Bernard, 1991a).

Finalement, il fallait adopter, du moins comme point de départ, la même démarche analytique, reproduire les distributions et les corrélations et présenter un texte qui incluait les mêmes thèmes tout en élargissant la problématique. C'est évidemment sous cet aspect que le présent ouvrage diffère le plus des précédents tomes de la série : à la description d'une situation s'ajoute maintenant l'analyse de son évolution dans le temps.

La comparaison des résultats de 1990 avec ceux de 1978 est devenue l'élément central du présent ouvrage; elle se trouve à la fin de chaque chapitre. Elle est d'ailleurs plus qu'une simple présentation de certaines différences entre deux échantillons. Le plus important, c'est de constater si l'influence de certaines variables s'est maintenue d'une période à l'autre. Par exemple, il ne suffirait pas de voir si les habitudes langagières ont changé; il faut aussi déterminer ce qui est lié à ce changement2.

Milieux d'enquête et échantillonnage

Cinq critères de sélection avaient déterminé le choix des milieux d'enquête en 1978; nous les avons retenus pour 1990. Ce sont :

  • la diversité linguistique de la population;
  • l'homogénéité relative du statut socio-économique;
  • la dispersion sur le territoire;
  • la présence d'un établissement d'enseignement collégial;
  • des sous-échantillons de 300 répondants par établissement, là où c'est possible.

Sur 12 établissements retenus en 1978, 10 ont accepté de participer de nouveau en 1990. Les deux refus ont été justifiés par les débats sur l'Accord du lac Meech, d'une part, et par les grèves liées à l'augmentation des frais de scolarité, d'autre part. Remplacer ces deux établissements par des écoles semblables aurait causé d'importants problèmes d'accès, dans l'atmosphère de 1990, outre que cela n'aurait pas permis la comparaison avec 1978. Nous avons donc choisi de concentrer nos ressources là où l'évolution récente nous le suggérait, c'est-à-dire dans deux collèges privés prestigieux d'orientation française et ayant une clientèle en grande partie allophone. Nous y avons ajouté finalement un collège privé prestigieux d'orientation québécoise, afin de traiter également ce type de collège.




2 Le fait d'avoir inclus les mêmes établissements d'enseignement en 1978 et en 1990 facilite les comparaisons. Cependant, il ne faut pas aller au-delà des comparaisons légitimes. Par exemple, nos données ne permettent ni la description complète d'une évolution ni l'extrapolation des tendances. [retour au texte]




L'application de ces critères et de cette procédure a permis la sélection des milieux et des établissements suivants :

Milieu francophone à l'extérieur de Montréal

  • École secondaire La Courvilloise
  • Polyvalente Jonquière
  • Cégep de Sainte-Foy
  • Cégep de Jonquière
Milieu mixte de la région métropolitaine de Montréal

  • Polyvalente Antoine-de-Saint-Exupéry
  • Polyvalente Pointe-aux-Trembles
  • Cégep de Bois-de-Boulogne
  • Cégep Ahuntsic
  • Collège Jean-de-Brébeuf
  • Collège Marie-de-France
  • Collège Stanislas
Milieu mixte proche d'une frontière

  • École secondaire Mont-Bleu
  • Cégep de l'Outaouais

L'enjeu linguistique de la francisation est concentré à Montréal et, dans une moindre mesure, dans quelques régions frontalières. Ces milieux sont bien représentés dans notre échantillon. Il faut d'ailleurs ajouter que ce n'est pas le milieu comme tel qui détermine les attitudes et les comportements d'une région, mais bien la population qui l'habite. Il fallait donc prendre soin d'échantillonner au hasard dans les milieux sélectionnés pour être sûrs d'englober la population et les milieux ciblés. Un échantillon simplement pris parmi toute la population scolaire du Québec n'aurait pas représenté adéquatement les milieux où l'enjeu des programmes de francisation est le plus grand. Il n'aurait permis ni les analyses variées présentées dans le présent ouvrage, ni la comparaison avec les données de 1978.

Nous avons assuré les établissements participants que l'anonymat serait préservé grâce à une présentation des résultats qui empêche de reconnaître une école ou un collège. Mais, pour donner une idée générale, nous nous permettons de présenter le tableau 1.1 sur la taille des sous-échantillons.


Tableau 1.1 NOMBRE DE RÉPONDANTS SELON LE MILIEU D'ENQUÊTE ET LA LANGUE MATERNELLE


La langue maternelle, tout comme l'origine ethnique, n'est pas une variable sans ambiguïté. Près de 10 % des élèves de l'échantillon ont indiqué une double langue maternelle (par exemple, français et anglais), ce dont nous n'avons pas tenu compte dans le tableau 1.1. Une telle information permet toutefois de percevoir une richesse d'échanges interculturels qui fait nécessairement partie de notre indice de contacts avec d'autres groupes. Une autre source de difficultés pour les statisticiens consiste dans le fait que les répondants sont libres de projeter l'image de soi qu'ils veulent. Nous avons l'impression que, dans les statistiques scolaires, par souci de simplifier ou selon le désir des parents, on trouve la réponse « français » à la question de la langue maternelle, tandis que notre questionnaire, à ce sujet, récolte les réponses combinées. Quoi qu'il en soit, la partie montréalaise de notre échantillon représente bien les racines diverses de la population métropolitaine.

Contenu du questionnaire

Le questionnaire est reproduit en annexe. Nous nous bornons donc ici à en présenter les grandes lignes. Celles-ci comprennent les éléments suivants :

Usages linguistiques

La place du français et de l'anglais dans les activités culturelles des jeunes, dans leur vie quotidienne et à l'école est considérée comme importante par les législateurs autant que par les enseignants, les parents et le public en général. Nous avons donc inclus un grand nombre de questions se rapportant à ce sujet, soit :

Q17 à 40 Activités culturelles telles que lire, écouter la radio et regarder la télévision;
Q42 Langue parlée à la maison;
Q47 à 50, 79, 95 à 98, 102, 107, 112 Langue utilisée avec les copains et les amis et dans des associations.


Contacts avec les anglophones

Les contacts avec l'autre groupe peuvent être volontaires ou involontaires, réels ou imaginés, mais ils seront toujours « vrais » en ce sens que l'élève a enregistré une interaction et entrevu la possibilité de ne pas se restreindre à son propre groupe. L'analyse de la qualité et de l'étendue de ces contacts pourrait être le sujet d'une recherche dans les réseaux sociaux. Nous nous contentons ici de traiter de la perception et de l'existence des contacts sous les aspects suivants :

Q44, 45, 54 et 55 Population du quartier et commerces
Q46, 51 à 53 Copains et amis;
Q101, 106 et 111 Associations et activités;
Q113, 114 Milieu de travail.


Attitudes quant à l'usage, à la situation et à l'avenir du français et de l'anglais

Le français est-il en perte de vitesse? Quelle est la réaction des jeunes lorsqu'ils se font servir en anglais? Les immigrants vont-ils adopter la langue de la majorité? De tels sujets sont abordés dans les questions 43, 56, 58, 60, 63, 65 à 69, 116 à 122, 136, 138 et 141 à 143.

Opinions et choix personnels concernant l'usage du français

Il y a des affirmations qui révèlent une identification plutôt qu'un comportement. Le questionnaire les englobe, de la question de l'épanouissement personnel jusqu'à celle de la langue de travail préférée dans une future carrière ou profession :

Q57, 59, 61, 62, 85,
134, 135, 137, 139, 140, 146
Choix et opinions concernant l'usage du français.


Degré d'information sur la situation linguistique

Cinq questions nous permettent d'estimer de façon très globale les connaissances des jeunes en matière linguistique. Une appréciation subjective de leur degré d'information précède le test objectif sur les connaissances. Le tout ne constitue évidemment pas un examen d'histoire et de géographie, mais permet tout juste de détecter la présence de quelques notions de base. Les sujets sont groupés ainsi :

Q 115 Auto-évaluation du degré des connaissances;
Q123, 124 Lois linguistiques;
Q125 à 127 Importance démographique des groupes linguistiques.


Opinions concernant le français hors Québec

L'avenir de la langue française au Canada hors Québec est-il assuré? Qui doit s'occuper de ce problème et y a-t-il lieu de se sentir menacé? Ces questions n'occupent qu'une petite partie de notre questionnaire, mais permettent des comparaisons intéressantes avec l'étude Vision d'avenir publiée sous le titre Un avenir incertain (Bernard, 1991a). On les trouve aux numéros :

Q130 à 133 Les francophones hors Québec;
Q144, 145 La langue française au Canada hors Québec.


Caractéristiques des répondants

À part la langue maternelle et la compétence linguistique, il y a un certain nombre de questions qui nous permettent d'estimer l'appartenance des répondants à une classe sociale ainsi que leurs aspirations. Nous avons réservé plus de ressources qu'en 1978 à ces questions pour pouvoir vérifier les hypothèses qui lient classe sociale, intentions migratoires et idéologie en matière linguistique. Les caractéristiques personnelles relevées se regroupent dans les questions suivantes :

Q 1 à 16 Information de base concernant les répondants et leurs parents;
Q70 à 78 Maîtrise du français et de l'anglais;
Q80 à 84 Aspirations liées aux études et au travail.

Collecte et préparation des données


L'enquête a été effectuée au printemps de 1990 auprès de 3 910 jeunes des 13 écoles et collèges énumérés précédemment. Une équipe d'assistants s'est chargée de l'administration des questionnaires pendant une classe. La sélection des répondants s'est faite, comme en 1978, par classes entières, suivant un échantillonnage établi au hasard, avec l'aide de la direction de l'établissement. L'élimination des questionnaires trop incomplets et l'épuration du fichier nous ont laissé un total de 3 824 répondants. Notons aussi que ces données sont accessibles aux chercheurs intéressés, qui n'ont qu'à en faire la demande au Conseil de la langue française.


Représentativité de l'échantillon


L'enquête de 1990 vise deux objectifs principaux : décrire l'évolution des attitudes et des comportements des jeunes dans les milieux cernés en 1978 et tracer un portrait de la situation en 1990. Tout comme en 1978, l'échantillon de 1990 a été pris au hasard à l'intérieur des établissements d'enseignement; ces deux échantillons sont représentatifs de chacun de ces établissements et de leur ensemble. La sélection des établissements s'est faite de façon à inclure les principaux milieux linguistiques. L'échantillon ne représente donc pas la population scolaire du Québec, mais celle de ces milieux. L'équipe de 1978 avait d'ailleurs fait un travail considérable pour établir un « indice de francité » de chaque milieu et pour guider la sélection des établissements (Bédard et Monnier, 1981 : 26-28; Georgeault, 1981 : 27-28, 103-123). Nous avons pu vérifier de nouveau en 1990 la plupart des éléments de cet indice pour confirmer sa validité.

La comparaison directe des résultats entre 1978 et 1990 peut se faire sans problème si nous n'incluons que les dix établissements qui ont participé aux deux phases de la recherche3. Cette comparaison simple n'est pourtant que d'un intérêt limité puisqu'elle ne permet pas de distinguer deux phénomènes qu'il ne faut pas confondre. Le premier est ce que les sociologues appellent « effet de sélection » dû aux changements de la population scolaire. Le second reflète un vrai changement d'attitudes ou de comportements de la part des élèves, des élèves francophones par exemple. Il est préférable de poser des questions plus précises du genre : « Comment un élève de type x s'est-il comporté en 1978 et comment se comporte-t-il en 1990? » Non seulement cette sorte de démarche analytique permet de fournir des résultats dont les incidences sociologiques et politiques sont évidentes, mais elle a aussi l'avantage d'être efficace et légitime du point de vue statistique.

L'échantillon de 1990 se prête bien à certains types d'analyse mais moins bien à d'autres. Voici en résumé ce que cet échantillon particulier, en combinaison avec le questionnaire légèrement modifié, nous permet de faire. Nous ajoutons entre parenthèses la principale raison qui justifie le type d'analyse proposé :




3 Deux écoles présentes en 1978 n'ont pas participé en 1990 : trois collèges privés, présents en 1990, ne l'étaient pas en 1978. [retour au texte]




  • décrire les plus importantes formes de comportement linguistique et les lier aux variables dites structurelles (parce que toutes ces variables sont traitées de manière plus complète que dans la plupart des études);

  • montrer quelles sont les formes de comportement qui existent dans certains milieux (parce que les principaux milieux sont bien représentés);

  • distinguer l'influence du milieu de celle d'autres variables qu'on pourrait confondre avec le milieu (parce que les variables concernant les contacts avec d'autres groupes sont comprises);

  • introduire plusieurs variables de contrôle à la fois, dans une seule analyse, ou dans un modèle de régression (parce que l'échantillon est assez large);

  • tester les hypothèses et les résultats d'autres études dans des milieux et sous-populations différents (parce que l'échantillon comporte plus de répondants et plus de variabilité que la plupart des études antérieures);

  • analyser les attitudes et comportements langagiers dans certains milieux sociaux qui ne sont pas normalement représentés de façon adéquate, par exemple les milieux d'intellectuels, les élèves des écoles privées élitistes, le milieu essentiellement métropolitain, le milieu proche d'une frontière politique et culturelle, etc.

Par ailleurs, certains types d'analyse sont à exclure parce que l'échantillon ne s'y prête tout simplement pas, par exemple :

  • la généralisation des résultats à l'ensemble des jeunes Québécois (parce que les non-scolarisés, les décrocheurs, les jeunes ouvriers, ceux qui sont en chômage, les élèves dans les pensionnats et ceux de plusieurs autres milieux sont exclus);

  • les analyses qui visent une relation causale entre la scolarisation en français et certains effets d'assimilation des anglophones et des allophones (parce que les groupes scolarisés en anglais ne sont pas compris)4;

  • les études détaillées du comportement des allophones (parce que l'échantillon n'est pas suffisamment large pour tenir compte de la grande variabilité de cette catégorie de répondants).




4 Ce type d'analyse sera réalisable une fois que les résultats de l'enquête de 1990 dans les établissements anglophones seront connus. Pour la première enquête sur la conscience linguistique, ces comparaisons se sont avérées intéressantes (Locher, 1983b). [retour au texte]




En ce qui concerne le portrait de la situation en 1990, notre description doit être complétée par l'étude des recensements et des enquêtes plus spécialisées. Ce que nous espérons effectuer est un inventaire des grandes tendances de la majeure partie de la jeunesse québécoise et des principaux milieux linguistiques. Pour certains aspects, nous pensons même que la deuxième enquête offre la documentation la plus complète de toutes les grandes études effectuées au Québec depuis 1980; c'est particulièrement vrai pour l'usage du français et de l'anglais dans les activités culturelles et pour les contacts avec d'autres groupes. Mais il faut rester prudent quant à une extrapolation des résultats à l'ensemble de la jeunesse québécoise. Une telle extrapolation n'était pas visée par l'enquête sur la conscience linguistique, ni en 1978 ni en 19905.




5 On doit tenir compte de cet avis tout au long de l'ouvrage. Nous ne jugeons pas nécessaire de le répéter constamment, mais nous en tenons compte en évitant les statistiques inférentielles et les formulations généralisantes. Sinon, presque aucun des tableaux multivariés n'aurait été représentatif d'un point de vue statistique rigoureux, même si l'on avait adapté le mode d'échantillonnage dit « représentatif » des sondages d'opinion. Leur représentativité statistique s'efface normalement au plus tard après l'introduction de la deuxième variable de contrôle. [retour au texte]







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