Accéder au contenu principal
 

 
Les jeunes et la langue - Tome I

Les jeunes
et la langue

tome I

Usages et attitudes
linguistiques des jeunes qui
étudient en français
(de la 4e année du secondaire
à la fin du collégial)






Chapitre 5


Contacts avec le Québec anglophone



Dans l'ensemble des contacts que les élèves ont eus avec le Québec anglophone, on peut distinguer les contacts présents et passés, les contacts directs et indirects, ceux qu'on a établis soi-même et ceux qui se font sans qu'on les ait cherchés. Nous avons choisi, en suivant une certaine tradition en psychologie sociale, de classer les contacts selon leur caractère volontaire ou involontaire. Cela nous permettra d'étudier dans les chapitres 6 et 7 plusieurs des grandes questions sous-jacentes à la politique linguistique récente, telles que :

  • Est-il possible de briser les « deux solitudes » et d'augmenter les contacts entre les groupes et la compréhension mutuelle?

  • Les personnes qui sont involontairement en contact augmenteront-elles les contacts volontaires, ce qui mènerait à une relation plus harmonieuse et permanente?

  • Les contacts entre personnes de même statut (par exemple des élèves) peuvent-ils réduire le sentiment de menace, les préjugés et l'intolérance, ou faudrait-il que les contacts soient volontaires pour atteindre un tel but?

  • Est-ce le fait d'être en contact ou plutôt le fait de poursuivre des objectifs communs qui augmente le respect et diminue les préjugés entre les groupes?

En théorie, on pourrait considérer les contacts avec d'autres groupes comme faisant partie de communications qui modifient et enrichissent tous les partenaires de manière similaire ou égale. En pratique, la recherche a pourtant toujours mis l'accent sur les aspects inégalitaires de ces communications. Qu'on parle des théories d'identité sociale, de stratification sociale ou de modernisation, on traite très souvent le sujet du contact, sous l'angle du conflit (pour un résumé de certaines de ces théories, voir Taylor et Moghaddam, 1987). Pour certains auteurs, le conflit semble même inévitable là où il y a contact entre les groupes linguistiques (Nelde, 1987; Wardhaugh,1987). Dans les recherches empiriques menées au Québec, on parle parfois de concurrence plutôt que de conflit, mais ces recherches visent souvent des milieux où la concurrence est quotidienne, tels que le milieu scolaire (Beauchesne et Hensler, 1987; Hamers et Deshaies, 1981) ou celui du travail (Vaillancourt et Lacroix, 1983; Vaillancourt, 1991).

Pour les francophones, qui forment la très grande majorité de notre échantillon, les contacts avec le Québec anglophone constituent des contacts avec d'autres groupes. Précisons tout de suite le sens du terme « groupe » dans ce contexte : c'est une catégorie sociale — les anglophones —, et non un groupe social cohérent, qui agirait comme un ensemble. Ce qui nous intéresse est donc le contact avec la langue anglaise et ceux qui la représentent, la parlent et la véhiculent. C'est pour cette raison aussi que nous incluons certains contacts qui se sont faits à l'extérieur du Québec. Par exemple, avoir un père anglophone doit compter comme un contact (involontaire) important pour un jeune Québécois francophone, même si ce contact s'est fait avec un père anglophone natif d'Angleterre ou du Pakistan.

Pour les élèves anglophones, les contacts mesurés dans le présent chapitre ne sont pas des contacts avec d'autres groupes; ils méritent donc une interprétation différente.1 Le même contact qui démontre l'ouverture de l'élève francophone à un autre groupe peut indiquer le contraire dans le cas de l'élève anglophone. Pour l'allophone, la situation est encore différente en ce sens que cette personne peut choisir d'épouser les comportements d'un groupe ou de l'autre. Ce n'est que plus tard dans la vie que ce choix deviendra définitif, mais le comportement à l'adolescence semble normalement annoncer ce qui se confirmera plus tard. Mesurer les contacts des adolescents allophones peut donc s'avérer intéressant lorsqu'on tente d'indiquer une évolution future probable.

Contacts involontaires avec les anglophones

Les contacts involontaires échappent normalement à l'individu, mais cela ne veut pas dire qu'ils passent inaperçus ou ne laissent pas de traces. Ils sont probablement plus nombreux dans l'ensemble des contacts, du moins des contacts avec d'autres groupes, que les contacts volontaires, parce qu'ils se répètent à l'intérieur de structures relativement permanentes. La plupart de nos contacts volontaires, par contre, ont un caractère temporaire, même éphémère et parfois superficiel.

Nous avons sélectionné neuf variables pour mesurer les contacts involontaires dont trois se rapportent à la famille (langue maternelle des parents et langue d'usage à la maison), quatre au voisinage (caractéristiques du quartier, des voisins immédiats et du commerce le plus souvent fréquenté) et deux au milieu scolaire et de travail des répondants (langue d'enseignement au primaire et langue maternelle du patron immédiat). Les résultats se trouvent résumés dans le tableau 5.1.




1 Nous rappelons qu'il s'agit ici des élèves anglophones qui sont inscrits dans des établissements francophones. Les attitudes et comportements de la majorité des jeunes anglophones seront analysés dans le prochain ouvrage de cette série. [retour au texte]





Tableau 5.1 POURCENTAGE D'ÉLÈVES AYANT CERTAINS TYPES DE CONTACTS INVOLONTAIRES AVEC DES ANGLOPHONES SELON LA LANGUE MATERNELLE


Ce qui frappe immédiatement dans le tableau 5.1, ce sont les chiffres très bas de la première colonne. Il est clair que les répondants francophones vivent dans un univers francophone et sont largement isolés du monde social des anglophones. Même si un élève sur cinq habite un quartier où vivent des anglophones, l'ensemble des contacts involontaires est faible. Il n'y a là rien de très étonnant. Les variables du tableau 5.1 renvoient toutes à la structure sociale qui entoure les répondants et, si cette structure ne comprend que quelques groupes d'anglophones entourés par une forte majorité de francophones, la probabilité de contact est faible. Nous découvrirons certains détails intéressants une fois que le tableau sera ventilé selon la région d'enquête.

Les anglophones de notre échantillon sont un groupe assez spécial qui ne passe pas du tout sa vie dans un milieu anglophone homogène. Moins de la moitié de leurs parents sont de langue anglaise et, dans le quart des cas, la langue d'usage n'est pas l'anglais. De plus, chiffre remarquable, seulement une personne anglophone sur cinq a fréquenté l'école primaire anglophone.

Comme dans plusieurs autres tableaux, les valeurs des allophones se situent entre celles des deux autres groupes. Si la majorité habite un quartier à forte présence anglophone, leurs voisins ne le sont pourtant pas souvent. Le moins qu'on puisse dire est que ces allophones ne partagent pas un cadre de vie anglophone et que, s'ils devaient s'intégrer au groupe anglophone, cela ne se ferait pas contre leur gré, au moyen de contacts involontaires.

Contacts volontaires avec les anglophones

Comme la vie sociale des élèves tourne généralement autour de l'école ou du cégep, nous avons choisi seulement deux variables de contacts volontaires exclusivement parascolaires : la langue maternelle des copains et la langue d'usage dans la première des activités parascolaires (tableau 5.2). Une des sept autres variables vise la langue d'usage avec des allophones à l'école tandis que les six autres visent des amis de l'élève, à l'école ou ailleurs.

L'ensemble de ces variables donne une documentation assez complète de l'orientation linguistique de la vie sociale des élèves. Il aurait bien sûr été possible d'entrer plus en détail dans les relations qu'ils entretiennent, mais cette procédure n'aurait pas été efficace du point de vue méthodologique. Nous pratiquons tous une sélection entre un grand nombre de contacts possible. Une documentation détaillée des réseaux complexes n'aurait rien ajouté à la construction d'un indice de contact (dont la fiabilité augmente avec le nombre d'observations par variable). Mais il est vrai que l'information dont nous disposons, même s'il s'agit de neuf variables distinctes, ne permet pas plus qu'une esquisse très approximative du comportement des élèves dans leur milieu sociolinguistique.


Tableau 5.2 POURCENTAGE D'ÉLÈVES AYANT CERTAINS TYPES DE CONTACTS VOLONTAIRES AVEC DES ANGLOPHONES SELON LA LANGUE MATERNELLE


Les chiffres relatifs aux contacts volontaires ressemblent beaucoup à ceux des contacts involontaires. De nouveau, nous constatons que les francophones restent presque toujours entre eux et se servent du français dans leur vie sociale. Les anglophones de notre échantillon s'intègrent passablement au milieu francophone que constitue leur école ou leur cégep. Une minorité seulement de leurs copains et amis sont des anglophones.

Détail intéressant, les anglophones et les allophones se servent souvent de l'anglais même si leur ami n'est pas anglophone. D'après nos chiffres, un tiers des amis des anglophones sont anglophones eux-mêmes, mais l'anglais est employé dans la moitié des relations amicales. Pour les allophones, un dixième des amis sont anglophones et un tiers des relations amicales se font en anglais. Il paraît donc que, même en milieu scolaire francophone, l'anglais sert de véhicule dans les communications entre les groupes; l'anglais comme langue internationale a un rôle comparable.

Cette observation a une importance toute particulière dans le cas des élèves allophones. La sélection de leurs amis et la langue de communication qu'ils emploient avec eux peuvent servir d'indicateurs de l'intégration de ces élèves qui sont, pour la plupart, des immigrants.

Les allophones de notre échantillon (tableau 5.3) choisissent leurs amis de préférence (dans 56,9 % des cas) parmi d'autres allophones, ce qui est aussi compréhensible du point de vue humain qu'improbable du point de vue statistique. Mais entre ces amis allophones, c'est d'abord l'anglais qui sert de langue d'usage (38,3 %) là où la langue « autre », nous le présumons, n'est pas la même. Le français sert dans un tiers (34,5 %) des relations entre allophones. Lorsque ceux-ci ont des amis francophones, le français domine évidemment (90,4 %), ce qui entraîne que, dans l'ensemble des relations, c'est le français qui sert le plus souvent (52,3 %) de moyen de communication aux allophones.


Tableau 5.3 LES AMIS DES ALLOPHONES : LANGUE MATERNELLE ET LANGUE D'USAGE ENTRE AMIS À HULL ET À MONTRÉAL*


Le tableau 5.3 nous laisse donc un double message. D'un côté, l'école francophone accomplit en bonne mesure sa mission d'intégration des allophones. D'un autre côté, la langue anglaise sert de lingua franca lorsqu'on éprouve des difficultés de communication dans d'autres langues, et cette lingua franca est souvent l'outil de communication même dans les établissements francophones d'un Québec officiellement francophone.

Déterminants des contacts avec les anglophones

Nous avons déjà vu que la langue maternelle est un facteur déterminant pour les contacts volontaires et involontaires avec les anglophones (tableaux 5.1 et 5.2). Dans ce qui suit, nous examinons d'autres variables qui pourraient, elles aussi, avoir une certaine influence. Pour mesurer les contacts, nous utilisons un indice2 de contact comprenant les 18 variables présentées dans les tableaux précédents3. Cette méthode nous permet d'introduire plusieurs variables indépendantes et intervenantes dans un même tableau et, donc, de comparer leur influence. La plus évidente de ces variables est celle du milieu d'enquête. Son influence est bien visible dans le tableau 5.4.


Tableau 5.4 MOYENNES DES CONTACTS* AVEC DES ANGLOPHONES SELON LA RÉGION D'ENQUÊTE ET LA LANGUE MATERNELLE



2 L'annexe A fournit les détails techniques sur la construction des indices. C'est aussi dans cette annexe que nous évaluons le pour et le contre d'une pondération des indices. Comme dans beaucoup de cas similaires, les arguments contre toute pondération l'ont emporté — et de loin — du point de vue théorique autant que du point de vue statistique. Il serait peut-être utile de mentionner que l'indice de contact ne peut être lu que d'une façon unidirectionnelle, tout comme les indices de compétence linguistique du chapitre 3. Il mesure les contacts avec les anglophones, rien d'autre. Une valeur basse de cet indice ne veut pas dire qu'on devrait nécessairement présumer — par déduction — des contacts importants avec les francophones, surtout à Montréal où certaines communautés allophones semblent passablement cloisonnées. [retour au texte]

3 Chacune de ces variables apporte une petite contribution. Elles montrent toutes une corrélation positive avec l'indice (tableau 18.3, annexe A) et aident à augmenter sa fiabilité (tableau B-l2, annexe B). L'analyse factorielle (analyse des principales composantes) a d'ailleurs démontré qu'il n'y a qu'une « dimension principale » dans ce complexe de variables. L'indice est donc valable. Cela dit, nous ne prétendons pas que toutes les composantes seraient d'une importance égale dans toutes les analyses. On pourrait imaginer des analyses d'aspects distincts seulement, comme des contacts avec le voisinage, au travail ou dans le réseau social, qui accorderaient plus ou moins d'importance aux différentes dimensions du phénomène. Ce qui est prioritaire dans notre étude, c'est d'avoir une mesure simple et sans ambiguïté permettant de tenir compte d'un grand éventail de contacts sans alourdir la présentation. [retour au texte]




La distribution de l'indice des contacts avec les anglophones s'avère concentrée vers le bas autant en fait que les distributions de ses composantes présentées dans les tableaux 5.1 et 5.2. Quelques répondants seulement ont un nombre de contacts appréciable, essentiellement les anglophones dans les quatre régions et les allophones à Hull et à Montréal. Mais même la moyenne la plus élevée, celle des anglophones de Montréal, n'est pas très impressionnante. Le chiffre de 0,50 veut dire qu'ils ont des contacts avec des membres de leur propre groupe dans 9 cas sur 18. La très grande majorité des élèves, c'est-à-dire les francophones, ont très peu de contacts avec les anglophones, même à Hull et à Montréal où ces contacts leur seraient possibles; les valeurs (0,09 et 0,11) en témoignent. Ce sont des résultats importants de cette enquête : quelle que soit la mesure des contacts, les jeunes francophones que comprend notre enquête en ont peu.

Le tableau global des contacts en anglais des élèves peut se résumer ainsi. Les francophones passent leur vie sociale presque entièrement dans leur propre groupe, non seulement là où la situation démographique leur impose ce comportement, mais aussi dans les milieux où les contacts dépendent d'eux. Les anglophones et les allophones semblent orienter leurs contacts vers le français dans la plupart des cas. Le nombre relativement bas de leurs contacts avec les anglophones prouve que l'école francophone est un outil d'immersion et de socialisation efficace, du moins pour les élèves de notre enquête.

On ne peut pas s'empêcher de remarquer l'énorme contraste entre cette orientation sociale très portée vers le français et l'orientation culturelle fortement portée vers l'anglais que nous avons constatée dans le chapitre précédent. Comment est-il possible que, sur le plan culturel, les francophones, dont le réseau social est si homogène et si occupé par les membres de leur propre groupe, soient si réceptifs aux tendances, aux influences et aux produits du monde anglophone? N'est-ce pas la pression des pairs qui explique ce comportement des jeunes? Serait-il possible que les élèves francophones exercent une pression vers la culture anglophone? Avant de continuer ce raisonnement, il serait utile de se demander quels facteurs autres que le milieu font que certains élèves sont plus susceptibles d'être en contact avec des anglophones que d'autres.

Le tableau 5.5 confirme ce que nous savons déjà, c'est-à-dire que les allophones ont plus de contacts en anglais que les francophones (deux fois plus en moyenne) et que, à l'intérieur du groupe francophone, ceux d'origine québécoise ont beaucoup moins de ces contacts que les autres francophones. Ces facteurs mis à part, ce n'est que le statut privé d'un établissement qui fait augmenter sensiblement les contacts. Il fallait s'y attendre vu la plus forte densité des non-francophones et des francophones d'origine autre que québécoise dans ces établissements.


Tableau 5.5 MOYENNES DES CONTACTS AVEC DES ANGLOPHONES CHEZ LES ÉLÈVES FRANCOPHONES ET ALLOPHONES À HULL ET À MONTRÉAL SELON LE SEXE, L'ORDRE D'ENSEIGNEMENT, LE STATUT SOCIAL DES PARENTS, LE STATUT DE L'ÉTABLISSEMENT ET L'ORIGINE QUÉBÉCOISE


Ce qui est nouveau dans ce tableau est l'absence d'écarts importants selon les variables dites « structurelles ». Le sexe et l'ordre d'enseignement n'ont apparemment aucune influence; même le statut social des parents ne fait que très peu de différence. Il n'est donc pas vrai que les couches sociales favorisées s'approcheraient socialement du monde anglophone, pas plus qu'il n'est vrai que les contacts anglophones seraient en fonction de l'âge ou de l'ordre d'enseignement. Ce n'est pas le passage au cégep qui ouvrirait les portes au monde anglophone — en fait, s'il y avait corrélation, elle indiquerait plutôt le contraire.

Le tableau 5.5 ne comprend que les répondants dans les villes multiculturelles de Hull et Montréal. Si, même dans ces villes, les contacts sont aussi peu nombreux qu'ils paraissent dans ce tableau, on ne peut qu'en conclure que, socialement, les élèves francophones vivent dans un milieu encore très homogène. Les établissements qu'ils fréquentent comptent bien sûr un certain nombre d'allophones et quelques anglophones, mais la présence de ces groupes ne veut pas dire qu'ils prennent une grande place dans les relations sociales des élèves francophones. Les francophones vivent essentiellement entre eux.

Comparaison avec les résultats de 1978

Les mesures des contacts ont été multipliées et améliorées pour l'enquête de 1990. Les résultats des deux enquêtes ne doivent donc pas être comparés sur le plan des indices — qui ne sont pas identiques —, mais plutôt sur celui des variables qui se trouvent dans les deux questionnaires. Nous nous limitons d'ailleurs aux contacts des élèves francophones et aux milieux de Hull et de Montréal, où les occasions de contacts sont les plus nombreuses.

Le tableau 5.6 prouve qu'il n'y a pas eu de changement dans les contacts involontaires des deux échantillons ajustés. Le peu de contacts qui existent du côté des francophones se limite à la composition démographique du quartier, composition qui ne garantit aucunement une véritable communication entre les groupes qui cohabitent.

Auparavant, nous avons observé les compétences linguistiques accrues (chapitre 3) et le recul du français dans les activités culturelles (chapitre 4). Nous nous sommes demandé si ces phénomènes sont attribuables à un effet de sélection. Les francophones de l'échantillon de 1990 auraient pu être d'un type différent, plus près du monde anglophone, que ceux de 1978. Nous savons maintenant, d'après le tableau 5.6, que tel n'est pas le cas. Il est surtout évident que le niveau d'exogamie linguistique est resté stable (c'est-à-dire très bas), ce qui est significatif puisque l'exogamie est l'un des facteurs les plus importants dans le processus d'assimilation et de transfert linguistique. Il y a donc bel et bien eu changement dans le comportement des francophones qui, en 1990, venaient des mêmes souches que ceux de 1978.


Tableau 5.6 POURCENTAGE D'ÉLÈVES FRANCOPHONES À HULL ET À MONTRÉAL AYANT CERTAINS CONTACTS INVOLONTAIRES AVEC LES ANGLOPHONES : COMPARAISON DES ÉCHANTILLONS AJUSTÉS* DE 1978 ET DE 1990


*
* *

Les élèves francophones ont très peu de contacts avec des personnes anglophones. Cela se comprend dans les milieux d'enquête comme Jonquière et Québec où les anglophones constituent des minorités presque négligeables. Ce qui étonne, c'est que les contacts sont très rares même à Montréal et à Hull où le caractère multiculturel les rend plus faciles. La seule variable qui suggère des contacts appréciables pour près d'un tiers des francophones est celle de la composition du quartier habité. Mais la présence de quelques membres de l'autre groupe dans un quartier ne garantit pas les contacts. Nous n'accordons donc pas beaucoup d'importance à cette variable.

Nous avons séparé les contacts selon leur caractère volontaire ou involontaire, mais cela n'a pas changé le résultat global; les contacts restent peu nombreux. Ils ne semblent d'ailleurs pas avoir changé de façon appréciable entre 1978 et 1990. Les francophones vivent essentiellement dans leur propre monde social, peuplé d'autres francophones.

En ce qui concerne les élèves allophones et anglophones, nous avons découvert que l'école francophone s'avère un moyen efficace pour canaliser leur vie sociale vers la majorité linguistique. Leurs contacts ne sont aucunement dominés par les réseaux anglophones, ce qui se comprend bien puisque la vie sociale des jeunes tend à se concentrer autour de l'école. Il faut évidemment tenir compte du fait que les anglophones de notre enquête sont bien particuliers. Non seulement ils se trouvent tous dans des établissements francophones, mais 80 % d'entre eux ont même déjà fréquenté un établissement francophone au primaire.

Nous avons trouvé des indications selon lesquelles la langue anglaise sert toujours de véhicule de communication important là où le français pose des difficultés. Ainsi, les conversations entre amis allophones de langues maternelles différentes se tiennent le plus souvent en anglais, même si, par leur présence dans un établissement francophone, ils doivent maîtriser le français.

L'image d'un monde scolaire francophone socialement autosuffisant et homogène constitue un contraste étonnant avec l'ouverture sur l'anglais que nous a révélée le chapitre précédent. Nous nous attardons à ce contraste dans les chapitres à venir.




haut