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Les jeunes et la langue - Tome 2

Les jeunes
et la langue

tome 2

Usages et attitudes
linguistiques des jeunes qui
étudient en anglais
(de la 4e année du secondaire
à la fin du collégial)

Uli Locher









Cette publication a été réalisée par
le Conseil de la langue française.

Cette édition a été produite par
Les Publications du Québec
1500 D, boul. Charest Ouest
Sainte-Foy (Québec)
GIN 2E5


Uli Locher


Sociologue d'origine suisse et professeur agrégé à l'Université McGill, Uli Locher est titulaire d'un doctorat de l'Université Yale aux États-Unis. Ses intérêts de recherches couvrent les migrations humaines aux Antilles et au Canada, ainsi que la démographie et les relations entre les groupes linguistiques au Québec. Le Conseil de la langue française a publié plusieurs de ses études portant sur les migrations des anglophones et le comportement linguistique des jeunes au Québec.

Uli Locher a collaboré avec l'Association des jeunes canadiens-français au projet « Vision d'avenir », qui a appliqué à l'échelle canadienne une partie de la problématique de l'étude « Conscience linguistique des jeunes Québécois ». Plus récemment, il a préparé, pour le Conseil exécutif du gouvernement du Québec et pour le Secrétariat d'État du gouvernement canadien, des rapports sur la situation et l'évolution de la minorité anglophone du Québec. Il a régulièrement rendu des services de consultant dans le cadre de l'aide bilatérale américaine et des agences internationales comme la Banque Mondiale.




Cette étude a été réalisée grâce à la collaboration et à l'appui financier du Secrétariat d'État, à Ottawa. La version anglaise de la présente publication est produite et diffusée par le ministère du Patrimoine canadien.




Dépôt légal 1994
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
ISBN 2-551-13613-X
ISSN 1189-7058
© Gouvernement du Québec




Présentation

Le Conseil de la langue française est heureux de mettre à la disposition du public les résultats de son enquête sur les comportements et les attitudes des jeunes qui étudient en anglais, de la 4e année du secondaire à la fin du cégep.

Signalons d'emblée que cette étude est le fruit d'une excellente collaboration avec le Secrétariat d'État à Ottawa. Je me permets de féliciter tout particulièrement Pierre Gaudet, Paule Doucet et Anita Paillard qui ont vu tout de suite l'intérêt de s'associer avec le Conseil pour mener à bien cette enquête.

Cette dernière avait pour but de mesurer les changements de comportements et d'attitudes à l'égard de la langue survenus au cours des 12 dernières années chez les jeunes Québécois étudiant en anglais.

Si la compétence en français de ces jeunes a augmenté significativement, l'usage de cette langue a régressé dans les six activités culturelles de l'indice, soit la télévision, la radio, les journaux, les revues, les livres et le cinéma. Comme l'écrit Uli Locher, l'école anglophone se trouve devant un défi particulier : « Un cloisonnement progressif juste au moment où une ouverture sur le Québec francophone pourrait être la condition de survie du Québec anglophone. »

Le défi est de taille, particulièrement quand la perception de l'avenir de sa communauté est négative. Il montre bien que le bilinguisme ne doit pas viser seulement une compétence linguistique, mais aussi une interpénétration culturelle et une socialisation dans les valeurs et attitudes de l'autre groupe.

Le président,
Pierre-Étienne Laporte





Avant-propos

Ce deuxième ouvrage de la série « Les jeunes et la langue1 » a pour objectif de présenter les données de l'enquête de 1991 dans les écoles et cégeps anglophones. Ces données concernent les comportements et les attitudes linguistiques des jeunes, ainsi que le contexte qui entoure et explique ce que les jeunes font et pensent. Ce qu'il y a de nouveau dans cette dernière phase des enquêtes est qu'il est dorénavant possible de faire, à la fois, des comparaisons synchroniques avec les résultats obtenus dans les écoles francophones et diachroniques avec les résultats de 1978-1979. Ces comparaisons montrent une vue fascinante de la situation linguistique au Québec, qui bouge dans un univers moins homogène qu'on ne le croirait.

Ce rapport veut être avant tout descriptif, bien qu'ici et là soient insérées des références qui permettent de situer les résultats dans un débat analytique plus large et plus académique. En règle générale, ces références se trouvent au début des chapitres.

Le cadre théorique et la méthodologie des enquêtes n'ont pas changé depuis 1983. Il y a donc quelques hypothèses et explications qui sont similaires dans tous les ouvrages. Elles sont résumées et citées à l'occasion, toujours avec le souci de ne pas surcharger ce rapport avec du matériel présenté dans les ouvrages précédents.

Je tiens à remercier un certain nombre de personnes dont l'aide a été indispensable à la réalisation de l'enquête. Ce sont, par ordre alphabétique, Karen Beaulieu, Manon Boisclair, Jean-Pierre Bourdeau, Lise Faubert, Ronald Gravel, Thomas Gsell, Lisa Heaton, Janusz Kaczorowski, Élaine Lachance, Pina La Novara, Barbara Locher, Lara Smith, Virginia Thomas, Stephen Trebble et Andrea Yampolsky.

Le financement de l'étude est venu de deux sources. Le Conseil de la langue française a appuyé financièrement toutes les études sur la conscience linguistique depuis 1978 et a donc permis l'accumulation d'un certain capital de connaissances, d'approches et de banques de données qui ont rendu plus efficace le travail effectué depuis 1990. Le Secrétariat d'État (Ottawa) a consenti à financer la moitié du coût de la dernière enquête, ce qui l'a rendue possible en période de récession et de compressions budgétaires. Je remercie ces organismes ainsi que les responsables du dossier, Pierre Georgeault à Québec, Paule Doucet et Anita Paillard à Ottawa.




1 Les deux tomes de la série « Les jeunes et la langue », qui traitent des usages et des attitudes linguistiques des jeunes à l'égard du français au Québec, s'inscrivent dans la lignée des quatre volumes de la série « Conscience linguistique des jeunes Québécois » (Bédard et Monnier, 1981; Georgeault, 1981; Locher, 1983a et 1983b). [retour au texte]




Enfin, je remercie tous les responsables et enseignants des établissements qui ont participé à l'enquête. Nous avons touché au comportement langagier des jeunes, un problème qui leur tient à cœur. Nous avons aussi touché à une problématique à la fois douloureuse et déchirante, l'avenir de l'anglais au Québec, qui est au centre même de leur identité et de leur dévouement quotidien. Sans l'enthousiasme des jeunes et de leurs enseignants, l'avenir du Québec serait bien plus sombre que ne le laissent croire nos données.

Uli Locher






Table des matières


Présentation
Avant-propos
Liste des tableaux
Chapitre 1
Problématique et méthodologie

1.1 Problématique
1.2 Cadre général et hypothèses
1.3 Méthodologie
1.3.1 Milieux d'enquête et échantillonnage
1.3.2 Continuité des études
1.3.3 Contenu du questionnaire
1.3.4 Collecte et préparation des données
1.3.5 Représentativité de l'échantillon

Chapitre 2
Milieu social des répondants

2.1 Milieu linguistique
2.2 Statut socio-économique
2.3 Migrations et statut migratoire
2.4 Comparaison avec l'échantillon de 1979
2.5 Conclusion

Chapitre 3
Attributs et compétences linguistiques

3.1 Langue maternelle et langue d'usage
3.2 Compétence linguistique en anglais
3.3 Compétence linguistique en français
3.4 Variations de la compétence linguistique
3.5 Comparaison avec les résultats de 1979
3.6 Conclusion

Chapitre 4
Usage du français et de l'anglais
dans les activités culturelles


4.1 Radio et télévision
4.2 Presse écrite et livres
4.3 Autres activités culturelles
4.4 Quelques déterminants de la consommation culturelle
en français et en anglais
4.5 Tendance depuis 1979
4.6 Conclusion

Chapitre 5
Contacts avec le Québec francophone

5.1 Contacts involontaires avec les francophones
5.2 Contacts volontaires avec les francophones
5.3 Déterminants des contacts avec les francophones
5.4 Comparaison avec les résultats de 1979
5.5 Comparaison avec les données des écoles francophones
5.6 Conclusion

Chapitre 6
Identification linguistique

6.1 Dimensions de l'identification linguistique
6.2 Présentation des données
6.3 Hypothèses de travail
6.4 Analyse des hypothèses
6.5 Tendance depuis 1979
6.6 Comparaison avec les données des écoles francophones
6.7 Conclusion

Chapitre 7
Image des francophones

7.1 Présentation des données
7.2 Hypothèses de travail
7.3 Analyse des hypothèses
7.4 Comparaison avec les résultats de 1979
7.5 Conclusion

Chapitre 8
Intentions de quitter le Québec

8.1 Intentions de départ
8.2 Causes de la migration
8.3 Mesures utilisées
8.4 Qui veut quitter le Québec?
8.5 Comparaison avec les écoles francophones
8.6 Conclusion

Chapitre 9
Force d'attraction de l'anglais et du français

9.1 Problématique
9.2 Langue d'enseignement et usages linguistiques
9.3 Effet du milieu scolaire
9.4 Comportement culturel unilingue
9.5 Recul du français
9.6 Conclusion

Chapitre 10
Conclusions

10.1 Rappel de la problématique
10.2 Limites de l'étude
10.3 Résumé des grandes tendances

Bibliographie

Annexe A Construction des indices

Annexe B Tableaux complémentaires

Annexe C Questionnaire de 1991





Liste des tableaux



Chapitre 1
1.1 Nombre de répondants selon la région d'enquête, l'établissement et la langue maternelle

Chapitre 2
2.1 Langue parlée à la maison selon la région d'enquête
2.2 Langue maternelle des répondants selon la langue maternelle de leurs parents, et distribution selon la langue maternelle
2.3 Distribution des répondants selon la classe socio-économique actuelle et la classe envisagée dans dix ans
2.4 Statut socio-économique visé par les répondants par rapport au statut de leurs parents
2.5 Lieu de naissance des répondants et de leurs parents, région de Montréal et autres régions
2.6 Pourcentage des répondants et de leurs parents nés au Québec selon la langue maternelle
2.7 Comparaison des échantillons de 1979 et de 1991

Chapitre 3
3.1 Distribution des répondants selon la langue maternelle et la langue d'usage
3.2 Auto-évaluation de la compétence en anglais selon la langue maternelle
3.3 Auto-évaluation de la compétence en français selon la langue maternelle
3.4 Moyennes de compétence linguistique en anglais et en français selon la langue maternelle, l'ordre d'enseignement et le sexe
3.5 Moyennes de compétence en français selon la langue maternelle et la région d'enquête
3.6 Moyennes de compétence en français dans la région d'enquête de Montréal selon la langue maternelle et le statut socio-économique
3.7 Langue maternelle et langue d'usage : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991
3.8 Moyennes de compétence linguistique selon la langue maternelle et la langue d'usage : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991

Chapitre 4
4.1 Pourcentage d'élèves écoutant la radio être gardant la télévision uniquement ou surtout en anglais selon la langue maternelle et la région d'enquête
4.2 Pourcentage d'élèves regardant certaines émissions de télévision uniquement ou surtout en anglais selon la langue maternelle
4.3 Pourcentage d'élèves lisant uniquement ou surtout en anglais selon le type de lecture et la langue maternelle
4.4 Pourcentage de participation à certaines activités culturelles uniquement ou surtout en anglais selon la langue maternelle
4.5 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles selon la langue maternelle, la langue d'usage et la compétence en français
4.6 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles selon la région d'enquête et la langue maternelle : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991

Chapitre 5
5.1 Pourcentage d'élèves ayant certains types de contacts involontaires avec les francophones selon la langue maternelle
5.2 Pourcentage d'élèves ayant certains types de contacts volontaires avec les francophones selon la langue maternelle
5.3 Les amis des allophones : langue maternelle et langue d'usage entre amis à Hull et à Montréal
5.4 Moyennes des contacts avec les francophones selon la région d'enquête et la langue maternelle
5.5 Moyennes des contacts avec les francophones selon la langue maternelle, le sexe, l'ordre d'enseignement, le statut social des parents et le lieu de naissance
5.6 Pourcentage d'élèves anglophones à Montréal et à Hull ayant certains contacts involontaires avec les francophones : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991
5.7 Moyennes des contacts involontaires avec les francophones selon la région d'enquête et la langue maternelle : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991

Chapitre 6
6.1 Identification linguistique des anglophones : distribution des réponses à six questions, en pourcentages
6.2 Attitudes des anglophones quant à la situation du français au Québec : distribution des réponses à cinq questions, en pourcentages
6.3 Appréciation de l'évolution linguistique au Québec et au Canada : réponses des anglophones à cinq questions, en pourcentages
6.4 Moyennes d'identification linguistique des anglophones selon la région d'enquête et les contacts avec les francophones
6.5 Moyennes d'identification linguistique des anglophones selon cinq formes de contacts avec les francophones
6.6 Moyennes d'identification linguistique des anglophones selon la région d'enquête et trois indicateurs de statut social
6.7 Moyennes d'identification linguistique des anglophones selon leur compétence en français et leur usage du français dans les activités culturelles
6.8 Sentiment de menace et identification linguistique des anglophones : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991

Chapitre 7
7.1 Composantes de l'image des francophones : distribution des réponses à quatre questions, en pourcentages
7.2 Variation de l'image des francophones selon la langue maternelle, le lieu de naissance et le statut socio-économique
7.3 Variation de l'image des francophones selon la langue maternelle et quatre mesures des contacts avec les francophones
7.4 Variation de l'image des francophones selon la langue maternelle, l'identification linguistique et l'usage du français dans les activités culturelles
7.5 Variation de l'image des francophones selon la langue maternelle et la région d'enquête : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991

Chapitre 8
8.1 Lieu de travail prévu dans dix ans selon la langue maternelle
8.2 Pourcentage d'élèves qui prévoient travailler hors Québec dans dix ans selon le sexe, l'âge, l'origine et la langue maternelle des parents
8.3 Pourcentage d'élèves qui prévoient travailler hors Québec dans dix ans selon la langue maternelle et la compétence en français
8.4 Lieu de travail prévu dans dix ans selon la langue maternelle : comparaison des données des écoles francophones et anglophones

Chapitre 9
9.1 Moyennes d'usage du français et de l'anglais selon la langue maternelle et la langue d'enseignement : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991
9.2 Pourcentage d'élèves qui privilégient exclusivement le français ou l'anglais dans leurs activités culturelles selon la langue maternelle et la langue d'enseignement : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991

Annexe B
B-1 Distribution de l'échantillon selon l'âge, le sexe et la classe
B-2 Moyennes d'usage du français dans les activités culturelles selon la langue maternelle, l'ordre d'enseignement, le sexe, le statut socio-économique, le niveau de scolarité des parents et les aspirations éducationnelles et occupationnelles
B-3 Moyennes d'usage du français dans six activités culturelles selon la langue maternelle et la langue d'usage : comparaison des échantillons de 1979 et de 1991
B-4 Distribution de l'échantillon selon le degré d'identification linguistique, l'image des francophones et la langue maternelle
B-5 Moyennes de l'indice de contacts volontaires avec les francophones selon l'usage du français dans les activités culturelles : élèves francophones de l'échantillon de 1991
B-6 Pourcentage d'élèves qui prévoient travailler hors Québec dans dix ans selon la langue mate le statut socio-économique des parents et les aspirations de mobilité socio-économique des élèves : comparaison des échantillons de l'(écoles francophones) et de 1991 (écoles anglophones)
B-7 Pourcentage d'élèves qui prévoient travailler hors Québec dans dix ans selon la langue maternelle, le statut socio-économique des parents et le statut socio-économique visé par les élèves
B-8 Moyennes de contacts involontaires selon la langue maternelle : comparaison des écoles anglophones et francophones (Montréal et échantillon complet)
B-9 Moyennes de contacts volontaires selon la langue maternelle : comparaison des écoles anglophones et francophones (Montréal et échantillon complet)





Chapitre 1
Problématique et méthodologie



1.1 Problématique

Une nouvelle génération d'adolescents et de jeunes adultes fréquente aujourd'hui les écoles et les cégeps du Québec, une génération qui ne se souvient guère du Québec d'avant la Charte de la langue française. La Charte touche non seulement la sélection des jeunes qui peuvent poursuivre leurs études en anglais ou en français, mais aussi le contenu des études, l'atmosphère dans les établissements et les choix de carrière. Ce dernier élément prend une signification toute particulière dans le réseau anglophone. Les jeunes doivent se demander, tout comme les pédagogues et les politiciens, si le bagage acquis à l'école anglophone suffira pour réussir une entrée sur le marché du travail au Québec.

Les études sur la conscience linguistique des jeunes Québécois ont visé dès le début un champ de recherche double. D'une part, elles ont essayé de capter les perceptions et les attitudes des jeunes relativement à la situation du français au Québec. D'autre part, elles ont décrit le comportement linguistique des jeunes dans leurs activités et réseaux sociaux autant que dans leurs activités culturelles. Cela avait comme finalité de déterminer si les jeunes étaient prêts à prendre la relève de ceux dont les efforts ont abouti dans la Charte. Percevaient-ils les enjeux auxquels faisait face leur langue? Vivaient-ils cette francisation dont tout le monde parle?

Les études sur la conscience linguistique de 1978 et de 1979 nous ont aidés à comprendre les jeunes de l'époque. Le moment est maintenant venu de reprendre cette initiative de description et d'analyse, de mesurer les attitudes et comportements de cette nouvelle génération de jeunes dont la conscience linguistique s'est formée dans un Québec officiellement unilingue.

Cet ouvrage s'intéresse aux jeunes fréquentant les établissements anglophones. Ces jeunes ont vécu la réalité tourmentée et conflictuelle des années passées d'une manière toute particulière. Les progrès du français ont conduit à un questionnement radical sur ce qu'une école anglophone devrait être et devrait produire. Le résultat de ce questionnement est maintenant évident : cette école veut produire des individus capables de vivre et de s'épanouir dans un Québec français. C'est de cette intention que découle l'intérêt d'entamer une nouvelle phase de ces études. Quels sont les changements survenus depuis 1979? Les jeunes d'aujourd'hui sont-ils plus capables de « fonctionner » en français, de franchir le mur qui sépare les « deux solitudes » et de prendre en main leur vie et leur carrière dans un environnement qui ne les favorise pas?

Nous reprenons, dans cette nouvelle phase des études sur la conscience linguistique, la problématique des phases antérieures. Pour ces enquêtes, la « conscience linguistique » comprend les dimensions suivantes :

  1. la connaissance des faits linguistiques;

  2. la capacité de porter des jugements sur la situation linguistique;

  3. les habitudes et comportements linguistiques.

Ces dimensions regroupent des éléments d'information tout autant que des émotions, des intérêts, des motivations et des comportements. Elles nous permettent de cerner non seulement l'usage du français, mais aussi le contexte dans lequel cette langue peut être employée ou délaissée en faveur de l'anglais.

Si la problématique de base est demeurée la même, le contexte, lui, a changé depuis 1979. La population de langue maternelle anglaise fait présentement l'expérience de rien de moins qu'une véritable catastrophe démographique : son effectif a diminué de plus d'un tiers en quinze ans. Cette tendance a exercé une pression formidable sur les écoles anglophones, dont un grand nombre ont déjà été forcées de fermer leurs portes. La préoccupation du déclin démographique teinte tout ce qui se passe en milieu anglophone. Fréquenter ces écoles et cégeps, c'est participer à une expérience des plus décourageantes, dans ce que beaucoup perçoivent comme une lutte pour la survie de l'anglais au Québec. Si ces idées sont véhiculées dans les écoles, nous devons nous attendre à ce qu'elles laissent des traces dans les perceptions et les comportements des jeunes.

Un autre élément du contexte qui a changé depuis 1979, c'est la rentabilité relative de l'anglais et du français. Les jeunes se posent beaucoup de questions à ce sujet et leur évaluation de la tendance coïncide avec celle faite par les spécialistes : si l'on veut miser sur sa compétence en français dans un marché du travail québécois, les chances sont meilleures maintenant qu'en 1979. Si, par contre, on vise à tirer le maximum de sa compétence en anglais, il vaudrait mieux se tourner vers le Canada anglais.

L'étude de 1991 reprend toute la problématique de celle de 1979 et elle y ajoute certains aspects qui se résument ainsi :

  • Le milieu linguistique n'est plus vu comme une variable centrale; il devient lui-même un sujet à explorer. Nous examinons, par exemple, l'influence des contacts hors groupe sur les comportements qu'on trouve typiquement dans un milieu.

  • Une dimension diachronique est ajoutée aux analyses, en comparant systématiquement les résultats de 1991 à ceux de 1979.

  • Une dimension synchronique est également ajoutée : c'est la comparaison avec les résultats des enquêtes menées dans les écoles francophones. Cette comparaison présente un intérêt tout particulier dans le cas des élèves qui ne sont pas scolarisés dans leur langue maternelle.

  • La conscience linguistique, élément unificateur un peu vague dans les études antérieures, est transformée en concept théorique plus précis dont nous essayons de comprendre les déterminants et le cadre social.

  • Pour mieux préciser la conscience linguistique, nous tenterons de mieux « opérationnaliser » ses composantes. Ainsi, les connaissances, attitudes et comportements devront être regroupés en trois dimensions cohérentes et statistiquement indépendantes.

  • La façon de mesurer certaines variables a été améliorée. Ces modifications, mineures dans leur ensemble, concernent surtout l'usage du français et les contacts hors groupe.

Nous élaborerons des hypothèses tout au long de l'étude, mais il est d'ores et déjà évident que la tension entre le « moi » et le « nous » dans l'identification linguistique devra refaire surface à maintes reprises. La majorité des jeunes Québécois de notre échantillon sont anglophones, mais il y a aussi de fortes minorités francophones et allophones. Ils ne constituent ni une collectivité culturellement intégrée ni un peuple, historiquement parlant. Ce que ces jeunes ont en commun, c'est qu'ils fréquentent les établissements anglophones. Ces établissements manqueraient à leur devoir et à leur vocation s'ils ne parvenaient pas à transmettre les compétences, valeurs et comportements du monde anglophone. C'est un défi de taille : combiner l'intégration linguistique d'une clientèle hétérogène avec un contexte politique où l'anglais a perdu beaucoup de son avantage.

1.2 Cadre général et hypothèses

Dans le sens le plus général, ces études analysent l'ajustement de la jeunesse québécoise au contexte linguistique en évolution. Cette problématique d'ajustement au contexte, de l'évolution des comportements en fonction d'un milieu linguistique, fut à la base des études de 1978 et de 1979. Depuis, nous avons élargi ce cadre analytique en privilégiant les caractéristiques propres à l'individu, telles que la compétence linguistique, l'identification avec un groupe et les contacts hors groupe, comme déterminants de la conscience linguistique. L'étude actuelle, la quatrième de la série, pousse cette question encore plus loin en comparant systématiquement les influences des milieux à celles des caractéristiques individuelles. C'est ainsi que nous réservons un chapitre à la force d'attraction de l'anglais et du français et à la comparaison des effets des milieux anglophone et francophone.

Suivant la tradition sociologique, nous prétendons d'abord qu'il n'y a pas eu de changement entre 1979 et 1991. Nous posons donc l'hypothèse dite « nulle » pour ensuite découvrir s'il y a des éléments qui nous permettent de l'écarter. Nous nous attendons à confirmer les résultats de 1979 et à retrouver une grande stabilité des attitudes et comportements. Voici le résumé des grandes tendances de 1979, présentées dans chaque cas sous forme d'une hypothèse et d'un commentaire.

Bilinguisme et compétences linguistiques

Hypothèse 1

Le bilinguisme, tant individuel qu'institutionnel, continue sa progression.

De nombreuses études ont montré l'aspect institutionnel du bilinguisme du côté des anglophones. Leur effectif dans les écoles d'immersion et dans les écoles francophones ne cesse d'augmenter. Le côté individuel de la chose est plus difficile à démontrer. Est-ce qu'il y aurait vraiment augmentation des connaissances? Est-ce que les interlocuteurs se sentent plus à l'aise dans « l'autre » langue qu'il y a 10 ou 15 ans?

Hypothèse 2

Le bilinguisme progresse surtout du côté francophone, tandis que l'unilinguisme des anglophones dans leur propre milieu reste constant.

Si cette hypothèse devait se confirmer, la conclusion s'imposerait que c'est l'école anglophone même qui constitue l'obstacle au rapprochement entre les deux grands blocs linguistiques. La question se poserait alors de savoir si cette école équipe ses diplômés pour une carrière au Québec ou ailleurs. Avant 1977, on pouvait encore penser que l'unilinguisme ne nuirait pas trop à la carrière d'un anglophone au Québec. Vu le coût important de l'unilinguisme anglophone dans le Québec actuel, on ne peut que conclure que l'école qui formerait de tels unilingues les formerait pour une carrière hors Québec.

Usages linguistiques et activités culturelles

Hypothèse 3

L'anglais continue à dominer les activités des non-francophones. Les jeunes dans les écoles anglophones vivent dans un monde culturel autosuffisant.

L'effet « reproducteur » de l'école anglophone est facile à démontrer. Ce qui est plus intéressant est de s'interroger sur l'effet de l'intégration des élèves allophones dans les réseaux anglophone et francophone. Y a-t-il un effet comparable des deux côtés? Et qu'est-ce qui arrive aux jeunes anglophones scolarisés en français?

Contacts entre les groupes linguistiques

Hypothèse 4

L'ensemble des contacts hors groupe est faible, mais il est en train d'augmenter, surtout dans les régions mixtes comme Montréal.

La réalité de la ségrégation linguistique ainsi que la perception des « deux solitudes » nous suggèrent que les contacts entre anglophones et francophones sont faibles. L'hypothèse de base serait donc que seuls les allophones auraient des contacts hors groupe forts. Or, les migrations récentes, la législation linguistique et les ajustements faits par les anglophones ont influencé les rapports entre les groupes. S'il y a eu augmentation des contacts comme résultat, il reste à voir si le poids de l'ensemble des contacts s'est déplacé vers le français ou vers l'anglais; les deux sont possibles.

Hypothèse 5

Il y a un lien étroit et positif entre compétence et comportement linguistiques, d'une part, et contacts hors groupe, d'autre part.

La théorie du multiculturalisme, tout comme les politiques de francisation, ont toujours soutenu qu'une maîtrise adéquate de l'autre langue permettrait une meilleure appréciation et un rapprochement entre les groupes linguistiques. Cette hypothèse est à vérifier à nouveau, non seulement à cause de son importance politique évidente, mais aussi parce qu'elle ne s'est confirmée que très partiellement dans les études antérieures. Nous avons amélioré les mesures en vue de la vérification de cette hypothèse.

Attitudes envers la francisation

Hypothèse 6

Les jeunes non francophones sont convaincus que le français progresse au Québec et que l'anglais y est menacé.

Les réactions des anglophones relativement à la francisation perçue comme inévitable peuvent aller de l'adaptation complète de ceux qui se sont carrément inscrits à l'école francophone jusqu'au refus complet de ceux qui n'attendent que leur diplôme pour pouvoir quitter le Québec. Dans le passé, nous avons parfois vu une certaine cohérence entre les attributs personnels et le désir de quitter le Québec : mieux on est adapté au Québec francophone, plus on prévoit y rester. Il reste à voir si le déclin rapide du Québec anglophone a pu influencer cette tendance.

1.3 Méthodologie

1.3.1 Continuité des études

Pour assurer la comparabilité des données, l'étude de 1991 a dû respecter le plus possible la méthodologie établie en 1979. Avant tout, il fallait retourner dans les mêmes milieux d'enquête pour pouvoir observer leur évolution. Nous avons donc sélectionné les mêmes écoles et établissements d'enseignement collégial qu'en 1979 et nous n'avons pas eu un seul refus de leur part. Ce point n'était pourtant pas évident. Dans le climat constitutionnel contentieux et après les expériences désagréables que la Commission des écoles catholiques de Montréal et le Protestant School Board of Greater Montreal ont eues lors de certains sondages, obtenir les permissions était la tâche la plus difficile de toute l'enquête. La seule modification de l'échantillon consiste en l'addition de deux écoles secondaires (en Gaspésie et à Montréal) pour compenser la chute de l'effectif de deux écoles de l'ancien échantillon. Ces écoles représentent les mêmes milieux que celles dont l'effectif avait chuté.

Il fallait ensuite, dans des limites raisonnables, maintenir la même structure du questionnaire et les mêmes formulations qu'en 1979. Nous avons néanmoins retiré certaines questions qui n'avaient pas porté fruit en 1979 et en avons ajouté d'autres pour permettre plus de comparaisons avec le questionnaire utilisé en 1990 dans les écoles francophones.

Finalement, nous avons tenté de reprendre, du moins comme point de départ, la même démarche analytique, de reproduire les mêmes distributions, corrélations et indices et de présenter un texte qui incluait les mêmes thèmes tout en élargissant çà et là la problématique. C'est sous cet aspect que le présent volume diffère le plus de ses prédécesseurs : il combine la description d'une situation (tomes I, II et III de la série « Conscience linguistique des jeunes Québécois ») avec l'approche comparative (tome IV) tout en y ajoutant une analyse diachronique (tome I de la série « Les jeunes et la langue »). Ces comparaisons synchroniques et diachroniques constituent un élément central de cette étude; elles se retrouvent vers la fin de plusieurs chapitres. Il ne s'agira d'ailleurs pas d'une simple présentation de certaines différences entre les échantillons. Le plus important, c'est de voir si l'influence de certaines variables s'est maintenue d'une période et d'un réseau à l'autre.

1.3.2 Milieux d'enquête et échantillonnage

Cinq critères de sélection avaient déterminé le choix des milieux d'enquête en 1979; nous les avons retenus en 1991.

  • Diversité linguistique de la population selon le recensement de 1971. À Montréal, on a, de plus, cherché trois subdivisions représentant une proportion importante de francophones, d'anglophones et d'allophones. Hull fut choisie à cause de sa proximité d'une frontière linguistique; Québec, Gaspé et l'Estrie représentent les autres régions où l'on trouve des concentrations diverses d'anglophones.

  • Homogénéité du niveau socio-économique des cinq milieux selon la médiane du revenu des ménages en 1971. On voulait ainsi éliminer l'influence des variations selon le statut économique et rendre les milieux plus comparables.

  • Dispersion sur le territoire du Québec. On recherchait à la fois des régions centrales et marginales du point de vue géographique.

  • Présence dans le milieu d'au moins une polyvalente et un cégep. Notons que cet objectif a été atteint partout, sauf en Estrie.

  • Taille de la clientèle. Les établissements choisis devaient permettre des sous-échantillons d'au moins 300 élèves. Cet objectif a été mieux atteint en 1991 qu'en 1979, même si certains compromis se sont toujours imposés, soit à cause de l'effectif réduit d'une école, soit à cause des contraintes de l'échéance de l enquête.

L'application de ces cinq critères a permis la sélection des régions d'enquête et des établissements présentés dans le tableau 1.1.

L'enjeu linguistique de la francisation est concentré à Montréal. Ce milieu est bien couvert par l'échantillon. À l'intérieur du milieu, nous avons toujours échantillonné au hasard pour être sûrs de bien couvrir et la population et les milieux ciblés. À l'intérieur de chaque établissement choisi, nous avons échantillonné les élèves au hasard, par classes entières. Nous avons assuré les établissements participants que l'anonymat serait préservé par une présentation des données ne permettant jamais d'identifier une école ou un établissement d'enseignement collégial.

La langue maternelle, tout comme l'origine ethnique, n'est pas une variable sans ambiguïté. Près de 2 % des élèves de l'échantillon ont indiqué une double langue maternelle (par exemple, anglais et italien), ce dont nous n'avons pas toujours pu tenir compte. Dans la plupart des cas, nous avons tranché en attribuant au répondant une langue maternelle selon sa langue d'usage ou selon la langue maternelle des parents. Nous avons d'ailleurs l'impression que les statistiques scolaires, par souci d'efficacité ou conformément au désir parental, ont tendance à favoriser les réponses « anglais » ou « français » à la question de la langue maternelle, tandis que la formulation de notre question a pu favoriser les réponses combinées. Quoi qu'il en soit, la partie montréalaise de l'échantillon représente bien les racines diverses de la population métropolitaine.



Tableau 1.1
NOMBRE DE RÉPONDANTS SELON LA RÉGION D'ENQUÊTE,
L'ÉTABLISSEMENT ET LA LANGUE MATERNELLE


1.3.3 Contenu du questionnaire

Le questionnaire (reproduit en annexe) couvre les dimensions suivantes :

Usages linguistiques
Q17 à 40 Activités culturelles telles que lire, écouter la radio et regarder la télévision;
Q41, 42 Langue parlée à la maison
Q46b à 49, 106 Langue utilisée avec les copains et amis et dans des associations
Contacts avec les francophones
Q43, 44 Population du quartier et des commerces;
Q50 à 52 Copains et amis
Q105 Associations et activités
Q108, 109 Milieu de travail.
Attitudes relatives à l'usage, à la situation et à l'avenir
du français et de l'anglais
Q45 Réaction à l'usage du français;
Q55, 63, 64, 67, 69, 71, 72, 74, 93, 94, 112, 113 Opinions et attitudes;
Q57, 59, 62, 75 Prévisions.
Attitudes concernant les francophones
Q119 à 122 Attitudes concernant la xénophobie et le respect.
Opinions et choix personnels concernant l'usage de l'anglais
Q56, 58, 60, 61, 65, 66, 68, 70, 73, 92 Choix et opinions;
Q95 à 98 Anticipations.
Degré d'information sur la situation linguistique
Q111 Auto-évaluation du degré des connaissances;
Q114, 115 Lois linguistiques;
Q116 à 118 Importance démographique des groupes linguistiques
Caractéristiques des répondants
Q1 à 16 Information de base concernant les répondants et leurs parents;
Q77 à 84, 99 à 133 Maîtrise du français et de l'anglais;
Q85, 89, 90 Aspirations scolaires et occupationnelles;
Q86, 88, 91, 123 à 125 Intentions et motivations migratoires

En plus des questions formelles et le plus souvent précodées, le questionnaire offrait la possibilité d'ajouter des commentaires libres et beaucoup d'élèves se sont prévalus de cette option. Nous n'avons pas fait d'évaluation quantitative de ce matériel, mais nous en tenons parfois compte dans l'interprétation de certaines attitudes. Beaucoup plus que les réponses formelles, ces commentaires nous permettent de juger du degré d'ambivalence, de frustration et d'hostilité qui marque parfois les relations entre les groupes linguistiques. Pour plusieurs, le symbolisme de la langue évoque des attachements et des émotions qu'on trouve rarement en dehors des cercles familiaux et ethniques. L'enquête a clairement touché au vif du vécu et de l'identité des Jeunes.

1.3.4 Collecte et préparation des données

L'enquête a été effectuée au cours de l'automne de 1991 auprès des jeunes des 19 écoles et établissements d'enseignement collégial déjà énumérés. Une équipe d'assistants a supervisé l'administration des questionnaires pendant une période de classe. La sélection des répondants s'est faite, comme en 1979, par classes entières, suivant un échantillonnage au hasard, avec l'assistance de la direction de l'établissement. L'élimination des questionnaires trop incomplets et l'épuration du fichier nous ont laissé un total de 4 082 répondants. Une fois que le Conseil de la langue française aura terminé ses analyses, ces données seront accessibles sur demande aux chercheurs intéressés.

1.3.5 Représentativité de l'échantillon

L'enquête de 1991 visait deux objectifs principaux, soit de décrire l'évolution des attitudes et des comportements des jeunes dans les milieux cernés en 1979 et de dresser un portrait de la situation en 1991. Tout comme en 1979, l'échantillon de 1991 fut tiré au hasard à l'intérieur des établissements; ces deux échantillons sont donc représentatifs de ces établissements individuels et de leur ensemble. La sélection des établissements a suivi un dessein préétabli qui inclut tous les principaux milieux linguistiques. L'échantillon ne représente donc pas la population scolaire du Québec, mais celle de ces milieux. L'équipe qui avait fait la planification initiale de toutes ces études avait d'ailleurs réalisé un travail considérable pour établir un « indice de francité » de chaque milieu et pour guider la sélection des écoles et cégeps (Bédard et Monnier, 1981, p. 26-28; Georgeault, 1981, p. 27-28, 103-123). Nous avons pu vérifier à nouveau en 1990 et en 1991 la plupart des éléments de cet indice pour confirmer sa validité.

La comparaison directe des résultats entre 1979 et 1991 peut se faire sans problème, même si nous incluons deux établissements qui n'avaient pas participé à la première phase de la recherche; ces deux écoles ont été sélectionnées dans les mêmes commissions scolaires et milieux que les deux écoles dont il fallait compléter l'effectif. Cette comparaison simple n'est pourtant que d'un intérêt limité puisqu'elle ne permet pas de distinguer deux phénomènes qu'il ne faut pas confondre. Le premier est-ce que les sociologues appellent « l'effet de sélection » dû aux changements de la clientèle. Le second reflète un vrai changement d'attitudes ou de comportements de la part des élèves. Il est plus pertinent de poser des questions plus précises du genre : « Comment un type d'élève s'est-il comporté en 1979 et comment se comporte-t-il en 1991? » Cette sorte de démarche analytique permet non seulement de fournir des résultats dont les conséquences sociologiques et politiques sont évidentes, mais elle a aussi l'avantage d'être efficace et légitime du point de vue méthodologique.

L'échantillon de 1991 se prête bien à certains types d'analyse et moins bien à d'autres. Voici, en résumé, ce que cet échantillon particulier, en combinaison avec le questionnaire légèrement modifié, nous permet de faire (nous ajoutons, entre parenthèses, la raison principale qui justifie le type d'analyse proposé) :

  • décrire les principales formes de comportements linguistiques et les mettre en relation avec les variables dites structurelles (parce que toutes ces variables sont traitées de manière plus complète que dans la plupart des études);

  • montrer quelles sont les formes de comportements qui prévalent dans certains milieux (parce que les principaux milieux sont bien représentés);

  • distinguer l'influence du milieu de celle d'autres variables qu'on pourrait confondre avec le milieu (parce que les variables concernant les contacts hors groupe sont comprises);

  • introduire plusieurs variables de contrôle à la fois (parce que l'échantillon est assez large);

  • tester les hypothèses et résultats d'autres études dans des milieux et sous populations différents (parce que l'échantillon comporte plus de répondants et plus de variabilité que la plupart des études antérieures);

  • analyser les attitudes et comportements langagiers dans certains milieux sociaux spécifiques qui, normalement, ne sont pas représentés de façon adéquate, par exemple les milieux d'intellectuels, le milieu essentiellement métropolitain, le milieu proche d'une frontière politique et culturelle, etc.

Il y a aussi, par ailleurs, certains types d'analyse qui sont à exclure parce que l'échantillon ne s'y prête tout simplement pas, par exemple :

  • la généralisation des résultats à la totalité des jeunes Québécois (parce que les non-scolarisés, les décrocheurs, les jeunes ouvriers et chômeurs, les élèves des pensionnats et ceux de plusieurs autres milieux sont exclus);

  • les analyses visant une relation causale entre la scolarisation en anglais et certains effets concourant à l'intégration des francophones et des allophones (parce qu'il n'y a pas eu d'échantillonnage simultané et intégral des groupes scolarisés en français);

  • les études détaillées du comportement des allophones (parce que l'échantillon n'a pas la taille nécessaire pour tenir compte de la grande variabilité interne de cette catégorie de répondants).

En ce qui concerne le portrait de la situation en 1991, notre description devra être complétée par l'étude des recensements et des enquêtes plus spécialisées. Ce que nous espérons présenter, c'est un inventaire des grandes tendances qui s'appliquent à la majeure partie de la jeunesse québécoise et aux principaux milieux linguistiques. Pour certains aspects, nous pensons même que l'enquête de 1991 a produit la documentation la plus complète de toutes les grandes études sociolinguistiques effectuées au Québec depuis 1980; ceci est le cas surtout pour l'usage du français et de l'anglais dans les activités culturelles et pour les contacts hors groupe. Mais il est important de rester prudent quant à une extrapolation des résultats à l'ensemble de la jeunesse québécoise. Une telle extrapolation n'était pas visée par l'enquête, ni en 1979 ni en 1991.






Chapitre 2
Milieu social des répondants



2.1 Milieu linguistique

La grande majorité des élèves vivent encore dans la maison parentale. La langue d'usage y est le plus souvent l'anglais (68 %), mais le français (12,8 %) et les autres langues (17,2 %) sont aussi bien représentés. Ces chiffres ne donnent pas d'image complète du bilinguisme et même du trilinguisme qui est typique dans certains milieux. Dans 1,9 % des ménages, on parle anglais et français et dans 1,6 %, on trouve d'autres combinaisons de langues (tableau 2.1), sans mentionner que les ménages allophones connaissent presque toujours l'une des langues officielles du Canada. Il se peut que l'école anglophone du futur soit plus homogène, mais celle d'où est tiré l'échantillon est encore peu touchée par les effets de la « loi 101 ». Les allophones qui avaient déjà commencé leurs études en 1978 ou dont une soeur ou un frère était déjà dans une école anglophone ont pu profiter des exceptions de la loi. Ceci explique que notre échantillon représente une population multiculturelle.

Nous ne donnons ici qu'un aperçu du milieu linguistique des élèves, la discussion des transferts linguistiques étant réservée pour le prochain chapitre. Mais l'hétérogénéité de l'échantillon est déjà très évidente. Une minorité seulement des pères (40,6 %) et des mères (42,7 %) sont de langue maternelle anglaise et même chez les élèves, la majorité n'est pas très forte (56,6 %). En fait, moins du tiers (30,1 %) des élèves ont deux parents anglophones tandis que plus du tiers (34,5 %) proviennent de foyers entièrement allophones (quoique pas nécessairement homogènes). Il est étonnant de voir, par ailleurs, que les élèves dont au moins l'un des deux parents est francophone sont très bien représentés (30,2 %) dans les écoles anglophones, chiffre qui comprend 9,1 % de répondants d'origine entièrement francophone (quoique pas nécessairement québécoise).

Les tableaux 2.1 et 2.2 présentent une population scolaire hétérogène et multiculturelle. On a pourtant intérêt à ajouter immédiatement que cette situation se limite presque entièrement à la métropole de Montréal. Dans les régions de Hull, de l'Estrie et de la Gaspésie, l'effectif est à forte dominance anglophone et ce qui frappe dans les écoles anglophones de Québec, ce n'est pas le multiculturalisme, mais la forte présence du français comme langue d'usage (50,9 %).



Tableau 2.1
LANGUE PARLÉE À LA MAISON SELON LA RÉGION D'ENQUÊTE


Tableau 2.2
LANGUE MATERNELLE DES RÉPONDANTS SELON LA LANGUE MATERNELLE DE LEURS PARENTS, ET DISTRIBUTION SELON LA LANGUE MATERNELLE


L'exogamie linguistique a normalement joué en faveur de l'anglais. Lorsqu'un des parents est anglophone et l'autre francophone, l'enfant est devenu anglophone dans 73,8 % des cas; lorsque l'autre parent est allophone, ce chiffre monte même à 88,7 %. Pour un parent francophone, les chiffres comparables ne sont que 26,1 % et 44,3 %. Il est donc évident que, dans la population qui fréquente les écoles anglophones, l'adaptation linguistique, si nécessaire, se fait très souvent en direction de l'anglais; les changements intergénérationnels et les transferts linguistiques vont dans ce sens. Nous verrons plus tard l'un des éléments explicatifs de cette tendance, soit la force d'attraction de la langue et de la culture anglo-américaines. Mais il n'est pas exclu qu'il puisse y avoir aussi un effet de sélection. Il se pourrait que les familles engagées dans une adaptation vers le français n'envoient plus leurs enfants à l'école anglophone.

2.2 Statut socio-économique

La plupart des études sociologiques se basent sur les variables occupation, éducation et revenu pour déterminer le statut socio-économique d'un individu. Puisque l'information sur le revenu ne s'obtient pas facilement — et certainement pas indirectement par l'intermédiaire des enfants —, nous avons opté pour l'emploi d'une échelle socio-économique connue sous le nom d'indice de Blishen (Blishen, Carroll et Moore, 1987). Cet indice a l'avantage de faire le lien entre le prestige des occupations, leurs préalables scolaires et les revenus associés normalement à des positions particulières. Il exige une codification bien soigneuse, mais permet d'exclure toute question directe sur le revenu.

Pour faire la codification, nous avons suivi certaines conventions bien acceptées dans ce genre d'études, soit :

  • le statut des parents est utilisé comme indicateur du statut actuel des enfants;

  • les catégories de Blishen de même que celles de Statistique Canada sont utilisées pour la codification des occupations;

  • la vérification des codes s'est basée sur les niveaux d'éducation indiqués dans le questionnaire;

  • le premier des quatre chiffres de l'indice de Blishen sert à établir les classes Blishen :

  • dans le cas où les deux parents étaient sur le marché du travail, nous avons retenu celui des deux codes qui était supérieur plutôt que d'établir une moyenne qui ne signifierait rien;

  • les individus qui ne se trouvent pas sur le marché du travail sont exclus, mais le statut parental peut être calculé lorsqu'au moins un des parents est — ou était au moment de sa mort — sur le marché du travail;

  • nous avons intégré les occupations placées au sommet de la classification de Blishen (avocats, juges et médecins) à la classe 7, même si l'indice originel les traite de manière très particulière en leur donnant la classe 10.

À première vue, le tableau 2.3 révèle une distribution bien harmonieuse de la position socio-économique des parents, avec une forte prédominance de la classe moyenne. La médiane se trouve dans la classe 4, celle qui comprend bon nombre d'occupations non manuelles sans prestige particulier. Ce qui frappe, c'est que la deuxième colonne ne se conforme guère à la première. Les jeunes semblent viser au-delà de ce que les parents ont réussi dans leur vie, même si ces parents, compte tenu de leur âge, se trouvent probablement près du sommet de leur carrière. Nous faisons donc face à une jeunesse fort ambitieuse qui rêve d'aller plus loin que les parents.



Tableau 2.3
DISTRIBUTION DES RÉPONDANTS
SELON LA CLASSE SOCIO-ÉCONOMIQUE ACTUELLE
ET LA CLASSE ENVISAGÉE DANS DIX ANS


Ces ambitions sont encore plus visibles dans le tableau 2.4 qui présente une ventilation selon le sexe. La dernière colonne correspond à l'image projetée par le tableau précédent (2.3), c'est-à-dire la comparaison des aspirations des jeunes à la plus élevée des positions des deux parents. Si nous ne regardons que les comparaisons filles - mères et fils - pères, les ambitions des jeunes paraissent encore plus impressionnantes. La grande majorité des jeunes espèrent dépasser leur parent de même sexe.



Tableau 2.4
STATUT SOCIO-ÉCONOMIQUE VISÉ PAR LES RÉPONDANTS PAR RAPPORT AU STATUT DE LEURS PARENTS*


La plupart des jeunes ne vont pas réussir leurs rêves de carrière. Même avec une expansion et une mobilité structurelle impressionnantes, l'économie canadienne n'aura pas assez d'emplois « haut de gamme » pour satisfaire les rêves de la jeunesse. On pourrait aussi ajouter que les parents, au même âge, ont probablement aussi rêvé. Cependant, il est important de prendre connaissance des grandes aspirations de ces jeunes. Les aspirations et les espoirs sont la motivation principale de toute migration et il est bien connu qu'une bonne partie des finissants des écoles anglophones sont portés vers les migrations. Nous aurons donc à vérifier si les ambitions de carrière des répondants se combinent avec des intentions de quitter le Québec. Nous traiterons de ce sujet dans le chapitre 8.

2.3 Migrations et statut migratoire

Les anglophones du Québec ont eu depuis longtemps une histoire démographique mouvementée. Une immigration forte s'est combinée avec une émigration tout aussi forte pour maintenir un équilibre approximatif de la proportion anglophone dans la population québécoise. Or, tout a changé au cours des dernières décennies.

D'abord, il y a eu la « revanche des berceaux » : l'accroissement naturel fort prononcé des francophones n'a pas eu de pendant du côté des anglophones. Ceci a modifié les proportions, surtout pendant la première moitié de ce siècle. Ensuite, il y a eu la chute de l'arrivée d'anglophones depuis 1976. Somme toute, la population anglophone est en déclin relativement rapide. Nous devons nous attendre à trouver les traces de cette histoire mouvementée dans les données. Nous nous pencherons d'abord sur une comparaison des lieux de naissance pour ensuite examiner la question des « anglophones de souche » : y aurait-il une population anglophone fortement enracinée ici qu'on pourrait comparer aux francophones de souche?

Le tableau 2.5 montre que la plupart des répondants sont originaires du Québec : 81,9 % dans la région de Montréal et 64,4 % dans les autres régions. Les répondants originaires des autres provinces sont peu nombreux à Montréal (4,5 %), mais ils constituent 29,7 % dans les autres régions; 13,6 % des élèves à Montréal et 6 % ailleurs sont des immigrants de première génération. Par contre, à Montréal, la majorité des parents sont des « nouveaux Canadiens ». Ceci est donc la première constatation qui s'impose ici : le réseau scolaire anglophone, tel qu'il est représenté par l'échantillon, sert en premier lieu les besoins des immigrants. En ne regardant que les élèves eux-mêmes, on pourrait dire que c'est un réseau qui s'est ouvert à quelques immigrants. En revanche, en regardant la génération parentale, on se rend compte qu'à Montréal, elle est largement immigrante. On s'aperçoit d'ailleurs aussi que Montréal se démarque très clairement des autres régions. À Montréal, ces établissements servent avant tout aux enfants d'immigrants, tandis qu'ailleurs, la clientèle est avant tout d'origine québécoise et canadienne.



Tableau 2.5
LIEUX DE NAISSANCE DES RÉPONDANTS ET DE LEURS PARENTS, RÉGION DE MONTRÉAL ET AUTRES RÉGIONS


Le tableau 2.6 ajoute un autre élément, soit la langue maternelle. Les francophones n'offrent aucune surprise : les répondants et leurs parents sont, pour la plupart, des Québécois d'origine. Les chiffres pour les allophones ne révèlent rien de nouveau non plus. Il s'agit là de parents presque toujours immigrants qui ont le plus souvent eu leurs enfants au Québec (72,8 %). Ce qui surprend, c'est que les pères et mères anglophones sont très souvent nés ailleurs; à peine plus de la moitié d'entre eux sont nés ici. Notons d'ailleurs qu'il ne s'agit pas de parents d'enfants anglophones, mais bien de pères et de mères qui sont eux-mêmes de langue maternelle anglaise.



Tableau 2.6
POURCENTAGE DES RÉPONDANTS ET DE LEURS PARENTS NÉS AU QUÉBEC SELON LA LANGUE MATERNELLE


Ces données confirment donc ce qui a été dit auparavant. Les anglophones du Québec sont souvent arrivés d'autres provinces. Nous voyons dans ces chiffres le produit de cette immigration anglophone massive qui, dans le passé, avait toujours servi à équilibrer une population à forte émigration.

En plus de la diversité des langues maternelles, celle des origines géographiques contribue aussi à particulariser la clientèle de l'école anglophone. Même si la plupart des élèves sont nés ici, ils représentent des origines très diverses et, du moins à Montréal, le plus souvent étrangères. Le premier défi de l'école anglophone est d'intégrer cette population hétérogène et de lui offrir un environnement commun pour développer les multiples talents et héritages qu'elle possède.

Y a-t-il aussi, dans ces écoles et établissements d'enseignement collégial, des anglophones de souche, des descendants de l'immigration ancienne des Britanniques et des loyalistes américains? Nous manquons de données plus complètes à ce sujet, mais ce groupe ne peut pas constituer plus qu'une petite minorité. En définissant un anglophone de souche comme un élève de langue maternelle anglaise né au Québec et dont les deux parents sont eux-mêmes des anglophones nés au Québec, seulement 12,5 % de l'échantillon remplit ces critères.

2.4 Comparaison avec l'échantillon de 1979

Les échantillons de 1979 et de 1991 sont similaires en ce qui concerne la taille, la proportion de garçons et de filles, l'ordre d'enseignement et les langues maternelles. L'échantillon de 1991 est quelque peu plus âgé, ce qui correspond bien à la tendance générale au Québec : les jeunes restent à l'école plus longtemps qu'autrefois et ils sont un peu plus âgés, surtout au collégial. Le nouvel échantillon est aussi un peu plus concentré à Montréal. La différence la plus importante entre les deux échantillons a trait à la scolarité des parents. Les répondants de la deuxième phase de l'enquête sont issus de familles considérablement plus scolarisées que ceux de la première phase. Cette différence correspond bien au prolongement de la scolarité moyenne qui s'est effectué précisément d'une de ces générations de parents à l'autre, approximativement entre les années 1955 et 1975.



Tableau 2.7
COMPARAISON DES ÉCHANTILLONS DE 1979 ET DE 1991


Dans l'ensemble, ce sont deux échantillons bien comparables, mais par prudence, on aurait intérêt à introduire l'âge et la scolarité parentale comme variables de contrôle dans certaines analyses où ces facteurs peuvent exercer une influence. Les analyses antérieures ont cependant montré que ces deux variables n'ont qu'une influence négligeable sur la plupart des phénomènes étudiés ici.

2.5 Conclusion

Nous avons présenté un bref tour d'horizon du milieu social des élèves qui forment l'échantillon. La première chose à noter est l'hétérogénéité de ce milieu du point de vue linguistique. Il comprend une multitude de langues maternelles et de langues d'usage; moins du tiers des répondants pourraient être appelés anglophones d'origine dans le sens que leurs deux parents seraient anglophones.

Vu cette situation multiculturelle dans les établissements anglophones, il est évident que la langue anglaise doit y jouer un rôle primordial d'intégration sociale. Si les jeunes n'ont souvent pas d'origine ni d'appartenance communes, et pas même de langue maternelle commune, la langue anglaise doit être le véhicule qui porte tout : communication, attachement, émotions et identification. Il est probablement vrai que sa fonction instrumentale vient en premier lieu, rendant possible la communication entre les groupes et individus les plus divers. Mais de là, il n'y a qu'un pas à faire pour arriver à une fonction plus intégrative. La langue n'est donc plus seulement outil, elle devient symbole. Elle ne nous aide pas seulement, elle nous identifie. Les écoles anglophones sont le lieu privilégié où se concrétise cette identification des jeunes.

Le bilinguisme est un autre élément frappant dans cette vue d'ensemble de l'échantillon. Un très grand nombre d'élèves (43,4 %) ont une langue maternelle autre que l'anglais. Si nous ajoutons à cela un certain nombre d'anglophones qui possèdent une excellente connaissance d'une autre langue, soit parce qu'ils ont vécu dans d'autres pays, soit parce qu'ils ont étudié ou travaillé en milieu francophone, nous en arrivons à la conclusion que le bilinguisme atteint presque la moitié de l'échantillon. La capacité de parler plusieurs langues étant un atout de plus en plus valorisé, il est probable que ces jeunes feront preuve d'une grande mobilité dans leur future carrière.

Au sujet de la stratification sociale, nous avons trouvé que la classe moyenne dominait et que les jeunes ont des ambitions très poussées pour leur propre carrière. Cet élément sera à suivre dans les autres chapitres de cet ouvrage. En particulier, nous aurons à vérifier si les ambitions de mobilité sociale se conjuguent avec les intentions de rester ou non au Québec.

Les données révèlent des traces de l'histoire migratoire très mouvementée des anglophones, en particulier, et de la population qui envoie ses enfants à l'école anglophone, en général. Même si la très grande majorité des jeunes sont nés au Québec, leurs parents proviennent très souvent d'ailleurs, surtout dans la région de Montréal. Les personnes de langue maternelle anglaise forment la majorité dans l'échantillon, mais les anglophones « de souche » ne sont qu'une petite minorité, soit 12,5 %1.




1 Dans Les jeunes et la langue, tome I, nous avons défini les francophones « de souche » comme ayant deux parents francophones nés au Québec; en 1990, ils représentaient 75,3 % des francophones et 64,4 % de l'échantillon. L'adaptation de cette définition — répondant anglophone dont les deux parents sont anglophones et nés au Québec — met en évidence un contraste marqué. Ils ne constituent que 22,1 % des anglophones et 12,5 % de l'échantillon. [retour au texte]




Ce constat d'un échantillon très hétérogène selon les origines, les langues maternelles et les degrés d'enracinement au Québec laisse prévoir des analyses intéressantes pour les chapitres à venir. Y a-t-il quelque part une unité, une conscience collective qui se dégage dans les modes d'expression de ces jeunes? L'école anglophone favorise-t-elle une identification claire à un patrimoine culturel, à un groupe social, à une nation? Et s'il y a évidence d'une culture commune à ces jeunes, est-ce celle du Québec anglophone dont les institutions accueillent encore tout ce monde venu d'ailleurs?













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