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Les choix linguistiques des travailleurs immigrants et allophones : Rapport d'une enquête réalisée en 1991

Les choix
linguistiques
des travailleurs
immigrants et
allophones

Rapport d'une enquête
réalisée en 1991
Daniel Monnier




Chapitre III


L'évolution de la connaissance
du français et de l'anglais

La condition première de toute intégration au pays d'accueil est sans doute l'aptitude à communiquer avec sa population. En général, les pays privilégient les immigrants qui connaissent déjà la langue du pays. Lorsque ce n'est pas possible, les immigrants se verront offrir divers moyens de l'apprendre. Dans les faits, cependant, l'acquisition de la langue du pays d'accueil s'inscrit dans une problématique relativement complexe. Les immigrants d'une origine linguistique donnée pourront trouver dans le pays d'accueil une communauté de même origine qui, probablement, a constitué des réseaux économiques et sociaux permettant au nouvel arrivant de pouvoir vivre en partie ou pour un moment dans sa langue d'origine. De plus, apprendre une langue représente un défi difficile à relever pour la plupart des individus, d'autant plus s'ils sont moins scolarisés, si la différence entre leur langue d'origine et la langue du pays d'accueil est grande et si leur insertion socio-économique aux réseaux de la société d'accueil tarde à venir.

Lorsque l'on ajoute à ces facteurs ethniques et individuels celui de la concurrence entre les langues dans les pays d'accueil, on trouve une situation qui ressemble à celle du Québec. Apprendre le français d'abord, ou l'anglais? Apprendre ces deux langues ou une seule d'entre elles? Les statistiques officielles1 révèlent qu'en 1986, les trois quarts des personnes immigrées se déclaraient capables de converser en français et, dans la même proportion, en anglais. La population immigrée plus ancienne (avant 1971) parlait un peu plus l'anglais (76 %) que le français (67 %), mais celle immigrée plus récemment (1971 à 1986) montrait un profil inverse, 72 % pouvant converser en français et 60 %, en anglais.

Ces quelques données montrent que, pour une large part d'entre eux, les immigrés apprennent les langues en concurrence au pays d'accueil. Relativement, la population anglophone du Québec voit sa langue exercer une attraction plus forte que son poids démographique, puisqu'elle compte pour environ 10 % de la population du Québec et 20 % de celle de l'île de Montréal. Nous tenterons de mieux comprendre à travers les données de notre enquête comment ce fait s'explique et si le comportement d'apprentissage des langues des immigrés arrivés plus récemment annonce une modification de cette tendance. Rappelons que les données de l'enquête visent uniquement les travailleurs immigrants et non la population immigrée ou allophone en général.

Nous prendrons d'abord connaissance de la maîtrise du français et de l'anglais que les travailleurs immigrants estimaient avoir à leur arrivée. Viendra ensuite une analyse de l'évolution de leur maîtrise de ces langues. Nous terminerons par l'examen des intentions actuelles d'apprentissage de ceux et celles qui ne maîtrisent pas encore le français ou l'anglais.

3.1 LA CONNAISSANCE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS À L'ARRIVÉE

Le tableau iii.1 présente des données sur la connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée au pays pour quatre groupes d'enquête, soit les travailleurs immigrants allophones venus avant 1976, les travailleurs immigrants allophones, francophones et anglophones arrivés entre 1976 et 1991. Chez les travailleurs allophones, ceux de 1976-1991 étaient moins nombreux (47 %) que ceux d'avant 1976 (61 %) à ne pouvoir, à leur arrivée, soutenir une conversation ni en français, ni en anglais. Par contre, chez les deux groupes, l'ignorance du français était à peu près égale à celle de l'anglais, comme l'indique le relevé suivant :

À l'arrivée Travaileurs allophones venus entre 1976 et 1991 Travailleurs allophones venus avant 1976
Ignorance du français 66 % 74 %
Ignorance de l'anglais 67 % 77 %


Peu de travailleurs immigrants allophones étaient bilingues à leur arrivée (11 % et 14 %). Chez les francophones et les anglophones, les premiers étaient beaucoup plus nombreux à maîtriser l'anglais (37 %) que les seconds à maîtriser le français (3 %).



Tableau iii.1
CONNAISSANCE ORALE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
À L'ARRIVÉE, SELON LE GROUPE D'ENQUÊTE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.1.1 Selon le sexe, le niveau de scolarité, la profession

Le tableau iii.2 permet de voir que les travailleuses immigrantes allophones connaissent un peu moins (58 %) le français et l'anglais à l'arrivée que leurs pendants masculins (51 %). Le niveau de scolarité influe beaucoup sur la connaissance des langues. Alors que 87 % de ceux ayant une scolarité primaire ne pouvaient converser ni en français, ni en anglais à l'arrivée, les plus scolarisés n'appartiennent à cette catégorie que dans 34 % des cas. Toutefois, la proportion des bilingues à l'arrivée demeure faible même chez ces derniers (25 %). La ventilation des données selon la profession actuelle reproduit la même tendance que celle de la scolarité. Les professionnels étaient plus aptes que les autres en français (41 %) et en anglais (39 %), la moyenne pour l'ensemble des travailleurs immigrants allophones étant respectivement de 30 % et 28 %.



Tableau iii.2
CONNAISSANCE ORALE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
À L'ARRIVÉE SELON LE SEXE, LE NIVEAU DE SCOLARITÉ
ET LA PROFESSION, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS
ALLOPHONES — ÎLE DE MONTRÉAL


3.1.2 Selon la langue maternelle

Des résultats assez saisissants apparaissent au tableau iii.3. Le regroupement des répondants par familles de langues2 permet de constater une très grande variation de la connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée selon l'origine linguistique des arrivants. Le regroupement selon trois catégories, à savoir la méconnaissance du français et de l'anglais, la connaissance du français et la connaissance de l'anglais, permet d'obtenir le classement suivant :

Groupe 1 Ignorance du français et de l'anglais : — italien et autres langues latines
— autres langues européennes
— langues austro-asiatiques (Viet Nam, Cambodge, etc.)
— autres langues asiatiques
Groupe 2 Orientation francophone : — langues sémitiques (arabophones)
— créole (Haïtiens)
Groupe 3 Orientation anglophone : — langues indo-iraniennes
— langues d'Afrique
— langues austronésiennes (Océanie)


Les familles de langues recoupent en gros des bassins d'émigration. Si l'on considère les critères de sélection du Québec, admettre un immigrant venant du Proche-Orient ou de l'Afrique du Nord (langues sémitiques) offre une probabilité de 64 % qu'il parle le français à l'arrivée et une probabilité de 53 % qu'il parle l'anglais. Par contre, les travailleurs immigrants allophones appartenant aux familles de langues du groupe l ne parleront ni le français ni l'anglais dans plus de 6 cas sur 10. La souche indo-iranienne n'offre, au départ, que 11 % d'aptes à parler le français.



Tableau iii.3
CONNAISSANCE ORALE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
À L'ARRIVÉE, SELON LA LANGUE MATERNELLEa,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.1.3 Variation au sein des groupes d'arrivée récente

Les travailleurs immigrants venus entre 1976 et 1980 parlaient le français dans 40 % des cas (tableau iii.4), une proportion supérieure à ceux d'avant 1976 (26 %) et même à ceux arrivés plus récemment (1981-1985, 34 %; 1986-1991, 32 %). Quant à la connaissance de l'anglais à l'arrivée, le groupe d'arrivée plus récente (1986-1991) surpasse de beaucoup (40 %) les groupes venus précédemment (1981-1985, 30 %; 1976-1980, 26 %; avant 1976, 23 %). Ce phénomène pourrait avoir une grande importance pour l'avenir du français à Montréal s'il s'avérait que le fait de connaître l'anglais à l'arrivée freine l'apprentissage du français. La suite de l'analyse devrait nous fournir des indices là-dessus.



Tableau iii.4
CONNAISSANCE ORALE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
À L'ARRIVÉE, SELON LA PÉRIODE D'ARRIVÉE (DÉCOUPAGE
QUINQUENNAL), TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES — ÎLE DE MONTRÉAL


3.2 L'ÉVOLUTION DE LA CONNAISSANCE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS AU COURS DES ANNÉES

Nous venons d'examiner des données sur la connaissance que les travailleurs immigrants avaient du français et de l'anglais à leur arrivée. Il est évident que leurs aptitudes progressent avec le temps, comme l'indiquent les statistiques officielles évoquées en début de chapitre. Nous examinerons ainsi dans les pages qui suivent leur connaissance actuelle du français et de l'anglais et l'évolution de cette connaissance en fonction des aptitudes à l'arrivée et de quelques autres variables susceptibles d'être des facteurs importants d'évolution de l'apprentissage des langues, à savoir le sexe, la période d'arrivée, la langue maternelle et la composition des milieux d'insertion.

3.2.1 La connaissance actuelle du français et de l'anglais au sein des groupes d'enquête

Même si nous ne traitons ici que des travailleurs immigrants de l'île de Montréal plutôt que de la population immigrante en général et que les indices de connaissance des langues ne sont pas les mêmes, nous constatons au tableau iii.5 que, tout comme dans les statistiques citées en début de chapitre, les trois quarts des répondants allophones disent pouvoir parler le français, soit à peu près la même proportion que ceux qui peuvent parler l'anglais (72 %). Même constat aussi que dans les statistiques officielles en ce qui concerne une meilleure connaissance actuelle du français (66 %) comparativement à celle de l'anglais (58 %) chez les répondants d'arrivée plus récente. Cette observation ne vaut pas cependant pour ceux arrivés entre 1986-1991. Selon le tableau iii.6, respectivement 44 % et 43 % de ces derniers ne parlent pas actuellement le français ou l'anglais. Quant à ceux arrivés antérieurement (avant 1976), ils auraient actuellement une aptitude équivalente dans les deux langues (74 %). Les travailleurs immigrants anglophones arrivés entre 1976 et 1991 ne parlent pas le français dans 73 % des cas, alors que les travailleurs immigrants francophones arrivés à la même période ne parlent pas anglais que dans 38 % des cas. Les échantillons sont restreints pour ces groupes, mais l'écart observé demeure significatif. On constate aussi que 8 % des immigrés allophones occupant un emploi au Québec ne parlent ni l'anglais ni le français, même chez ceux arrivés depuis plus de 15 ans. De fait, ils parlent peut-être ces langues difficilement, mais notre indice les a classés alors comme inaptes. Enfin, le tableau iii.7 montre que les travailleurs immigrants arrivés avant l'âge de 17 ans connaissent mieux le français et l'anglais que leurs aînés. Leur scolarisation, en tout ou en partie, au Québec leur aura facilité l'apprentissage des langues de la société d'accueil. Il faut noter, toutefois, que la connaissance du français est un peu plus répandue (92 %) chez les jeunes venus au cours de la période 1976-1991 que chez ceux arrivés avant 1976 (84 %; différence significative). Ces derniers connaissent en plus grand nombre l'anglais (89 %) que les premiers (69 %) qui, normalement, avaient l'obligation de fréquenter l'école française.



Tableau iii.5
CONNAISSANCE ACTUELLE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS SELON LES GROUPES D'ENQUÊTE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ET ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iii.6
CONNAISSANCE ACTUELLE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS SELON LA PÉRIODE D'ARRIVÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES 1976-1991 —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iii.7
CONNAISSANCE ACTUELLE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS SELON L'ÂGE À L'ARRIVÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.2.2

Connaissance initiale et connaissance actuelle du français et de l'anglais

Le graphique iii.1 montre que les travailleurs allophones immigrés qui ne connaissaient ni le français, ni l'anglais à l'arrivée ont appris davantage le français (65 %) et l'anglais (57 %) que ceux qui connaissaient l'une de ces langues en plus de leur langue d'origine (43 % et 37 %).



Graphique iii.1
Connaissance actuelle du français et de l'anglais
selon la connaissance (orale) de ces langues
à l'arrivée, travailleurs allophones —
île de Montréal, 1991


3.2.2.1 Selon la période d'arrivée et le sexe

La tendance observée au graphique iii.1 demeure lorsque l'on considère la période d'arrivée au pays ou le sexe. Ceux qui connaissaient au départ l'une des deux langues officielles du Canada ont beaucoup moins appris l'autre langue que ceux qui, à la fois, étaient inaptes en français et en anglais. On remarquera que, pour le groupe arrivé avant 1976, 55 % de ceux qui ne parlaient qu'anglais au départ n'ont toujours pas appris le français et 45 % de ceux qui ne parlaient que le français n'ont pas appris l'anglais. Chez les travailleurs d'arrivée plus récente, 7 sur 10 de ceux connaissant l'une des deux langues n'ont pas encore appris l'autre, alors que chez ceux qui ignoraient les deux, le français est gagnant à 57 % contre 43 %.

Quant aux données selon le sexe, elles permettent de constater les mêmes tendances, tout en étant plus prononcées chez le sexe féminin.



Tableau iii.8
ÉVOLUTION DE LA CONNAISSANCE ORALE
DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS SELON LA PÉRIODE D'ARRIVÉE
ET LE SEXE, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONESa —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.2.2.2 Selon la langue maternelle

Nous présentons au tableau iii.9 des résultats ventilés pour les familles de langues dont le nombre de répondants est assez élevé pour soutenir une analyse. Ce tableau permet de vérifier si les mêmes tendances s'expriment selon les diverses familles de langues. Les sous-échantillons sont petits dans plusieurs cas, mais il semble que, pour les répondants de certaines familles de langues, il n'y ait pas de différence importante entre connaître l'une des langues usuelles du Québec et n'en connaître aucune pour ce qui est de l'apprentissage ultérieur de ces langues. Notons le cas des familles de langues suivantes : autres latines, autres langues européennes, autres langues asiatiques. Il est difficile de juger pour la famille des langues austro-asiatiques à cause du petit nombre de répondants.



Tableau iii.9
ÉVOLUTION DE LA CONNAISSANCE ORALE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS SELON LA LANGUE MATERNELLE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONESa —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.2.2.3 Selon la composition linguistique des contextes d'insertion

Le tableau iii.10 fait voir une association assez nette entre le contexte d'insertion des travailleurs et le maintien d'un unilinguisme de départ par rapport à l'une des langues usuelles du Québec. Vivre en quartier francophone et avoir appris le français sont des comportements qui vont de pair, sans conclure pour autant à un lien de causalité entre les variables. Lorsqu'un travailleur allophone qui ne connaissait que l'anglais à l'arrivée réside en quartier francophone, 31 % ne parlent toujours pas le français, alors que c'est le cas de plus de 45 % de ceux qui résident dans des quartiers anglophones ou mixtes. On observe à peu près les mêmes résultats pour la situation inverse : celui qui ne connaissait que le français au départ a plus de chances de toujours ignorer l'anglais s'il réside dans un quartier où la présence anglophone est moins importante (plus de 47 % ignorent toujours l'anglais dans les milieux francophones ou mixtes).

Il y a aussi un lien évident entre la maîtrise des langues et la composition linguistique des contacts des travailleurs à l'intérieur de l'entreprise : 25 % des travailleurs allophones qui ne connaissaient pas le français à l'arrivée et ne l'ont pas encore appris évoluent en milieu francophone, soit une proportion bien moindre que celle de ceux évoluant dans des entreprises où les contacts sont majoritairement non francophones (57 % et 47 %). Nous parlons toujours ici de travailleurs allophones dont le français ou l'anglais ne sont, au départ, qu'une langue seconde.



Tableau iii.10
DÉFAUT D'APPRENDRE LE FRANÇAIS OU L'ANGLAIS
SELON LA COMPOSITION LINGUISTIQUE DU QUARTIER
DE RÉSIDENCE ET CELLE DES CONTACTS À L'INTÉRIEUR
DE L'ENTREPRISE, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.2.3 Moyens utilisés pour apprendre le français et l'anglais

Les tableaux iii.11 à iii.13 mettent en relation la connaissance actuelle du français et de l'anglais chez les travailleurs immigrants allophones qui ne connaissaient pas ces langues à leur arrivée avec les moyens qu'ils ont pris pour les apprendre.

3.2.3.1 Apprentissage du français

Le tableau iii.11 montre que 40 % de ceux qui ne parlaient pas le français à l'arrivée n'ont pas suivi de cours pour l'apprendre. C'est l'école publique québécoise (29 %) qui est le moyen le plus utilisé, le COFI3 suit avec 18 % (addition de toutes les catégories où apparaît l'école publique ou le COFI). Les autres moyens (école ou cours privés dans le pays d'origine, institutions privées au Québec) ne touchent, chacun, que moins de 5 % de ceux qui ont appris le français par des moyens formels. Le graphique iii.2 fait voir un portrait assez différent pour les travailleurs allophones venus depuis 1976. Une proportion de 30 % (donnée cohérente par rapport aux données du MCCI) d'entre eux ont fréquenté le COFI, alors que 31 % (contre 40 %) n'ont pris aucun moyen pour apprendre le français.

Le tableau iii.12 donne un aperçu de l'efficacité de la démarche d'apprentissage du français chez les travailleurs immigrants allophones. En se référant à la colonne du tableau contenant ceux qui parlent et écrivent le français, il peut sembler que l'école a été le moyen le plus efficace d'apprendre le français : 40 % de ceux qui ont fréquenté l'école publique au Québec parlent et écrivent le français, 45 % dans le cas où elle s'est ajoutée à l'école du pays d'origine. Le COFI n'apparaît pas un moyen suffisant pour la plupart des répondants, 52 % ne parlant pas facilement le français après l'avoir fréquenté. La fréquentation de l'école publique vient améliorer sensiblement la compétence en français de ceux qui ont fréquenté le COFI. Il faut dire toutefois que, lorsque l'on tient compte du moment d'immigration et que l'on compare les travailleurs allophones arrivés depuis 1976 qui ont fréquenté soit uniquement le COFI, soit uniquement l'école publique, l'un et l'autre moyen pris isolément produisent à peu près les mêmes résultats, soit qu'environ la moitié de la clientèle parle actuellement le français (graphique iii.3). Enfin, notons que ceux qui n'ont pas suivi de cours disent parler le français dans 52 % des cas, mais nous ne savons pas s'ils s'évaluent selon les mêmes barèmes que ceux qui ont fait une démarche formelle d'apprentissage.



Tableau iii.11
MOYENS UTILISÉS POUR APPRENDRE LE FRANÇAIS
CHEZ CEUX QUI NE LE PARLAIENT PAS À L'ARRIVÉE,
SELON LA CONNAISSANCE ACTUELLE DES LANGUES,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Graphique iii.2
Moyens utilisés pour apprendre le français chez les travailleurs allophones venus depuis 1976a —
île de Montréal


Tableau iii.12
CONNAISSANCE ACTUELLE DU FRANÇAIS
CHEZ CEUX QUI NE LE PARLAIENT PAS À L'ARRIVÉE,
SELON LE MOYEN QU'ILS ONT PRIS POUR L'APPRENDRE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Graphique iii.3
Connaissance actuelle du français chez ceux qui ne le parlaient pas à l'arrivée selon la fréquentation du COFI ou de l'école publique, travailleurs immigrés allophones venus de 1976 à 1991a — île de Montréal

3.2.3.2 Apprentissage de l'anglais

Le tableau iii.13 révèle que 54 % des travailleurs immigrants allophones qui ne parlaient pas l'anglais au départ n'ont suivi aucun cours pour l'apprendre. L'école publique québécoise a été le moyen le plus utilisé pour apprendre l'anglais (25 %). Les autres moyens regroupent au plus 8 % des répondants.

Au tableau iii.14, 57 % de ceux qui n'ont utilisé aucun moyen pour apprendre l'anglais ne le parlent toujours pas, alors que plus ou moins 30 % de ceux qui ont suivi des cours au Québec sont dans le même cas. Les cours suivis dans le pays d'origine semblent encore moins efficaces, près de 50 % de ceux qui se sont limités à cette démarche d'apprentissage ne parlant pas l'anglais.



Tableau iii.13
MOYENS UTILISÉS POUR APPRENDRE L'ANGLAIS
CHEZ CEUX QUI NE LE PARLAIENT PAS À L'ARRIVÉE,
SELON LA CONNAISSANCE ACTUELLE DES LANGUES,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iii.14
CONNAISSANCE ACTUELLE DE L'ANGLAIS
CHEZ CEUX QUI NE LE PARLAIENT PAS À L'ARRIVÉE
SELON LES MOYENS PRIS POUR L'APPRENDRE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.3 MOTIVATION D'APPRENDRE LE FRANÇAIS ET L'ANGLAIS

Normalement, les travailleurs immigrants devraient être intéressés à apprendre le français ou l'anglais, puisqu'il s'agit des langues usuelles sur le marché du travail. Jusqu'à quel point ces deux langues sont-elles exigées pour obtenir un emploi, quelle motivation ces exigences entraînent-elles et à quelles conditions les travailleurs qui ne parlent pas français ou ceux qui ne parlent pas l'anglais suivraient des cours?

3.3.1 Langue exigée pour obtenir un emploi

Le tableau iii.15 permet de voir que 50 % des travailleurs allophones de l'île de Montréal se sont vu exiger seulement la connaissance du français pour obtenir leur premier emploi, 31 %, celle de l'anglais, et 14 %, ces deux langues. On constate aussi que les travailleurs s'orientent sur le marché du travail en partie en fonction de leur connaissance des langues à l'arrivée. Ainsi, ceux qui ne connaissaient que le français à l'arrivée ont obtenu, dans 76 % des cas, un emploi qui ne requérait que la connaissance du français, alors que 61 % de ceux qui ne connaissaient que l'anglais ont occupé un premier emploi n'exigeant que la connaissance de cette langue.

La seconde partie du tableau iii.15, concernant l'emploi actuel, montre qu'il y a un déplacement des résultats au profit du bilinguisme, 26 % des travailleurs immigrants allophones y étant maintenant soumis comparativement à 14 % lors de l'obtention du premier emploi. Le tableau iii.16 confirme ce fait : 14 % des travailleurs immigrants allophones ont évolué vers un emploi bilingue, alors que 3 % ont quitté un emploi bilingue pour un emploi unilingue. Ceux qui étaient bilingues à l'arrivée ont été plus touchés (20 %) que les autres (12 % à 14 %). Néanmoins, selon le tableau iii.15, les langues connues à l'arrivée continuent de façon évidente à orienter vers des emplois francophones (71 %) ou des emplois anglophones (52 %).



Tableau iii.15
LANGUE EXIGÉE POUR OBTENIR LE PREMIER EMPLOI
ET L'EMPLOI ACTUEL SELON LA CONNAISSANCE
DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS À L'ARRIVÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iii.16
ÉVOLUTION DU BILINGUISME REQUIS AU TRAVAIL
SELON LA CONNAISSANCE DES LANGUES À L'ARRIVÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.3.2 Motivation à suivre des cours de français ou d'anglais

Le tableau iii.17 laisse voir une modification des intentions des travailleurs immigrants allophones d'apprendre soit le français, soit l'anglais selon leur période d'arrivée. La motivation d'apprendre l'anglais (35 % et 28 %) est plus fortement exprimée que celle du français (20 % et 33 %) pour ceux venus avant 1976, alors que la motivation d'apprendre le français (48 % et 28 %) prend le dessus sur celle de l'anglais (17 % et 22 %) pour ceux arrivés depuis 1976. Cette dernière tendance est cohérente par rapport à ce que nous venons de constater en ce qui concerne les exigences linguistiques pour obtenir un emploi, le français étant plus fréquemment exigé que l'anglais. Toutefois, il est plausible que les emplois requérant l'anglais et le bilinguisme offrent une meilleure promotion professionnelle et que ceux qui sont au Québec depuis plus longtemps recherchent davantage cette promotion. En ce sens, la position favorable du français à court terme n'est pas forcément garante d'une position de force à long terme; le bilinguisme pourrait occuper cette position de force.

Le tableau iii.18 livre la même information que celle du tableau iii.15, mais pour les travailleurs immigrants francophones ou anglophones venus depuis 1976. La motivation des anglophones d'apprendre le français (35 % et 35 %) s'exprime aussi plus fortement que celle des francophones d'apprendre l'anglais (26 % et 22 %, soit une différence significative à 0,90).



Tableau iii.17
MOTIVATION À SUIVRE DES COURS CHEZ CEUX
QUI NE PARLENT PAS LE FRANÇAIS OU L'ANGLAIS,
SELON LA PÉRIODE D'ARRIVÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iii.18
MOTIVATION À SUIVRE DES COURS CHEZ LES TRAVAILLEURS
IMMIGRANTS FRANCOPHONES QUI NE PARLENT PAS L'ANGLAIS
ET CHEZ LES TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ANGLOPHONES
QUI NE PARLENT PAS LE FRANÇAIS —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.3.3

Conditions souhaitées pour suivre des cours de français ou d'anglais

Ceux qui ne parlent pas le français et n'ont jamais suivi de cours pour l'apprendre ne posent pas de conditions pour l'apprendre dans 37 % des cas, un pourcentage semblable (39 %) à ceux qui ne parlent pas l'anglais et voudraient apprendre cette langue. Quant aux conditions posées pour l'apprentissage des langues, elles sont multiples et dépendent sans doute de la situation particulière des uns et des autres.



Tableau iii.19
CONDITIONS SOUHAITÉES POUR SUIVRE
DES COURS DE FRANÇAIS OU DES COURS D'ANGLAIS
CHEZ CEUX QUI NE PARLENT PAS
CES LANGUES ET N'ONT JAMAIS SUIVI DE COURS
POUR LES APPRENDRE, TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE —
ÎLE DE MONTRÉAL


3.4 CONCLUSION

Les trois quarts des travailleurs allophones résidant dans l'île de Montréal et venus au Québec avant 1976 ne parlaient pas le français. Quant à ceux arrivés depuis 1976, ce sont les deux tiers qui ne parlaient pas le français à l'arrivée. À peu de choses près, ces proportions valent aussi pour l'incapacité des arrivants à parler l'anglais. Aujourd'hui, les trois quarts de ceux arrivés avant 1976 parlent soit l'anglais, soit le français, et 56 % parlent les deux langues. Ceux venus depuis 1976 parlent le français dans les deux tiers des cas et l'anglais dans la moitié des cas. L'âge à l'arrivée entraîne des différences appréciables en ce qui concerne l'apprentissage du français et de l'anglais. Règle générale, ceux venus avant l'âge adulte ont une meilleure maîtrise de ces langues que leurs aînés, leur scolarisation au Québec en étant sans doute la cause principale. Phénomène remarquable toutefois, les jeunes venus avant 1976 sont un peu plus nombreux à maîtriser l'anglais que le français, et ce, à l'inverse de ceux venus entre 1976 et 1991 qui connaissent proportionnellement plus le français que l'anglais (tableau iii.7). L'obligation qui est faite à ces derniers de fréquenter l'école française a donc un effet manifeste.

Si l'on considère tous les travailleurs allophones, y compris ceux nés ici, 54 % d'entre eux posséderaient le bilinguisme oral français-anglais. Il reste toujours une proportion de 8 % des travailleurs allophones qui ne parlent ni le français ni l'anglais, même chez ceux arrivés avant 1976 (tableau iii.5). En général, les hommes, les femmes plus scolarisées et les professionnels connaissent davantage soit l'anglais, soit le français à l'arrivée. Le bilinguisme (français-anglais) est faiblement répandu et ne dépasse pas 25 % chez les plus scolarisés. La langue maternelle influe aussi beaucoup sur la connaissance du français ou de l'anglais. Les aptes en français à l'arrivée proviennent surtout de l'Afrique du Nord, du Proche-Orient (langues sémitiques ou arabophones) et d'Haïti (tableau iii.3).

On remarque un affaiblissement de la proportion de ceux qui parlent le français à l'arrivée : 40 % des arrivants de 1976-1980 parlaient le français, alors que le tiers seulement de ceux venus entre 1986 et 1991 peuvent le faire. Par contre, ceux qui connaissent l'anglais à l'arrivée sont en progression constante. De 23 % avant 1976, ils sont passés à 40 % pour la période 1986-1991.

Ce fait mérite qu'on s'y attarde puisque l'analyse permet de constater que trois travailleurs allophones sur cinq ne parlent pas actuellement le français s'ils parlaient l'anglais à l'arrivée. L'inverse est aussi vrai : ceux qui ne parlaient que le français à l'arrivée ne parlent pas aujourd'hui l'anglais dans trois cas sur cinq. Ceux qui ne parlaient ni le français ni l'anglais ont appris dans de bien plus fortes proportions le français ou l'anglais : 65 % parlent actuellement le français et 57 %, l'anglais (graphique iii.1).

Chez les travailleurs allophones immigrés depuis 1976, le COFI a été le moyen le plus utilisé pour apprendre le français (30 %). L'école publique (20 %) et les autres moyens (19 %) suivent. Le COFI ou l'école publique seule ne semblent pas des moyens suffisants pour apprendre le français, puisque la moitié de ceux qui les ont fréquentés disent, au mieux, parler difficilement le français. C'est évidemment le recours à plus d'un moyen d'apprendre le français qui procure les meilleurs résultats (tableau iii.12).

Le marché du travail québécois requiert plus souvent le français (50 %) que l'anglais (31 %) comme critère d'embauche des travailleurs allophones lors de leur premier emploi. Toutefois, au fur et à mesure que les répondants changent d'emploi, le bilinguisme gagne du terrain (de 14 % au premier emploi à 26 % pour l'emploi actuel). La motivation d'apprendre l'anglais est plus forte chez les travailleurs allophones venus avant 1976, alors que la motivation d'apprendre le français est plus forte chez les arrivants de 1976-1991. Quant aux conditions souhaitées pour faciliter l'inscription à des cours, elles varient beaucoup selon les individus. Néanmoins, quatre répondants sur dix ne posent aucune condition préalable à leur inscription à des cours de français ou d'anglais. Une large majorité des travailleurs immigrants réussit donc à apprendre le français (les trois quarts) ou l'anglais. Le fait le plus marquant de cette analyse est probablement l'inertie touchant les allophones qui connaissent l'une des langues officielles au départ. Ainsi, connaître l'anglais incite moins à apprendre le français, et connaître le français incite moins à apprendre l'anglais.


1 MCCI. Présentation graphique sur l'immigration et la population immigrée, Direction des études et de la recherche, décembre 1991. [retour au texte]

2. Voir la classification à l'annexe B. (L'ouvrage de référence qui a servi de base à cette classification est cité à la note a du tableau iii.3.) [retour au texte]

3. Ce tableau ne contient pas tous ceux qui ont fréquenté un COFI puisqu'il ne vaut que pour ceux qui, selon notre indice, ne parlaient pas le français à l'arrivée (voir le chapitre VII). [retour au texte]







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