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Les choix linguistiques des travailleurs immigrants et allophones : Rapport d'une enquête réalisée en 1991

Les choix
linguistiques
des travailleurs
immigrants et
allophones

Rapport d'une enquête
réalisée en 1991
Daniel Monnier


Chapitre IV


L'usage de langues
dans les communications publiques

Dans la vie de tous les jours, un citoyen est amené à communiquer avec des institutions à l'intérieur de plusieurs contextes : le travail, la consommation, les médias, les associations sociopolitiques. Nous avons retenu les trois premiers contextes qui touchent tous les travailleurs, et négligé le dernier à cause de son incidence plus sporadique chez la plupart des citoyens. Nous parlons ici de communications publiques au sens large, c'est-à-dire celles qui prennent lieu dans le cadre d'activités mettant en cause des individus à l'intérieur ou avec des institutions, soit l'entreprise, les commerces, les services publics. Les médias représentent un cas un peu particulier puisque, la plupart du temps, ils limitent le citoyen consommateur au rôle de récepteur de message. Dans le cas du travail et de la consommation, au contraire, il pourra être tout autant émetteur que récepteur.

L'usage est une composante essentielle de la mesure du statut des langues. Une langue en concurrence avec d'autres dans une société donnée aura un statut supérieur si elle est plus connue, plus utilisée dans les circonstances prestigieuses (vie institutionnelle) et plus valorisée dans les attitudes que l'on entretient à son égard. Dans la recherche du statut respectif des deux langues en concurrence au Québec, l'analyse qui suit comparera la position du français à celle de l'anglais dans les usages linguistiques des travailleurs immigrants et allophones, tout en tenant compte de l'espace occupé par les langues d'origine autres que le français et l'anglais. Nous examinerons les communications au travail avant celles des secteurs de la consommation et des activités culturelles (divers médias).

Afin de simplifier et d'enrichir l'analyse, nous ne nous attarderons pas aux résultats bruts tirés directement du questionnaire. Des indices synthétiques ont été composés pour donner une vue d'ensemble de l'orientation linguistique des divers groupes de répondants dans chacun des contextes retenus, soit le travail, la consommation et les activités culturelles. À la fin du chapitre, un indice global donnera un aperçu général de la « langue de vie » des travailleurs immigrants et allophones. La fonction principale de ces indices est d'établir si le français domine l'anglais, ne le domine pas ou est dominé par l'anglais dans les usages linguistiques des travailleurs allophones. L'intention n'est pas ici de fournir une vue détaillée de la répartition du français, de l'anglais et de la langue d'origine dans chacune des circonstances de communication. Les résultats bruts pourront servir de référence à celui ou celle qui souhaiterait obtenir un aperçu plus détaillé des usages linguistiques. Pour la méthode de construction de ces indices, on se référera à l'annexe B. Soulignons toutefois que nous avons veillé à ce que la distribution des catégories de l'indice reflète assez bien l'allure générale des données brutes ayant servi à les constituer.

4.1 L'USAGE DES LANGUES AU TRAVAIL

Après avoir examiné quelques résultats bruts concernant l'usage des langues avec le supérieur immédiat, les collègues, les subalternes, les clients et fournisseurs et les représentants syndicaux, nous utilisons un indice synthétique de l'usage des langues au travail (voir l'annexe B) et le mettons en relation avec diverses variables susceptibles d'influer sur les choix linguistiques des répondants.

4.1.1 L'usage des langues au travail selon le type d'interlocuteur

Le tableau iv.1 montre que, chez les travailleurs allophones, le groupe de ceux venus entre 1976 et 1991 utilisent un peu plus le français au travail que les immigrés d'avant 1976 et beaucoup plus que les travailleurs allophones nés ici. Par exemple, alors que 53 % des premiers utilisent le plus souvent le français avec leur supérieur immédiat, les autres font de même respectivement dans 43 % et 32 % des cas. Cette observation vaut aussi pour les contacts avec les collègues de travail et les subalternes (collègues, combinaison 47 %/41 %/29 %; subalternes, combinaison 52 %/46 %/32 %). De fait, le groupe des travailleurs allophones arrivés avant 1976 affichent un profil qui épouse la distribution valant pour l'ensemble des groupes, soit l'usage privilégié du français dans 46 % des cas avec le supérieur immédiat, 42 % avec les collègues, 46 % avec les subalternes, 36 % avec les clients et fournisseurs et 62 % avec les représentants syndicaux.

La proportion plus élevée des travailleurs allophones arrivés depuis 1976 et qui utilisent surtout le français est compensée principalement par la proportion moindre d'entre eux qui utilisent le bilinguisme1 au travail. Chez les allophones nés ici, hormis pour les communications avec les représentants syndicaux (49 % le français), l'anglais ou le bilinguisme (français-anglais) domine le français. Les travailleurs immigrants francophones et anglophones venus depuis 1976 affichent un profil d'usage qui colle d'assez près à leur langue d'origine, à l'exception des communications avec les clients et fournisseurs, soit dans plus de 85 % des cas chez les francophones et 73 % des cas chez les anglophones.



Tableau iv.1
LANGUE PARLÉE LE PLUS SOUVENT AVEC DivERS
INTERLOCUTEURS AU TRAVAIL, TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE — ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.2 L'usage des langues au travail pour les tâches écrites

La proportion des travailleurs allophones qui utilisent le français pour les tâches écrites ne diffère pas beaucoup de celle observée pour les communications orales. En moyenne, 45 % des travailleurs allophones usent surtout du français pour lire ou écrire des documents (graphiques iv.1, iv.2). L'anglais est un peu plus utilisé pour la rédaction de documents (32 %) que pour la lecture (27 %) et ce, au détriment du bilinguisme qui passe de 27 % (lecture) à 22 % (écriture).

Encore ici, ce sont les immigrants de 1976-1991 qui utilisent davantage le français et les allophones natifs qui utilisent davantage l'anglais. Les premiers utilisent dans 49 % des cas surtout le français pour lire des documents au travail et dans 53 % des cas pour en écrire, alors qu'on obtient la combinaison 34 %/28 % chez les travailleurs allophones nés au pays.



Graphique iv.1
Langue utilisée le plus souvent pour écrire au travail selon le groupe d'enquête — île de Montréal


Graphique iv.2
Langue utilisée le plus souvent pour écrire au travail
selon le groupe d'enquête — île de Montréal


4.1.3 L'indice d'usage des langues au travail

L'indice d'utilisation des langues au travail prend en considération les réponses aux questions sur les communications verbales et écrites (7 questions) dont nous venons d'exposer les résultats bruts2. Le tableau iv.2 donne le pourcentage d'utilisation du français, de l'anglais ou de la langue maternelle que le répondant dit utiliser en fonction des diverses catégories de notre indice. Ainsi, ceux qui appartiennent à la catégorie des travailleurs allophones qui, selon notre indice, utilisent surtout le français au travail disent l'employer dans 84 % de leur temps de travail, alors que ceux qui utilisent surtout l'anglais le font dans 80 % de leur temps de travail. Ceux qui se classent dans la catégorie d'utilisation « mixte » disent employer le français 45 % du temps, l'anglais, 37 % du temps, et leur langue maternelle, 2l %. Ces données ne sont qu'indicatives puisqu'une forte dispersion existe selon les individus. Elles constituent néanmoins une illustration de la valeur de notre indice. Enfin, on remarquera que la catégorie de l'indice « plutôt le français » laisse moins de place au pourcentage d'utilisation de l'anglais (20 %) et à celui de la langue d'origine (19 %) que la catégorie « plutôt l'anglais » laisse de place au pourcentage d'usage du français (29 %) et à celui de la langue d'origine (12 %).



Tableau iv.2
POURCENTAGE DU TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS, EN ANGLAIS ET EN LANGUE MATERNELLE SELON L'INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL, TRAVAILLEURS ALLOPHONES — ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.1 Selon les groupes d'enquête

Le tableau iv.3 montre que 47 % des travailleurs de l'enquête utilisent surtout (35 %) ou plutôt (12 %) le français au travail, que 29 % utilisent plutôt ou surtout l'anglais et que 24 % se situent dans la catégorie médiane où, d'après la logique de construction de l'indice, il n'y a pas de domination nette du français sur l'anglais. Tel qu'il est constaté à la section rapportant les résultats bruts, les travailleurs allophones nés ici emploient moins le français (surtout le français, 19 %) que la moyenne et les allophones arrivés depuis 1976, plus (surtout le français, 42 %). Pour leur part, les immigrants francophones et anglophones travaillent très majoritairement dans leur langue d'origine (88 % et 76 %).



Tableau iv.3
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.2 Selon la langue maternelle

Le tableau iv.4 laisse voir que les travailleurs appartenant aux langues latines (autres que le français), sémitiques, austro-asiatiques et au créole utilisent majoritairement le français au travail (respectivement 63 %, 55 %, 62 % et 85 %). À l'inverse, les travailleurs des langues suivantes utilisent principalement l'anglais : autres langues européennes, 44 %; langues indo-iraniennes, 61 %; autres langues asiatiques, 52 %; langues austronésiennes, 79 %. La catégorie utilisation mixte des langues au travail regroupe plus de 20 % des répondants de plusieurs familles de langues. Citons, en particulier, le cas des Italiens (29 %) et des travailleurs issus de langues européennes non latines (30 %). On constate donc ici que la ventilation selon les familles de langue maternelle polarise beaucoup les résultats.



Tableau iv.4
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL SELON LA LANGUE MATERNELLE — ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.3 Selon la classification géolinguistique du pays d'origine

Cette classification (tableau iv.5) structure encore plus nettement les résultats. Les travailleurs allophones venus des pays de la francophonie et de pays hispaniques travaillent principalement en français dans les deux tiers des cas et plus. Hormis ceux de l'Italie, les autres ne font de même que dans 30 % des cas ou moins (sous la catégorie Canada logent les allophones nés ici).



Tableau iv.5
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL SELON LA CLASSIFICATION GÉOLINGUISTIQUE DU PAYS D'ORIGINE —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.4 Selon la connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée

Le tableau iv.6 fait apparaître nettement que les allophones qui, hormis leur langue d'origine, parlaient seulement le français à leur arrivée travaillent très majoritairement en français (80 %), alors que ceux qui parlaient seulement l'anglais en plus de leur langue d'origine travaillent majoritairement en anglais (62 %). Ceux qui parlaient le français et l'anglais à l'arrivée travaillent maintenant principalement en français dans 56 % des cas, comparativement à 50 % pour ceux qui ne parlaient ni français, ni anglais. Le bilinguisme langue d'origine-anglais semble donc la seule combinaison qui conduit nettement à une intégration en anglais au marché du travail (voir la section B14 de l'annexe B pour des données plus détaillées).



Tableau iv.6
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL
SELON LA CONNAISSANCE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
À L'ARRivÉE, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.5 Selon la connaissance actuelle du français et de l'anglais

Le tableau iv.7, qui ne traite que des seuls travailleurs immigrants allophones (exclusion des allophones natifs), montre que la mise en ordre des répondants selon l'importance de l'utilisation du français au travail placerait en premier lieu ceux qui ne parlent que le français (85 %), suivis de ceux qui parlent et écrivent le français et l'anglais (56 %), de ceux qui parlent le français et l'anglais (48 %) et de ceux qui parlent peu le français et l'anglais (44 %). Il n'y a pas là de surprise. La relation est linéaire : plus on connaît seulement le français et plus on le maîtrise (au point de l'écrire), plus on l'utilise.



Tableau iv.7
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL
SELON LA CONNAISSANCE ACTUELLE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES — ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.6 Selon le niveau de scolarité

La scolarité, qui est habituellement un bon indicateur du statut socioéconomique (et du statut d'emploi), est liée (tableau iv.8), quoique pas très fortement, à l'usage des langues au travail. Les plus scolarisés utilisent un peu plus l'anglais que les moins scolarisés : 30 % plutôt et surtout l'anglais chez ceux ayant 13 années et plus de scolarité, comparativement à 17 % et 25 % (différence significative au seuil 0,95) chez ceux ayant respectivement moins de 7 années de scolarité ou entre 8 et 12 années de scolarité.



Tableau iv.8
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
AU TRAVAIL SELON LE NivEAU DE SCOLARITÉ,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.7 Selon l'âge et la période d'arrivée

Le tableau iv.9 montre que les travailleurs immigrants de 1976-1991 arrivés avant d'avoir 17 ans utilisent plus le français (53 %) que ceux venus après 17 ans (41 %, différence significative malgré le petit nombre de répondants ayant moins de 17 ans à l'arrivée). Chez les travailleurs immigrés avant 1976, on observe le phénomène inverse; les moins âgés à l'arrivée sont moins nombreux à utiliser surtout le français (28 %) que leurs aînés (38 %). Sachant que les jeunes venus à partir de 1977 ont obligatoirement fréquenté l'école française et que ceux arrivés avant ont eu un large accès à l'école anglaise, on peut présumer que la langue d'enseignement a un impact certain sur les comportements linguistiques ultérieurs. Toutefois, le nombre de répondants n'est pas assez élevé chez les jeunes travailleurs de 1976-1991 immigrés avant l'âge de 17 ans pour qu'on puisse apprécier l'impact possible d'autres variables (voir la section B14 de l'annexe B pour des données plus détaillées).



Tableau iv.9
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL
SELON L'ÂGE À L'ARRivÉE ET LA PÉRIODE D'ARRivÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.8 Selon la langue d'usage

Dans 78 % des cas (tableau iv.10), la langue parlée habituellement à la maison et la langue de travail coïncident chez les travailleurs de notre enquête (presque tous allophones d'origine). Par contre, les usagers de l'anglais à la maison parlent aussi principalement l'anglais au travail dans 55 % des cas. Il faut remarquer que 45 % de ceux qui ont conservé leur langue d'origine comme langue d'usage à la maison parlent principalement le français dans leur milieu de travail, 28 %, l'anglais, et 27 % un mélange de plusieurs langues sans domination du français ou de l'anglais.

4.1.3.9 Selon la composition du quartier de résidence

Au tableau iv.10, on constate encore un certain lien entre le quartier de résidence et l'usage des langues au travail (sans imputer ici de causalité d'un phénomène sur l'autre). Les travailleurs qui résident en quartier majoritairement francophone emploient principalement le français au travail (60 %), alors que ceux établis en quartier anglophone utilisent plus l'anglais (44 %) que le français (32 %). Le quartier à plus de 30 % allophone abrite davantage de travailleurs qui utilisent principalement le français que de travailleurs qui utilisent principalement l'anglais (44 % contre 30 %). Il est possible, toutefois, que les divers quartiers ethniques montréalais n'épousent pas forcément ce profil (par exemple Côte-des-Neiges contre Saint-Léonard).



Tableau iv.10
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL SELON LA LANGUE D'USAGE ET LA COMPOSITION LINGUISTIQUE DU QUARTIER, TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.10 Selon le type de profession et le secteur industriel

Le type de profession influe un peu sur le profil d'usage des langues au travail. Les cols bleus utilisent principalement le français dans 51 % des cas, alors que les administrateurs le font dans 39 % des cas. Quant aux secteurs d'activité économique, celui des finances (banques, assurances) laisse moins d'espace au français (38 %, principalement le français) que la plupart des autres secteurs qui se situent à plus ou moins 45 % dans la même catégorie (usage principal du français). L'administration publique (69 %, surtout ou plutôt en français) représente le secteur le plus propice à l'usage du français au travail chez les travailleurs allophones, ce qui constitue un argument de plus pour qu'il leur soit plus ouvert.



Tableau iv.11
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL SELON LE TYPE DE PROFESSION ET LE SECTEUR INDUSTRIEL, TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE — ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.11

Selon la proportion d'allophones dans les contacts à l'intérieur de l'entreprise

Lorsqu'ils discutent de la francisation des immigrants, beaucoup d'observateurs s'inquiètent du fait que les travailleurs immigrants pourraient se retrouver au travail dans des milieux majoritairement ethniques, évoluant ainsi dans des conditions peu propices à l'apprentissage du français. Selon les données de l'enquête, 25 % des travailleurs seraient embauchés dans des entreprises qui leur procurent des contacts internes majoritairement ethniques. Si l'on ajoute les entreprises où les contacts sont à plus de 30 % ethniques, la proportion atteint 36 % (40 % chez ceux venus depuis 1976). La crainte des observateurs trouve donc ici une certaine confirmation.



Tableau iv.12
PROPORTION D'ALLOPHONES DANS LES CONTACTS
DU RÉPONDANT À L'INTÉRIEUR DE L'ENTREPRISE


Mais quel est l'impact de ce phénomène sur l'usage des langues au travail? Le tableau iv.13 permet de constater que l'usage principal du français décroît sensiblement lorsque la proportion des contacts allophones dépasse 30 % (surtout le français qui baisse à 30 % ou moins). La catégorie du milieu gagne plusieurs points, alors que l'usage de l'anglais reste plutôt stable. Ces données invitent donc à une plus forte intégration des travailleurs allophones dans des entreprises francophones. Le tableau iv.14 indique d'ailleurs que, dans les entreprises où leurs contacts sont majoritairement francophones, l'usage principal du français chez les allophones atteint alors 71 % des répondants.



Tableau iv.13
INDICE D'USAGE DES LANGUES AU TRAVAIL
SELON LA PROPORTION DE TRAVAILLEURS ALLOPHONES
DANS LES CONTACTS DU RÉPONDANT À L'INTÉRIEUR
DE L'ENTREPRISE, TRAVAILLEURS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iv.14
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL
SELON LA COMPOSITION LINGUISTIQUE DES CONTACTS
DU RÉPONDANT À L'INTÉRIEUR DE L'ENTREPRISE,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.12 Selon la langue du propriétaire

Le tableau iv.15 présente des résultats qui vont dans le même sens que ce que nous venons d'observer. Les travailleurs allophones qui travaillent dans des entreprises à propriété francophone utilisent principalement le français dans 76 % des cas, ceux en entreprise anglophone, à seulement 25 % des cas, et ceux en entreprise ethnique, dans 40 % des cas. La langue d'origine du travailleur allophone prend évidemment plus de place lorsqu'il travaille pour un propriétaire de la même origine que lui : 36 % de ceux se trouvant dans cette situation se classent dans la catégorie d'usage mixte. Les tableaux iv.16 et iv.17 portant sur la langue habituelle de communication avec le supérieur immédiat et les collègues selon la langue du propriétaire confirment nettement cette interprétation.



Tableau iv.15
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL
SELON LA LANGUE MATERNELLE DU PROPRIÉTAIRE
(OU DES PROPRIÉTAIRES) PRINCIPAL DE L'ENTREPRISE,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES, IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iv.16
LANGUE UTILISÉE LE PLUS SOUVENT AVEC LE SUPÉRIEUR
IMMÉDIAT SELON LA LANGUE DU PROPRIÉTAIRE DE
L'ENTREPRISE, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iv.17
LANGUE UTILISÉE LE PLUS SOUVENT AVEC LES COLLÈGUES
SELON LA LANGUE DU PROPRIÉTAIRE DE L'ENTREPRISE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.13 Selon la taille de l'entreprise

Les grandes entreprises offrent évidemment moins de possibilités d'utiliser la langue d'origine (tableau iv.18 : moins de 10 employés, 27 %; 500 employés et plus, 20 %). Un croisement (non présenté) fait pour la langue de communication avec le supérieur immédiat montre que 24 % des travailleurs immigrants allophones utilisent habituellement dans cette circonstance leur langue maternelle dans les entreprises de moins de 10 employés, comparativement à au plus 11 % dans les entreprises de plus de 50 employés. L'anglais reste stable même si l'entreprise grandit, mais le français gagne quelques points (31 % et 39 %).



Tableau iv.18
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
AU TRAVAIL SELON LA TAILLE DE L'ENTREPRISE,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.1.3.14 Selon la présence d'un programme de francisation

Le tableau iv.19 indique un léger avantage pour le français dans les entreprises qui appliquent un programme pour améliorer l'usage du français dans leurs communications et leur documentation : 51 % comparativement à 43 % dans les deux premières catégories de l'indice.



Tableau iv.19
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
AU TRAVAIL SELON LA PRÉSENCE DANS L'ENTREPRISE
D'UN PROGRAMME POUR AMÉLIORER L'USAGE DU FRANÇAIS,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


Toutes ces données sur la langue au travail permettent de préciser le statut qu'accordent les immigrants au français et à l'anglais. Nous ne résumerons pas ici toutes les observations, tâche que nous réservons pour la conclusion de ce chapitre. Retenons tout de même que les travailleurs allophones arrivés plus récemment allouent plus de place au français dans leurs tâches de travail que ceux venus avant eux, et bien plus encore que les travailleurs allophones nés ici. Ces derniers sont les fils et les filles des précédents et on sait que, jusqu'au milieu des années 70, ils ont été très majoritairement scolarisés en anglais. Une autre donnée importante est celle qui a trait au bilinguisme langue d'origine anglais lors de l'arrivée au Québec. Il se traduit par une nette orientation linguistique vers l'anglais au travail. Examinons maintenant s'il y a continuité dans le comportement linguistique lorsque les travailleurs sortent des entreprises et s'adonnent à des activités de consommation et de loisirs.

4.2 L'USAGE DES LANGUES DANS LA CONSOMMATION DES BIENS ET SERVICES

L'analyse de cette section ne sera pas aussi élaborée que la précédente et mettra moins de variables en cause. Comme pour la section précédente, des résultats bruts précèdent la présentation d'un indice sur l'usage des langues dans la consommation, indice qui sera ventilé en fonction de quelques-unes des variables habituelles : groupes d'enquête, connaissance des langues à l'arrivée, connaissance actuelle.

4.2.1 Les communications avec les commerces et les services publics

Comme on pouvait s'y attendre, ce sont les petits commerces (boucherie, boulangerie...) qui offrent le plus de possibilités aux allophones d'utiliser leur langue maternelle (tableau iv.20). Les allophones établis au Québec depuis plus longtemps utilisent davantage leur langue (15 % et 18 %) avec les petits commerces que ceux immigrés plus récemment (8 %). Les réseaux communautaires et commerciaux des groupes ethniques établis depuis longtemps expliquent sans doute cette réalité. Le français est moins utilisé avec les petits commerçants qu'avec les grandes institutions commerciales et publiques, soit 10 points de moins (50 % contre 60 %) pour tous les groupes allophones. Par ailleurs, les travailleurs immigrés de 1976-1991 utilisent davantage le français que ceux d'avant 1976 et que ceux nés ici. Dix points les séparent des premiers et 20 points des seconds, peu importe le commerce ou le service public en cause. La proportion des travailleurs allophones qui utilisent surtout l'anglais varie entre 20 % et 40 %, mais les travailleurs allophones natifs l'emploient nettement plus que les autres. Quant aux travailleurs immigrants francophones et anglophones de 1976-1991, ils font appel surtout à leur langue maternelle dans leurs communications avec les commerces et les services publics dans au moins 80 % des cas.



Tableau iv.20
LANGUE UTILISÉE LE PLUS SOUVENT
DANS LES COMMUNICATIONS AVEC LES COMMERCES
ET LES SERVICES PUBLICS,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE — ÎLE DE MONTRÉAL


4.2.2 L'indice d'utilisation des langues avec les commerces et les services publics

Comme pour l'utilisation des langues au travail, nous avons composé un indice synthétique sur la base des données brutes exposées au tableau précédent (voir l'annexe B). Il en résulte que 55 % des répondants utilisent principalement le français dans leurs communications avec les commerces et les services publics, 28 %, l'anglais, et 17 %, une combinaison linguistique où le français et l'anglais ne dominent pas.

4.2.2.1 Selon les groupes d'enquête

Le tableau iv.21 montre que les travailleurs allophones venus de 1976 à 1991 utilisent principalement le français dans les deux tiers (64 %) des cas, ceux d'avant 1976, dans 52 % des cas, et les allophones natifs, dans 40 % des cas. Les travailleurs immigrants francophones de 1976-1991 s'en tiennent principalement au français (95 %) et les anglophones, à l'anglais (81 %).



Tableau iv.21
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
DANS LES COMMUNICATIONS AVEC LES COMMERCES
ET LES SERVICES PUBLICS,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE — ÎLE DE MONTRÉAL


4.2.2.2

Selon la connaissance des langues à l'arrivée
et la connaissance actuelle

Le tableau iv.22 révèle, encore une fois, le déterminisme du bilinguisme langue d'origine-français ou langue d'origine-anglais à l'arrivée sur l'usage ultérieur des langues des travailleurs immigrants allophones. Tel que nous l'avons constaté pour la langue au travail, mais de façon encore plus nette, ceux qui connaissaient seulement le français en plus de leur langue maternelle à l'arrivée utilisent maintenant principalement le français dans leurs activités de consommation dans la très grande majorité des cas (89 % + 2 % = 91 %), alors que ceux qui ne connaissaient que l'anglais en sus de leur langue maternelle usent principalement de l'anglais dans 67 % des cas. Il faut noter que ceux qui, au départ, n'avaient aucune connaissance du français et de l'anglais se sont majoritairement orientés vers le français (59 %) pour leurs transactions de consommateur. Le trilinguisme langue d'origine-français-anglais à l'arrivée est aussi nettement favorable à l'usage du français (62 % + 8 % = 70 %).



Tableau iv.22
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LES COMMUNICATIONS AVEC LES COMMERCES
ET LES SERVICES PUBLICS SELON LA CONNAISSANCE
DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS À L'ARRivÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.2.2.3 Selon la connaissance actuelle du français et de l'anglais

Le tableau iv.23 indique un usage légèrement plus élevé du français chez les travailleurs allophones qui possèdent le bilinguisme écrit français-anglais (51 % + 8 % = 59 %) que chez ceux pour qui le bilinguisme reste simplement oral (54 %). L'usage d'une combinaison de langues (catégorie mixte du tableau) atteint plus de 25 % de ces deux groupes.



Tableau iv.23
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
DANS LES COMMUNICATIONS AVEC LES COMMERCES
ET LES SERVICES PUBLICS SELON LA CONNAISSANCE
ACTUELLE DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES, IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.2.2.4 Selon l'âge et la période d'arrivée

En toute cohérence avec la tendance observée au chapitre de la langue au travail, on constate aussi au tableau iv.24 que les jeunes travailleurs immigrés se distinguent selon leur période d'arrivée. Alors que ceux venus depuis 1976 utilisent surtout le français dans leurs communications avec les commerces et les services publics dans une proportion de 72 %, leurs pairs venus avant 1976 ne le font que dans 37 % des cas. Les jeunes de chacune des périodes se différencient aussi de leurs aînés arrivés au cours de la même période. Il faut y voir, encore une fois, l'impact de la langue d'enseignement, l'école française étant obligatoire depuis 1977.



Tableau iv.24
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES DANS LES
COMMUNICATIONS AVEC LES COMMERCES ET LES SERVICES
PUBLICS SELON L'ÂGE À L'ARRivÉE ET LA PÉRIODE D'ARRivÉE, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.2.2.5 Selon l'indice d'utilisation du français au travail

Selon le tableau iv.25, ceux qui utilisent principalement l'anglais au travail doivent se plier davantage à l'usage du français (24 % et 12 %) dans le secteur de la consommation que ceux qui utilisent principalement le français au travail doivent le faire envers l'anglais (3 % et 7 %). C'est le cas aussi de ceux qui se caractérisent pour un usage mixte des langues au travail : ils utiliseront principalement le français dans leurs activités de consommateur dans 44 % des cas contre 26 % pour l'anglais. Le marché du travail est donc un milieu qui permet davantage l'usage de l'anglais que le commerce de détail et les services publics. Le poids de la majorité s'exerce donc plus fortement sur les usages linguistiques dans le domaine de la consommation. Il faut dire aussi que la Charte de la langue française définit plus précisément le droit d'être servi en français que celui plus diffus de travailler en français. Nous examinerons maintenant si la consommation des médias livre la même image de l'usage des langues que celle des biens et services.



Tableau iv.25
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
DANS LES COMMUNICATIONS AVEC LES COMMERCES
ET LES SERVICES PUBLICS SELON L'INDICE D'UTILISATION
DES LANGUES AU TRAVAIL, TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE — ÎLE DE MONTRÉAL


4.3 L'USAGE DES LANGUES DANS LA CONSOMMATION DES MÉDIAS

De nos jours, les médias occupent une grande part des activités de loisirs de la population : deux ou trois heures de télévision par jour, une ou deux pour les journaux et la radio, sans compter le temps alloué à la lecture de livres, au cinéma et à la musique enregistrée. Les médias ont aussi une très grande importance dans la mesure de l'usage de la langue en ce qui regarde le domaine des loisirs, puisque leur consommation la met toujours en cause, et ce, contrairement à l'activité sportive qui, en grande partie, peut avoir lieu en l'absence d'usage linguistique soutenu. Comme d'habitude, nous commençons par l'exposé des résultats bruts avant d'analyser le comportement linguistique en fonction d'un indice synthétique.

Le tableau iv.26 montre que, chez les travailleurs allophones, l'anglais domine presque toujours le français dans la consommation des médias, exception faite de la lecture des journaux pour laquelle il y a égalité. Quarante-cinq pour cent des travailleurs allophones écoutent majoritairement (plus de 50 % du temps) la télévision en anglais, comparativement à 33 % qui le font majoritairement en français. L'écoute de la radio (38 % contre 34 %), la lecture de revues (38 % contre 27 %), la lecture de livres (39 % contre 32 %) et l'écoute de la musique (33 % contre 11 %) affichent le même profil. Dans plus de 60 % des cas, les travailleurs allophones allouent moins de 5 % du temps à l'usage de leur langue maternelle dans leurs activités médias. La musique constitue la grande exception et semble le lien privilégié avec la culture d'origine; les deux tiers allouent plus de 5 % de leur temps d'écoute de la musique (plus précisément le chant ou la chanson) à des oeuvres dans leur langue maternelle.



Tableau iv.26
PROPORTION DES TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES QUI EFFECTUENT DivERSES ACTivITÉS CULTURELLES MAJORITAIREMENTa EN FRANÇAIS, EN ANGLAIS OU À MOINS DE 5 % DU TEMPS DANS LEUR LANGUE MATERNELLE — ÎLE DE MONTRÉAL


4.3.1 Selon les groupes

Il existe une forte différence de comportement entre les groupes de travailleurs allophones en ce qui a trait aux médias (tableau iv.26). Sauf pour l'écoute de la musique, le français domine l'anglais chez les travailleurs allophones venus depuis 1976 et ce, contrairement à ceux venus avant 1976 (sauf journaux et radio où il y a égalité) et, surtout, à ceux nés ici dont la domination de l'anglais sur le français dans les activités médias est éclatante.

4.3.2

L'indice d'utilisation des langues dans la consommation des médias

L'indice composé sur la base des données qui précèdent tient compte du temps alloué à chacun des médias (voir l'annexe B). Les données d'ensemble (tableau iv.27) permettent de constater que l'anglais (16 % + 30 % = 46 %) domine le français (34 %) comme langue principale de consommation des médias.

4.3.2.1 Selon les groupes d'enquête

Comme nous l'avons constaté pour les résultats bruts, le français (44 %) domine l'anglais (32 %) chez les travailleurs immigrants allophones venus depuis 1976 et ce, contrairement aux autres groupes allophones pour qui l'anglais domine le français (44 % comparativement à 31 % chez les travailleurs allophones venus avant 1976 et 81 % contre 9 % chez ceux nés ici). Les travailleurs immigrants anglophones de 1976-1991 se collent principalement à l'anglais dans 96 % des cas et les francophones, au français dans 83 % des cas.



Tableau iv.27
INDICE D'UTILISATION DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.3.2.2 Selon la langue maternelle

On constate au tableau iv.28 que certains groupes linguistiques d'arrivée plus récente (langues latines, langues sémitiques (arabophones), langues austro-asiatiques, créole) utilisent plus le français que l'anglais dans leur consommation des médias. Les groupes plus anciens (Italiens, langues européennes autres que latines ou l'anglais, autres langues asiatiques) ainsi que les Indo-Iraniens et les Austronésiens (Océanie) utilisent davantage l'anglais. Ceux de langues sémitiques se partagent assez également entre l'usage du français et de l'anglais.

L'utilisation de la langue d'origine varie beaucoup selon les groupes (tableau iv.29). Les Italiens, ceux de langues hispaniques, les Indo-Iraniens, les Chinois, les Asiatiques allouent, à leur langue d'origine, dans 20 % et plus des cas, plus du tiers de leur consommation des médias.



Tableau iv.28
INDICE D'UTILISATION DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
POUR LACONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON LA LANGUE MATERNELLE,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iv.29
PROPORTION D'UTILISATION DE LA LANGUE MATERNELLE
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON LA LANGUE MATERNELLE,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.3.2.3 Selon la connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée

Chez les travailleurs immigrants allophones, ceux qui connaissaient le français à l'arrivée ou ceux qui étaient trilingues (langue d'origine-françaisanglais) utilisent principalement le français pour les médias (respectivement 75 % et 45 %), alors que les unilingues, dans leur langue d'origine, se répartissent presque également (33 % et 37 %) entre l'usage principal du français et de l'anglais. Ceux qui, au départ, connaissaient l'anglais, mais non le français utilisent principalement l'anglais dans 72 % des cas.



Tableau iv.30
INDICE D'UTILISATION DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON LA CONNAISSANCE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS À L'ARRivÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.3.2.4 Selon la connaissance actuelle du français et de l'anglais

Dans le tableau iv.31, l'anglais domine le français chez les bilingues (50 % et 56 % contre 28 % et 27 %) comme langue principale d'usage des médias, alors que le français ne surpasse l'anglais que chez le petit nombre qui ne parlent pas encore facilement le français ou l'anglais (25 % contre 15 %) et, bien évidemment, chez ceux qui parlent le français, mais non l'anglais (77 %). Toutefois, lorsque l'on retire du calcul les travailleurs allophones nés ici (tableau iv.32), la différence entre l'usage principal du français et de l'anglais est atténuée chez les bilingues anglais-français.



Tableau iv.31
INDICE D'UTILISATION DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON LA CONNAISSANCE ACTUELLE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS, TRAVAILLEURS ALLOPHONES IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


Tableau iv.32
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON LA CONNAISSANCE ACTUELLE DU FRANÇAIS
ET DE L'ANGLAIS, TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES — ÎLE DE MONTRÉAL


4.3.2.5 Selon l'âge et la période d'arrivée

Le tableau iv.33 montre que les jeunes utilisent plus l'anglais pour la consommation des médias que leurs aînés pour les deux périodes d'observation. Chez ceux immigrés avant 1976, les travailleurs immigrants qui avaient moins de 17 ans à leur arrivée utilisent principalement l'anglais dans 61 % des cas. Leurs pairs de la période 1976-1991 font de même dans 44 % des cas. Chez les travailleurs arrivés après l'âge de 17 ans, l'usage des langues pour la consommation des médias est très semblable. Alors que l'on pouvait déduire que la langue de l'école avait une influence sur l'utilisation des langues au travail et dans les communications avec les commerces et les services publics chez les jeunes arrivés avant d'avoir 17 ans, ceux venus avant 1976 étant attirés par l'anglais et ceux arrivés entre 1976 et 1991, vers le français, cette relation est ici brisée puisque ces derniers semblent attirés aussi par les médias anglophones, avec une ampleur moindre toutefois.



Tableau iv.33
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON L'ÂGE À L'ARRivÉE ET LA PÉRIODE D'ARRivÉE,
TRAVAILLEURS IMMIGRANTS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.3.2.6 Selon le niveau de scolarité

Les plus scolarisés (tableau iv.34) utilisent en plus grand nombre l'anglais (13 années et plus de scolarité, 55 %) comme langue principale de consommation des médias que les moins scolarisés (7 années ou moins de scolarité, 41 % utilisent principalement le français).



Tableau iv.34
INDICE D'UTILISATION DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON LE NivEAU DE SCOLARITÉ,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES IMMIGRANTS OU NON —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.3.2.7 Selon l'indice d'utilisation des langues au travail

Contrairement à ce que nous avons observé pour la langue de communication avec les commerces et les services publics, on constate, au tableau iv.35, que ceux qui utilisent principalement l'anglais au travail sont très peu nombreux à utiliser le français comme langue de consommation des médias (2 % à 3 %), alors que ceux qui usent principalement du français au travail font une place plus grande à l'anglais (8 % à 20 %). Le choix de la langue est beaucoup plus libre en ce qui concerne les médias que ce n'est le cas au travail ou dans la fréquentation des commerces et services publics, domaines où les interlocuteurs et la documentation sont davantage déterminés par des circonstances institutionnelles. Les données du graphique iv.3 montrent que l'attraction du français est bien plus faible dans les comportements culturels (médias); pour tous les groupes de travailleurs allophones, le français y est moins utilisé que dans les communications de travail et de consommation. L'écart est particulièrement élevé chez les travailleurs allophones nés ici (travail surtout ou plutôt en français, 30 %; consommation, 40 %; médias, 9 %).



Tableau iv.35
INDICE D'UTILISATION DU FRANÇAIS ET DE L'ANGLAIS
POUR LA CONSOMMATION DES MÉDIAS
SELON L'INDICE D'USAGE DES LANGUES AU TRAVAIL,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE — ÎLE DE MONTRÉAL


Graphique iv.3
Utilisation principale du français au travail, dans la consommation et pour les médias selon la période d'arrivée, tous les groupes d'enquête — île de Montréal


4.4 L'INDICE GLOBAL D'UTILISATION DES LANGUES

Dans le but d'obtenir une idée de la langue qui, globalement, domine les usages linguistiques des répondants, nous avons construit un indice selon une typologie de l'usage des langues tenant compte des trois contextes que nous venons d'examiner, soit le travail, la consommation et les médias (voir l'annexe B). L'intérêt de cet indice est d'établir la répartition des répondants selon qu'ils utilisent principalement le français ou principalement l'anglais dans un, deux ou trois des contextes d'observation. Le tableau iv.36 rend compte de la forte corrélation3, entre cet indice et les trois indices qui servent à le composer.



Tableau iv.36
INDICE D'UTILISATION DES LANGUES AU TRAVAIL,
DANS LA CONSOMMATION ET POUR LES MÉDIAS
SELON L'INDICE GLOBAL D'UTILISATION DES LANGUES,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE — ÎLE DE MONTRÉAL


Le tableau iv.37 révèle que 26 % des répondants vivent plutôt en français dans les trois contextes, 20 % le font dans deux contextes sur trois, 17 % plutôt en anglais dans les trois contextes, 15 % plutôt en anglais dans deux contextes sur trois et 22 % vivent une sorte de plurilinguisme linguistique où la langue d'origine est plus ou moins présente.



Tableau iv.37
INDICE GLOBAL D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LES COMMUNICATIONS DE TYPE PUBLIC,
TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.4.1 Selon le groupe d'enquête et la langue maternelle

Chez les travailleurs allophones, le français semble la langue de vie principale pour 57 % de ceux venus entre 1976 et 1991 et 45 % de ceux d'avant 1976. Chez les travailleurs immigrants allophones venus au Québec avant l'âge adulte, on obtient respectivement 65 % pour ceux immigrés au cours de la période 1976-1991 et 33 % chez ceux venus avant 1976. Ces derniers se rapprochent ainsi des travailleurs allophones nés ici (22 %) qui, comme nous l'avons déjà constaté, sont nettement orientés vers l'anglais.

Le tableau iv.38, qui ventile cet indice selon la langue maternelle, permet d'ordonner les ressortissants de diverses langues d'origine selon leur propension à vivre en français dans les trois contextes. Les différences entre les groupes apparaissent nettement marquées :

Plutôt le français 3/3 ou 2/3
Créole 92 % Italiens 40 %
Latins (Italiens exceptés) 67 % Asiatiques (Sino-Tibétains) 19 %
Austro-asiatiques 65 % Européens non latins 23 %
Sémitiques (arabophones) 55 % Indo-Iraniens 17 %
Africains sub-sahariens 48 % Austronésiens 5 %


Tableau iv.38
INDICE GLOBAL D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LES COMMUNICATIONS DE TYPE PUBLIC
SELON LA LANGUE MATERNELLE, TRAVAILLEURS
ALLOPHONES IMMIGRANTS OU NON — ÎLE DE MONTRÉAL


Le tableau iv.39 montre nettement que les travailleurs allophones venus de pays de la francophonie ou de pays hispaniques vivent très majoritairement en français. C'est le cas aussi du groupe italien lorsque ceux de la génération nés ici sont retirés (ils apparaissent dans la catégorie Canada) du calcul.



Tableau iv.39
INDICE GLOBAL D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LES COMMUNICATIONS DE TYPE PUBLIC
SELON LA CLASSIFICATION GÉOLINGUISTIQUE
DU PAYS D'ORIGINE, TOUS LES GROUPES D'ENQUÊTE —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.4.2 Selon l'année d'arrivée

Le tableau iv.40, constitué pour départager les travailleurs immigrants arrivés entre 1976 et 1991, montre qu'il n'y a pas de différences importantes selon les regroupements quinquennaux. S'ils sont arrivés entre 1976 et 1980 ou entre 1981 et 1985, près de 40 % des travailleurs allophones (38 %, 39 %) utilisent plutôt le français dans les trois contextes que sont le travail, la consommation et les médias (rôle de récepteur dans ce dernier cas). Ceux venus plus récemment (1986-1991) se classent un peu moins dans cette catégorie (31 %), ce qui pourrait s'expliquer par leur période d'intégration plus courte que les précédents.



Tableau iv.40
INDICE GLOBAL D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LES COMMUNICATIONS DE TYPE PUBLIC
SELON L'ANNÉE D'ARRivÉE, TRAVAILLEURS ALLOPHONES —
ÎLE DE MONTRÉAL


4.4.3 Selon la langue d'usage

Le tableau iv.41 met en relation l'indice global d'usage des langues avec la langue utilisée le plus souvent à la maison. Il se dégage évidemment une forte corrélation entre la langue d'usage au foyer et la langue utilisée dans les trois autres contextes. Ainsi, ceux qui ont le français pour langue d'usage emploient principalement le français dans au moins deux contextes sur trois dans une proportion de 84 %, ceux qui ont l'anglais pour langue d'usage utilisent l'anglais dans au moins deux contextes sur trois dans 64 % des cas. Ceux qui font appel à leur langue d'origine au foyer utilisent généralement plus le français que l'anglais (plutôt le français 3/3 = 23 %, plutôt l'anglais 3/3 = 14 %).



Tableau iv.41
INDICE GLOBAL D'UTILISATION DES LANGUES
POUR LES COMMUNICATIONS DE TYPE PUBLIC
SELON LA LANGUE D'USAGE À LA MAISON,
TRAVAILLEURS ALLOPHONES — ÎLE DE MONTRÉAL


4.5 L'ANALYSE MULTIVARIÉE

L'analyse qui précède montre que les travailleurs allophones venus entre 1976 et 1991 utilisent davantage le français que ceux arrivés avant eux ou ceux nés ici. Ce constat soulève la question suivante : est-ce l'évolution de la situation linguistique québécoise ou les modifications dans les caractéristiques individuelles des arrivants qui expliquent ce changement?

Les données de la situation linguistique ont certes changé depuis 1976. L'adoption de la Charte de la langue française (1977) oblige la grande entreprise à prendre des mesures pour se franciser, elle décrète que les immigrants doivent inscrire leurs enfants à l'école française et que l'usage du français dans le commerce et les services publics est un droit pour la clientèle. Cette charte, très soutenue par la majorité de la population, a induit une ambiance propice à l'usage du français.

Des études ont montré que l'usage du français s'est accru au Québec, notamment chez les travailleurs allophones et anglophones4. La question est de savoir si l'impact du changement linguistique a été plus fort chez les nouveaux arrivants que chez les anciens.

Pour répondre à cette question, nous avons procédé à des analyses multivariées (analyse loglinéaire)5 prenant en considération les variables qui semblent avoir le plus d'impact sur l'usage du français, soit l'origine géolinguistique, la connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée, l'âge à l'arrivée, la composition linguistique du quartier, celle des contacts à l'intérieur de l'entreprise, et le moment d'arrivée au Québec.

L'analyse a été effectuée en excluant les répondants nés en Italie (très peu sont arrivés après 1976) et au Canada (ils ne sont pas immigrants). Après avoir observé que les comportements linguistiques de deux catégories de répondants avaient des similitudes, l'origine géolinguistique a été regroupée en deux catégories : les répondants de la francophonie et des pays hispanophones ou lusophones, d'une part, et ceux des autres pays, d'autre part. L'âge à l'arrivée a été réparti en deux catégories, soit les moins de 17 ans et les 17 ans et plus. Les moins de 17 ans ont présumément fréquenté l'école au Québec.

Le premier des schémas suivants permet de voir que les coefficients d'association (coefficients de contingence partiels, voir l'annexe B) indiquent que la connaissance des langues à l'arrivée (0,31) et l'origine géolinguistique (0,29) sont liées bien davantage à l'usage des langues au travail que la période d'arrivée (0,09). Le lien entre la composition des contacts en entreprise et la langue de travail est fort, mais puisqu'il s'agit de phénomènes concomitants, on ne peut dire au juste lequel détermine davantage l'autre. Logiquement, toutefois, les contacts en entreprise étant normalement plus déterminés par les besoins de l'organisation que par les préférences personnelles, on peut croire que la composition des contacts serait la variable plus déterminante. L'âge à l'arrivée a un impact significatif sur la composition des contacts en entreprise, mais la fragmentation de l'échantillon en fonction de plusieurs variables ne permet pas d'en apprécier la force réelle. Des croisements tenant compte de l'origine géolinguistique, de la connaissance des langues à l'arrivée et de la période d'arrivée montrent (les khi-deux sont significatifs) que les travailleurs immigrants venus avant 1976, avant l'âge de 17 ans et étant unilingues de langue d'origine à l'arrivée ont plus de contacts majoritairement anglophones au travail et utilisent aussi davantage l'anglais au travail que leurs aînés. Pour les jeunes ayant immigré avant d'avoir 17 ans au cours de la période 1976-1991, le nombre de répondants est insuffisant pour garantir la valeur des résultats. Il semble toutefois qu'ils auraient un cheminement inverse de ceux venus avant 1976 : ils auraient plus de contacts francophones et utiliseraient plus le français au travail.

Pour ce qui est de la langue de communication avec les commerces et les services publics, les variables origine géolinguistique (0,32), connaissance des langues à l'arrivée (0,40) et composition du quartier de résidence (0,22) lui sont davantage liées. Le troisième schéma, qui explore les variables les plus liées à la langue de consommation des médias, indique un modèle semblable aux autres : la connaissance des langues à l'arrivée (0,40) ressort davantage, mais l'origine géolinguistique (0,28) et l'âge à l'arrivée (0,19) ont aussi leur importance. On conclura que les caractéristiques des travailleurs immigrés ont davantage de conséquences en ce qui concerne leurs usages linguistiques, mais la politique linguistique (entre autres, passage d'un accès libre à l'école anglaise à l'obligation de fréquenter l'école française) a aussi un impact important. Plus généralement, la sélection d'immigrants, lorsqu'elle est possible, en fonction du critère géolinguistique peut aussi être considérée comme l'un des aspects de la politique linguistique.

Analyse multivariée


4.6 CONCLUSION

C'est dans les communications avec les commerces et les services publics que le français s'impose davantage dans le comportement linguistique des travailleurs immigrants et dans la consommation des médias où il est dominé par l'anglais. Le français au travail se situe dans une position moyenne par rapport à son usage dans ces deux contextes. Grosso modo, au travail, le français domine le comportement linguistique de près de la moitié des travailleurs allophones, l'anglais, 30 %, et le trilinguisme (diverses combinaisons de la langue d'origine, le français et l'anglais), 20 %. Dans les communications avec les commerces et les services publics, le français domine dans un peu plus de la moitié des cas, dans celui de la consommation des médias, il prévaut dans quatre cas sur dix.

Plusieurs facteurs influent sur l'usage des langues dans ces divers contextes, mais partout, les immigrants allophones d'arrivée plus récente (1976-1991) utilisent davantage le français que les travailleurs allophones natifs ou ceux venus avant 1976. Sur une échelle de 1 à 10, les groupes d'enquête se classifieraient comme suit (base des indices) quant à l'usage principal du français au travail, dans la consommation et vis-à-vis des médias :

Travail Consommation Médias
Travailleurs immigrants allophones 1976-1991 5,4 6,4 4,4
Travailleurs immigrants allophones d'avant 1976 4,7 5,2 3,1
Travailleurs allophones nés ici 3,0 4,0 0,9


Au travail, le fait de connaître l'anglais à l'arrivée, mais peu le français oriente beaucoup vers l'usage de l'anglais (tableau iv.6). Les travailleurs immigrés avant d'avoir 17 ans au cours de la période précédant 1976 utilisent un peu moins le français que leurs aînés venus à la même époque. Les jeunes venus avant l'âge adulte après 1976 ont été astreints à l'école française, et malgré leur petit nombre dans l'échantillon, on constate qu'ils utilisent davantage le français que leurs aînés arrivés à la même période et beaucoup plus que leurs pairs d'avant 1976 (tableau iv.9). Les plus scolarisés utilisent aussi relativement plus l'anglais que les moins scolarisés (tableau iv.8). Par contre, les groupes professionnels se distinguent en deux groupes selon l'importance de l'usage du français. D'un côté, les administrateurs, les employés de bureau et les vendeurs qui utilisent moins le français et, de l'autre, les professionnels, les employés des services et les cols bleus qui l'utilisent davantage. Le secteur industriel regroupant les activités financières entraîne un usage plus élevé de l'anglais (tableau iv.11), et l'administration publique, un usage plus fréquent du français.

Près de 40 % des travailleurs allophones sont à l'emploi d'entreprises qui leur procurent des contacts internes à plus de 30 % allophones. Dans ces milieux, l'usage du français chute de beaucoup (tableau iv.14). La langue du propriétaire de l'entreprise influe aussi fortement sur l'usage des langues au travail; le français est la langue principale pour les trois quarts des allophones qui travaillent dans une entreprise à propriété francophone, alors que la proportion n'est que du quart dans les entreprises à propriété anglophone et d'environ 40 % dans les entreprises ethniques. La langue d'origine prend alors plus de place (tableau iv.15). La taille des entreprises a aussi son influence. Les plus grandes laissent davantage de place au français, les plus petites offrent plus de possibilités d'utiliser la langue d'origine, tandis que l'usage de l'anglais reste stable peu importe la taille de l'entreprise (tableau iv.18).

Le français s'impose davantage dans les communications avec les commerces et les services publics lorsque le travailleur allophone ne connaissait pas l'anglais à son arrivée au pays. Les allophones bilingues anglais-français et même ceux qui ne connaissaient que leur langue maternelle utilisent beaucoup plus le français (tableau iv.22). Tout comme on le constate pour la langue de travail, les travailleurs immigrés avant l'âge adulte se différencient en fonction de la période d'immigration. On note en effet une orientation nette vers l'utilisation du français chez ceux venus depuis 1976 (tableau iv.24).

Quant au secteur des médias, l'anglais domine partout le français, sauf pour la lecture des journaux. Comme d'habitude, l'usage des langues varie selon les groupes d'enquête (moment d'arrivée) et la langue maternelle des répondants. Le facteur le plus aggravant pour le français est le fait de connaître l'anglais à l'arrivée, mais pas le français. Dans 72 % des cas, les allophones qui connaissaient l'anglais à l'arrivée utilisent principalement cette langue dans leurs activités-médias. Enfin, il faut souligner que, contrairement à ce que l'on a constaté pour la langue de travail et la langue de communication avec les commerces et les services publics, les travailleurs venus avant d'avoir 17 ans au cours de la période 1976-1991 utilisent moins le français pour les médias que leurs aînés venus à la même période. Ils participent en ce sens à la domination des médias anglophones constatée par d'autres études auprès des jeunes6.

Dans ce chapitre, nous avons également constitué un indice qui permet de distribuer les répondants selon qu'ils vivent principalement en français ou non dans les trois contextes d'usage de la langue couverts par l'enquête, soit la langue au travail, dans les communications et pour les médias.

Il ressort que 35 % des travailleurs allophones arrivés entre 1976 et 1991 vivent plutôt en français dans les trois contextes, soit nettement plus que ceux arrivés avant 1976 (24 %) et que ceux nés ici (6 %). Au total, 46 % des répondants vivent en français dans au moins deux contextes sur trois. L'analyse multivariée permet d'établir que, chez les travailleurs immigrants allophones, ce n'est pas le moment d'arrivée qui est le plus lié avec un usage accru du français, mais bien davantage la connaissance du français et de l'anglais à l'arrivée, l'origine géolinguistique et la composition des milieux d'insertion. L'arrivée avant l'âge adulte constitue une variable qui a aussi son importance; les jeunes venus avant 1976 présentent un profil d'usage des langues qui tend vers celui des travailleurs allophones nés ici, leur accès large à la scolarisation en anglais leur étant commun. La grande conclusion que nous pouvons tirer de cette analyse est que le statut du français semble prometteur chez les travailleurs immigrants arrivés depuis 15 ans. Cela tient beaucoup à la composition de cette immigration qui a été déterminée en partie par les mesures de sélection gouvernementales, mais aussi par le hasard des mouvements de population dans le monde, la guerre et le sous-développement ayant été les principaux facteurs précipitants. La tendance exprimée durera-t-elle? Au Québec, des souches anciennes d'immigration qui s'étaient d'abord francisées au départ ont ensuite connu un mouvement d'anglicisation. L'inscription dans les écoles anglophones aura été le mécanisme principal de cette anglicisation et, dans cette enquête, le profil d'usage des langues des travailleurs allophones nés ici en est une illustration fort probante. L'attraction de l'anglais reste forte à en juger par le comportement linguistique lié à la consommation des médias, contexte où s'exerce le libre marché des langues.






1 Sauf pour les communications avec les collègues ou les clients pour lesquelles le trilinguisme (français-anglais-langue d'origine) peut atteindre 4 % des répondants, le trilinguisme, comme formule linguistique habituelle, touche 1 % ou moins des répondants. [retour au texte]

2 Voir l'annexe B pour une analyse de fiabilité et de cohérence de cet indice. [retour au texte]

3 Coefficients d'association : - travail par global (cc 0,74, Gamma 0,89);
- consommation par global (cc 0,74, Gamma 0,92)
- médias par global (cc 0,71, Gamma 0,85).[retour au texte]

4 BÉLAND, PAUL. L'usage du français au travail, Dossiers du Conseil de la langue française, no 33, Québec, 1991. [retour au texte]

5 Voir l'annexe B. [retour au texte]

6 LOCHER, Uli. Les jeunes et la langue, tome 1 (à paraître). [retour au texte]






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