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L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE SECONDE, AUX ADULTES

L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS
LANGUE SECONDE,
AUX ADULTES

par
Ariane ARCHAMBAULT
Jean-Claude CORBEIL






1.3. Les écoles de langue privées

Nous regrouperons ici les renseignements que nous avons recueillis sur les écoles de langue privées, définies comme des entreprises à but lucratif dont la principale activité est l'enseignement du français, de l'anglais, parfois d'autres langues comme langues étrangères ou secondes, selon la terminologie des uns et des autres, ce qui exclut de cette catégorie les cégeps et les universités.

Après avoir décrit le rôle du ministère de l'Éducation dans l'enseignement privé, nous dresserons le tableau d'ensemble de l'enseignement du français, langue seconde, dans les écoles privées et nous terminerons par quelques notes sur deux cas particuliers, les écoles Berlitz et l'activité d'enseignement du Centre de linguistique de l'entreprise (CLE).

1.3.1. Le rôle du M.E.Q. : le Service général de l'enseignement privé (S.G.E.P.)

Le Québec est la seule province du Canada où s'exerce un contrôle de l'enseignement privé de par la nécessité d'obtenir un permis pour ouvrir et faire fonctionner une école privée. Ce permis satisfait à des normes surtout administratives.

a) Les conditions d'obtention d'un permis. Les écoles de langue entrent dans la catégorie des écoles de culture personnelle.

Pour obtenir un permis, elles doivent se soumettre à certaines contraintes. Sur le plan des ressources matérielles, elles doivent détenir un certificat d'hygiène et de sécurité, un permis d'occupation des lieux à des fins d'enseignement, chacun dûment émis par les autorités compétentes. Sur le plan de la protection du consommateur, elles doivent fournir un cautionnement qui servira à dédommager professeurs et étudiants en cas de faillite ou de cessation précipitée des activités; elles doivent également fournir copie de la publicité dont elles se serviront pour attirer leur clientèle et faire approuver le contrat qu'elles feront signer à leurs élèves. Elles doivent remplir le formulaire de demande de permis préparé par le ministère de l'Éducation où elles doivent entre autres choses déclarer la durée de chaque cours, le nombre d'élèves par groupe, le coût de chaque cours, etc.

Le permis est annuel et vaut pour chaque établissement et non pour l'entreprise en soi. Ainsi, une école qui a plusieurs succursales doit détenir plusieurs permis. Le permis semble facile à obtenir si la demande est conforme aux exigences du ministère.

b) Le type de contrôle exercé par le S.G.E.P. Le permis est, en fait, une autorisation administrative de diriger une école de langue. Il permet un certain contrôle a priori, puisque le S.G.E.P. exige dans la déclaration du demandeur des indications sur le programme des cours (contenu, durée), le nombre d'élèves par groupe, les méthodes utilisées pour enseigner et les qualifications des professeurs. Le S.G.E.P, n'exerce aucune surveillance de la qualité de l'enseignement effectivement donné par chaque entreprise et ces études ne sont pas reconnues ou encore moins créditées par le ministère de l'Éducation.

Le S.G.E.P, accorde entre 35 et 40 permis à des écoles de langue, majoritairement situées dans la région de Montréal.

1.3.2. La situation générale des écoles de langue privées

Les écoles de langue privées se financent par elles-mêmes. Elles ne reçoivent aucune subvention directe.

a) Les méthodes d'enseignement. On retrouve dans les écoles privées le même matériel pédagogique qu'ailleurs, en particulier la méthode Le français international. Il arrive parfois, mais rarement, que des écoles privées conçoivent leurs propres méthodes d'enseignement. Dans notre échantillon, c'est le cas de LPS (Language Power System) et de Berlitz.

b) Le type de clientèle. L'application de la Charte de la langue française, surtout par l'élaboration et la réalisation des programmes de francisation des entreprises, influence directement l'enseignement du français, langue seconde, dans les écoles privées. Actuellement, la clientèle de ces écoles est, en très grande majorité (certains disent à 80 %), composée d'hommes d'affaires, en général cadres, qui ont besoin de régler rapidement le problème que leur pose l'usage généralisé du français comme langue de communication. Leurs objectifs sont donc essentiellement pragmatiques, en relation immédiate avec leurs activités professionnelles : ils veulent apprendre un français fonctionnel, utilisable sur-le-champ, dans leur quotidien, en fait un français sur mesure. Le plus rapidement sera le mieux. Les préoccupations de type culturel, comme la qualité de la langue, ne sont certes pas au premier plan.

Une autre composante notable de la clientèle provient de la fonction publique, de tous les ordres de gouvernement, municipal, provincial ou fédéral. Là aussi, il s'agit de fonctionnaires de haut niveau, professionnels, chefs de service, directeurs. En général, ces étudiants sont de niveau intermédiaire ou intermédiaire avancé, et sont rarement des débutants.

c) La grande variation des situations. D'une école privée à une autre, tout varie, rien n'est semblable : on passe de la qualité professionnelle certaine à la médiocrité, de la clientèle abondante au directeur en mal désespéré d'élèves, quasi au bord de la faillite. Chaque école est un cas en soi.

On constate donc que la qualité de l'enseignement varie beaucoup, selon la situation de l'école. Deux facteurs semblent à cet égard déterminants : le corps professoral et l'encadrement pédagogique de son activité.

Les salaires des professeurs oscillent entre 5 $ et 40 $ l'heure. Parmi les bas salariés, on trouve des étudiants, des personnes sans emploi ou cherchant à entrer sur le marché du travail, des immigrants récents; parmi les hauts salariés, le personnel habituel des cours de langue, comme ailleurs, et souvent les mêmes personnes.

d) La tendance à la baisse. Nous avons remarqué que la clientèle des classes de français dans les écoles privées est à la baisse. Nos interlocuteurs ont évoqué divers motifs pour expliquer ce phénomène. Nous les rapportons sans vouloir les apprécier.

  1. La situation économique générale étant difficile, les entreprises et les organismes tendent à réduire au minimum les coûts de la formation de leur personnel. Pendant ce temps, les frais des écoles privées augmentent. Plusieurs ferment leurs portes et on peut s'attendre à ce que ce mouvement s'accentue.

  2. Les entreprises et les organismes ont de plus en plus recours aux ressources du système scolaire, où les coûts par élève sont en général moindres, commissions scolaires, cégeps, universités. Les écoles privées de Montréal doivent affronter à la fois la concurrence du système public et celle du Centre de linguistique de l'entreprise (CLE).

  3. Au fil des années, le nombre d'anglophones québécois ayant besoin de se recycler en français diminue, ou bien parce qu'ils ont déjà suivi des cours à cet effet, ou bien parce qu'ils arrivent bilingues sur le marché du travail. D'autre part, il semble que les anglophones des autres provinces aient cessé de venir suivre des cours de français à Montréal ou au Québec, du moins aux niveaux débutant et intermédiaire.

  4. Les avis sont partagés et nettement contradictoires quant à l'influence de la Charte de la langue française sur la motivation des élèves. Les uns expliqueront la baisse de la clientèle par l'hostilité que la Charte a fait naître chez les anglophones à l'égard du français, mais d'autres nous ont affirmé que depuis lors les anglophones y sont moins réfractaires, si on compare à ce que c'était il y a sept ou huit ans. Plusieurs pensent qu'un changement de gouvernement ramènera la clientèle, mais l'opinion la plus générale est qu'on ne reviendra pas en arrière. Pour eux, leur avenir est dans l'enseignement de l'anglais, langue seconde, puisque le bassin de population est alors plus grand et que la Charte n'a pas supprimé la nécessité de l'anglais dans les communications avec l'extérieur.

c) La publicité des écoles privées. L'école privée doit indiquer dans sa publicité le numéro de son permis. Mais afficher ostensiblement la mention « Reconnue par le ministère de l'Éducation », pour suggérer l'idée que c'est là une garantie de sérieux et de qualité, est pour le moins un procédé discutable.

Chose plus importante, certaines écoles dissimulent la difficulté que constitue l'apprentissage d'une langue étrangère et minimisent le temps qu'il faudra y mettre. Ce sont des slogans comme « Apprenez le français en 60 heures ». On trouve le même type de publicité dans le métro de Paris au sujet de l'anglais. On exploite la hâte des élèves, mais on leur cache la vérité. C'est le miroir aux alouettes de la facilité, du sans douleur, grâce à des méthodes, à l'audiovisuel, aux laboratoires, aux professeurs autochtones, à l'immersion, à l'enseignement fonctionnel, dernier gadget de la série.

1.3.3. Deux cas particuliers
  1. Berlitz

    Les écoles Berlitz jouissent d'une grande renommée dans l'enseignement des langues étrangères. Il s'agit d'une entreprise internationale, qui possède sa propre formule pédagogique. Le matériel est élaboré au New Jersey et le même matériel de base est utilisé dans toutes les écoles de tous les pays.

    Pour le français, le modèle linguistique et culturel retenu est celui de la France. Lorsque des besoins propres à une région le légitiment, du matériel d'appoint est conçu par le siège social régional et utilisé dans les écoles de cette région. Ainsi, pour l'enseignement à la fonction publique fédérale, Berlitz Canada a confié à ses écoles d'Ottawa et de Québec la préparation de leçons plus typiquement « canadiennes », qui ont paru sous le titre Parlons du Canada!26.

    Les professeurs sont entrainés à la méthode Berlitz. Ils reçoivent comme instructions d'être, dans leur enseignement, de la plus grande neutralité et d'éviter de parler de politique, de religion ou de moralité. C'est donc dans cette perspective qu'il leur est recommandé d'adapter la méthode de base aux particularités linguistiques et culturelles de la région où ils se trouvent.

  2. Le Centre de linguistique de l'entreprise (CLE)

    Le Centre de linguistique de l'entreprise, organisme privé sans but lucratif, a été fondé en 1972 dans le but d'aider les entreprises à traiter efficacement les questions linguistiques qui touchent leur fonctionnement. En 1979, 115 entreprises de toutes tailles étaient membres du CLE (liste en annexe D).

    Environ 14 entreprises suivent les cours de langue organisés par le CLE, qui rejoint ainsi au-delà de 600 étudiants. Différentes formules de cours sont offertes : cours de groupes, avec un maximum de 10 étudiants par groupe, soit à raison de six heures par semaine pour un cours de 90 heures, soit à raison de quatre heures par semaine pour un cours de 60 heures, ce qui est le plus en demande; cours intensifs sur une base de trois à six heures par jour cinq jours par semaine; cours particuliers, selon les besoins et la disponibilité de l'élève.

    Les cours de groupes coûtent 26 $ l'heure par groupe, les cours privés 22 $ l'heure si des cours de groupes sont organisés par le CLE dans cette entreprise ou 26 $ l'heure dans le cas contraire.

    La méthode utilisée est Le français international, complétée par Dialogue Canada et Les ensembles. Le professeur est responsable de l'adaptation de son enseignement aux caractéristiques de chaque entreprise, surtout en matière de terminologie spécialisée dont un répertoire lui a été fourni par l'entreprise elle-même.

    En plus des cours de langue, le CLE offre des cours de grammaire à l'intention des francophones et des anglophones de niveau avancé et des cours de rédaction administrative pour les anglophones et les francophones désireux d'améliorer leur français écrit en fonction des besoins de leur travail. La clientèle du CLE est liée de très près à l'application des programmes de francisation.

    Le CLE engage 25 professeurs, payés à la leçon de 16 $ à 18 $ l'heure. Ce sont tous des professeurs d'expérience, spécialistes de l'enseignement des langues secondes. La majorité, 19 sur 25, sont québécois d'origine, à la demande des entreprises qui y voient le moyen de mieux s'adapter à l'usage québécois.




26 Berlitz, Parlons du Canada!, Montréal, The Berlitz Schools of Languages of Canada, 1976, VII - 177 p. [retour au texte]




2.

Le ministère de l'Immigration : les centres d'orientation et de formation des immigrants (COFI)

Le ministère de l'Immigration a pris en charge la formation linguistique et socioculturelle des immigrants adultes, les enfants fréquentant, eux, les classes d'accueil des commissions scolaires. Comme moyen d'action, le ministère a constitué des Centres d'orientation et de formation des immigrants (COFI), actuellement au nombre de 11; dans les principales villes du Québec : Montréal, Québec, Hull, Sherbrooke, Trois-Rivières. Pour atteindre les immigrants là où ils sont, sur l'ensemble du territoire québécois, le ministère de l'Immigration passe des contrats de service directement avec des commissions scolaires; de tels contrats ont ainsi été conclus avec une cinquantaine de commissions scolaires.

Après avoir attiré l'attention sur les caractéristiques de la clientèle des COFI, qui oriente toute leur action, nous indiquerons les sources de financement de ce programme et nous décrirons les normes administratives et pédagogiques de l'enseignement du français dans les COFI et les commissions scolaires sous contrat.

2.1. Une clientèle très particulière

Les COFI accueillent principalement les immigrants adultes. Cette clientèle présente des traits caractéristiques27 :

  1. Les immigrants sont d'origines fort diverses et parlent en conséquence un grand nombre de langues, fort différentes entre elles et plus ou moins éloignées de la famille des langues à laquelle appartient le français. Les difficultés qu'ils ont pour apprendre le français varient donc considérablement selon la distance entre leurs propres systèmes linguistiques et celui du français : un Italien a moins de problèmes qu'un Vietnamien, par exemple. Pourtant, l'un et l'autre ont le même besoin de connaître le français pour vivre au Québec.

  2. Le niveau de scolarité au moment de l'arrivée couvre toute l'échelle entre l'illettré et le diplômé d'université. Les COFI doivent donc tout autant se préoccuper d'alphabétiser des illettrés que d'enseigner l'alphabet latin à des gens d'autres écritures (cyrillique, syllabique, idéographique, etc.) ou enseigner le français à des gens de métier ou de profession qui s'apprêtent à réintégrer le marché du travail dans leur spécialité.

  3. L'âge des adultes va de 18 à 60 ans.

  4. À l'arrivée, la plupart des adultes ne connaissent rien du français : 85 % de la clientèle des COFI est de niveau débutant complet.

  5. Pour un adulte immigrant au Québec, apprendre le français n'est pas un exercice gratuit répondant à une exigence académique; cela fait partie d'un besoin primordial, celui de communiquer dans un monde nouveau où il devra trouver sa place.

    L'apprentissage du français est une nécessité pour pouvoir fonctionner au Québec, tant au plan professionnel (le besoin de trouver un travail étant le plus important et le plus immédiatement ressenti par les adultes) qu'au plan social (adaptation à la vie au Québec, ses institutions, l'assurance-maladie, les écoles, etc.) et au plan psychosocial (relations avec les voisins, amis, compagnons de travail).28




27 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 1 : Objectifs et contenu, s.l., 1973, 31 p., p. 11. [retour au texte]

28 Micheline Sauriol, « L'enseignement du français aux immigrants adultes », Québec français, no 37, mars 1980, p. 66. [retour au texte]




En conséquence, le ministre fixe comme objectifs à l'enseignement du français aux immigrants adultes :

  1. la maîtrise du français courant;

  2. l'initiation aux usages linguistiques propres au Québec;

  3. l'accès à la langue plus spécialisée du métier ou de la profession qu'ils désirent exercer;29

  4. la connaissance des institutions québécoises en vue de leur insertion sociale30

2.2. Les sources de financement

Les sources de financement diffèrent selon qu'il s'agit de cours à temps partiel ou de cours à temps plein.




29 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 1, op. cit., p. 11. [retour au texte]

30 Micheline Sauriol, op. cit., p. 67. [retour au texte]




2.2.1. Le financement des cours à temps partiel

Les frais de ces cours se partagent de la manière suivante :

  1. Le coût des manuels utilisés par les étudiants et les professeurs est entièrement remboursé par le gouvernement fédéral selon une entente fédérale-provinciale « relative aux manuels d'enseignement des langues » aux immigrants adultes31.

    Il faut entendre ici le terme « manuel » au sens de matériel imprimé et vendu par une maison d'édition. Le matériel polycopié, le matériel maison ou le matériel audiovisuel (films, diapositives, bandes magnétiques) sont exclus, ce qui est important dans l'enseignement des langues secondes. Le remboursement se fait annuellement, selon la moyenne des dépenses que le Québec a engagées au cours des cinq dernières années pour fournir des manuels de langue à cette clientèle. En 1976-1977, il a été de 68 159,57 $32.

  2. Le coût de l'enseignement proprement dit, c'est-à-dire les salaires des professeurs et des responsables pédagogiques, est assumé à 50 % par le gouvernement fédéral selon une entente fédérale-provinciale « relative aux cours de langue et de civisme»33.

    Le remboursement a lieu annuellement et est calculé selon le montant engagé par le Québec dans cette activité. En 1976-1977, il a été de 544 231,75 $34.

  3. Le ministère de l'Immigration du Québec complète le budget en assumant les frais fixes (logement et équipement), le coût du matériel pédagogique non admissible à l'entente et la moitié des salaires du personnel enseignant.




31 Gouvernement du Canada, Bureau des relations fédérales-provinciales, Répertoire des activités et des programmes fédéraux-provinciaux en vigueur en décembre 1978, juin 1979, VI - 262 p., p. 212. [retour au texte]

32 Ibid., p. 213. [retour au texte]

33 Ibid., p. 211. [retour au texte]

34 Gouvernement du Canada, Bureau des relations fédérales-provinciales, op. cit., p . 212. [retour au texte]




2.2.2. Le financement des cours à temps plein

Le financement des cours à temps plein est plus complexe. Il relève d'un programme fédéral-provincial, complété par un programme québécois spécifique relevant du ministère de l'Immigration. De plus, il faut distinguer soigneusement entre les coûts relatifs à l'enseignement lui-même et les allocations versées aux immigrants pendant la période où ils suivent des cours.

  1. Le programme fédéral-provincial. Le programme dont il s'agit ici touche « la formation institutionnelle de la main-d'œuvre du Canada » et fait partie du Programme de formation de la main-d'œuvre du Canada. Il n'est donc pas spécifique aux immigrants adultes, qui ne peuvent s'en prévaloir que pourvu qu'ils y soient admissibles, comme tout autre Canadien.

    Le programme de formation comporte les éléments suivants : formation professionnelle, formation des apprentis, cours de langue, cours préparatoires à la formation professionnelle, programme d'adaptation au travail, formation préparatoire à l'emploi35. C'est donc un programme essentiellement d'orientation économique, destiné à régulariser les mouvements au sein de la main-d'œuvre canadienne, y compris l'intégration des immigrants au monde du travail.

    Pour le gouvernement fédéral, le programme est géré par la Commission de l'emploi et de l'immigration du Canada. Pour le gouvernement du Québec, le programme est géré par un comité mixte composé du ministère du Travail, responsable et signataire du programme, le ministère de l'Éducation, le ministère de l'Immigration et le ministère des Affaires sociales.

    Pour l'exercice financier 1980-1981, le budget global alloué au Québec est d'environ 123 millions de dollars, soit environ 60 millions en coûts fixes et 63 millions pour la formation elle-même. La part de ce budget consacrée à l'enseignement du français aux immigrants adultes est d'un peu plus de 9 millions de dollars, pour 450 000 jours/élève.

    Les bénéficiaires de ce programme sont sélectionnés par les conseillers des Centres de main-d'œuvre et du Centre d'emploi du Canada selon certains critères : être à la recherche d'un emploi, avoir quitté l'école depuis au moins 12 mois, avoir besoin d'un complément de formation en vue d'un emploi, etc. Lorsque, dans une région, un nombre suffisant de stagiaires sont retenus, qui présentent le même besoin de formation, le Centre de main-d'œuvre local fait la demande d'un cours approprié à la Commission de l'emploi et de l'immigration du Canada qui l'achemine vers le ministère du Travail, dans le cas du Québec. Pour les cours de français aux immigrants, le nombre requis d'étudiants par groupe est de 17.

    En outre, des allocations peuvent être versées aux personnes qui suivent des cours de formation à plein temps et qui ne touchent pas de prestations d'assurance-chômage, lesquelles ne relèvent pas de l'accord précité, mais de la politique générale d'aide aux chômeurs. Les conseillers en main-d'œuvre doivent donc également décider si la personne admise à un programme de formation a droit ou non à une allocation et de quel montant. Dans le cas des immigrants, sont exclus des allocations ceux qui viennent rejoindre ici un ou des membres de leur famille de même que ceux qui sont parrainés par un ou des citoyens canadiens; sont admissibles aux allocations les travailleurs autonomes (qui travailleront à leur propre compte) et les travailleurs indépendants, c'est-à-dire qui subviennent eux-mêmes à leurs besoins. Le montent de l'allocation varie entre 20 $ et 125 $ par semaine, selon les besoins et obligations familiales de l'individu. Il est versé directement au bénéficiaire par le Centre de main-d'œuvre local.

    Le paiement au Québec des frais du programme de « formation institutionnelle de la main-d'œuvre du Canada » se fait de la manière suivante. Les frais fixes sont remboursés au début de chaque mois par tranches de 1/12 du budget accepté. Les frais de formation (variables) sont versés au début de chaque mois en fonction du nombre d'heures de cours qui seront donnés durant ce mois. En fin d'exercice financier, une révision globale des frais et des versements s'effectue pour équilibrer les dépenses et les recettes.

  2. Le programme québécois. Le programme québécois complète les dispositions du programme fédéral-provincial. Il permet ou bien d'admettre à des cours à temps plein des immigrants qui n'ont pas été acceptés par le programme fédéral-provincial, ou bien de verser des allocations à des stagiaires qui n'en reçoivent pas du fédéral. Pour l'exercice financier 1980-1981, le budget de ce programme est d'environ 100 000 $, pour 40 000 jours/élève.




35 Gouvernement du Canada, Bureau des relations fédérales-provinciales, op. cit., p. 73. [retour au texte]




2.3. Les normes administratives et pédagogiques

2.3.1. Le programme-cadre

Le programme-cadre comporte deux fascicules : le premier décrit les objectifs et le contenu des cours, le second la méthodologie36. La recherche relative à ce programme-cadre ainsi que la rédaction ont été effectuées par Gilles Bibeau, docteur en linguistique, de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

Le volume 1 comprend les chapitres suivants : les objectifs généraux et spécifiques du cours, le contenu du cours, la phonétique et la phonologie, la morphologie et la syntaxe, le lexique, le français écrit. Dans chaque cas, face au français courant, on signale les caractéristiques québécoises, auxquelles « un enseignement réaliste doit exposer les immigrants»37. En phonétique, les trois variantes de /i/, /y/, /u/, la dénasalisation des voyelles nasales devant une consonne nasale, le traitement de /e/, /a/, /a/, la présence de /ts/ et /dz/, la fréquence plus grande des élisions dont certaines sont pour ainsi dire lexicalisées, comme sur la ---> sya ---> sa. En morphologie, on ne signale rien de particulier, de même qu'en syntaxe. En lexique, on recommande aux professeurs d'attirer l'attention sur « le vocabulaire québécois », dont on propose quelques éléments de classification : mots français standards non courants au Québec, comme autocar; mots à sens différents, comme déjeuner, boisson-breuvage, bas-chaussette; les mots poids et mesures; les mots en équilibre, type pneu-tire, etc. Enfin, on traite des niveaux de langue en proposant d'enseigner le niveau familier québécois et d'apprendre à identifier le niveau populaire. Nous analyserons toute cette question dans un chapitre subséquent.




36 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants. op. cit. [retour au texte]

37 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 1, op. cit., p. 14. [retour au texte]




Le volume 2 comporte sept chapitres : la psychologie de l'apprentissage des langues, les principes de la linguistique descriptive, l'application des principes à l'enseignement du français, les auxiliaires pédagogiques, les contingences pédagogiques (le professeur, le nombre d'élèves par classe, l'horaire), les mesures de l'apprentissage, enfin une bibliographie sélective.

En ce qui concerne la méthode d'enseignement, le programme-cadre de 1973 favorise une méthode de type micro-graduée, qui « présente les éléments de la langue dans des séquences minimales intégrées les unes aux autres et dans un cheminement progressif qui va du connu vers l'inconnu [selon] un découpage scientifique du français oral commun »38. Cependant, depuis lors, « à la suite des travaux récents sur l'approche fonctionnelle ou naturelle », on s'est convaincu de « la possibilité d'enseigner le français à partir des fonctions langagières les plus utiles dans la vie quotidienne, et sans tenir compte d'une progression structurale », micro-graduée39. Dans l'optique fonctionnelle, deux cours ont été mis au point par le personnel des COFI, l'un pour des infirmières, l'autre pour des secrétaires. Dans l'un et l'autre cas, le cours est destiné à des adultes qui ont déjà une base en français et qui ne sont donc pas de vrais débutants. On sent là l'un des problèmes principaux de l'approche fonctionnelle, dont nous parlerons plus loin.

Les COFI nous apparaissent donc en pleine transition méthodologique.




38 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 2 : Notes méthodologiques et bibliographie, s.l., 1973, 41 p., p. 15. [retour au texte]

39 Micheline Sauriol, op. cit., pp. 67-68. [retour au texte]




2.3.2. Les formules de cours

Les COFI offrent différentes formules de cours, dont certaines peuvent être ponctuelles et destinées à une clientèle spéciale. Les formules stables sont les suivantes :

  1. Cours de français à temps plein, à raison de 30 heures par semaine pendant 30 semaines, donnés dans et par les COFI eux-mêmes, à de récents immigrés à qui le gouvernement fédéral ou provincial verse une allocation de subsistance.

    Au terme de ces 900 heures de cours, 70 % des immigrants peuvent communiquer en français.

  2. Cours intensifs, de quatre heures par jour, cinq jours par semaine, par tranche d'un mois, durant six ou sept mois.

  3. Cours du soir, destinés à une clientèle hétérogène, donc pas nécessairement d'immigration récente, de trois heures par cours, deux jours par semaine, durant l5 semaines, soit 90 heures de cours par session.

  4. Cours à temps partiel donnés à des groupes mis sur pied par des associations ethniques. En général, ces cours sont de 60 ou 90 heures. Ce sont des cours sur mesure quant au lieu, à l'horaire du cours et au nombre d'heures.

  5. Cours de préparation linguistique à certaines professions, aujourd'hui destinés aux infirmières et aux secrétaires. Ces cours sont de 90 heures.

  6. Cours spéciaux pour des clientèles spéciales. Ainsi pour les analphabètes, un cours de 90 heures a été conçu et expérimenté avec succès.

En principe, le nombre moyen d'étudiants par classe ne dépasse pas 15 personnes.

Les cours à temps plein touchent environ 2 500 personnes par année; les cours à temps partiel environ 7 500 personnes.

2.3.3. Le choix des méthodes

Du fait de la clientèle des COFI, il faut faire ici la distinction entre les méthodes commerciales et celles mises au point par les COFI eux-mêmes.

  1. Les méthodes commerciales. Malgré la grande variété et le grand nombre de méthodes qui sont sur le marché, il n'en existe aucune qui convienne exactement aux objectifs des COFI et aux besoins de leur clientèle40. En principe, « la méthode choisie doit, dans la mesure du possible, avoir un contenu linguistique et socioculturel canadien sinon québécois41. En fait, seuls Le français international et Dialogue Canada correspondent à ce critère. D'autres méthodes d'origine française sont utilisées : De vive voix, En français, C'est le printemps. Le choix de la méthode revient au professeur.

  2. Le matériel COFI. Comme la clientèle, ce matériel est éclectique. Dans l'intention d'initier les immigrants aux particularités linguistiques québécoises, en même temps qu'aux institutions et à la culture, les COFI ont conçu et expérimenté 10 leçons sous le titre En québécois. Nous en ferons l'analyse plus loin. Ces leçons sont utilisées comme matériel d'appoint pour des étudiants qui ont déjà une connaissance de base du français. L'expérimentation n'a pas été systématiquement suivie et on ne sait pas trop quel usage est fait de ce matériel. La mise au point est suspendue, les travaux et la curiosité des permanents des COFI s'étant orientés dans d'autres directions. Il n'y a pas eu dépôt légal de cette méthode. Elle circule par photocopie des textes et copie des diapositives et des bandes magnétiques.

    Selon l'approche fonctionnelle, deux méthodes, comme nous l'avons déjà indiqué, ont été créées et sont utilisées par les COFI, l'une pour les infirmières, l'autre pour les secrétaires. Dans le cas des infirmières, il semble y avoir des divergences entre les COFI et l'O.L.F. en ce qui concerne la norme de la langue à enseigner : on dit le test de l'O.L.F. « trop normatif ».

    Pour les analphabètes, on a préparé un cours selon une optique fonctionnelle à partir de la lecture globale des textes de la rue. Enfin, on cherche actuellement à préparer du matériel d'appoint à l'intention des classes faibles, principalement des Asiatiques.




40 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 2, op. cit., p. 31, et Micheline Sauriol, op. cit. [retour au texte]

41 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 2, op. cit., p. 31 [retour au texte]




2.3.4. Le contrôle de l'enseignement

Pour les COFI, l'échec d'un étudiant à un cours de français signifie que cet immigrant aura beaucoup de difficulté à s'intégrer au Québec. La mesure de l'acquisition est donc davantage un instrument d'orientation de l'étudiant vers des groupes, des activités, des types d'enseignement adaptés au niveau de ses connaissances qu'un simple constat de celles-ci.

À la fin du cours, un examen de connaissances générales [...] permet d'évaluer la somme d'apprentissage à laquelle le cours a donné lieu. Cette évaluation est très précieuse pour porter un jugement sur la valeur du programme et sur ses aboutissants, de même que sur les diverses qualités de l'apprentissage, sur la méthode d'enseignement et sur le travail du professeur. Des comparaisons objectives entre les classes et entre les COFI favorisent l'émulation, éclairent la nature des problèmes posés durant la session et indiquent si les solutions apportées ont été efficaces. [...]

Cependant, ce test n'est valable que s'il débouche sur une reclassification des étudiants. [...] Cette reclassification se fait environ tous les mois ou aux cent heures de cours42.

2.3.5. Les critères de sélection des professeurs

Le programme-cadre est explicite sur ce point :

Tout professeur enseignant dans un COFI est généralement un spécialiste de l'enseignement des langues en même temps qu'un Québécois d'origine ou d'adoption. Si le français n'est pas sa langue maternelle, il possède une excellente maitrise de cette langue. Il possède en plus une personnalité attachante, un sens critique et une maturité psychosociale susceptibles d'éliminer la plus grande partie des problèmes émotifs créés par les circonstances difficiles dans lesquelles se trouvent les immigrants. Il a encore l'imagination suffisante pour faire face à toutes les situations, pour éviter de se laisser paralyser par le moindre changement et pour inventer des solutions originales à des problèmes nouveaux.43

On demande une formation minimum d'au moins 14 ans de scolarité, « c'est-à-dire l'équivalent d'un premier diplôme universitaire ou de l'ancien Baccalauréat général », auquel s'ajoute une formation spécialisée dans l'enseignement d'une langue seconde selon la méthodologie audiovisuelle. On exige au moins une année d'expérience dans l'enseignement du français, langue seconde.




42 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 2, op. cit., pp. 29-30. [retour au texte]

43 Ibid., p. 27. [retour au texte]




L'un des éléments les plus importants au dossier du professeur est sans doute sa qualité de citoyen. Si l'objectif final des COFI est l'adaptation des immigrants au milieu québécois, le professeur doit refléter une image relativement fidèle du Québec puisqu'il est l'une des seules personnes avec lesquelles l'immigrant sera en contact permanent durant les cinq premiers mois de son séjour dans la Province. Le professeur doit connaître la langue vernaculaire des Canadiens français, l'histoire du Québec, ses institutions sociales, religieuses, politiques et faire montre à leur égard d'un préjugé favorable. Il doit donc se considérer comme un membre authentique de la communauté québécoise.44

En 1979-1980, les COFI comptaient 130 professeurs permanents et 250 professeurs sous contrat d'occasionnel. Environ 60 % des professeurs sont des Québécois d'origine. Pour l'engagement des professeurs occasionnels, les critères les plus importants sont d'ordre pragmatique : l'expérience de l'enseignement audiovisuel, la connaissance des méthodes en usage et celle du Québec. Le niveau de formation vient en second lieu.

2.4. La relation entre les COFI et les commissions scolaires

Lorsque les vagues d'immigration sont fortes ou lorsque les immigrants qui font appel aux services des COFI sont trop nombreux ou trop éloignés des centres eux-mêmes, il arrive que le ministère de l'Immigration fasse appel aux commissions scolaires pour satisfaire à une demande accrue momentanée d'heures d'enseignement.




44 Gouvernement du Québec, ministère de l'Immigration, Direction générale de l'adaptation, Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants, vol. 2, op. cit., p. 27. [retour au texte]




Une entente se négocie alors directement entre la Direction des COFI et les commissions scolaires concernées. Ces ententes concernent aussi bien l'enseignement à temps plein qu'à temps partiel. Pour l'année 1979-1980, le M.I.Q. a ainsi négocié une cinquantaine d'ententes. pour des cours à temps plein et confié à des commissions scolaires environ 30 000 heures/groupe de cours à temps partiel. La collaboration est donc intense entre les commissions scolaires et le ministère de l'Immigration.

L'existence ou la qualité des relations entre le ministère de l'Immigration et celui de l'Éducation varie selon qu'il s'agit de questions administratives ou pédagogiques. Sur le plan administratif, la Direction financière des COFI établit, de concert avec la Direction financière du ministère de l'Éducation, les normes de remboursement aux commissions scolaires des frais encourus par l'organisation des cours de langue à temps plein. Les cours à temps partiel sont remboursés selon la convention collective, aujourd'hui à raison de 25 $ l'heure/groupe.

Sur le plan pédagogique, il n'y a pour ainsi dire pas de relation entre les COFI et la D.G.E.A., chaque commission scolaire étant autonome dans sa collaboration avec le M.I.Q., conséquence de la décentralisation administrative et pédagogique de l'éducation au Québec.

Parfois, embarrassée par certains aspects pédagogiques de l'exécution du contrat, la commission scolaire se tourne vers la D.G.E.A, pour y obtenir aide ou conseil. Puisqu'elle a été tenue à l'écart du contrat, puisqu'il n'existe aucune relation organique entre elle et les COFI, dans ces circonstances, la D.G.E.A, ne manifesterait pas un grand enthousiasme pour aider les commissions scolaires à participer aux actions pédagogiques des COFI.

3. Les cours de langue des universités

Les universités se comportent, en définitive, comme des entreprises privées : chacune décide d'elle-même et pour elle-même si elle enseignera les langues secondes et étrangères aux adultes, selon quelles modalités et quel coût pour les étudiants. D'une institution à l'autre, tout peut varier.

3.1. Les sources de financement

En règle générale, les cours de langue aux adultes s'auto-financent, en ce sens que les frais de scolarité déboursés par les étudiants doivent couvrir les dépenses d'organisation des cours. Les frais de scolarité constituent donc la principale source de financement des cours de langue aux adultes. Ils varient beaucoup selon les formules de cours et les institutions, comme nous l'indiquerons ci-après.

Pour les cours d'été, des bourses sont disponibles, selon l'entente fédérale-provinciale pour favoriser l'enseignement intensif et par immersion des langues officielles, entente gérée par le Secrétariat d'État. Ces bourses sont de 1 000 $ et le boursier conserve la liberté du choix de l'université où il désire séjourner, dans le cadre d'un programme d'échange de boursiers sous la responsabilité du Conseil des ministres de l'Éducation au Canada.

3.2. Le programme de cours

Chaque université définit son programme de cours, selon deux axes : niveaux des cours et contenu linguistique ou culturel. On trouve de tout : cours de langue à partir du niveau des débutants jusqu'au niveau le plus avancé, cours spécialisés pour le monde des affaires, cours pour clientèles professionnelles spécifiques, cours de consolidation linguistique à l'intention des francophones des autres provinces soumis à des facteurs d'anglicisation, etc. Les cours les plus stables sont les cours de langue proprement dits, aux niveaux débutant et intermédiaire.

3.3. Les formules de cours

Dans les universités, on trouve grosso modo trois formules de cours :

  1. Les cours réguliers, par module, selon les institutions, de 45 heures (en général, trois heures par semaine pendant 15 semaines) ou de 72 heures (six heures par semaine pendant 12 semaines). Le prix des cours de 45 heures varie entre 50 $ et 105 $; celui des cours de 75 heures entre 150 $ et 300 $.

  2. Les cours intensifs. Durant la session d'automne ou d'hiver, ils se font par concentration de l'horaire, par exemple six heures par semaine pendant sept semaines. Les prix sont les mêmes que précédemment. Durant juillet et août, ce sont les écoles d'été, d'une durée de six semaines, qui cherchent l'immersion la plus totale des étudiants. Ces cours coûtent, en général, aux environs de 800 $, incluant les frais de logement.

  3. Les cours spécialisés, de création récente, où on tente de rejoindre les besoins d'une clientèle particulière, besoins qui découlent le plus souvent de l'application de la Charte de la langue française, par exemple, des cours de français des affaires, des cours pour les comptables, les infirmières, les psychologues, les médecins, des cours de rédaction administrative, etc. Les coûts changent d'un cours à l'autre, entre 150 $ et 225 $ selon ce que nous avons observé.

    Le nombre d'étudiants par classe n'est pas constant d'une institution à l'autre. Le groupe va de 12 étudiants à 25, ce qui est beaucoup, et même surprenant, pour un cours de langue audiovisuel.

3.4. Les méthodes, le contrôle et le personnel

On retrouve, dans les universités, les mêmes méthodes qu'ailleurs : L'atelier, De vive voix, Le français international, Dialogue Canada, selon la même pratique d'une méthode de base complétée par une ou plusieurs autres méthodes et du matériel maison. Le contrôle de l'enseignement est du ressort de l'institution. Les professeurs sont en général rétribués à la leçon et engagés d'un cours à l'autre. Le personnel permanent est peu nombreux, le plus souvent attaché aux tâches administratives d'organisation des cours.

3.5. La clientèle

D'après les responsables, les adultes qui choisissent de suivre les cours de langue d'une université sont sensibles au prestige du cadre universitaire et sont convaincus que l'enseignement y est meilleur du seul fait que c'est l'université. Les étudiants seraient, ainsi, plus motivés et plus exigeants. La clientèle des cours de français est à la baisse, surtout dans les institutions francophones.

4. Observations générales

Au terme de cette description de l'organisation administrative de l'enseignement du français aux adultes, nous croyons utile de formuler quelques observations générales telles qu'elles se sont peu à peu imposées à nous.

Ce qui surprend, à la longue, c'est le très grand nombre d'acteurs dans ce champ d'activité pourtant restreint, le grand nombre d'instances qui s'en occupent, soit au sein du gouvernement du Québec, deux ministères et trois paliers du système scolaire, soit dans l'entreprise privée, soit enfin au niveau du gouvernement fédéral par le biais des ententes et programmes fédéraux-provinciaux. L'enseignement des langues secondes aux adultes occupe et fait vivre beaucoup de personnes!

Les relations entre toutes ces instances sont, sur le plan administratif, plutôt ténues et superficielles, sur le plan pédagogique et linguistique, quasi inexistantes. En réalité, si l'un sait ce que l'autre fait, c'est au hasard des personnes et surtout grâce aux professeurs qui sont toujours à la recherche d'un ou de plusieurs engagements pour arriver à un revenu suffisant. Chose certaine, il n'existe aucune relation institutionnelle ou suivie entre les responsables des cours de langue aux adultes d'une institution à une autre, d'une organisation à l'autre.

Pourtant, si le paysage administratif est varié, la réalité pédagogique est presque toujours la même, indépendamment des détails d'organisation et malgré eux. On revient toujours à des cours de langue seconde à des adultes débutants ou intermédiaires, selon une pédagogie de type audiovisuel, d'après toujours les mêmes méthodes commerciales, à des cours donnés par un groupe restreint de professeurs qui ont fini par constituer une sorte de mafia ou de club privé. Les prix varient pour les élèves, entre la gratuité au cégep et 800 $ à l'université; d'après les formules d'organisation, le salaire horaire du même professeur varie selon que l'on applique la convention collective du secondaire, du collégial ou de l'une ou l'autre des universités, sans parler des fluctuations de traitement dans l'entreprise privée. Malgré cela, on ne peut pas dire qu'il y ait vraiment de différences significatives entre un cours donné par une commission scolaire, un cégep ou une université. Il y a quelque chose de gênant dans l'illusion que l'on maintient qu'il y a des « niveaux » d'enseignement, uniquement parce qu'on ne va pas dans le même bâtiment, une école secondaire, un collège, une université : les murs, le mobilier et les odeurs finissent par faire croire à quelque chose qui n'existe pas : un enseignement différent.

Enfin, on note l'existence d'une concurrence certaine entre les divers établissements. Les écoles privées subissent la concurrence de tout le monde, surtout du Centre de linguistique de l'entreprise qui prend le plus gros du marché et des institutions publiques. L'arrivée des cégeps sur le marché des cours de langue a miné la clientèle à la fois des universités et des commissions scolaires, même si beaucoup de cégeps sont en voie d'organisation, pour ne pas dire d'improvisation. D'un autre point de vue, les établissements d'enseignement anglophones (commissions scolaires, collèges et universités) concurrencent les établissements francophones, les adultes anglophones manifestent une nette préférence à l'égard des cours de français donnés dans le milieu pédagogique anglophone, où ils se sentent plus à l'aise, davantage « chez eux ». La même tendance s'observe chez les francophones pour l'anglais puisqu'ils vont suivre leurs cours d'anglais dans les établissements de langue française.

La conclusion s'impose donc d'elle-même qu'il n'y a pas de politique administrative globale en matière d'enseignement du français, langue seconde, aux adultes.






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