Accéder au contenu principal
NOTE
Ce texte a été numérisé par un système de reconnaissance optique de caractères.
Des erreurs de lecture peuvent s’y être glissées.

 
PRINCIPES DIRECTEURS POUR L'AMÉLIORATION DU FRANÇAIS, LANGUE MATERNELLE

Principes directeurs pour l'amélioration du français, langue maternelle

RAPPORT
du Comité consultatif
sur l'enseignement du français,
langue maternelle






Cet ouvrage a été publié par
le service des communications
du Conseil de la langue française
sous la direction de Léo Gagné

Collaboration :

Sylvie Dugas
Ginette Asselin

© 1987 Conseil de la langue française

Tous droits de traduction et d'adaptation,
en totalité ou en partie, réservés pour tous
les pays. Toute reproduction pour fins
commerciales, par procédé mécanique ou
électronique, y compris la microreproduction,
est interdite sans l'autorisation écrite
de l'Éditeur officiel du Québec.

Dépôt légal - 3e trimestre
Bibliothèque nationale du Québec

ISBN 2-550-17850-5





Rédacteurs du rapport :
Gilles GAGNÉ
Bengt LINDFELT




Note liminaire

La forme masculine des titres utilisée dans le présent rapport comprend également les personnes de sexe féminin.






TABLE DES MATIÈRES




Avant-propos

La création du comité
Le mandat du comité
La composition du comité
Le fonctionnement du comité

Introduction

1. Justification de l'étude : les éléments nouveaux au Québec

2. L'étude

3. Le rapport : huit principes directeurs

1.

Le rôle de l'enseignement du français doit être d'assurer à tous les habiletés langagières requises pour répondre à des besoins personnels et sociaux

1.1. Les besoins langagiers

1.1.1. Besoins personnels
1.1.2. Besoins et attentes du milieu du travail
1.1.3. Besoins de l'avenir
1.1.4. Besoins de la société québécoise
1.1.5. Synthèse des besoins langagiers

1.2. La réponse du système scolaire aux besoins

1.2.1. L'alphabétisation
1.2.2. La formation de base
1.2.3. La poursuite du développement des habiletés

1.3. Le rôle de l'école

1.4. Conclusion

2.

Il est nécessaire de valoriser la maîtrise de la langue en tant que facteur de développement personnel et de promotion socioéconomique

2.1. Le développement personnel

2.2. La promotion socioéconomique

2.2.1. La perception de la valeur socioéconomique du français
2.2.2. Les raisons de la perception incomplète de la valeur socioéconomique du français

2.3. Conclusion

2.4. Suggestions de mise en œuvre

3.

La maîtrise du français doit être valorisée à l'intérieur du cadre scolaire lui-même

3.1. La place du français dans l'enseignement

3.2. Les exigences d'entrée

3.3. L'évaluation des apprentissages et la promotion

3.4. Les pratiques pédagogiques

3.5. La valorisation culturelle de la langue

3.6. Conclusion

3.7. Suggestions de mise en œuvre

4.

L'efficacité de l'enseignement du français nécessite un plan global de formation, cohérent et approprié aux besoins, depuis l'école primaire jusqu'à la fin des études collégiales

4.1. Les programmes de français

4.1.1. Les nouveaux programmes aux niveaux primaire et secondaire
4.1.2. Le programme au niveau collégial

4.2. Le cloisonnement des matières

4.3. Conclusion

4.4. Suggestions de mise en œuvre

5.

Il est nécessaire d'accorder plus d'importance qu'actuellement au développement des habiletés de production écrite

5.1. L'état de l'écrit des élèves

5.2. Le facteur temps

5.2.1. La tâche
5.2.2. Le temps d'apprentissage

5.3. Le climat scolaire

5.4. Conclusion

5.5. Suggestions de mise en œuvre

6.

Il est essentiel, aux divers niveaux de scolarité, d'établir des exigences minimales, de procéder à l'évaluation des apprentissages en fonction de ces exigences et de mettre sur pied les mécanismes de rattrapage nécessaires

6.1. Les exigences

6.2. L'évaluation des apprentissages

6.3. L'échec scolaire

6.4. Le rattrapage

6.5. Les élèves allophones

6.6. La lecture

6.7. Conclusion

6.8. Suggestions de mise en œuvre

7.

La réalisation du plan d'enseignement du français exige un partage clair et approprié des responsabilités qui tienne compte des contrôles requis et du besoin de moyens et d'assistance pédagogiques

7.1. L'implantation et l'application des programmes

7.2. La coordination de l'enseignement

7.2.1. Les niveaux primaire et secondaire
7.2.2. Le niveau collégial
7.2.3. Remarques générales sur la coordination dans les établissements scolaires
7.2.4. La coordination dans le(s) ministère(s) de l'éducation

7.3. L'évaluation des programmes et l'enseignement

7.3.1. L'évaluation des programmes
7.3.2. L'évaluation de l'enseignement

7.4. Conclusion

7.5. Suggestions de mise en œuvre

8.

La compétence des enseignants et leur valorisation professionnelle constituent des éléments indispensables pour la qualité de l'enseignement du français

8.1. La formation des maîtres

8.2. Le perfectionnement

8.3. L'affectation

8.4. La valorisation des enseignants

8.5. Conclusion

8.6. Suggestions de mise en œuvre

Annexe :

Comparaison entre le temps d'enseignement du français à la fin des années 50 et en 1986

Introduction

L'école primaire

Grilles-matières des régimes pédagogiques
Temps réel selon le Conseil supérieur de l'éducation
L'école secondaire

Synthèse des observations

Conclusion

Bibliographie

des ouvrages cités et des documents déposés par les membres du comité



Liste des membres du comité






AVANT-PROPOS



La création du comité

Le Conseil de la langue française s'est donné, depuis l'automne 1984, un ensemble de moyens permettant d'étudier la question de la qualité de l'enseignement du français, langue maternelle, au Québec. Ces moyens comprennent une série de rencontres avec différents groupes sociaux, organismes et associations intéressés à l'enseignement du français, ainsi que des sondages auprès de la population et des milieux scolaires. Le comité consultatif a été créé en vue d'apporter une réflexion articulée et approfondie sur ce sujet à partir des perceptions véhiculées dans divers milieux.

L'information provenant de cet ensemble de sources sera colligée par un comité ad hoc du Conseil de la langue française et fera l'objet d'un rapport synthèse.

Le mandat du comité

Le mandat du comité consultatif était le suivant :

À partir des questions ci-dessous et de la perception de chacun des participants,

  • réfléchir sur les rapports entre les besoins des Québécois relativement à l'apprentissage du français, langue maternelle, et notre système d'enseignement;

  • discuter de ce sujet;

  • faire rapport des observations et des conclusions au comité du Conseil de la langue française sur l'enseignement du français, langue maternelle.

Questions

  1. Quels sont, à votre avis, les besoins actuels et futurs des Québécois relativement à l'apprentissage du français, langue maternelle : besoins exprimés dans les milieux de travail et dans les milieux d'enseignement supérieur, et besoins individuels d'épanouissement personnel et d'insertion fonctionnelle dans la collectivité?

  2. D'après votre perception, le système d'enseignement répond-il à ces besoins selon les niveaux et les filières d'enseignement?

  3. Quels sont, à votre avis, les facteurs qui expliquent la concordance ou la non-concordance entre l'enseignement dispensé et les besoins identifiés :

    • la connaissance réciproque du monde de l'enseignement et du monde du travail?

    • le réalisme des exigences sociales identifiées?

    • la motivation chez les élèves et chez les enseignants?

    • le choix des objectifs et des contenus?

    • les conditions d'apprentissage?

    • autres facteurs?

  4. Quels seraient les facteurs et les conditions dont le système d'enseignement pourrait tenir compte face à ces besoins?

La composition du comité

Le comité consultatif était composé de personnes provenant du milieu de l'éducation, des entreprises, d'autres milieux sociaux intéressés à l'enseignement (syndicats, parents, élèves et étudiants, groupes ethniques) et de membres et professionnels du Conseil de la langue française.

Initialement, le comité consultatif comptait 20 membres, cinq de chacun des quatre milieux mentionnés; au cours des travaux, trois personnes ont dû démissionner à cause d'une surcharge de travail. Ces démissions n'ont pas affecté sérieusement l'équilibre de la composition du comité.

Le fonctionnement du comité

Les membres du comité ont été nommés en fonction de leur milieu social ou professionnel, mais ils ont siégé à titre individuel. Tout en véhiculant les perceptions de leur milieu, ils n'ont pas agi comme porte-parole de leur employeur ou de leur groupe professionnel.

Le comité a tenu au total 12 réunions s'échelonnant entre le 13 février 1985 et le 21 mars 1986 à raison d'environ une rencontre par mois.

Le comité a travaillé à partir des perceptions et des opinions des membres. Des éléments d'information provenant des autres opérations menées par le Conseil de la langue française (sondages, rencontres) ont été apportés à l'occasion en vue surtout d'étayer les perceptions par des faits et d'assurer la cohérence du rapport.

C'est aussi dans cet esprit que le comité a demandé aux agents de recherche du Conseil deux études ponctuelles. Une étude portant sur la tâche des enseignants a été effectuée par Mme Francine Gagné; les principaux résultats ont été intégrés au texte du rapport. L'autre étude, effectuée par M. Bengt Lindfelt, a porté sur une comparaison entre le temps d'enseignement consacré au français aujourd'hui et à la fin des années 50; les résultats sont présentés à l'annexe.

Par ailleurs, les membres du comité ont déposé un certain nombre de documents dont les titres sont intégrés à la bibliographie.




Introduction

En ce milieu des années 80, la qualité de l'enseignement du français au Québec est de nouveau un sujet d'actualité. Les indices s'accumulent selon lesquels les jeunes n'acquièrent pas, durant leurs études, la maîtrise du français requise ou attendue.

Certains observateurs concluent qu'il y a une crise importante de l'enseignement du français. Si tel était le cas, l'avenir déjà fragile du français au Québec pourrait en être affecté et, ainsi, le noyau même de la spécificité québécoise sur ce continent.

D'autres, par contre, font valoir que les critiques semblent identiques à celles qu'on a formulées depuis toujours à l'égard des générations montantes. Dans de nombreux pays d'Occident, on continue à l'heure actuelle de critiquer les résultats obtenus par l'enseignement de la langue maternelle. Au Québec, en particulier, des critiques ont déjà été fortement exprimées au début des années 60 et au milieu des années 70. Certains en tirent la conclusion que la détérioration de la langue est un faux problème.

Sans nécessairement souscrire au premier point de vue, on ne peut conclure sans examen des faits que tout a été dit et que toute préoccupation à ce sujet est futile. En effet, un certain nombre de phénomènes récents permettent de penser que, dans le Québec d'aujourd'hui, le problème ne se pose pas tout à fait de la même manière qu'ailleurs ou qu'autrefois.

JUSTIFICATION DE L'ÉTUDE : LES ÉLÉMENTS NOUVEAUX AU QUÉBEC

Modifications scolaires et socioculturelles dans la société québécoise

Le système d'éducation québécois a subi de profonds changements depuis le début des années 60. Ces changements étaient motivés par les transformations de la société québécoise, associées habituellement à la évolution tranquille, notamment les efforts de démocratisation de la société, qui ont été accompagnés par un rejet de toute forme d'élitisme et l'ouverture aux valeurs nouvelles.

Dans le domaine scolaire, deux aspects de ces modifications retiennent particulièrement l'attention : l'accès de tous les enfants à l'école secondaire et l'importance accrue accordée à l'enseignement d'autres matières que le français. Le rattrapage par la société québécoise francophone exigeait par exemple qu'un plus grand nombre de jeunes soient formés en sciences, en économie et en administration. En outre, à la suite de la diminution du rôle social des cellules familiales et paroissiales, on en est venu, peu à peu, à demander à l'école d'y suppléer dans la formation des jeunes.

De plus, à la suite de critiques formulées au sujet de l'enseignement du français pendant les années 60 et 70 (frère Untel, 1960; Lysiane Gagnon, 1975), les programmes de français ont été révisés à deux reprises (en 1969 et en 1979) et de nouvelles méthodes d'enseignement on été lancées dans l'espoir d'améliorer la situation.

Autrement dit, le système québécois d'enseignement, à cause des modifications qu'il a subies depuis une vingtaine d'années, comporte en soi des éléments nouveaux dont il convient d'examiner l'effet sur la qualité de l'enseignement du français.

Durant la même période, la structure du marché du travail au Québec s'est modifiée, notamment par la progression du secteur tertiaire; c'est dans ce secteur que la plupart des nouveaux emplois ont été créés. Il y a lieu d'examiner si cette évolution entraîne des exigences plus grandes quant à la formation linguistique.

Enfin, on croit pouvoir affirmer que les attentes sociales quant à la maîtrise de la langue sont plus élevées de nos jours qu'autrefois. Aujourd'hui, on prend pour acquis que tout citoyen est en mesure de lire et de comprendre des messages écrits de toute nature et de remplir des formules toujours plus nombreuses et plus compliquées.

La francisation de la société québécoise

Les années 60 ont aussi vu se développer une volonté populaire, puis politique, d'affirmer le caractère fondamentalement français de la société québécoise et de permettre à la langue française d'occuper une place prédominante dans l'ensemble des communications publiques. Cette volonté s'est matérialisée dans des lois linguistiques adoptées successivement par l'Assemblée nationale dont la Charte de la langue française actuellement en vigueur.

Les principaux objectifs de la Charte se situent dans le domaine de la langue du travail et de l'économie. Dans la mesure où la francisation de l'économie est devenue une réalité - et certains progrès en ce sens sont indéniables - le statut du français au Québec a été modifié. Voilà un autre facteur nouveau, particulier au Québec, et dont les conséquences possibles sur les attentes à l'égard de la qualité de l'enseignement du français ne semblent pas avoir été pleinement prises en compte.

Les critiques contre le système d'enseignement

Si ce n'est pas la première fois que l'enseignement du français fait l'objet de critiques, certains éléments nouveaux sont apparus aussi sur ce plan.

Les réformes apportées à l'école québécoise depuis les années 60 découlent de l'importance prioritaire accordée par la société au système public d'éducation. Ces réformes ont entraîné des dépenses importantes. L'investissement collectif ainsi consenti n'est pas sans lien avec le degré de déception de beaucoup de citoyens devant les résultats obtenus. Incertains de la qualité de l'éducation offerte par le système public, de nombreux parents continuent de se tourner vers l'école privée.

Sur la place publique, les critiques contre les résultats de l'enseignement du français se multiplient à un rythme rarement atteint auparavant. Ces critiques sont appuyées de plus en plus souvent sur des études sérieuses (voir la sous-section 1.2.2.). Un certain consensus semble ainsi se créer dans la société pour affirmer que la situation est inacceptable. Certains considèrent même qu'il y a eu une détérioration évidente depuis une vingtaine d'années.

L'ÉTUDE

C'est en tenant compte de ces développements récents et des éléments nouveaux de la problématique que le comité a réalisé le mandat que le Conseil lui a confié (voir l'avant-propos).

Le comité a cru que sa contribution devait être autre chose qu'une nouvelle dénonciation ou qu'une nouvelle tentative de déterminer si la situation est meilleure ou pire qu'autrefois. En effet, les dénonciations ou les essais de comparaison ne semblent pas avoir apporté dans le passé de véritables solutions aux problèmes. Au contraire, ils ont souvent eu pour effet de discréditer l'école devant l'opinion publique et de démotiver professeurs et élèves.

Il était certainement plus productif d'orienter l'étude vers les besoins langagiers des individus et de la société et sur le rôle du système scolaire face à ces besoins puis, au besoin, sur les conditions de fonctionnement qui permettraient à l'école de mieux jouer son rôle. Le comité souscrit à cet égard à l'orientation retenue par le Conseil de la langue française pour l'ensemble de ses études sur l'enseignement du français, langue maternelle.

La réflexion du comité a suivi la démarche analytique suivante : identification des besoins et des attentes face à l'enseignement du français; étude de la réponse du système scolaire à ces besoins; description de la situation scolaire; dégagement des principaux problèmes et formulation de suggestions d'action.

LE RAPPORT : HUIT PRINCIPES DIRECTEURS

Ce rapport constitue une synthèse des observations qui ont résulté de ce travail d'analyse. Ces observations sont regroupées autour de huit principes directeurs qui reflètent les principaux problèmes identifiés et qui devraient orienter l'action en vue d'améliorer la qualité de l'enseignement du français.

Ces principes sont les suivants :

  1. Le rôle de l'enseignement du français doit être d'assurer à tous les habiletés langagières requises pour répondre à des besoins personnels et sociaux.

  2. Il est nécessaire de valoriser la maîtrise de la langue en tant que facteur de développement personnel et de promotion socioéconomique.

  3. La maîtrise du français doit être valorisée à l'intérieur du cadre scolaire lui-même.

  4. L'efficacité de l'enseignement du français nécessite un plan global de formation, cohérent et approprié aux besoins, depuis l'école primaire jusqu'à la fin des études collégiales.

  5. Il est nécessaire d'accorder plus d'importance qu'actuellement au développement des habiletés de production écrite.

  6. Il est essentiel, aux divers niveaux de scolarité, d'établir des exigences minimales, de procéder à l'évaluation des apprentissages en fonction de ces exigences et de mettre sur pied les mécanismes de rattrapage nécessaires.

  7. La réalisation du plan d'enseignement du français exige un partage clair et approprié des responsabilités qui tienne compte des contrôles requis et du besoin de moyens et d'assistance pédagogiques.

  8. La compétence des enseignants et leur valorisation professionnelle constituent des éléments indispensables pour la qualité de l'enseignement du français.

Dans les pages qui suivent, chacun des principes est d'abord développé quant aux fondements sur lesquels il s'appuie, résultant de l'analyse de la situation. Ensuite sont présentés quelques exemples de conséquences qui peuvent découler de chaque principe et qui prennent la forme de suggestions de mise en œuvre.

Le comité a essayé de suggérer les mesures qui lui ont semblé les plus pertinentes et les plus efficaces à moyen terme. Le réalisme a conduit à éviter d'envisager des mesures coûteuses, inacceptables pour les milieux touchés ou nécessitant des réaménagements trop importants du système d'enseignement.






1.

LE RÔLE DE L'ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS DOIT ÊTRE D'ASSURER À TOUS LES HABILETÉS LANGAGIÈRES REQUISES POUR RÉPONDRE À DES BESOINS PERSONNELS ET SOCIAUX.

La formation scolaire vise à favoriser le développement de l'individu, à le préparer à la vie en société et à répondre aux besoins de la collectivité. Cette formation doit porter sur un ensemble de matières. Dans ce cadre, le rôle de l'enseignement du français concerne spécifiquement les aptitudes à manier la langue qui sont requises pour le fonctionnement harmonieux de l'individu dans la société et pour son développement personnel.

Chez l'homme, être éminemment social, dont l'une des originalités est précisément de posséder le langage articulé pour communiquer avec autrui, les besoins de communication se confondent avec d'autres besoins essentiels d'ordre personnel et social. Ainsi, l'insertion dans une société moderne et l'obtention d'un gagne-pain en dépendent. En outre, le développement du langage semble intimement lié au développement de la capacité intellectuelle et constitue ainsi un besoin d'épanouissement personnel. Par ailleurs, la maîtrise des habiletés de communication, y compris la maîtrise du code linguistique, répond à un besoin de la société pour son fonctionnement harmonieux et son développement matériel et culturel. Le monde du travail en particulier formule des attentes spécifiques en ce sens.

Or, la satisfaction de ces besoins ne semble pas suffisamment assurée à l'heure actuelle. L'école, certes, n'est pas seule en cause, mais elle apparaît comme la seule institution à laquelle soit formellement dévolue la tâche de faire acquérir la maîtrise du français écrit et oral. Le principe, selon lequel le rôle de l'enseignement du français est d'assurer à tous les habiletés langagières requises pour répondre à des besoins personnels et sociaux, peut constituer une évidence aux yeux de certains. Au terme de son analyse, le comité croit néanmoins utile de le réaffirmer.

Cette analyse porte d'abord sur les besoins langagiers, c'est-à-dire les habiletés langagières requises pour répondre aux besoins personnels et sociaux. Ensuite, l'attention se porte sur la réponse du système scolaire à ces besoins langagiers ainsi que sur le rôle que l'école doit jouer à cet égard.

1.1. LES BESOINS LANGAGIERS

Il peut paraître artificiel de distinguer les besoins langagiers selon les divers aspects de la vie en société et par rapport au développement personnel de l'individu. En outre, il existe sans doute une interaction entre les différentes attentes du milieu social et les besoins ressentis par l'individu en vue de répondre à ces attentes. Aux fins de l'analyse, le comité a néanmoins cru utile d'isoler certains rapports entre l'individu et l'univers socioculturel dans lequel il vit.

Les besoins quant à l'usage et la maîtrise de la langue ont ainsi été analysés du point de vue de l'individu et de celui de l'employeur, dans une perspective d'avenir et en tenant compte de l'intérêt de la collectivité québécoise francophone.

1.1.1. Besoins personnels

Les besoins langagiers de l'individu sont reliés aux multiples facettes de la vie sociale et intellectuelle dans la société moderne. Le comité a retenu pour l'analyse les aspects suivants : le fonctionnement élémentaire, le fonctionnement social plus large du citoyen, le développement général et culturel de la personne, la réussite des études et, enfin, l'insertion et la promotion en milieu de travail.

Fonctionnement élémentaire

Dans notre société, on tient généralement pour acquis que tout adulte a atteint un certain degré d'autonomie langagière. Savoir lire et écrire d'une manière élémentaire en plus de comprendre et de communiquer oralement constituent des habiletés essentielles pour le fonctionnement social de l'individu.

Pour ce qui est de la communication orale, l'acquisition des habiletés élémentaires semble aller de soi; il en est ainsi dans toute société humaine. Les apprentissages premiers, ici comme ailleurs, sont en partie assurés par le milieu familial et le groupe de pairs.

L'importance dans notre société de savoir déchiffrer le code écrit et de s'en servir à l'occasion peut-être appréciée en étudiant la situation de l'analphabète. S'il est évident qu'il faut savoir lire pour prendre connaissance de son courrier sans personne interposée ou déchiffrer un mode d'emploi, on pense moins spontanément que faire un chèque, retenir une adresse ou même savoir quel est le jour de la semaine puissent être des obstacles dans la vie quotidienne de l'illettré. Sur le plan personnel, celui-ci a souvent du mal à établir et à maintenir une relation de couple ou à jouer son rôle de parent à cause de la dévalorisation qu'il subit dans un univers où l'analphabétisme apparaît comme une anomalie.

Fonctionnement social plus large

Ce niveau élémentaire de fonctionnement n'est pas suffisant pour permettre à l'individu de participer pleinement à la vie communautaire et intellectuelle d'une société évoluée. L'insertion dans la société prend souvent la forme de la participation à des regroupements formels ou informels de citoyens et l'acceptation de responsabilités qui demandent des habiletés langagières dépassant l'alphabétisation première.

Un fonctionnement social plus large exige certaines connaissances de la société et des événements. Tout individu doit ainsi développer des habitudes en vue de s'informer par la lecture (journaux, documents, revues) et l'écoute critiques. Cela suppose qu'il peut comprendre des textes vulgarisés, trouver des sources d'information et faire preuve d'un certain esprit critique.

L'individu peut aussi avoir besoin de prendre la parole en public pour exprimer une opinion, formuler une proposition ou convaincre. Il peut également être amené à rédiger des documents : pétitions, lettres aux députés ou aux autorités, projets, comptes rendus, règlements, etc.

Pour jouer ce rôle social, qui est en somme celui du citoyen d'une société évoluée, il faut être capable de comprendre et de produire des messages oraux et écrits d'une certaine complexité contenant un vocabulaire approprié de type administratif ou technique.

Développement général et culturel de l'individu

Le comité considère que les besoins d'utilisation de la langue ne sauraient se limiter à une perspective purement utilitaire. En effet, même s'il n'a pas approfondi cet aspect, le comité tient à souligner le rôle du langage dans le développement général et culturel de la personne.

Il est généralement admis que des liens étroits existent entre le langage et le développement de la pensée ainsi qu'entre le langage et l'acquisition des connaissances. L'omniprésence du langage dans les rapports humains permet aussi d'affirmer que son apprentissage est relié au développement de la personnalité. Quelle que soit la nature exacte de ces rapports complexes, il est clair aux yeux du comité que le développement général de la personne est incomplet quand les habiletés langagières ne sont pas suffisamment assurées.

La société moderne propose à ses citoyens des formes multiples et complexes de la culture au sens large du terme. On considère que la participation de l'individu à la vie culturelle est souhaitable, que ce soit comme « consommateur » ou comme « producteur », car elle constitue un enrichissement tant pour l'individu que pour la collectivité. Les besoins langagiers de l'individu à cet égard consistent dans le développement de compétences de compréhension, de critique, d'association d'idées et de création. Ces compétences se situent, à des niveaux plus avancés que le minimum élémentaire d'écoute, de lecture et d'écriture.

Des éléments de connaissance concernant la civilisation et la littérature sont aussi requis pour contribuer au développement culturel de l'individu.

Réussite des études

Poursuivre des études avec succès demande un niveau de compréhension de la langue parlée, puis écrite, qui augmente d'année en année depuis l'école primaire jusqu'à l'université. Au fur et à mesure s'ajoutent des exigences de production orale et écrite. Pour comprendre la matière enseignée, de complexité croissante, l'individu doit développer son vocabulaire, s'habituer à comprendre des raisonnements complexes, à distinguer l'essentiel de l'accessoire et à percevoir des nuances.

Pour que l'élève puisse produire des exposés oraux et des textes écrits clairs et structurés d'un certain niveau d'abstraction ou de généralité, dans un langage correct adapté à une situation de communication formelle. Les enseignants tiennent souvent pour acquis que l'élève a accédé à une certaine autonomie dans la recherche de l'information : utilisation d'une bibliothèque, exploitation de la documentation, etc.

Parmi les habiletés langagières requises à l'université, on peut mentionner une excellente expression orale et la capacité de rédiger des textes spécialisés (rapports, mémoires, etc.) de structuration complexe et respectant parfaitement le code linguistique correct (orthographe, syntaxe, vocabulaire). La compréhension de textes écrits et d'exposés oraux d'un niveau élevé d'abstraction est également requise par les cours à suivre et les textes à lire. On note aussi à ce niveau, en plus de la capacité de synthèse, certaines exigences concernant la lecture rapide de documents, exigences plus ou moins accentuées selon les disciplines, mais assez fortes par exemple en sciences pures et appliquées.

Insertion et promotion dans le milieu du travail

Pour obtenir un emploi et gagner sa vie, l'individu doit le plus souvent faire des démarches qui exigent qu'il sache utiliser la langue : lire des annonces d'emploi, produire un curriculum vitae, faire valoir sa compétence professionnelle. Celui qui choisit de s'établir à son propre compte doit effectuer diverses démarches administratives qui font également appel à des compétences langagières.

L'individu doit aussi répondre aux exigences linguistiques que l'employeur peut avoir fixées dès l'embauche ainsi qu'à celles que posent, par la suite, l'exercice de ses fonctions et la poursuite de sa carrière. La maîtrise des habiletés requises constitue un besoin essentiel. Il suffit, pour s'en convaincre, de penser encore une fois aux analphabètes qui éprouvent de grandes difficultés à obtenir puis à conserver un emploi à cause de leur handicap.

Or, comme nous le verrons plus loin, ces habiletés dépassent bien souvent le niveau élémentaire. L'individu qui veut maintenir un certain éventail de possibilités sur le marché du travail ou qui songe à une carrière dépassant le tout premier niveau d'emploi a besoin d'une formation plus pousse en français. De plus, on peut prévoir qu'il devra au cours de sa vie active, changer d'emploi et même de spécialisation. Il est donc important qu'il acquière une formation de base valable pour des carrières diverses. Il doit également développer l'aptitude à s'informer d'une manière autonome sur des sujets divers pour compléter la formation reçue à l'école et pour se recycler dans un monde du travail en évolution.

1.1.2. Besoins et attentes du milieu de travail

Les employeurs s'attendent à ce qu'un employé francophone, en plus de posséder la compétence exigée dans son domaine de spécialisation, maîtrise les habiletés « de base » en français, qui consistent à savoir lire et écrire en plus de comprendre ce qui se dit et de savoir communiquer oralement. Si ces attentes peuvent se situer à un niveau élémentaire pour des emplois moins qualifiés, elles sont souvent reliées à la hiérarchie des tâches et s'accroissent, non seulement avec le niveau de responsabilité, mais aussi avec la complexité des communications et la scolarité requises par l'emploi.

De la part d'un employé sans spécialisation particulière ou à un premier niveau d'emploi, on s'attend à ce qu'il soit capable de comprendre des textes écrits simples, de rédiger des bons de commande et divers messages et demandes d'une manière intelligible.

Pour des postes de secrétaire, il est bien entendu que la compétence en français écrit est primordiale.

Un contremaître doit savoir communiquer oralement et par écrit, notamment pour donner des explications et établir des marches à suivre. Il doit pouvoir rédiger des notes de service et des rapports, savoir lire et interpréter des textes techniques ou administratifs. Parmi les habiletés requises, on note donc la compréhension et la synthèse de textes ainsi que la rédaction de documents clairs et linguistiquement corrects.

Les spécialistes professionnels et les titulaires de postes hiérarchiques supérieurs (chefs de service, chefs de direction, etc.) doivent notamment savoir écrire d'une manière claire et concise, utiliser un vocabulaire précis et approprié et structurer leurs textes en les adaptant en fonction du lecteur et du type de communication (rapport, directive, texte informatif, argumentatif ou promotionnel).

En effet, la compétence en communication orale et écrite constitue un des critères de promotion dans les entreprises. On signale que, dans cette même optique, la complexité des communications écrites à effectuer constitue souvent l'un des facteurs importants dans l'évaluation du niveau de rémunération des cadres des entreprises.

1.1.3. Besoins de l'avenir

Les besoins langagiers sont susceptibles d'évoluer et l'une des constatations du comité est que l'évolution récente de la société québécoise a accentué les besoins touchant la maîtrise de la langue. Trois principaux facteurs semblent responsables de cette évolution. La francisation de l'économie québécoise et la promotion des cadres francophones ont amené une augmentation quantitative et qualitative des communications en français dans les entreprises. Le secteur tertiaire de l'économie, plus dense en matière de communication, a pris de l'expansion par rapport aux secteurs primaire et secondaire. Parallèlement, la vie sociale et économique est devenue plus complexe et l'individu est confronté de plus en plus à l'écrit dans sa vie quotidienne.

On peut supposer que, dans les années à venir, ces facteurs vont continuer à jouer dans le sens d'une augmentation de l'importance de la maîtrise du français écrit et oral. Cependant, d'autres facteurs nouveaux, comme l'informatique et la bureautique, viennent d'entrer en ligne de compte et leur influence est difficile à évaluer. En effet, deux hypothèses s'affrontent au sujet de l'effet de ces nouvelles techniques.

Selon la première hypothèse, l'importance de la connaissance du code linguistique, surtout de l'écriture, diminuera. Des logiciels se chargeront de la correction de l'écrit. Les messages internes prendront une forme plus ou moins codée ou télégraphique dispensant d'une maîtrise de la langue naturelle. Des spécialistes se chargeront de la rédaction de documents destinés à la diffusion externe. Cette hypothèse futuriste semble assez largement répandue même dans les milieux de l'enseignement.

Selon l'hypothèse contraire, qui semble prévaloir dans les milieux de travail, la maîtrise du code linguistique aura une importance accrue. On a signalé que l'introduction d'appareils bureautiques a eu pour conséquence, dans un premier temps, de rendre les secrétaires plus directement responsables des textes produits, non seulement quant à la reproduction, mais également quant à la forme. Dans un deuxième temps, la bureautique pourra permettre d'effectuer directement les communications écrites entre l'émetteur et le récepteur sans passer par une secrétaire ou un réviseur; c'est alors l'auteur qui devra assurer lui même la correction et la clarté du texte. De plus, la bureautique permet d'être plus exigeant face à la qualité du texte du fait que les corrections sont plus faciles à effectuer, qu'il s'agisse de coquilles diverses ou de l'organisation du texte.

On croit, en outre, que l'informatique et la bureautique, loin de minimiser l'importance de l'écrit, augmenteront la quantité et la rapidité des communications écrites. Le fait que celles-ci pourront prendre souvent une forme condensée ne réduit pas l'exigence de la maîtrise du code linguistique. Il est souvent plus difficile, en effet, de transmettre un message clair et complet dans un nombre limité de mots.

Le comité conclut que le besoin pour l'individu de maîtriser le code oral et écrit continuera probablement à s'accroître. L'augmentation des communications en français dans l'entreprise québécoise et l'avènement de l'informatique et de la bureautique contribueront vraisemblablement à accentuer cette évolution.

1.1.4. Besoins de la société québécoise

Toute société manifeste plus ou moins fortement une tendance à se conserver. Elle tend à inculquer à ses membres certaines valeurs fondamentales, un sentiment d'appartenance et une forme ou une autre de solidarité.

Les générations de Québécois francophones qui ont porté pendant quelques décennies des projets collectifs s'attendent à ce que les jeunes partagent les valeurs qui permettront à la société québécoise de maintenir son caractère essentiellement français. En effet, le vouloir-vivre en français constitue le facteur socioculturel fondamental sur lequel reposent tous les autres besoins en matière de français enseigné comme langue maternelle.

Du point de vue de la collectivité, il convient donc de souligner l'importance d'une connaissance des réalités qui permettrait aux jeunes de se situer d'une manière éclairée par rapport à la question du français au Québec. Des éléments de l'histoire du peuplement du Québec et du Canada semblent indispensables à cet égard ainsi que des données de base au sujet de la population actuelle et de sa composition linguistique. Un minimum d'information sur les politiques linguistiques poursuivies par le Québec et les autres provinces de même qu'au niveau fédéral semble aussi indiqué. Enfin, certaines données fondamentales touchant le monde francophone et l'usage du français sur le plan international devraient faire partie de cet ensemble de connaissances élémentaires.

1.1.5. Synthèse des besoins langagiers

L'ensemble des besoins langagiers qui viennent d'être rapidement identifiés comporte sans doute quelques lacunes. Il ressort cependant de l'analyse que ces besoins sont importants. Il apparaît également que la nature des habiletés requises ne varie pas en fonction des besoins identifiés : fonctionnement et développement de l'individu, réussite des études, insertion dans le milieu de travail, besoins de l'avenir et besoins de la société. Il faut conclure, au contraire, que plusieurs des habiletés requises sont communes aux diverses exigences qu'imposent la vie en société et le développement de la personne.

On observe ainsi une convergence des besoins langagiers vers un ensemble commun, un noyau qu'on pourrait appeler la formation de base du français. On peut définir à grands traits les habiletés constitutives d'un tel ensemble. Cette formation de base comprendrait un français correct oral et écrit, y compris un vocabulaire relativement étendu; la capacité d'écrire et de s'exprimer oralement d'une manière claire et cohérente; une bonne capacité de comprendre des textes écrits et oraux d'un niveau général; et, bien entendu, une certaine capacité de synthèse et de sens critique. À cela s'ajoutent des éléments de culture générale comprenant des données fondamentales touchant la langue et la civilisation françaises au Québec, au Canada et dans le monde.

La capacité de s'informer d'une manière autonome permettra à l'individu de compléter plus tard ces connaissances de base en fonction de ses besoins spécifiques.

Une telle formation de base du français, appuyée des éléments de culture générale, apparaît au comité comme nécessaire pour répondre à un ensemble de besoins considérés comme fondamentaux pour les individus, de même que pour les entreprises et la société québécoises.

Toutefois, le comité a cru nécessaire d'identifier un niveau de besoins beaucoup plus élémentaires qui correspond à l'alphabétisation : il s'agit d'une compétence minimale consistant à déchiffrer et comprendre un message écrit ainsi qu'à écrire des mots formant un message simple. Sans cette compétence, l'individu, comme nous l'avons vu, se trouve gravement handicapé dans sa vie quotidienne.

À un troisième niveau, qui se situe au-delà de la formation de base, on peut identifier des habiletés de compréhension et d'expression d'idées dont la complexité augmente proportionnellement à la scolarisation de l'individu et à son niveau de formation générale et spécialisée.

1.2. LA RÉPONSE DU SYSTÈME SCOLAIRE AUX BESOINS

Une fois identifiés les besoins langagiers de l'individu et de la société, la question qui se pose est de savoir dans quelle mesure le système scolaire y répond. Le comité n'apporte pas de données quantitatives à ce sujet. Dans de nombreux cas, l'école procure effectivement aux jeunes les éléments de formation souhaités. Il est clair néanmoins que, malgré les efforts déployés, le système scolaire ne réussit pas à assurer à tous les élèves une réponse adéquate aux besoins identifiés.

1.2.1. L'alphabétisation

En ce qui a trait à l'apprentissage le plus élémentaire, soit l'alphabétisation, on évalue le nombre d'illettrés au Québec à environ 300 0001. La plupart de ces personnes ont passé au moins quelques années à l'école primaire. Des cours d'alphabétisation sont organisés à leur intention par des groupes populaires et des commissions scolaires qui recueillent parmi leur clientèle un certain nombre de jeunes adultes qui ont même fréquenté l'école secondaire. Ces jeunes ont souvent passé par les classes d'« adaptation scolaire » et par la filière professionnelle courte, qui pour eux se sont avérées des voies de garage où les objectifs d'apprentissage du français étaient souvent délaissés. Plusieurs de ces personnes se voient aujourd'hui obligées de reprendre les études du niveau primaire.




1 Ce chiffre correspond au nombre d'analphabètes complets recensés selon une méthode préconisée par l'UNESCO; le critère retenu est une scolarisation de moins de cinq ans. D'après un sondage où ce critère est remis en question, ce chiffre correspondrait plutôt au nombre des analphabètes « fonctionnels », soit ceux qui éprouvent de la difficulté à lire et à écrire. (Robert Maheu et Claude St-Germain, L'analphabétisme au Québec. Résultats d'un sondage (Québec) ministère de l'Éducation, « Études et analyses », 1984, 13 p.) [retour au texte]




C'est donc dire que, pour certains jeunes dont le nombre pourrait être assez élevé2, l'école, loin de répondre aux besoins d'une formation de base du français, n'arrive même pas à transmettre les habiletés langagières écrites les plus élémentaires.

1.2.2. La formation de base

Quant à la formation de base définie plus haut, un certain nombre d'indices venant du milieu scolaire et des entreprises donnent à penser qu'elle n'est pas suffisamment acquise par un grand nombre de jeunes.

Dans une dictée administrée en 1982 à des élèves de première année de l'école secondaire, Roberge3 a relevé une faute d'orthographe tous les huit mots chez les filles et tous les six mots chez les garçons. En 1984, Ouellet4 observe le même taux d'erreur - une faute par six mots - dans une rédaction libre en deuxième année du secondaire, confirmant ainsi les observations de Bureau tirées d'un corpus de 19755.




2 La proportion de 30 à a été mentionnée. On semble faire allusion alors au nombre de jeunes quittant l'école secondaire sans diplôme; leur proportion serait de cet ordre. [retour au texte]

3 Albert Roberge, Étude comparative sur l'orthographe d'élèves québécois, Québec, Conseil de la langue française, « Notes et documents », n° 41, 1984, 91 p. [retour au texte]

4 Lise Ouellet, Rapport détaillé concernant les résultats à l'épreuve de fin de cycle de français langue maternelle au premier cycle du secondaire. Mai 1984. Compréhension et production écrites, Québec, (ministère de l'Éducation), Direction générale de l'évaluation, 1985, 180 p. + annexes. [retour au texte]

5 Conrad Bureau, Le français écrit au secondaire. Une enquête et ses implications pédagogiques, Québec, éditeur officiel, « Documentation du Conseil de la langue française », n° 19, 1985, 136 p. [retour au texte]




Pour ne pas multiplier les échecs et parce qu'ils se sentent submergés, les professeurs de français de l'école secondaire et du collège se croient obligés de réviser à la baisse les exigences en français écrit.

L'étude citée de Ouellet donne aussi à penser que les habiletés de lecture ne sont pas encore assez développées au premier cycle de l'école secondaire, notamment en ce qui concerne la compréhension implicite et raisonnée de textes.

Au collège, l'ensemble des professeurs se plaignent de la qualité du français de la moyenne des élèves. Les habiletés qui ne sont pas suffisamment développées sont celles qui concernent non seulement la production écrite, mais aussi la production orale et la compréhension de l'écrit. L'esprit de synthèse laisse à désirer comme la capacité de structurer le discours. On croit constater que plusieurs élèves ont de la difficulté à suivre l'enseignement à cause d'un manque de vocabulaire et la mauvaise compréhension des questions d'examen cause parfois des échecs. Par ailleurs, plusieurs collèges ont introduit des mesures de rattrapage, dont un cours de français correctif, pour combler les lacunes que présentent encore les élèves issus de l'école secondaire.

À l'université, des critiques semblables se font entendre : on déplore la piètre qualité du français écrit des étudiants, même de ceux qui ont été sélectionnés. Plusieurs universités ont introduit des mesures de contrôle et de rattrapage linguistiques pour les étudiants, diplômés de cégep, qui ne possèdent même pas les habiletés de base attendues à ce niveau en matière d'orthographe et de structuration de phrase. Ainsi, dans un cas, un cours de rédaction technique relié à la spécialité enseignée a dû être transformé en un cours de rédaction de base.

Au sujet de la culture générale, on constate que l'école ne transmet pas aux jeunes les éléments d'information leur permettant de se situer d'une manière éclairée par rapport à la langue française. Il s'agit notamment d'éléments d'histoire, de civilisation, de démographie et de sociolinguistique touchant le Québec, le Canada et la francophonie.

Du côté des entreprises, l'appréciation de la réponse aux besoins langagiers est difficile à faire faute de données précises. Elle semble aussi varier d'une entreprise à l'autre.

En effet, certaines entreprises ne semblent pas avoir d'attentes spécifiques en matière de qualité du français. D'autres en ont, mais trouvent des candidats ayant la compétence requise (au niveau des tâches de secrétariat principalement) en ajustant au besoin l'échelle salariale. D'autres employeurs encore, qui semblent plus nombreux, sont insatisfaits du niveau de compétence linguistique de leur personnel déjà en place ou des nouveaux candidats se présentant à l'embauche.

Les lacunes déplorées dans ce cas concernent les habiletés de base en communication et plus particulièrement la compréhension de textes et la rédaction technique où on observe souvent des faiblesses sur le plan de la structuration du discours, du développement logique et de la justesse et la concision de l'expression. Plusieurs entreprises se trouvent obligées d'organiser ou de défrayer des cours de français, langue maternelle, d'un niveau souvent élémentaire à l'intention de leur personnel.

À partir des indications fournies tant par les entreprises que par les milieux scolaires, on peut donc conclure qu'un assez grand nombre de jeunes n'acquièrent pas, lors des études primaires et secondaires, la maîtrise de base de la langue maternelle dont chaque citoyen devrait être muni.

1.2.3. La poursuite du développement des habiletés

Dans les universités et dans les milieux de travail, on considère souvent que le niveau des habiletés langagières n'est pas assez développé chez les étudiants et chez les professionnels. On s'attend à ce que le développement de la compétence linguistique se poursuive parallèlement à la formation dans la spécialité, de sorte que le professionnel soit en mesure de lire rapidement des textes et de produire, oralement et par écrit, des synthèses et des rapports clairs portant sur des sujets de plus en plus complexes. Ces attentes ne semblent pas toujours satisfaites à l'heure actuelle.

1.3. LE RÔLE DE L'ÉCOLE

Face à ces constatations, il convient de définir clairement et d'une manière réaliste quel doit être le rôle de l'école dans la satisfaction des besoins langagiers identifiés. L'école, en effet, n'est qu'un des agents de formation de la société à côté de la cellule familiale, des divers groupes sociaux auxquels l'enfant participe, des médias, des milieux de travail, etc. Elle ne saurait les remplacer ni réussir l'impossible.

Ainsi, on doit tenir compte du fait que les habiletés langagières continuent à se développer durant la vie. Il est donc irréaliste de penser que l'école puisse amener les élèves jusqu'au bout de ce développement. Les entreprises reconnaissent d'ailleurs qu'une partie de la formation linguistique, comme une partie de la formation professionnelle, doit nécessairement se faire en milieu de travail.

Cependant, l'école est la seule institution qui ait reçu explicitement la mission d'assurer la formation en langue maternelle. L'enseignement de la lecture et de l'écriture - ainsi que du calcul - demeure le rôle premier de l'école. C'est pourquoi le comité croit qu'une des responsabilités premières de l'école doit être de fournir à tous la formation de base nécessaire pour répondre aux besoins communs en français. Compte tenu du fait que plusieurs jeunes terminent leurs études à la fin du cours secondaire, cette formation doit être donnée à l'école primaire et secondaire.

Le comité croit que l'acquisition par tous de la formation de base constitue l'un des objectifs fondamentaux de la démocratisation de l'enseignement. En effet, l'analyse des besoins donne à penser que l'insertion sociale et le statut de citoyen à part entière dans notre société passent par la maîtrise de la langue orale et écrite. La démocratisation de l'enseignement exige aussi que l'école publique fournisse à chaque élève, indépendamment de son milieu social, l'occasion de pousser le plus loin possible, selon sa capacité, les habiletés langagières constitutives de la formation de base du français.

Rappelons que le développement des habiletés langagières dépend aussi de la maturation de l'individu et de ses acquisitions de connaissances dans d'autres matières. Le collège et l'université ont donc une part de responsabilité à assumer en vue d'assurer l'enrichissement et le perfectionnement de ces habiletés, parallèlement à l'enseignement des autres matières.

1.4. CONCLUSION

Les réflexions du comité font clairement ressortir la nécessité, à la fois individuelle et collective, économique et culturelle, de la maîtrise des habiletés langagières en français.

À partir de ses perceptions, le comité conclut que le système d'enseignement ne remplit pas suffisamment son rôle consistant à répondre à ces besoins langagiers. C'est pourquoi il parait nécessaire d'affirmer un premier principe directeur selon lequel le rôle de l'enseignement du français doit être d'assurer à tous les habiletés langagières requises pour répondre à des besoins personnels et sociaux.

Il découle de ce principe directeur deux conséquences importantes. Premièrement, un consensus est à établir dans la société et dans les milieux d'enseignement pour affirmer qu'un des rôles majeurs du système d'enseignement consiste à assurer à tous une formation de base en français à la fin du cours secondaire et à veiller au développement continu des habiletés langagières des élèves selon leurs capacités et selon le niveau et l'orientation de leur scolarisation.

Deuxièmement, l'école doit prendre les mesures nécessaires pour jouer efficacement ce rôle, notamment en assurant la cohérence entre les besoins langagiers, les objectifs des cours, l'enseignement, les moyens pédagogiques et l'évaluation des apprentissages.

C'est dans cette optique que se situent les principes qui suivent.




haut
Free download porn in high quality RGPorn.com - Free Porn Downloads