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Nouvelles tendances démolinguistiques dans l'Île de Montréal, 1981-1996

Nouvelles tendances démolinguistiques
dans l'Île de Montréal


1981-1996
par
Michel Paillé
Démographe
Direction des études et recherches
Conseil de la langue française
Mai 1989
par
Michel Paillé
Démographe





CHAPITRE II
CROISSANCE COMPARÉE DES GROUPES LINGUISTIQUES




On observe depuis quelques années que l'écart entre les naissances et le nombre d'immigrants que le Québec accueille s'amenuise graduellement sous l'effet conjugué d'un déclin continu du nombre de naissances et d'une hausse des objectifs d'immigration. En voulant démontrer qu'il est illusoire de remplacer les naissances nécessaires au renouvellement des générations par un nombre équivalent d'immigrants, nous avions rappelé, il y a deux ans, qu'il fut une époque (1956-1960) où l'accroissement naturel de la population québécoise dépassait de 226 % le nombre annuel moyen d'immigrants qui était pourtant de 32 7001. Afin d'éviter une diminution de la population du Québec, et dans l'hypothèse où le Québec aurait voulu intervenir avant d'atteindre un accroissement naturel nul, nous avions calculé qu'« il aurait fallu admettre près de 62 000 immigrants par année au cours des années 1980-1984 pour compenser à la fois notre faible fécondité et nos pertes migratoires2 ». Un nombre aussi élevé d'immigrants aurait dépassé de 29 % l'accroissement naturel de cette période quinquennale, la dernière pour laquelle nous avions des données.

Dans ce deuxième chapitre, nous mettons en relation le nombre de naissances et celui des immigrants. D'abord, nous faisons une comparaison entre natalité et immigration pour l'ensemble du Québec et pour l'île de Montréal. Ensuite, dans une deuxième partie, nous rapprochons la natalité des francophones de l'île de Montréal et l'immigration non francophone à destination de l'île. Dans une troisième partie, nous comparons enfin la croissance nette de la majorité francophone et celle de l'ensemble des non-francophones.

2.1 NATALITÉ ET IMMIGRATION AU QUÉBEC ET DANS L'ÎLE DE MONTRÉAL

2.1.1 Les nombres absolus

Le tableau II.1 prolonge jusqu'en 1989 les informations données au premier chapitre pour la période 1981-1986. Selon le scénario du Bureau de la statistique du Québec qui sied le mieux à la présente étude3, le nombre de naissances continuera de baisser d'année en année. En parallèle, le nombre d'immigrants que le Québec désire accueillir augmente pour atteindre 35 000 en 1989. Malgré cette convergence, le nombre de naissances au Québec dépasserait en 1989 de plus de 50 000 celui des immigrants. La figure II.1 illustre clairement, pour l'ensemble du Québec, le nombre des naissances et des immigrants pour chacune des années, de 1981 à 1989 inclusivement.




TABLEAU II.1 Estimation du nombre de naissances et d'immigrants, Île de Montréal et ensemble du Québec, 1987-1989



FIGURE II.1 Naissances et immigrants (en milliers), Québec, 1981-1989



FIGURE II.2 Naissances et immigrants (en milliers), île de Montréal, 1981-1989



Si pour l'ensemble du Québec il y a encore plus de naissances que d'immigrants, c'est tout le contraire pour l'île de Montréal. En effet, les données du tableau II.1 et de la figure II.2 révèlent que, depuis 1987, on accueille chaque année dans l'île plus d'immigrants qu'il y a de nouvelles naissances. Si l'écart favorable à l'immigration est faible en 1987 -- une différence de quelques centaines de sujets --, il devrait représenter environ 6 000 immigrants de plus que les naissances en 1989. Bien que nous ayons attribué à l'île de Montréal un taux d'attraction des immigrants internationaux plus faible en 1988 et en 1989 (77,3 %) que pour les années 1985 à 1987 (de 79,5 % à 82,7 %), le nombre d'immigrants dépasse de plus en plus celui des naissances.

2.1.2 Le rapport naissances-immigrants

Il est parfois plus commode de présenter les données statistiques sous une forme relative. C'est ce que nous ferons ici en utilisant le rapport entre les naissances et les effectifs d'immigrants. Il s'agit en somme de répondre à la question suivante : combien survient-il de naissances chaque fois que 100 immigrants arrivent? Nous ferons usage de cet indicateur pour l'ensemble du Québec comme pour l'île de Montréal.




TABLEAU II.2 Nombre de naissances pour 100 immigrants, île de Montréal et ensemble du Québec, 1981-1989



On trouvera au tableau II.2 le rapport naissances immigrants tant pour l'ensemble du Québec que pour l'île de Montréal, de 1981 à 1989 inclusivement. De plus de 400 naissances pour 100 immigrants en 1981 et 1982, ce rapport pour l'ensemble du Québec monte au-delà de 500 entre 1983 et 1985. À cause d'une réduction des objectifs d'immigration pour ces trois dernières années, la population féminine du Québec a donné naissance à cinq fois plus de nouveau-nés (presque six fois plus en 1984) que le Québec n'a accueilli d'immigrants. Par la suite, à cause d'une hausse des objectifs d'immigration qui n'a pas été accompagnée d'une reprise de la fécondité, le rapport naissances-immigrants décline abruptement : 435 naissances pour 100 immigrants en 1986, un peu plus de 300 en 1987, 277 en 1988 et 234 seulement en 1989.

Ce rapport naissances-immigrants est d'un tout autre ordre pour l'île de Montréal. Au cours de la présente décennie, il n'a jamais atteint une valeur suffisante pour faire de l'île de Montréal, ne serait-ce qu'une seule année, un territoire où l'on aurait dénombré deux fois plus de naissances que d'immigrants. Depuis 1987, on compte moins de naissances que d'immigrants dans l'île de Montréal. Si l'on comptait un peu moins de naissances chaque fois que 100 nouveaux immigrants élisaient domicile dans l'île en 1987 et en 1988 (97 et 96 naissances respectivement), on ne devrait compter que 79 naissances pour 100 immigrants en 1989, à moins que la hausse du nombre des naissances observée en 1988 se poursuive. La figure II.3 illustre, à l'aide de deux courbes, le rapport naissances-immigrants pour l'ensemble du Québec et pour l'île de Montréal.




FIGURE II.3 Nombre de naissances pour 100 immigrants, île de Montréal et ensemble du Québec, 1981-1989



Afin de conserver l'importance relative que la majorité francophone a maintenue dans l'île de Montréal entre 1976 et 1986, il faudrait trouver4 une proportion de 59,9 % d'immigrants de langue maternelle française parmi les arrivants qui s'installent sur le même territoire. Or, comme moins d'un immigrant sur dix déclare le français comme langue maternelle, il s'ensuit que, si l'on tenait compte des caractéristiques linguistiques des nouveau-nés et des immigrants, la différence entre l'immigration non francophone et les naissances d'enfants qui parleront le français devrait donner un avantage encore plus net à l'immigration sur la natalité. Vérifions maintenant cette hypothèse.

2.2 NATALITÉ FRANCOPHONE ET IMMIGRATION NON FRANCOPHONE

Pour les années 1987 à 1989, nous avons porté au tableau II.3 nos estimations du nombre de naissances dues à des femmes ayant le français pour langue d'usage, ainsi que du nombre d'immigrants non francophones qui s'installent dans l'île de Montréal. Ces données du tableau II.3 font voir sans équivoque la nette supériorité de l'immigration non francophone sur la fécondité des Montréalaises d'expression française. Si 35 000 immigrants entrent au Québec en 1989, il paraît inévitable que ceux dont la langue maternelle n'est pas le français seront presque deux fois plus nombreux à s'établir dans l'île de Montréal que les nouveau-nés montréalais dont la langue maternelle sera le français.




TABLEAU II.3 Estimation du nombre de naissances de mères francophones et des immigrants non francophones, île de Montréal, 1987-1989



FIGURE II.4 Naissances attribuées à des mères francophones et immigrants non francophones (en milliers), île de Montréal, 1981-1989



Comme le montre la figure II.4, cette nouvelle situation remonte à 1986, soit un an plus tôt que le cas de la figure II.2 où l'on ne distingue pas les langues maternelles. La figure II.4 fait également ressortir qu'au début de la présente décennie (de 1981 à 1985), la natalité francophone ne dépassait que faiblement le nombre des immigrants non francophones venus s'établir dans l'île de Montréal (tableau II.4). Les plus forts excédents des naissances sur l'immigration sont ceux de 1983 et de 1984. Or, bien que le Québec ait accueilli peu d'immigrants ces années-là en comparaison avec d'autres époques, on ne comptait pas 130 naissances chaque fois que 100 immigrants arrivaient. Avec un objectif d'immigration fixé à 30 000 immigrants pour 1988, c'est 62 naissances francophones qui se seront produites pour 100 immigrants non francophones installés dans l'île la même année5. Un objectif de 35 000 immigrants pour le Québec en 1989 fera éventuellement baisser le rapport naissances-immigrants à 52 nouveau-nés qui parleront français pour 100 immigrants dont la langue maternelle n'est pas le français.




TABLEAU II.4 Nombre de naissances francophones pour 100 immigrants non francophones, île de Montréal, 1981-1989



Dans la première section de ce chapitre, nous avons comparé natalité et immigration sans distinguer les langues. Nous avons observé un important écart de plus en plus favorable à l'immigration dans l'île de Montréal depuis 1987. Or, ce phénomène se produit dès 1986 et se révèle déjà plus important lorsque nous comparons, d'une part, les nouveau-nés attribués à des mères francophones et, d'autre part, les immigrants dont la langue maternelle n'est pas le français.

Mais il n'y a pas que les naissances pour la majorité francophone de l'île de Montréal qui contribuent à son évolution numérique, pas plus d'ailleurs que l'immigration de ressortissants étrangers dont la langue maternelle n'est pas le français n'explique à elle seule la croissance de la population non francophone du même territoire. Pour donner une image complète de la situation démolinguistique de l'île de Montréal et dégager de nouvelles tendances, il nous faudrait tenir compte de tous les facteurs qui entrent en jeu.

Nous avons dressé au premier chapitre le bilan démographique de l'île de Montréal selon la langue maternelle de ses résidents pour la période intercensitaire 1981-1986 (tableau I.10). En faisant appel à toutes les informations que ce bilan nous donne, il sera possible de mesurer l'accroissement net des francophones et des non-francophones depuis juin 1986 à décembre 1989. C'est ce que nous ferons dans la troisième partie de ce chapitre où nous tiendrons compte non seulement de la mortalité et du solde démographique des deux groupes linguistiques, mais aussi de l'immigration francophone et de la natalité des non-francophones de l'île de Montréal.

2.3 ACCROISSEMENT NET DES GROUPES LINGUISTIQUES

2.3.1 Les paramètres

Nous avons déjà estimé les naissances attribuées à des francophones et l'immigration de non-francophones pour les années 1987 à 1989 inclusivement (tableau II.3). Il nous reste à estimer, pour les mêmes années, les six variables suivantes que l'on trouvera au tableau II.56 :

  • décès des francophones,
  • décès des non-francophones,
  • solde démographique des francophones,
  • solde démographique des non-francophones,
  • nouveau-nés de femmes dont la langue d'usage au foyer n'est pas le français,
  • nombre d'immigrants de langue maternelle française qui s'installent dans l'île de Montréal.

Puisque notre angle d'analyse est celui de la langue plutôt que de la culture ou de l'appartenance à une ethnie, nous considérons que tous les immigrants de langue maternelle française contribuent à l'accroissement de la majorité francophone de l'île de Montréal. Ainsi, tous les immigrants francophones, peu importe leur pays d'origine, leur culture, leur religion, seront inclus dans les effectifs de la majorité d'expression française de l'île. Bien que tous ces immigrants ne s'intègrent pas instantanément à la culture francophone d'ici, ils augmentent néanmoins, d'un point de vue strictement démographique, les effectifs des parlants français. Sauf de rares exceptions, leurs enfants et leurs descendants parleront la langue de la majorité québécoise sans qu'il soit nécessaire d'attendre, comme dans le cas des autres immigrants, un transfert linguistique vers le français.




TABLEAU II.5 Composantes de la croissance démographique selon la langue maternelle, île de Montréal, 1986-1989



Les hypothèses que nous avons posées relativement à la fécondité et à la mortalité donnent un ordre de grandeur similaire, pour les naissances et les décès annuels, à celui que nous avons observé entre 1981 et 19867. Comme nous avons porté à 10 % l'immigration francophone en 1989, on remarque au tableau II.5 le doublement des effectifs entre 1987 et 1989. Mais cette hausse de l'immigration francophone ne fait que compenser (en 1989) le solde qui, de l'ordre de -2,5 pour mille, donne un peu plus de 2 700 départs chaque année. Comme dans le cas des francophones, le taux annuel qui exprime le solde est le même que celui de la période 1981-1986, soit -18 pour mille, ce qui représente plus de 13 000 départs annuellement. Enfin, compte tenu de la forte proportion d'immigrants qui se dirigent vers l'île de Montréal et de l'importance relative des non-francophones parmi eux, nous obtenons une immigration qui augmente d'année en année pour dépasser 24 000 en 1989.

2.3.2 L'accroissement annuel net

Les données du tableau II.5, jumelées à celles du tableau I.10 (où nous avons établi le bilan démographique des francophones et des non-francophones pour la période comprise entre les recensements de 1981 et de 1986), permettent de calculer l'augmentation nette, année par année, de la majorité d'expression française et de l'ensemble des minorités linguistiques de l'île de Montréal. En additionnant le nombre des naissances et celui des immigrants, et en retranchant ensuite celui des pertes dues aux décès et au solde, nous obtenons l'accroissement annuel net des deux groupes linguistiques. Les résultats se trouvent au tableau II.6 dans lequel nous intégrons l'augmentation nette des francophones chaque fois que le nombre des non-francophones augmente de 100 individus.




TABLEAU II.6 Accroissement net selon la langue maternelle île de Montréal, 1981-1989



FIGURE II.5 Accroissement annuel net selon la langue maternelle, île de Montréal, 1981-1989



L'accroissement net comparé des francophones et des non-francophones est illustré par la figure II.5, qui montre éloquemment combien la situation a changé dans l'île de Montréal en quelques années seulement. Alors que la majorité francophone s'accroissait plus vite entre 1981 et 1984 que l'ensemble des autres groupes linguistiques -- surtout en 1983 et 1984 où les non-francophones sont en situation de croissance à peu près nulle, voire négative --, on assiste par la suite à un renversement complet. Si la croissance des deux groupes est à peu près identique en 1985, elle est nettement à l'avantage de la population non francophone à partir de 1986. Sous l'effet conjugué d'un accroissement naturel très faible des francophones montréalais, de la composition linguistique des immigrants, d'objectifs d'immigration qui dépassent 25 000 ressortissants étrangers à partir de 1987 et d'une forte concentration des immigrants dans l'île de Montréal, il s'ensuit que chaque fois que le nombre des non-francophones augmente de 100 individus, la majorité francophone ne s'accroît que de 13 à 20 personnes entre 1987 et 1989.

Pour établir l'augmentation nette des francophones et des non-francophones de l'île de Montréal entre 1981 et 1989, nous avons eu recours aux taux annuels moyens des quatre facteurs d'évolution de la population de l'île entre les recensements de 1981 et de 1986. Dans le cas du solde des non-francophones, le taux de la période 1981-1986 n'est peut-être pas approprié pour les années subséquentes. En effet, sachant que certains immigrants repartent du Québec, on pourrait supposer qu'un solde migratoire de -18 pour mille reflète une période où l'immigration a été plutôt faible. Or, comme le Québec accueille depuis quelques années au moins deux fois plus d'immigrants qu'auparavant, on peut formuler l'hypothèse que le taux d'émigration des non-francophones est plus élevé que celui de la période 1981-1986.

Même dans l'hypothèse où depuis 1986 un grand nombre d'immigrants allophones repartiraient du Québec l'année même de leur arrivée8, la population non francophone de l'île de Montréal augmenterait nettement plus vite que la majorité francophone de l'île. La figure II.6 montre en effet que, même si l'on fait abstraction de ces immigrants allophones qui repartent aussitôt, il faut tout de même conclure à une tendance démographique qui conduit au déclin de la majorité de langue française de l'île de Montréal. Avec un objectif d'immigration de 35 000 personnes pour l'ensemble du Québec en 1989, la population non francophone de l'île augmenterait de plus de 11 000 personnes comparativement à moins de 2 500 pour les francophones.

* * *



FIGURE II.6 Accroissement annuel net selon la langue maternelle, dans l'hypothèse d'une forte émigration des immigrants allophones, île de Montréal, 1981-1989



Depuis 1987, on compte plus d'immigrants qui s'établissent dans l'île de Montréal que de naissances attribuées à des Montréalaises. Si l'on tient compte de la langue maternelle des immigrants et des nouveau-nés, on constate que les immigrants non francophones surpassent en nombre depuis 1986 les nouveau-nés qui seront éduqués en français dans les foyers montréalais. Enfin, lorsqu'on prend en considération toutes les variables qui contribuent à l'accroissement des populations, on s'aperçoit que, depuis 1985, la majorité francophone de l'île de Montréal progresse moins rapidement que la population non francophone. Nous verrons au chapitre suivant que la Charte de la langue française a connu un important succès dans le domaine de la langue d'enseignement des enfants d'immigrants, mais que ses effets sur la mobilité linguistique des allophones ne pourront être importants qu'à plus long terme.



1 Michel Paillé, « L'immigration massive : une panacée à la dépopulation du Québec? », Bulletin du Conseil de la langue française, 3-3 (automne 1986), p. 7. retour au texte]

2 Loc. cit. Ce n'est là qu'un minimum, car nous n'avons pas tenu compte de l'émigration subséquente des immigrants. [retour au texte]

3 Nous justifions au paragraphe 9 de l'annexe B l'utilisation du scénario du Bureau de la statistique du Québec. [retour au texte]

4 Abstraction faite de l'émigration qui défavorise les non-francophones. [retour au texte]

5 Si le nombre de naissances en 1988 avait été de 83 000 au lieu de 86 400, le rapport aurait été de 60 plutôt que 62. Il faudrait donc une forte augmentation de la fécondité pour le modifier sensiblement. [retour au texte]

6 Pour plus de commodité, nous intégrons au tableau II.5 les données du tableau II.3. [retour au texte]

7 Notons cependant une légère hausse de la mortalité des francophones de l'île. [retour au texte]

8 En plus du taux annuel moyen d'émigration des non-francophones de la période 1981-1986, nous ajoutons le quart des immigrants allophones (à l'exception des 9 600 premiers). On lira au paragraphe 12 de l'annexe B comment nous avons déterminé cette proportion d'immigrants allophones qui repartent du Québec. [retour au texte]






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