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Actes du colloque « La qualité de la langue... après la Loi 101 »

Actes du colloque

« La qualité de la langue... après la loi 101 »

Québec,
30 septembre -
3 octobre 1979






Actes du colloque « La qualité de la langue... après la Loi 101 »





Cet ouvrage a été publié par
le service des communications
sous la direction de Léo Gagné

Graphiste :
Jean Miller, graphistes inc.

© 1980 Éditeur officiel du Québec

Tous droits de traduction et d'adaptation, en
totalité ou en partie, réservés pour tous les
pays. Toute reproduction pour fins commerciales,
par procédé mécanique ou électronique, y compris
la microreproduction, est interdite sans
l'autorisation écrite de l'Éditeur officiel du Québec.

Dépôt légal - 3e trimestre 1980

Bibliothèque nationale du Québec

ISBN 2-551-03906-1





Table des matières



i. PRÉSENTATION PAR LE DIRECTEUR DES ÉTUDES ET RECHERCHES DU CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE

ii. COMPOSITION DU COMITÉ ORGANISATEUR DU COLLOQUE

I Allocution d'ouverture
par le ministre d'État au Développement culturel, le docteur Camille LAURIN

II Exposés

LA NOTION DE QUALITÉ DE LA LANGUE

• « Pour une définition de la qualité de la langue » par Pierre CHANTEFORT, directeur, département d'enseignement et de recherche langues vivantes aux non-spécialistes, Université Paris VII

« Les choix linguistiques » par Jean-Claude CORBEIL, chargé de mission, Agence de coopération culturelle et technique

LA LANGUE DE LA PUBLICITÉ

• « Pour se parler, faut se comprendre » par Denyse MAHEUX, président et directeur général, Maheux, Hill et Associés Inc.

• « Langue publicitaire et langage populaire » par Claude COSSETTE, professeur agrégé de l'université Laval et président de Cossette Associés Communication Marketing

LA LANGUE ENSEIGNÉE

• « Le renouveau dans l'enseignement du français » par André ROUSSEAU, sous-ministre adjoint, ministère de l'Éducation du Québec

• « Pédagogie de la langue ou pédagogie de la parole? » par Gilles GAGNÉ, responsable du programme PPMF, élémentaire, Université de Montréal

LA LANGUE DE L'ADMINISTRATION

• « L'évolution récente de la politique de la langue dans l'administration publique québécoise » par Guy ROCHER, professeur-chercheur, Centre de recherche en droit public, Université de Montréal

• « La langue des lois et des règlements » par Robert AUCLAIR, Juge à la Cour provinciale et membre du Tribunal du travail

• « La situation linguistique à la Société d'énergie de la Baie James » par Louise SANSREGRET, chef, Services linguistiques, Société d'énergie de la Baie James

LA LANGUE DE L'ENSEIGNEMENT

• « La qualité de la langue, responsabilité des universitaires » par Fernand GRENIER, directeur général, Télé-Université

• « La qualité du français au collège : la responsabilité de toute une collectivité » par Jean-Yves BOURQUE, professeur, Cégep de Chicoutimi

• « L'utilisation du français dans les publications scientifiques et techniques » par Arnold J. DRAPEAU, professeur titulaire, Section du génie de l'environnement, École Polytechnique

LA LANGUE DES MÉDIAS ÉCRITS ET ÉLECTRONIQUES

• « Une fois sur le métier... » par Gérald LEBLANC, président, Fédération professionnelle des journalistes du Québec

III Tables-rondes

LA QUALITÉ DE LA LANGUE ÉCRITE

• Roger LUSSIER, président, Hebdos A-1

• Gérard CELLIER, directeur de l'information, Journal de Montréal

• Claude BEAUCHAMP, rédacteur en chef et éditeur adjoint, Le Soleil

• Jean BAILLARGEON, secrétaire général, Conseil de presse du Québec

• Roland BELLAVANCE, président, Association des hebdos régionaux

LA QUALITÉ DE LA LANGUE PARLÉE

• Marcel DUBÉ, président par intérim, Conseil de la langue française

• Jean-P. LADOUCEUR, vice-président, Recherches/ planning, Télé-Métropole Inc.

• Pierre PÉTEL, conseiller, Direction des programmes du réseau français de la télévision, Radio-Canada

• Anthony SHORTENO, directeur des émissions, CKAC/Télé-média

IV Allocution de clôture
par le président par intérim du Conseil de la langue française, monsieur Marcel DUBÉ

V Synthèse et commentaires
par Raymond JOLY, professeur, Département des littératures, Université Laval

VI Bilan du colloque
par le comité organisateur du colloque






PRÉSENTATION




Michel AMYOT
Directeur des études et recherches




Le Conseil de la langue française tenait, les 30 septembre, 1, 2 et 3 octobre 1979, à Québec, un colloque intitulé La qualité de la langue... après la Loi 101.

Organisé par la Direction des études et recherches du Conseil, ce colloque visait avant tout à favoriser chez les diffuseurs de langue une prise de conscience de leurs responsabilités en matière de qualité de la langue. Le colloque s'inscrivait ainsi dans la mission même du Conseil qui consiste à « surveiller l'évolution de la situation linguistique au Québec quant à son statut et à sa qualité ». Parmi les domaines qui découlent de cette mission, celui de l'évaluation de la qualité du français occupe une place importante. À notre avis, ce mandat ne concerne pas, à priori, la qualité de la langue individuelle, mais plutôt la qualité « collective » du français québécois.

Le colloque, ainsi qu'en font foi les communications reproduites dans les Actes, a privilégié cette avenue. Les choix des thèmes retenus, langue de l'enseignement, langue de la publicité, langue de l'Administration, langue des médias, découlent directement de cette priorité accordée à la langue publique comme principal « générateur » de la langue au Québec.

Les communications, la synthèse des discussions et le bilan dressé par le Comité organisateur se veulent un portrait fidèle du contenu et du déroulement du colloque. Nous souhaitons vivement que ce colloque et ces Actes permettent d'ouvrir de nouvelles avenues de recherches et de réflexions qui faciliteront l'atteinte d'un des objectifs importants de la Charte de la langue française, soit l'amélioration de la qualité de la langue française.

Nous ne pouvons terminer cette présentation sans remercier toutes les personnes qui, par leur travail et leur encouragement, ont permis laréussite aussi éclatante de notre colloque. Mais d'abord, il faut remercier les 650 participants de la confiance qu'ils nous ont témoignée en assistant aussi activement et assidûment à ces trois jours et demi de discussion. Remerciements aux animateurs, messieurs Soucy Gagné et Raymond Laplante, qui ont su diriger les discussions. Remerciements aux membres du Conseil de la langue française et à la direction du Conseil pour leur soutien. Remerciements également au personnel des Services de la gestion et des communications du Conseil, sans qui l'organisation n'aurait pu être aussi bien rodée. Remerciements au personnel de soutien de notre Direction, mesdames Diane Letellier, Francine Robert et Denise Tremblay, grâce auxquelles l'accueil a pu être aussi chaleureux. Remerciements aux membres du Comité organisateur qui n'ont pas compté leur temps et qui ont su nous faire profiter de leur expérience et de leurs connaissances. Remerciements au ministre d'État au développement culturel, le docteur Camille Laurin qui a bien voulu présider ce colloque et y prononcer l'allocution d'ouverture. Enfin, nous ne pouvons passer sous silence la contribution de madame Édith Bédard. Elle a été à l'origine du projet, elle l'a guidé quotidiennement et a su trouver l'énergie nécessaire à sa réalisation et à son succès. Elle a également veillé à la préparation des Actes.






Les membres du comité organisateur du colloque



Michel AMYOT
Directeur des études et recherches
Conseil de la langue française

Édith BÉDARD
Agent de recherche
Conseil de la langue française

Jean-Claude CORBEIL
Chargé de mission
Agence de coopération culturelle et technique

Lise DALLAIRE
Agent d'information
Conseil de la langue française

Marcel DUBÉ
Président par intérim du Conseil de la langue française

Jean-Marcel PAQUETTE
Professeur
Université Laval
Membre du Conseil de la langue française

Claude ROCHETTE
Professeur et vice-doyen de la faculté des Lettres
Université Laval




Allocution d'ouverture

par
le ministre d'État au développement culturel
le docteur Camille LAURIN






Distingués invités,
Mesdames et Messieurs du Conseil de la langue française,
Mesdames, Messieurs,

Vendredi je me trouvais à Montréal pour inaugurer le lancement de l'album de l'Année du français qui se voulait un témoignage écrit permanent de cette mobilisation incroyable qui, durant une année, a réuni tous les Québécois de tous les milieux, dans tous les secteurs de notre vie collective, pour cette cause extraordinaire que constituent le maintien et l'amélioration de la qualité de notre langue. Je pense que cet album qui sera en vente bientôt témoignera à jamais de l'attachement que tous les Québécois portent à leur langue, de la nécessité qu'ils voient de faire de cette langue l'instrument de la cohésion sociale, l'instrument de la communication collective, l'instrument de l'identité nationale.

Aujourd'hui, ce soir, je me retrouve avec vous, à l'orée de ce colloque organisé par le Conseil de la langue française sur la langue du Québec, deux ans après la Loi 101. Je pense que nous nous réunissons sous des auspices on ne peut plus favorables. C'est en effet hier que je lisais dans Le Soleil un article très éloquent sur Montréal, deux ans après la Loi 101. Ce que nous savons sur l'amélioration de la situation du français dans tout le Québec est particulièrement visible et marqué à Montréal, qui constituait si on peut le dire le public cible de la Charte de la langue française. C'est là en effet que les efforts les plus marquants devaient être faits pour améliorer une situation qui était devenue un véritable scandale pour les Québécois. Dans cet article du Soleil, on disait que le processus de la francisation était véritablement enclenché à Montréal et que ses effets étaient de plus en plus visibles. Non seulement au niveau de l'affichage, où les progrès étaient remarquables, mais également derrière ces devantures francisées où également le français, langue du Québec, est en train de recouvrer rapidement la situation de choix qui aurait toujours dù être la sienne. Je pense que ce succès généralisé à l'échelle du Québec, le caractère populaire de cette loi qu'on vient de rappeler, c'est-à-dire l'audience éminemment favorable qu'elle a reçue et continue de recevoir dans tout le Québec, de même que cette campagne de l'Année du français qui est un succès remarquable, témoignent tous de l'attachement profond que le Québec a toujours voué à sa langue malgré et au-delà des aliénations culturel les, linguistiques, dont nous avons toujours souffert comme peuple. Je pense que l'ambivalence dont nous avons toujours témoigné et qui est en grande partie le résultat de contraintes extérieures de tous ordres qui avaient joué sur nous, contraintes historiques, militaires, géographiques, continentales, n'a jamais quand même atténué l'attachement que nous portions comme peuple à cette langue qui se situe au coeur de notre identité. Il est donc important, deux ans après l'adoption de cette loi, dont les effets deviendront de plus en plus visibles, de nous réunir pour envisager d'autres horizons. Et c'est précisément pour cette raison que vous êtes ici réunis à l'invitation du Conseil de la langue française pour discuter de la qualité de la langue.

Au moment de la préparation de cette Charte de la langue française, autant nous étions préoccupé en effet du statut de la langue française, autant il nous importait de voir se généraliser l'emploi d'une langue de bonne qualité, à l'image de ce Québec d'excellence que nous souhaitons tous. Et je pense que tous ceux qui ont lu attentivement la Charte de la langue française se sont rendu compte à quel point cette préoccupation en ce qui a trait à l'excellence de notre langue est inscrite partout, et plus particulièrement dans le préambule ou au détour de l'un ou l'autre de ces articles. En somme, il s'agit de problèmes qui sont en fait indissociables. Le statut de la langue est lié à sa qualité et l'amélioration de la qualité ne fera que renforcer le statut de la langue. De l'avis des juristes, lorsque la loi prescrit l'usage du français, cela veut dire la langue telle qu'elle se trouve décrite dans les ouvrages habituels de référence, c'est-à-dire les dictionnaires et les grammaires. Il y a là une première garantie de qualité, une sorte de définition académique et normative de la langue. Ce que nous visons en effet, par cette loi, c'est de permettre à un nombre de plus en plus grand de Québécois non seulement de s'exprimer dans la langue officielle, dans la langue commune, reconnaissant ainsi un droit inaliénable, mais c'est également de permettre à un nombre de plus en plus élevé de Québécois de s'exprimer dans une langue de qualité. En somme, c'est une sorte de démocratisation de la fierté linguistique. Si le droit de parler sa langue est un droit à la parole, un droit fondamental, ce droit est dépourvu de toute signification s'il ne connote pas une maîtrise de la langue. Et ce droit ne peut être réservé à la seule élite; pour qu'il s'incarne véritablement, il doit être exercé par un nombre de plus en plus élevé de Québécois, et à la limite par l'ensemble des Québécois. Donc, lorsque nous parlons du français, nous parlons du français universel, du français international, de cette norme de qualité qui est la nôtre aussi bien que celle de tous les autres pays francophones. Il y a donc dans cette qualité du français, qui est implicite dans la Charte, une première garantie sur laquelle s'appuieront les linguistes autant que l'opinion pour décider si telle ou telle expression est de bon ou de mauvais a loi.

Il y a cependant là aussi une source de difficultés, puisque les ouvrages de référence sont en général conçus, actuellement en tous cas, en France ou dans d'autres pays francophones, pour une clientèle française, ou belge, ou suisse, et qu'ainsi maints faits de langue québécoise n'y sont pas notés. C'est bien pourquoi nous avons donné à l'Office de la langue française un pouvoir de normalisation qui permettra, en cas de discussion, de décider de ce qui est français ou pas sur le territoire québécois. Ce pouvoir s'exercera par et à travers les commissions de terminologie que l'Office peut instituer dans tous les domaines et dans tous les secteurs de manière à ce que les décisions se fondent sur la connaissance réelle du milieu et se prennent après consultation du milieu. Dans certains cas, la Charte précise davantage de quel français il s'agit. Dans le cas des raisons sociales par exemple, on indique les éléments qui peuvent figurer comme spécifiques en plus, évidemment, de tous les mots de la langue française. Pour l'exercice d'une profession, la loi exige une connaissance appropriée de la langue française eu égard aux professions spécifiques qui y sont énumérées. Dans les programmes de francisation que doivent adopter et réaliser les entreprises, un article de la loi exige l'augmentation du nombre de personnes ayant une bonne connaissance du français. Ce qui peut s'interpréter comme signifiant la capacité d'utiliser le français mais un français conforme à l'usage et à la norme. En matière de toponymie, une commission spécialisée est établie par la Charte, avec pleine compétence pour décider de la langue des noms de lieux. Enfin, soulignons que le pouvoir de la Commission de surveillance s'étend à la qualité de la langue, qui peut être un sujet de plainte, tout autant qu'au défaut d'utiliser le français.

De plus, en instituant un Conseil de la langue française, le Gouvernement a cherché à atteindre deux buts, aussi essentiels l'un que l'autre. D'une part, surveiller l'évolution de la situation linguistique au Québec, pour s'assurer que la langue française y a toujours le statut souhaité et, d'autre part, assurer la qualité du français en usage au Québec par les moyens incitatifs appropriés dans un domaine où le dirigisme est impossible. C'est dire toute l'importance que le législateur et le Gouvernement ont apporté, apportent et apporteront à ce Conseil de la langue française. Ce Conseil n'est pas encore très connu du public; il convenait en effet qu'il s'organise d'abord, qu'il se structure et que ses membres apprennent à travailler ensemble. Déjà cependant son action a été importante; il a conseillé le Ministre sur la teneur des divers règlements qui constituent un ajout essentiel à la Charte de la langue française. Ses conseils ont été retenus et ont contribué énormément à l'accueil favorable qu'ont reçu ces règlements dans l'opinion publique. Le Conseil aide également déjà d'une façon importante, par sa Direction des études et recherches, à la préparation des activités futures de tous les organismes ayant pour mission d'améliorer la langue au Québec. Il a de plus mis en oeuvre des projets de recherche dont les résultats et la publication auront des effets majeurs. Il a enfin commencé à consulter les diverses régions sur la qualité de la langue qui s'y parle. Mais cela n'est encore rien en comparaison de l'importance que ce Conseil prendra dans les mois et dans les années qui viennent. Je ne doute pas d'ailleurs qu'à la longue ce Conseil deviendra l'organisme le plus important en matière de langue au Québec. Le colloque qui s'organise ce soir est une des preuves du dynamisme dont il peut faire preuve. Ce colloque sera suivi de plusieurs autres, qui réuniront aussi bien des spécialistes que des interlocuteurs cibles dans notre société, et à ce titre il contribuera d'une façon tangible à la réalisation des objectifs que nous poursuivons comme société. Je pense aussi que le Conseil est à la veille de donner une présence encore plus grande à la langue française dans toute notre société québécoise, par les tournées d'animation ou d'information qu'il entend mener à l'échelle du Québec. En même temps, il me semble évident que le Conseil deviendra de plus en plus un élément de consciéntisation en matière de langue pour toute notre société, en même temps qu'une sorte de chien de garde, qui veillera à ce que cette langue, qu'il nous a été tellement difficile de préserver, devienne une langue de plus en plus riche, de plus en plus créatrice et de plus en plus capable de contribuer à l'enrichissement du français universel.

Il devient donc évident que pour comprendre nos préoccupations, on peut comparer qualité de vie et qualité de langue. On ne peut pas contraindre le citoyen à vivre dans la propreté pas plus qu'on ne peut le forcer à bien parler et à bien écrire. Mais si le citoyen, si un grand nombre ou la plupart des citoyens y consentent, il se crée un milieu, une ambiance, une sorte d'éco-système culturel, si on peut employer cette comparaison, qui entraîne chacun vers l'objectif de tous, qui secoue notre négligence et stimule notre désir de qualité. Nous sommes donc convaincu que qualité de vie, qualité de langue, ne s'atteignent que par une discipline personnelle qui jamais ne se relâche. Dans l'un et l'autre cas, la collectivité s'attend à ce que les institutions respectent la qualité de la vie comme la qualité de la langue et qu'au besoin, mais au besoin seulement, les dérogations aux normes et règlements fassent l'objet de condamnations ou de pénalités. En général, les institutions admettent aujourd'hui leurs responsabilités à cet égard. La meilleure preuve en est que la Loi 101 a été respectée, non seulement pour la forme mais d'une façon active et positive par les entreprises et le milieu d'affaires en particulier. Cette participation des entreprises, dont il faut les féliciter, témoigne de la qualité de notre vie démocratique ainsi que de la responsabilité que doivent assumer les institutions économiques dans la construction d'une paix sociale absolument essentielle au développement d'une société. Mais si on peut définir la qualité de l'air par une série de caractéristiques physico-chimiques que l'on peut mesurer, on ne peut pas en faire autant pour la qualité de la langue. C'est là un des domaines où nous comptons sur votre expertise et vous aurez certainement l'occasion d'en discuter durant le colloque. Chose certaine, les institutions où vous travaillez dans les multiples secteurs de l'enseignement, de la presse, de la radio, de la télévision, de la publicité et de l'administration gouvernementale sont responsables de la langue qu'elles utilisent ou diffusent. L'un des rôles du Conseil est de trouver les moyens de stimuler et de soutenir la motivation et l'effort de chacun pour le maintien et l'amélioration de la qualité de notre langue. Qu'il soit difficile de définir les critères propres à fonder la notion de qualité de langue, nous l'admettons. Mais nous savons aussi que chacun d'entre nous, d'entre vous, a son idée et que l'essentiel en conséquence est davantage de nous mettre d'accord entre nous là-dessus que d'établir une théorie savante.

Ce colloque est une première occasion d'échanger vos vues, de confronter les manières dont, au jour le jour, vous faites face à vos responsabilités à l'égard de la langue. Dans un premier temps, il nous faudra tous ensemble identifier nos déficiences. Malgré cet attachement à la langue dont je parlais tantôt, il faut quand même constater que ces déficiences sont nombreuses et profondes. Je pense en particulier aux déficiences que nous constatons dans le domaine de l'enseignement et en particulier de l'enseignement professionnel, où les statistiques nous révèlent une scandaleuse pénurie de manuels didactiques francophones. Bien sûr cela se comprend puisque, vivant dans un continent nord-américain, à côté d'un géant anglophone, nous avons dû et devons encore importer une technologie fabriquée outre frontière, et que bien souvent, pour des raisons de facilité, nous ne pensons pas à la traduire en notre propre langue avant de l'enseigner. La même situation se retrouve aussi bien au niveau du secondaire et du collégial qu'au niveau de l'universitaire. Je pense que nous prenons cependant de plus en plus conscience de ce danger et que des efforts sont déjà en cours pour corriger ces déficiences; mais il est clair que nous n'avons pas encore fini de faire l'inventaire de ces déficiences, des conséquences malheureuses qu'elles peuvent avoir et surtout des correctifs qu'il conviendrait de mettre en place. Ces déficiences, nous les constatons également dans le domaine des médias, où trop souvent des animateurs, des chefs de nouvelles, des « speakers » ne sont pas toujours sensibles à la dimension de la qualité de la langue et partagent en cela les complexes que nous avons trop longtemps arborés d'une façon défensive, pour ne pas avoir à faire face au défi que constituait la création d'une langue de qualité. Dans ce domaine également, étant donné qu'il y a ici des représentants des médias, il y a un effort d'inventaire, d'analyse à faire, avant que nous soyons prêts à définir des politiques correctrices appropriées. Je n'oublie pas également le domaine de la publicité où, sous prétexte de vouloir rejoindre le citoyen, le contribuable, le consommateur dans son milieu propre, on se laisse aller à des concessions malheureuses. Il y a donc beaucoup de déficiences à identifier, d'analyses à faire avant de pallier ces problèmes et définir les politiques appropriées. Rappelons-nous cependant que toutes ces politiques devront être marquées au coin du réalisme et tenir compte des contraintes propres à chacune des institutions concernées.

En ma qualité de ministre d'État au développement culturel, je vous souhaite donc des travaux fructueux. Je vous assure également que j'attache la plus haute importance aux propos que vous tiendrez durant les trois jours de ce colloque. Car la qualité de la langue fonde la qualité de la vie d'une collectivité en même temps qu'elle en constitue un élément essentiel. Je crois cependant qu'étant donné le nombre et la qualité des invités de ce soir, le nombre et la qualité des orateurs qui vous adresseront la parole, le nombre et la qualité des participants inscrits, que nous pouvons augurer déjà du succès de cette entreprise. Il y a aussi un autre facteur qui me rend encore plus optimiste. Je sais que vous représentez ici les secteurs les plus importants en même temps que les plus névralgiques de notre collectivité. Si une réforme en profondeur doit s'effectuer, elle devra en effet passer nécessairement par le milieu de l'administration publique, le milieu de l'enseignement, le milieu des médias et le milieu de la publicité. Tous ces secteurs sont très largement représentés à ce colloque. Vous constituez le fer de lance de la réforme et du progrès en ces matières. Je sais que votre sens des responsabilités est on ne peut plus aiguisé à cet égard, que vous avez conscience d'être des artisans, les promoteurs non seulement du français mais également de la qualité du français et je suis absolument convaincu que si cette motivation se maintient, s'aiguise, le pari sera relevé et la victoire que nous envisageons se réalisera. Donnant ainsi la preuve que nous pouvons compter sur nos propres moyens; que nous pouvons nous approprier notre environnement technologique, culturel; que nous pouvons prendre conscience de notre situation, des moyens que nous pouvons mettre en oeuvre pour l'améliorer; donnant également la preuve que nous constituons en somme une société complète, active, dynamique qui, à la réappropriation qu'elle envisage, joint ce sens de l'identité qui en est à la fois le moteur en même temps que l'achèvement. Je vous souhaite donc bonne chance dans vos délibérations. J'ai hâte de lire le rapport qui en sera fait et qui inspirera sûrement les politiques que le Gouvernement entend mettre en oeuvre pour réaliser notre projet commun de société.




II - Exposés
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