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LA SITUATION DÉMOLINGUISTIQUE AU QUÉBEC ET LA CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE

LA SITUATION DÉMOLINGUISTIQUE
AU QUÉBEC ET LA CHARTE
DE LA LANGUE FRANÇAISE

Textes colligés par
Michel Amyot





Quelques données démographiques
sur un Québec aussi français
que l'Ontario est anglais





Louis Duchesne*

Direction de la recherche
et de l'évaluation
Régie de la langue française



Texte déposé à l'Assemblée nationale par
le Dr Camille Laurin, ministre d'État au
Développement culturel, le 25 juillet 1977




* M. Duchesne est maintenant à l'emploi du Bureau de la statistique du Québec [retour au texte]




INTRODUCTION

Nous désirons dans cette brève note comparer la situation démolinguistique du Québec et de l'Ontario telle qu'elle était au recensement de 1971. Une étude superficielle qui ne s'attacherait qu'aux langues maternelles et à l'origine des Québécois et des Ontariens pourrait laisser croire que le Québec est plus français que l'Ontario est anglais. Toutefois, on verra qu'au chapitre de la connaissance des langues officielles et des transferts linguistiques, la situation est tout autre.

Dans une deuxième partie, nous montrerons ce que serait le Québec s'il était en tout point, en ce qui a trait aux langues, l'inverse de l'Ontario.

Finalement, nous pousserons un peu plus loin le parallèle en considérant la question des transferts linguistiques selon les groupes ethniques.

1. La situation démolinguistique au recensement de 1971

Au recensement de 1971, les Québécois de langue maternelle française constituaient 81 % de la population du Québec tandis que les Ontariens de langue maternelle anglaise représentaient 77 % de la population de l'Ontario (tableau 1). Le contraste est encore plus grand quant à l'origine. En effet, en nombres relatifs comme en chiffres absolus, les Québécois d'origine française (79 %) sont plus nombreux que les Ontariens d'origine britannique (59 %). Par contre, si l'on jette un coup d'oeil du côté de la principale minorité de chacune de ces provinces, on constate que le nombre d'Ontariens d'origine française, 737 400 (10 % de la population), surpasse celui des Québécois d'origine britannique, 640 000 (11 % de la population). Ces contrastes sont frappants; mais il ne faut pas conclure trop hâtivement que le Québec est plus français que l'Ontario est anglais.


TABLEAU 1
Comparaison du Québec et de l'Ontario : caractéristiques linguistiques, 1971


L'image que l'on aperçoit, suite à ce parallèle entre le Québec et l'Ontario, est inversée lorsque l'on considère la langue d'usage, la connaissance des deux principales langues du pays ainsi que les transferts linguistiques. En effet, le français est la langue la plus utilisée au foyer par 81 % des Québécois tandis que l'anglais l'est pour 85 % des Ontariens. De plus, si 88,5 % des Québécois parlent le français et si 61 % ne connaissent que cette langue, 96,6 % des Ontariens parlent l'anglais et 87 % sont unilingues anglais. Par ailleurs, en comparant les effectifs de langues maternelles et de langues d'usage des deux populations concernées, on obtient par simple soustraction un portrait des transferts linguistiques :

Transferts linguistiques Québec Ontario
vers l'anglais 99 045 590 340
vers le français 3 695 -129 885

On note aisément qu'en Ontario les francophones subissent des pertes énormes tandis qu'au Québec les anglophones, pourtant minoritaires, font des gains fort importants. En Ontario, les allophones qui effectuent des transferts linguistiques passent à l'anglais; au Québec par contre, les transferts s'effectuent beaucoup plus vers l'anglais que vers le français (tableau 2 et 3). Soulignons en passant que 30 % des Ontariens de langue maternelle française n'utilisent plus cette langue au foyer; cette proportion se rapproche du 40 % que représentent les allophones ontariens.


TABLEAU 2
Transferts linguistiques selon la langue maternelle, Québec, 1971


TABLEAU 3
Langue d'usage et transferts linguistiques selon la langue maternelle, Ontario 1971


Finalement, 26 % des francophones du Québec se déclaraient bilingues en 1971 en comparaison avec 4 % seulement des anglophones ontariens (tableau 4 et 5); de plus, parmi les anglophones québécois, 37 % se disaient bilingues alors que ce pourcentage atteignait 82 % chez la minorité franco-ontarienne.


TABLEAU 4
Répartition de la population selon la langue maternelle et la connaissance du français et de l'anglais, Québec, 1971


TABLEAU 5
Répartition de la population selon la langue maternelle et la connaissance du français et de l'anglais, Ontario, 1971


2. Si le Québec était aussi français que l'Ontario est anglais?

Les conjectures sur le nez de Cléopâtre sont parfois inutiles mais slles peuvent servir d'outil pédagogique en donnant un peu de relief à nos profils linguistiques. Ainsi, pour se faire une image d'un Québec en tout point semblable à l'Ontario de 1971, nous avons appliqué à divers effectifs de la population du Québec une série de taux tirés de notre étude de la population ontarienne. Notons que ces taux sont appliqués mutatis mutandis; par exemple, le pourcentage des allophones unilingues anglais de l'Ontario devenant le pourcentage des allophones unilingues français du Québec.

Les résultats obtenus par cette méthode montrent que les effectifs selon la langue maternelle ne changeraient pas mais que ceux concernant la langue d'usage seraient assez différents (tableau 6). Ainsi le français serait la langue d'usage de 86 % des Québécois au lieu de 81 %, l'anglais de 9 % au lieu de 15 % et les autres langues seraient toujours utilisées par 4 ou 5 % des Québécois. Les francophones réaliseraient, par le jeu des transferts linguistiques avec les anglophones, des gains nets de 226 100 au lieu de pertes de 24 500 individus. De plus, 150 100 allophones utiliseraient le français au lieu de 34 600.


TABLEAU 6
Langues d'usage au Québec selon la langue maternelle suivant l'application des taux de transferts linguistiques de l'Ontario 1971


Les changements dans les langues d'usage seraient très importants mais ceux que l'on observerait dans les compétences linguistiques seraient encore plus importants (tableau 7). Ainsi, 82 % des Québécois seraient des unilingues français (au lieu de 61 %). Il n'y aurait que 145 800 unilingues anglais (2 %) au lieu des 632 500 (10,5 %) et le nombre de bilingues diminuerait de moitié (de 27,6 % à 14,5 %). Le nombre d'anglophones bilingues ferait plus que doubler, celui des francophones bilingues serait 6 fois plus petit, tandis que l'effectif des allophones bilingues diminuerait de 6,6. Ces derniers, qui sont en fait trilingues, seraient les plus soulagés de ce qu'on appelle parfois le fardeau du bilinguisme. En nombres absolus, il y aurait une augmentation de 354 700 bilingues anglophones et une diminution de 1 041 400 bilingues francophones et de 104 800 bilingues allophones, soit une « économie » totale de 791 500 bilingues.


TABLEAU 7
Connaissance des langues officielles au Québec suivant l'application des taux ontariens


3. Du groupe ethnique à la langue d'usage

Nous avons jusqu'à maintenant examiné le comportement des groupes de langue maternelle, mais on peut aussi faire des comparaisons pour les groupes ethniques et présenter des données selon leur langue maternelle, leur langue d'usage, leur niveau de bilinguisme... Nous nous en sommes tenus ici à croiser les variables groupe ethnique et langue d'usage. On étudiait autrefois, avant le recensement de 1971, les transferts linguistiques en présentant les langues maternelles des groupes ethniques. Le recensement de 1971 permet une meilleure définition des transferts linguistiques en distinguant la langue maternelle de la langue d'usage. Le tableau 8 combine ces deux définitions en croisant les groupes ethniques et les langues d'usage.


TABLEAU 8
Répartition de la population selon le groupe ethnique et la langue d'usage; Ontario et Québec, 1971


Il s'ensuit que si on applique au Québec les taux de l'Ontario (tableau 9), mutatis mutandis, on s'aperçoit que le français serait la langue d'usage de 91 % des Québécois, l'anglais de 5 % et une autre langue de 4 %, ce qui diffère énormément de la situation observée en 1971 : 81 %, 15 % et 4 % respectivement.


TABLEAU 9
Répartition de la population québécoise selon le groupe ethnique et la langue d'usage, suivant l'application des taux de l'Ontario; 1971


CONCLUSION

À quoi ressemblerait un Québec aussi français que l'Ontario est anglais? Afin de répondre à cette question, nous avons fait quelques standardisations, méthode qui consiste à appliquer aux groupes ethniques et aux principaux groupes de langues maternelles du Québec les comportements linguistiques ontariens, les francophones du Québec ayant les comportements des anglophones de l'Ontario, et réciproquement.

Au départ, un pince-sans-rire pourrait soutenir que le Québec est plus français que l'Ontario n'est anglais, puisque le pourcentage des personnes francophones et d'origine française au Québec est plus élevé que celui des Britanniques et des anglophones en Ontario. Cependant, quand on compare l'importance des transferts linguistiques et du bilinguisme, on a une image très saisissante de la force de l'anglais, même au Québec. Si on suppose que les Québécois empruntent les comportements linguistiques des Ontariens, on obtient un portrait étonnamment fort différent de la situation linguistique de 1971. Ainsi, dans un Québec français à l'ontarienne, le français serait la langue d'usage de 90 % des gens, et plus d'un million de francophones bilingues feraient l'économie de leur langue seconde.

On dit parfois que les Québécois montrent le bon exemple au reste du Canada, du moins pour le bilinguisme, qu'ils sont à peu près les seuls à pratiquer sur une large échelle. Il serait intéressant de voir ce qui arriverait si l'Ontario était aussi français que le Québec est anglais!






Quelques scénarios concernant
l'avenir linguistique de la
région métropolitaine de Montréal





Mireille Baillargeon
Claire Benjamim

Direction de la recherche
Ministère de l'Immigration du Québec





Collaboration de Michel Amyot*

Service de la démographie scolaire
Ministère de l'Éducation




Texte déposé à l'Assemblée nationale par
le Dr Camille Laurin, ministre d'État au
Développement culturel, le 25 juillet 1977




* M. Amyot est maintenant à l'emploi du Conseil de la langue française [retour au texte]




INTRODUCTION

Ce texte s'inscrit à l'intérieur d'une recherche entreprise depuis plusieurs mois au ministère de l'Immigration du Québec. L'étude a pour but de déterminer les futurs linguistiques possibles de la région métropolitaine de Montréal d'ici 2001 et de vérifier le diagnostic des études démolinguistiques faites antérieurement à la lumière des données du recensement de 1971.

Diverses raisons justifient le fait que cette recherche se limite à la région métropolitaine de Montréal plutôt qu'à l'ensemble du Québec. Mentionnons entre autres l'importance démographique, économique et culturelle de cette région qui comptait au 1er juin 1971 45 % de la population du Québec et regroupait 37 % des francophones, 77 % des anglophones et 89 % des allophones du Québec. C'est cette concentration massive des minorités linguistiques qui a surtout déterminé le choix de la région de Montréal. Elle donne en effet à Montréal un caractère névralgique sur le plan linguistique puisque les non-francophones y constituent plus du tiers de la population, alors que les francophones n'y représentent que les deux tiers.

Le travail d'élaboration du modèle a été fait par mesdames Mireille Baillargeon et Claire Benjamin, démographes à la Direction de la recherche du M.I.Q. Elles ont pu bénéficier des conseils de Jacques Henripin ainsi que de ceux des démographes de l'Institut national de la recherche scientifique, Jaël Mongeau, Marc Termote et Claude Dionne.

Nous présentons aujourd'hui les résultats de six scénarios qui ont été formulés dans le cadre des travaux du groupe de travail sur les aspects démographiques du Projet de loi n° 101. Les hypothèses de migrations ont été élaborées en collaboration avec Marc Termote et Jaël Mongeau. Une brève description de la situation linguistique qui prévalait dans la région métropolitaine de Montréal au recensement de 1971 précède la présentation de ces résultats. Quant à la justification détaillée des hypothèses, elle sera contenue dans le rapport final que publiera à l'automne 1977 le Service de la recherche du ministère de l'Immigration.

I. La situation linguistique en 1971

Le recensement de 1971 fournit l'information la plus récente pour décrire la situation linguistique puisque les données de 1976 n'étaient pas encore disponibles au moment de la rédaction de ce texte. Le recensement de 1976 ne comportait, par ailleurs, qu'une seule question (la langue maternelle) pour décrire les caractéristiques culturelles des populations. Il ne pourra donc fournir qu'une description sommaire et assez pauvre de la situation linguistique actuelle et de son évolution entre 1971 et 1976.

Les données recueillies pour la première fois par le recensement de 1971 sur la langue d'usage (langue la plus souvent utilisée à la maison) permettent d'obtenir une image plus précise qu'auparavant de la situation linguistique et de la force réelle du français et de l'anglais à Montréal. En effet, avant 1971, les descriptions de la situation linguistique ne reposaient que sur les concepts de la langue maternelle (première langue apprise et encore comprise) et de l'origine ethnique.

a) La situation générale

L'anglais exerce une forte attraction auprès des personnes de langue maternelle française puisque 46 095 d'entre elles, soit 2,5 %, parlent désormais l'anglais à la maison (tableau 1). L'attrait du français, bien que langue de la majorité, a beaucoup moins d'ampleur auprès des anglophones, puisque 25 855 personnes de langue maternelle anglaise parlent français à la maison, ce qui représente toutefois 4,3 % de cette population1. Parmi les personnes de langue maternelle autre que française et anglaise, 23 % ont fait de l'anglais leur langue d'usage contre 8 % pour le français, soit un rapport de 2,8 transferts vers l'anglais pour 1,0 vers le français.


TABLEAU 1
Population par langue maternelle et langue d'usage, Montréal (R.M.R.)


b) La situation linguistique des principales populations

Comportement linguistique selon le lieu de naissance

Il est intéressant de mettre en relation la situation linguistique et le lieu de naissance. Si 3 % de la population francophone dans son ensemble s'anglicise, l'attraction de l'anglais est néanmoins beaucoup plus forte parmi les migrants francophones venus d'une autre province ou de l'étranger. En effet, parmi les Montréalais de langue maternelle française recensés en 1971, 11 % des personnes nées dans une autre province et 7 % de personnes nées à l'étranger ont déclaré l'anglais comme langue d'usage. Par contre, les personnes de langue maternelle anglaise nées à l'extérieur du Québec (dans une autre province ou à l'étranger) ont adopté le français comme langue d'usage dans une proportion moindre (2 %) que chez celles nées au Québec (6 %).

Le maintien des langues autres que française et anglaise comme langues d'usage diffère beaucoup selon le lieu de naissance. Il varie de 32 % pour les personnes nées dans une autre province à 76 % pour les personnes nées à l'étranger. Quant aux allophones nés au Québec, 59 % d'entre eux utilisaient encore en 1971 une langue « autre » à la maison.

Conservation des langues d'origine et choix linguistique futur des allophones

Parmi les personnes d'origine autre que française et britannique (allogènes) recensées à Montréal en 1971 et nées à l'étranger, 20 % ont déclaré être de langue maternelle française ou anglaise. Par ailleurs, 65 % des allogènes nés au Canada étaient de langue maternelle soit française soit anglaise. Suivant l'origine ethnique déclarée par les allogènes nés au Canada, ce pourcentage de 65 % semble indiquer que la perte de la langue d'origine des fils et petits-fils d'immigrants est très forte.




1 Charles Castonguay a constaté qu'au Québec, plus de la moitié des transferts de l'anglais au français sont le fait de personnes se déclarant d'ascendance paternelle française. Charles Castonguay, « Le mécanisme du transfert linguistique », Communication présentée au Colloque sur la démolinguistique tenu dans le cadre du 45e Congrès de l'ACFAS à l'UQTR, le 19 mai 1977. [retour au texte]




La très grande majorité d'entre eux déclare, en effet, que leur ascendant paternel est originaire de pays ou de culture ni francophones, ni anglophones. Cet abandon de la langue d'origine s'est fait au cours des âges, surtout au profit de l'anglais puisque 47 % sont de langue maternelle anglaise et 18 % de langue maternelle française. Par ailleurs, la perte de la langue d'origine de ces sujets est encore plus forte si on considère non plus leur langue maternelle, mais leur langue d'usage : 57 % d'entre eux parlent le plus souvent l'anglais à la maison et 20 % seulement le français. Or, parmi les 20 % qui ont choisi le français, près du quart sont d'origine italienne. Ce groupe, qui au moment du recensement de 1971 était le seul parmi les allogènes2 à préférer le français à l'anglais comme langue d'usage, a subi au sein même de sa population un renversement de tendance. En effet, si l'on étudie le choix linguistique des personnes qui ont effectué un transfert avant juin 1971, par groupe d'âges, 60 % des Italiens (langue maternelle) de 25 ans et plus ont choisi le français comme langue d'usage alors que 63 % des moins de 25 ans ont choisi l'anglais3. On peut imaginer les répercussions d'un changement aussi radical sur les générations à venir.

Les données sur la connaissance des langues officielles du Canada pour les personnes qui continuent de parler une langue d'usage « autre », qu'elles soient nées ici ou à l'étranger, constituent par ailleurs un bon indice du choix linguistique futur des allophones et des conséquences de ce choix sur leur ascendance. Il s'agit là toutefois d'une question subjective, chacun ayant dû évaluer sa connaissance des langues officielles, au moment du recensement de 1971, d'après la question : « Connaissez-vous assez bien l'anglais ou le français pour soutenir une conversation? » Certaines personnes ont peut-être mal évalué leur capacité de parler l'une ou l'autre des deux langues officielles du Canada.

Parmi les personnes qui continuent de parler à la maison une langue « autre » et qui ont une connaissance d'une seule langue officielle, celles connaissant l'anglais sont deux fois et demie plus nombreuses que celles connaissant le français : 34 % ont appris l'anglais contre 14 % le français. En ce qui concerne l'orientation linguistique probable future, l'attention doit se porter sur les jeunes. Les proportions des enfants d'âge scolaire démontrent la très forte attraction de l'anglais, puisque parmi les enfants de 5 à 14 ans parlant une langue « autre » à la maison, 45 % connaissent seulement l'anglais contre 5 % seulement le français; le rapport atteint donc neuf pour un à l'âge scolaire.




2 Parmi les groupes ethniques identifiés au recensement. [retour au texte]

3 Charles Castonguay, « Le groupe italien et l'assimilation », Le Droit, 30 mars 1974. [retour au texte]




Une source statistique autre que le recensement confirme cette très forte attraction de l'anglais auprès des jeunes de langue maternelle « autre », au cours des dernières années. En effet, d'après les statistiques du ministère de l'Éducation du Québec, environ 90 % des enfants de langue maternelle autre que française et anglaise ont reçu leur enseignement en anglais dans la région administrative de Montréal au cours des années 1971-72 à 1975-76. Ces statistiques scolaires montrent que les données du recensement de 1971, bien que datant de près de six ans, ne reflètent pas une situation caduque.

II. Le modèle4

Les objectifs de l'étude ont déterminé le modèle que nous allions utiliser. En effet, pour répondre aux deux objectifs principaux de l'étude, soit déterminer des futurs linguistiques possibles de la région métropolitaine de Montréal d'ici 2001 et mesurer la sensibilité de chacune des variables de la croissance des populations francophone, anglophone et allophone, il fallait un modèle qui puisse analyser et projeter séparément chaque facteur de l'évolution des populations linguistiques de Montréal. C'est pourquoi nous avons choisi la méthode des composantes, puisqu'elle permet d'appliquer à des populations de départ une série de données correspondant à l'évolution prévue des différents facteurs de croissance de ces populations, pour obtenir les populations par sexe et âge de l'année suivante.

Caractéristiques propres du modèle

Outre le fait qu'il laisse évoluer dans le temps de façon classique les populations de départ en les faisant, entre l'année t et t + 1, vieillir ou mourir, se reproduire, recevoir de nouveaux effectifs ou en perdre par les migrations, le modèle présente deux caractéristiques importantes qui lui donnent son originalité et son intérêt.

  1. Le modèle permet de suivre annuellement et simultanément, par sexe et année d'âge, les populations de langue française, anglaise et autre, tant de langue maternelle5 que de langue d'usage6. En effet, en dénombrant trois populations de départ selon la langue maternelle, nous obtenons annuellement six populations d'arrivée : trois selon la langue maternelle et trois selon la langue d'usage.

    La raison princpale qui nous motive à suivre annuellement ces six populations est l'interdépendance de la croissance de ces populations. En effet, la croissance des populations selon la langue d'usage dépend de l'évolution de la croissance des populations selon la langue maternelle et de la tendance des transferts linguistiques7. Il faut donc, pour exprimer l'évolution des populations selon la langue d'usage, suivre l'évolution des populations selon la langue maternelle. Or, ces populations évoluent elles-mêmes en fonction de l'évolution des populations selon la langue d'usage. En effet, les naissances, allant grossir par exemple les effectifs de la population de langue maternelle anglaise, sont le fait non seulement de mères de langue maternelle et d'usage anglaise, mais aussi de femmes de langue maternelle française ou autre et qui se sont anglicisées au point d'être devenues de langue d'usage anglaise. Par la natalité, les populations selon la langue maternelle sont donc à leur tour dépendantes de la croissance des populations selon la langue d'usage. Il était important de tenir compte de ce phénomène puisqu'il permet de mesurer l'effet des transferts linguistiques sur les générations.

  2. La deuxième caractéristique du modèle est qu'il permet d'intégrer séparément les entrées et les sorties, selon la langue maternelle, tant intraprovinciales qu'interprovinciales et internationales. Il est possible alors, par le jeu de plusieurs simulations, de mesurer les effets de certaines tendances de chacun de ces mouvements migratoires.

    Deux raisons nous ont obligés à décomposer les migrations en trois niveaux. La première découle du fait que les migrants, selon qu'ils viennent du reste du territoire québécois, des autres provinces canadiennes ou de l'étranger, ou au contraire, qu'ils partent de Montréal vers ces régions, présentent des caractéristiques linguistiques bien différentes. La deuxième rejoint les préoccupations spécifiques du ministère de l'Immigration : pouvoir extraire l'effet d'un changement dans le volume ou la composition des seules entrées internationales sur la population montréalaise.




4 Voir annexe 1, présentant l'algorithme du modèle et sa formulation détaillée. [retour au texte]

5 Première langue apprise et encore comprise. [retour au texte]

6 Langue le plus souvent utilisée à la maison. [retour au texte]

7 Un transfert linguistique se définit comme l'adoption par une personne d'une langue d'usage autre que sa langue maternelle. [retour au texte]




En somme, l'intérêt du modèle, c'est son extrême souplesse. Il permet de mesurer les effets d'un changement d'un des facteurs de la croissance (mortalité, fécondité, mobilité géographique et mobilité linguistique) d'une ou de plusieurs populations linguistiques sur la composition linguistique future de la population montréalaise.

III. Les scénarios

1. Avenirs possibles, en l'absence de toute action gouvernementale dans le domaine linguistique ou avec une action se limitant aux futurs immigrants.

Objectifs des scénarios 1 et 2 : Mesurer les conséquences sur la composition linguistique de la population montréalaise d'une absence de politique linguistique contrecarrant les tendances de l'évolution récente des populations francophone, anglophone et allophone (scénario 1) ou de certaines politiques linguistiques partielles ne touchant que les futurs immigrants internationaux (scénario 2).

HYPOTHÈSES

Compte tenu de la situation linguistique observée en 1971, particulièrement chez les jeunes, nous supposons, d'ici 2001, un accroissement de l'attraction de l'anglais auprès des francophones, une baisse de l'attraction du français auprès des anglophones et une attraction beaucoup plus forte de l'anglais auprès des allophones.

Dans un contexte de libre choix, en effet, le choix linguistique des jeunes et particulièrement des jeunes du tiers groupe est lourd de conséquences pour l'avenir, puisque le choix actuel de l'anglais fait que leur descendance sera probablement anglophone et accroîtra considérablement les effectifs de cette communauté. Or, plus la population anglophone augmente, plus elle attire à elle de nouveaux transferts. Les hypothèses de fécondité et de migrations dans ces scénarios maintiennent constants, entre 1971 et 2001, les niveaux actuels de ces deux facteurs8.




8 À l'annexe 2, on retrouvera la quantification de chaque variable pour chacune des hypothèses. [retour au texte]




RÉSULTATS DU SCÉNARIO 19


Sources Année Population selon la langue d'usage
(en milliers)

Français Anglais Autre Total

Recensement 1971 1 819 683 241 2 743
66,3 24,9 8,8 100,0
Scénario 1 2001 2 166 1 388 279 3 833
57,2 35,4 7,4 100,0



Les résultats du scénario 1 montrent qu'en l'absence d'action gouvernementale contrecarrant les tendances passées, la population francophone verrait son importance relative baisser, de 1971 à 2001, de 66 % à 57 % alors que les anglophones augmenteraient de 25 % à 35 % environ. Devant une telle situation, la population francophone serait appelée à devenir alors rapidement minoritaire puisque le jeu des forces en présence accélérerait le phénomène de minorisation.

Ces résultats confirment les conclusions d'études antérieures. Une projection10 basée sur les données des recensements de 1961 et 1966 prévoyait qu'en 2001 la part relative des francophones (langue maternelle) se situerait entre 53 et 60 % dans la région métropolitaine de Montréal. D'autre part, Jacques Henripin, ayant repris ces calculs à l'aide des données du recensement de 1971 dans le cadre des travaux du Livre vert sur l'Immigration11, prévoit que la fraction des francophones (langue maternelle) sera probablement voisine de 59 % en 2001. Or, nos résultats sur la langue maternelle révèlent que la population de langue maternelle française sera de 62 % en 2001 (et 57 % selon la langue d'usage).

SCÉNARIO 2

Pour améliorer cette tendance, diverses mesures linguistiques ont été suggérées. L'une préconise de franciser les immigrants allophones, tout en ne modifiant pas le contexte linguistique. Or, en supposant que 50 % des immigrants allophones qui viendraient s'installer à Montréal à partir de l'année prochaine perdraient leur langue maternelle comme langue d'usage et ceci exclusivement au profit du français, nous obtenons les résultats suivants :




9 Un tableau-synthèse des résultats est présenté à l'annexe 3. [retour au texte]

10 H. Charbonneau, J. Henripin, L. Légaré : « L'avenir démographique des francophones au Québec et à Montréal en l'absence de politiques adéquates », Revue de géographie de Montréal, Vol. 24, no 2 (1970), pp. 199-202. [retour au texte]

11 J. Henripin, L'Immigration et le déséquilibre linguistique — ministère de la Main-d'oeuvre et de l'Immigration, 1974, p. 33. [retour au texte]





Sources Année Population selon la langue d'usage
(en milliers)

Française Anglaise Autre Total

Recensement 1971 1 819 683 241 2 743
66,3 24,9 8,8 100,0
Scénario 2 2001 2 305 1 272 205 3 782
61,0 33,6 5,4 100,0



On le voit donc, une politique qui ne voudrait régler le problème linguistique qu'en mettant en cause les nouveaux immigrants allophones n'empêcherait pas la part relative des francophones de diminuer de façon importante entre 1971 et 2001.

En poussant l'hypothèse du scénario 2 à l'extrême, soit en francisant 100 % des immigrants allophones admis après 1977, nous avons pu vérifier que la part relative de francophones accuserait toujours une légère diminution en 2001 par rapport à 1971 (65 % au lieu de 66 %). Même une mesure encore plus radicale, au demeurant invraisemblable, qui serait de franciser, en plus de tous les immigrants allophones, la moitié des immigrants internationaux de langue maternelle anglaise arrivés après 1977, suffirait à peine à maintenir la part relative des francophones d'ici 2001. En définitive, toute politique linguistique12 qui n'aurait comme objet que la francisation des nouveaux immigrants, et ceci dès 1978, sans modification de la situation linguistique générale, n'empêcherait pas la part relative future des francophones de décliner.

2. Simulations théoriques sur des politiques linguistiques plus globales


Objectifs des scénarios 3 et 4 : Ayant constaté que la part relative des francophones ne peut que diminuer si on n'agit que sur l'immigration internationale, nous avons, à l'aide des scénarios 3 et 4, simulé le gel des transferts linguistiques pour les personnes résidant à Montréal au 1er juin 1971.

HYPOTHÈSES

On suppose que les personnes, qui résidaient à Montréal au moment du recensement et qui n'avaient pas encore effectué de transferts linguistiques, ne pourront pas en faire à l'avenir. On tient compte cependant de ces transferts sur la descendance de ceux qui avaient adopté une langue d'usage différente de leur langue maternelle, avant le recensement.




12 Ou une politique d'immigrants qui, par les modalités de recrutement, aurait les mêmes conséquences. [retour au texte]




Cette hypothèse du gel des transferts intragénérations, tout en permettant les transferts intergénérations, permet de dégager, entre autres, dans quelle mesure les transferts linguistiques passés ont déjà hypothéqué la composition linguistique future de la population montréalaise. À ce gel des transferts qui, au regard de la situation linguistique de 1971 est une hypothèse favorable au français, nous juxtaposons des mesures concernant l'immigration internationale. Dans le scénario 3, tous les immigrants allophones arrivés après 1977 s'intègrent au groupe francophone. Dans le scénario 4, tous les immigrants internationaux, y compris ceux de langue maternelle anglaise, alimentent le groupe francophone.

Ces hypothèses extrêmes sur l'immigration internationale permettent de vérifier dans quelle mesure des politiques aussi radicales (pratiquement irréalisables) permettraient de corriger ou non une situation défavorable au groupe francophone, telle qu'observée au recensement de 1971; il est tenu compte des transferts linguistiques qui ont déjà eu lieu dans le passé, et de leurs répercussions sur les générations futures.

D'un autre point de vue, ces deux scénarios extrêmes permettent également de vérifier la possibilité de survie ou d'extinction du groupe anglophone dans la région métropolitaine, en lui retirant (et de façon beaucoup plus radicale que la réalité ne permettrait de le faire) d'importants facteurs de croissance :

  1. les transferts linguistiques de tous les allophones après 1977 (nouveaux immigrants ou résidents actuels ainsi que leur descendance) d'après le scénario 3;

  2. l'annulation de tout apport de l'immigration internationale après 1977 d'après le scénario 4.

RÉSULTATS


Sources Année Population selon la langue d'usage
(en milliers)

Française Anglaise Autre Total

Recensement 1971 1 819 683 241 2 743
66,3 24,9 8,8 100,0
Scénario 3 2001 2 715 835 230 3 780
71,8 22,1 6,1 100,0
Scénario 4 2001 2 907 646 230 3 783
76,8 17,1 6,1 100,0



La part relative des francophones n'atteint que 72 % en 2001 dans le scénario 3, même si nous avons intégré au groupe français 100 % des immigrants allophones arrivés après 1977.

Par ailleurs, l'importance des anglophones diminue de près de trois unités de pourcentage, alors qu'on leur retire un facteur de croissance important jusqu'ici, soit les transferts linguistiques des allophones. Il faut cependant remarquer leur accroissement constant tout au cours de la période : de 683 000 à 835 000.

Quant au scénario 4, les résultats montrent que les francophones parviennent à représenter plus des trois quarts de la population montréalaise en 2001. Ce résultat est toutefois obtenu par la formulation d'hypothèses qu'on doit qualifier d'extrêmes, en d'autres mots, peu réalistes (100 % des immigrants internationaux s'intègrent aux francophones et les transferts linguistiques sont complètement gelés). En réalité, si le gouvernement avait pour objectif d'accroître de façon importante la proportion de la population francophone à Montréal, ce scénario permet de montrer que, placée dans un cadre plus réaliste — quasi impossibilité de franciser tous les nouveaux immigrants d'ici 2001 — une action ne portant que sur l'immigration internationale et les transferts linguistiques ne suffirait pas (sinon difficilement) à atteindre cet objectif si les autres facteurs de croissance évoluaient selon les caractéristiques récemment observées.

Le scénario 4 permet aussi de constater la vitalité latente du groupe anglophone, puisqu'il réussirait à représenter 17 % de la population montréalaise en 2001, même s'il était privé depuis 1978 de tout nouveau transfert linguistique des allophones et de toute immigration internationale. De plus, ses effectifs demeureraient jusqu'en 1966, — soit après 18 ans d'un tel régime — supérieurs à ce qu'ils étaient en 1971.

Enfin, la baisse observée chez le tiers groupe dans ces deux scénarios provient de l'hypothèse extrême qui francise tous les nouveaux immigrants. Ces derniers, en d'autres temps, viendraient alimenter, en partie du moins, la population allophone.

REMARQUES

Deux remarques s'imposent sur ces résultats :

  1. Le fait d'empêcher la population déjà résidente de Montréal en 1971 d'effectuer un transfert linguistique, à moins qu'elle ne l'ait déjà fait avant le recensement de 1971, sous-estime l'importance actuelle et potentielle des groupes francophone et anglophone. En effet, cette hypothèse ne tient pas compte, en particulier, du choix linguistique des jeunes allophones qui sont dans le réseau scolaire actuellement et qui avaient encore en 1971 une langue d'usage autre que l'anglais et le français. Par ailleurs, les statistiques scolaires révèlent qu'environ 90 % des enfants de langue maternelle autre ont reçu dans la région de Montréal, au cours des années 1970, leur enseignement en anglais. Il ne fait aucun doute que c'est la population anglophone qui est, par cette hypothèse du gel des transferts, la plus sous-estimée.

  2. On doit considérer comme extrêmes les hypothèses concernant la francisation de l'immigration internationale; ceci a donc pour effet de surévaluer la francisation de la population montréalaise.

3. Essai de mesure des effets possibles de la Charte sur l'évolution des populations linguistiques de Montréal d'ici 2001


Objectifs des scénarios 5 et 6 : Évaluer quelle peut être l'évolution de la population anglophone de Montréal d'ici 2001, selon qu'elle réagirait très négativement à la Charte de la langue française (scénario 5) ou non (scénario 6).

HYPOTHÈSES COMMUNES AUX DEUX SCÉNARIOS13

Nous prévoyons une amélioration de la conservation du français comme langue d'usage chez les francophones — diminution de leur taux de transfert linguistique vers l'anglais —, une stabilité des transferts linguistiques des anglophones (on peut penser en effet que ce groupe, se sentant menacé, développera une volonté de survivance et une résistance à l'assimilation telle que son taux de transfert vers le français ne s'accroîtra pas), un gel des transferts après 1977 pour les allophones qui résident actuellement à Montréal14 et une intégration au groupe francophone de 50 % des immigrants allophones qui seront admis après 1977.




13 Voir annexe 2 pour la quantification des hypothèses. [retour au texte]

14 Pour essayer de dégager l'importance minimale du groupe anglophone conséquemment à la Charte. [retour au texte]




Nous avons appliqué cette hypothèse de mobilité linguistique à deux situations hypothétiques :

  1. Les anglophones réagissent fortement à la Charte et émigrent en grand nombre entre 1978-1983. Après 1983, la situation se redresse quelque peu. D'autre part, Montréal devient moins attrayant que par le passé auprès des anglophones et allophones de l'extérieur du Québec qui viennent moins nombreux à Montréal (scénario 5).

  2. Les anglophones ne quittent pas aussi massivement le Québec que dans le scénario 5. Les sorties interprovinciales sont cependant plus importantes que dans les scénarios 1 à 4. La structure linguistique des immigrants internationaux est légèrement plus francophone que par le passé (scénario 6).

RÉSULTATS


Sources Année Population selon la langue d'usage
(en milliers)

Française Anglaise Autre Total

Recensement 1971 1 819 683 241 2 743
66,3 24,2 8,8 99,3
Scénario 5 2001 2 491 636 335 3 462
71,9 18,4 9,7 100,0
Scénario 6 2001 2 597 735 371 3 703
70,1 19,9 10,0 100,0



Les résultats des deux scénarios montrent une légère croissance de la population francophone en 2001. La résistance du groupe anglophone peut étonner, notamment dans le scénario 5 qui simule une émigration nette annuelle de 11 750 personnes de langue maternelle anglaise pendant cinq ans, puis de 5 750 pour le reste de la période et à laquelle s'ajoute le fait d'empêcher tout al lophone d'effectuer un transfert linguistique vers l'anglais après 1977, s'il ne l'a pas fait avant cette date. Cette résistance du groupe anglophone tient à l'importance des transferts linguistiques qui ont été faits dans le passé vers ce groupe, phénomène qui a des répercussions sur les générations à venir. En effet, le modèle que nous avons utilisé a l'avantage de tenir compte des effets des transferts linguistiques sur les générations; en d'autres termes, lorsqu'une jeune Italienne, par exemple, déclare avoir fait de l'anglais sa langue d'usage avant 1977, sa descendance accroîtra les effectifs du groupe anglais. Ces résultats montrent que les phénomènes démographiques sont des phénomènes lents : leurs conséquences ne se manifestent qu'à long terme.

Dans un contexte général favorable au français, on voit donc que le fait de franciser désormais 50 % des futurs immigrants de langue maternelle autre que française et anglaise n'accroît que légèrement la part relative des francophones à Montréal d'ici 2001, qu'il y ait exode ou non d'anglophones — à moins que cet exode prenne des proportions très considérables, ce qui nous apparaît peu plausible.

Que cet accroissement ne soit pas plus fort peut surprendre puisque, dans ces scénarios, on suppose aussi l'intégration au français de 50 % des immigrants allophones qui auront en moyenne, en 2001, 12 ans de résidence au Québec. Il nous paraît quelque peu irréaliste d'imaginer que 50 % de ces immigrants puissent perdre leur langue maternelle comme langue d'usage compte tenu d'une durée moyenne de résidence relativement courte15. Autre caractère extrême de l'hypothèse : supposer que tous les transferts linguistiques des immigrants se feront vers le français.

Le groupe anglophone représente donc en 2001 près de 20 % (18,4 et 19,9) de la population montréalaise et ceci même dans le scénario 5 qui simule une forte émigration d'anglophones. Il faut cependant noter que dans ce dernier scénario cette population diminue légèrement de façon continue au début des années 1980.

REMARQUES

Dans ces deux scénarios, on ne tient pas compte du choix linguistique16 qu'a fait la population allophone qui réside actuellement à Montréal. En effet le recensement date de 1971 et, de plus, il ne reflète pas toute la réalité de la situation linguistique. Il sous-estime la mobilité linguistique du tiers groupe, qui se fait surtout au profit de l'anglais, en ne posant pas de questions sur la langue de travail ni sur la langue d'enseignement. Or ce choix, qui a été fait dans la réalité, aura des effets importants à long terme.




15 D'après le recensement de 1971, les immigrés allophones conservaient leur langue à plus de 70 % après une telle durée de résidence. [retour au texte]

16 Sous-entendu, depuis 1971. [retour au texte]




C'est pourquoi nous croyons que les résultats des scénarios 5 et 6 représentent l'importance relative minimale du groupe anglophone en 2001 dans la région métropolitaine de Montréal, dans l'hypothèse de départs massifs de la population anglophone (scénario 5) ou non (scénario 6). Nous avons voulu corriger ces résultats afin de tenir compte du choix déjà fait entre l'anglais et le français par la population allophone résidant actuellement à Montréal et qui adoptera l'une ou l'autre de ces langues comme langue d'usage au cours de la période 1978-2001.

  • Sachant, par un jeu de plusieurs simulations, que 60 % des 335 000 allophones du scénario 5, et 55 % des 371 000 du scénario 6 sont des résidents actuels ou que leurs descendants le seront;

  • sachant d'autre part que la langue d'enseignement semble déterminante lors du transfert linguistique chez les allophones et compte tenu des statistiques scolaires du ministère de l'Éducation sur la langue d'enseignement des enfants du tiers groupe;

  • sachant que le Projet de loi n° 1 accorde aux enfants qui reçoivent déjà l'enseignement en anglais la possibilité de continuer dans le réseau scolaire anglais, ainsi qu'à leurs frères et soeurs cadets;

nous avons donc réparti la population résidente actuelle du tiers groupe et sa descendance de la façon suivante en 2001 :

  • 45 % conserveraient leur langue maternelle (ce qui tient compte de l'influence de la période de résidence sur les taux de conservation de la première génération et de la conservation des langues d'origine des personnes nées au Canada);

  • 50 % utiliseraient l'anglais à la maison;

  • 5 % utiliseraient le français à la maison.

Cette hypothèse conduit aux résultats suivants :


Sources Année Population selon la langue d'usage
(en milliers)

Française Anglaise Autre Total

Recensement 1971 1 819 683 241 2 743
66,3 24,2 8,8 99,3
Scénario 5 2001 2 501 737 224 3 462
(corrigé) 72,2 21,3 6,5 99,3
Scénario 6 2001 2 607 837 259 3 703
(corrigé) 70,4 22,6 7,0 100,0



Si l'hypothèse sous-jacente au scénario 6 corrigé se vérifie totalement, les anglophones pourraient voir leur importance relative légèrement diminuer, mais leurs effectifs s'accroîtraient d'environ 150 000 personnes par rapport au recensement de 1971. L'hypothèse peut paraître extrême à certains. Elle a l'avantage cependant de tenir compte du choix linguistique actuel des jeunes allophones dans la région métropolitaine et des conséquences possibles de ce choix sur leur descendance.

CONCLUSION

L'analyse des scénarios que nous avons retenus nous conduit aux conclusions suivantes : Si l'on veut accroître la part relative des francophones de façon appréciable dans la région métropolitaine de Montréal d'ici 2001, des mesures importantes doivent être prises, et ceci rapidement, l'avenir étant déjà hypothéqué de façon importante par les transferts linguistiques antérieurs.

Par ailleurs, en ce qui concerne le groupe anglophone, la simulation de nombreux départs vers les autres provinces canadiennes, sur une période transitoire de cinq ans17, a permis de constater que ce groupe linguistique demeurera important dans la région montréalaise en 2001, car il regroupera près de 20 % de la population.

Il serait surprenant que son nombre absolu diminue d'ici 2001 par rapport à ce qu'il était en 1971. Une telle baisse proviendrait de situations difficilement prévisibles actuellement, les leçons du passé récent ne nous permettant pas de prévoir de telles situations.




17 L'annexe 4 présente un scénario qui maintient ces nombreux départs durant toute la période. [retour au texte]




ANNEXE I



LE MODÈLE

1. Considérations générales

Les objectifs de l'étude qui, rappelons-le brièvement, sont de déterminer les futurs linguistiques possibles de Montréal et de mesurer l'influence de chacun des facteurs de la croissance des populations linguistiques sur ces évolutions possibles, fixent les termes généraux du modèle que nous avons bâti. En effet, pour atteindre avec une certaine précision ces deux objectifs, il faut un modèle qui — puisse analyser et projeter séparément chaque composante de l'évolution démographique des populations francophone, anglophone et allophone18 de la région métropolitaine de Montréal19.

La méthode des composantes répond à ces nécessités, puisqu'elle consiste à appliquer à une population de départ une série de taux et de données correspondant à l'évolution prévue des facteurs d'évolution de cette population (mortalité, fécondité, migrations) pour obtenir la population projetée par sexe et âge de l'année suivante.

2. Définitions des populations linguistiques

En plus de la question sur la langue maternelle20 traditionnellement incluse par obligation légale dans les recensements canadiens, on a introduit pour la première fois dans le recensement de 1971 une question sur la langue d'usage21. Cette question a permis de constater que les populations francophone, anglophone et autre offraient une image différente de la situation linguistique à Montréal selon que l'on prenait comme critère d'appartenance à ces trois groupes linguistiques la langue maternelle ou la langue d'usage.

Les populations linguistiques selon la langue d'usage tiennent compte des changements linguistiques qui ont pu survenir dans la vie des individus, entre leur naissance et l'année du recensement, et décrivent mieux, par conséquent, la situation linguistique du moment, que les populations selon la langue maternelle. Tout en constituant un critère d'appartenance plus satisfaisant pour décrire une situation linguistique, nous savons bien que la langue d'usage elle-même ne décrit pas dans sa réalité totale cette situation, étant donné qu'un grand nombre d'individus, ne parlant par exemple ni le français ni l'anglais à la maison, doivent avoir opté pour l'une ou l'autre de ces deux langues hors de leur domicile, que cela soit dans leur vie active, scolaire, ou autre.




18 De langue autre que française et anglaise. [retour au texte]

19 Selon les limites territoriales de 1971. [retour au texte]

20 Première langue apprise et encore comprise. [retour au texte]

21 Ou usuelle : langue le plus souvent parlée à la maison. [retour au texte]




Malgré tout, l'utilisation de la langue d'usage, à défaut d'autres critères plus précis, ne manque pas d'intérêt.

3. Populations de départ et populations d'arrivée

Le modèle permet de suivre annuellement, par sexe et année d'âge, les populations francophone, anglophone et allophone, tant de langue maternelle que de langue d'usage. En effet, si nous délimitons trois populations de départ : les populations de langue maternelle française, anglaise et autre, nous obtiendrons annuellement six populations d'arrivée : trois selon la langue maternelle et trois selon la langue d'usage.

L'interdépendance entre la croissance des populations linguistiques de langue maternelle et de langue d'usage nous oblige en effet à suivre annuellement ces deux groupes de populations.

La croissance des populations selon la langue d'usage dépend de l'évolution des populations selon la langue maternelle et des tendances de la mobilité linguistique. Il faut donc, pour suivre dans le temps les populations de langue d'usage française, anglaise et autre, suivre aussi l'évolution des populations de langue maternelle française, anglaise et autre. Or, ces populations évoluent elles-mêmes en fonction de la croissance des populations selon la langue d'usage. Par exemple, les naissances allant grossir les effectifs de la population de langue maternelle française sont le fait de mères dont le français est la langue le plus souvent parlée à la maison, quelle que soit leur langue maternelle. Ainsi, par la natalité, les populations selon la langue maternelle sont donc dépendantes de la croissance des populations selon la langue d'usage.

Pour simplifier quelque peu le modèle, nous avons fait l'hypothèse que les populations de langue maternelle française et anglaise n'effectuent pas de transferts linguistiques22 vers une langue d'usage autre que l'anglais ou le français. Cette hypothèse néglige une force d'attraction que les langues autres que le français ou l'anglais exercent auprès des communautés anglophone et francophone d'après le recensement de 197123. Mais cette force est assez faible pour qu'on puisse la négliger, sans que cela ne modifie beaucoup nos résultats.




22 Perte de la langue maternelle comme langue d'usage. [retour au texte]

23 En 1971, 1,6 % des personnes de langue maternelle anglaise et 0,3 % des personnes de langue maternelle française utilisaient une langue autre que le français et l'anglais à la maison. [retour au texte]




4.

Les variables du modèle

Avant de présenter en détail les étapes nécessaires au suivi dans le temps des populations française, anglaise et autre de Montréal, tant de langue maternelle que de langue d'usage, nous avons rassemblé dans le tableau 1 toutes les variables et les symboles qui servent aux équations du modèle.

5.

Évolution de la population de langue maternelle française, anglaise et autre

La population de départ est la population de la région métropolitaine de Montréal selon le sexe, l'âge (par année d'âge) et la langue maternelle (française, anglaise et autre) au 1er juin 1971.

A. Calcul des survivants de plus d'un an

La population Pi de langue maternelle i, d'âge x-1 au 1er juin t-1, soit x-1 Pi (t-1), multipliée par la probabilité annuelle de survie (S) à l'âge x-1, selon la table de mortalité utilisée pour l'année t-1, donne la population survivante à l'âge x de l'année suivante selon la formule :

xPi (t) = x-1 Pi (t-1). x-1 S (t-1)

Une même table de mortalité s'applique aux trois groupes linguistiques par suite de notre décision de ne pas tenir compte de la mortalité différentielle.

B. Le solde migratoire pour les plus d'un an

Les migrants, selon qu'ils viennent du reste de la province, des autres provinces canadiennes ou de l'étranger ou au contraire selon qu'ils partent vers ces trois régions, présentent des caractéristiques linguistiques bien différentes. En effet, si la majorité des migrations entre Montréal et la province sont le fait de francophones, il n'en va pas de même pour les autres mouvements migratoires.


TABLEAU 1
Identification des variables du modèle


Pour tenir compte de ces différentes structures linguistiques des mouvements migratoires, nous avons construit un modèle qui permet d'inclure des hypothèses sur le nombre total annuel des entrées et des sorties tant intraprovinciales qu'interprovinciales et internationales par langue maternelle (française, anglaise, autre). Ces différents types de migrations sont répartis ensuite selon une structure par âge et sexe qui leur est propre et que l'on suppose constante dans le temps, ce qui nous permet d'obtenir un solde migratoire total par âge et sexe pour chacun des trois groupes linguistiques. Il faut souligner toutefois que, pour chaque mouvement migratoire, la structure par âge et sexe n'est pas différenciée selon la langue.

Le fait de pouvoir inclure séparément dans le modèle chacune des catégories des mouvements migratoires permet de dégager, par le jeu de plusieurs simulations, l'impact possible de chacun de ces mouvements dans la croissance des populations étudiées. C'est ainsi qu'il est possible d'extraire du modèle, pour les besoins spécifiques du ministère de l'Immigration du Québec, l'effet possible d'un changement du volume ou de la composition linguistique des entrées internationales sur la population montréalaise.

Une fois calculés les survivants et le solde migratoire par sexe et année d'âge pour chacun des groupes linguistiques (langue maternelle), il suffit de les additionner pour obtenir la population âgée de plus d'un an, par sexe et âge, au 1er juin de l'année t, selon la formule :

xPi (t) = x-1 Pi (t-1). x-1 S (t-1) + xM i (t)

xMi (t)= (xli.1 + xli.2 + x11.3) - (xEi.1 + xEi.2 + xEi.3)

C. Calcul des moins d'un an

Cette équation générale s'applique de façon immédiate à tout âge, c'est-à-dire quel que soit x, sauf pour x = 0. En effet, pour prévoir l'effectif de la population de langue maternelle i, de moins d'un an au 1er juin de l'année t, il faut d'abord prévoir le nombre de naissances (Ni) survenues entre le 1er juin de l'année t-1 et le 1er juin de l'année t.

C.1 Calcul des naissances

Deux postulats ont servi de base aux calculs des naissances :

  1. La langue d'usage de la mère détermine la langue maternelle de sa descendance.

    En effet, dans le cas où la langue d'usage d'une femme est différente de sa langue maternelle, il est fort probable que cette descendance aura comme langue maternelle la langue qu'elle parle le plus souvent à la maison.

    Ce phénomène, dont on ne peut tenir compte que depuis 1971, puisque la spécification de la langue n'apparaît que depuis le recensement de 1971, donne à notre modèle un caractère original, puisqu'à notre connaissance aucune projection publiée jusqu'ici n'a tenu compte de l'effet de cette mobilité linguistique sur les générations25. Ce phénomène constitue la mobilité linguistique inter-génération.

  2. Les femmes conservent, face à la fécondité, le comportement de leur groupe linguistique d'origine (langue maternelle). Nous avons dû faire cette hypothèse, faute de données sur la fécondité des femmes selon leur langue d'usage. Une telle hypothèse suppose que le transfert linguistique d'une femme n'influence pas son comportement face à la fécondité. Il nous paraît plausible en effet qu'une femme de langue maternelle italienne mais de langue d'usage anglaise ait une fécondité plus proche du groupe italien que du groupe anglais, sans toutefois être exactement identique.

    Une fois ces deux postulats posés, nous calculons les naissances de la façon suivante :

C.2 Calcul des naissances : langue maternelle


Calcul des naissances : langue maternelle



25 H. Charbonneau et R. Maheu, dans le cadre des études de la Commission Gendron, ont tenu compte de la mobilité linguistique inter-génération à partir des concepts d'origine ethnique et de langue maternelle, comme ils ne disposaient pas, à l'époque, de données sur la langue d'usage. [retour au texte]




  • x-1V1 (t-1)= le taux de fécondité de la population féminine de langue maternelle française x-1, au 1er juin de l'année t-1.

  • x-1F1 (t-1). x-1 C1(t-1) = l'effectif de la population féminine d'âge x-1, de langue maternelle française, qui a conservé le français comme langue d'usage au 1er juin de l'année t-1; F1 représentant la population féminine de langue maternelle française et C1 la proportion de celle-ci qui a conservé le français comme langue d'usage.

  • xF1(t) . xC1(t) = l'effectif de la population féminine d'âge x de langue maternelle française qui a conservé le français comme langue d'usage, au 1er juin de l'année t.

  • x-1V2 (t-1) = le taux de fécondité de la population féminine de langue maternelle anglaise d'âge x-1, au 1er juin de l'année t-1.

  • x-1F2 (t-1) . x-11-C2 (t-1) = l'effectif de la population féminine d'âge x-1, de langue maternelle anglaise et de langue d'usage française, au 1er juin de l'année t-1; F2 représentant la population féminine de langue maternelle anglaise et (1-C2) étant la proportion de celle-ci ayant adopté le français comme langue d'usage.

  • xF2(t). x1-C2(t)=l'effectif de la population féminine d'âge x, de langue maternelle anglaise et de langue d'usage française, au 1er juin de l'année t.

  • x-1V3 (t-1) = le taux de fécondité de la population féminine de langue maternelle « autre », d'âge x-1, au 1er juin de l'année t-1.

  • x-1F3 (t-1) . x-1C3.1 (t-1) = l'effectif de la population féminine d'âge x-1 de langue maternelle « autre » et de langue d'usage française, au 1er juin de l'année t-1; F3 représentant la population féminine de langue maternelle autre et C3.1 la proportion de celle-ci ayant adopté le français comme langue d'usage.

  • xF3(t) . xC3.1 (t) = l'effectif de la population féminine d'âge x, de langue maternelle « autre » et de langue d'usage française, au 1er juin de l'année t.

C.3 Calcul des naissances : langue maternelle anglaise

Les calculs pour obtenir les naissances de langue maternelle anglaise sont similaires à ceux que nous venons d'exposer pour les naissances de langue maternelle française.

Les naissances de langue maternelle anglaise d'une année donnée N2(t-1,t) s'obtiennent en appliquant tout d'abord les taux de fécondité des femmes de langue maternelle anglaise (V2) à l'effectif moyen des femmes de langue maternelle anglaise (F2) et de langue d'usage anglaise (C2) de l'année, puis les taux de fécondité des femmes de langue maternelle française (V1) à l'effectif moyen des femmes de langue maternelle française (F1) mais de langue d'usage anglaise (1-C1), enfin les taux de fécondité des femmes de langue maternelle « autre » (V3) à l'effectif moyen des femmes de langue maternelle autre (F3) mais de langue d'usage anglaise (C3.2), selon la formule :


Calcul des naissances : langue maternelle anglaise


C.4 Calcul des naissances: langue maternelle autre que française et anglaise

Les naissances de la population de langue maternelle « autre » sont calculées uniquement à partir des femmes de langue maternelle et de langue d'usage « autre ». Ceci découle de notre décision d'empêcher les populations de langue maternelle française et anglaise d'effectuer un transfert linguistique vers une langue d'usage autre que le français et l'anglais. Les naissances pour le tiers groupe se calculent donc d'après la formule abrégée suivante :


Calcul des naissances : langue maternelle autre que française et anglaise


  • x-1V3 (t-1) = le taux de fécondité de la population féminine de langue maternelle « autre », d'âge x-1 au 1er juin de l'année t-1.

  • x-1F3 (t-1) . x-1C3 (t-1) = l'effectif de la population féminine d'âge x-1, de langue maternelle et de langue d'usage « autre », au 1er juin de l'année t-1.

  • xF3 (t) . xC3 (t) = l'effectif de la population féminine d'âge x, de langue maternelle et de langue d'usage « autre » au 1er juin de l'année t.

C.5 Répartition des naissances par sexe

Le nombre prévu des naissances doit être ensuite réparti selon le sexe. Nous avons adopté un pourcentage de naissances masculines égal à 51,4 %, qui correspond à la norme généralement admise en la matière.

C.6 Population totale des moins d'un an par langue maternelle

Pour obtenir le nombre d'enfants de moins d'un an au temps t par sexe et langue maternelle, il suffit d'appliquer aux naissances féminines et masculines une probabilité de survie entre la naissance et le premier anniversaire de même qu'un solde migratoire.

D. Population totale

La population totale selon le sexe, l'âge et la langue maternelle au 1 er juin de l'année t s'obtient en ajoutant, à l'effectif de moins d'un an, l'effectif de plus d'un an obtenu aux étapes précédentes.

6.

Évolution de la population de langue d'usage française, anglaise et autre27

Une fois connues les populations de langue maternelle française, anglaise et autre au temps t, il est possible de calculer les populations de langue d'usage au temps t en appliquant aux populations de langue maternelle des taux de conservation ou de perte de la langue maternelle du moment.

Le taux de conservation à l'âge x et au temps t d'une langue maternelle donnée se définit comme étant la proportion de cette population d'âge x qui a conservé sa langue maternelle comme langue d'usage au 1er juin de l'année t.

Les taux de transferts linguistiques étant le complément du taux de conservation, ils représentent les proportions de la population ayant adopté une langue d'usage autre que leur langue maternelle.




27 Les populations selon la langue d'usage ont été caractérisées de la façon suivante : P4 concerne la population francophone, P5 anglophone et P6 allophone. [retour au texte]




Nous obtenons la population de langue d'usage française d'âge x au temps t selon la formule suivante :

xP4(t)=[xP1(t).xC1(t)]-[xP2(t).x1 -C2(t)]-[xP3(t). xC3.1(t)]

ou :
  • xP4 (t) = l'effectif de la population de langue d'usage française d'âge x au temps t.

  • xP1 (t) = l'effectif de la population de langue maternelle française d'âge x au 1er juin de l'année t.

    • xC1 (t) = le taux de conservation du français comme langue d'usage à l'âge x, au 1er juin de l'année t.

  • xP2 (t) = l'effectif de la population de langue maternelle anglaise d'âge x au 1er juin de l'année t.

  • x1-C2 (t) = le taux de transfert de l'anglais au français à l'âge x, au 1er juin de l'année t.

  • xP3 (t) = l'effectif de la population de langue maternelle autre que française et anglaise d'âge x au 1er juin de l'année t.

  • xC3.1 (t) = le taux de transfert de la population de langue maternelle « autre » au français à l'âge x, au 1er juin de l'année t.

On calcule la population de langue d'usage anglaise (P5) selon les mêmes principes utilisés pour la population de langue d'usage française.

L'équation mathématique prend la forme suivante en ce qui concerne le calcul de l'effectif de la population de langue d'usage anglaise d'âge x au temps t :

xP5(t)=[xP2(t).xC2(t)]+[xP1(t).x1-C1(t)]+[xP3(t).xC3.2(t)]

Quant à la population de langue d'usage « autre » (P6), son calcul se limite à l'équation suivante :

  • xP6(t)=[xP3(t).xC3(t)]


CONCLUSION

Tous les facteurs de la croissance des populations linguistiques ont été distingués dans le modèle. C'est ainsi, par exemple, qu'il retient non pas des soldes migratoires pour chaque groupe linguistique mais les entrées et les sorties des différents types de migration, ce qui le rend particulièrement souple et permet d'étendre son utilisation à d'autres fins que l'étude actuelle. Ce modèle permet en effet de mesurer, par le jeu de plusieurs simulations, les effets, d'ici 2001, d'un changement d'un des facteurs de croissance chez les populations linguistiques ou chez l'une d'entre elles, non seulement sur la composition linguistique future de la population montréalaise, mais également sur son volume, son taux de croissance et sa structure par âge.






ANNEXE 2



Hypothèses retenues dans les différents scénarios





ANNEXE 3



Tableau-synthèse des résultats des six scénarios retenus





ANNEXE 4



Les milieux anglophones expriment l'opinion que le Québec connaîtra une très forte émigration au cours des prochaines années ce qui, lié à des arrivées peu nombreuses et à des transferts linguistiques fortement réduits, conduirait rapidement à la disparition du groupe anglophone au Québec.

C'est afin de voir les conséquences d'une telle situation que nous avons procédé à un scénario supplémentaire basé principalement sur les hypothèses suivantes :

  • Émigration interprovinciale annuelle des anglophones de 18 000 personnes;

  • immigration interprovinciale annuelle des anglophones de 5 000 personnes;

  • francisation de tous les immigrants internationaux allophones admis après 1977;

  • conservation de leur langue, comme langue d'usage par les immigrants internationaux de langue maternelle anglaise;

  • gel des transferts linguistiques, après 1977, pour les allophones qui résident actuellement à Montréal.

(Voir tableau ci-dessous pour une quantification exacte de chacun des phénomènes) :

RÉSULTATS


Sources Année Population selon la langue d'usage
(en milliers)

Française Anglaise Autre Total

Recensement 1971 1 819 683 241 2 743
66,3 24,9 8,8 100,0
Scénario 7 2001 2 604 527 194 3 325
78,3 15,9 5,8 100,0



Malgré l'exode massif des anglophones vers le reste du Canada, auquel s'ajoute le fait qu'ils soient privés de tout transfert linguistique des allophones après 1977 en leur faveur, ce n'est qu'en 1988, donc 10 ans après le début de ce flux migratoire, que les anglophones voient leur effectif diminuer à un niveau inférieur à celui de 1971.

En 2001, ils compteront près de 530 000 personnes, soit 16 % de la population de la région métropolitaine de Montréal.

Bref, l'extinction du groupe anglophone n'est pas pour demain, même si une émigration massive s'instaurait au cours des 23 prochaines années — hypothèse qui est, à notre avis, fort peu réaliste.


Hypothèses retenues dans le scénario 7


MOBILITÉ LINGUISTIQUE

Amélioration de la conservation du français comme langue d'usage chez les francophones. Stabilité au niveau de 1971 des transferts linguistiques des anglophones.

Gel des transferts après 1977 pour les allophones qui résident actuellement à Montréal et une intégration au groupe francophone de 100 % des immigrants allophones qui seront admis après 1977.




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