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LA SITUATION DÉMOLINGUISTIQUE AU QUÉBEC ET LA CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE

LA SITUATION DÉMOLINGUISTIQUE
AU QUÉBEC ET LA CHARTE
DE LA LANGUE FRANÇAISE

Textes colligés par
Michel Amyot





La langue et l'école
Essai de synthèse





Michel Amyot*

Service de la démographie scolaire
Ministère de l'Éducation



Texte déposé à l'Assemblée nationale par
le Dr Camille Laurin, ministre d'État au
Développement culturel, le 5 août 1977




* M. Amyot est maintenant à l'emploi du Conseil de la langue française [retour au texte]




INTRODUCTION

La langue d'enseignement et plus particulièrement les effets quantitatifs du chapitre VIII du projet de loi 101, ont occupé une place de premier rang dans le débat linguistique des derniers mois. De nombreux mémoires ont tenté de démontrer les effets négatifs de l'application de ces articles sur l'avenir du système scolaire anglophone au Québec. Les critiques des données et analyses des travaux rendus publics récemment, ont souvent été très négatives et à notre avis très incomplètes.

Il nous a paru nécessaire à ce moment-ci de la discussion de faire le point sur ce qui s'est dit et écrit sur ce sujet. Notre synthèse portera donc d'abord sur une présentation de l'évolution récente des clientèles scolaires selon la langue d'enseignement. Nous discuterons ensuite des prévisions de clientèles qui ont été préparées et des critiques qui ont été formulées à leur égard. Nous terminerons par une discussion de l'impact de l'immigration sur les clientèles scolaires et de la situation particulière de la région de l'Outaouais.

1. L'évolution récente des clientèles

La clientèle scolaire des écoles publiques de niveau primaire1 et secondaire du Québec a diminué de plus de 241 000 élèves (15,5 %) au cours des six dernières années (1971-72 à 1976-77 inclusivement). Cette diminution a été cependant beaucoup plus faible dans les classes anglaises (8,7 %) que dans les classes françaises (16,8 %) (tableau 1).

Au cours de cette même période, la proportion des élèves des classes anglaises, par rapport à la clientèle totale des écoles publiques du Québec, s'est accrue de 8 % passant de 15,5 % en 1971-72 à 16,8 % en 1976-77.

Les élèves qui fréquentent les classes anglaises ne sont pas tous de langue maternelle anglaise. En effet, encore en 1976-77, 33,4 % d'entre eux sont de langue maternelle autre que l'anglais (tableau 2). Cette proportion est beaucoup plus grande parmi la clientèle qui fréquente les commissions scolaires pour catholiques (48,2 %) que parmi celle inscrite dans les organismes pour protestants (21,6 %). Si on prend l'exemple de la Commission des écoles catholiques de Montréal (tableau 3), l'organisme catholique qui regroupe le plus d'élèves dans ses classes anglaises, 27,8 % seulement des élèves inscrits au réseau anglais étaient de langue maternelle anglaise en 1975. Par contre, 66,8 % de ces enfants ont déclaré parler l'anglais à la maison (langue d'usage).

Le réseau d'enseignement anglo-catholique de la C.E.C.M. à l'instar de celui des autres commissions scolaires pour catholiques, s'adresse donc à fort peu d'anglophones de souche.




1 Y compris la maternelle, mais non la prématernelle. [retour au texte]




TABLEAU 1
Évolution de la clientèle scolaire de 1971-72 à 1976-77, selon la langue d'enseignement, le niveau d'enseignement : réseau public, confessionnalités catholique et protestante (total), ensemble du Québec


TABLEAU 2
Répartition de la clientèle scolaire des écoles anglaises selon la confessionnalité et la langue maternelle, Québec, 1972-73, 1973-74 et 1976-77, réseau public


TABLEAU 3
Inscription à la CECM en 1975 selon la langue


2. Les prévisions de clientèle

Nous avons tenté de quantifier, dans la mesure du possible, c'est-à-dire en fonction de la disponibilité des données statistiques et de la vraisemblance des hypothèses, les effets que pourrait avoir l'utilisation de différents critères d'admissibilité à l'école anglaise sur l'évolution de la clientèle scolaire qui reçoit son enseignement en anglais. Nous avons retenu cinq scénarios :

  1. Maintien de la Loi 22 (connaissance suffisante de la langue anglaise).

  2. Libre choix de la langue d'enseignement.

  3. Application intégrale du projet de Loi 101.

  4. Option Canada (peuvent accéder à l'école anglaise les enfants dont l'un des parents a étudié en anglais à l'élémentaire au Canada).

  5. Option langue maternelle anglaise.

Pour chacun des ces scénarios nous avons fait deux hypothèses :

  • l'une est fondée sur une prévision de clientèle en fonction des données de 1975-76, (hypothèse I)2;

  • l'autre a été préparée à partir des statistiques scolaires de 1976-77 (hypothèse II)3.




2 Document déposé à l'Assemblée nationale le 5 juillet 1977. [retour au texte]

3 Étude effectuée par Claude St-Germain et Antonio Bisson et terminée le 15 juillet 1977. [retour au texte]




Le même modèle de prévisions a été retenu dans les deux cas.

Les résultats prévus pour l'année scolaire 1986-87 sont les suivants :

Les résultats prévus pour l'année scolaire 1986-87


L'hypothèse Il devrait être considérée comme une hypothèse faible. En effet, les taux de passage des anglophones prévus au scénario de la Loi 22 sont très influencés par ceux observés au cours de la dernière période, soit 1975-76/1976-77. Or, nous croyons que ces taux, plus faibles que ceux des dernières années, proviennent d'une situation qui, au cours des années à venir, aurait pu se modifier au profit de l'école anglaise, si la Loi 22 était demeurée en application. En effet, la réussite et/ou le nombre de postulants aux tests linguistiques auraient pu s'accroître, dans la mesure où les parents des postulants auraient pu tenter de. mieux préparer leurs enfants à ces tests — par exemple par la mise en place de prématernelles privées de langue anglaise. Par ailleurs. on a tout lieu de croire que le nombre d'entrées prévues à la maternelle est sous-estimé, les prévisions de naissance retenues étant trop faibles d'environ 5 % lorsqu'on les compare à la réalité de 1975 et 1976.

3. Évolution prévue des clientèles suivant les différents scénarios

En septembre 1976, la clientèle des écoles anglaises publiques s'élevait à 221 285 (excluant les élèves de la prématernelle). Si la Loi 22 était maintenue, il était à prévoir que cet effectif pouvait varier entre 194 500 et 179 700 élèves en 1986-87. Par contre, si le projet de Loi 101 s'appliquait d'ici là, la même clientèle pourrait osciller de 146 700 à 130 500.

Le tableau 4 donne la diminution en nombre absolu et en nombre relatif, par rapport à 1976-77, des clientèles des classes françaises et anglaises selon chacun des scénarios et les deux hypothèses.


TABLEAU 4
Diminution par rapport à 1976-77 des clientèles selon chaque scénario et les hypothèses I et II


Il faut bien souligner que la diminution de la clientèle des classes anglaises n'est pas due uniquement aux restrictions touchant l'accès à l'école anglaise. Une partie de cette baisse provient, en effet, de la chute de fécondité qu'ont connue tous les groupes linguistiques du Québec. Seul le libre choix de la langue d'enseignement permettrait aux anglophones de contrecarrer les effets de la baisse de la fécondité, et ce dans nos deux hypothèses. Par contre, si notre hypothèse II se révélait plus près de la réalité que notre hypothèse I, les écoles anglaises regrouperaient un peu plus de 12 % des effectifs scolaires du réseau public québécois en 1986-87. Par ailleurs, les scénarios « langue maternelle anglaise » et « option Canada » permettraient une très légère croissance de la fraction de la population qui étudie en français.

4.

Réflexion sur les critiques formulées à l'endroit des études de démographie scolaire

Une des objections les plus soulevées par les opposants aux critères d'admissibilité à l'école anglaise retenus par le projet de Loi 101 est celle de la très forte diminution prévue des effectifs des classes anglaises au cours des prochaines années.

Cette objection est partiellement vraie. Il faut préciser davantage, cependant, les causes de cette baisse éventuelle de clientèle et prendre conscience de ce que le réseau anglais a connu, depuis le début des années 70, une très faible baisse de sa clientèle comparativement au réseau français. Une des causes importantes de cette diminution prochaine des clientèles des classes anglaises provient des effets de la diminution de la fécondité que connaît le Québec depuis la fin des années cinquante. Une seconde cause provient du retrait de ces classes, des 90 % d'enfants allophones, enfants qui à l'avenir seront orientés vers les classes françaises et qui ne pourront plus contre-balancer de ce fait les pertes dues à la baisse de la fécondité. Enfin, en troisième lieu, ont peut indiquer comme une autre cause de diminution l'inscription à l'école française des immigrants anglophones. Une réserve assez importante doit être faite : la possibilité demeure, pour ces derniers enfants, d'étudier en anglais si leurs parents résident au Québec pour une période de temps limitée.

Compte tenu des données sur la migration interprovinciale — différence de 1 à 2 entre celles qui proviennent du recensement et celles tirées du fichier des allocations familiales —, il y a tout lieu de croire que ce phénomène pourra être assez important et toucher quelques milliers d'enfants chaque année. En fait, seul le libre choix de la langue d'enseignement pourrait contrer cette tendance à la baisse. C'est à peu près ce qui s'est produit au cours du premier lustre des années soixante-dix, alors que les écoles anglaises n'ont perdu que 10 000 élèves, soit moins de 5 % pour cinq ans, pendant que les classes françaises subissaient une diminution de 175 000 élèves, soit plus de 13 %. Cette moindre diminution des effectifs des classes anglaises a été possible, répétons-le, uniquement grâce à l'intégration dans ces écoles de plus de 90 % des immigrants allophones. Aujourd'hui, on semble oublier de considérer que la part relative du réseau anglophone atteint près de 17 % de la clientèle scolaire totale, soit plus que ne représentent, dans la population québécoise, les anglophones de langue maternelle (13,1 %) ou les anglo-saxons (10 %) d'origine (c'est-à-dire Britanniques, Écossais, Irlandais, Américains, etc.). Une baisse de 30 à 40 % des effectifs des classes anglaises au cours des 10 prochaines années ne peut donc pas être considérée comme dramatique, puisqu'elle correspond à peu de chose près à l'importance relative des non-anglophones actuellement inscrits dans les écoles anglaises.

Un coup d'oeil régional permet de saisir la disparité dans l'évolution des clientèles au cours des dernières années et l'importance des non-anglophones dans le réseau scolaire anglais. (Tableau 5)


TABLEAU 5
Évolution des clientèles selon la langue d'enseignement et importance des non-francophones dans les écoles anglaises


Dans l'île de Montréal, la situation n'est pas différente ainsi que nous le fait voir le tableau 6.


TABLEAU 6
Évolution des clientèles selon la langue d'enseignement dans les commissions scolaires de l'île de Montréal


Est-il besoin de dire que cette très faible diminution de la clientèle des classes anglaises s'est faite à une époque où le Québec faisait face à une de ses pires périodes migratoires : une migration nette (internationale et interprovinciale) négative au cours des premières années de cette période et une migration interprovinciale négative tout au long de ces cinq années.

5. L'immigration et la clientèle scolaire

Une mise au point importante doit être faite au point de départ : ce n'est pas parce que le solde migratoire du Québec est négatif que l'immigration a peu d'impact sur l'accroissement et la composition de la population. C'est oublier un peu rapidement que des immigrants qui s'installaient ici ont eu des enfants et que ces enfants se sont intégrés, plus encore que leurs parents, à la communauté anglophone.

C'est oublier que malgré la migration nette négative, 36 % de la population de la région métropolitaine de Montréal se composait en 1971 d'immigrants ou de fils d'immigrants. C'est oublier également que si le Québec veut conserver un taux d'accroissement annuel de près de 1 %, il devra faire appel à un nombre croissant d'immigrants, étant donné que l'accroissement naturel diminuera tout au long des années 80 et qu'il est pour le moins téméraire de croire qu'on pourra mettre en place des politiques natalistes dont les effets seront significatifs4. Bref, l'immigration a été et sera, de plus en plus, une variable importante dans la croissance de la population québécoise.

Interdire l'école anglaise aux immigrants anglophones serait une mesure qui toucherait fort peu d'enfants, dit-on. « Sur chaque tranche de 10 000 enfants considérés comme fréquentant tous l'école québécoise au cours d'une année, il y aurait un maximum de 55 enfants arrivés au Québec dans l'année et qui ne parlent que l'anglais »5. Merveilleux indice pour tenter de diminuer l'importance du nombre absolu. En effet, compte tenu qu'il y a plus de 130 tranches de 10 000 enfants dans la population scolaire québécoise des écoles publiques (1 315 000 élèves en septembre 1976), c'est plus de 7 000 enfants qui seraient ainsi acheminés chaque année vers l'école anglaise. Il s'agit là, bien sûr, de données cumulatives desquelles doivent être soustraits ceux qui parmi ces immigrants, émigrent. Ce n'est donc pas un nombre négligeable d'enfants qui est en cause. Faut-il rappeler que même si « 509 094 anglais sont sortis du Québec entre 1961 et 1976 et qu'il y a eu un appauvrissement de la communauté anglophone de près de 200 000 personnes au cours de cette période »6, la clientèle scolaire des classes anglaises n'en a été que fort peu affectée. En effet, entre le 30 septembre 1970 et le 30 septembre 1976, les écoles publiques anglaises ont vu leur clientèle diminuer de 9 % (-21 880) alors que la clientèle des écoles françaises baissait de 17,3 % (-228 548).




4 En 1975 le taux d'accroissement annuel de la population québécoise a été estimé à 0,62 %; Bureau de la statistique du Québec, Service de la démographie et du recensement. [retour au texte]

5 Raynauld, André, Discours de 2e lecture, projet de loi 101, 2 août 1977. [retour au texte]

6 À notre avis ces estimations sont très fortes. En effet, on a appliqué la structure linguistique des migrants de 1966-71 à tous les migrants de la période 1961-76. Les résultats nous apparaissent pour le moins fragiles compte tenu, d'une part, que cette structure linguistique a probablement été différente entre 1961 et 1966; — de 1961 à 1971 la migration nette totale a été favorable aux anglophones et défavorable aux francophones — et, d'autre part, que la communauté anglophone ne comptait qu'environ 700 000 personnes en 1961 et que celle-ci s'est accrue entre 1961 et 1971 de 90 000 personnes. [retour au texte]




6. La situation particulière de la région de l'Outaouais

« De toutes les régions du Québec, c'est l'Outaouais qui connaît actuellement l'anglicisation la plus grave et qui, de par sa situation géographique particulière, subira toujours la pression anglicisante la plus forte dans l'avenir »7.

6.1 Les données globales en 1971

Il y a à Hull une forte majorité de francophones, de 83 %, contre une minorité d'anglophones de 15 %. Pourtant, dans les transferts linguistiques, les francophones perdent 2 080 locuteurs « nets » alors que les anglophones font des gains de 3 325 locuteurs ce qui fait une augmentation de 15 % par rapport à leur effectif initial (3 325 /22 745= 0,146).


TABLEAU 7
Transferts linguistiques dans la région de Hull, 1971-76


Le taux d'anglicisation — de transferts linguistiques — chez les jeunes adultes de la région de Hull s'élève à 5 % de la population de langue maternelle française. Dans certaines municipalités, il est cependant beaucoup plus élevé8 :

Hull 6 % Aylmer 21 %
Gatineau 6 % Lucerne 26 %
Touraine 9 %



7 Mémoire du Conseil régional de la culture de l'Outaouais à la Commission parlementaire pour l'étude du projet de Loi 1, page 1. [retour au texte]

8 Castonguay, Charles, L'évolution de la situation linguistique dans l'Outaouais, 1974. [retour au texte]




6.2 La connaissance des langues en 1971

On remarque parmi la population de l'Outaouais une forte proportion d'unilingues anglais, 11 %. Si on rapporte ces unilingues aux non-francophones, on remarque que 62 % de ces derniers ne parlent pas le français. D'autre part, les mêmes sources de renseignements permettent d'estimer que la moitié (51 %) des francophones sont bilingues et que les trois quarts de la population masculine d'âge actif (20-65 ans) est bilingue. Cependant, il y a quand même, pour ces groupes d'âges, de 8 à 12 % d'unilingues anglais.


TABLEAU 8
Connaissance des langues officielles dans la région de Hull, 1971


6.3 L'évolution passée et future de la population

Il y a eu une croissance fort importante de la population depuis 1961 (52,4 %) :

Recensement Population Augmentation
19619 112 824
19669 130 387 1961-66 15,6 %
19719 149 265 1966-71 14,5 %
197110 145 693
1976 171 947 1971-76 18,0 %

Parallèlement, il y a eu une diminution nette de la part des francophones dans 7 municipalités de la région de Hull11, et ce depuis 1951 :

1951 86,1 %
1961 84,5 %
1971 80,2 %



9 D'après la superficie de 1971. Source : OPDQ, 1976 — p. 26 Recensement de 1976 [retour au texte]

10 D'après la superficie de 1976. Source : OPDQ, 1976 — p. 26 Recensement de 1976 [retour au texte]

11 Ces municipalités représentent 82 % de la population totale de la région métropolitaine en 1971. On doit emprunter cette évolution à ces municipalités car il n'y a pas de série chronologique pour la région métropolitaine. [retour au texte]




Cette tendance à la baisse de la proportion des francophones tire probablement sa source de l'intense mouvement migratoire qu'a connu cette région. Ainsi entre 1966 et 1971, 35 % des migrants provenaient de l'extérieur du Québec.


TABLEAU 9
Intensité des mouvements migratoires dans la région de Hull, 1966-71


Une étude de l'O.P.D.Q. révèle que cette situation a pu s'accentuer davantage depuis 1971 :

« Des enquêtes sommaires auprès des promoteurs immobiliers laissent croire que les anglophones constituent une forte majorité des nouveaux résidents dans l'agglomération de Hull et aussi bien à l'est qu'à l'ouest »12

Compte tenu du développement de la fonction publique fédérale du côté québécois, on prévoit que le nombre de fonctionnaires fédéraux s'élèvera à 30 000 en 1988 dont plus de 60 % seraient anglophones.

« La forte demande en habitation, qui n'est pas liée essentiellement au programme fédéral mais l'accompagne, entraînera, semble-t-il, une hausse marquée de la population anglophone et de sa part relative dans l'agglomération de Hull ».13

6.4 Les clientèles scolaires

Cette évolution différentielle de la population suivant les groupes linguistiques se répercute sur l'évolution des clientèles scolaires. Ainsi, entre 1972-73 et 1976-77, la clientèle scolaire des commissions scolaires de la région de l'Outaouais a connu une baisse de 5,9 %. Cependant, les classes anglaises ont vu leur clientèle croître de 3,6 % alors que les élèves des classes françaises diminuaient de 7,6 %.




12 O.P.D.Q., Région de l'Outaouais : état de la situation et perspectives d'aménagement et de développement, mars 1976, p. 98. [retour au texte]

13 Idem, pp. 5 et 15. [retour au texte]




Les données sur le lieu de naissance des élèves qui étudient en anglais permettent de voir la proportion grandissante de ceux qui sont nés hors du Québec, mais au Canada, et ce pour une période aussi courte que trois ans. Ces jeunes représentent en 1975-76 plus de 36 % des élèves qui étudient en anglais. Pour l'ensemble du Québec, ces jeunes ne représentent que 7,9 % des élèves des classes anglaises.

En fait, ces données sur le lieu de naissance nous permettent d'affirmer que la croissance des effectifs de langue anglaise provient presque essentiellement de l'augmentation du nombre d'élèves nés ailleurs au Canada. En effet, le nombre de ceux qui sont nés au Québec a diminué au cours des trois années comprises entre 1972-73 et 1975-76.

Bref, si la migration interprovinciale est négative pour l'ensemble du Québec, tel ne semble pas être le cas dans l'Outaouais, avec comme conséquence une croissance entre 1971 et 1976 de l'importance relative des clientèles qui étudient en anglais.






ANNEXE

Les calculs prévisionnels de clientèle

Plusieurs personnes ont cherché au cours du débat sur la Loi 101 à prévoir les effectifs futurs des écoles anglaises. Certains de ces travaux relèvent de la plus haute fantaisie et leurs résultats sont évidemment insoutenables. Ainsi, à partir de multiplications de toute une batterie de pourcentages, des gens en sont arrivés à affirmer que dans 15 ans la population anglophone serait ramenée à 24 ou 17 % de ses effectifs actuels. Ces auteurs ajoutent même qu'ils n'ont pas tenu compte de la dénatalité — heureusement! Dans d'autres cas, les méthodes utilisées semblent correctes, mais il ne fut pas tenu compte, dans le choix des hypothèses, d'un phénomène aussi important que celui des effets des transferts linguistiques sur la population née au Québec de langue maternelle « autre » mais de langue d'usage anglaise. N'oublions pas, par exemple, que 65 % des jeunes Italiens de 25 ans et moins qui ont effectué un transfert linguistique sont de langue maternelle italienne mais de langue d'usage anglaise; ne peut-on pas présumer que, pour une bonne part, ces jeunes ont étudié en anglais au Québec; que lorsqu'ils auront à identifier eux-mêmes leur langue maternelle au prochain recensement, ils répondront l'anglais? Une autre cause d'erreurs provient du fait que ces mêmes auteurs soustraient deux fois les émigrants de la population prévue : une fois par l'utilisation des taux de passage et une seconde fois par l'application d'un facteur de correction aux clientèles de la maternelle pour tenir compte de cette émigration. Enfin, il y a eu des prévisions préparées par ce qu'on a convenu d'appeler des « experts ». Nous ne désirons pas contester leurs prévisions, d'autant plus que les éléments nécessaires à la compréhension de leur travail n'ont pas été rendus publics.

Certains critiques s'étonnent qu'une prévision puisse surestimer de 7 100 élèves les inscriptions à l'école anglaise en 1976-77 et sous-estimer celles des écoles françaises de 8 500. On nous permettra de nous étonner que ces « experts » n'aient pas cherché à connaître l'importance relative de ces différences. Dans le premier cas, il s'agit d'une différence de 3,2 %, qui peut être ramenée à 2,5 % si l'on ajoute aux clientèles anglaises du 30 septembre les enfants qui n'ont pas été rapportés sur les formulaires statistiques, mais qui étaient présents à l'école anglaise, sans y être inscrits officiellement. Dans le cas des francophones la différence entre la prévision et la réalité est de 0,7 %. On a aussi laissé croire que le choix des taux de passage pour l'île de Montréal a entraîné une erreur dans la prévision des clientèles du réseau français et du réseau anglais. Bien sûr, les résultats de notre prévision ne sont pas parfaitement identiques à la réalité. Par contre, les différences sont beaucoup plus faibles qu'on ne le laisse entendre :

Français Anglais
Prévision Loi 22 181 101 131 781
Données 30 sept. 1976 181 696 127 899
Données corrigées 30 sept. 1976 181 696 128 899
Différence : nombre absolu 595 2 882 ou 3 882
% 0,3 % 2,2 % ou 2,9 %


Ces résultats démontrent deux choses :
  1. que, contrairement à ce que certaines critiques ont tenté de démontrer, nos prévisions des effets de la Loi 22 ne peuvent être qualifiées de déficientes;

  2. que ces prévisions ne sont pas celles d'une situation de « libre choix ».

En fait, quiconque a déjà manipulé des séries statistiques et plus particulièrement effectué des prévisions conviendra qu'il s'agit là de résultats très satisfaisants, surtout si l'on tient compte des problèmes que posait, pour la clientèle des classes anglaises, la prévision des effets de la Loi 22.

On a vu des « effets miraculeux » dans les prévisions déposées à l'Assemblée nationale le 5 juillet 1977. Cette interprétation des résultats de nos prévisions tient, à notre avis, à des calculs qui ont été effectués à la lumière d'informations déficientes sur la structure actuelle du système scolaire québécois. Les taux de passage utilisés pour prévoir la clientèle en 1986-87, n'ont pas une signification aussi simple que celle que leur accordent certains critiques. Par ailleurs, lorsqu'on prévoit la clientèle suivant la méthode des taux de passage il ne faut pas oublier que la scolarisation demeure incomplète à la maternelle — même pour le réseau des écoles anglaises — ni oublier l'importance du nombre des élèves de l'enfance en adaptation scolaire et plus particulièrement de ceux identifiés, dans le jargon quotidien, comme « dénombrement flottant ». Ces élèves, en 1976-77, représentent dans les classes anglaises, 48,2 % des enfants inscrits en enfance inadaptée. Si l'on tient compte de tous ces facteurs, il est impossible d'obtenir moins de 146 700 élèves dans les classes anglaises en 1986-87 selon le scénario de la Loi 101 du document du 5 juillet, et de conclure à un phénomène d'apparition de 4 000 anglophones au cours de la période étudiée. Nous nous étonnons qu'on ait pu négliger de s'informer adéquatement de l'organisation pédagogique du système scolaire québécois, avant d'élaborer de telles critiques.

Quant aux résultats des prévisions que nous présentent certains experts, nous devons formuler deux remarques additionnelles. Ces derniers sont très avares d'explications quant à la méthodologie utilisée et quant aux hypothèses retenues. Pourtant, il s'agit là d'éléments fondamentaux pour la compréhension de tout travail perspectif. On en serait donc réduit, dans certains cas, à manifester une foi aveugle envers ceux qui ont réalisé ces études.

Qu'en est-il de ces résultats? Sont-ils si différents de ceux présentés par les démographes du groupe de travail? Comparons d'abord avec les résultats du document publié le 5 juillet 1977. Nous reprendrons ensuite le tout, cette fois en utilisant les résultats de l'hypothèse faible — voir ci-dessus les résultats de l'hypothèse II — préparée par les démographes du groupe de travail. Cette hypothèse faible a été préparée à partir des données provisoires des clientèles scolaires de 1976-77, d'une révision des inscriptions prévues en maternelle et de précisions quant à la structure par âge des catégories de migrants impliquées dans nos calculs. Ce dernier élément a pu être amélioré grâce à l'expertise fournie par Marc Termote, démographe et directeur de recherche à l'I.N.R.S. Urbanisation. On doit mentionner, également, que pour des fins de cohérence, nous avons repris la prévision de clientèle des classes françaises.


TABLEAU I
Comparaison entre les résultats des prévisions du groupe de travail et ceux de Henripin et Lachapelle — 1986-87


On remarque que les plus grandes différences entre les prévisions du groupe de travail et celles de Henripin et Lachapelle touchent le scénario de la langue maternelle anglaise. Ces différences varient alors de 13,8 % à 24,5 %. Dans les deux cas, ce sont les prévisions des collaborateurs du Devoir qui sont les plus faibles. Compte tenu du préjugé favorable des auteurs pour cette option, compte tenu également qu'ils semblent négliger l'importance des transferts linguistiques des allophones vers la langue anglaise et des impacts que ces transferts ont et continueront d'avoir sur la détermination de la clientèle scolaire suivant la langue maternelle, compte tenu qu'ils n'ont pas cru bon de rendre publiques leurs hypothèses, nous sommes portés à croire que ces résultats sont très faibles, sinon trop faibles. Malgré tout, ces différences sont-elles si larges? Invalident-elles l'une ou l'autre des études?

En fait, étant donné l'effectif restreint de la population visée -221 300 en 1976-77 —, étant donné qu'il est pour le moins hasardeux de prévoir son comportement migratoire futur, que les enfants qui fréquenteront les classes du niveau élémentaire en 1986-87 ne sont pas tous nés et que les prévisions de naissances demeurent toujours incertaines, nous sommes très étonnés d'une part de l'étroitesse de la « fourchette » retenue par les deux démographes et d'autre part de leur empressement à condamner des résultats qui ne sont pas très éloignés des leurs. La « fourchette » obtenue par les auteurs est, en 1986-87, de 5,9 % pour le scénario de I.m.a. et de 5,7 % pour le scénario de la Loi 101. Cette précision dans les résultats nous étonne beaucoup. Elle nous surprend d'autant plus que lors de travaux antérieurs des prévisions, telles les prévisions de Légaré et Henripin faites en 1969, les auteurs avaient retenu une « fourchette » beaucoup plus large. Pourtant, la variable « langue » n'était pas incluse dans ces prévisions.

Bref, les critiques des prévisions du groupe de travail sont sans fondement. Compte tenu des quatre séries d'hypothèses présentées, on doit admettre qu'il n'y a pas de différence importante entre toutes ces prévisions de clientèle, surtout celles portant sur les effets de l'application des critères d'inscriptions à l'école anglaise contenus dans le projet de Loi 101. Cette clientèle devrait donc varier entre environ 130 000 et 147 000 élèves en 1986-87.




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