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LA SITUATION DE LA LANGUE FRANÇAISE EN COLOMBIE-BRITANNIQUE

LA SITUATION DE LA LANGUE FRANÇAISE EN COLOMBIE-BRITANNIQUE

Catherine Lengyel
Dominic Watson





Étude préparée pour
le Conseil de la langue française

Les membres du Conseil
de la langue française

Monsieur Michel PLOURDE, président
Monsieur Gérard LAPOINTE, secrétaire
Monsieur Henri ACOCA
Madame Louise DESCHÂTELETS
Monsieur Jean-Charles FALARDEAU
Madame Sheila Me LEOD ARNOPOULOS
Monsieur Jean-Marcel PAQUETTE
Monsieur Michel RIOUX
Madame Madeleine THIBAULT-BERTHIAUME
Monsieur Henri TREMBLAY
Monsieur Pierre VADEBONCOEUR






Cet ouvrage a été publié par
le service des communications
sous la direction de Léo Gagné

Collaboratrice :
Sylvie Dugas
Service des communications


© 1983 Éditeur officiel du Québec

Tous droits de traduction et d'adaptation,
en totalité ou en partie, réservés pour tous
les pays. Toute reproduction pour fins
commerciales, par procédé mécanique ou
électronique, y compris la microreproduction,
est interdite sans l'autorisation écrite
de l'Éditeur officiel du Québec.

Dépôt légal — 3trimestre 1983
Bibliothèque nationale du Québec

ISBN 2-551-05806-6






Table des matières




AVANT-PROPOS

INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER ÉVOLUTION DE LA FRANCOPHONIE EN COLOMBIE-BRITANNIQUE
1. Aperçu historique
2. Le présent
3. Une assimilation galopante
4. Et après?

CHAPITRE II LE STATUT JURIDIQUE DU FRANÇAIS EN COLOMBIE-BRITANNIQUE
1. Champ de compétence fédérale
a) La Loi sur les langues officielles
b) Impact de la Loi sur les langues officielles
c) Réajustements possibles
d) Impacts de la Loi constitutionnelle de 1982
2. Champ de compétence provinciale
a) Statut juridique des langues officielles
b) Quelques cas de jurisprudence
c) Nécessité des services provinciaux
3. Conclusion

CHAPITRE III LE STATUT DU FRANÇAIS DANS LE SYSTÈME D'ENSEIGNEMENT
1. Le programme-cadre de français
a) Aperçu historique
b) Implantation du programme-cadre de français
c) Réactions de la population franco-colombienne
d) Évolution du programme-cadre de français
e) Problèmes et revendications
f) Impact de l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés
2. Le programme d'immersion française
a) Description du programme
b) Réactions au programme d'immersion
c) Impact de l'immersion chez les francophones
3. Le programme traditionnel de français, langue seconde
Qualité du programme
4. Autres programmes d'enseignement du français
a) Les écoles francophones indépendantes
b) Les écoles du gouvernement fédéral
c) L'enseignement postsecondaire
5. Pourquoi cette évolution?

CHAPITRE IV L'ÉCONOMIE : UNE QUESTION D'ACTUALITÉ
1. Un portrait global
2. Le marché du travail
a) La fonction publique
b) L'agriculture et la pêche
c) Le secteur académique
d) Le secteur industriel et manufacturier
3. Le monde des finances
a) La caisse populaire de Maillardville
b) La caisse populaire Saint-Sacrement
c) Et le futur?
4. La petite entreprise
a) Le Soleil de Colombie
b) Librairies francophones
5. Un espace économique à inventer

CHAPITRE V LA QUALITÉ DU FRANÇAIS UTILISÉ EN COLOMBIE-BRITANNIQUE
1. Facteurs d'influence
2. L'anglicisation
3. Quelques caractéristiques

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE
GRAPHIQUE 1 : Colombie-Britannique
Pourcentage d'assimilation des francophones dans les régions urbaines et rurales, de 1941 à 1971


GRAPHIQUE 2 : Évolution du programme traditionnel de français, langue seconde, en Colombie-Britannique

GRAPHIQUE 3 : Pourcentage de francophones par secteur d'emploi en 1971






Avant-propos



Lorsqu'il est question des francophones hors Québec, il est plutôt rare que les provinces situées à l'ouest du Manitoba soient évoquées. Pourtant, là aussi des francophones ont été parmi les premiers à explorer le pays et, ensuite, à le coloniser. Si, en effet, les francophones de l'Ouest sont peu connus aujourd'hui, c'est en partie du fait que, malgré leur rôle majeur dans l'établissement de la Colombie-Britannique, des faits historiques et des réalités démographiques rendent leur situation culturelle et linguistique très discrète dans cette province de la côte du Pacifique. Toutefois, ils ont traversé les décennies et sont bien là formant une communauté vivante qui fait la distinction principale entre l'Ouest canadien et l'Ouest des États-Unis.

Dans cette étude sur la situation de la langue française en Colombie-Britannique, on retrace tout d'abord l'histoire du peuple francophone établi à l'ouest des Rocheuses. On rappelle, notamment, que « les premiers à labourer le fertile delta du Fraser ou à planter le premier verger dans la riche vallée fruitière de l'Okanagan, ces pionniers formaient à l'époque un groupe nombreux et homogène représentant 60 % de la population en Colombie-Britannique vers les années 1850 ».

Après avoir décrit le phénomène de l'assimilation constante des francophones de la Colombie-Britannique, on passe à l'examen détaillé du statut juridique de la langue française tant au niveau fédéral que provincial. Ensuite, dans un chapitre sur l'enseignement, on analyse en profondeur le programme-cadre de français, les programmes d'immersion ainsi que d'autres aspects de cette question cruciale. Enfin, un chapitre sur la situation économique des francophones complète ce portrait d'actualité qui constitue un document précieux pour tous ceux qui s'intéressent à la question linguistique au Canada.

Pour effectuer cette étude, le Conseil de la langue française a fait appel aux services de deux personnes bien au fait du problème linguistique en Colombie-Britannique. Catherine Lengyel, qui est psychologue de formation, s'est spécialisée dans l'évaluation du programme d'immersion. Ses travaux dans ce domaine l'ont amenée à s'intéresser à la situation d'ensemble des francophones dans cette province et à travailler activement au sein de la Fédération des Franco-Colombiens. Dominic Watson, pour sa part, est conseiller économique dans les secteurs privé et public de la Colombie-Britannique. Ses connaissances dans ce domaine ont grandement aidé à la réalisation de la présente étude.



La Direction des affaires juridiques





Introduction



« Le langage est un phénomène auquel on ne ferait pas justice si on en limitait la portée au seul aspect fonctionnel de communications interpersonnelles. En plus d'être un outil de communication, fonction première, la langue est un signe d'appartenance, un outil d'identification. Par leur langue, les êtres humains se parlent, se reconnaissent, se distinguent [...] Il se trouve que certaines sociétés veulent protéger, pérenniser cet outil. Si ces sociétés prennent la peine, à notre époque, de protéger leur langue contre des influences dominantes externes, il y a fort à parier que la langue à défendre représente bien plus qu'un code de communication1... »



Michel SPARER
Conseil de la langue française


Bien plus qu'une volonté gouvernementale, la survie d'une langue représente le désir d'identification d'un peuple. La force de la langue française au Québec en est un exemple.

Cependant, l'existence du fait français n'est pas limitée aux frontières de la province de Québec. Tel que reconnu par le gouvernement canadien, le français et l'anglais sont les deux langues officielles du pays. Il existe des communautés de langue française parsemées à travers le pays.

Même au-delà des Rocheuses, à l'intérieur de cette terre installée entre montagnes et océan, là-bas sur la côte du Pacifique, nous parlons aussi et toujours d'un fait français. Sa voix est peut-être faible, son existence méconnue ..., néanmoins, pour ceux qui vivent sa réalité, elle existe vraiment.

La situation de la langue française en Colombie-Britannique est précaire, il faut bien l'admettre. Son existence continue, en point d'interrogation. Supportée par une volonté fédérale et par des structures administratives, sa raison d'être apparaît parfois artificielle. D'autres fois, la volonté d'un peuple qui tente de se définir justifie l'espoir et l'effort qui lui sont consacrés. Une seule chose semble être certaine : en Colombie-Britannique, le français est une question de coeur et d'esprit.




1 Citation tirée de la préface de l'ouvrage de MRichard GRAU, Le statut juridique de la langue française en France, Québec, Gouvernement du Québec, Conseil de la langue francaise, Collection « Documentation », no 8, 1981, p. 9. [retour au texte]




CHAPITRE PREMIER

Évolution de la francophonie
en Colombie-Britannique






1. APERÇU HISTORIQUE

Bien que l'histoire n'en parle que très peu — si encore elle en parle —, la contribution canadienne-française en Colombie-Britannique fut des plus importantes au début de la colonisation de la province. Avec les grands explorateurs vinrent les voyageurs, ouvrant la route vers l'Ouest, défrichant et peuplant ces nouvelles terres.

Les premières équipes de pionniers « bourgeois » écossais et « voyageurs » canadiens-français arrivèrent en 1793. Les Écossais qui avaient mission d'étendre l'empire de la Compagnie du Nord-Ouest possédaient le courage nécessaire et l'esprit d'aventure qui rejettent d'avance tous les risques. Les voyageurs, cette armée de jeunes Canadiens français, étaient réconciliés avec une nature encore maîtresse des hommes et, grâce à une tradition déjà vieille de 200 ans, rompus au métier d'hommes des bois, à la science de la vie en forêt et aux grands portages (R. Paquette, février 1967). On retrouvait d'ailleurs la même mise en scène pour chacune des grandes expéditions : le bourgeois écossais accompagné d'un lieutenant; six, douze ou vingt voyageurs canadiens-français, dépendant du nombre de canots; un ou deux Indiens comme guides ou interprètes.

Ces voyageurs et explorateurs furent, par la suite, les premiers blancs à travailler et à vivre en Colombie-Britannique, s'implantant de façon permanente à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle.

En effet, c'est en partie grâce aux Canadiens français que furent fondés, jusqu'à la fin du XIXe siècle, tous les forts, villes et villages de la Colombie-Britannique. Les premiers à labourer le fertile delta du Fraser ou à planter le premier verger dans la riche vallée fruitière de l'Okanagan, ces pionniers formaient à l'époque un groupe nombreux et homogène représentant 60 % de la population en Colombie-Britannique, vers les années 1850 (F.F.C., Les héritiers de Lord Durham, 1977).

Une autre influence francophone se fit sentir avec l'arrivée des missionnaires catholiques, qui apparurent sur la scène dès 1840. Entre autres, les Sœurs de Sainte-Anne contribuèrent considérablement à la mise sur pied d'un système d'enseignement primaire et secondaire catholique ainsi qu'à la fondation des premiers hôpitaux de la province, particulièrement ceux des centres importants, tels que Victoria et Vancouver.

Avec la ruée vers l'or et l'immigration galopante provenant des îles Britanniques et des États-Unis, vers la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, la communauté franco-colombienne se retrouva noyée et dispersée, rapidement dominée par une population majoritaire de langue anglaise.

La province a cependant compté, et compte encore, quelques regroupements francophones — regroupements liés à l'attrait de l'industrie du bois : à Port Alberni sur l'île de Vancouver, dans les Kootenays et, plus particulièrement, à Maillardville, près de Vancouver.

L'histoire de Maillardville devient rapidement une histoire du passé, elle aussi, mais son nom surgit avec fierté lorsqu'il est question des francophones en Colombie-Britannique, et elle représente une des particularités de l'histoire française de cette province.

En 1909, la scierie McLaren et Ross, de New Westminster, envoya deux curés francophones au Québec, afin de recruter de la main-d'œuvre canadienne-française, reconnue pour son habileté dans le domaine du bois. Attirées par des salaires plus élevés, un travail dans la scierie assuré à longueur d'année et la promesse de terrains, matériaux, école et église fournis par la compagnie, quelque 40 familles vinrent s'installer aux alentours de la scierie, dans la communauté connue plus tard sous le nom de Maillardville. Ce premier groupe de colons fut suivi d'autres groupes de Canadiens français en provenance des régions d'Ottawa et de Sherdrooke et, en 1930, la communauté atteignit environ 150 familles. Pendant la Dépression, de nombreuses familles francophones, venant des Prairies, s'installèrent également à Maillardville. Cette immigration de francophones atteignit son sommet vers 1950. Depuis, la proportion des familles canadiennes-françaises décline, noyée dans la communauté ethnique environnante et l'expansion rapide des confins de la ville de Vancouver.

Malgré le rôle important que jouèrent ces diverses influences dans les débuts de la province, les Canadiens français ne réussirent jamais à se doter de communautés officielles en Colombie-Britannique, même en ce qui concerne Maillardville. C'est là une particularité propre à la Colombie par rapport aux autres provinces et influant certainement sur le développement futur du français.

Quel est l'avenir de la francophonie en Colombie-Britannique? Peut-on toujours parler d'une réalité canadienne-française en Colombie-Britannique, d'une contribution francophone? Les pages suivantes et un regard plus détaillé sur la situation actuelle nous fourniront peut-être quelques réponses.

2. LE PRÉSENT

Les francophones qui représentaient 60 % de la population de 1850 n'en formaient plus que 2 % en 1911. Une légère amélioration se fait sentir depuis et, en 1981, la population d'origine ethnique française représentait environ 4 % de la population totale.

Ces chiffres sont cependant optimistes, étant donné qu'ils dénotent les pourcentages par rapport à l'origine ethnique. Lorsqu'on se penche sur la situation des francophones de langue maternelle française, ils ne représentent plus que 2 % de la population, et la situation est encore plus désespérée lorsque l'on considère la langue d'usage (tableau I.1). Ceci indique que non seulement la langue des ancêtres n'est plus transmise dans la moitié des cas, mais qu'elle se perd assez rapidement. Seule une faible proportion de ceux qui l'ont apprise la retiennent encore, une fois adultes.


TABLEAU I.1
Évolution de la population francophone en Colombie-Britannique


Néanmoins, entre 1971 et 1981, la population de langue d'usage française s'est accrue de 31,5 %. Cette augmentation est probablement due en grande partie à l'arrivée des francophones en Colombie-Britannique. Cependant, on peut se demander également si les programmes d'enseignement en français n'ont pas eu, eux aussi, un impact sur le phénomène.

Les nouveaux arrivants francophones proviennent en général des autres provinces canadiennes et, parfois même, d'autres pays. À quelques exceptions près, avant les années 60, les migrations francophones en Colombie-Britannique provenaient surtout des Plaines : la Saskatchewan, le Manitoba et l'Alberta, par ordre d'importance. Depuis, peut-être grâce à la facilité des moyens de transport (la contribution de l'autoroute transcanadienne, entre autres), les sources d'immigration se sont étendues jusqu'à la côte de l'Atlantique. La Colombie-Britannique assiste à l'arrivée d'un flot continu de francophones du Québec et du Nouveau-Brunswick. Ceux-ci se dirigent vers l'Ouest, soit par désir d'apprendre l'anglais, soit — et de façon plus permanente — pour des raisons d'ordre économique : le chômage, l'exode rural qui n'est plus absorbé par les grands centres ou la réputation qu'a cette côte du Pacifique d'être une terre « de lait et de miel », au climat tempéré et aux salaires élevés. Pour d'autres, et en particulier les jeunes, c'est tout simplement un désir de changement qui les amène dans l'Ouest.

D'après un rapport sur les francophones installés à Vancouver depuis moins de trois ans, exécuté pour le Secrétariat d'État en 1981, la vague la plus récente est jeune (81 % des répondants avaient moins de 35 ans), originaire du Québec (64 %) et ne s'installe en Colombie-Britannique que de façon temporaire (60 %). Cependant, ceux-ci réussissent à se trouver du travail rémunéré (67 %) et, en ce qui concerne les individus âgés de 35 ans et plus, la majorité vient s'installer en Colombie-Britannique de façon plus permanente (Blais-Chauvin, 1981).

Nous pouvons présumer que ces chiffres sont assez représentatifs du phénomène provincial en général. En effet, d'après le recensement de 1976, 42,5 % de la population de langue maternelle française vient s'installer à Vancouver. D'après De Vries et Vallée (1980), ce n'est qu'à Terre-Neuve, dans les Territoires du Nord-Ouest et en Colombie-Britannique que l'on retrouve une plus grande concentration de la population francophone en milieu urbain qu'en milieu rural, reflet d'une population nouvelle et non traditionnelle (tableau I.2).


TABLEAU I.2
Répartition de la population de langue maternelle française en milieu urbain et rural (1976)


Néanmoins, à cause de sa faible représentativité et aussi de son évolution passée, cette population francophone demeure éparpillée et isolée, tant géographiquement (tableau I.3) que culturellement.


TABLEAU I.3
Répartition de la population de langue maternelle française en Colombie-Britannique, selon les divisions du recensement (1976)


3. UNE ASSIMILATION GALOPANTE

En 1967, la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme fit l'observation suivante : plus une communauté d'origine française se trouve éloignée du Québec, plus son taux d'assimilation sera bas.

Malheureusement pour la Colombie-Britannique, l'éloignement — doit-on même le mentionner? — est un facteur évident, tout aussi évident, d'ailleurs, que le petit nombre de francophones qui y vivent. L'assimilation à la culture et à la langue anglaises y est donc galopante. Le taux d'assimilation généralement cité pour la Colombie-Britannique étant de l'ordre de 69 %, c'est le plus élevé au Canada (graphique 1).


GRAPHIQUE 1
Colombie-Britannique Pourcentage d'assimilation des francophones dans les régions urbaines et rurales, de 1941 à 1971 (Atlas des francophones de l'Ouest, 1979)


En effet, dans ce siècle qui est nôtre, il est bien difficile qu'un élément particulier de la société — tel que la francophonie — puisse survivre totalement, à moins de jouir des mêmes attributs que la société ambiante, ce qui est pratiquement impossible en Colombie-Britannique. Ainsi, le plus souvent, nous voyons la francophonie s'effriter, se désagréger et fondre dans la société plus grande, en y perdant son identité. Le scénario le plus frappant illustrant ce phénomène est celui qui se joue actuellement à Maillardville. Les raisons de cette assimilation phénoménale sont nombreuses, car l'assimilation procède à travers le contact. Sans la protection d'une communauté établie et autonome, l'individu se trouve constamment exposé à la langue anglaise : à l'école, dans la rue, au travail, entre amis. Nous vivons dans une ère de mobilité et d'ouverture, une ère qui semble devenir de plus en plus internationale. Nous pouvons remarquer « l'estompage graduel des barrières religieuses et l'ouverture progressive d'un marché matrimonial plus vaste et linguistiquement hétérogène, suite à la scolarisation, l'urbanisation et la mobilité générale accrues... ». (Castonguay, 1978, p. 223). Phénomène intéressant, certainement, mais phénomène néfaste lorsque l'on ne considère que le point de vue des minorités. Ainsi, en Colombie-Britannique, le pourcentage de mariages mixtes chez les personnes de langue maternelle française oscille entre 60 % et 70 %, et continue à augmenter (tableau I.4). D'autre part, d'après le recensement de 1971, plus de 90 % des personnes de langue maternelle française, mariées à un conjoint de langue maternelle non française, se sont déclarées de langue d'usage anglaise (Castonguay, 1978). La perte du français chez les enfants en est une des conséquences immédiates. D'ailleurs, si l'on reprend les chiffres du recensement de 1976, ce phénomène est reflété dans la baisse de la population de langue maternelle française lorsque l'on compare les individus les plus âgés aux plus jeunes (tableau I.5).


TABLEAU I.4
Pourcentage des mariages mixtes chez les personnes mariées de langue maternelle française, par groupe d'âge, recensement de 1971 (Castonguay, 1978)



TABLEAU I.5
Population de langue maternelle française en Colombie-Britannique, quelques groupes d'âge, recensement de 1976 (Castonguay, 1980)


En Colombie-Britannique, on ne trouve que très peu d'éléments capables de créer ou de soutenir un sentiment d'appartenance, une idéologie collective franco-colombienne (Caldwell, 1980). Pour la plupart, la culture nord-américaine anglophone l'emporte, et la question se pose inévitablement : « Y a-t-il une société francophone en Colombie-Britannique? »

4. ET APRÈS?

Il s'agit d'introduire ici une note un peu plus positive, avant de poursuivre une étude détaillée de la situation de la langue française en Colombie-Britannique. Et pour ceci, les mots de Max Yalden, tels qu'énoncés dans le rapport annuel du Commissaire aux langues officielles, en 1978, semblent être de mise :

« Chaque membre d'une minorité linguistique officielle traite à sa façon avec la langue de la majorité, mais s'il choisit de garder, pour lui et les siens, son identité linguistique, il s'engage dans la voie difficile ouverte à “celui qui n'est pas comme les autres”. Ce problème reste une réalité dans presque tous les domaines du quotidien, et il n'est pas surprenant qu'un certain nombre de membres de ces groupes minoritaires soient assimilés. Ce qui est au contraire remarquable, c'est le nombre de ceux qui ne le sont pas! »

Qu'on le veuille ou non, il existe toujours des francophones en Colombie-Britannique. Grâce à la volonté des individus, à l'aide des gouvernements, à l'arrivée continue de parlants français, à une toute nouvelle structure d'enseignement en français et à une culture qui devient de plus en plus « à la mode » chez les anglophones, il se pourrait bien que le tableau ne soit pas aussi négatif qu'il en a l'air et qu'une évolution incertaine commence à se faire sentir. Néanmoins — et on ne peut l'oublier —, l'assimilation demeure une réalité frappante pour les francophones de la Colombie-Britannique.




Chapitre II
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