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L'AVENIR DU FRANÇAIS DANS LES PUBLICATIONS ET LES COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES

Actes du colloque international
L'AVENIR DU FRANÇAIS
DANS LES PUBLICATIONS
ET LES COMMUNICATIONS
SCIENTIFIQUES ET
TECHNIQUES

VOLUME II

L'avenir du français
dans la science et la technologie





Un défi aux chercheurs francophones
ou aux francophones chercheurs






Les membres du Conseil
de la langue française

Monsieur Michel PLOURDE, président
Monsieur Gérard LAPOINTE, secrétaire
Monsieur Henri ACOCA
Madame Sheila Mc LEOD ARNOPOULOS
Monsieur Jean-Marcel PAQUETTE
Monsieur Michel RIOUX
Monsieur Henri TREMBLAY
Monsieur Pierre VADEBONCOEUR





ACTES DU COLLOQUE INTERNATIONAL

L'avenir du français dans les publications
et les communications scientifiques
et techniques

Montréal, 1er au 3 novembre 1981

VOLUME II

L'AVENIR DU FRANÇAIS DANS LA SCIENCE
ET LA TECHNOLOGIE

Un défi aux chercheurs francophones
ou aux francophones chercheurs

par

Maurice Mercier






ACTES DU COLLOQUE INTERNATIONAL

L'avenir du français dans les publications
et les communications scientifiques et techniques



VOLUME I :

LES CONFÉRENCES ET LES COMMUNICATIONS

VOLUME II :

L'AVENIR DU FRANÇAIS DANS LA SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE. Un défi aux chercheurs francophones ou aux francophones chercheurs

VOLUME III :

LES ÉTUDES SUR L'AVENIR DU
FRANÇAIS SCIENTIFIQUE (partie I)

LE POINT DE VUE DE CHERCHEURS SUR
LE FRANÇAIS, LANGUE SCIENTIFIQUE (partie II)







Cet ouvrage a été publié par
le service des communications
sous la direction de Léo Gagné

Collaboratrice :
Sylvie Dugas
Service des communications


© 1983 Éditeur officiel du Québec

Tous droits de traduction et d'adaptation,
en totalité ou en partie, réservés pour tous
les pays. Toute reproduction pour fins
commerciales, par procédé mécanique ou
électronique, y compris la microreproduction,
est interdite sans l'autorisation écrite
de l'Éditeur officiel du Québec.

Dépôt légal — 4e trimestre 1983
Bibliothèque nationale du Québec

ISBN 2-551-06052-4 (Ed. comp.)
ISBN 2-551-06053-2 (Vol. I)
ISBN 2-551-06054-2 (Vol. II)
ISBN 2-551-06055-9 (Vol. III)






Table des matières



PRÉSENTATION

PREMIÈRE PARTIE : LE PHÉNOMÈNE

CHAPITRE PREMIER : La situation dans la francophonie européenne
Article 1.1. Les périodiques scientifiques et techniques
1.1.1. Quelques statistiques
1.1.2. Quelques témoignages
Article 1.2. Les communications scientifiques et techniques
1.2.1. Quelques statistiques
1.2.2. Quelques témoignages
Conclusion du chapitre premier

CHAPITRE II : La situation dans la francophonie canadienne
Article 2.1. Les périodiques scientifiques et techniques
2.1.1. Une étude de Brigitte Schroeder-Gudehus et Louise Dandurand
2.1.2. Une étude d'Arnold J. Drapeau
Article 2.2. Les communications scientifiques et techniques
Conclusion du chapitre II

CHAPITRE III : La situation dans la francophonie africaine

CONCLUSION de la première partie

DEUXIÈME PARTIE : LA DYNAMIQUE DU PHÉNOMÈNE

CHAPITRE IV : La dynamique interne du phénomène
Article 4.1. Facteurs structurels relatifs à la nature de la recherche scientifique et technique et à la manière dont elle est pratiquée
4.1.1. La nature de la recherche scientifique et technique prédispose à l'emploi d'une langue commune
4.1.2. Les modalités d'organisation de la recherche scientifique et technique contemporaine imposent, pratiquement, l'adoption d'une langue unique
Article 4.2. Facteurs structurels relatifs à la nature de la science et de la technologie considérés comme instruments des pouvoirs politique et économique
Article 4.3. Facteurs structurels relatifs à la science et à la technologie considérés comme génératrices d'une « culture nouvelle »
Article 4.4. Facteurs structurels relatifs à la nature de la langue scientifique et technique
Conclusion du chapitre IV

CHAPITRE V : La dynamique externe du phénomène (facteurs conjoncturels)
Article 5.1. Facteurs conjoncturels d'ordre politique et économique
Article 5.2. Facteurs conjoncturels relatifs aux politiques de développement de la recherche scientifique et technique
Article 5.3. Facteurs conjoncturels relatifs à la diffusion de l'I.S.T. les périodiques scientifiques et techniques
5.3.1. Le « poids » de la quantité et de la qualité de l'I.S.T. de langue anglaise
5.3.2. Le « poids » de la quantité et de la qualité de l'I.S.T. de langue française
Article 5.4. Facteurs conjoncturels relatifs à la diffusion de l'I.S.T. les systèmes documentaires informatisés
5.4.1. L'industrie de l'informatique et des télécommunications
5.4.2. Les systèmes informatisés de diffusion de l'I.S.T.
5.4.3. L'industrie ou le commerce de l'I.S.T
Article 5.5. Facteurs conjoncturels d'ordre linguistique, sociolinguistique, politico-linguistique
5.5.1. La « débâcle du français dans le monde »
5.5.2. L'impossible solution à un dilemme une langue pour l'Europe
5.5.3. L'enseignement des langues secondes
5.5.4. Les déficiences réelles ou présumées du français
5.5.5. Le « monoglottisme » américain
CONCLUSION de la deuxième partie

TROISIÈME PARTIE : L'IMPACT DU PHÉNOMÈNE

CHAPITRE VI : Les réactions au phénomène
Article 6.1. Les réactions des instances politiques et administratives
6.1.1. Francophonie européenne
6.1.2. Francophonie canadienne
Article 6.2. Les réactions des associations, des groupes et des individus
6.2.1. En France
6.2.2. Au Québec

CHAPITRE VII : Les conséquences du phénomène
Article 7.1. Les conséquences politico-culturelles
Article 7.2. Les conséquences politico-scientifiques
7.2.1. Les risques d'un monopole en I.S.T.
7.2.2. Les risques épistémologiques
7.2.3. L'appauvrissement de la littérature scientifique et technique en langue française
7.2.4. Les retombées négatives sur la formation des chercheurs et l'enseignement en général
Article 7.3. Les conséquences linguistiques et psycho-linguistiques
Article 7.4. Les conséquences « périphériques» ou « résiduaires »
CONCLUSION de la troisième partie

QUATRIÈME PARTIE :

LA DYNAMIQUE DU PHÉNOMÈNE PEUT ÊTRE FREINÉE

CHAPITRE VIII : Des conditions préalables
Article 8.1. Des conditions relatives à la « dynamique subjective »
8.1.1. Reconnaître les « contraintes » et les « servitudes » qui pèsent sur les chercheurs
8.1.2. Amorcer une réflexion sereine sur la situation conflictuelle (ou la contradiction existentielle) dans laquelle se trouvent les chercheurs
8.1.3. Éviter de dramatiser inutilement la régression relative du français dans la science et la technologie
Article 8.2. Des conditions relatives à la « dynamique objective »
8.2.1. Des conditions objectives nouvelles affectant les facteurs conjoncturels d'ordre politique et économique
8.2.2. Des conditions objectives nouvelles affectant le développement des politiques de la recherche scientifique et technique

CHAPITRE IX : Des mesures générales, des moyens généraux
Article 9.1. Des mesures générales affectant les facteurs conjoncturels politico-linguistiques
9.1.1. Mesures relatives à la langue française en général
9.1.2. Mesures relatives à la langue scientifique et technique
Article 9.2. Des moyens généraux affectant les facteurs conjoncturels relatifs aux politiques de production et de diffusion de l'I.S.T.
9.2.1. Faire de la bonne recherche en quantité suffisante
9.2.2. Supporter des revues « phares »
9.2.3. Développer des revues bilingues ou trilingues
9.2.4. Utiliser intensivement la traduction
9.2.5. S'ouvrir à l'étranger et sur l'étranger
9.2.6. Des expériences récentes

CHAPITRE X : Propositions et recommandations relatives aux périodiques et aux communications scientifiques et techniques
Article 10.1. Propositions et recommandations concernant les périodiques scientifiques et techniques
10.1.1. Recommandations provenant du rapport d'expertise soumis à la Commission parlementaire d'enquête sur la langue française (1981)
10.1.2. Propositions de la Commission parlementaire d'enquête sur la langue française (section « La langue française dans les revues scientifiques et les Actes de colloques »)
10.1.3. Recommandations provenant de l'Académie nationale de médecine
10.1.4. Recommandations provenant du mémoire soumis par Arnold J. Drapeau lors de la consultation sur le Livre vert : la politique québécoise de la recherche scientifique
Article 10.2. Propositions et recommandations concernant les communications (orales) scientifiques et techniques
10.2.1. Propositions provenant du rapport d'expertise de J.L. Boursin à la Commission parlementaire d'enquête sur la langue française
10.2.2. Propositions provenant du rapport de la Commission parlementaire d'enquête de l'Assemblée nationale française sur la langue française
10.2.3. Propositions provenant de la XIIIe Commission de l'Académie nationale de médecine
10.2.4. Propositions provenant du mémoire d'Arnold J. Drapeau soumis lors de la consultation sur le Livre vert : la politique québécoise de la recherche scientifique
Article 10.3. Propositions et recommandations concernant les banques de données
10.3.1. Propositions provenant du rapport d'expertise à la Commission parlementaire d'enquête sur la langue française
10.3.2. Recommandations provenant du mémoire d'Arnold J. Drapeau présenté lors de la consultation sur le Livre vert sur la politique québécoise de la recherche scientifique et sur le Livre blanc portant sur le même sujet

POSTFACE
BIBLIOGRAPHIE
SIGLES ET ABRÉVIATIONS





Présentation


Pour faciliter la participation la plus systématique possible de tous les intervenants au colloque, le comité organisateur a jugé bon de faire préparer un document de travail absolument neutre, qui se présente à la fois comme une problématique et une thématique.

Une problématique

Par problématique, on entend ici une grille sommaire qui identifie un certain nombre de variables à considérer pour une étude complète du phénomène et qui regroupe et articule ces variables entre elles pour en faire saisir l'interdépendance.

La problématique suggérée ici permettra sans doute d'analyser, d'une façon aussi méthodique que possible, le phénomène général de la régression relative du français dans la science et la technologie ou dans l'I.S.T. et, plus spécifiquement, la régression du français dans les périodiques et les communications scientifiques et techniques.

Une thématique

Le thème général du colloque est clairement centré sur l'avenir. Pour effectuer cette prospective, il convient cependant d'appréhender le mieux possible la situation actuelle. Pour ce faire, le document de travail propose la thématique suivante aux participants du colloque.

Première partie

LE PHÉNOMÈNE

La première partie du document cite quelques études, quelques faits ou quelques témoignages, qui permettent de saisir l'ampleur du phénomène de la régression relative du français dans les périodiques et les communications scientifiques et techniques.

Elle suggère notamment un certain nombre de réserves qu'il convient de faire pour nuancer l'affirmation souvent formulée, à savoir que la langue française n'est pas ou n'est plus la langue de la science et de la technologie en Occident.

Deuxième partie

LA DYNAMIQUE INTERNE ET EXTERNE DU PHÉNOMÈNE

La deuxième partie propose, à l'examen critique des participants, une analyse de la dynamique interne et externe du phénomène.

Par dynamique interne, on entend la résultante d'un certain nombre de « facteurs structurels » qui paraissent liés à la nature même de la recherche scientifique et technique et qui mèneraient, à la limite et à certains niveaux d'échanges, à l'unification linguistique ou à l'emploi d'une langue commune en science et en technologie. Cette théorie est courante, il convient d'en débattre au colloque.

Par dynamique externe, on entend la résultante de « facteurs conjoncturels » d'ordre politique, économique, politico-scientifique... qui renforcent la dynamique interne du phénomène.

Pour beaucoup d'analystes, la régression relative du français dans l'I.S.T. tient aussi ou surtout à des facteurs conjoncturels défavorables sur lesquels on pourrait encore exercer, malgré tout, une certaine influence.

Il va sans dire que les facteurs structurels et conjoncturels du phénomène, dont il est fait mention dans ce document, sont à peine esquissés et on chercherait en vain ici quelques démonstrations que ce soit. Tout au plus trouvera-t-on, regroupées par thèmes ou sous-thèmes, quelques citations ou références significatives dont les participants pourront disposer au gré de leur compétence et de leurs opinions.

Troisième partie

L'IMPACT DU PHÉNOMÈNE

La troisième partie tente de décrire l'impact du phénomène, c'est-à-dire les réactions qu'il suscite ou a suscitées auprès des instances politiques et administratives et celles qu'il provoque ou a provoquées chez certains membres de la communauté scientifique. Elle expose également quelques-unes des conséquences réelles ou appréhendées du phénomène telles que perçues par divers analystes ou observateurs.

Quatrième partie

LA DYNAMIQUE DU PHÉNOMÈNE PEUT ÊTRE FREINÉE...

La quatrième partie est nettement prospective et se rattache plus directement aux objectifs du colloque : l'avenir du français dans les périodiques et les communications scientifiques et techniques, dans l'I.S.T., dans la science et la technologie. Elle suggère quelques pistes de réflexion sur les conditions qui devraient être remplies pour qu'une amélioration substantielle de la situation soit possible.

Elle expose, sans les commenter, diverses mesures suggérées ou recommandées pour freiner la dynamique du phénomène, pour autant que celui-ci résulte plus particulièrement de l'utilisation croissante de l'anglais, par les chercheurs francophones, dans la diffusion des résultats de leurs travaux de recherche.

En somme, le document de support vise modestement à fournir un cadre très large à une réflexion systématique sur le thème très spécifique du colloque. C'est ce qui explique le caractère schématique de ses diverses parties.

En lisant le document, on notera que nous avons souvent cité certains ouvrages ou certaines études. Nous avons pensé qu'il était utile d'agir ainsi pour éviter aux participants le travail qu'auraient représenté la recherche et la consultation de références seulement. De plus, nous avons parfois extrait de ces sources de longs passages que nous avons cités in extenso pour ne pas risquer de détruire la logique interne qui les sous-tend.

De toute évidence, notre rôle a essentiellement consisté à présenter dans l'ordre le plus cohérent possible les observations, conclusions, propositions, analyses, interventions, controverses auxquelles le thème du colloque a déjà donné lieu.

Enfin, on remarquera que les auteurs les plus souvent cités sont ou français, ou canadiens, ou québécois. Nous n'avons d'autres excuses que les lacunes de notre documentation, le temps qui nous fut imparti pour rédiger ce document et les intentions initiales des organisateurs du colloque. Nous espérons que la participation active des représentants de tous les pays de la francophonie au colloque permettra de combler les carences observées.

Maurice MERCIER
Consultant
Conseil de la langue française




PREMIÈRE PARTIE

Le phénomène




Une analyse rigoureuse du phénomène de la régression relative du français dans l'I.S.T. — attribuable en partie à l'utilisation croissante de l'anglais parles chercheurs francophones dans la diffusion des résultats de leurs travaux de recherche scientifique et technique — exigerait des données statistiques synchroniques et diachroniques significatives pour l'ensemble et chacun des secteurs1 et des domaines2 de recherche scientifique et technique. De telles statistiques n'existent pas.

Pour pallier cette situation, le C.L.F. a commandé deux recherches parallèles, la première au C.N.R.S. (France) et la seconde à l'I.S.I. (États-Unis), dont les résultats seront vraisemblablement disponibles pour le colloque. Elles fourniront sans doute une bonne vue d'ensemble de la situation actuelle et des tendances présumées. La première partie de ce document ne se fonde que sur des études sectorielles ou partielles dont les auteurs ont eux-mêmes défini les limites et la portée. Elles nous fournissent des indices suffisants pour affirmer que le phénomène de la régression relative du français dans l'I.S.T. est important et qu'il tend à s'amplifier.

Le chapitre premier décrit sommairement la situation dans les pays francophones d'Europe, notamment en France. Il contient deux articles : le premier, portant sur les périodiques scientifiques et techniques : le second, sur les communications scientifiques et techniques (colloques).

Le chapitre II expose la situation canadienne et, d'une façon plus particulière, la situation québécoise. Il comprend également deux articles consacrés, le premier, aux périodiques scientifiques et techniques, le second, aux communications scientifiques et techniques (colloques).

Le chapitre III tente de montrer, à défaut de données statistiques et d'analyses satisfaisantes, comment semble se présenter la situation dans le pays de la francophonie africaine.

Il convient dès maintenant de signaler que nous avons parfois cité les études consultées en aménageant — sans les déformer — les informations et les commentaires qu'elles contiennent, pour en rendre la lecture plus aisée ou moins aride.




1 Secteurs : gouvernemental (étatique), paragouvernemental (para-étatique), universitaire, parauniversitaire, industriel (multinational, national). [retour au texte]

2 Domaines : sciences de la nature et techniques connexes; sciences de l'homme et techniques connexes. [retour au texte]






CHAPITRE PREMIER

La situation dans la
francophonie européenne




Article 1.1

LES PÉRIODIQUES SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES

Sous-article 1.1.1.

Quelques statistiques

Domaine des sciences de la nature

Une étude effectuée par Ginette Gablot1 décrit la situation du français dans l'I.S.T., en général et dans les revues scientifiques et techniques françaises pour l'année 1975, à partir des trois premiers numéros de 1976 des Bulletins signalétiques du Centre de documentation scientifique et technique du C.N.R.S.

Les références à des études antérieures citées par l'auteur permettent de constater certaines tendances dans les domaines analysés. Nous nous permettons de reproduire les principales données du mémoire et les commentaires les plus pertinents à notre sujet.

Les articles signalés dans le fichier de références se répartissent comme suit :



TABLEAU I-1
Répartition générale des articles publiés dans les périodiques scientifiques, 1975



1 Ginette GABLOT, L'anglais, langue scientifique internationale. De son utilisation en France et de son rôle dans la bataille pour la maîtrise de l'information scientifique et technique mondiale, mémoire de maîtrise, Vincennes, Université de Paris VIII, 1977, 76-36 p. [retour au texte]






TABLEAU I-2
Répartition des articles publiés dans les périodiques français selon la langue de publication et le laboratoire d'origine, 1975


TABLEAU I-3
Répartition des articles des scientifiques français selon la langue de publication et la revue d'accueil, 1975


L'auteur précise et commente ces données de la manière suivante, par domaine :

BIOLOGIE (incluant la médecine)

Les articles en français. De toute évidence, la médecine se comporte comme un groupe à part dans ce domaine, en particulier parce que les articles écrits en français représentent 10 % de la littérature mondiale. Ces résultats sont à rapprocher de celui cité par A. Manuila et A. Rigolot dans leur article « Le français, langue médicale internationale2 » : « En 1958, 12,9 % des articles dépouillés dans les 2 000 périodiques médicaux mondiaux reçus par la National Library of Medecine étaient en français. » Si, en moyenne, prés d'un quart des articles écrits en français dans le monde sont publiés par des chercheurs étrangers, cette proportion est nettement plus élevée en biologie végétale, alors qu'en médecine, c'est l'inverse

Les laboratoires français. En médecine, comme en biologie végétale, les scientifiques publient moins de 10 % de leurs articles en anglais, par contre, en physiologie animale, en génétique, en microbiologie et surtout en biochimie, la proportion de l'anglais peut atteindre 60 %.

Les périodiques français. En médecine et en biologie végétale, les articles en anglais sont rares. Au contraire, ils sont beaucoup plus fréquents dans les disciplines « de pointe » (21 % pour la biochimie). D'ailleurs, dans cette discipline, la position de l'anglais n'est pas nouvelle : Sengupta estime que 75 % des articles mondiaux sont publiés en anglais et 2,5 % en français3.

SCIENCES DE LA TERRE

Les laboratoires français publient surtout en français (de 81 % à 100 %). Pratiquement tous leurs articles en anglais sont destinés aux revues étrangères.

Les périodiques français publient moins de 5 % de leurs articles en anglais; les articles des organismes de recherche étrangers qu'ils accueillent sont le plus souvent rédigés en français.

Les articles en français dans le monde : de 15 % à 20 % de ces articles proviennent de laboratoires étrangers.

PHYSIQUE

Les articles français dans le monde. En 1969, Boutry4 montrait, par un travail effectue sur le Bulletin signalétique, que 7 % des articles mondiaux de physique étaient produits par les organismes de recherche français, en 1976, nous obtenons 6 % (tableau I-1).

Les articles en français dans la littérature mondiale. Nous obtenons une moyenne de 4,5 % (avec un maximum pour l'électrotechnique), en ne tenant pas compte des « sciences de l'information et de documentation » qui sont marginales. En 1961, un pointage effectué par Physics Abstracts, cité par Boutry, donnait 4,7 % d'articles en français.




2 A. MANUILA et A. RIGOLOT, « Le français, langue médicale internationale », Meta, vol. 19, no 1, mars 1974, pp. 3-12. [retour au texte]

3 I.N. SENGUPTA, « Recent Growth of Litterature of Biochemistry and Changes in Ranking of Periodicals », The Journal of Documentation, vol 29 no 2, June 1973, pp. 192-211. [retour au texte]

4 G.-A. BOUTRY, « L'évolution des publications scientifiques primaires. Études statistiques », Bulletin des bibliothèques de France, 14e année, no 11, novembre 1969, pp. 425-454. [retour au texte]




Les laboratoires français publient 70 % de leurs articles en français : ils réservent surtout la langue anglaise pour leurs publications à l'étranger. L'anglais semble particulièrement en force dans les domaines de la « physique de l'état condensé » et des « atomes, molécules et plasmas ».

Les périodiques français :

  • 15 % de leurs articles sont rédigés en anglais;
  • 20 % proviennent d'organismes de recherche étrangers.

CHIMIE

Les articles français dans le monde. La proportion des articles écrits en français et celle des articles publiés par les organismes de recherche français sont identiques (5,7 %), ce qui ne veut pas dire que, seuls, les Français écrivent dans cette langue. Reprenant des travaux effectués sur les années 60, Meadows5 estime que le français représente de 7 % à 8 % de la littérature mondiale de chimie; dans un article plus récent, Baker6 l'estime à 4 %.

Les organismes de recherche français publient en moyenne 16 % de leurs articles en anglais; ces articles sont destinés aux périodiques étrangers. Il faut rapprocher ce résultat de celui du directeur scientifique (chimie) du C.N.R.S., J. Cantacuzène : « 60 % des articles émanant des meilleurs laboratoires de chimie français sont publiés dans des journaux américains ou anglais de niveau international, donc, de fait, en anglais7 ». Malheureusement, cet auteur ne précise pas la proportion des « meilleurs laboratoires », ni celle des « meilleurs articles » de chimie français.

Les périodiques français accueillent peu d'articles en anglais (moins de 5 %). Les articles étrangers qu'ils publient sont le plus souvent rédigés en français.

SCIENCES DE L'INGÉNIEUR

Dans ce domaine qui comporte une forte proportion d'articles sur des recherches appliquées, les organismes français publient moins en anglais que dans les autres disciplines. Plus d'un cinquième des articles publiés en français dans le monde émanent de laboratoires étrangers.

CONCLUSIONS POUR L'ENSEMBLE DES DISCIPLINES

« L'examen d'un large éventail de domaines scientifiques montre que les publications en langue anglaise constituent de 25 % à 60 % de la production annuelle : la proportion exacte dépend du domaine, mais, dans la plupart des cas, elle se situe autour de 50 %. Les publications en russe forment 20 % de la production annuelle de chaque domaine, l'allemand entre 5 % et 10 %, et le français 5 %8. »




5 A.J. MEADOWS, Communication in Science, London, Butterworths, 1974, 248 p., pp. 165-169. [retour au texte]

6 Dale B. BAKER, « World's Chemical Literature Continues to Expand », Chemical and Engineering News, vol. 49. no 28, 12 July 1971, pp. 37-40. [retour au texte]

7 Jean CANTACUZÈNE, « Deux nouvelles revues de chimie », Le Monde, 12 janvier 1977, p. 18. [retour au texte]

8 A.J. MEADOWS, op. cit., pp. 166-167. Traduction libre de l'auteur. [retour au texte]




Les différences entre ces chiffres et ceux présentés ici peuvent s'expliquer en grande partie par la nature des fichiers de références utilisés : le fichier du C.D.S.T., par exemple, couvre certainement mieux la littérature française que les périodiques étrangers, ce qui explique en partie que les articles publiés en français dans ce pointage représentent 7 % des articles mondiaux.

Les laboratoires français publient environ 7 % des articles mondiaux.

Près d'un cinquième de leurs articles sont publiés en anglais. En 1964, une enquête effectuée sur les Bulletins signalétiques, citée par A. Maupéron9, montrait que 4 % des articles étaient rédigés dans cette langue. Cette proportion varie d'une discipline à l'autre. Pour les « sciences de la terre », les « sciences de l'ingénieur », la biologie végétale, la médecine, les articles en anglais sont peu nombreux (moins de 10 %). Par contre, en microbiologie, en génétique, en physiologie animale et surtout en biochimie ils atteignent ou dépassent les 50 %.

Ces articles en anglais sont le plus souvent destinés aux périodiques étrangers, mais, dans les secteurs où l'anglais est très en force, les chercheurs français publient en anglais dans les revues françaises (exemple : en biochimie, 8 %).

L'anglais dans les périodiques français. Le pourcentage des articles publiés et rédigés en anglais peut s'élever jusqu'à 15 % (en physique). Mais dans certains domaines des « sciences de l'ingénieur », il n'y en a aucun. Au contraire, ils peuvent former plus d'un tiers de la publication : biochimie, physique de l'état condensé, astronomie.

Dans une autre étude fondée sur les mêmes données et intitulée « L'anglais, langue scientifique française?10 », madame Ginette Gablot fait la synthèse générale suivante :

Les revues scientifiques et techniques françaises. La grande majorité des articles publiés dans les revues scientifiques et techniques françaises sont rédigés en langue française; ils sont le plus souvent accompagnés d'un résumé en anglais, les articles écrits en anglais étant plus rarement assortis d'un résumé dans l'autre langue.

L'hétérogénéité des domaines d'intérêt et des lecteurs de ces revues se manifeste au niveau linguistique. C'est ce que montrent les résultats rassemblés dans le tableau I-2, et que confirme l'étude par discipline.

Les revues qui couvrent les domaines techniques ou les sciences appliquées, s'adressant donc à de nombreux praticiens, accueillent rarement des articles en langue anglaise. En « sciences de l'ingénieur » par exemple, les titres en anglais représentent 4 % des sommaires; en « biologie », la « médecine » n'en compte que 2 %. Par contre, dans certaines disciplines fondamentales, les articles en anglais sont beaucoup plus fréquents : 21 % en « biochimie », 34 % en « astronomie, physique spatiale, géophysique », 39 % en « physique de l'état condensé ».




9 A. MAUPÉRON, Publishing Habits in the Nuclear Field, rapport no IAEA-128/55, EURATOM, Luxembourg, Cité dans G. Gablot, op. cit.p. 62. [retour au texte]

10 La Banque des mots, no 16, 1979, pp. 173-186. [retour au texte]




Les revues françaises, dans lesquelles paraissent 6 % des articles mondiaux, accueillent les articles des laboratoires étrangers; ces contributions représentent 15 % des titres et elles sont le plus souvent rédigées en français.

Les très rares articles rédigés dans d'autres langues (allemand, espagnol, italien, portugais. russe) proviennent de laboratoires étrangers.

Les articles des auteurs français. L'anglais est la deuxième langue de publication des scientifiques français. Là encore, le pourcentage moyen d'utilisation de cette langue (18 %) ne rend pas compte des différences qui existent entre domaines fondamentaux et appliqués qu'indiquent les résultats présentés dans le tableau I-3.

L'exemple de la « biologie » est significatif : en « médecine », les articles en anglais sont rares (8 %) et destinés aux revues étrangères; par contre, en « génétique », en physiologie animale », ils représentent plus d'un tiers des travaux français; en « biochimie », leur pourcentage est de 56 %. Pour les articles destinés aux revues étrangères, les deux langues sont à égalité en « chimie » et en « sciences de l'ingénieur »; l'anglais prédomine en « physique » et en « biologie » : il est plus rarement utilisé en « sciences de la terre ».

Une étude portant sur des travaux plus récents montrerait certainement une augmentation du nombre des articles publiés en anglais, y compris dans les revues françaises11.

* * *

Une autre étude effectuée par Marie-Janie Chartier12 de l'Institut d'histoire et de sociopolitique des sciences et présentée à la Faculté des études supérieures de l'Université de Montréal en 1977, met en lumière une autre facette du phénomène l'utilisation croissante de l'anglais par les chercheurs francophones dans le domaine des sciences exactes.

Comme sources de données, l'auteur a utilisé les Current Contents in Physical and Chemical Sciences pour les années 1971 et 1975 et les Current Contents in Chemical Sciences pour l'année 1967. Ces données regroupent près d'une cinquantaine de sous-disciplines différentes. La méthodologie suivie permet de penser que les conclusions ont une valeur significative pour les domaines concernés.




11 Ginette GABLOT,« L'anglais, langue scientifique française? », La Banque des mots, no 16, 1979, pp. 173-186. [retour au texte]

12 Marie-Janie CHARTIER, Influence de la politique linguistique française sur le domaine spécifique de la communication scientifique, mémoire de maîtrise présenté à la Faculté des études supérieures de l'Université de Montréal, 1977. VI-73 p. [retour au texte]




Voici quelques tableaux statistiques et quelques commentaires significatifs tirés de cette étude :



TABLEAU I-4
Distribution des auteurs français par pays de publication


On remarque une nette tendance des auteurs français à publier de plus en plus à l'étranger. Entre 1967 et 1975, on constate une baisse de 21,4 % dans le nombre d'articles publiés dans des revues françaises. Les scientifiques français semblent de plus en plus publier dans des revues hollandaises et dans des revues américaines (p. 38).



TABLEAU I-5
Distribution des auteurs français par langue de publication


Le comportement général, quant au choix de la langue de publication fait par les auteurs scientifiques français, apparaît de façon très nette. Entre 1967 et 1975, on observe une baisse de 28,1 % dans le nombre d'articles scientifiques publiés en langue française. Cette baisse se fait au profit de la langue anglaise puisqu'entre 1967 et 1975, le nombre d'articles écrits dans cette langue augmente de 27,8 % (p. 41).



TABLEAU I-6
Distribution des auteurs français par pays de publication et par langue de publication, en pourcentage, pour 1967, 1971 et 1975


On constate que, jusqu'en 1975, les auteurs scientifiques français publient en français en France... Mais à partir de cette date, on observe une baisse de 7 % dans le nombre d'articles en langue française publiés dans les revues scientifiques et techniques françaises. Ce fait s'explique sans doute, en partie, par le fait que, vers cette époque, certaines revues françaises commencent à accepter des articles en langue anglaise afin de s'assurer un plus grand rayonnement à l'étranger, notamment aux États-Unis. De même, une tendance générale commence à être observable : les auteurs français optent de plus en plus pour l'anglais quand il s'agit de publier dans les revues étrangères.



TABLEAU I-7
Distribution des auteurs français par type d'établissement et par langue de publication en pourcentage pour 1967, 1971 et 1975


On observe que c'est dans le secteur universitaire que la baisse du nombre d'articles publiés en français est la plus importante : 32 % entre 1967 et 1975. Viennent ensuite les laboratoires du C.N.R.S. avec une baisse de 28,6 % entre 1967 et 1975. Puis, le secteur industriel avec une baisse de 21,9 % et le secteur gouvernemental avec une baisse de 18,4 % pour la période de 1967 à 1975 (p. 46).



TABLEAU I-8
Distribution des auteurs français par discipline et par langue de publication, en pourcentage, pour 1971 et 1975


Le comportement de publication des auteurs scientifiques français varie selon les disciplines. En mathématiques, on note un comportement à peu près stable entre 1971 et 1975. En chimie, on observe une baisse de 22,1 % et, en physique, on constate une baisse de 14,1 % pour la même période. Dans le domaine des sciences de la terre et des sciences nucléaires, on note une baisse respective de 68,3 % et de 68,1 %. Dans les sciences de l'instrumentation, on observe une baisse de l'ordre de 20 %. Seules les sciences de l'espace enregistrent une augmentation du nombre d'articles de langue française (42,8 %) (pp. 46 et 49).

Il y a d'abord une nette tendance des auteurs français à publier les résultats de leurs recherches de plus en plus à l'étranger, surtout dans des revues scientifiques hollandaises et américaines; ensuite, les auteurs français publient de plus en plus en anglais, comportement facilement compréhensible, puisqu'ils publient de plus en plus à l'étranger dans des revues de niveau international où la majorité sinon la totalité des articles sont publiés en anglais; enfin, on remarque en 1975 une tendance des auteurs français à publier en anglais dans des revues françaises (p.49).

Domaine des sciences humaines et sociales

Les statistiques citées jusqu'à maintenant concernent les sciences de la nature (fondamentales ou appliquées) ou les sciences dites « exactes ». Qu'en est-il dans le domaine de ce qu'il est convenu d'appeler les sciences humaines ou sociales?

Dans un article sur la littérature relative aux sciences sociales paru en 1971, Robert Broadus13 résume les conclusions de dix recherches anglo-saxonnes concernant diverses disciplines des sciences sociales. Il montre que de 88 % à 99 % des références citées par les auteurs sont en langue anglaise, de 0,3 % à 5,0 % en allemand et en russe, de 0,3 % à 4,0 % en français. Sous cet aspect, la prépondérance de la langue anglaise est évidente.




13 Robert N. BROADUS, « La littérature relative aux sciences sociales : études de citations », Revue internationale des sciences sociales, vol. XXI II, no 2, 1971, pp. 255-263. [retour au texte]




Pour en savoir davantage sur cette question, il convient de se référer à une autre étude d'Hubert Fondin, assistant de recherche à l'Institut universitaire de technologie B. de l'Université de Bordeaux III. Son article a paru dans la revue Documentation et bibliothèques (juin&bnsp;1979); il est intitulé « La langue de publication scientifique : la prépondérance de l'anglais et la recherche ». L'auteur, sur la foi des observations faites par Martin Guha14, affirme que, si l'on prend en considération le pays d'origine des revues examinées, on constate ce qui suit :

  • dans la revue anglaise British Journal of Sociology, 92 % des documents cités sont rédigés en langue anglaise;

  • dans la revue allemande Kölner Zeitschrift fur Soziologre und Sozial-Psychologie, 48 % des documents sont en anglais, 45 % en allemand;

  • dans la revue hollandaise Mens en Maatschappij, 58 % sont en anglais, 31 % en néerlandais;

  • dans la revue italienne Rassegna Italiana di Sociologia, 54 % sont en anglais, 40 % en italien;

  • dans la Revue de l'Institut de sociologie de l'Université libre de Bruxelles, 31 % des documents sont en anglais, mais 53 % sont en français et 9 % en allemand;

  • dans la Revue française de sociologie, 46 % des documents sont en anglais et 52 % en français.

Ces observations sont confirmées par d'autres travaux, même si des variations plus ou moins grandes apparaissent quant à l'importance relative de l'utilisation des langues nationales dans chaque revue.

  • dans la revue italienne Rivista internazionale di Scienze Economiche e Commerciali de l'année 1972, 61 % des citations sont extraites de documents en langue anglaise, 18 % en langue italienne et 5 % en langue française;

  • dans la revue American Economic Review de 1969, 98 % des citations sont extraites de documents en langue anglaise, 0,5 % en langue française et 0,5 % en langue allemande;

  • dans la revue française Revue juridique et économique du Sud-Ouest (1963-1973), 77 % des citations sont extraites de documents en langue française, 21 % en langue anglaise;

  • dans la revue française Tiers Monde (1960-1976), 49 % des citations sont extraites de documents en langue française, 38 % en langue anglaise et 7 % en espagnol15.




14 Martin GUHA, « Literature Use by European Sociologists », International Library Review, vol. 3, no 4, October 1971, pp. 445-452. [retour au texte]

15 Sebastienne BIONDO, Étude de citations dans la Rivista Internazionale di Scienze Economiche e Commerciali, 1972, Bordeaux, 1974; Geneviève GUILLOTEAU, Étude de citations dans l'American Economic Review, 1969, Bordeaux, 1974; Anita ECHEVARRIA, Ange FILIPP et Elizabeth STAVRIANAKOS, Étude de citations dans la revue Tiers Monde, 1960-1976, Bordeaux, 1976. [retour au texte]




Si les données statistiques précitées nous renseignent quelque peu sur la place importante qu'occupe la littérature scientifique de langue anglaise dans le domaine des sciences sociales — dans divers pays européens — comme en témoigne le nombre important de références ou de citations d'articles en langue anglaise, elles ne fournissent pas, par ailleurs, de renseignements sur le nombre et la proportion des auteurs de langue française (ou européens) qui utilisent l'anglais pour véhiculer les résultats de leurs travaux de recherche.

En fait, les données statistiques dont nous disposons ne nous permettent pas d'affirmer que, dans le domaine des sciences sociales, nous sommes en face d'un phénomène aussi évident et aussi important que celui observé dans le domaine des sciences de la nature ou des sciences exactes.

Une analyse sommaire — par échantillonnage — effectuée dans le domaine des sciences humaines ou sociales, dans Périodex et Radar, de 1978 et 1979, nous conduit même à conclure que la grande majorité des articles rédigés par les chercheurs francophones et qui paraissent dans des périodiques scientifiques francophones sont écrits en langue française.

Sous toute réserve, on est plutôt enclin à penser que, dans le domaine des sciences sociales, le phénomène du déclin du français et de la montée de l'anglais se présente principalement sous la forme d'un envahissement progressif de la langue anglaise par le biais du nombre de plus en plus significatif de références aux travaux publiés dans cette langue et non par l'utilisation de l'anglais par les chercheurs francophones.

* * *

Les recherches de sources de documentation que nous avons effectuées pour être en mesure de décrire la situation de la langue française dans les périodiques scientifiques et techniques de Belgique et de Suisse ont été vaines. Il appartiendra aux participants belges et suisses au colloque de combler les lacunes de ce document à ce point de vue.

On peut cependant, avec toutes les nuances qui s'imposent, citer ici quelques statistiques établies par Brigitte Schroeder-Gudehuset Louise Dandurand dans une étude parue en 1973 et dont on reparlera plus loin à propos de la situation au Canada et au Québec16.

Les auteurs, à partir des Current Contents de physique et de chimie parus en 1972, ont étudié « statistiquement » le comportement linguistique de quelque 770 chercheurs belges et suisses en tenant compte ou pas, selon les cas, des groupes linguistiques distincts de ces deux pays.




16 Brigitte SCHROEDER-GUDEHUS et Louise DANDURAND, Comportements de publication d'auteurs scientifiques canadiens, 1971, Institut d'histoire et de sociopolitique des sciences, 1973, 38 p. et 18 tableaux. Texte reproduit dans Argus, vol. 9, nos 5-6, septembre-décembre 1980, sous le titre « La recherche scientifique : langue et lieu de publication ». [retour au texte]






TABLEAU I-9
Distribution des auteurs belges et suisses par pays de publication


TABLEAU I-10
Distribution des auteurs par langue de publication


TABLEAU I-11
Distribution des auteurs par langue de publication


TABLEAU I-12
Distribution des auteurs belges et suisses par discipline


TABLEAU I-13
Distribution des auteurs belges et suisses par type d'établissement


Sous-article 1.1.2.

Quelques témoignages

Nous avons recueilli, au cours des lectures préparatoires à la rédaction de ce document, quelques témoignages de personnalités engagées, à un titre ou à un autre, dans la diffusion de l'I.S.T. de langue française. Nous en citons ici quelques-uns des plus éclairants relatifs aux périodiques scientifiques et techniques et que nous avons extraits du dossier de Claudine Meyer intitulé « Peut-on encore publier en français17? » et de l'enquête menée par Barthélemy, « Sciences : une édition en recherche18 ».

Pour Jean-Pierre Abadie, directeur des publications médicales et scientifiques chez Masson, la situation est la suivante :

« Il nous faut distinguer les revues médicales des scientifiques. Parmi les premières, deux types de publications, celles qui sont d'ordre clinique et qui sont principalement diffusées sur le marché francophone, celles qui sont scientifiques et qui sont, comme les autres revues scientifiques, diffusées aussi à l'étranger, donc dans les pays anglophones. [...] Dans les publications médicales cliniques, la plupart des articles continuent à être rédigés en français, avec cependant un sommaire et un résumé en anglais très informatif pour chacun des articles. Par contre, pour les revues de recherche médicale et les revues scientifiques [v.g. Annales de chimie, dont deux cinquièmes des abonnés sont Américains], il convient de développer le nombre d'articles en anglais.

« Par ailleurs, pour ces publications, nous préconisons également un résumé très informatif en français et en anglais, ainsi que des légendes bilingues pour les tableaux, les figures et l'iconographie. »

Chez Bordas, Dunod, Gauthier-Villars, la situation se présente comme suit d'après Jean Lissarrague, directeur des éditions scientifiques :

« Il y a, chez nous, des revues qui sont rédigées en français, car nous le voulons c'est le cas des revues techniques. Puis vient le cas des revues scientifiques rédigées en français parce que l'organisme éditeur le souhaite. C'est surtout le cas des « Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences » dont l'objet principal est de communiquer rapidement l'essentiel de la recherche française et qui souhaite le faire en français. Mais dans l'une et l'autre, la technique et la scientifique, on trouve désormais le résumé en anglais.

« Puis il y a les revues multilingues (français, anglais et quelquefois allemand). Enfin, il y a les publications qui sont presque exclusivement en anglais lorsqu'elles sont de notoriété internationale dans une discipline où la recherche française n'est pas en pointe. Le taux des articles rédigés en anglais atteint alors les 90 %. Il n'y a cependant jamais d'interdit, dans ces revues, contre les articles rédigés en français.

« En fait, le problème de l'éditeur est double : défendre la langue et la science françaises. Et quand il y a contradiction entre ces deux objectifs, l'éditeur choisit la science.

[...]

« Nous connaissons les réactions des milieux scientifiques mondiaux. Ils considèrent l'usage de la langue française comme un frein à la communication. Pour ma part, je connais peu de scientifiques au travail qui acceptent de gaieté de coeur de voir leurs travaux diffusés en français, dans une revue française. Lorsqu'ils en ont la possibilité, ils s'adressent à des revues américaines; sinon, ils se tournent vers des revues françaises, mais de notoriété internationale, et leur proposent des articles rédigés en langue anglaise. »




17 À paraître, no 2, février 1978, pp. 11-22. [retour au texte]

18 À paraître, no 2, février 1978, pp. 23-38. [retour au texte]




Marie-Louise Cagnac, de l'INRA, affirme que la situation évolue dans le sens d'une plus grande utilisation de l'anglais.

« Je suis essentiellement chargée de la documentation, mais je me suis également occupée du service publication. L'Institut national de la recherche agronomique représente un potentiel de 1 500 chercheurs disséminés dans toute la France.

« Le service publication comprend les annales et un certain nombre de monographies. Ces annales, dont le rédacteur en chef est notre Directeur général adjoint, M. Poly, sont trimestrielles et bimestrielles. Elles constituent un volume de 40 numéros de 100 à 150 pages par an. Elles réunissent les travaux des chercheurs de l'Institut [INRA]. À côté de cela, il existe toute une série de monographies.

« La politique de l'INRA a toujours été que les chercheurs participent à toutes les publications nationales et internationales. Actuellement, nous publions surtout en français. Mais cette politique est remise en cause. D'un côté, il y a les conservateurs qui voudraient garder les publications comme elles existent, de l'autre, ceux qui pensent qu'aujourd'hui l'essentiel est la lecture des travaux des chercheurs dans le monde entier. Déjà, on commence à publier en anglais une partie de nos annales. »

Françoise Burnol, responsable, à l'époque de l'enquête, du service des colloques, des conférences de recherche et des publications de l'INSERM, affirme :

« Nous publions entre 12 et 15 livres par an dont les 4/5e sont des comptes rendus de colloques nationaux et internationaux. Ces publications permettent de faire le point sur les derniers travaux dans différents domaines et favorisent les échanges d'idées entre chercheurs.

« Il s'agit de publications pour hyperspécialistes à tirages s'échelonnant entre 600 et 1 000 exemplaires au maximum. Notre but est de diffuser très vite l'information scientifique, car dans les domaines de recherche fondamentale, une publication peut rapidement perdre de son actualité.

« Les monographies, études de santé publique, sont publiées en français, tandis que les colloques sont en général publiés en anglais (90 % des articles). On exige d'ailleurs toujours un résumé en anglais de tout article qui est présenté en français. »

Au cours d'une enquête menée auprès d'un certain nombre de scientifiques — mathématiciens, astronomes, physiciens, chimistes, biologistes et médecins —, le professeur Jean Langevin a rencontré ce mouvement vers l'anglais chez la plupart de ses interlocuteurs. Pour sa part, un physicien affirme :

« Il est très important pour un physicien français (ou, plus généralement francophone) d'écrire de bons articles en français et j'encourage vivement mes collègues et mes élèves à le faire, mais je crois qu'on doit également écrire de bons articles en anglais et présenter des communications en anglais dans les congrès internationaux. La position modérée que j'exprime est loin d'être majoritaire : la plupart de jeunes physiciens que je connais acceptent de moins en moins de publier en français, craignant que leurs travaux passent inaperçus. »

Enfin, Jean-Louis Cartry, dans un article du Figaro-Magazine, rapporte ce qui suit :

« Le 26 juin&bnsp;1979, l'Académie de médecine signalait que « nos instituts de recherche, tels l'I.N.S.E.R.M. [Institut national des sciences et recherches médicales], le C.N.R.S. [Centre national de la recherche scientifique], l'I.N.R.A. [Institut national de la recherche agronomique], recommandent à leurs chercheurs de publier prioritairement dans les revues anglo-saxonnes » et qu'on est même « allé, dans l'évaluation des épreuves de titres, jusqu'à ne plus tenir compte des travaux publiés dans des revues françaises. »

« Le français scientifique est à l'agonie, confirme le Pr Pierre-Paul Grassé, ancien directeur du Laboratoire d'évolution des êtres organisés. On n'écrit plus français. Deux candidats se sont présentés récemment à l'Académie des sciences. L'un, sur 64 titres de travaux publiés, n'en avait que 14 en français l'autre, sur 54, n'en avait que 4. » Il ajoute : « L'impérialisme américain est une immense réalité dans le domaine scientifique. La part que les périodiques américains accordent aux bibliographies françaises et allemandes s'amenuise de plus en plus. Et cette montée de l'américanisme est favorisée par le C.N.R.S. ou l'I.N.S.E.R.M. qui organisent en France des colloques en anglais19. »

* * *

Un certain nombre de faits plus singuliers corroborent les conclusions qui se dégagent des quelques données statistiques et témoignages cités. Dans l'exposé des motifs invoqués pour la création d'une commission d'enquête, par l'Assemblée nationale française, sur la situation du français, le député Xavier Deniau affirme :

« Le C.N.R.S. lui-même ne se signale-t-il pas par la publication de revues entièrement en anglais? Ainsi, le Journal de physique (Tome 40, no 7, juillet 1979) ou bien le cahier no 9 (1978) (publication de l'U.R.A. 14 et de la R.C.P. 230), consacré à des « Documents pour servira l'histoire de la civilisation éthiopienne », est entièrement rédigé en anglais, à l'exclusion des brefs résumés d'articles en français, à la fin du volume. Le contraire eût été plus normal de la part d'une publication issue d'un organisme comme le C.N.R.S.20 »

Dans un article paru dans Les Feuillets du praticien, Gilbert-Dreyfus observe :

« La livraison du 3e trimestre 1978 des Archives des Annales vétérinaires contient vingt-trois articles : trois seuls sont en français, dont l'un signé d'auteurs américains, les vingt autres sont tous dus à des chercheurs français qui s'expriment en anglais. Le Journal de physiologie, patronné par le C.N.R.S., ne contient, dans son numéro 5 de 1978, pas un seul mot de français : les auteurs français y ont publié en anglais, les auteurs anglo-saxons n'ont fourni aucun résumé en français21. »




19 Jean-Louis CARTRY, « French culture, kaputt? », Le Figaro-Magazine, 23 février 1980, pp. 81-85. [retour au texte]

20 Xavier DENIAU, « Exposé des motifs (pour la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la langue française) », Accueil et liaisons francophones, no 23-24, décembre 1980 et janvier 1981, pp. 3-7. [retour au texte]

21 « La langue française, victime d'un phénomène de rejet? », Les Feuillets du praticien, vol. 4. no 1, 10 janvier 1980, pp. 5-9. [retour au texte]




Dans une communication présentée lors de la Biennale de la langue française, tenue à Echternach, Jean Langevin fait remarquer :

« Déjà en 1972, la principale revue italienne de physique paraissait entièrement en anglais, l'allemande publiait en anglais plus de 50 % de ses articles, et notre Journal de Physique, 20 %. Cette évolution continue : les numéros parus en 1975 de ce même Journal de Physique contiennent entre 29 % et 71 % de leurs articles en anglais (en moyenne, environ 50 %)22. »

Depuis on aurait fait beaucoup mieux : le même Journal de physique, publication de la Société française de physique subventionnée par le C.N.R.S., faisait paraître son numéro de juillet 1979 qui ne comportait que des articles en anglais, seuls les titres des rubriques générales étant français.

En terminant cet article sur les périodiques scientifiques et techniques, on peut mentionner, pour ceux qui sont intéressés par cet aspect de la question, qu'une étude plus particulière23 portant sur le secteur industriel montre que la situation du français est précaire dans les centres de recherche, notamment ceux des entreprises multinationales.

La multiplication des statistiques, des témoignages, des faits pourrait se poursuivre. À quoi bon? Ce qui apparaît d'ores et déjà certain — même si on n'en peut donner une preuve mathématique plus élaborée — c'est que la situation du français dans les périodiques scientifiques et techniques, notamment dans le domaine des sciences de la nature, est non seulement menacée, mais qu'elle est en péril... tout comme l'affirme l'ex-président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing, à propos de la langue française en général dans le monde.

Article 1.2

LES COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES

Pour situer avec précision la place du français dans les communications (orales et écrites) présentées lors des colloques scientifiques et techniques et le comportement linguistique des chercheurs de la francophonie européenne, il faudrait posséder des données statistiques sur :

  • le nombre des colloques dans les divers secteurs et domaines de recherche;

  • l'endroit où se tiennent les congrès : hors du territoire de la francophonie ou sur le territoire de celle-ci;

  • le caractère « international » ou « national » de ces rencontres;

  • la langue des communications écrites et la langue des échanges oraux;

  • la composition « linguistique » des délégations.




22 Jean LANGEVIN, « La langue française dans le monde scientifique actuel », Le français, langue internationale, Echternach, 1975, textes présentés par Alain Guillermou, Dakar, Les Nouvelles Éditions africaines, s.d., 305 p.p. 110. [retour au texte]

23 André DANZIN, « Le français et l'anglais en contact sur le territoire français dans le monde scientifique et industriel », dans : Monique Héroux, Les relations entre la langue anglaise et la langue française. Actes du colloque international de terminologie, Paris, mai 1975, [sous les auspices du] Conseil international de la langue française, s. 1, Éditeur officiel du Québec, 1978, 185 p., pp. 57-63. [retour au texte]




Nous ne disposons pas de ces renseignements. Il y aurait, en France seulement, dans le domaine des recherches fondamentales et appliquées, secteur public ou parapublic, quelque 500 colloques, à caractère plus ou moins international, sans compter les milliers de rencontres de chercheurs rattachés au secteur industriel et plus souvent intéressés par les chercheurs techniques.

Aussi bien, dans l'impossibilité de procéder à des analyses détaillées et complètes, s'est-on contenté ici de fournir quelques statistiques sur des colloques scientifiques et techniques tenus en France au cours des trois dernières années.

Certains témoignages et quelques faits compléteront le tableau dont il semble bien que, malgré son caractère partiel, il soit représentatif de tendances significatives.

Pour les fins de ce document de travail, les indices fournis par les sources consultées et citées ici sont amplement suffisants. D'ailleurs, nous n'avions ni le temps ni les moyens — comme nous l'avons déjà mentionné à propos des périodiques — d'entreprendre une recherche systématique sur le phénomène de l'anglicisation des communications orales et écrites présentées lors des colloques scientifiques et techniques tenus sur le territoire français ou sur le territoire des pays de la francophonie européenne.

Sous-article 1.2.1.

Quelques statistiques

En ce qui concerne la langue utilisée dans les communications écrites lors des colloques internationaux tenus en France au cours des dernières années, on peut affirmer que l'anglais y occupe une place prédominante.

Dans l'étude de madame G. Gablot à laquelle nous avons déjà emprunté quelques statistiques sur les périodiques scientifiques et techniques, on retrouve un tableau relatif à l'utilisation de l'anglais dans les communications présentées lors des colloques du C.N.R.S. en sciences exactes et naturelles, en 1976.

Même incomplètes, les données fournies par la Commission parlementaire d'enquête sur la langue française suffisent à nourrir une certaine inquiétude24.

Dans les colloques internationaux du C.N.R.S. en 1976, 1977 et 1978, la répartition des langues utilisées est la suivante, selon le Rapporteur officiel de la Commission.

Le Rapporteur de la Commission d'enquête commente ainsi les données recueillies :

« Deux tiers de toutes [les] communications recensées ont été faits en anglais, un peu moins d'un tiers en français, le solde (1,5 %) revenant à des communications faites en italien, en espagnol ou en allemand dans trois colloques tenus en septembre 1978 et portant sur « Hippocrate », sur « la céramique médiévale en Méditerranée orientale » et sur « la Papauté d'Avignon ».




24 Pascal CLÉMENT, Rapport fait au nom de la Commission d'enquête sur la langue française, Paris, Assemblée nationale, no 2311, 1981, 2 t. [retour au texte]






TABLEAU I-14
Langue des communications présentées lors des colloques du C.N.R.S., 1976


Dans treize des colloques tenus en 1976, 1977 et 1978, aucun chercheur français ne s'est exprimé dans sa langue : en 1976, lors d'un colloque intitulé « Origine et expression de la diversité des anticorps », la seule communication en français a été lue par un chercheur suisse.

Sur ces treize colloques, quatre ont rassemblé des physiciens, trois des spécialistes de biologie et de biochimie, un des médecins, un des astrophysiciens et un des économistes.

« La force attractive de l'anglais est nettement plus grande dans les disciplines relevant des sciences exactes — et en premier lieu de la physique — que dans les disciplines relevant des sciences humaines et du droit où le français conserve, y compris pour certains chercheurs anglo-saxons, une valeur réelle comme instrument de communication scientifique.



TABLEAU I-15
Langue utilisée lors des colloques du C.N.R.S. 1976 - 1977 - 1978


« Cependant, même dans les disciplines où le français résiste bien, les chercheurs étrangers, y compris les ressortissants des pays francophones d'Europe, recourent de plus en plus fréquemment à l'anglais dans leurs communications. Et à plusieurs reprises, lorsque les travaux ont été effectués en commun par une équipe comprenant plusieurs Français et un Anglo-Saxon et qu'ils font l'objet d'une présentation collective, on constate que l'anglais est la langue de publication choisie.

« À l'exception des trois exemples cités plus haut, qui se rattachent à la science historique, aucun chercheur étranger ne s'exprime dans sa langue maternelle. Il choisit l'anglais dans 80 % des cas.

« Ces remarques portent sur les colloques internationaux organisés avec le concours du C.N.R.S. Pour les rencontres universitaires le défaut de documentation complète empêche d'établir des statistiques globales, mais l'étude du dossier en l'état ne fait que corroborer les observations faites à propos des colloques. De 1976 à 1980, les données fragmentaires [...] font apparaître vingt-neuf rencontres entièrement en anglais. Ce n'est là, à coup sûr, qu'un chiffre très partiel, mais il est déjà inquiétant. Parmi ces rencontres monolingues anglophones, figurent notamment des « écoles d'été » internationales, telles, en septembre 1979, l'« École d'été sur les textures » tenue à l'université de Metz25. »

* * *

L'examen du catalogue de la Librairie des éditions du C.N.R.S. édition 1980 qui annonce les ouvrages parus de septembre 1978 à septembre 1979, confirme que la situation décrite par la Commission ne s'est pas améliorée.

On constate que sur 52 « nouveautés » en sciences exactes, 16 sont des Actes de colloques et sur 150 « nouveautés » en sciences humaines, 15 sont des Actes de colloques. La description du contenu de ces Actes donne une certaine idée de la place de l'anglais dans les colloques scientifiques et techniques tenus en France au cours de cette période et selon les disciplines.




25 Pascal CLÉMENT, op. cit., t I. pp. 90-91. [retour au texte]




COLLOQUES EN SCIENCES EXACTES

Biochimie des tissus conjonctifs normaux et pathologiques Biochemrstry of Normal and Pathological Connective Tissues, vol. 1, colloque, 1978.

  • 195 résumés de communications en anglais.

Chimie de coordination et chimiothérapie des cancers, colloque, 1979.

  • 23 communications en anglais.

Biologie cellulaire des processus neurosecrétoires hypothalamiques/Cell Biology of Hypothalamic Neurosecretion, colloque, 1979

  • 47 communications en anglais avec résumés en français.

Jacques Oudin et les concepts d'allotypie des immunoglobines et d'idiotypie des anticorps, colloque, 1979.

  • 18 communications en anglais avec résumés en français.

Mécanismes de déformation des minéraux et des roches, colloque, 1979.

  • 31 communications dont 22 en anglais et 9 en français.

La physique des terres rares à l'état métallique Physics of Metallic Rare-Earths, colloque, 1979.

  • 144 communications en anglais.

Pleins feux sur la physique solaire et contexte coronal des éruptions solaires, colloque, 1978.

  • 35 communications en anglais.

Radicaux libres organiques, colloque, 1978

  • 15 conférences dont 14 en anglais, 1 en français.
  • 86 communications dont 77 en anglais et 9 en français

Relations entre catalyse homogène et catalyse hétérogène Relations between Homoegeneous and Heterogeneous Catalyses, colloque, 1979.

  • 4 conférences, 7 communications et 22 résumés en anglais; pour chaque intervention, résumé en français.

Les substances organiques naturelles dissoutes dans l'eau de mer, colloque, 1978

  • 12 communications en français avec résumés français-anglais.

Problèmes combinatoires et théorie des graphes, colloque, 1978.

  • 119 communications dont 74 en anglais et 45 en français.

IVe symposium européen sur les antiprotons/IV European Antiproton Symposium, 1979.

  • volume 1 : 48 communications en anglais;
  • volume 2 : 38 communications en anglais.

Théorie de l'information. Développements récents et applications, colloque, 1979.

  • 3 conférences dont 2 en anglais et 1 en français; 49 communications dont 28 en anglais et 21 en français.

La fin des temps glaciaires en Europe, colloque, 1979, 2 vol.

  • bilingue, sans spécification quant à la répartition linguistique.

Biologie des spongiaires/Sponge Biology, colloque, 1979.

  • bilingue, sans spécification quant à la répartition linguistique.

Algèbres d'opérateurs et leurs applications en physique mathématique, colloque, 1979.

  • langue française.

COLLOQUES EN SCIENCES HUMAINES

Aspects de la photographie scientifique, colloque, 1979

  • 30 communications en français.

Le capital dans la fonction de production, colloque, 1978.

  • 19 communications dont 9 en anglais et 10 en français.

Les disparités démographiques régionales, colloque, 1978.

  • 55 communications en français.

The Econometrics of Panel Data/L'économétrie des données individuelles temporelles, colloque, 1979.

  • 25 communications en anglais, résumés en français et en espagnol.

Droit international privé, colloque, 1979.

  • 8 communications en français.

Français et Britanniques dans la drôle de guerre, colloque, 1979.

  • 22 communications en français.

Géographie historique des vignobles, colloque, 1979.

  • tome I : Vignobles français, 16 communications en français.
  • tome II : Vignobles étrangers, 16 communications en français.

Les martyrs de Lyon (177), colloque, 1978

  • 25 communications dont 1 en allemand, 2 en italien, 4 en anglais, 18 en français.

Paléorient, vol. 4 1978, extrait : La séquence archéologique de Suse et du sud-ouest de l'Iran antérieurement à la période archéménide, 1979.

  • 6 communications dont 5 en français, 1 en anglais; 4 rapports en anglais

Santé, médecine et sociologie, colloque, 1978.

  • 46  communications dont 30 en français et 16 en anglais.

*L'anthropologie en France : situation actuelle et avenir, 570 p., colloque.

*Asie du Sud. Traditions et changements, 676 p., colloque

*Les céramiques de la Grèce de l'Est et leur diffusion en Occident, 371 p., colloque.

*Les collectivités locales et la recherche, 270 p., colloque.

*Connaissance et fonctionnement de la justice pénale : perspectives sociologiques et criminologiques, 556 p., colloque.

En ce qui a trait aux communications écrites des scientifiques français participant à des congrès ou colloques internationaux tenus en dehors du territoire de la francophonie, nous pouvons raisonnablement penser que la tendance observée dans les communications écrites lors des colloques tenus sur le territoire français ou de la francophonie européenne doit s'accentuer au point de devenir une ligne de conduite à peu près générale, à savoir l'utilisation croissante de la langue anglaise, langue dominante dans les réunions des diverses associations scientifiques et techniques de niveau international.




* Nous n'avons pas de précisions quant à la langue des communications écrites. Une vérification rapide a permis de constater que la grande majorité de celles-ci sont en langue française. [retour au texte]




Sous-article 1.2.2.

Quelques témoignages

Si nous pouvons nous faire une certaine idée de la place qu'occupe l'anglais dans les communications écrites lors des colloques tenus en France, nous ne pouvons cependant, en ce qui a trait aux communications orales — aux échanges verbaux — lors de ces mêmes rencontres, que nous en remettre à un certain nombre de témoignages sur la validité desquels nous ne pouvons évidemment pas nous prononcer.

Lors d'une enquête dont les résultats ont été publiés en 1978, madame Françoise Burnol, responsable des éditions de l'INSERM qui compte 1 200 chercheurs dans le domaine de la recherche médicale, affirme ce qui suit :

« L'anglais est indiscutablement la langue des scientifiques. Les colloques se déroulent en anglais, les discussions ont lieu en anglais et pour la publication de leurs communications, les chercheurs font de gros efforts pour rédiger en anglais de façon à être lus.

« Aujourd'hui, il n'est plus possible de ne plus savoir l'anglais. Mais c'est normal, on ne peut plus raisonner à l'échelon d'un pays. Il faut unifier par une langue commune les spécifiques qui se rencontrent26. »

Selon madame de Chambrun, enseignante à l'Université de Paris XI, des congrès de physique et de chimie réunissant 80 % de francophones sont tenus en anglais sur le territoire français.

« Il est admis, et cela malgré les consignes (très molles) du Secrétariat aux Universités, que 20 % des congrès de Physique et Chimie sur le territoire national ont l'anglais pour langue véhiculaire. En 1979, un congrès de Chimie, réunissant 73 % de francophones, s'est déroulé en anglais, à l'exception de deux communications. En l'espace de quatre ans (1975/1979), les publications de biochimistes francophones rédigées en anglais sont passées de 56 à 80 %. Partout l'anglais gagne d'année en année27. »

Quant au professeur Gilbert-Dreyfus, il affirme catégoriquement que :

« Notre langue est totalement absente de 50 % environ des congrès scientifiques internationaux, tandis que l'anglais est présent dans 98 % d'entre eux [...]. Fait incroyable, mais pourtant exact, un symposium sur la nutrition a eu lieu en juin dernier à Montpellier, où seule la langue anglaise était admise, le français se trouvant éliminé et interdit aux auteurs français eux-mêmes28. »

Dans un article intitulé « Recherche scientifique et communication traduction simultanée ... en langue commune » René Küss soutient enfin que :

Il apparaît dont tout à fait normal que la langue la plus parlée du monde et aussi la plus facile à parler sinon toujours à comprendre, et qui représente pour nous médecins le porte-parole de 80 % des progrès scientifiques venus essentiellement des États-Unis, soit de nos jours la langue prioritaire de nos Congrès internationaux. [...] elle a déjà pris place dans certaines spécialités plus jeunes telles que la cancérologie, l'immunologie, la transplantation et d'autres, c'est-à-dire dans des spécialités de recherche [...]29.




26 BARTHÉLÉMY, « Sciences : une édition en recherche », À paraître, no 2, février 1978, pp. 23-38. [retour au texte]

27 Le français chassé des sciences. Actes d'un colloque tenu à la faculté de Paris-Orsay, présentés par Noëlle de CHAMBRUN et Anne-Marie REINHARDT, Paris, CIREEL, 1981, 163 p.p. 15. [retour au texte]

28 GILBERT-DREYFUS, La langue française, victime d'un phénomène de rejet? », Les Feuillets du praticien, vol. 4, no 1, 10 janvier 1980, pp. 5-9. [retour au texte]

29 La Nouvelle Presse médicale, t. 8, no 35, 17 septembre 1979, pp. 2843-2844. [retour au texte]


Conclusion du chapitre premier

La situation du français dans les périodiques et les communications scientifiques et techniques, notamment dans le domaine des sciences de la nature, est non seulement menacée, mais elle tend à se détériorer.

Alors que les pays francophones européens produisaient il n'y a pas si longtemps — et en langue française — de 20 % à 25 % de l'I.S.T. occidentale, ils en produisent aujourd'hui moins de 10 % selon les indications de certaines études et les estimations de certains experts que nous avons interrogés.

Par ailleurs, une fraction croissante de cette I.S.T. produite par les pays francophones européens est diffusée en langue anglaise :

  • soit dans des revues étrangères (notamment américaines);

  • soit dans des périodiques scientifiques et techniques considérés comme francophones;

  • soit dans des communications présentées par les chercheurs lors des colloques scientifiques et techniques.

Il s'ensuit donc que la place relative du français dans l'I.S.T. est doublement menacée et elle tendrait à se situer quelque part autour de 6 % ou 7 %.

Ces faits, s'ils sont véridiques, sont de nature à inquiéter ceux qui se préoccupent de l'avenir du français dans la science et la technologie.




Chapitre II
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