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Économie et langue

Économie et langue

François Vaillancourt







Recueil de textes

Textes colligés par

François Vaillancourt

avec la collaboration de

Conrad Sabourin



Centre de recherche en développement économique
Université de Montréal






Cet ouvrage a été publié
par le service des communications
sous la direction de Léo Gagné

Collaboration :
Sylvie Dugas
Service des communications
Denise Tremblay
Direction des études et recherches


1985 Éditeur officiel du Québec

Tous droits de traduction et d'adaptation,
en totalité ou en partie, réservés pour tous
les pays. Toute reproduction pour fins
commerciales, par procédé mécanique ou
électronique, y compris la microreproduction,
est interdite sans l'autorisation écrite
de l'Éditeur officiel du Québec.

Dépôt légal - 2e trimestre 1985
Bibliothèque nationale du Québec
ISBN 2-551-09033-4





TABLE DES MATIÈRES



Avant-propos

PRÉSENTATION
Les écrits en économie de la langue : brève revue et introduction au recueil François VAILLANCOURT
Le bilinguisme au Canada : l'usage consacre-t-il l'anglais monopole naturel? Jack CARR
L'équilibre sur les marchés linguistiques minoritaires Toussaint HOCEVAR
La théorie des environnements linguistiques Conrad SABOURIN
L'investissement linguistique et la francisation du Québec Albert BRETON et Peter MIESZKOWSKI
La loi 101 : une approche économique Michel BOUCHER
Un aperçu de la situation économique des anglophones et francophones du Québec, de 1961 à 1971, et de l'impact possible sur cette situation du projet de loi 1 François VAILLANCOURT
Les disparités linguistiques de revenu sur le marché montréalais : quelques éléments d'analyse Jac-André BOULET
Les revenus de placement en 1961 et l'origine ethnique des Canadiens André RAYNAULD
Le choix de la langue de consommation François VAILLANCOURT
Revenus et langue au Québec, 1970-1980
Une revue des écrits
François VAILLANCOURT
et
Robert LACROIX
Bilinguisme, transferts linguistiques et revenus du travail au Québec : quelques éléments d'interaction Gilles GRENIER

BIBLIOGRAPHIE




Avant-propos


À l'automne 1982, le Directeur des études et recherches du Conseil de la langue française me demandait de préparer un recueil de textes portant sur les questions linguistiques et les écrits des économistes. Diverses raisons motivaient cette demande : l'existence d'un certain nombre de textes inédits dans le domaine, l'intérêt qu'avait suscité un recueil de textes démolinguistiques, publié par le Conseil en 1980, et ma connaissance du domaine. Je me suis mis à la tâche au printemps 1983 : le résultat de ce travail est un recueil uniquement composé, à deux exceptions près, de textes inédits. Certains d'entre eux ont fait l'objet de communications au colloque « Économie et langue », tenu à Montréal en avril 1978.

François VAILLANCOURT




Présentation


Depuis une vingtaine d'années, les économistes ont approfondi les relations entre « langue et économie ». Le débat linguistique canadien et québécois a été par ailleurs propice à la réalisation d'études économico-linguistiques de grandes envergures et, par voie de conséquence, a rendu possible le développement d'une compétence québécoise fort importante dans ce domaine de recherche.

Le recueil de textes que publie le Conseil de la langue française se situe dans le sillage de ces travaux des vingt dernières années. Il fait appel à des économistes québécois, canadiens et américains qui se sont penchés sur ces relations. L'éventail des thèmes abordés permet à la fois de se familiariser avec les aspects méthodologiques de cette question et de prendre connaissance de faits très concrets que sont, par exemple, les écarts de revenus entre groupes linguistiques, les investissements linguistiques réalisés dans le cadre de la francisation, etc.

Par la publication de ce recueil, le Conseil vise donc une plus large diffusion des textes qu'il contient, espérant ainsi qu'il alimentera le débat sur ces questions auprès du public en général, des étudiants, des enseignants et des chercheurs.

Michel AMYOT, directeur
Direction des études
et recherches





Les écrits en économie et langue
Brève revue et introduction au recueil
par
François VAILLANCOURT






Ce recueil a pour objectif de diffuser auprès du public intéressé un certain nombre de textes d'économistes portant sur les questions linguistiques et qui, à une exception près, sont jusqu'à maintenant inédits. Ces textes ont été rédigés entre 1970 et 1981, mais surtout entre 1975 et 1979, soit à un moment où le débat sur les législations linguistiques québécoises était particulièrement vigoureux. Nous pouvons diviser les textes présentés ici en cinq catégories : les textes théoriques, les textes sur les politiques linguistiques, les textes sur le statut socio-économique des francophones, les textes sur les choix d'épargne et de consommation et les textes sur les analyses multivariées. Nous présentons tout d'abord les textes de nature plus théorique, soit ceux de Carr, Hocevar et Sabourin, nous passons ensuite aux textes sur les politiques linguistiques, soit ceux de Breton, Boucher et Vaillancourt; une partie de ce dernier texte de même que celui de Boulet portent sur le statut socio-économique des francophones du Québec. Nous examinons, par la suite, certains aspects linguistiques des choix des épargnants et des consommateurs à l'aide du texte de Raynauld et d'un autre texte de Vaillancourt. Finalement, nous présentons dans deux textes des résultats d'analyse multivariée des effets des attributs linguistiques sur le revenu. Celui de Vaillancourt et Lacroix passe en revue les études faites de 1970 à 1980 alors que celui de Grenier, plus récent, nous permet de nous familiariser avec les techniques de pointe dans ce domaine.

Comme nous ne présentons pas l'ensemble des textes d'économistes portant sur les questions linguistiques, nous ferons dans cette introduction un bref survol de cette littérature et y situerons les textes qui composent ce recueil. Nous commencerons par un examen des écrits à contenu théorique. Nous examinons ensuite les écrits portant sur les politiques linguistiques, puis terminons avec ceux sur le statut socio-économique des groupes linguistiques du Québec et sur leurs choix d'épargne et de consommation.

* * *

Le premier texte en économie de la langue aurait été rédigé par Marschak (1965). Ce texte examine les déterminants de la survie d'une langue à travers le temps et conclut que les langues qui requièrent moins de temps pour transmettre une quantité donnée d'informations sont plus susceptibles de survivre que les autres. Il n'y a pas eu de vérification de cette hypothèse.

Les textes qui ont suivi celui de Marschak ont abordé un problème différent du sien, à savoir : comment modéliser l'effet des attributs linguistiques sur le revenu? On peut distinguer trois grands types de réponses à cette question. La première approche est celle mise de l'avant par Raynauld et Marion, dans leurs travaux pour la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme et dans leur texte de 1972, et par Migué, dans son texte de 1970. Cette approche met l'accent sur l'aspect ethnique des attributs linguistiques. C'est ainsi que la langue maternelle d'un individu détermine son appartenance à un groupe ethnique, groupe qui peut être dominant ou dominé, groupe qui peut pratiquer la discrimination ou la subir.

Raynauld et Marion (1972) utilisent un modèle développé par Becker pour étudier, entre autres, la discrimination raciale aux États-Unis afin d'examiner la situation des Canadiens français du Québec. Ce modèle fait l'hypothèse que la discrimination exercée par un groupe contre un autre s'explique par les goûts des membres de ce premier groupe. Ce type de modèle diffère de celui utilisé par Migué qui lui, fait appel au concept de discrimination statistique mis de l'avant par Stigler. Dans ce cas, les membres d'un groupe font de la discrimination contre un autre non pas par goût, mais en utilisant l'appartenance au groupe dominé comme un indicateur de productivité inférieure.

Raynauld et Marion (1972) expliquent donc la discrimination que les Canadiens français subiraient de la part des Canadiens anglais par les préférences de ceux-ci alors que Migué (1970) l'explique par le fait qu'un employeur utilise l'appartenance à un groupe linguistique dominé pour distinguer, lors de l'embauche ou de la promotion, entre les employés susceptibles d'être plus productifs (anglophones) ou moins productifs (francophones).

Il n'y a pas de textes dans ce recueil qui présente ou fait appel à la discrimination pure comme cadre d'analyse. Par contre, le texte de Boucher, sur les effets de la loi 101, fait appel à la discrimination statistique dans l'élaboration de son cadre d'analyse.

Dans les textes qui font l'analogie entre groupes linguistiques et groupes ethniques, on néglige souvent le fait que la (ou les) langue(s) connue(s) est (sont) aussi un moyen de communication. Par contre, la seconde façon de modéliser l'effet des attributs linguistiques sur le revenu met l'accent sur l'aspect moyen de communication des attributs linguistiques et néglige l'aspect ethnique des attributs linguistiques. C'est ainsi que le texte de Carr (1976)1, où l'on compare la langue à une monnaie internationale, et ceux de Breton et Mieskowski (1975, 1977) et de Breton (1978), où on assimile la langue à du capital humain, ne tiennent pas compte de l'aspect attribut ethnique d'une langue.

Le texte de Carr est le premier à faire l'analogie entre les échanges de biens et services entre des groupes linguistiques et les échanges de biens et services entre des pays. C'est pourquoi nous l'avons inclus dans ce recueil Carr rappelle que, dans les échanges internationaux, ce ne sont que quelque monnaies (dollar américain, deutsche mark, etc.) qu'il est efficace d'utiliser procurant ainsi des avantages (droit de seigneuriage) aux pays qui les émettent. De même dans les échanges entre groupes linguistiques, ce ne sont que quelques langues qu'il est efficace d'utiliser : les communautés dont les membres connaissent bien l'une ou l'autre de ces langues en retireront des avantages. Étant donné que l'anglais est la principale langue des échanges au niveau international et est également la langue d'un des deux groupes linguistiques du Canada, Carr conclut que la politique sur les langues officielles du Canada (bilinguisme) est une source de gaspillage et qu'elle devrait être remplacée par une politique de subvention aux francophones afin de faciliter leur apprentissage de l'anglais.




1 Il s'agit de la date de la version révisée du texte. La version originale date du début des années 70. [retour au texte]




D'autres textes ont utilisé l'analogie entre les échanges internationaux et les échanges entre groupes linguistiques. C'est ainsi que Breton et Mieskowski (1975, 1977), dans la première partie de leur texte, comparent les obstacles linguistiques aux coûts de transport qui doivent être encourus lors d'échanges internationaux. De même Boucher, dans le texte reproduit dans ce recueil, compare certains aspects de la loi 101 à un tarif appliqué sur les échanges internationaux.

C'est cependant le fait que la langue soit du capital humain qui a le plus marqué les écrits des économistes sur les questions linguistiques. En effet, cette analyse permet de traiter la langue comme la scolarité ou l'expérience acquise au travail : tous ces types de capital humain ont en commun d'être des connaissances utiles aux individus. Cette analogie avec le capital humain permet alors de faire appel à un ensemble d'outils analytiques développé depuis le début des années 60 aux États-Unis par, entre autres, Becker, Mincer et Schultz : c'est d'ailleurs ce qu'a fait avec habileté Grenier (1982) lors de ses travaux sur les Hispano-Américains.

Dans ce recueil, nous avons inclus un texte qui présente l'approche du capital humain puis l'utilise comme point de départ afin de développer un modèle plus complet de la détermination de la langue de travail et des revenus des membres des groupes linguistiques. Il s'agit du texte de Sabourin, tiré de sa thèse de doctorat (1979), qui développe une théorie des environnements linguistiques. Ce texte est une extension intéressante du modèle du capital humain et dont le contenu s'explique en partie par le fait que l'auteur a une formation à la fois en économique et en linguistique. Une des conclusions de Sabourin est que l'on peut considérer la langue comme un bien supercollectif, car plus le nombre d'individus parlant une langue est élevé, plus la valeur de cette langue est grande.

On peut également classer le texte de Hocevar (1975) comme un texte qui traite la langue comme du capital humain. En effet, il critique Raynauld et Marion (1972) et Migué (1970) pour avoir confondu minorité linguistique et autres types de minorités et insiste sur le rôle de la langue comme moyen de communication. On doit cependant noter que Hocevar ne mentionne jamais la notion de capital humain de façon explicite. Nous l'avons inclus dans ce recueil, car il s'agit du premier texte publié qui examine l'utilisation de la langue sur les marchés du travail et des biens et services privés et publics. On se doit de souligner qu'il conclut que les écarts de revenu entre minorités et majorités linguistiques ne sont pas nécessairement dus à la discrimination sur les marchés des facteurs; ils peuvent également s'expliquer par la spécificité linguistique des facteurs, des biens et et services, et de leur mode de production.

La troisième façon de caractériser la langue est de la considérer à la fois comme un attribut ethnique qui détermine, en partie ou en tout, l'appartenance de l'individu à un groupe ou à une société donnée et comme un type de capital humain qui sert à communiquer avec les autres, et qui permet d'acquérir d'autres types de capital humain (scolarité, etc.) et de les rendre disponibles sur le marché du travail. On considère que la langue préférée de l'individu (en règle générale, sa langue maternelle) est à la fois un attribut ethnique et du capital humain, alors que les autres langues connues par un individu sont du capital humain. Cette approche a été mise de l'avant par Vaillancourt (1980a) et Lacroix et Vaillancourt (1980).

Les divers auteurs recensés ci-haut ont défini la langue en termes économiques pour mener à bien diverses analyses. Ainsi, Raynauld et Marion (1972), à l'aide de données hypothétiques sur la part du travail et du capital anglophone et francophone au Québec, examinent la ségrégation et la discrimination sur le marché du travail québécois.

Migué, quant à lui, examine la pertinence de la théorie des réseaux d'information pour expliquer que les revenus des anglophones sont plus élevés que ceux des francophones. Il conclut que, comme les propriétaires et hauts gestionnaires d'entreprises sont des anglophones, il est moins coûteux pour les entreprises d'engager des anglophones que des francophones : en effet, il leur est plus facile par leurs réseaux de contacts (clubs, voisinage, universités, etc) d'obtenir de l'information sur les premiers que sur les seconds. Dans ce recueil, Boucher reprend cette notion de réseau d'information, de même que Boulet.

Breton et Mieskowski (1975) utilisent leurs considérations théoriques sur la nature de la langue pour examiner les facteurs qui déterminent la langue de travail d'une firme et également pour se pencher sur les effets économiques des politiques linguistiques du Québec (loi 22). C'est cette seconde partie de leur texte, légèrement révisée, que l'on retrouve dans ce recueil. Finalement, Hocevar (1979), comme nous l'avons déjà souligné, et Vaillancourt (1980a), une fois la nature économique des connaissances linguistiques établie, se penchent sur le fonctionnement de divers marchés.

Il nous semble donc opportun de présenter les principaux résultats de Breton et Mieskowski, Hocevar et Vaillancourt, car leur analyse du fonctionnement des marchés est pertinente à la compréhension des effets des politiques linguistiques et des déterminants du statut socio-économique des groupes linguistiques. Nous examinerons tout d'abord le choix d'une langue de consommation, puis d'une langue de travail.

Dans une société donnée, les individus bilingues, donc ceux qui peuvent choisir, vont utiliser leur langue maternelle plutôt que leur langue seconde dans leur activité de consommation, soit parce qu'ils aiment leur langue maternelle ou en sont fiers (Hocevar, 1975), soit parce qu'ils sont plus efficaces dans leur langue maternelle (Vaillancourt, 1980a) ou soit pour les deux raisons (Vaillancourt, 1980a). Dans les deux cas, on peut cependant croire que l'individu tiendra également compte du coût de son choix. C'est ainsi qu'un individu peut être prêt à lire un livre dans sa langue maternelle plutôt que dans sa langue seconde, s'il lui en coûte le double ou le triple, mais non le quintuple. L'écart acceptable des prix sera d'autant plus grand que la préférence pour la langue maternelle est forte ou que le gain d'efficacité qu'on retire à l'utiliser est élevé. Ce gain d'efficacité provient du fait que, par exemple, ce ne sont pas tous les bilingues qui comprennent aussi bien leur langue seconde que leur langue maternelle. Moins un individu dit bilingue comprend la langue seconde, plus il économise du temps à consommer dans sa langue, d'où un gain d'efficacité plus grand. Cette économie de temps vaudra d'autant plus pour l'individu que sa rémunération horaire est élevée. Dans ce recueil, on retrouve dans le texte de Hocevar ses arguments à ce propos. Quant à ceux de Vaillancourt, on les retrouve dans un texte de ce recueil, accompagnés d'un essai de vérification empirique.

Quant à la décision des firmes d'offrir ou non des biens dans une langue donnée, elle dépend, selon Hocevar, de facteurs techniques, tels que leur capacité de production et la présence d'économies d'échelle. Par contre, Vaillancourt (1980a) indique que la décision d'offrir ou non un produit dans une langue donnée dépendra de l'effet de cette décision sur l'atteinte par la firme de ses objectifs et, en particulier, de l'effet des coûts et des revenus attachés à ce produit sur les profits de la firme.

On examine dans trois textes la détermination de la langue de travail. Breton et Mieskowski (1975) concluent que quatre facteurs, soit les connaissances linguistiques des facteurs et, en particulier, du travail, l'importance des transactions externes par rapport aux transactions internes de la firme, la plus ou moins grande utilisation d'un seul langage de communication externe et l'importance du contenu linguistique des biens expliquent le choix d'une langue de travail. Hocevar (1975) examine les déterminants de la demande pour les facteurs de production du groupe minoritaire. Il conclut que la demande pour ces facteurs est fortement reliée à la production de biens et services, privés et publics, disponible dans la langue de la minorité. De plus, il indique qu'il est normal que les entreprises préfèrent n'utiliser qu'une langue de communication interne, ce qui peut amener l'émergence de ségrégation entre les travailleurs des deux groupes lorsque les exigences du poste ne sont pas linguistiquement neutres. Quant à Vaillancourt (1980a), il écrit que les choix de la firme seront influencés par les connaissances linguistiques des membres de sa direction, par la langue de la technologie qu'elle utilise et par la langue des marchés qu'elle dessert.

Finalement, avant de terminer cette revue des écrits théoriques, on doit noter que, à l'exception de Grenier (1982), aucun des auteurs recensés ci-haut n'examine les choix d'apprendre une langue ou non : ils postulent donc implicitement un univers où les connaissances linguistiques sont données au départ et demeurent fixes. Vaillancourt et Lefebvre (1981) et Vaillancourt et Payette (1984) ont examiné, à l'aide de la théorie du capital humain, la décision des francophones du Québec d'apprendre l'anglais et la décision des anglophones et francophones du Québec d'apprendre une langue seconde. Il revient cependant à Grenier d'avoir développé le premier modèle formel de ce processus : il applique ce modèle au cas des Hispano-Américains.

Comme on ne retrouve aucune de ces études dans ce recueil, il nous semble utile d'indiquer que les deux études québécoises ont été faites avec les données de l'enquête de 1979 du Conseil de la langue française où on a utilisé un modèle d'échantillonnage stratifié et non proportionnel pour rejoindre 8 634 répondants au début de 1979. L'étude de Vaillancourt et Lefebvre utilise un échantillon de 5 557 francophones, hommes et femmes et celle de Vaillancourt et Payette, un échantillon de 3 576 hommes, anglophones et francophones. L'étude de Grenier a été faite avec les données du « Survey of Income and Education » de 1976. L'échantillon comprend 2 427 hommes. Les trois études utilisent l'approche du capital humain et les techniques statistiques appropriées (méthode probit). Les principaux résultats des deux études québécoises sont qu'un individu est d'autant plus susceptible d'être bilingue que la scolarité de ses parents est élevée, qu'un de ses parents a comme langue maternelle la langue seconde ou qu'il est né dans une région où la langue seconde est d'usage courant. L'étude américaine souligne l'importance des mariages exogames comme explication du bilinguisme chez les hispanophones.

* * *

Les premiers textes sur les aspects économiques des politiques linguistiques sont ceux de Jernudd (1971) et Thornburn (1971). Ces deux textes ont été écrits par des experts en planification linguistique : ils soulignent la pertinence de l'analyse économique et, en particulier, de l'analyse avantages-coûts pour lesplanificateurs linguistiques, mais n'examinent pas les effets d'une politique linguistique donnée.

C'est ensuite la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques, commission qui œuvra au Québec au début des années 70 qui a fait faire un certain nombre d'études de type économique, études dont Laporte (1974) fait la synthèse. On y examine des sujets tels que la langue de travail (Carlos, 1973), les possibilités et contraintes économiques quant à l'utilisation du français comme langue de travail (Dagenais et Van Peeterssen, 1973), la demande et l'offre de main-d’œuvre qualifiée (Empez et Ross, 1974; Girard, Brault, Champagne et Empez, 1973) et les liens entre francisation et francophonisation (Inagaki, 1972). De toutes ces études, c'est celle de Dagenais et Van Peeterssen qui porte le plus sur les aspects économiques de politiques linguistiques. En effet, ils examinent comment les caractéristiques des divers secteurs (nature de la production, type d'inputs utilisés) font que l'on doive varier de l'un à l'autre le degré de francisation demandé.

Le premier texte sur les effets d'une politique linguistique particulière est celui de Breton et Mieskowski (1975), dans sa deuxième partie. Dans ce texte, qu'on retrouve dans ce recueil, les auteurs examinent tout d'abord les effets possibles d'une politique de francisation. Ceux-ci varient beaucoup selon que l'on estime que la distribution entre groupes linguistiques des postes de gestion au Québec est le reflet du jeu des forces du marché ou des forces discriminatoires. Ils soulignent ensuite les avantages qu'il peut y avoir à ce que l'État coordonne le changement linguistique pour passer d'un état d'équilibre à un autre. Finalement, ils se livrent à un certain nombre de simulations numériques de l'effet des politiques linguistiques sur les revenus des divers groupes et de l'ensemble de la société québécoise : ces effets dépendent des changements dans le prix du capital, dans le nombre de gestionnaires qualifiés au Québec et de la technologie de production des firmes québécoises.

C'est cependant le débat entourant la Charte de la langue française (loi 101) de 1977 qui a amené la rédaction d'un grand nombre de textes sur les coûts et les bénéfices des législations linguistiques. Ainsi, avant l'adoption de celle-ci, les textes de Secor (1977) et de Vaillancourt (1977a) ont alimenté le débat. Après le passage de cette loi, les textes de Boucher (1977), Vaillancourt (1978a), A.C.F.Q. (1979), Allaire et Miller (1980), Secor (1980), Éconosult (1981) ont contribué à maintenir le débat. Finalement, l'examen à l'automne 1983 par une commission de l'Assemblée nationale de la loi 101 a amené des contributions du Centre linguistique de l'entreprise, du Conseil du patronat du Québec et de Vaillancourt (1983a).

Les études énumérées ci-haut ont examiné les coûts et bénéfices de la francisation pour les firmes, les individus et l'ensemble de la société québécoise. Quatre études (Société internationale..., 1974; Secor, 1977; Éconosult, 1981 et C.L.E., 1983)indiquent qu'en moyenne le coût direct de la francisation au Québec durant la période de transition (présumée de cinq ans), est de moins de 1 %des ventes. Évidemment, les coûts varient d'une entreprise à l'autre. De plus, il s'agit des frais encourus pour franciser les opérations au Québec. Ces coûts sont donc encourus après réorganisation, s'il y a lieu, et excluent le coût d'une telle réorganisation. Les entreprises du Québec retirent également des bénéfices de la francisation de leurs opérations. En effet, elles ont accès plus facilement à la main-d'œuvre locale et celle-ci est plus productive en français qu'en anglais (Éconosult, 1981). Les bénéfices l'emportent-ils sur les coûts? Nous l'ignorons.

Les résidents du Québec sont affectés de façon différente par les politiques de francisation du milieu du travail (Vaillancourt, 1977, 1978a). De façon générale, les « parlant français » voient s'accroître le nombre d'emplois qui s'ouvrent à eux, alors que les unilingues anglophones voient celui-ci diminuer. Les « parlant français » sont d'autant plus avantagés que peu de postes sont transférés hors du Québec ou n'y sont pas créés (Breton et Mieskowski, 1975; 1977). Les « parlant anglais » préfèrent continuer à travailler en anglais au Québec. S'ils n'ont pas cette possibilité, ils doivent soit apprendre le français à leurs frais, soit quitter le Québec pour maintenir la rentabilité de leur capital linguistique.

Quant à l'ensemble de la société, tous les auteurs sont en accord (Breton et Mieskowski, 1979; Secor, 1977; Vaillancourt, 1977, 1978) pour conclure qu'il y aura diminution du nombre d'emplois au Québec et que les emplois qui sont déplacés hors du Québec ou n'y sont pas créés sont ceux d'industries ou de fonctions plus mobiles telles que les sièges sociaux ou la recherche (Dagenais et Van Peeterssen, 1973). Cependant, la réorganisation des firmes suite à leur francisation (création de divisions régionales, etc.) et le départ d'unilingues anglophones accompagnés de leur poste pour éviter l'effet de la francisation ailleurs que sur leur poste (langue de consommation, opportunités d'emplois pour leurs enfants, etc.) peut diminuer, laisser inchangé ou augmenter le nombre de postes disponibles aux francophones.

Dans ce recueil, on retrouve deux textes sur les effets de la loi 101. Celui de Boucher, que nous avons déjà décrit en partie, utilise la théorie des réseaux d'information à la Migué (1970) pour examiner l'effet de la loi 101, assimilé à un tarif, sur les cadres anglophones et francophones. Une des conclusions qu'on peut en tirer est que, bien que les francophones se soient de plus en plus scolarisés depuis 1960, il pourrait leur être difficile d'obtenir des emplois aussi bien rémunérés que ceux des anglophones au début de leur carrière, car les firmes seraient mal informées sur leur potentiel.

Le deuxième texte portant, en partie, sur les effets de la loi 101, est celui de Vaillancourt. Celui-ci examine les effets sur les firmes et les individus des diverses dispositions de la loi 101 (projet de loi 1). Il conclut qu'elle impose des coûts et procure des bénéfices à la société québécoise.

Les écrits sur le statut socio-économique des groupes linguistiques du Québec et sur l'infériorité des francophones par rapport aux anglophones (des Canadiens français par rapport aux Britanniques) remontent au XIXe siècle (voir de Tocqueville). Ce sont cependant les travaux de la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme qui ont relancé le débat. Le résultat le plus frappant de ces travaux était sans doute celui qu'en 1961, seuls les Indiens (autochtones) et les Italiens avaient des revenus moins élevés que les Canadiens français. Une série d'études plus récentes ont permis de faire le point sur les écarts de revenu entre anglophones et francophones en 1971 (Vaillancourt, 1977, 1978a, 1980a; Boulet, 1981a) en 1977 (Bernard et al., 1979), en 1978 (Lacroix et Vaillancourt, 1981) et en 1981 (Boulet et Lavallée, 1983). Tous ces textes nous indiquent que les écarts de revenu entre anglophones et francophones ont beaucoup diminué de 1961 à 1981 : une partie de cette diminution est due à la diminution de l'écart entre la scolarisation des anglophones et des francophones (Vaillancourt et Saint-Laurent, 1980).

À part le revenu, deux autres indicateurs du statut socio-économique des groupes linguistiques ont été retenus : il s'agit de leur part des postes de cadres dans l'économie et de leur contrôle des entreprises œuvrant au Québec. Vaillancourt (1983a) résume l'information sur l'évolution dans l'accès aux postes de cadres de 1960 à 1980 des francophones : cet accès s'est accru. Raynauld et Vaillancourt (1984) examinent l'appartenance par groupe linguistique des firmes de l'économie québécoise en 1978 et la comparent à celle de 1961 (Raynauld, 1974) : les francophones ont accru leur contrôle de l'économie québécoise.

Dans ce recueil, la première partie du texte de Vaillancourt et le texte de Boulet examinent le statut socio-économique des francophones en utilisant des données portant sur la période 1960-1978. De plus, le texte de Boulet passe en revue un certain nombre d'explications (antécédents familiaux, bris historique de la Conquête, réseau d'information) de ce statut. Étant donné que ces deux textes utilisent des données relativement vieilles, nous présentons aux tableaux I, II et III l'information la plus récente sur les écarts de revenu entre anglophones et francophones du Québec, sur l'accès des membres de ces deux groupes aux postes de cadres et sur leur contrôle de l'économie québécoise. Ces tableaux sont tirés de Vaillancourt (1983a).

L'évolution du statut socio-économique des francophones a fait l'objet d'un certain nombre de tentatives d'explication. La plus complète est sans doute celle offerte par Lacroix et Vaillancourt (1981), reprise par Vaillancourt (1982a, 1983a). Ces auteurs suggèrent que l'on doit tenir compte de l'effet de divers facteurs de marché tels que la croissance de l'importance des employeurs francophones (publics et privés), l'offre de travailleurs francophones qualifiés et la demande pour des biens et services en français, suite à la croissance du pouvoir d'achat des francophones pour expliquer l'amélioration du statut socio-économique des francophones du Québec. Selon eux, sur la période 1970-1978, les politiques linguistiques (lois 22 et 101) n'expliquent pas la plus grande part de cette amélioration, en partie parce que les firmes avaient anticipé les exigences de ces politiques (Vaillancourt, 1979a).

* * *

Nous présentons ensuite un texte de Raynauld sur les revenus de placement des groupes ethniques au Québec et ailleurs au Canada et un texte de Vaillancourt sur les choix d'une langue de consommation par les francophones du Québec.

Le texte de Raynauld est le seul texte, à notre connaissance, qui examine l'effet de l'appartenance à un groupe linguistique sur les comportements d'épargne. C'est pourquoi nous avons jugé intéressant de l'inclure ici, bien que les données datent de 1961. Raynauld constate que les Canadiens français ont des revenus de placement moindres que les Canadiens d'origine britannique : il croit que ceci peut être dû à une propension marginale à épargner moindre. Un facteur qui expliquerait ceci serait les différences dans le niveau des charges familiales.

Quant au texte de Vaillancourt, il examine si on peut expliquer la préférence des francophones du Québec pour leur langue de consommation. Il conclut que le niveau de connaissance de l'anglais des francophones au Québec explique en bonne partie leur choix d'une langue de consommation : moins ils connaissent l'anglais, plus ils désirent utiliser le français.

* * *

Afin de compléter notre examen des effets des attributs linguistiques sur le statut socio-économique des groupes linguistiques, nous présentons deux textes sur l'effet de ces attributs tels que mesurés à l'aide des méthodes d'analyse multivariée. Ces méthodes nous permettent de connaître l'effet net des attributs linguistiques sur le revenu. Cet effet net est calculé toutes choses étant égales par ailleurs; on mesure alors l'effet des attributs ayant contrôlé pour des différences dans la scolarité des individus, dans leur âge... Le tableau XIII de Vaillancourt (1977a) est un exemple de tels résultats.

Le premier texte, celui de Vaillancourt et Lacroix (1983), nous présente les résultats des études faites entre 1970 et 1980. Les auteurs y ont recensé un total de textes qui tous étudient l'effet des attributs linguistiques sur le revenu de résidents du Québec. Le second texte, celui de Grenier (1983), est beaucoup plus technique que les autres textes de ce recueil. Il permet cependant au lecteur de se familiariser avec les méthodes de pointe dans le domaine de l'étude des déterminants du revenu. L'auteur les applique à des données d'enquête de 1979 pour examiner l'effet des attributs linguistiques sur le revenu des résidents au Québec.

Après les textes, nous présentons une bibliographie à jour (décembre 1983) des divers écrits en économie de la langue. Ceci permettra au lecteur, mis en appétit par l'un ou l'autre texte du recueil ou intrigué par un passage de cette introduction, d'explorer plus à fond la littérature en économie de la langue.

 
TABLEAU I
Revenu de travail moyen et écart de revenu de travail moyen, hommes et femmes, Québec, 1970 et 1980, anglophones et francophones, unilingues et bilingues, et allophones


 
TABLEAU II
Présence des francophones au sein des postes de cadres, Québec, 1964-1982


 
TABLEAU III
La propriété des divers secteurs de l'économie québécoise 1961-1978






Le bilinguisme au Canada :
l'usage consacre-t-il l'anglais monopole
naturel?
par
Jack CARR
Université de Toronto


Ce texte est une traduction d'un texte anglais datant d'octobre 1976 et par ailleurs inédit, intitulé : « Bilingualism in Canada : Is the Use of the English Language a Natural Monopoly? ».






I. Introduction

Débattre avec sérénité des problèmes du bilinguisme au Canada n'est pas facile. Le sujet a tendance à soulever les passions au détriment d'un dialogue impartial et c'est peut-être celui qui, à l'heure actuelle, divise le plus le pays. Nous tenterons d'aborder la question de manière rationnelle (au lecteur de juger jusqu'à quel point l'auteur aura réussi à surmonter ses propres partis pris). Admettons dès le départ que le but principal de la politique canadienne en matière de langue soit de rendre possible la communication entre les diverses régions du Canada et de chacune d'elles avec le gouvernement central. Parler la même langue n'est pas l'unique moyen de parvenir à une communication réelle, mais ce sera le seul aspect de la communication que nous prendrons en considération ici. Le Canada n'est pas non plus l'unique pays où il existe une pluralité de langues régionales. Tel est aussi le cas de la Suisse, de la Belgique et de l'Union soviétique. Le problème d'une communication efficace entre différentes communautés linguistiques à l'intérieur d'un pays ressemble beaucoup à celui auquel font face des pays de langue différente. La deuxième partie du présent article examine comment les coûts liés à l'utilisation des langues entre pays différents peuvent être minimisés. Pour traiter de cette question, nous évoquerons quelques principes élémentaires de théorie monétaire. Dans la troisième partie, les résultats de l'analyse seront étendus aux problèmes de bilinguisme que le Canada connaît de nos jours.

II. Une analogie monnaie langue

Lorsque des échanges économiques et politiques s'instaurent entre pays de langue différente1, aboutit-on à une langue passe-partout (lingua franca)? En termes économiques, quelle incidence aura sur les coûts des transactions internationales le fait que les pays ayant recours à une langue particulière soient plus nombreux? Peut-on parler, dans le cas de la langue, d'un monopole naturel? Voilà les questions qui feront l'objet de notre analyse.

Les échanges entre pays de langue différente exigent le recours à une langue commune : pour l'acquérir, l'un ou l'autre des pays (ou les deux) doivent en payer le prix. Dans les échanges internationaux, les dépenses inhérentes au fait de devoir communiquer dans une langue commune2 constituent un des éléments des coûts de transactions. Comment organiser les échanges en minimisant les coûts linguistiques? La question ne diffère guère de celle qui se pose lorsqu'on désire établir un système optimal d'échanges commerciaux intérieurs et extérieurs : comment minimiser les coûts de ces transactions? Ceci a été longuement étudié par les spécialistes de la théorie monétaire. Examinons d'abord ce qui se produit à l'intérieur d'un pays et ensuite sur le plan international, pour voir enfin si les conclusions qui en découlent peuvent éclairer la question des dépenses linguistiques.




1 L'analyse qui suit s'applique également aux relations entre différents groupes d'une nation multilingue. [retour au texte]

2 On pourrait objecter que ces coûts sont fixes. Ils ne le sont pas, car une nation doit consacrer un flux permanent de ressources à la formation en langues étrangères d'une partie de la population. [retour au texte]




Imaginons au départ que les échanges économiques s'organisent suivant un système de troc. La plupart des manuels élémentaires d'économie3 vous diront que le problème principal du troc est la nécessité d'une double coïncidence des besoins. Dans une économie de troc, la personne qui désire vendre des vaches et acheter du blé doit trouver quelqu'un qui non seulement veut vendre du blé, mais aussi acheter des vaches. Un tel mécanisme comporte d'importants coûts de prospection. Le vendeur doit passer d'une personne à l'autre, jusqu'à ce que quelqu'un accepte l'échange : il peut trouver celui qui veut vendre du blé et acheter des œufs. Cela n'ira pas. Il peut dénicher celui qui est disposé à acheter des vaches, tout en vendant des pommes. Cela ne fera pas l'affaire non plus. La personne doit persévérer jusqu'à la découverte du partenaire désireux non seulement de vendre du blé, mais aussi d'acheter des vaches4. Le système de troc entraîne donc des frais de prospection considérables. En économie de troc, si l'on dispose de n types de produits, il y aura ½.n (n -1) types d'échanges possibles. Et, pour que le troc puisse être mené à bien de la manière la plus efficace, tous les individus doivent être informés des ½.n (n - 1) prix relatifs, ce qui entraîne d'importants coûts d'information. Les coûts de prospection et d'information ne peuvent être réduits (sans réduction du nombre des différents produits) qu'en réduisant le nombre des échanges. L'usage de la monnaie s'est naturellement développé à partir du mécanisme du troc, car la monnaie permettrait de réduire le nombre des échanges et, partant, le coût des transactions. Dans une économie de type monétaire, si un individu veut vendre des vaches et acheter du blé, la monnaie servira à séparer l'acte d'achat de l'acte de vente, ce qui élimine « la double coïncidence du vendeur et de l'acheteur ». L'individu trouvera, en premier lieu, une personne désirant acheter des vaches et échangera les animaux contre de l'argent. Il se rendra ensuite chez quelqu'un qui vend du blé et, avec l'argent obtenu de la vente des vaches, achètera du blé (c'est-à-dire qu'il échangera l'argent contre du blé). En présence de monnaie, il y a seulement n5 types d'échanges possibles6. Ainsi, le recours à la monnaie aura permis d'abaisser de manière significative les coûts de prospection et d'information liés aux échanges. Le nombre de types d'échanges est moindre lorsqu'un seul bien sert de monnaie7. Cela étant, on a pu soutenir que la monnaie est un monopole naturel8.




3 Cf., par exemple, Chandler (1983, p. 46). [retour au texte]

4 Naturellement, la prospection ne finira pas là, à moins qu'on ne trouve un partenaire disposé à échanger la quantité exacte du produit que notre premier individu veut échanger. Si on ne le trouve pas, il faudra probablement prospecter auprès de plus d'une personne. On a ici passé sous silence le problème des indivisibilités qui, dans le système de troc, est très important. [retour au texte]

5 Ce qui donnerait lieu à n -1 possibilités, si la monnaie était précédemment un bien. [retour au texte]

6 S'il y a seulement 100 biens (soit n = 100), cela représente une diminution du nombre d'échanges possible supérieure à 99 %. [retour au texte]

7 Lorsqu'on se sert de biens comme monnaie, un problème de divisibilité se pose parfois. Dans ce cas, les transactions de grande valeur sont effectuées dans une monnaie donnée et les transactions de moindre importance dans une autre. [retour au texte]

8 C'est un des principaux arguments invoqués par les gouvernements pour monopoliser l'émission de monnaie. [retour au texte]




Considérons maintenant les échanges économiques entre nations. Soit N pays, chacun émettant sa propre monnaie. Supposons que le pays A désire acheter des marchandises du pays B. Pour ce faire, A a besoin de la monnaie B, car ce n'est qu'en possédant la monnaie de l'autre pays qu'il pourra lui acheter ses produits. Mais il en coûterait cher à A de constituer une réserve des devises de tous les pays9. Les coûts relatifs à la constitution de telles réserves sont, en effet, considérables. Si A ne possède aucune réserve de devises B, il devra en acheter sur le marché des changes, c'est-à-dire que A devra changer sa propre monnaie contre celle de B. Si cela se produisait à chaque fois qu'un pays désire procéder à des échanges internationaux, on pourrait également parler de troc lorsqu'une devise est changée contre une autre10. Dans notre exemple, A veut troquer ses propres devises contre celles de B. Pour cela, le pays A doit chercher un partenaire désireux d'échanger la devise B contre la devise A11. Tout comme dans le commerce intérieur, le troc de change étranger peut comporter des coûts considérables de prospection et d'information. Si le pays A et le pays B ne commercent entre eux que sporadiquement, A devra assumer d'importants coûts de prospection aux fins de trouver le partenaire disposé à changer la devise A contre la devise B12. Or, ces coûts peuvent être abaissés si le pays A ne cherche pas immédiatement à se défaire de ses devises pour acheter celles de B. Il serait, en effet, plus avantageux pour lui de changer ses devises contre celles de C (C étant un pays qui commerce souvent avec A et B) et de changer subséquemment la devise C contre la devise B. Si l'on trouve une devise C pouvant servir de moyen accepté de paiement (une « monnaie » des monnaies) pour toutes les transactions de classe étrangère, leurs coûts en seront considérablement abaissés. Lorsque des devises sont échangées, chaque pays peut être engagé dans N - 1 types de transactions (en présumant que chaque pays échange sa propre devise et toutes les devises étrangères) et il pourrait y avoir en tout ½ N (N -1) types de transactions internationales. Avec une monnaie acceptée sur le plan international, une « monnaie » des monnaies, le coût des transactions internationales serait abaissé, tous les échanges pouvant dès lors s'effectuer à l'aide de cette monnaie internationale. Si A désire échanger ses propres devises contre les devises de B, il changerait en premier lieu sa devise contre la monnaie internationale et se servirait de cette dernière pour se procurer les devises B. Il n'y aurait plus besoin de procéder à un échange direct de devises et notamment de devises qui ne sont échangées que rarement, ce qui, par conséquent, entraîne des coûts élevés. Une monnaie internationale entraînerait seulement N - 113 types d'échanges, ce qui permettrait de réduire en conséquence les coûts de prospection et d'information. Historiquement, c'est l'or qui a servi de monnaie internationale de règlement, mais depuis quelque temps ce rôle revient dans une large mesure au dollar américain14.




9 Il faut remarquer que, dans notre exemple de troc, « la double coïncidence de l'acheteur et du vendeur » pourrait être évitée si les individus étaient disposés à constituer des stocks composés d'un grand nombre de produits. Si A détenait une réserve de la devise B, A exercerait essentiellement une fonction de courtage sur le marché des changes. [retour au texte]

10 L'idée de considérer l'échange de devises comme un système de troc se trouve énoncée chez A. Swoboda, s.d. [retour au texte]

11 En fait, A n'est pas obligé d'entreprendre directement la recherche. Il peut confier la tâche à un courtier. Dans ce cas, A devra supporter des frais de courtage. [retour au texte]

12 Si A emploie un courtier, cela se traduira par des frais de courtage très élevés. Cela est prouvé en pratique. Les écarts entre les prix offerts et demandés pour les devises rarement échangées sont plus élevés que ceux pour les monnaies souvent échangées. [retour au texte]

13 Cela présuppose qu'on choisissait une des devises existantes comme monnaie internationale, plutôt que de procéder à la création d'une nouvelle monnaie à cette fin. [retour au texte]

14 Pour la discussion de ce point, voir A. Swoboda, op. cit. [retour au texte]




Considérons maintenant les échanges internationaux sous l'aspect linguistique. Lorsque les pays A et B établissent entre eux des relations commerciales, les communications entre les deux devront se faire dans une langue comprise par chacun des pays. Si l'on choisit la langue parlée chez A, c'est à B qu'il incombe d'entraîner quelques-uns de ses résidents à parle, la langue A et c'est à lui seul d'en supporter la charge. La réciproque est vraie si l'on choisit la langue parlée chez B comme langue d'échange. Mais si l'on choisit une troisième langue, c'est-à-dire celle d'un pays tiers - C - les deux pays devront supporter des coûts de formation linguistique.

Les coûts linguistiques sont un des éléments des coûts inhérents aux transactions internationales. Le même raisonnement appliqué à d’autres types de coûts de transaction peut s'appliquer à cette dernière situation. Dans un système de troc, il doit exister une « double coïncidence de l'acheteur et du vendeur ». Si un individu veut vendre des produits, mais ne parle que la langue A, il doit trouver un partenaire qui non seulement veut acheter ses produits, mais qui parle aussi la langue A15. On pourrait qualifier cette situation de « troc de langues », laquelle nécessite la double coïncidence d'un acheteur et d'un vendeur parlant la même langue. Dans les transactions de change étranger, la double coïncidence n'était pas requise dès lors que le pays constituait des réserves de diverses devises étrangères; cette solution était avantageuse dans la mesure où les coûts liés au maintien des réserves étaient moins importants que les coûts de prospection liés au troc. Par analogie, la double coïncidence de l'acheteur et du vendeur ne serait pas nécessaire, dans le domaine linguistique, si le pays intéressé (celui qui vend) maintenait un « stock de langues étrangères », c'est-à-dire s'il disposait d'un certain nombre de personnes capables de s'exprimer dans toutes les autres langues. Dans ce cas, le pays pourrait vendre ses produits à quiconque souhaite les acheter. Si, dans les échanges internationaux, on avait recours à un tel système, cela signifierait que, dans chaque pays, il devrait y avoir des gens capables de parler toutes les langues. Par conséquent, chaque pays devrait former un certain nombre de résidents à parler l'une ou l'autre N - 1 langue étrangère, ce qui n'irait pas sans entraîner des coûts importants de formation linguistique.

Ces coûts peuvent être abaissés. Dans le commerce des marchandises, le recours à un instrument d'échange universellement reconnu (la monnaie) a permis de réduire grandement les coûts de transactions. Il en va de même dans les échanges linguistiques, de l'utilisation d'une langue reconnue par tous (une langue passe-partout ou lingua franca). Si tous les pays se mettaient d'accord pour utiliser une même langue dans les échanges internationaux, les coûts linguistiques des transactions en seraient largement réduits, chaque pays n'ayant qu'à entraîner un certain nombre de personnes à parler une seule langue étrangère, plutôt que N - 1 langues. Une langue passe-partout est aux échanges internationaux entre pays de langue différente ce que la monnaie internationale représente dans les échanges internationaux et ce que la monnaie du pays représente dans les échanges intérieurs. Langue et monnaie communes permettent toutes deux d'abaisser les coûts de transaction.

L'usage de la monnaie a suivi tout naturellement le troc16. Les marchands n'avaient pas eu besoin de se réunir pour décider quelle serait la monnaie d'échange. Certains biens possédaient les caractéristiques nécessaires et on s'en était servi tout naturellement comme monnaie. On peut en dire autant d'une langue passe-partout. Une organisation comme les Nations unies n'a jamais eu besoin de tenir assemblée pour statuer sur la langue passe-partout commune. Au cours de l'histoire, plusieurs langues ont joué tout naturellement ce rôle17. Il semblerait qu'à notre époque l'anglais soit l'une des langues passe-partout. Tout comme le dollar américain est devenu la « monnaie des monnaies », l'anglais, langue du peuple américain, est devenu la « monnaie des langues » dans un grand nombre d'échanges internationaux. Commerce et échanges internationaux se concentrent désormais à l'intérieur de blocs commerciaux bien définis et l'anglais est la langue passe-partout dans quelques-uns de ces blocs, d'autres langues18 jouant ce rôle dans d'autres. Au sein de chaque bloc, les coûts sont minimisés lorsqu'il n'y a qu'une langue commune. Dans la mesure où cette langue est l'anglais, il est légitime d'affirmer que l'anglais est un monopole naturel. Cela revient à dire que, si des langues différentes étaient placées en situation de concurrence pour devenir la langue utilisée dans les échanges, une d'entre elles finirait par dominer les autres et par devenir langue passe-partout.




15 Si l'acheteur et le vendeur ne parlaient pas la même langue, ce dernier n'aurait aucun moyen de s'identifier en sa qualité de vendeur et vice versa. Le recours à des images ou à des symboles en tant que moyen d'identification n'est en fait qu'une autre forme de langage commun. [retour au texte]

16 Cela est vrai pour les biens jouant le rôle de monnaie. La monnaie fiduciaire a requis l'intervention gouvernementale. [retour au texte]

17 La langue utilisée par les Francs dans les ports de la Méditerranée a été, par exemple, une langue passe-partout. [retour au texte]

18 Le russe et le chinois, peut-être? [retour au texte]




On pourrait se demander quels sont les caractères requis pour qu'une langue s'impose comme passe-partout. La première propriété de tout instrument destiné à devenir une monnaie à l'intérieur d'un pays ou sur le plan international est d'être reconnu par tous comme tel, c'est-à-dire qu'il doit se tailler un marché très étendu19. De même une langue deviendra une langue passe-partout si sa zone d'influence est très vaste et si le pays qui l'utilise occupe une place de premier plan dans les échanges internationaux, tant économiques que politiques20, et ce, car les coûts de formation linguistique se trouvent minimisés lorsque la langue passe-partout choisie se trouve être celle d'un pays important sur le plan des échanges internationaux. Si tel n'est pas le cas, le pays plus actif sur le plan international devra former un nombre bien plus important de personnes dans la langue étrangère passe-partout que le pays dont le rôle sur ce plan est plus modeste. Il faut aussi noter qu'en général, dans le pays jouant un rôle prépondérant dans les échanges internationaux, nombre d'écrits destinés à sa propre collectivité (articles scientifiques et techniques, publications culturelles et politiques) sont susceptibles d'intéresser aussi de nombreux lecteurs d'autres pays, lesquels devront de toute manière en apprendre la langue. Ceci permet d'affirmer que les coûts de formation se trouvent minimisés à partir du moment où la langue parlée dans un pays prépondérant sur le plan des échanges internationaux s'impose comme langue passe-partout.




19 À cette liste s'ajoutent les coûts peu importants requis pour introduire cet instrument d'échange ou pour s'en débarrasser, sa divisibilité, sa durabilité et sa résistance aux fortes fluctuations de cours. [retour au texte]

20 Cela semble avoir été le cas de trois langues qui, au cours de l'histoire, sont devenues « langues passe-partout » : le latin, le français et l'anglais. [retour au texte]




On peut établir quelques éléments intéressants de comparaison entre la personne qui détient de l'argent et celle qui maîtrise une langue étrangère (nous présumons qu'il s'agit de la langue passe-partout). Les deux cas, à savoir posséder de l'argent et posséder (c'est-à-dire connaître) une langue étrangère, entraînent une réduction des coûts de transaction. L'un et l'autre constituent des biens de capital du fait qu'ils génèrent des services à venir (coûts de transaction réduits) : l'un comme l'autre sont éléments de la richesse. L'argent se déprécie par excès d'utilisation — c'est-à-dire par la surproduction —, mais une langue étrangère se déprécie par défaut d'utilisation. Lorsqu'on imprime trop de monnaie, elle est dépensée et cela se traduit par une hausse de l'indice général des prix et une diminution correspondante du pouvoir d'achat. D'un autre côté, si quelqu'un apprend une langue étrangère et ne l'utilise jamais, il l'oubliera progressivement. À la connaissance d'une langue se rattache un facteur naturel de dépréciation. Pour maintenir le capital qu'on possède, en termes de connaissance d'une langue étrangère, il est nécessaire soit de l'utiliser soit d'investir davantage pour maintenir l'acquis.

III. Le bilinguisme au Canada

Le Canada est un pays où deux groupes linguistiques majeurs sont en présence : des Canadiens parlant d'abord l'anglais et des Canadiens parlant d'abord le français. La politique canadienne en matière linguistique vise à établir une communication véritable entre les deux collectivités. Une solution consisterait à faire du Canada une nation authentiquement bilingue. Cela signifierait qu'un grand nombre d'anglophones seraient obligés d'apprendre le français et vice versa. Rendre le Canada vraiment bilingue, c'est-à-dire enseigner à sa population adulte une deuxième langue et introduire l'enseignement de la langue seconde dans les programmes de toutes les écoles publiques, entraînerait des dépenses considérables. Bien que les buts précis de la politique linguistique menée par le gouvernement actuel ne soient pas clairs, il n'en est pas moins clair que le gouvernement s'achemine vers la bilinguisation du Canada. Dans un programme fédéral, 65 000 postes de fonctionnaires fédéraux ont été classifiés bilingues et des fonds considérables affectés à la formation linguistique de leurs titulaires. En nous inspirant de l'analogie monnaie-langue précédemment tracée, on pourrait dire que l'actuelle politique du gouvernement tendant à encourager la connaissance des deux langues officielles à l'intérieur des deux groupes de la population équivaut à l'établissement d'un système de troc, intérieur ou extérieur. Pour l'ensemble de l'économie, la politique de bilinguisme est inefficace puisqu'elle impose des coûts de formation linguistique aux deux communautés principales du Canada.

Partant de l'analogie précédente, on peut observer qu'il existe une manière plus efficace de favoriser une meilleure communication entre les différents groupes linguistiques du Canada. Il suffit pour cela que l'on s'accorde sur une langue commune à utiliser dans les échanges entre anglophones et francophones. Ce système adopté, une seule communauté sera tenue de supporter des coûts de formation linguistique. En fait, telle est bien la situation qui, de nos jours, prévaut au Canada : l'anglais est devenu la langue commune et les échanges entre anglophones et francophones se font en anglais.

Pourquoi l'anglais est-il devenu la langue commune? Le Canada fait partie intégrante de la société nord-américaine. Le commerce extérieur est important pour son économie et ses deux principaux partenaires sont les États-Unis et le Royaume-Uni, tous deux — il va sans dire — anglophones. Le Canada appartient à un bloc commercial où la langue des échanges internationaux est sans contredit l'anglais et la plupart de ses échanges internationaux se font en anglais. Les francophones qui établissent des relations avec le Canada anglophone ou avec d'autres pays, à l'exception des pays francophones, doivent utiliser l'anglais, parce que l'anglais est la langue passe-partout dans la plupart des pays avec lesquels le Canada transige. Utiliser l'anglais, langue passe-partout, est une manière efficace de mener à bonne fin les échanges internationaux. Puisque, par pure coïncidence, la langue de la population non francophone du Canada est aussi la langue passe-partout, il n'est pas nécessaire que cette population apprenne une autre langue. Si la langue principale des États-Unis était l'espagnol, il est fort probable qu'un grand nombre d'anglophones ou de francophones deviendraient bilingues, chacun sachant s'exprimer en espagnol. L'anglais étant la langue passe-partout, les bilingues se recrutent en majorité parmi les francophones qui ont des échanges en dehors du Québec ou à l'étranger. Le reste de la population (c'est-à-dire la plupart des anglophones et ceux des habitants des régions rurales du Québec n'ayant pas de rapports avec l'extérieur) est unilingue. La théorie élaborée dans cet article laisse prévoir que la plupart des gens bilingues au Canada devraient être francophones et l'observation tend à le confirmer.

J'affirmerais, quant à moi, que le système qui existe à ce jour au Canada et en vertu duquel les francophones sont bilingues est le plus efficace pour assurer une bonne communication entre les deux principaux groupes linguistiques du Canada et ce, en dépit du fait, important il est vrai, que c'est sur les francophones que retombe la majeure partie des coûts linguistiques de l'opération. Pour obvier à cela, on pourrait préconiser que le gouvernement fédéral subventionne les établissements scolaires et les gouvernements locaux et régionaux, afin qu'ils assurent la bilinguisation de la population francophone. Un tel programme présenterait un certain nombre d'avantages par rapport au programme appliqué actuellement par le gouvernement fédéral.

  1. Il serait moins onéreux, puisqu'il n'entraînerait pas l'enseignement de la langue seconde aux deux groupes linguistiques.

  2. Il constituerait une bonne façon d'assurer la communication entre les deux principaux groupes linguistiques.

  3. J'ai personnellement le sentiment que les francophones préféreraient un système assurant la subvention des coûts de formation linguistique, coûts que pour l'heure ils sont seuls à supporter. Ces subventions dégageraient des ressources destinées aux écoles françaises et aux gouvernementaux actuels, orientées vers l'apprentissage du français par les anglophones. Le mécanisme proposé plus haut a le mérite de reconnaître que les francophones supportent le fardeau de la formation linguistique et a pour but de l'alléger. Or, le programme gouvernemental actuel reconnaît que les francophones supportent le fardeau et cherche à imposer le même fardeau aux anglophones.

  4. Le programme gouvernemental qui exige qu'un certain nombre de postes de la fonction publique fédérale soient occupés par des bilingues a représenté une véritable épreuve pour beaucoup de fonctionnaires anglophones expérimentés qui trouvent extrêmement difficile d'apprendre le français à un stade avancé de leur carrière.

  5. Jusqu'à un certain point, le programme gouvernemental actuel se révèle infructueux. Si les fonctionnaires apprennent le français, mais ne l'utilisent jamais parce que leurs collègues francophones peuvent s'exprimer en anglais, leurs connaissances fraîchement acquises se détérioreront graduellement. Cette critique a, en fait, déjà été formulée dans le rapport Bibeau.


RÉFÉRENCES


CHANDLER, L.V., « Economies of Money and Banking », New York, Harper and Bradley, 1953.

SWOBODA, A., « Vehicle Currencies and the Foreign Exchange Market : The case of the Dollar », s.d., miméo.




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