Accéder au contenu principal
NOTE
Ce texte a été numérisé par un système de reconnaissance optique de caractères.
Des erreurs de lecture peuvent s’y être glissées.

 
La perception de la situation linguistique par les Québécois

La perception de la
situation linguistique
par les Québécois

Analyse des résultats d'un
sondage effectué en octobre 1985

par
Daniel Monnier

du Conseil de la langue française







Cet ouvrage a été publié par
le service des communications
sous la direction de Léo Gagné

Collaboration :
Sylvie Dugas
Service des communications



© 1986 Éditeur officiel du Québec

Tous droits de traduction et d'adaptation, en
totalité ou en partie, réservés pour tous les
pays. Toute reproduction pour fins commerciales,
par procédé mécanique ou électronique, y compris
la microreproduction, est interdite sans
l'autorisation écrite de l'Éditeur officiel du Québec.

Dépôt légal — 1er trimestre 1986
Bibliothèque nationale du Québec
ISBN 2-551-08697-3





Table des matières



INTRODUCTION


CHAPITRE PREMIER :
L'EXPOSÉ DES RÉSULTATS DU SONDAGE D'OCTOBRE 1985


1.1. Le bilinguisme et les contacts interlinguistiques
1.1.1. La compétence des anglophones et des allophones à parler et à écrire le français
1.1.2. La compétence des francophones et des allophones à parler et à écrire l'anglais
1.1.3. L'aptitude à soutenir une conversation dans la langue seconde
1.1.4. L'usage de la langue seconde dans les contacts interlinguistiques
1.1.5. L'écoute de la télévision : un indice du degré de bilinguisme

1.2. Le français, langue du commerce
1.2.1. L'impossibilité d'être servi en français
1.2.2. L'accueil en français dans les commerces
1.2.3. La réaction à l'accueil en anglais
1.2.4. La langue des modes d'emploi
1.2.5. L'image linguistique du centre-ville de Montréal
1.2.6. Le taux de satisfaction quant à la possibilité d'utiliser le français avec les employés des commerces
1.2.7. L'affichage commercial

1.3. La langue de consommation de certains produits culturels
1.3.1. Le disque
1.3.2. Le cinéma
1.3.3. La télévision
1.3.4. La radio
1.3.5. La répartition des francophones selon qu'ils consomment certains produits culturels majoritairement en français ou majoritairement en anglais
1.3.6. Langue et réputation de qualité de certains produits culturels

1.4. L'adhésion aux principes de la francisation
1.4.1. La langue : un sujet de préoccupation
1.4.2. Le français, langue de l'économie
1.4.3. Le français, langue du commerce
1.4.4. Le français, langue technique
1.4.5. La survie de la culture de langue française
1.4.6. L'intégration des immigrants

1.5. La perception de la situation du français au Québec : le présent et l'avenir
1.5.1. L'attraction comparée des langues au Québec
1.5.2. Les attitudes à l'égard des transferts linguistiques
1.5.3. Le rôle des institutions vis-à-vis de la langue française
1.5.4. L'amélioration du statut du français
1.5.5. L'avenir du français

1.6. Conclusion

CHAPITRE II :

COMPARAISON DES DONNÉES DE 1985 AVEC CELLES DE SONDAGES ANTÉRIEURS


2.1. La croissance du bilinguisme

2.2. L'évaluation de la situation du français dans le domaine commercial
2.2.1. Accueil et service en français
2.2.2. Les modes d'emploi
2.2.3. Les modes d'emploi

2.3. L'évolution de la consommation des médias électroniques selon la langue

2.4. L'évolution de l'opinion quant à divers aspects de la situation linguistique
2.4.1. Chez les francophones
2.4.2. Chez les anglophones
2.4.3. Chez les allophones

2.5. Conclusion


CONCLUSION :

LES GRANDS TRAITS DE LA SITUATION LINGUISTIQUE ACTUELLE



ANNEXE :

Le questionnaire



Introduction




La Direction des études et recherches du Conseil de la langue française effectue périodiquement des sondages dans le but de mesurer l'évolution du statut du français au Québec. Le plus récent de ces sondages a été effectué en octobre 1985 et nous en livrons ici les principaux résultats. Cette courte analyse poursuit un double objectif :

  1. dresser un portrait actuel de la situation linguistique eu égard aux usages et aux attitudes linguistiques des Québécois;

  2. apprécier l'évolution de ces usages et de ces attitudes à la lumière des enquêtes antérieures du Conseil.

Les sujets principaux du sondage de 1985 sont : l'évaluation du niveau de bilinguisme des Québécois, l'usage du français dans les contacts interlinguistiques, l'usage du français dans le domaine du commerce, la langue de consommation des produits culturels les plus populaires (disques, films, télévision, radio) et enfin, la perception de la situation linguistique en termes de vision du présent et de vision de l'avenir.

Le domaine des usages linguistiques au travail n'a pas été inclus dans ce sondage puisque les expériences antérieures ont démontré qu'une représentation adéquate de la main-d'oeuvre1 nécessite de plus grands échantillons que ceux qu'on utilise habituellement dans les sondages d'opinion d'intérêt général.

Ce sondage a été effectué pour le Conseil par la firme Jolicoeur et associés. Les entrevues proprement dites ont été effectuées entre le 1er et le 22 octobre 1985. Le taux de réponse a atteint 58 % mais les refus ne dépassent pas 25 % (18 % de refus du ménage et 7 % de refus de la personne sélectionnée). Au total, l'échantillon final regroupe 800 francophones, 415 anglophones et 345 allophones, la langue maternelle servant ici de critère de classification2. Les anglophones et les allophones ont été surreprésentés pour réduire la marge d'erreur des résultats les concernant (erreur maximale de 5 % pour les non-francophones et de 3,5 % pour les francophones). L'analyse des données sera effectuée en fonction de la langue maternelle des répondants. Pour les francophones, on distinguera les résidents du Montréal métropolitain.

Le rapport se divise en deux chapitres. Le premier expose les résultats du sondage d'octobre 1985 tandis que le second compare ces résultats à ceux de sondages antérieurs. En conclusion, on dégagera les grands traits de la situation linguistique actuelle.




1 Le statut professionnel scinde davantage un échantillon que les variables sociodémographiques usuelles. Lorsque certaines grandes catégories de travailleurs sont insuffisamment représentées, les résultats globaux peuvent être faussés. [retour au texte]

2 Jolicoeur et associés, La situation linguistique au Québec, sondage 1985 : rapport d'opération, novembre 1985. [retour au texte]


CHAPITRE PREMIER

L'exposé des résultats
du sondage d'octobre 1985




Sur la base de tableaux statistiques reprenant chacune des questions, on procédera ici à un exposé complet des résultats du sondage d'octobre 1985. Le contenu du questionnaire a été réparti en cinq thèmes principaux : le bilinguisme et les contacts interlinguistiques, le français en tant que langue du commerce, la langue de consommation des produits culturels, l'adhésion aux principes de la francisation et la perception de la situation présente et future du français au Québec. Tous ces sujets ne sont pas traités avec la même ampleur. Le contenu du sondage a été surtout déterminé par le désir de comparer les résultats avec ceux d'enquêtes antérieures, contrainte importante qui oblige parfois à privilégier le développement de certains thèmes par rapport à d'autres.

1.1. Le bilinguisme et les contacts interlinguistiques

Le bilinguisme peut être évalué à l'aide de plusieurs questions. Cette approche permet de relativiser les données du recensement du Canada qui elles, ne sont issues que d'une seule question. Bien sûr, l'évaluation est ici subjective puisque chaque répondant estime ses habiletés linguistiques selon ses propres critères. Par ailleurs, la propension à utiliser la langue seconde dans les contacts interlinguistiques est un indice important qui ajoute à la fiabilité de la mesure du bilinguisme.

1.1.1. Compétence des francophones et des allophones à parler et à écrire l'anglais

D'après le tableau 1, 52 % des francophones du Québec et 80 % des allophones estiment avoir une excellente ou une bonne compétence pour parler l'anglais. Chez les Montréalais francophones, la proportion atteint 65 %. La maîtrise de l'écriture de l'anglais serait un peu moins répandue puisque 46 % des francophones se jugent excellents ou bons en ce domaine. Quant aux Montréalais francophones, 59 % croient que leur maîtrise de l'anglais écrit est excellente ou bonne. La proportion chez les allophones s'élève à 71 %.

1.1.2. La compétence des anglophones et des allophones à parler et à écrire le français

D'après le tableau 2, 62 % des anglophones estiment que leur compétence à parler le français est excellente ou bonne. Les allophones auraient la même habileté dans 73 % des cas. Quant au français écrit, environ la moitié des anglophones (45 %) et des allophones (52 %) croient en avoir une excellente ou une bonne compétence.

 
Tableau 1
Votre compétence à parler l'anglais est-elle excellente, bonne, faible ou nulle?


 
Tableau 2
Votre compétence à parler le français est-elle excellente, bonne, faible ou nulle?


1.1.3. L'aptitude à soutenir une conversation dans la langue seconde

Les tableaux 3 et 4 sont intéressants puisqu'ils indiquent qu'en utilisant la question du recensement, c'est-à-dire l'aptitude à soutenir une conversation dans les deux langues officielles (des institutions fédérales), les anglophones et les allophones évaluent leurs connaissances linguistiques plus libéralement qu'en répondant à la question leur demandant de coter leur compétence pour parler le français.

Anglophones
%
Allophones
%
Bonne ou excellente compétence à parler le français 62 73
Possibilité de soutenir une conversation en français 75 78


Quant aux francophones, les données sont à peu près identiques que l'une ou l'autre question soit posée. (Ensemble du Québec, 52 % vs 55 %; Montréal, 65 % vs 66 %.)

 
Tableau 3
Connaissez-vous assez bien l'anglais pour soutenir une conversation?


 
Tableau 4
Connaissez-vous assez bien le français pour soutenir une conversation?

1.1.4. L'usage de la langue seconde dans les contacts interlinguistiques

Alors que 43 % des francophones du Québec et 50 % de ceux de Montréal disent utiliser seulement l'anglais ou plutôt l'anglais dans leurs contacts avec les anglophones (tableau 5), seulement 23 % des anglophones disent utiliser seulement le français ou plutôt le français dans leurs contacts avec les francophones (tableau 6). Quant aux allophones, ils se plient davantage à la langue de leurs interlocuteurs anglophones (73 %) qu'à celle de leurs interlocuteurs francophones (56 %). Le français est donc défavorisé dans les contacts interlinguistiques. Cela est-il dû aux attitudes des francophones qui seraient peu enclins à imposer leur langue ou est-ce le reflet d'une meilleure maîtrise de la langue seconde chez eux? Les tableaux 7 et 8 montrent que plus la connaissance de la langue seconde est élevée, plus on est porté à la parler dans les contacts interlinguistiques. Toutefois, les francophones qui estiment avoir une bonne maîtrise pour parler la langue seconde sont deux fois (54 %) plus nombreux à l'utiliser avec leurs interlocuteurs anglophones que ce n'est le cas pour ces derniers (27 %) dans leurs contacts avec les francophones. Il faudrait toutefois disposer d'une mesure objective du bilinguisme chez les divers groupes linguistiques pour mieux étayer cette observation.

 
Tableau 5
Dans vos contactsa avec les anglophones, utilisez-vous seulement le français, plutôt le français, plutôt l'anglais, seulement l'anglais (ou les deux langues également)?


 
Tableau 6
Dans vos contactsa avec les francophones, utilisez-vous seulement le français, plutôt le français, seulement l'anglais, plutôt l'anglais ou les deux langues également?


 
Tableau 7
Pourcentage des francophones et des allophones qui disent utiliser plutôt l'anglais ou seulement l'anglais dans leurs contacts avec les anglophones, selon leur aptitude à parler l'anglais


 
Tableau 8
Pourcentage des anglophones et des allophones qui disent utiliser plutôt le français ou seulement le français dans leurs contacts avec les francophones

1.1.5. L'écoute de la télévision : un indice du degré de bilinguisme

Les tableaux 9 et 10 fournissent un autre indice du bilinguisme des divers groupes linguistiques. Si, chez les francophones comme chez les anglophones, 60 % disent avoir une connaissance suffisante de la langue seconde pour comprendre ce qui se dit à la télévision, la proportion atteint 73 % chez les Montréalais francophones. Puisqu'au-delà de 80 % des anglophones du Québec vivent à Montréal, ces résultats laisseraient entendre que le bilinguisme des francophones du Montréal métropolitain pourrait surpasser celui des anglophones, mais, encore une fois, sous réserve de l'exactitude de l'évaluation subjective quant à la maîtrise de la langue seconde.

 
Tableau 9
Votre connaissance de l'anglais est-elle tout à fait suffisante, plutôt suffisante, plutôt insuffisante ou tout à fait insuffisante pour comprendre ce qui se dit à la télévision en anglais?


 
Tableau 10
Votre connaissance du français est-elle tout à fait suffisante, plutôt suffisante, plutôt insuffisante ou tout à fait insuffisante pour comprendre ce qui se dit à la télévision de langue française?


1.2. Le français, langue du commerce

Le sondage a abordé certains aspects du statut du français dans le domaine de la langue du commerce : le service à la clientèle, les documents commerciaux, l'affichage.

1.2.1. L'impossibilité d'être servi en français

Bien sûr, au Québec, l'impossibilité de se faire servir en français dans le commerce et les services publics doit être un phénomène exceptionnel puisque plus de 80 % de la population est francophone. On pose tout de même cette question depuis le début des années 701 puisqu'elle fournit un indice de l'existence et de la fréquence d'une situation qui ne devrait pas se présenter au Québec, car elle nie un principe fondamental de la politique de francisation.

Selon le tableau 11,5 % des francophones disent qu'il leur est arrivé souvent depuis six mois de ne pouvoir être servis en français dans un commerce ou un service public au Québec et 18 %, rarement. Pour les Montréalais, la situation serait plus fréquente (8 % et 23 %). Les allophones qui ont répondu en français au questionnaire ont une perception identique à celle des Montréalais francophones.

 
Tableau 11
Depuis six mois, vous est-il arrivé très souvent, souvent, rarement ou jamais de ne pouvoir vous faire servir en français dans un commerce ou un service public au Québec?



1 Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, Étude E-17, Les mass media, l'attachement à sa langue et les modèles linguistiques au Québec en 1971, Sorecom inc., novembre 1973. [retour au texte]




1.2.2. L'accueil en français dans les commerces

D'après le tableau 12, le quart (24 %) des francophones de Montréal disent se faire accueillir souvent ou très souvent en anglais par le personnel des commerces. Encore une fois, les allophones qui ont répondu en français au questionnaire du sondage ont à peu près la même perception (27 %).

 
Tableau 12
Au Québec, vous arrive-t-il très souvent, souvent, rarement, ou jamais que le personnel d'un commerce vous aborde en anglais?


1.2.3. La réaction à l'accueil en anglais

Au tableau 13A, 28 % des francophones continuent de parler français et 26 % demandent à l'employé de parler français lorsqu'on les aborde en anglais dans un commerce. Si on additionne ces deux pourcentages, on obtient 54 % de francophones qui s'en tiennent au français. À Montréal, la proportion est légèrement inférieure (49 %). Par contre, environ le tiers des francophones passent tout de go à l'anglais lorsqu'on les aborde dans cette langue. Les allophones qui ont répondu en français au questionnaire ont un comportement similaire à celui des Montréalais francophones.

Par ailleurs, la ventilation des données selon la compétence à parler l'anglais chez les Montréalais francophones montre (tableau 13B) que 43 % des bilingues poursuivent la conversation en anglais lorsqu'ils sont accueillis dans cette langue sans compter les 9 % qui utilisent alors l'anglais et le français. La revendication du français est donc sensiblement moins élevée chez les bilingues.

 
Tableau 13A
Lorsque le personnel d'un commerce vous aborde en anglais, que faites-vous?


 
Tableau 13B
Lorsque le personnel d'un commerce vous aborde en anglais, que faites-vous?


1.2.4. La langue des modes d'emploi

Au tableau 14, près du tiers des francophones disent avoir acheté au Québec un article dont le mode d'emploi était rédigé seulement en anglais au cours des six mois précédant l'enquête. Cependant, la situation la plus fréquente est que le mode d'emploi en français soit incorrect puisque la moitié des francophones ont relevé ce fait. Les allophones ont moins remarqué ces situations.

 
Tableau 14
Au cours des six derniers mois, vous est-il arrivé d'acheter au Québec un article dont le mode d'emploi était...

1.2.5. L'image linguistique du centre-ville de Montréal

Le tableau 15 distribue les répondants selon leur plus ou moins grande fréquentation du centre-ville de Montréal. Les Montréalais francophones viennent au centre-ville au moins toutes les semaines dans 44 % des cas. Chez les allophones qui ont répondu en français au questionnaire, 37 % fréquentent le centre-ville au moins toutes les semaines.

Le tableau 16 ne regroupe que les répondants qui se rendent au centre-ville de Montréal au moins tous les mois. Parmi ceux-ci, le quart des francophones ne croient pas qu'il est important que le centre-ville montre que Montréal est une ville majoritairement francophone. Les trois quarts qui jugent cela important se divisent à peu près également entre ceux (39 %) qui croient que le centre-ville montre suffisamment que Montréal est une ville majoritairement française et ceux (36 %) qui pensent l'inverse. Quant aux allophones, la moitié (47 %) ne jugent pas cette question importante.

 
Tableau 15
Allez-vous au centre-ville de Montréal...?


 
Tableau 16
Pour vous, est-ce important que le centre-ville de Montréal montre que la ville est majoritairement française et, si oui, le montre-t-il suffisamment?

1.2.6. Le taux de satisfaction quant à la possibilité d'utiliser le français avec les employés des commerces

Au tableau 17, les répondants qui fréquentent le centre-ville de Montréal au moins tous les mois estiment, dans une proportion d'environ 90 %, que la possibilité d'utiliser le français avec les employés des grands magasins, des restaurants et des petits commerces est satisfaisante.

 
Tableau 17
Pour vous, la possibilité d'utiliser le français avec les employés de grands magasins est-elle...?


1.2.7. L'affichage commercial

Au tableau 18, un écart de 8 % existe entre les francophones qui s'opposent (54 %) au maintien de la loi actuelle obligeant les commerces à rédiger leur affichage extérieur uniquement en français et ceux qui, au contraire, se prononcent pour le maintien de la loi (46 %). Chez les anglophones et les allophones, le soutien de la loi à ce chapitre est très faible (5 % et 9 %).

Le tableau 19 qui distingue les Montréalais francophones selon qu'ils sont pour ou contre le maintien de la loi en ce qui concerne l'affichage montre que 73 % des contestataires de la loi ne croient pas du tout que l'autorisation d'ajouter une version anglaise aux affiches extérieures nuirait au fait français. Ceux qui se prononcent pour le maintien de la loi voient dans 70 % des cas une plus ou moins grande menace pour le fait français.

 
Tableau 18
Êtes-vous pour le maintien de la loi actuelle qui oblige les commerces à faire leur affichage extérieur uniquement en français?


 
Tableau 19
D'après vous, si la loi permettait aux commerçants d'ajouter une version anglaise à leur affichage extérieur, cela nuirait-il beaucoup, assez, peu ou pas du tout au fait français?

1.3. La langue de consommation de certains produits culturels

La comparaison des comportements culturels des divers groupes linguistiques est un bon indicateur du statut respectif du français et de l'anglais au Québec. Le sondage fournit des données concernant le disque, le cinéma, la télévision et la radio.

1.3.1. Le disque

Au tableau 20A, on constate que 59 % des disques et cassettes achetés par les francophones au cours des trois mois précédant l'enquête étaient en anglais. Chez les Montréalais francophones, la proportion s'élève à 64 %.

Les anglophones n'ont acheté que 7 % de disques en français et les allophones, 22 %.

1.3.2. Le cinéma

Chez les francophones, quatre films sur 10 vus dans une salle de cinéma étaient en anglais. Chez les anglophones, un film sur 10 était en français et chez les allophones, deux sur 10.

 
Tableau 20A
Pourcentage de consommation en français pour divers produits culturels


1.3.3. La télévision

Chez les francophones de l'ensemble du Québec, 30 % des heures d'écoute de la télévision se passent en anglais. À Montréal, la proportion atteint 38 %. Par contre, les anglophones n'allouent que 13 % de leurs heures d'écoute à la télévision de langue française. Chez les allophones, le rapport est de un tiers — deux tiers en faveur de la télévision de langue anglaise.

1.3.4. La radio

Les francophones et les anglophones écoutent 80 % du temps les stations de radio diffusant dans leur langue. Les allophones privilégient la radio de langue anglaise selon un rapport 60 — 40. Les données sur l'écoute de la radio doivent être relativisées puisqu'une proportion appréciable des chansons diffusées à la radio de langue française sont en anglais.

1.3.5. La répartition des francophones selon qu'ils consomment certains produits culturels majoritairement en français ou majoritairement en anglais

Au tableau 20B, les répondants francophones sont distribués selon que leur consommation du cinéma, du disque et de la télévision se fait majoritairement en français, majoritairement en anglais ou autant en français qu'en anglais. On a aussi distingué les répondants selon le lieu de résidence : Montréal ou hors Montréal.

 
Tableau 20B
Répartition des répondants francophones selon qu'ils consomment majoritairement en français ou majoritairement en anglais certains produits culturels


On constate que, pour les produits culturels en cause, la consommation des Montréalais francophones se fait davantage en français pour au plus 57 % des répondants quand il s'agit de la télévision. Pour le disque, la consommation en anglais est majoritaire (54 %). À l'extérieur de Montréal, environ 80 % des francophones consomment le cinéma et la télévision majoritairement en français, mais, pour le disque, la consommation des produits anglophones est très élevée. Le tableau 20C permet de constater qu'il y a un clivage très marqué entre les plus de 30 ans et les 18-30 ans en ce qui concerne la consommation de disques ou cassettes en anglais. Les 18-30 ans représentent 62 % des consommateurs de disques.

 
Tableau 20C
Répartition des répondants francophones selon qu'ils consomment des disques ou des cassettes majoritairement en français ou majoritairement en anglais et selon l'âge

1.3.6. Langue et réputation de qualité de certains produits culturels

Au tableau 21, on note que la moitié des francophones croit que les vedettes francophones de la chanson produisent des choses aussi intéressantes que les vedettes anglophones; l'autre moitié juge que les vedettes anglophones sont plus intéressantes que les vedettes francophones dans un rapport de trois pour un environ (37 contre 13 chez les Montréalais francophones). En ce qui concerne les perceptions des anglophones et des allophones, les vedettes anglophones surpassent de beaucoup les vedettes francophones.

 
Tableau 21
Selon votre goût personnel, diriez-vous que les vedettes de la chanson francophone produisent des choses plus intéressantes, aussi ou moins intéressantes que les vedettes de la chanson anglophone?


Le tableau 22 montre que la télévision américaine est perçue comme étant de meilleure qualité par six francophones sur 10. La même opinion est partagée par les trois quarts des anglophones et des allophones.

 
Tableau 22
D'après vous, quelle télévision est de meilleure qualité?


1.4. L'adhésion aux principes de ta francisation

La Charte de la langue française et la politique linguistique du Québec reposent sur un certain nombre de grands principes. Formulés sous la forme de stéréotypes, quelques-uns de ces principes ont été soumis aux répondants du sondage. Le tableau 23 rend compte des résultats obtenus.

1.4.1. La langue : un sujet de préoccupation

  • 92 % des francophones croient que tous les Québécois devraient se préoccuper de la question des langues. 85 % des anglophones et 80 % des allophones sont du même avis.

  • Les deux tiers des francophones déplorent que les jeunes Québécois francophones se désintéressent du sort de la langue française. Le quart des anglophones et le tiers des allophones sont de cet avis.

1.4.2. Le français, langue de l'économie

  • 82 % des francophones du Québec croient que le français doit être la langue de travail au Québec (à Montréal, 71 %). Les anglophones et les allophones ne souscrivent pas beaucoup à ce principe (25 % et 36 %).

  • Seulement le tiers des francophones croient que la connaissance du français est plus importante que la connaissance de l'anglais pour réussir sur le marché du travail. 45 % des anglophones et 40 % des allophones le croient.

  • Quatre francophones sur 10 pensent qu'il est inévitable que l'anglais demeure la langue principale des affaires et de la finance au Québec. 57 % des anglophones et 43 % des allophones sont de cet avis.

  • Environ les deux tiers des francophones croient que le français constitue un attrait touristique, les anglophones, 36 % et les allophones, 41 %.

 
Tableau 23
Pourcentage des répondants qui sont d'accord (tout à fait, assez) avec divers énoncés d'opinion


1.4.3. Le français, langue du commerce

  • Le français doit être la langue des commerces au Québec pour les trois quarts des francophones. Le quart des anglophones et le tiers des allophones le croient aussi.

  • Huit francophones sur 10 s'opposent à ce que les produits étiquetés en anglais seulement puissent être vendus au Québec. Plus de la moitié des anglophones (57 %) partagent ce point de vue et 51 % des allophones.

  • 85 % des francophones de l'ensemble du Québec sont d'avis que les commerçants, partout au Québec, devraient aborder leurs clients en français. Les Montréalais francophones, tout en étant largement d'accord avec ce principe, sont moins nombreux à le soutenir (65 %). Près de quatre anglophones et allophones sur 10 appuient aussi ce principe.

  • Environ 70 % des francophones croient que les catalogues devraient être uniquement en français à moins que le client ne demande une version anglaise. Respectivement, 25 % des anglophones et 36 % des allophones sont aussi d'accord.

1.4.4. Le français, langue technique

  • Quatre francophones sur 10 croient que le français ne se prête pas aux exigences de la technique moderne. Les anglophones (11 %) et les allophones (29 %) affichent une confiance plus grande dans les possibilités du français à cet égard.

  • Une question du même type, mais relative à la diffusion des ordinateurs, produit à peu près les mêmes résultats.

1.4.5. La survie de la culture de langue française

  • Les deux tiers des francophones du Québec sont d'avis que, pour protéger leur culture, ils doivent exiger de parler le français en toute occasion au Québec. La moitié des Montréalais francophones sont de cet avis. Les anglophones (14 %) et les allophones (38 %) n'acceptent pas tellement que les francophones mettent en pratique ce principe.

  • L'inquiétude quant à la place que prennent les produits culturels anglophones dans les activités culturelles des francophones rejoint le point de vue de la moitié des francophones et des anglophones de même que 39 % des allophones.

1.4.6. L'intégration des immigrants

  • Plus des deux tiers des francophones croient qu'on doit obliger les enfants des nouveaux immigrants à fréquenter l'école française. Seulement 20 % des anglophones et 25 % des allophones partagent cet avis.

1.5. La perception de la situation du français au Québec : le présent et l'avenir

Quelques indices du climat linguistique du Québec ont été inclus dans le sondage. On cherche ici à saisir si les Québécois ont une perception optimiste de la situation linguistique.

1.5.1. L'attraction comparée des langues au Québec

Au tableau 24, 44 % des francophones du Québec sont d'avis que l'anglais attire plus les immigrants que le français. Les anglophones adhèrent à cette proposition dans 64 % des cas et les allophones dans 45 % des cas. Le français serait plus attrayant que l'anglais pour au plus un répondant sur cinq.

 
Tableau 24
Actuellement, est-ce le français ou l'anglais qui attire le plus les immigrants?


 
Tableau 25
Pour vous, l'avenir de la langue française est-il...?


1.5.2. Les attitudes à l'égard des transferts linguistiques

Le transfert linguistique, c'est-à-dire l'abandon de l'usage de la langue maternelle au foyer pour une autre langue, est la manifestation concrète du principe de l'assimilation linguistique. Quelles attitudes prévalent au sujet de ce phénomène?

• Chez les francophones

Environ les deux tiers (tableau 26) des francophones ont été surpris d'apprendre que le dernier recensement avait repéré 100 000 cas de transfert linguistique au sein de leur communauté, mais ils se montrent compréhensifs vis-à-vis de ceux qui ont agi ainsi.

Par ailleurs, trois francophones sur 10 auraient aimé pouvoir changer de langue, une donnée qui indique l'attrait de ce phénomène linguistique. Enfin, 56 % s'inquiètent des transferts linguistiques et 40 % s'en disent choqués.

 
Tableau 26
Au dernier recensement, on comptait environ 100 000 francophones au Québec qui ont adopté l'anglais comme langue parlée à la maison...


• Chez les anglophones

Un peu plus de la moitié (tableau 27) des anglophones ont été surpris d'apprendre que 80 000 d'entre eux ont effectué un transfert vers le français, mais 94 % se montrent compréhensifs. Quant à la proportion des répondants qui auraient souhaité effectuer un tel transfert, elle atteint 50 %. Peu s'inquiètent (11 %) du phénomène ou le trouvent choquant (10 %).

À la lumière de ces résultats, il faut se demander si les répondants autant francophones qu'anglophones ont bien saisi tout le sens du transfert linguistique, c'est-à-dire l'abandon de leur langue maternelle au profit d'une autre langue principale. Il est possible qu'un bon nombre des répondants ont plutôt perçu un moyen d'atteindre un très haut niveau de bilinguisme.

 
Tableau 27
The last census shows that about 80 000 English-speaking Quebecers adopted French as the language they speak at home...


1.5.3. Le rôle des institutions vis-à-vis de la langue française

Le tableau 28 rend compte des résultats d'une question qui demandait aux francophones d'apprécier le rôle que jouent les grandes institutions à l'égard du français au Québec. L'école est perçue comme celle qui s'acquitte le mieux de ses responsabilités par 39 % des francophones. La famille vient ensuite avec 25 % et les médias avec 17 %. Même si l'école est souvent décriée en ce qui concerne l'enseignement du français, elle demeure perçue comme l'institution qui exerce le mieux son rôle envers la langue française. Il faut probablement relativiser cette statistique en ce sens que, pour plusieurs, un automatisme peut avoir joué, l'enseignement de la langue étant un rôle premier de l'école.

 
Tableau 28
Parmi les institutions suivantes, laquelle à votre avis, s'acquitte le mieux de ses responsabilités envers le français au Québec?


1.5.4. L'amélioration du statut du français

Le tableau 29 permet de constater que plus de la moitié des francophones ont perçu que la situation du français s'est améliorée depuis deux ans dans des domaines comme l'affichage commercial, le service à la clientèle et les modes d'emploi des produits. Au travail, même si la proportion des optimistes (44 %) dépasse largement celle des pessimistes (4 %), les progrès du français semblent un peu moins évidents aux yeux des francophones.

Les anglophones et les allophones semblent avoir perçu l'amélioration de la situation du français dans des proportions moindres que ce n'est le cas chez les francophones et surtout dans le domaine du travail. Il se dégage tout de même du tableau 29 une perspective clairement optimiste.

Le tableau 30 le confirme avec force puisque plus de 80 % des répondants de tous les groupes linguistiques croient que le français se porte très bien ou assez bien au Québec.

 
Tableau 29
Depuis deux ans, la situation du français s'est-elle améliorée, détériorée ou est-elle demeurée semblable dans le domaine...


 
Tableau 30
Trouvez-vous que le français au Québec se porte...


1.5.5. L'avenir du français

Au tableau 30, on constate que l'optimisme vaut aussi pour l'avenir puisque seulement 16 % des francophones prévoient une détérioration de la situation du français d'ici 10 ans, 35 % une amélioration et 33 % aucun changement. Les anglophones et les allophones adoptent à peu près le même point de vue.

Pour les 50 prochaines années, seulement 19 % des francophones prévoient l'assimilation des francophones et les deux tiers, la conservation de leur langue et de leur culture. Les anglophones (84 %) sont encore plus optimistes quant à l'avenir de la langue et de la culture françaises au Québec.

1.6. Conclusion

Avant de comparer ces résultats à d'autres recueillis antérieurement, résumons les principales constatations.

Le bilinguisme serait aussi élevé chez les Montréalais francophones que chez les anglophones, six répondants sur 10 des deux groupes estimant avoir une bonne compétence à parler la langue seconde. Par ailleurs, la question du recensement incluse dans notre sondage et qui réfère à l'aptitude à soutenir une conversation dans la langue seconde donnerait 75 % d'anglophones bilingues contre 66 % pour les Montréalais francophones. Ces données seraient inversées toutefois si on considère la capacité d'écouter la télévision dans la langue seconde.

En ce qui concerne la langue utilisée dans les contacts entre francophones et anglophones, l'anglais est nettement privilégié et les perceptions des deux groupes concordent à cet égard.

Le quart des Montréalais francophones disent qu'il leur arrive souvent de se faire accueillir en anglais par le personnel des commerces et 8 % sont souvent placés devant l'impossibilité de se faire servir en français. Quant aux francophones bilingues, ils revendiquent beaucoup moins de se faire servir en français que les non-bilingues. Par ailleurs, environ 90 % des francophones estiment que la possibilité de se faire servir en français est satisfaisante.

L'existence de modes d'emploi unilingues anglais est un problème reconnu par 30 % des francophones. De plus, 50 % des francophones ont noté des incorrections dans le texte français des modes d'emploi bilingues.

Quant au visage français de Montréal, le quart des francophones estiment que cette question n'est pas importante tandis que 36 % pensent que le centre-ville ne montre pas suffisamment que Montréal est une ville majoritairement française.

Une faible majorité (54 % contre 46 %) des francophones pense qu'on ne devrait pas maintenir la disposition de la loi qui oblige les commerces à afficher uniquement en français.

La comparaison des divers groupes linguistiques eu égard à la consommation des médias fait ressortir nettement l'avantage des médias anglophones. Cela est vrai pour le disque, le cinéma et la télévision; la consommation de produits culturels de langue anglaise par les francophones surpasse de beaucoup la consommation de produits culturels de langue française par les anglophones. Les allophones ont aussi un profil de consommation privilégiant les médias anglophones. De plus, la réputation de qualité des médias de langue anglaise est meilleure que celle des médias de langue française aux yeux mêmes des francophones.

Quant aux principes généraux, l'affirmation du fait français recueille un appui très majoritaire chez les francophones et surtout dans les activités économiques (travail, commerce, technologie).

Enfin, l'optimisme est de rigueur en ce qui concerne l'évaluation des progrès du français au Québec et aussi quant à ses chances de s'affirmer encore davantage dans l'avenir.




haut
Free download porn in high quality RGPorn.com - Free Porn Downloads