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Le Québec français et l'école à clientèle pluriethnique

Le Québec français
et l'école à clientèle
pluriethnique


contributions à une réflexion






L'AVENIR DU QUÉBEC :
DEFIS CULTURELS
CHOIX CULTURELS



Norman HENCHEY
Professeur
Directeur du Département des politiques
et de l'administration scolaires
Université McGill



Texte présenté au
Conseil de la langue française






TABLE DES MATIÈRES



Sommaire

Introduction

Le contexte

Les tendances actuelles

L'avenir qui se dessine

Trois scénarios pour le Québec

Un Québec superindustriel

Un Québec autoritaire

Un Québec écologique

Culture, langue et éducation

Bibliographie




SOMMAIRE


Si nous voulons saisir la portée du multiculturalisme croissant des écoles québécoises, il nous faut étudier le contexte actuel et futur du Québec et de l'Amérique du Nord, sans oublier les variables qu'y représentent l'éducation, la culture, l'économie et la politique.

À l'heure actuelle, six grandes tendances façonnent l'avenir de la plupart des pays développés : 1) la révolution technologique, 2) la concurrence croissante, 3) les perturbations économiques, 4) les revendications en matière de responsabilité sociale, 5) la transformation du savoir et 6) le pluralisme culturel.

Ces tendances laissent deviner l'évolution que nous subissons, le passage de la période industrielle que nous connaissons bien à la société postindustrielle marquée de nouveaux attributs. Le savoir et la communication y jouent un rôle crucial : on constate une certaine tendance à l'artificialité, à la complexité et à la concentration du pouvoir; on voit apparaître une nouvelle définition du travail, de l'éducation et des loisirs; les systèmes sociaux se signalent par la diversité culturelle et morale; enfin, de nouvelles formes d'organisation se dessinent.

Plusieurs modèles de société québécoise pourraient bien être en gestation, dont trois méritent une étude approfondie. Il s'agit : 1) d'une société superindustrielle fondée sur la technologie de pointe, la recherche, la croissance, l'individualisme, l'abondance et les loisirs; 2) d'une société autoritaire née de cette réaction en chaîne que constituent la pénurie, la concurrence, le conflit et la répression; 3) d'une société écologique bâtie sur l'équilibre, la technologie opportune, les réseaux, la diversité et la communauté.

L'aspect que prendront, au Québec, l'éducation et la culture sera fonction du modèle dont les 20 prochaines années feront leur projet social. La religion, la langue et la culture qui dominaient autrefois le débat commencent à céder le pas à l'économie, à la politique et au mode de vie.

Dans les trois scénarios mentionnés, langue, culture et ethnie occuperont des places différentes. L'éducation se verra aussi attribuer de nouvelles priorités et l'opinion sur l'importance de l'école - de l'école multiculturelle en particulier - se modifiera.

Si l'école multiculturelle représente, en soi, une remise en question de la culture dominante du système scolaire tel que nous le connaissons, elle offre aussi une chance d'avenir.





INTRODUCTION


La grandeur et la décadence des images de l'avenir précèdent ou accompagnent l'essor et la chute des civilisations. Tant que l'image d'une société est positive et florissante, la culture est en pleine floraison, mais sitôt qu'elle commence à se faner et à perdre de sa vitalité, les jours de cette culture sont comptés.

(Fred Polak, The Image of the Future, 1973, p. 19.)

Les écoles québécoises sont la proie d'importants changements culturels, ethniques et linguistiques, surtout dans l'île de Montréal. Cette évolution résulte d'événements extérieurs à leur cadre : la configuration de l'immigration au Québec, la multiplication des minorités dites visibles, les effets de la loi 101 et la chute du taux de natalité au sein des populations francophones et anglophones indigènes.

Il importe d'en analyser les causes et de décrire les phénomènes, comme d'ailleurs de se demander quelles sont les questions qui se posent en ce qui concerne l'avenir.

Notre objectif est ici de méditer sur les points suivants : 1) quelques grandes tendances actuelles de la société, 2) l'avenir qu'elles laissent entrevoir, 3) trois scénarios vers lesquels elles dirigent peut-être le Québec et 4) leurs répercussions sur les principes et la pratique en matière d'éducation.

Le texte qui suit s'efforce d'élargir les perspectives que nous avons de ces questions; il s'agit en fait d'une sorte de plan sommaire, d'aperçu général où nous essayons de porter les principaux éléments du décor sans trop nous soucier des détails. Voyez-y aussi un appel à la réflexion et à la discussion, un aiguillon et une invitation à jeter, du coin de l'oeil, un regard neuf sur un paysage familier sans fermer les yeux sur les possibilités et les détails éventuellement troublants.

Nous ne retiendrons que trois scénarios possibles parmi tous ceux qui pourraient être envisagés. Un scénario n'est pas une prédiction, non plus qu'une prescription de politiques ou de mesures à prendre. Le scénario est plutôt un outil pédagogique en vue de promouvoir l'examen critique d'alternatives et d'orientations, y compris celles qui divergent de nos présomptions, de nos attentes ou de nos souhaits. Des trois scénarios en question, nous privilégions le troisième : une société écologique.





LE CONTEXTE


Commençons par nous entendre sur quatre notions futur, culture, éducation, Québec.

RÉFLEXION SUR LE FUTUR

La futurologie jouit d'une grande popularité depuis quelques années aussi bien auprès du grand public que dans les cercles gouvernementaux, financiers et universitaires. Le succès récent d'ouvrages comme La troisième vague d'Alvin Toffler et Megatrends de John Naisbitt, celui des cellules de réflexion telles l'Hudson Institute et GAMMA témoignent de cet intérêt croissant pour l'avenir.

Pour étudier cet avenir, il faut distinguer quatre espèces de futur : 1) les futurs possibles qui, en décrivant ce qui peut arriver, stimulent notre imagination et nous poussent à envisager les solutions diverses; 2) les futurs probables qui, en nous montrant ce qui se produira semblablement, nous font prendre conscience des tendances dominantes; 3) les futurs à privilégier qui nous font réfléchir à ce qui devrait arriver, à l'avenir que nous voulons instaurer en harmonie avec nos valeurs et nos idéaux; 4) les futurs vraisemblables qui nous font entrevoir ce qui pourrait arriver si nous dressons bien nos plans.

L'étude du futur, c'est le premier pas du processus qui mène à l'élaboration d'une politique qui, elle, conduit à la planification, à l'application, à la gestion et à l'évaluation. Ces étapes se suivent ainsi :

Études futurologiques —> politique —>
planification —> implantation —> gestion —>
évaluation

Il importe également de bien se rendre compte que la forme de nos réflexions sur l'avenir dépend de certaines des hypothèses que nous adoptons : l'évolution est-elle continue ou discontinue? Vivons-nous une période de progrès, de déclin ou de mutation? Sommes-nous libres de façonner les événements ou ces événements obéissent-ils à des forces indépendantes de notre volonté? Notre optique de l'avenir est-elle, en gros, optimiste ou pessimiste?

LA NOTION DE CULTURE

Le concept de culture est difficile à cerner, car son acception varie selon les contextes. Le sens que les anthropologues donnent À ce terme n'est pas le même que celui des critiques artistiques et des nationalistes.

Globalement parlant, on entend par culture l'ensemble des caractères et du vécu d'un groupe d'individus. Ce vécu peut porter sur la langue, les valeurs, les traditions, la religion, le cadre géographique, les aspirations, l'activité économique, la technologie, le mode de vie, les rites sociaux, la répartition du pouvoir, les priorités de l'apprentissage, les institutions, les expressions artistiques, les rôles et les moyens de communication.

Dans certaines circonstances, la vedette du débat peut aller à un ou plusieurs de ces éléments, les sociétés mettant l'accent selon l'époque sur tels d'entre eux plus que sur tels autres, mais il ne faut pas oublier que la notion de culture est complexe et changeante, et de surcroît empreinte d'une charge affective à composantes multiples.

Le Québec est enclin à ne voir, dans la culture et sa survie, que des questions de langue, de tradition et d'ethnie. Comme d'ailleurs à articuler ses réflexions sur les « communautés culturelles » dotées de traits de civilisation stables et homogènes ainsi qu'à s'attacher aux différences entre les groupes culturels, et surtout entre les cultures québécoise et nord-américaine.

Les cultures modernes sont pourtant un tissu de relations entre les influences linguistiques, sociales, économiques, géographiques et politiques, et l'interpénétration est forte parmi les diverses cultures.

ÉDUCATION ET INSTRUCTION

Pas plus que celui de culture, le concept d'éducation n'est pas facile à analyser; il se prête en outre à une bonne dose de réductionnisme. Nous voyons volontiers dans l'« éducation » et le « système d'éducation » la structure formée par les écoles primaires et secondaires officielles, régie par les commissions scolaires et réglementée par un ministère provincial de l'Éducation. Dans les dernières décennies, ce concept a cependant fini par englober les établissements postsecondaires ainsi que diverses activités en matière d'éducation permanente.

En identifiant ainsi l'éducation à l'institution scolaire, nous avons enfermé le débat sur l'apprentissage dans certains modes de pensée et d'organisation. Si elles veulent survivre, toutes les sociétés doivent structurer leur enseignement, mais le système de l'enseignement public, organisé et général prévu pour les jeunes qui nous semble aller de soi et ses présupposés, les structures et la philosophie ont pris racine dans la société industrielle de l'Europe et de l'Amérique du Nord des XIXe et XXe siècles, est une invention assez récente de l'humanité.

Si nous voulons nous pencher sur l'avenir des activités et cadres culturels au Québec et sur l'apport éventuel de l'« éducation » au développement de la culture, il nous faut envisager cette éducation dans son sens large et y inclure notamment les services pour adultes, les réseaux d'information électroniques, les communications par satellite, l'aménagement communautaire et la planification sociale.

LE QUÉBEC CONTEMPORAIN

La Révolution tranquille des années 60 a modifié notre société sous bien des aspects fondamentaux. Une nouvelle unité de langue, de culture et de gouvernement est venue remplacer celle, traditionnelle, de langue, de culture et de religion et, en entrant en contact, les « deux solitudes » non moins traditionnelles qu'incarnaient les collectivités francophone et anglophone ont suscité l'agitation et les frictions.

Un des traits dominants de la société québécoise des 20 dernières années est la tension et le doute propres aux collectivités entièrement composées de groupes minoritaires marqués par toute l'insécurité naturelle chez ces groupes. Rien d'étonnant si la période en question a été celle du conflit, mais il semble, aux alentours de 1985, que l'affrontement et l'incertitude commencent à disparaître.

Pour ce qui est des questions linguistiques, le français occupe au Québec une position plus visible et partant, comme d'aucuns le croient, plus sûre. Au niveau de l'État, l'avènement de nouvelles personnalités et de nouvelles réactions au palier fédéral, l'évolution des pressions et des priorités au Québec, et, compte tenu des réalités géopolitiques de l'Amérique du Nord contemporaine, l'ambiguïté inhérente au concept même d'indépendance sont venus infléchir la volonté d'indépendance. Quant aux activités culturelles et artistiques, le caractère distinctif de la vie culturelle québécoise est plus généralement admis : par certains comme une renaissance, par d'autres comme un chant du cygne et par d'aucuns comme un bien de consommation comme tous ceux que produit la culture populaire électronique de l'Amérique.

Sur le plan géopolitique, nous nous sommes mis à repenser les relations que nous entretenons avec le reste du Canada en tant que cohéritier d'un même patrimoine, avec les États-Unis en tant que débouché de nos ressources et avec l'Europe en tant qu'origine de nos identités. Nous voyons aussi le pouvoir économique et politique délaisser régulièrement le nord et l'est du continent pour le sud et l'ouest.

Du côté de nos liens affectifs, la tradition, l'homogénéité et le conservatisme demeurent, pour ce qui est de modeler nos mentalités, des facteurs puissants, plus puissants que les fonctionnaires et les théoriciens de Québec et de Montréal ne veulent en général le croire.

Le progrès rapide des technologies, surtout dans les domaines culturellement sensibles des communications, nous fascine en même temps qu'il nous mobilise et nous effraie, en nous faisant entrevoir un développement économique assujetti au « virage technologique » et en agitant le spectre de la consommation passive d'une culture d'importation.

Le consensus social sur lequel se fondait le Québec n'a pas résisté à la pression de la modernisation; la cohésion a fait place aux rapports conflictuels parmi les groupes d'intérêt : entre le patronat et les syndicats, le secteur public et le secteur privé, le palier provincial et le palier fédéral, les jeunes et les vieux, les francophones et les anglophones, le milieu urbain et le milieu rural.

Bref, le Québec, qui traverse une période de mutation entre un univers connu et un univers à inventer, vit des temps intéressants.





LES TENDANCES ACTUELLES


C'est en examinant les grandes tendances d'aujourd'hui que nous commencerons à bâtir notre image du futur, en sachant que notre choix témoigne des valeurs auxquelles nous adhérons.

Si nous avons décidé de présenter les six tendances suivantes, c'est en raison de l'aspect fondamental de leur nature, de la portée de leur impact et du caractère global de leur influence. Ces tendances sont : 1) la révolution technologique en communications et biologie, 2) la concurrence économique et politique croissante entre régions et nations, 3) les perturbations économiques, 4) les revendications de plus en plus nombreuses en matière de responsabilité sociale, 5) l'évolution du savoir quant à la somme d'information, des nouvelles méthodes d'enquête, des nouvelles théories et des modèles intellectuels qui se font jour, et 6) le pluralisme culturel né de la diversité des ethnies et des modes de vie.

LA RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE

L'expression de « technologie moderne » nous fait immédiatement songer aux puces et aux micro-ordinateurs, qui ne sont cependant que les éléments les plus visibles d'un réseau technologique complexe en rapide évolution. Ce réseau comprend la miniaturisation - grâce aux puces, précisément -, la production d'images par la télévision et les magnétoscopes, la transmission par satellites et fibre optique, les systèmes de commande tributaires des mini et micro-ordinateurs, l'intégration des composants aux réseaux d'information de même que la réduction des coûts de production et de la facture d'énergie grâce au dynamisme du marketing et à l'originalité du design.

De cette révolution des communications émanent deux révolutions accessoires. La première, intellectuelle, touche la recherche appliquée dans le domaine de l'intelligence artificielle, des systèmes experts, de la réalité artificielle et de la symbionique (connexion directe cerveau-machine). On constate une seconde révolution dans les applications économiques de cette technologie aux loisirs (salle de jeux électroniques et clubs vidéo), aux communications (traitement de textes, téléconférences), aux services (banques, courrier électronique), à l'industrie de fabrication (robotique), à la sécurité (surveillance, bases de données, télédétection) et aux professions (journalisme, applications pédagogiques de l'ordinateur, bibliothèques électroniques).

Il s'agit là de la révolution technologique des communications, mais une autre, non moins importante, s'est emparée de la microbiologie. Les recherches entreprises sur les recombinaisons d'ADN, la structure génétique, la transplantation des gènes et la création de nouvelles formes de vie promettent - ou menacent - d'agir autant sur le futur que l'évolution plus spectaculaire du matériel de communication.

Il est probable que les nouveautés continueront à surgir rapidement dans les communications et la biotechnologie et que les effets réciproques des deux révolutions vont engendrer, pour ce qui est de la vie humaine, un nouveau milieu de vie. Comme l'a fait remarquer Jean Goulet (1982), les répercussions culturelles de ces révolutions seront profondes, particulièrement pour le Québec. Derrière le « virage technologique » se dissimule un nouveau visage culturel.

LA CONCURRENCE CROISSANTE

La deuxième grande tendance, c'est l'intensification de la concurrence économique et politique dans le monde entier. L'Amérique du Nord, Canada y compris, a joui longtemps d'une position privilégiée sur le plan des ressources naturelles, des sources d'énergie, des denrées alimentaires, de l'industrie de fabrication et du niveau de vie, mais, dans les années 80, la prééminence de l'Amérique du Nord se fait attaquer sur plusieurs fronts et, qui plus est, le Canada voit sa position remise en question. Les progrès extraordinaires accomplis par le Japon dans les communications, l'électronique et la construction automobile ainsi que les recherches qu'il mène sur les ordinateurs de la cinquième génération menacent la prépondérance nord-américaine en matière de recherche. De plus, le secteur industriel est en butte à la concurrence des pays en voie de développement les plus avancés, le faible coût de leur main-d'oeuvre mettant en marge du marché bon nombre d'industriels nord-américains. D'autres facteurs viennent d'ailleurs rendre la compétition plus vive : la faiblesse et l'incertitude de l'économie de la plupart des pays d'Amérique latine et d'Afrique, qui limitent le potentiel de leurs marchés, la déréglementation de beaucoup d'industries ainsi que l'évolution des habitudes de vie et de consommation au sein de divers secteurs de la population nord-américaine.

Voulant conserver au Québec son actuelle position économique ou bien l'améliorer, nous nous heurtons au puissant esprit d'entreprise et à l'expérience des États-Unis en la matière, de même qu'à d'autres régions du Canada, en particulier l'Ontario et la Colombie-Britannique. Sans doute devrons-nous nous contenter de moins tout en produisant plus et travailler davantage pour gagner moins si nous voulons attirer les touristes, vendre nos vêtements, exporter nos minerais et notre bois et défendre notre place sur le marché de la micro-informatique, de la biotechnologie et de la robotique. Nos projets ne sont en effet pas les seuls valables, loin de là.

LES PERTURBATIONS ÉCONOMIQUES

Comme le dit Peter Drucker (1980), nous vivons des temps agités. La longue période d'essor économique que les économistes ont toujours associée au progrès et qui a commencé après la Seconde Guerre mondiale a pris fin au début des années 70 avec la crise du pétrole. Nous connaissons depuis lors des fluctuations économiques et financières erratiques, des combinaisons inattendues d'inflation, de stagnation et de chômage élevé, des crises en matière de dette internationale et des marchés instables; qui plus est, nous ne croyons plus au progrès économique permanent.

Nous quittons à vrai dire l'économie industrielle pour une autre, par suite des deux grandes tendances déjà abordées, l'évolution technologique qui restructure l'économie et modifie le visage de l'emploi et l'intensification de la concurrence qui rend problématique la stabilité économique.

Si l'agitation est en partie d'origine démographique, les nombreux rejetons du baby-boom étant aujourd'hui de jeunes adultes individualistes et instruits qui ont bien du mal à dénicher des emplois conformes à leurs attentes et à l'image qu'ils se font d'eux, elle est aussi d'origine psychologique, nourrie de l'échec des théories politiques alors répandues (fédéralisme, séparatisme), des théories économiques (croissance = progrès), des théories sociales (l'État providence) et des théories religieuses (doctrines de l'Église et positions morales, surtout en matière de sexualité).

Cette agitation généralisée est signe que nous vivons une époque de transition. Pareil climat nous oblige à repenser nos solutions économiques et politiques traditionnelles, à remettre en question nos attitudes et à nous adapter à une situation aussi nouvelle que changeante.

LES REVENDICATIONS EN MATIÈRE
DE RESPONSABILITÉ SOCIALE

Depuis 20 ans, la population demande de plus en plus de comptes aux institutions privées et publiques. Ses exigences à cet égard trouvent leurs origines dans certains mouvements qui, généralement lancés aux États-Unis dans les années 60, ont gagné d'autres pays : défense des droits civiques, protection du consommateur, pacifisme, écologie, indépendantisme et féminisme. En dépit de leurs différences manifestes, ces mouvements présentent des traits communs qui caractérisent cette tendance : mécontentement à l'égard des politiques et services, désenchantement et critique envers les structures en place, formation de groupes ou de réseaux, à liens généralement lâches, qui rassemblent autour d'une question prédominante des individus très divers, adoption de stratégies propres à influencer les institutions publiques et privées. Les activistes prenant de l'expérience et quittant les campus pour occuper diverses fonctions dans la société, leurs mouvements ont évolué depuis les années 60 pour atteindre aujourd'hui l'âge adulte.

On a donc vu, essentiellement, les individus et groupes de pression revendiquer leurs droits, souvent en contradiction avec les réclamations d'autres groupes, pendant que les institutions publiques et privées - l'État, l'entreprise, la santé publique, l'éducation, les services sociaux, l'aménagement urbain - se voyaient contraintes d'adopter des politiques administratives plus transparentes, de donner à la population un plus grand rôle à jouer dans leurs décisions et de se montrer plus ouvertes aux questions suscitées par les droits, la représentation et la promotion des minorités, surtout celle des femmes.

Parallèlement, certains services professionnels se sont « démythifiés » et « désinstitutionnalisés »; la dépendance a diminué à l'égard des hôpitaux, des tribunaux, des écoles et des organismes gouvernementaux, les initiatives populaires se sont multipliées et le public, cessant d'y voir le seul, voire le meilleur moyen de combler ses attentes, a pris ses distances vis-à-vis des services institutionnels.

LA TRANSFORMATION DU SAVOIR

Il est de notoriété publique que nous sommes au beau milieu d'une explosion de l'information; on entend d'ailleurs couramment qualifier notre monde de société de l'information. Le savoir, incontestablement, est la proie d'une mutation, de même que sa place dans notre société.

Premièrement, la quantité d'information engendrée par la recherche dans tous les domaines - physique et biologie, sciences sociales et humaines, professions diverses et, plus récemment, sciences de la connaissance sur le plan du fonctionnement du cerveau et de l'intelligence artificielle - augmente visiblement. Deuxièmement, nos méthodes de stockage, de classement et de restructuration des données dans les systèmes informatiques connaissent un progrès spectaculaire, ainsi d'ailleurs que les techniques dont nous disposons pour acquérir ces connaissances, des microscopes électroniques aux radiotélescopes. Troisièmement, il faut citer la vitesse et l'ampleur de la diffusion du savoir nouveau parmi les consommateurs érudits et le grand public au moyen des médias. Quatrièmement, c'est tout le contexte social des connaissances qui change du fait qu'en occupant une grande partie de notre force de travail et en expliquant l'essentiel de nos espoirs de progrès économique à venir, le travail et les industries du savoir prennent plus d'importance pour notre économie, si tant est même qu'ils ne lui sont pas indispensables.

Enfin, à un niveau plus profond encore, on voit se transformer nos postulats sur la connaissance et nos cadres de référence, les modèles fondamentaux selon lesquels s'organisent nos perceptions du monde, de notre société et de nous-mêmes. Les découvertes apportées par la physique des particules, l'astronomie, l'écologie, la recherche sur le cerveau, la biologie et la théorie générale des systèmes remettent en question cette vue mécaniste de l'univers que l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord estiment toute naturelle depuis des siècles. Ces nouveaux modèles commencent à influer, dans notre société, sur quantité de secteurs professionnels, politiques et économiques et à s'inscrire en faux contre notre philosophie dominante en matière de pouvoir, de santé, de savoir, de culture et de droits de la personne (Capra, 1982).

LE PLURALISME CULTUREL

La dernière grande tendance est celle du pluralisme croissant de notre société, de la diversité qui s'affirme de plus en plus dans les mentalités, les espoirs, l'affirmation de soi et le sentiment d'appartenance.

À moins de consentir des efforts acharnés pour demeurer fermées sur elles-mêmes à l'écart des forces extérieures, pour imposer à tous ses membres une unique image du monde et pour renforcer les processus d'assimilation tout en marginalisant les groupes qui tiennent à leur différenciation, les sociétés développées d'aujourd'hui doivent tolérer une forte dose de pluralisme.

Nombreuses sont les tendances culturelles qui s'unissent pour favoriser divers pluralismes : les réseaux de communication mondiaux, l'évolution rapide des systèmes de connaissances, la mobilité professionnelle et géographique des populations, la prolifération des modes de vie et des échelles de valeurs. Tout porte à croire que la diversification culturelle va se poursuivre et s'amplifier. Si la plupart des grands centres urbains sont très riches en ethnies diverses, ils ne s'organisent pas nécessairement comme autrefois en ghettos économiquement homogènes. Cette combinaison de pluralisme ethnique et économique infléchit le mode de vie des autres groupes (habitudes alimentaires, réaction aux grands problèmes mondiaux) de même que la nature des institutions qui les desservent : hôpitaux, écoles, administrations municipales, police et industrie des services. Elle influe également sur les langues et la sensibilité des cultures d'accueil.

Toutefois, le pluralisme culturel de notre société, c'est bien autre chose que l'ouverture de restaurants grecs, la présence de Noirs dans les écoles francophones et l'apparition de néologismes. On l'a perçu, lui et celui de nos institutions, très différemment en raison de l'ascension, modeste, mais incontestable, des femmes dans la vie politique, l'administration publique et les sociétés commerciales. En outre, les cultures respectives des divers groupes d'âges, celle new wave, des adolescents, le mode de vie des Yuppies (jeunes professionnels urbains) adultes et l'avènement d'une culture de l'âge d'or viennent y contribuer. Comme la population vieillit, l'influence des personnes âgées - dotées d'une assez bonne santé, de beaucoup d'expérience, sûres d'elles, aisées et plus assurées qu'autrefois - se fera fortement sentir dans notre société. Enfin, le pluralisme ne fera que s'accentuer à mesure que les systèmes de référence qui chapeautaient notre société - celui des WASPS et celui des catholiques - cesseront d'être, sur le plan moral, les dénominateurs communs de la conduite et la base de nos objectifs et de nos espoirs à tous.

Si l'on considère ces six tendances technologie, concurrence, perturbations, responsabilité des institutions, savoir et pluralisme - trois facteurs nous frappent. Le premier, c'est qu'elles font partie du contexte global du monde développé où nous vivons, reliant par là le Québec aux autres sociétés modernes. Le second, c'est qu'elles sont étroitement lices : technologie entraîne concurrence; technologie plus concurrence donne perturbations qui, elles, aboutissent aux demandes de comptes; réagissant à ces quatre facteurs, le savoir se transforme et la culture se fait pluraliste. Le troisième, c'est que toutes ont des répercussions sur le développement futur de la culture et de la société au Québec. C'est également par elles six que nous pouvons entrevoir l'avenir qui se dessine.





L'AVENIR QUI SE DESSINE


Si l'on admet la direction générale des tendances actuelles, on peut, en y voyant des « porteuses d'avenir », imaginer d'après elles le futur qui prend forme.

Voici l'argument sur lequel repose notre réflexion :

Nous vivons une époque de mutation analogue à certains égards à la fin du Moyen âge et au début de la Renaissance. Les postulats, structures et institutions fondamentaux de l'époque industrielle sont remis en question tandis qu'apparaissent des postulats, des structures et même des institutions nouveaux et que se forme une culture postindustrielle. Les caractéristiques de l'avenir qui se dessine fluctuent cependant sans cesse encore et se contredisent; la société du futur n'a pas encore d'image, de modèle bien défini. Autrement dit, nous pouvons encore choisir entre plusieurs avenirs.

Voici quelques-uns des traits essentiels de cet avenir en gestation :

1. SAVOIR ET POUVOIR

Le pouvoir n'est plus fonction de la force physique, de la propriété foncière ni de l'argent, mais du savoir, encore qu'il y ait des connaissances assorties de plus de pouvoir que d'autres. L'intelligence, ce pouvoir de l'esprit, devient la ressource la plus essentielle des nations.

2. LES INDUSTRIES DU SAVOIR

Le secteur clé de l'économie n'est plus l'extraction des ressources naturelles, la fabrication ni le secteur traditionnel des services, mais celui des industries du savoir, en particulier la recherche, les universités, les cellules de réflexion, les groupes de consultation, les médias, la conception d'ordinateurs et l'analyse des systèmes.

3. COMMUNICATIONS ET TRANSPORTS

La transmission de l'information devenant le « mouvement » par excellence - par les téléconférences, le courrier électronique, le transfert électronique de fonds et l'interconnexion des réseaux de bases de données -, le transport des marchandises devient moins important.

4. UN MILIEU ARTIFICIEL

La technologie prend figure de milieu, notre environnement lui-même devenant de plus en plus artificiel puisque l'électronique prend de plus en plus en charge nos rapports avec autrui, avec la société et avec la « réalité ». Il n'est plus facile de distinguer entre le réel et l'artificiel.

5. LOISIRS ET TRAVAIL

La technologie (systèmes d'information, robots, ordinateurs) se chargeant d'un surcroît de travail et engendrant davantage de richesses, le travail n'a plus la même importance qu'autrefois dans notre existence, au contraire des loisirs.

6. UNE CERTAINE DÉPENDANCE

La société commence à compter beaucoup sur l'électronique et ses techniques pour ce qui est des divertissements, de la communication, de l'apprentissage, de la tenue des livres, des opérations financières et commerciales, de l'accès à l'information et de la maîtrise de ses besoins existentiels de base. C'est grâce à cette dépendance que les autorités peuvent s'ingérer dans notre vie privée et que d'habiles individus réussissent à s'immiscer dans l'activité électronique des organisations.

7. POLARISATION DES COMPÉTENCES PROFESSIONNELLES

En supprimant beaucoup de postes à qualifications moyennes, la technologie cantonne la force de travail dans des emplois peu spécialisés (soins des personnes âgées, tourisme, entretien, sécurité publique) et des travaux très spécialisés (qui exigent une formation scientifique et technique poussée en logique, informatique, création conceptuelle et administration).

8. UNE SOCIÉTÉ COMPLEXE

Le côté abstrait d'une bonne partie des travaux effectués dans la société, l'interconnexion des grands problèmes, le nombre d'éléments à envisager dans le processus décisionnel et la surabondance des données disponibles engendrent, chez beaucoup d'individus, une sorte de « techno-stress » qui les écarte définitivement de tout apport réel aux décisions et les pousse à rechercher, en adhérant à des cultes religieux et séculiers, des formules de simplification.

9. CONCENTRATION DU POUVOIR

Le pouvoir politique, économique et culturel se concentre aux mains d'un nombre assez faible de spécialistes, les technocrates (au nombre desquels il faut peut-être compter quelques femmes) qui mettent sur pied et administrent le système d'information auquel un grand nombre d'esclaves de la technique font appel à des fins de loisirs.

10. LE POUVOIR PASSE AU SUD ET À L'OUEST

En se multipliant, les loisirs accusent l'importance du mode de vie; le transfert, auquel nous assistons actuellement, du pouvoir de l'est à l'ouest s'accompagne d'un mouvement du nord au sud. Dans le contexte mondial, l'Amérique du Nord élargit le fossé du pouvoir entre elle et le reste du monde : c'est désormais la bordure du Pacifique qui compte, et non plus la liaison atlantique.

11. TRAVAIL, SAVOIR ET LOISIRS REDÉFINIS

La technologie, le changement et la diversité obligent la société à repenser ces notions clés que sont le travail, le savoir et les loisirs. Les emplois significatifs sont rares; le travail à temps partiel, les postes partagés et les trajectoires de carrière remplacent désormais l'emploi à vie. L'évolution étant constante, il faut se soumettre à un apprentissage permanent tant sur le plan professionnel que civique. Les technologies nouvelles offrent un réseau d'apprentissage global dont les écoles primaires et secondaires ne sont qu'un élément mineur. La portée du travail et de l'érudition devenant plus vaste, les loisirs, de leur côté, ne se bornent plus à la consommation passive des plaisirs, mais englobent désormais un travail plus agissant et des activités créatrices.

12. RÉSEAUX ET HIÉRARCHIES

En modifiant le cours de l'information dans la société, les nouvelles techniques de communication en particulier les micro-ordinateurs, les systèmes d'information et les bases de données - nous donnent la possibilité de remplacer les hiérarchies traditionnelles (structures verticales tributaires de la rareté des données, de la spécialisation, de la permanence des fonctions et de la diffusion des responsabilités) par des réseaux (structures horizontales fondées sur l'accès de tous à l'information, la compétence générale, les fonctions temporaires et le partage des responsabilités).

13. LA DIVERSITÉ SOCIALE

L'ouverture de la société nord-américaine, la nouvelle répartition des groupes d'âge, le rétrécissement des unités sociales qui se manifeste notamment dans les familles monoparentales, l'accent volontiers mis sur les droits personnels et la tendance qu'ont les individus à se sentir membres de groupes multiples, tout indique que la diversité culturelle et sociale persistera, si même elle ne s'accentue pas.

14. NOUVELLES VALEURS, PROJETS SOCIAUX, SYSTÈMES DE RÉFÉRENCE

Si l'on ne veut pas que la diversité conduise à la fragmentation sociale, il faut qu'un système de référence lui fasse contrepoids en la transcendant et en l'unifiant. Parfois, ce sont les formes traditionnelles de la foi religieuse, les racines culturelles et le patriotisme qui assurent cette cohésion sociale. Ailleurs, l'intégration se réalisera grâce à de nouvelles échelles de valeurs axées sur l'engagement personnel, de nouveaux projets sociaux, de nouveaux systèmes de référence. C'est souvent dans les périodes de transition que les philosophies nouvelles font leurs preuves.

15. ÉQUILIBRE ENTRE LE CONTEXTE MONDIAL ET LE CONTEXTE LOCAL

Il est de plus en plus admis qu'il faut régler les problèmes à divers niveaux : individuel, institutionnel, local, régional, national, continental, mondial. Il nous faut des contextes multiples si nous voulons minimiser les conséquences involontaires de nos politiques. On voit apparaître, pour traiter ces rapports réciproques avec un surcroît de raffinement, de nouveaux modes d'administration, de décision et de planification, tant au niveau de l'État que des entreprises.

Les 15 caractéristiques énumérées ne dessinent pas, du Québec de l'an 2000, un portrait unidimensionnel, cohérent, clair et net, mais une image ambigüe, vague et paradoxale. Elles fournissent par contre, pour ce qui est du Québec des 20 prochaines années, les éléments de trois scénarios.





TROIS SCÉNARIOS POUR LE QUÉBEC


À l'examen, on peut classer les six tendances et les 15 caractéristiques de l'avenir qui se dessine en trois groupes et écrire ainsi, pour le futur du Québec, trois scénarios possibles.

Les éléments sur lesquels se fondent ces scénarios ne s'excluent pas mutuellement, les trois perspectives décrites différant selon la pondération accordée à certains facteurs. Toutes trois font place en effet à toutes les tendances et caractéristiques constatées. D'autres scénarios pourraient être imaginés à partir d'autres prémisses et en réaménageant les principales tendances. Voici leur cadre de base :

UNE SOCIÉTÉ SUPERINDUSTRIELLE
Tendances

  1. révolution technologique
  2. concurrence croissante

Caractéristiques

  1. savoir et pouvoir
  2. industries du savoir
  3. communications et transports
  4. milieu artificiel
  5. loisirs et travail

UN ÉTAT AUTORITAIRE
Tendances

  1. perturbations économiques
  2. revendications en matière de responsabilité des institutions

Caractéristiques

  1. dépendance
  2. polarisation des compétences professionnelles
  3. complexité
  4. concentration du pouvoir
  5. glissement du pouvoir vers le sud et l'ouest

UNE SOCIÉTÉ ÉCOLOGIQUE
Tendances

  1. transformation du savoir
  2. pluralisme culturel

Caractéristiques

  1. travail, apprentissage et loisirs redéfinis
  2. réseaux et hiérarchies
  3. diversité sociale
  4. valeurs, projets sociaux, systèmes de référence nouveaux
  5. équilibre entre contexte mondial et contexte local

Ces scénarios nous laissent entrevoir, pour le Québec des 20 prochaines années, trois avenirs possibles.





UN QUÉBEC SUPERINDUSTRIEL


Le Québec réussit son virage technologique.

Grâce à l'étroite collaboration des gouvernements provincial et fédéral, de l'entreprise privée, des syndicats et du réseau d'éducation, les plans dressés par l'État pour faire accéder la société à la technologie de pointe se sont concrétisés. Il en résulte, dans les années 90, une deuxième Révolution tranquille qui fait passer le Québec de l'industrialisation moderne à l'ère postindustrielle.

La priorité va à ces secteurs de pointe que sont les communications, la biotechnologie et l'énergie. Contrairement à d'autres provinces, le Québec ne commet pas l'erreur de vouloir reproduire le matériel venu de Californie et du Japon, mais s'attache à créer des logiciels, et relie les industries de la culture qui prospèrent depuis les années 50 par le secteur, en plein essor, des P.M.E.

En biotechnologie, le Québec consent d'énormes investissements au chapitre des instituts de recherche et réussit à recruter, en Europe et aux États-Unis, une équipe de chercheurs de premier ordre attirés par la qualité de la vie qu'offrent les banlieues laurentiennes de Montréal. Les instituts sont affiliés à un consortium d'universités québécoises, où les diplômés en agriculture, en biochimie, en biologie et dans certaines spécialités médicales et techniques reçoivent l'essentiel de leur formation supérieure de chercheurs.

Aux mains de l'État, Hydro-Québec domine le marché de l'énergie dans le Nord-Est américain et participe activement aux travaux entrepris sous ce rapport dans les pays en voie de développement; il se voit souvent adjuger conjointement avec Northern Telecom de Montréal, des contrats où se conjuguent énergie et communications.

Pour se tailler une place dans ces domaines où la concurrence fait rage, le Québec a dû déployer beaucoup d'efforts. Il doit sa réussite à plusieurs facteurs : 1) la présence, chez lui, d'un gouvernement conservateur qui, soucieux du sort des entreprises, offre des avantages fiscaux aux initiatives privées; 2) la promotion permanente des politiques en matière de culture et de qualité de vie; 3) le rapprochement délibéré des groupes sociaux précédemment en conflit, surtout le patronat et les syndicats, les secteurs public et privé, Montréal et le reste du Québec, les francophones et les anglophones; 4) l'officialisation du multiculturalisme de Montréal et de ses banlieues et le plurilinguisme de ses services; 5) l'instauration d'un système de planification stratégique intégré qui réunit les intervenants issus des principaux secteurs de la société et 6) celle d'un nouveau système global d'éducation permanente essentiellement attaché à l'apprentissage des langues, à la créativité, à l'enseignement scientifique généralisé et aux compétences techniques.

Toutefois, ce qui a mis le Québec en tête, c'est l'adresse avec laquelle ses chefs exploitent les atouts et la situation géographique. Tandis que l'Amérique du Nord se sent menacée par l'expansionnisme du Japon et du Sud-Est asiatique et s'inquiète de plus en plus du déclin de l'Europe occidentale, le Québec réussit à s'imposer, en guise de contrepoids, comme centre de l'activité économique du Nord-Est, comme deuxième front de la technique de pointe. Il sait exploiter sa situation géographique, les liens qui l'ont toujours uni à la France et à l'Europe occidentale ainsi que ses rapports intimes avec l'Amérique du Nord anglophone. Il fait désormais figure de carrefour de l'économie, de pièce essentielle dans la stratégie qui doit permettre aux Nord-Américains de relever le défi du Japon et de trouver des débouchés dans les pays francophones en voie de développement. Sous ce rapport, la carte maîtresse du Québec est son multiculturalisme et son plurilinguisme.

Ce n'est pas sans un certain malaise que le Québec concrétise cette volonté de se défendre sur la scène de la technologie de pointe. Il doit se fixer sur ce plan des priorités, opérer des choix, redistribuer les ressources et réorienter la population, reléguer au second rang des activités jusqu'alors prisées, voire y renoncer. Les secteurs de la finance et de la fabrication connaissent en grande partie un recul graduel. Ceux qui en ont les talents et le goût trouvent du travail dans ces nouveaux secteurs d'avant garde que sont les divertissements, la traduction, la production de logiciels, la recherche biologique, la technologie appliquée, l'écologie et la recherche énergétique. Les autres se recyclent dans divers emplois au sein des services de tourisme et d'entretien (soins aux personnes âgées, hygiène, garde d'enfants, sécurité publique, alimentation et loisirs).

Aux alentours de 1995, nous sommes tous membres de Québec inc. La population vit dans le confort matériel grâce aux politiques sociales éclairées de redistribution des richesses nées dans les années 60 et 70 et peaufinées à la fin des années 80. La prospérité économique autorisée par la technologie fait vivre ceux qui ne sont pas sur le marché du travail (quelque 70 % de la population); la violence est réduite au minimum par la qualité des services, surtout ceux qui relèvent de la sécurité publique; des politiques culturelles éclairées viennent atténuer dans une certaine mesure l'individualisme et l'esprit de compétition propres aux systèmes ultradynamiques axés sur l'économie.

Des structures prévues par la loi 3 et les régimes pédagogiques (derniers vestiges de l'industrialisme du XIXe siècle), le système d'éducation se transforme en un réseau d'apprentissage global où l'ordinateur domestique a sa place, ainsi que les écoles désormais considérées comme des centres d'érudition pour tous les âges, aux biblio-vidéo-discothèques et à la télédiffusion communautaire.

Ce réseau a pour objectif général de développer l'intelligence. La priorité va donc à l'esprit d'entreprise, au savoir-faire scientifique, aux aptitudes à la communication dans les langues modernes et la programmation, à l'expression culturelle, aux talents pour le repérage de l'information dans les réseaux du savoir. On y insiste aussi sur un équilibre entre l'affirmation individuelle (si nécessaire dans un marché du travail dominé par la compétition) et la solidarité communautaire et l'identité culturelle (nécessaires pour la cohésion sociale et la santé mentale des individus).

Les taux de suicide, d'alcoolisme et de divorce ne sont pas beaucoup plus élevés au Québec que dans les régions tout aussi avancées des États-Unis. Les Québécois ont choisi de ne plus s'appesantir sur l'américanisation rapide de la langue française et son usage de moins en moins répandu dans les cercles scientifiques et commerciaux. Ils ne s'attardent guère non plus à l'idée que leur province pourrait bien devenir le cinquante et unième État.





UN QUÉBEC AUTORITAIRE


C'est aux années 70 et 80 qu'on peut faire remonter le déclin du Québec et sa transformation en État autoritaire, certaines causes du phénomène se retrouvant dans la société québécoise, d'autres hors de ses frontières.

Les perturbations économiques qui ont ébranlé tous les pays développés ont été particulièrement néfastes pour le Québec. Les énormes efforts de modernisation des années 60 et du début des années 70 ont fait naître, individuellement et collectivement, l'espoir que le Québec pourrait concilier ses attentes économiques et politiques avec ses volontés culturelles et linguistiques. Bref, le Québec croit pouvoir faire partie, matériellement, de l'Amérique du Nord tout en s'en tenant spirituellement à l'écart.

L'évolution économique des années 80 l'a péniblement affecté. La récession a provoqué le chômage, surtout parmi les jeunes instruits, et le modeste redressement économique qui l'a suivie s'est bâti non sur de nouveaux emplois, mais sur une gestion plus sommaire, des compétences de premier ordre et les technologies nouvelles.

La cause première du déclin est la présence d'un important contingent de jeunes francophones unilingues qui ont délaissé, et ignorent de plus en plus, le système de référence religieux et culturel traditionnel de leurs parents. Leur système d'éducation leur a fait escompter des perspectives économiques, éducatives et sociales que la société québécoise est incapable de concrétiser. Huit jeunes québécois meurent chaque semaine de leur propre main, ce qui est bien le taux de suicide le plus alarmant de toutes les sociétés développées. Le potentiel de déception, d'inquiétude et de rébellion ne fait que croître chez les jeunes, aliénés comme ils le sont.

La seconde cause, c'est le climat de conflit social qu'ont entraîné, secondairement, les difficultés croissantes de la Révolution tranquille. De par leur caractère conflictuel, les relations de travail ont fini par polariser la société sur l'affrontement traditionnel entre employeur et employés. La polarisation s'est réalisée également entre les principaux groupes linguistiques, au terme de 10 ans d'attaque et de recul, de victoires législatives contrées par des défaites judiciaires (ou vice versa). Les beaux discours sur la collectivité n'empêchent pas le tableau économique et politique du Québec de se distinguer, de la fin des années 60 à celle des années 80, par la fragmentation sociale et l'avènement de groupes d'intérêt particuliers.

Comme troisième cause du problème, il faut citer aussi la dépendance qui est de tradition au Québec : autrefois sous la tutelle de l'Église et des curés, le Québec s'est retrouvé tout naturellement, plus tard, sous celle du gouvernement provincial et du fonctionnarisme. L'interventionnisme de l'appareil religieux a suscité le climat social propice à celui d'un système politique et bureaucratique comme des contre systèmes que sont les syndicats, les mouvements politiques et certains groupes d'intérêts. On justifie cette dépendance à l'égard des grandes institutions dans une optique cartésienne de planification des systèmes, d'organigrammes, de documents de travail, de législation globale et de réglementation incessante.

Déjà entretenu par la crainte de voir périr le français, ce réseau de pouvoirs se renforce de ce que cette langue est en butte à une menace nouvelle et plus inquiétante qui n'est plus due, celle-là, à la présence d'immigrants dans les écoles anglaises ou à la signalisation bilingue. Le français doit affronter les impératifs des technologies nouvelles, l'immersion culturelle que lui infligent les médias et les réseaux d'information nord-américains, l'intensification de la dépendance dans laquelle le Québec se trouve à l'égard des décisions prises à Ottawa, à Vancouver, à Washington et à Houston et le déclin de son importance dans l'évolution géopolitique et économique du continent. En Amérique du Nord, le thème reste anglais avec des variations noires et latino-américaines. Relégués géographiquement dans l'angle nord-est, politiquement à l'écart des vrais centres décisionnels, économiquement à l'état de marché régional et ethnique secondaire et culturellement à celui de petit secteur du grand monde de l'électronique, le Québec et le français sont marginaux.

Des facteurs extérieurs viennent accentuer le déclin du Québec. Universels, les crises, les conflits et l'interdépendance font pression sur bien des régions d'Amérique du Nord, surtout dans les grandes zones urbaines de l'Est. Quant aux signes du malaise social - dissolution de la famille, violence, suicides, détérioration des services publics, fragmentation, rivalité et compétition -, ils ne font qu'aggraver les tensions dans diverses régions.

Dans ce climat général, le Québec est victime de l'enchaînement auquel l'histoire nous a accoutumés : le déclin mène à la pénurie des biens et services et à l'amenuisement du prestige; la pénurie mène à la rivalité personnelle et collective; la compétition dégénère en conflit; le conflit frôle l'anarchie et la peur de l'anarchie déclenche la répression.

Peu après que la population se soit félicitée de ne pas voir le 1984 de George Orwell passer de la fiction à la réalité, l'Amérique du Nord se place sous un régime autoritaire.

Ce modèle, un politicologue américain (Gross, 1980) l'a qualifié de « fascisme bienveillant », de totalitarisme fondé non sur la dictature exercée par un individu, mais sur la domination envahissante d'un large réseau de bureaucraties imbriquées soutenu par les techniques de pointe en matière de surveillance et justifié par la philosophie de la technique - pour reprendre le terme de Jacques Ellul (1981) -, c'est-à-dire la substitution des moyens aux fins.

L'allure du modèle varie d'une région à l'autre. En Californie, ce sont les sectes religieuses qui font autorité; dans le Sud, le fondamentalisme protestant domine la vie publique; dans les mégapoles, on voit apparaître des États-cités policiers constamment en guerre avec des gangs de jeunes; l'oligarchie commerciale de Toronto règne sur l'Ontario et les partis néo-conservateurs sur l'Ouest et le Centre-Ouest du Canada et des États-Unis.

Quant au Québec, trois groupes s'allient pour en tenir les commandes : un catholicisme traditionaliste revivifié en tête, laïcs et clergé confondus; une nouvelle classe, dynamique, d'entrepreneurs petits et moyens; et une bureaucratie recrutée dans le gouvernement, l'enseignement, la police et les gros syndicats. Cette élite dirigeante cristallise la société québécoise autour du mythe du français et de la survie culturelle, de la réduction des influences extérieures et de l'indépendance politique.

Le Québec achète sa souveraineté culturelle, linguistique et politique en vendant son électricité et son eau aux États-Unis et en se désintéressant des affaires des dirigeants conservateurs du reste du Canada.

Les forces de sécurité et les enseignants deviennent les agents essentiels de contrôle social, les premières faisant régner l'ordre dans la société et les seconds exploitant l'école pour y inculquer l'essentiel, autrement dit ces valeurs désormais admises que sont la soumission et la discipline, et sélectionner l'élite à favoriser dans cette société où les chances d'exercer le pouvoir et les possibilités d'avancement social sont rares. Le Québec préserve son identité en se dissimulant derrière sa langue comme le font, dans leurs diverses forteresses religieuses et sociales, d'autres régions de l'Amérique retranchée.

Le grand chef, c'est un comité de coordination qui, de Québec, travaille à plaquer sur la population un vernis de sérénité et de consensus social en la divertissant et en manipulant les institutions. La paix sociale s'achète à grand renfort de parties de hockey, de loteries diverses, de salles de jeux électroniques et d'émissions télévisées.





UN QUÉBEC ÉCOLOGIQUE


Synthèse de tradition et d'aventure, d'identité et de pluralisme, de sens et de méthode, de culture et de technologie, de français et d'anglais, une civilisation nouvelle et bien équilibrée prend forme au Québec.

Les deux dernières décennies du XXe siècle se présentent comme une période de transition vers de nouvelles formes de société, et permettent l'expérimentation d'idées neuves. Les difficultés économiques et politiques incitent à la réflexion sur les postulats fondamentaux jusqu'alors incontestés faute d'examen; grâce aux nouvelles conceptions du monde et aux nouvelles techniques, on peut s'attaquer à ces problèmes avec originalité et imagination; extrêmement sensibilisée à la force et à la puissante diversité de la nature, la société, à son image, s'épanouit en écosystème marqué par la diversité culturelle.

L'avènement d'un Québec écologique commence, comme la création de tous les écosystèmes, par la décomposition - en l'occurrence celle du modèle industriel qui n'a pas su combler les espoirs de la population en fait d'emplois, de bonheur matériel, de progrès et de consommation. Le Québec s'étant coulé fort tardivement dans ce modèle, il en constate plus lucidement que d'autres la désagrégation, est moins attaché aux formes de l'industrialisme et capable d'imaginer d'autres façons de vivre et d'enfanter une civilisation. Il est aussi très versé dans le mécanisme des révolutions culturelles, car il a déjà, dans les années 60, changé d'objectifs, d'institutions et de valeurs.

Quand le cours des événements se mue en menace, c'est dans des solutions nouvelles qu'il faut mettre ses espoirs. Et ces solutions nouvelles se dessinent dans divers endroits et sous diverses formes, à l'extérieur comme à l'intérieur du Québec.

L'« écologie sociale » du Québec est l'aboutissement de l'évolution des idées de base, des procédés, des structures et des valeurs. À la fin des années 80 comme dans toute la décennie suivante, on assiste à une deuxième Révolution tranquille aussi profonde de nature et considérable de portée que celle d'une génération plus tôt.

Cette révolution s'articule essentiellement sur la nouvelle notion de système qui s'inspire des recherches réalisées en théorie générale des systèmes et des modèles empruntés à l'écologie. Les éléments qui entrent dans cette théorie de la structure sont l'holisme, les limites, l'équilibre, l'étroitesse des rapports entre toutes choses et la permanence du changement. C'est par l'information que le système acquiert sa cohésion, et par l'information qu'il se transforme.

La structure ainsi comprise, la société québécoise fait figure de système complexe, de tout intégral. Si l'on veut saisir le rôle de ses parties, il faut comprendre la nature et le fonctionnement de ce tout. En tant que système, le Québec connaît des limites à ses potentialités, mais en tant que système ouvert qui ne cesse de pratiquer l'échange avec d'autres systèmes, il peut voir ces limites avancer ou reculer. Ses parties (communautés, groupes sociaux) sont en équilibre dynamique, car elles donnent forme à l'échange d'information qui s'opère entre elles, échange qui les façonne en retour. Le Québec, pour reprendre la notion proposée par le Prix Nobel Ilya Prigogine, est une « structure dissipative », une structure qui, prompte à se modifier sous l'effet de perturbations apparemment légères, se complexifie et se déstabilise progressivement (Prigogine, 1984).

Rien d'étonnant si la vie intellectuelle du Québec, nourrie comme elle l'a été de métaphysique scolastique et d'épistémologie cartésienne, donne appui à ces théories. La synthèse thomiste des années 50 est devenue les modèles de planification des années 60, le cadre des politiques sociales et culturelles des années 70, les systèmes généraux des années 80 et les écosystèmes sociaux des années 90. Le Québec a toujours pris la cohérence conceptuelle au sérieux.

La participation est le processus fondamental de cette transformation. La participation suppose l'engagement des individus et des groupes dans le modelage et le remodelage de la société. Malgré bien des déceptions, la démocratie participative s'est enracinée profondément au Québec, le public se montrant actif au sein des comités d'hôpitaux, des services sociaux et des établissements d'enseignement. Sont également marqués au coin de la participation le développement des syndicats, la direction des communautés et la vie culturelle et récréative des municipalités.

Trois autres facteurs ont également contribué à cette culture délibérée de la participation : la diversité, au Québec, des mouvements à intérêts culturels, politiques, économiques ou ethniques particuliers; l'expansion rapide du rôle des femmes à tous les stades de la vie et des décisions québécoises; et l'heureuse et longue histoire du mouvement coopératif, qui a servi d'exemple à d'autres secteurs.

Bref, la principale structure qu'on voit se profiler est le réseau. S'il offre le moyen de concrétiser les notions écologiques fondamentales, c'est aussi en son sein que les méthodes de participation peuvent réaliser leurs potentialités. Les réseaux trouvent leur origine dans les campagnes en faveur des droits civiques, les groupes féministes et divers mouvements animés par des intérêts particuliers à défendre : environnement, paix, droits de minorités, protection du consommateur, autoformation.

Les nouveaux réseaux s'inspirent en partie de la tradition de la famille étendue (dont le Québec possède une expérience approfondie) et en partie de l'usage créateur de la micro-informatique nouvelle qui a transformé les foyers en centres d'information, les lignes téléphoniques en liaison avec les systèmes de télécommunications, la télédistribution en ressource collective et les petits groupes en éditeurs.

Enfin, l'orientation écologique du Québec repose sur une échelle de valeurs en évolution, dont les faveurs vont à la simplicité du mode de vie matériel, à la qualité et à l'élégance de la vie, de la mode et de l'habitat, au changement vu comme élixir de jouvence pour une population vieillissante et surtout à la diversité de la langue, de la culture, du style, de la composition ethnique et des mentalités, où elle voit le ferment essentiel du système social.

S'il y a eu autrefois des gens pour qui la diversité menaçait la langue et la culture françaises au Québec, les nouvelles thèses économiques considèrent cette même diversité comme la principale protection du français, en ceci qu'elle équilibre les forces, incite sans cesse la population à veiller à la qualité et la vitalité de la langue et de la culture françaises et se fait, culturellement parlant, le théâtre des échanges d'information indispensables à un peuple en état d'insécurité culturelle constante. Comme beaucoup d'espèces au sein d'un écosystème, le français ne peut prospérer au Québec qu'en présence d'autres formes.

Les éléments suivants composent le nouvel écosystème social du Québec : l'idée de système, le processus de participation, la structure de réseau et la diversité considérée comme valeur. Ils imprègnent toute la vie québécoise, la participation politique, la planification sociale, le développement de la culture, la stimulation d'une économie fondée sur le savoir, l'importance accordée à l'action au sein d'ensembles pluridimensionnels de réseaux, l'optique positive dans laquelle on considère la santé, l'apprentissage, le travail et les loisirs de même que l'avantage écrasant accordé aux formules de coopération et de soutien réciproque sur le conflit et la compétition.

Le Québec écologique est une société éducative où les ressources pédagogiques des établissements d'enseignement, des médias et des organisations sont toutes à la disposition de tous les groupes sociaux. Diviser ces apprentis en fonction de leur âge semble aujourd'hui aussi bizarre que les divisions selon le sexe, la langue ou la religion. L'éducation permanente, dont les études scolaires ne sont plus qu'un moyen parmi d'autres, passe pour la norme. Dans le Québec industriel, c'était en apprenant qu'on aboutissait au travail; dans le Québec postindustriel, le travail est un moyen d'apprendre, la contribution nécessaire du labeur et de l'intelligence au vécu et au devenir individuel et collectif de la population.

Bref, le Québec écologique est une incursion dans la confiance en soi.





CULTURE, LANGUE ET ÉDUCATION


Ces tendances et ces solutions suscitent de graves questions sur l'avenir de la culture, de la langue et de l'éducation au Québec. En quoi le poids respectif des divers éléments de sa culture évolue-t-il? Quelle serait la place de la langue, de la culture et de l'ethnie dans les trois scénarios esquissés? Celle de l'éducation, de l'école, de l'enseignement interculturel? Dans ses projets d'avenir, quelles stratégies devrait adopter l'école multiculturelle?

ÉVOLUTION DE L'ÉQUATION CULTURELLE

On peut considérer que la culture se compose de six éléments clés : religion, langue, ethnie, politique, économique et mode de vie. Si l'on examine l'évolution de celle du Québec sous ces rapports, on constate que ce sont les trois premiers éléments - religion, langue et ethnie - qui caractérisaient autrefois la société québécoise. À eux allaient les priorités culturelles, les trois autres - politique, économique et mode de vie - restant au second plan.

Pendant la Révolution tranquille des années 60, la langue et l'ethnie ont pris de l'importance, la politique et, à un degré moindre, l'économique, ont remplacé la religion, le mode de vie demeurant toujours secondaire. L'identité du Québec a donc été modelée par une nouvelle trame politique, linguistique et ethnique, les traits qui l'apparentaient au reste de l'Amérique du Nord, surtout l'économique et le mode de vie, exerçant moins d'influence.

Dans les années 80, l'équation se modifie une fois de plus : l'économique et le mode de vie prennent une importance majeure, tandis que les questions de politique, de langue et d'ethnicité rejoignent la religion dans les coulisses. On peut dire ainsi, en généralisant beaucoup et non sans reconnaître que cette affirmation souffrirait de considérables variantes, que les trois priorités traditionnelles (religion, langue et ethnie) perdent de leur importance au profit des trois éléments autrefois secondaires (économique, mode de vie et, dans une moindre mesure, politique).

Ce phénomène donne à penser que la société québécoise va s'américanisant dans ses valeurs et priorités sociales centrales sous l'effet conjugué des diverses tendances exposées, surtout l'agitation et la concurrence économique, le pluralisme culturel et la technologie. S'il s'agit pour certains d'entre nous d'une question de pragmatisme et de réalisme, de modernisation et de progrès, cette situation est pour d'autres source de malaise, signe de vulnérabilité linguistique et danger de fragilité culturelle.

LES SCÉNARIOS CULTURELS

Les trois scénarios s'articulent sur trois conceptions très différentes de ce qu'est le noyau de notre société. Essentiellement bâti sur l'économie, le Québec superindustriel se distingue par les systèmes d'information, la technologie des communications, les loisirs et les promesses d'abondance. Le Québec autoritaire, qui repose sur la polarisation entre élites et masses et ne saurait exister sans la certitude que la répression est nécessaire à la survie, est une construction politique édifiée en réponse au conflit et à la pénurie. Quant au Québec écologique, c'est un produit de la culture où l'économique et la politique font partie intégrante d'un projet socioculturel plus vaste, où la diversité fait figure de force, où les groupes les plus divers s'unissent en une seule et unique collectivité par le truchement des réseaux et où se redéfinissent, autrement peut-être que sur le reste du continent, les notions de travail, de jeu et de savoir.

Le rôle de la langue, de la culture et de l'ethnie diffère d'un scénario à l'autre. Pour chacun, nous pouvons résumer ainsi les éléments clés :


SUPERINDUSTRIEL AUTORITAIRE ÉCOLOGIQUE

LANGUE instrument
carrière
maîtrise
anglais
symbolisme
pouvoir
manipulation
français
communication
savoir
expression
les deux

CULTURE consommation
divertissement
différenciation
domestication
interaction
développement

ETHNIE faible
importance
creuset
forte
importance
ségrégation
importance
moyenne
échange




La langue, dans le Québec superindustriel, est un instrument de développement économique, individuel et collectif. À ce titre, elle joue un rôle avant tout utilitaire, nul n'ayant de chance de faire carrière dans les secteurs de l'information s'il ne la maîtrise pas. Si l'on encourage le bilinguisme, l'anglais est le véhicule des affaires, des sciences, de la technologie et des réseaux d'information. Le français, lui, est en passe de devenir une langue régionale, culturelle, voire folklorique. Par contre, dans un Québec autoritaire, la langue a valeur de symbole; d'elle dépend l'accession au pouvoir. La maîtrise du français le plus pur, qui remplit la fonction de mécanisme de sélection détenue par le latin, est le critère d'avancement social. La langue est donc un outil de manipulation sociale et l'anglais fait figure d'obstacle à la survie de la culture, de colonialisme télématique plus insidieux que tous ceux, politiques ou économiques, des périodes antérieures. D'autre part, dans un Québec écologique, la langue exerce des fonctions multiples : celle de pont entre les diversités culturelles, d'instrument d'apprentissage par la vie, de moyen d'expression de soi et de l'appartenance culturelle. Dans ce modèle, le français et l'anglais - thèse et antithèse d'où naît une nouvelle synthèse culturelle, voire linguistique - s'imposent tous deux pour se faire contrepoids. La présence d'autres groupes linguistiques au sein de la collectivité vient encore enrichir ces deux langues principales.

Dans la société superindustrielle de l'Amérique du Nord, la culture est un produit de consommation parmi d'autres et les activités qui se déroulent à ce chapitre, tant sur le plan de la « grande » culture représentée par la littérature et le théâtre que de la culture « populaire » du vidéo-rock et des salles de jeux électroniques, sont autant d'entreprises rentables dans la société des loisirs. Dans un État autoritaire, la culture sert à distinguer l'élite des masses, la première la produisant et les secondes la consommant. C'est également une méthode de domestication : là où la Rome impériale tranquillisait les populations à coups de pain et de jeux, le Québec neutralise les siennes à grand renfort de plats-minute et de matches de hockey, de vin d'importation et de loteries. Enfin, dans le Québec écologique perpétuellement en proie aux tensions dynamiques entre l'intégration aux schèmes culturels plus vastes de l'Amérique du Nord et la notion différente qui s'y juxtapose de ce qu'est et peut-être la culture, celle-ci est un processus d'épanouissement interactif en constante évolution. C'est, au meilleur sens du terme, la distinction qui caractérise l'évolution culturelle du Québec.

Pour ce qui est de l'appartenance ethnique, elle est d'importance assez secondaire dans le Québec superindustriel qui voit dans la différenciation des ethnies un obstacle à la découverte et à la formation des talents. Certes, on parle du bout des lèvres de racines et de groupes ethniques, mais plus sous leur aspect de marchés de consommation que comme collectivités à sauvegarder. Être d'origine française n'est pas bien différent que d'être de souche anglo-saxonne. Tout au contraire, dans le Québec autoritaire, l'ethnie est l'élément crucial, celui qui distingue les vrais Québécois des autres. La sauvegarde de la langue et de la culture françaises ne semble possible au Québec que par des règlements formels et l'isolement. Par ailleurs, les limites sont floues entre ethnies dans la société écologique, qui estime que trop insister sur ce point ne peut qu'engendrer de dangereux stéréotypes; les individus appartiennent à des collectivités subdivisées en catégories multiples (religieuse, géographique, professionnelle, culturelle, sociale) dont l'origine ethnique ne constitue qu'un élément, et encore, un élément d'importance moyenne. L'échange culturel est la norme, l'échange ethnique normal.

LES SCÉNARIOS DE L'ÉDUCATION

L'éducation, l'apprentissage en général et l'école en particulier occupent des places différentes dans les trois modèles de société québécoise.


SUPERINDUSTRIEL AUTORITAIRE ÉCOLOGIQUE

PRIORITÉ intelligence discipline totalité

RÔLE DE L'ÉCOLE

service encadrement communauté

IMPORTANCE limitée, au
sein du réseau
d'information
capitale, car
c'est elle qui
dispense la
formation

capitale,
pour chacun

PROGRAMME
D'ÉTUDE
aptitudes
intellectuelles
entraînement
mental
aptitudes
fondamentales
à la survie
créativité
libération

ÉCOLE
MULTI-
CULTURELLE
instrument menace idéal




En matière d'éducation, la priorité va, dans une société superindustrielle, à la formation de l'intelligence et tout spécialement des facultés cognitives, des aptitudes à dialoguer avec les ordinateurs, du raisonnement mathématique, de la compréhension des sciences et de la technologie et de certaines valeurs, tel l'esprit d'entreprise et de compétition. Dans un système autoritaire, la priorité va à la discipline, aux études qui différencieront les dirigeants en puissance des masses moins capables, aux aptitudes à la survie dans une société fermée et aux valeurs de conformité sociale, de tradition et de contrainte. Quant à l'éducation en milieu écologique, elle privilégie le tout et les idées holistiques connexes, la connaissance des systèmes et de leur fonctionnement et l'amour de l'intégrité personnelle et sociale. Créativité, apprentissage libérateur, sens de la remise en question, voilà les éléments essentiels du programme écologique.

Le rôle de l'école diffère également dans les trois systèmes. Dans la société superindustrielle bâtie sur les systèmes de communications, les réseaux de connaissances, les médias, les satellites et l'informatique, son importance est assez réduite; il s'agit d'un service qui vient compléter l'apprentissage assisté par ordinateur et les programmes pédagogiques implantés ailleurs. La société doit sa cohésion à un réseau d'information électronique d'envergure mondiale avec lequel les foyers sont en liaison. L'école, en milieu autoritaire, est infiniment plus importante, car elle assure la garde des jeunes, les coupe de la société, les protège des influences « dangereuses », leur inculque les us et coutumes de la société et se fait l'agent de la sélection et de l'avancement sociaux, économiques et politiques. Ce système s'intéresse énormément à ce qui se passe à l'école. Par contre, dans une société écologique, l'école est une collectivité, un milieu propice à l'apprentissage, qui vient le stimuler, l'encourager, le guider et lui offrir les ressources et services nécessaires. Cette école ne se destine pas exclusivement aux jeunes, mais à la collectivité tout entière et convie les citoyens de tous âges à poursuivre leur apprentissage.

L'école multiculturelle est précieuse à la société superindustrielle à titre de moyen, sa fin étant de préparer les membres des cultures dominantes, la française et l'anglaise, à savoir s'y prendre avec les autres - groupes ethniques et linguistiques. Elle met également l'acquis et les talents des membres des divers groupes au service du Québec dans sa recherche de débouchés mondiaux, ses contacts avec d'autres pays, ceux, surtout, de la bordure du Pacifique, et ses efforts pour conserver sa place dans l'arène économique universelle. Cette école, par contre, passe pour une menace aux yeux d'un État autoritaire si elle est autre chose qu'un outil à assimiler les divers groupes à la culture dominante. Tout est mis en oeuvre pour que le mélange d'élèves de chaque école soit favorable à la culture d'accueil et pour que les enseignants, le matériel pédagogique et le programme d'études fassent ressortir la supériorité de la culture québécoise. À part cette école interculturelle à vocation assimilatrice, il n'y a d'autre issue qu'une série de ghettos scolaires où les groupes minoritaires sont réunis, parallèlement aux anglophones peut-être, pour préserver l'isolement linguistique de la population francophone. L'école multiculturelle, toutefois, est un idéal pour la société écologique, une chance précieuse d'apprendre ce qu'autrui a à lui offrir en échange des perspectives, des valeurs, des façons d'agir et des talents qu'elle-même prise. Société multiculturelle en microcosme, elle est le lieu où le respect s'apprend, où les préjugés s'extirpent, elle est la grammaire de la communication théorique et appliquée entre cultures.

LES STRATÉGIES DE L'ÉCOLE MULTICULTURELLE

À moins de limiter l'entrée au sein de sa société par des mesures draconiennes et d'isoler plusieurs segments de sa population à des fins pédagogiques et là, il faut reconnaître que la loi 101 représente peut-être un premier pas dans cette direction -, le Québec doit accepter certains postulats : 1) Montréal est une société pluriethnique; 2) d'autres régions risquent également de se diversifier dans une certaine mesure, sur le plan culturel; 3) quantité d'écoles vont devenir multiculturelles; 4) ou ces écoles seront des foyers de violence, de rejet et de discrimination ou bien le haut lieu des rencontres entre cultures, langues et ethnies propres à enrichir tous ceux qui y auront part; 5) si l'on veut que l'école interculturelle soit un milieu sain, il faudra y veiller; 6) toutes les parties de l'interculturalisme doivent partager la conviction qu'elles ont quelque chose à offrir et quelque chose à recevoir.

Il n'est pas inconcevable que l'éducation, au Québec, finisse par prendre la forme de plusieurs « îlots scolaires », d'un goulag pédagogique composé d'établissements homogènes pour les Haïtiens, les Grecs, les catholiques irlandais, les protestants anglais, les évangéliques français, les Sikhs, les Vietnamiens, les Italiens, les cris, et ainsi de suite. Les projets éducatifs peuvent fort bien servir à accuser les différences, à consolider les stéréotypes, à isoler les populations et à maintenir des préjugés.

Si l'on veut éviter cette situation, il faut tout d'abord un leadership qui inspire confiance et propose la perspective d'une autre solution, propre à transcender les protections constitutionnelles, l'ethnocentrisme et la xénophobie. C'est là, pour le ministère de l'Éducation, un rôle autrement plus important que celui de grand maître des règlements. Il incombe aux dirigeants du monde de l'enseignement, aux administrateurs, aux professeurs et aux parents. Il incombe aussi aux organismes comme le Conseil de la langue française et au Conseil supérieur de l'éducation. Il incombe enfin aux chefs de file des diverses communautés ethniques, culturelles et linguistiques, il m'incombe à moi, il vous incombe à vous.

À l'école interculturelle, c'est le climat qui fait tout. Climat d'accueil, d'acceptation, d'ouverture, de respect et d'affection, voilà les premiers cours qu'enseigne l'école, les plus grandes leçons qui guideront nos actes. Si la langue, la culture et l'origine ethnique d'autrui ne sont pas jugées importantes en soi, il n'y aura pas d'éducation interculturelle, nous n'en verrons que le mirage.

Le climat de l'école, bien entendu, n'est au fond que le reflet des gens qui y travaillent, surtout les administrateurs et les enseignants. Le « système » scolaire qui répartit les professeurs en fonction de l'ancienneté et les mate d'une affectation à l'autre, se structure en régimes pédagogiques, se fonde sur des objectifs terminaux et se voue à la normalisation n'est pas propice à l'essor de l'éducation interculturelle, pareil système étant le fruit exclusif d'une et d'une seule culture, la culture occidentale, cartésienne, rationaliste, bureaucratique, fonctionnaliste, analytique, objective, homogénéisée, disciplinée, blanche, franco-américaine et masculine.

L'école interculturelle devra peut-être assimiler d'autres épistémologies, d'autres ordres moraux, d'autres formules de relation. Dans cette optique, la culture dominante de l'école actuelle devra faire de son mieux pour tolérer un jour l'ambiguïté, accepter le mystère et admettre l'existence de multiples voies. À cet égard, l'éducation au Québec a beaucoup à apprendre sur ce qu'est, en réalité, le vécu multiculturel. Espérons qu'elle en saisira la chance.






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