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Le Québec français et l'école à clientèle pluriethnique

Le Québec français
et l'école à clientèle
pluriethnique


contributions à une réflexion






L'ÉCOLE MULTICULTURELLE
ET
LA RÉALITÉ POLITIQUE QUÉBÉCOISE



Daniel LATOUCHE
Professeur
Département de science politique
et Centre d'études canadiennes-françaises Université McGill



Texte présenté au
Conseil de la langue française






TABLE DES MATIÈRES



Introduction

Il y aura toujours de la politique heureusement

La sainte-enfance multiculturelle

Plaidoirie pour une stratégie du pluralisme culturel

La perspective démographique, rien de réjouissant

La désarticulation tranquille

Culture québécoise ou culture canadienne au Québec?

Mais il y a l'autre scénario

Le défi nord-américain





Quinze ans après le débat sur « l'école anglaise », voilà que s'amorce au Québec un débat sur « l'école multiculturelle ». Même si personne n'a jugé bon de le spécifier - et en soi, cela est révélateur -, on présume que c'est de l'école multiculturelle française dont il s'agit. Il y a là un signe que les choses ont changé au Québec, et changé pour le mieux. Ce nouveau débat est la rançon qu'il faut payer pour avoir réussi à « régler » certains problèmes. Aujourd'hui, il ne s'agit plus pour les Québécois de protéger leur statut de minorité linguistique, mais d'aménager leur nouveau statut de majorité culturelle. Cela ne sera pas facile et cela risque même de déboucher sur des problèmes nouveaux. En soi, cela n'a rien de bien inquiétant. C'est en affrontant de tels problèmes que les collectivités ont la chance d'avoir prise sur la réalité. C'est à cette occasion aussi que les individus peuvent accroître leur sphère de liberté.

Car, c'est bien de cela qu'il s'agit : de réalité et de liberté.

La contribution d'un spécialiste de la science politique n'aura nécessairement que fort peu à voir avec les dimensions pédagogiques et interculturelles de ce débat. Je laisse à d'autres le soin de débattre de la meilleure façon pour l'école de transmettre des valeurs de tolérance et d'émerveillement devant sa « différence » et celle des autres. La vision qui est proposée ici est passablement éloignée du vécu scolaire. Certains pourront même y voir une intrusion malheureuse de la politique dans un monde qui devrait en être protégé à tout prix.

IL Y AURA TOUJOURS DE LA POLITIQUE... HEUREUSEMENT

Pourtant, l'un des écueils qu'il faudra éviter dans la conduite de ce débat, c'est celui de considérer la problématique de l'école multiculturelle uniquement à travers sa dimension pédagogique, comme si la pédagogie allait chasser la politique. Il est facile de ne voir dans la politique qu'une distraction dangereuse par rapport à des enjeux plus profonds, et une distraction qui n'est même plus à la mode, s'empresse-t-on d'ajouter. De toute évidence, la politique a mauvaise presse par les temps qui courent. Il est tentant d'y voir une menace ou, au mieux, une perte de temps. Le phénomène n'est pas nouveau. Dans les années 50, on proclamait avec satisfaction « la mort des idéologies » et l'arrivée d'un nouvel individualisme.

Dès qu'on aborde le sujet de l'école, la politique a pire presse encore que dans le cas de l'économie ou du transport aérien. On se croirait revenu à l'époque du Rapport Parent et du débat sur la création du ministère de l'Éducation. « Faire de la politique sur le dos des enfants, quelle horreur! Vivement l'école multiculturelle pour nous débarrasser de cette vilaine politique qui empoisonne notre existence. »

Lorsque l'avenir est aussi incertain, menacé de plus par la politique elle-même, on se prend à espérer qu'il doit y avoir "quelque chose" en deçà et au-delà de la politique. On se met à rêver d'une société sans politique, sans conflits et, pourquoi pas, sans gouvernement et sans État. Et si l'autoréglementation pouvait remplacer la réglementation, et l'initiative personnelle, la bureaucratie?

Pourtant, si la politique disparaît, c'est non seulement notre « autre » sport national qui disparaît, mais aussi le seul instrument dont nous disposons pour donner un sens collectif à la juxtaposition de millions de projets individuels. Sans la politique, il est impossible de mettre le collectif au service de la liberté de chacun. Le débat sur l'école multiculturelle devra donc être un débat politique. Il devra aussi s'alimenter à d'autres sources qui, dans cet essai, n'auront pas droit à toute la place qu'elles mériteraient.

C'est toujours à l'école qu'on demande de régler pour demain les problèmes qui apparaissent insolubles aujourd'hui. La permissivité sexuelle, l'éclatement de la famille, l'informatisation sont ainsi promus au rang de ces questions où seule l'école peut intervenir. En l'installant sur les bancs de l'école, on espère non seulement dépolitiser une question, mais on choisit aussi de lui nier toute dimension collective. En la reléguant dans l'avenir, celui des enfants, on la sort du temps historique de la société.

Tout devient alors une question d'attitudes. Et l'école, c'est le lieu magique où se forment et se déforment les attitudes, pas tellement les nôtres, mais plutôt celles des générations futures. L'avenir a d'autant l'air positif qu'il s'accompagne d'un diagnostic pessimiste sur le présent.

Ce n'est pas une coïncidence si le Canada anglais a décidé de régler son « problème » québécois en privilégiant le bilinguisme individuel, celui qu'on apprend dans les classes d'immersion, et non un bilinguisme territorial qui nécessiterait une décision politique. Le Québec n'est pas en reste lui non plus avec ses lois 22 et 101. Il est toujours tentant de s'imaginer qu'on peut changer la réalité en changeant l'école. On l'avait fait une première fois à l'époque de la réforme de l'éducation. On le fera de nouveau.

Il ne faut pas être dupe non plus de ce refus de la politique. Dans bien des cas, il ne sert qu'à camoufler un refus du changement et une tentative de dernière chance de préserver des privilèges qu'on voudrait absolument faire passer pour des droits acquis, ou simplement pour des droits tout court. Dans les années 60. les communautés religieuses et les groupes de pression n'hésitaient pas à utiliser cet argument pour défendre le statu quo. Aujourd'hui, les acteurs ont changé, mais la tactique demeure.

Pourtant, si l'on veut construire une école multiculturelle québécoise, il faudra bien se donner une politique. Des privilèges devront nécessairement être réaménagés. On peut déjà prévoir que les organisations syndicales d'enseignement s'y opposeront, car l'école multiculturelle ne peut qu'entraîner un supplément d'effort. De plus, l'école multiculturelle suppose une lecture de la réalité scolaire et même sociale qui s'oppose à celle du corporatisme syndical. On ne peut envisager de créer une école multiculturelle à coups de « temps supplémentaire » et de journées pédagogiques.

Pourtant, même s'il est tentant de dresser un parallèle entre l'Assemblée des évêques de 1963 et les élites syndicales de 1985, il faut admettre que, s'il était possible de mettre en oeuvre la réforme de l'éducation sans la collaboration des évêques, l'école multiculturelle exige la pleine collaboration des enseignants. Car cette école, c'est aussi leur école.

Derrière le discours des porte-parole, officiels ou non, de la communauté anglophone, se cache aussi une intention politique dont on peut certes déplorer l'hypocrisie, mais dont il faudra aussi tenir compte. Pour les anglophones du Québec, il y a aussi un projet d'école multiculturelle, mais c'est un autre projet. À la limite, on peut penser qu'il n'y a guère de place au Québec pour les deux projets. Nous y reviendrons.

Il faudra aussi éviter le danger de tenir compte de la réalité politique, mais d'une réalité passée. Ce sera d'autant plus tentant que certaines des questions associées à ce passé encore proche n'ont pas encore trouvé de réponses satisfaisantes. Il n'y a qu'à songer à l'éternelle question de la place que doit occuper le Québec dans l'ensemble géopolitique canadien pour se convaincre de l'immortalité de certaines problématiques. La question de la langue continue elle aussi de se poser au Québec.

Dans un cas comme dans l'autre, les termes de l'équation ont cependant changé. Il est important de le reconnaître. Autrement, on se condamne à revivre les débats d'hier, ce qui est une autre façon d'éviter ceux de maintenant.

La réalité politique et linguistique du Québec a changé depuis Saint-Léonard, mais il y a encore une réalité politique et linguistique.

Jusqu'à présent, la majorité des intervenants dans ce nouveau débat du multiculturalisme à l'école ont privilégié l'approche individuelle et psychologique. Selon les cas, et surtout selon les points de vue professionnels, le problème de l'école multiculturelle est perçu tantôt comme une question qui relève du comportement des enfants, tantôt de celui des parents, ou des enseignants, des programmes, des directeurs d'école, et même du matériel pédagogique. Ce point de vue sectoriel est indispensable, avons-nous dit. Nous laissons cependant à d'autres le soin de le développer. Parfois, il conduit à des débordements de bonne volonté et d'amour du prochain qui risquent de l'étouffer. Si on permet à ces débordements de devenir la norme, le débat risque de mal s'engager.

LA SAINTE-ENFANCE MULTICULTURELLE

Ces excès de bonne volonté cachent souvent une autre volonté qui, elle, ne craint pas autant la politique.

C'est le cas, par exemple, lorsqu'on choisit de sombrer dans un délire tiers-mondiste qui n'est pas sans rappeler l'époque de la Sainte-Enfance. Une véritable mythologie des AUTRES cultures fait irruption dans le discours. Ainsi, prenant note de ce que les cultures autres qu'occidentales n'ont pas développé de visées intégrationnistes, Robert Vachon et Kalpana Das écrivent :

Ce n'est que depuis leur intégration (généralement forcée ou démocratiquement manipulée et d'ailleurs très partielle) que les élites au pouvoir parlent aussi d'intégration obligatoire [...]. Il existe en effet des humanismes qui ne sont pas basés sur l'autonomie individuelle, la liberté de choix, la maîtrise de sa destinée; des cultures de justice qui ne sont pas basées sur des concepts d'égalité et des droits de l'Homme [sic]; des cultures économiques avancées qui ne parlent pas de propriété, de productivité, de salaires et de plein emploi; des cultures politiques raffinées, sans notion de démocratie, de Nation-État, de souveraineté, de pouvoir politique, de citoyenneté et de langue officielle; des cultures éducatives élevées, sans écriture, sans écoles et systèmes scolaires; des cultures hautement scientifiques qui ne sont fondées ni sur l'objectivité, ni sur la subjectivité, etc. (Le Devoir, 20 août 1984.)

On serait tenté de dire qu'à part les Schtroumpfs, bien rares sont les sociétés qui ont réussi l'exploit de se donner une culture aussi éloignée de la réalité. On nage en pleine science-fiction culturelle. En limitant les cultures traditionnelles aux seules cultures vietnamienne, hindoue, africaines et amérindiennes, on fait joyeusement abstraction de quelques milliers de cultures, des sociétés polynésiennes aux sociétés arabes et mayas, où l'intégration était la règle. Il ne s'agit pas de justifier cette intégration à partir d'un décompte historique, mais de constater qu'on ne fait aucunement avancer le débat en plaçant ainsi certaines cultures en dehors de l'humanité, celle qui existe et non celle qu'on voudrait voir émerger, sous prétexte que cette mise au rancart protège ces sociétés du jugement de l'Histoire et les immunise contre les vices de la modernité.

Doit-on rire ou pleurer à la lecture du monde merveilleux de ces autres cultures, toutes plus respectueuses les unes que les autres? Pleurer probablement. Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour suggérer le contour que peuvent prendre ces « humanismes » qui ne sont pas fondés sur l'autonomie individuelle, la liberté de choix et la maîtrise de sa destinée. La réalité en est souvent une de dictature religieuse, de discrimination institutionnalisée et d'esclavage. Quant aux systèmes de justice qui ne reconnaissent pas l'égalité et les droits inaliénables de chaque être humain, on hésite à décrire ce qu'ils peuvent parfois donner. La torture, les mutilations, les suicides collectifs, les mises à mort « volontaires », les génocides n'y sont pas des phénomènes inconnus.

Mais il y a matière à rire aussi, surtout lorsque les auteurs nous parlent de ces « cultures éducatives élevées » où il n'y a ni écriture, ni école et de ces « cultures hautement scientifiques » qui ne sont fondées ni sur l'objectivité, ni sur la subjectivité. À part la Révélation et le hasard, on se demande ce qui peut bien remplacer la subjectivité et l'objectivité. Quant à l'absence d'écriture...

Mais passons, avant d'être accusé de mauvaise foi!

Par-delà le ridicule, des attitudes de ce genre témoignent d'un sens de la supériorité morale exaspérant. Trop souvent, le multiculturel et le pluriculturel sont érigés en nouvel ordre moral dont seuls quelques initiés peuvent aspirer à la pleine compréhension. Heureusement que, dans une ville nord-américaine comme Montréal, le multiculturalisme ne se vit pas sur ce mode religieux. La réalité arrive à point pour empêcher que ce snobisme du respect des autres ne devienne la norme.

À la limite, cette mythification de l'autre n'est que le nouveau visage que prend un paternalisme (ou un maternalisme) dépassé. À en croire certains textes, les autres seraient porteurs de tous les espoirs de l'humanité. Leur simple présence suffit à nous renvoyer à nos propres limites. Ils sont ouverts, nous sommes fermés. Ils sont porteurs de valeurs immortelles, nous sommes des modernes éphémères. Ils sont vrais, nous sommes faux. Ils ont les bonnes questions, nous leur imposons les mauvaises réponses. Ils ont su conserver leurs traditions, nous sommes à la dérive. Ils ont un être profond, nous sommes superficiels1.

Si nous pouvions devenir des AUTRES nous aussi, ce serait merveilleux! Être l'AUTRE de quelqu'un!

Mais cette volonté bien arrêtée que les AUTRES demeurent autres, ne témoigne-t-elle pas d'un refus profond de les voir changer, évoluer, s'adapter? N'est-ce pas prétendre les cantonner dans un folklore d'autant plus dévastateur qu'il ne se limite pas aux costumes colorés et aux recettes de cuisine? On ne les apprécie que s'ils conservent leur authenticité. Cela nous permet de mieux les apprécier, et surtout de ne pas partager avec eux les bienfaits matériels de notre propre superficialité. Les AUTRES ne remplissent vraiment leur fonction d'autres que s'ils persistent dans leur être profond. En effet, à quoi bon avoir des AUTRES, s'ils ne nous questionnent pas, s'ils ne nous posent pas un défi? Leur rôle, c'est de nous donner bonne conscience, mais pour ce faire, ils doivent nous culpabiliser.




1 Nous ne faisons pas pour l'instant les distinctions qui s'imposent entre membres de communautés culturelles et immigrants, entre les « vieilles » et les « récentes » communautés, entre les arrivants volontaires et les réfugiés. La multiplication sans cesse renouvelée des noms pour définir ces AUTRES témoigne de notre désarroi intellectuel. Il est évident que le problème se pose différemment dans chacun de ces cas; malheureusement, nous ne pourrons pas rendre justice à ces nuances. Certains choisiront certainement d'y voir une volonté de ne pas respecter les différences des AUTRES. [retour au texte]




Pourtant, les AUTRES n'en exigent pas tant. En choisissant Montréal, le Québec, le Canada et l'Amérique du Nord, ils choisissent nécessairement un mode d'insertion sociale et une façon de « faire les choses ». Dans bien des cas, ce choix n'est pas libre et on doit le déplorer. Mais il faut aussi accepter que bon nombre de nouveaux arrivants veulent vivre cette américanité que nous prenons trop pour acquise. C'est tout aussi vrai pour les membres des communautés culturelles établis ici depuis longtemps. Faire abstraction de l'expérience nord-américaine au nom du respect du pluralisme est la pire forme de non-respect.

Il est naturel, et même essentiel, que les personnes qui ont à vivre avec cette « question » de l'école multiculturelle, la posent en termes de vécu quotidien. C'est aussi de ce niveau que devront venir les solutions. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas envisager la question sous un angle plus collectif et politique. L'éclairage sera alors différent plus diffus et moins centré sur l'objet immédiat; sa lumière demeure cependant importante2.

Elle l'est d'autant plus que la place de la société québécoise dans l'ensemble canadien est soumise à des interrogations. Le Québec a aussi son AUTRE, et il n'est pas toujours porteur de compréhension. Pour être plus précis, il faudrait probablement dire que le Québec tout entier est l'AUTRE du Canada anglophone. À la limite, toutes les « solutions » au multiculturalisme de nos écoles doivent tenir compte du contexte sociopolitique dans lequel le Québec évolue. On peut le déplorer. On doit le constater.




2 Afin d'éviter tout malentendu, disons que tous ceux qui travaillent sur le terrain de l'école multiculturelle ne partagent pas cette mentalité « Sainte-Enfance ». Bien au contraire. Ils sa vent que la réalité est et doit être tout autre. [retour au texte]



PLAIDOIRIE POUR UNE STRATÉGIE DU PLURALISME CULTUREL


On pourra voir dans ces propos un plaidoyer pour une évaluation stratégique de la question de l'école multiculturelle. Et on aura tout à fait raison. Le calcul n'est pas nécessairement synonyme d'intégration forcée ou de manipulation. C'est reconnaître que la réalité n'est pas donnée, mais qu'elle se façonne à coups d'interventions. Calculer, c'est admettre sa propre liberté, et surtout c'est reconnaître d'emblée celle de ces AUTRES pour qui le calcul est un instrument de survie et de progrès. Il n'y a donc pas de honte à voir la problématique du multiculturalisme scolaire à la lumière du prisme de la réalité québécoise. C'est d'ailleurs le seul prisme que nous avons pour l'appréhender. Chose certaine, ceux pour qui l'école multiculturelle est un fait moral ou une question de civilisation, se rebifferont devant cette intrusion du calcul politique dans ce qu'ils considèrent une question de morale.

Il faut respecter ce point de vue, mais il ne faut pas cependant se laisser obnubiler. Dans bien des cas, on choisit de camoufler la dimension politique de l'école multiculturelle derrière de prétendues questions éthiques. On reconnaîtra là la même manoeuvre qui consiste à utiliser une argumentation technique ou scientifique pour débattre des questions jugées trop épineuses. Aujourd'hui, l'éthique a remplacé la technologie, qui avait elle-même remplacé la religion, comme la voie d'évitement par excellence.

Souvent le piège est tellement grossier qu'il ne trompe personne. C'est le cas lorsque les défenseurs de l'école anglaise assimilatrice tentent de déguiser leur défense de la liberté de choix en une défense de l'école multiculturelle. Comme la position de la minorité anglophone québécoise s'est modifiée, de façon relative il faut bien l'admettre, l'argumentation utilisée pour tenter de récupérer tous les avantages d'une position dominante qu'on croit menacée a elle aussi nécessairement changé. En 1965, c'est au nom de sa supériorité intrinsèque (son modernisme, son caractère areligieux, son efficacité) qu'on défendait l'école anglaise. Par la suite, on a utilisé l'argument du bilinguisme et de l'égalité, pour passer ensuite à celui du respect des droits des minorités et maintenant à celui de la supériorité morale de l'école multiculturelle. Bien entendu, ce type de multiculturalisme parle anglais. Curieuse coïncidence!

Il ne s'agit pas de ressusciter la problématique de LA culture québécoise et son cortège de questions existentielles sur la québécitude, la tradition, les valeurs profondes, la nature de notre NOUS collectif. Un tel discours n'a plus guère de prise sur la réalité qui se forge aujourd'hui dans nos écoles. Le pire danger qui guette notre analyse de l'école multiculturelle, c'est d'oublier que c'est avant tout un discours sur l'école. Non pas l'école multidisciplinaire du Rapport Parent ou l'école médiatique de certains visionnaires, mais l'école telle qu'elle se vit et telle qu'elle est perçue.

Ce n'est pas l'école multiculturelle d'hier qu'il faut construire, mais celle qui existe déjà. Bon nombre de réflexions sur cette école multiculturelle tablent sur des valeurs et des comportements qui n'existent plus. Il est évident qu'une analyse des problèmes de l'école multiculturelle qui s'appuie sur une perception faussée de l'école et des jeunes est condamnée à l'échec. Trop souvent, on espère régler par le biais du dépassement multiculturel certains des problèmes de l'école d'aujourd'hui.

D'ailleurs, l'existence même de cette problématique du multiculturalisme scolaire ne témoigne-t-elle pas d'un certain échec de l'école québécoise « tout court »? Certes, on ne pouvait prévoir en 1965 l'arrivée massive de nouveaux Québécois, les vagues de réfugiés, la dénatalité. Mais, est-ce une raison suffisante? La « nouvelle » école québécoise, celle qu'on a mise sur pied à partir de 1965, ne devait-elle pas s'appuyer sur des programmes, des structures et des valeurs tels qu'elle pourrait facilement s'adapter et tirer parti des changements massifs qu'on appréhendait à l'époque. On parlait d'une école flexible, ouverte et respectueuse des différences entre les élèves. Des chapitres entiers étaient consacrés à la nécessité de rassembler les différences et de les enrichir. Le respect de l'individualité et du potentiel de chacun devait être la règle.

Ceci n'est pas un plaidoyer pour l'école « d'avant-le-Rapport-Parent », et encore moins une tentative de réhabiliter le collège classique. Néanmoins, il faut constater que si nous voyons dans l'école multiculturelle un défi à relever, c'est que l'école québécoise n'a pas en elle les ressources et le dynamisme pour répondre « normalement » à ce défi.

On ne « réglera » pas la question du multiculturalisme, si on ne règle pas aussi celle de l'école tout court (encore qu'il n'y ait rien de plus illusoire et de plus dangereux que de prétendre régler le problème de l'école). Et l'une des dimensions importantes de cette question de l'école est celle de sa nécessaire communalité. En 1985, l'école doit-elle être la même pour tous?

En France, c'est un débat qui n'a jamais vraiment été résolu. Il renaît constamment dans les circonstances les plus inattendues. Au Québec, il y a déjà longtemps que nous avons une école différente. La religion et la langue s'en chargent depuis toujours, la géographie et l'appartenance sociale aussi. Il nous faut cependant apprendre à vivre et à profiter de cette diversité d'écoles. Pendant un temps, on a cru que l'école allait devenir moins importante. C'est le contraire qui s'est produit. Certes, l'école est moins un lieu d'apprentissage et de découverte. La télévision s'en occupe et s'en occupera de plus en plus (surtout dans la mesure où la télévision acquiert une profondeur et une mémoire historique qu'elle n'avait pas à ses débuts). L'école n'est plus un moyen de transmission de connaissances. La micro-informatique va s'en charger de plus en plus.

Non, l'école devient un lieu d'échanges et de confrontations entre des expériences différentes de la réalité et du vécu. Ce n'est plus la rencontre avec LE savoir, celui du maître, mais le contact avec le savoir des autres (un savoir qui lui aussi a souvent été acquis en dehors de l'école). Il faudrait déjà commencer à réfléchir sur cette mutation de l'école. L'école multiculturelle ne sera pas que multiculturelle, elle sera aussi une école différente.

Ce n'est cependant pas le sens principal qu'il faille donner à cette réflexion. Celle-ci portera en bonne partie sur le nouvel environnement sociopolitique dans lequel l'école québécoise devra évoluer. Il est difficile de prévoir les répercussions qu'aura cet environnement sur l'école québécoise. La relation entre toute société et son école n'est jamais aussi simple qu'on voudrait nous le faire croire. Les causalités ne sont ni univoques ni unidirectionnelles. Heureusement d'ailleurs. L'école, comme bon nombre d'institutions sociales, n'est pas aussi perméable et malléable que les réformistes de tout genre le croient. Lieu de rencontre entre le passé et l'avenir, entre le neuf et le vieux, entre la liberté et l'ordre, l'école a nécessairement une force d'inertie qu'on évalue mal une fois qu'on l'a quittée.

Nous posons donc comme hypothèse que l'école multiculturelle doit avant tout être une école et qu'à ce titre, elle s'inscrit au coeur des débats sur l'école et sur les relations entre l'école et la société. En corollaire, il faut convenir que le multiculturalisme dont il est question pour l'école ne saurait être considéré à part de la conjoncture culturelle d'une société. Qu'il s'agisse de l'école, de l'entreprise, des médias ou de la salle de concert, c'est de la même culture qu'il s'agit; de la même culture et donc des mêmes conflits, des mêmes accommodements et des mêmes coexistences.

Il ne faut pas répéter l'erreur des politiques linguistiques du gouvernement fédéral3. En faisant la promotion du bilinguisme institutionnel pour ce qui est de ses appareils administratifs et du bilinguisme scolaire à l'extérieur du Québec, il a complètement détaché le problème de la langue française au Canada de ses assises sociales et politiques. Il en a fait une question de structures administratives et d'apprentissage scolaire. Il prétend avoir réglé le problème de la culture en réglant celui des formulaires administratifs et de l'enseignement en français. Le résultat est catastrophique tant pour les minorités françaises qui voient leur langue prise en charge par d'autres, comme s'il s'agissait d'un simple attribut socio-économique, que pour la « culture canadienne » qui, malgré tous les Canadian content, n'arrive pas à sortir de sa dépendance.




3 Mais est-ce bien une erreur et sinon, ne vaudrait-il pas mieux envisager sérieusement de l'imiter? [retour au texte]




La minorité anglaise du Québec a déjà commencé à vouloir nous faire croire qu'il y avait un problème de pluralisme culturel au Québec et que c'est à l'école qu'il faut le solutionner. Encore une fois, le piège est grossier. Ce qu'Alliance-Québec a en tête, ce n'est rien d'autre que la vision ethnic mosaic si chère aux défenseurs canadiens-anglais du multiculturalisme. À la limite, on peut dire qu'il n'y a pas vraiment de problème de pluralisme culturel au Québec. Il y a des problèmes posés par l'intégration - ne jouons surtout pas sur les mots - de traditions culturelles différentes au sein d'une culture dominante. C'est la situation qui existe en France et aux États-Unis. C'est celle qui devrait exister au Québec. C'est une vision toute différente de celle d'Alliance-Québec4 pour qui le Québec ne devrait être qu'une immense little Italy à la new-yorkaise ou un gros Chinatown sur le modèle de San Francisco, c'est-à-dire des concentrations où pullulent les bons restaurants et où les natives se parlent entre eux dans leur langue!

Ne nous faisons pas d'illusion : la question en admettant que cela en soit une - du pluralisme culturel à l'école ne sera abordée franchement que si la question - fort réelle celle-là - de l'aménagement culturel du Québec connaît une solution plus définitive et permanente que ce que nous connaissons actuellement.




4 Cette mention d'un organisme respecté et respectable sera sans doute jugée de mauvais goût. Certes, on ne peut pas reprocher à cet organisme sa démarche et ses manoeuvres. On peut même lui accorder le bénéfice du doute. Cela ne doit pas nous empêcher d'appeler les choses par leur nom, de temps en temps du moins. [retour au texte]




Anticipons sur la conclusion de cette réflexion pour préciser ce qu'il faut entendre par une solution « plus définitive et permanente » : tant que Montréal ne deviendra pas une ville capable de « dire » en français la réalité nord-américaine dans tout ce qu'elle a de mélanges et de dynamismes, la question de l'école multiculturelle ne sera pour les francophones qu'une question théorique et pour les anglophones une manoeuvre politique.

Il est courant de prédire des lendemains qui chantent, ou qui pleurent, pour le Québec. Il est toujours plus réconfortant de savoir que l'Histoire est encore prête à faire une exception dans le cas du Québec et à lui réserver le meilleur ou le pire des sorts. C'est un vieux réflexe messianique dont nous n'avons pu apprendre à nous débarrasser depuis le Secret de Fatima.

Dans l'ensemble, rien ne ressemblera plus au Québec de l'an 2000 que celui de 1985. C'est dans le détail, encore une fois, que l'évolution de la société québécoise risque d'être différente. Mais le détail, dans le cas d'une société de six millions d'habitants, touche souvent à l'essentiel puisque la force d'inertie y est nécessairement moins grande.

LA PERSPECTIVE DÉMOGRAPHIQUE, RIEN DE RÉJOUISSANT

La stagnation démographique est sans contredit le facteur le plus structurant de l'avenir à moyen terme de la société québécoise. Au recensement de 1981, les Québécois ne formaient plus que 26,5 % de l'ensemble canadien. Cette proportion atteindra vraisemblablement 24 % au tournant du siècle, et ce, indépendamment de ce qui pourrait survenir sur le « front » démographique d'ici là.

Il suffira alors qu'un parti politique remporte 67 % des sièges dans le reste du Canada pour obtenir une majorité absolue des sièges à la Chambre des Communes. Il remporterait ainsi l'élection sans aucune représentation du Québec. Avec une représentation minimale de 20 % des sièges au Québec, il lui suffira de 59 % des sièges pour atteindre le même résultat. Il deviendra donc de plus en plus facile de prendre le pouvoir et de gouverner sans l'appui des électeurs québécois. Lors de l'élection fédérale de 1984, il aurait été possible au Parti conservateur de former un gouvernement majoritaire avec seulement une poignée de députés québécois. Pas besoin, donc, d'attendre l'an 2000 pour voir ce scénario se réaliser. C'est un fait qui n'a pas été soulevé dans le raz-de-marée d'analyses qui a suivi la dernière élection.

Avec la nouvelle Constitution canadienne, le rapport politique entre le Québec et le reste du Canada s'est profondément modifié. Ce changement n'a pas nécessairement toutes les tonalités de catastrophisme qu'on se plaît à nous décrire. Il est cependant très réel. Le reste du Canada a décidé de faire du Québec une province comme les autres qui ne pourra plus faire appel à la différence. Le fait que le Québec soit LA province de la minorité française du Canada ne veut plus rien dire.

N'oublions pas non plus que c'est autour de l'école et des droits scolaires que cette mise au pas du Québec s'est faite. Il faudra en tenir compte et ne plus prétendre que l'école québécoise est à l'abri de barricades constitutionnelles infranchissables. À l'avenir, si on veut défendre l'école québécoise, c'est en faisant appel à d'autres choses que l'A.A.N.B. qu'on pourra y arriver.

On peut déjà penser à une stratégie qui soit tout autre que celle suivie par les gouvernements québécois jusqu'ici. On devra envisager, par exemple, - et comme tous les exemples, celui-ci est dangereux - que l'école québécoise devienne l'un des piliers de la nouvelle réalité canadienne, en servant de lieu privilégié où les nouveaux arrivants sont arrimés à la réalité canadienne dans sa version québécoise. Un peu comme l'école française « arrime » les jeunes Cambodgiens à la réalité européenne (l'exemple est probablement mal choisi à cause de la réalité de l'école française).

Peu importe les solutions que l'on trouvera, une réalité demeure : l'A.A.N.B. et les Pères de la Confédération ne nous servent plus à grand-chose. Il va falloir compter sur une nouvelle façon d'envisager l'éducation au Québec pour préserver le contrôle québécois sur l'école québécoise. Cela n'ira plus de soi.

La composition linguistique du pays est une donnée encore plus préoccupante que cette fragilité constitutionnelle. Parce qu'elle est un « danger beaucoup plus récent », la menace constitutionnelle a monopolisé toute l'attention. L'équation démolinguistique du pays n'a pas le même cachet de nouveauté. On a tellement crié au loup démographique (ou à la revanche des berceaux) que cette menace ne fait plus peur à personne. Simplement soulever la question a l'air d'un retour aux années 30. Et pourtant!

Entre 1971 et 1981, la situation s'est même détériorée. Un simple regard sur les chiffres des transferts linguistiques suffira pour convaincre les plus sceptiques.

Entre 1961 et 1971, plus de 273 000 individus de langue maternelle française et vivant à l'extérieur du Québec sont passés à l'anglais comme langue d'usage5. En 1981, à partir d'une base nécessairement plus restreinte, les transferts ont même augmenté jus qu'a 304 000 individus6. Pour le groupe de langue maternelle française, il s'agit d'une augmentation de 11 % des pertes et de 4 % des transferts totaux. On a fait grand cas de cette augmentation des gains du groupe français auprès de la population de langue maternelle anglaise (de 20 000 à 40 000), ce qui a permis de réduire quelque peu le bilan net des transferts totaux. Mais le phénomène est tellement réduit qu'il n'a de signification qu'au niveau des pourcentages. De plus, 90 % de ces nouveaux acquis sont survenus dans ces provinces qui sont les destinations privilégiées de ceux qui sortent du Québec. Il s'agit donc davantage d'un phénomène de migration que de transferts linguistiques.

À l'extérieur du Québec, il n'y a plus que 5,3 % des citoyens qui se disent de langue maternelle française contre 6,0 % en 197l; un résultat d'autant plus surprenant que des nombres records de Québécois francophones ont émigré ailleurs au Canada durant cette période. Pour ce qui est de la langue parlée à la maison, il n'y a plus que 3,8 % des non-Québécois qui disent adopter le français contre 4,4 % 10 ans auparavant).




5 John Kralt, Les langues au Canada. Études schématiques, recensement du Canada, 1971, cat. 00-707, 1976. [retour au texte]

6 Statistique Canada, Recensement du Canada, 1981. [retour au texte]




Il est d'usage d'utiliser ces chiffres pour illustrer la faillite des politiques fédérales de maintien des minorités françaises et de bilinguisme. Il s'agit là d'une lecture partisane et à courte vue de la situation. Ce qu'il faut davantage y lire, c'est la résistance fort efficace de la réalité socio-économique du pays à toutes les tentatives de réaménagement linguistique. Pour le Québec, un tel échec est plus dangereux que le réconfort ressenti devant les chiffres confirmant ce que tous savaient déjà depuis longtemps, à savoir la nature anglaise du reste du pays.

C'est une erreur de croire que la position du Québec et de l'école québécoise se trouveront renforcées si on ne trouve plus d'écoles françaises qu'au Québec. Car il faut bien comprendre que la diminution des populations et des écoles françaises hors Québec ne ralentira pas l'engouement des élites canadiennes-anglaises pour l'apprentissage scolaire du français et les programmes d'immersion. Cet engouement est un phénomène essentiellement idéologique dicté par la nouvelle définition officielle du pays. Au Québec, on choisit de rire de cet engouement pour l'immersion. Pourtant, non seulement l'immersion réduit-elle à néant le seul avantage comparatif des Québécois, mais elle maintient la fiction qu'au Canada le français n'est pas un fait social, mais simplement un appendice culturel. Pour se différencier des États-Unis, le Canada anglais s'est mis à l'étude du français, un peu comme on se mettait autrefois à l'étude du latin ou, plus récemment, du fortran. Au Canada anglais, le français n'est pas la langue d'un peuple, c'est un outil d'enrichissement personnel. À la limite, c'est un outil qui ouvre des portes, une police d'assurance.

Bien que ce ne soit pas le propos de cette réflexion, on peut néanmoins noter que cette « élitisation » du français au Canada anglais est l'une des causes majeures de l'impossibilité de faire du français une véritable langue de travail dans l'Administration fédérale. Tout au plus s'agit-il d'un prérequis symbolique qui sert à vérifier l'acceptabilité idéologique des nouveaux bureaucrates fédéraux. Le français est devenu un critère d'entrée, remplaçant dans cette fonction l'origine de classe, les grammar schools ou le proper family background.

Si le français prend une telle allure dans le reste du pays, on voit mal pourquoi il n'en serait pas ainsi au Québec!

Parmi les Québécois de langue maternelle française, les transferts vers l'anglais ont augmenté de 45 % entre 1971 et 1981, passant de 73 000 à 106 000. Parmi le groupe des allophones, les transferts vers le français ont certes augmenté de 35 % (de 34 000 à 46 000), mais ces mêmes transferts vers le groupe anglophone ont eux aussi progressé de 20 % (de 84 000 à 101 000). Le bilan est donc pour le moins décourageant. Pour les allophones, l'anglais demeure toujours la langue d'attraction par excellence (69 % contre 71 % en 1971). Pour les francophones, le bilan net de leurs échanges linguistiques avec le groupe anglophone est demeuré le même, soit une perte d'environ 25 000. Qu'une telle situation soit encore possible, malgré les restrictions quant à l'accès à l'école anglaise qu'impose la loi 101, a de quoi surprendre. Il semblerait que les allophones suivent simplement le chemin emprunté avant eux par les francophones, c'est-à-dire apprendre l'anglais dans la rue. Le fait que l'accès au cégep et à l'université ne soit pas soumis à des contrôles linguistiques accentue cette tendance. L'assimilation se fait ailleurs qu'à l'école primaire et ne se confirme qu'à l'université.

À eux seuls, ces chiffres devraient tuer le mythe des allophones qui ne cherchent que l'occasion de pouvoir s'intégrer sans coercition à la majorité linguistique. C'est les prendre pour des imbéciles que de penser que leurs stratégies individuelles et collectives s'appuient sur une lecture différente de la réalité politico-économique du Québec et du Canada. Ils apprennent le français avec le même enthousiasme que nous apprenions le latin. « Cela peut toujours servir! » Il ne faut même pas s'en offusquer.

Cela confirme aussi l'échec de la politique, encore que celle-ci ne soit que bien faiblement appliquée, de la carotte, comme c'est présumément le cas des écoles ethniques où les enfants des communautés culturelles seraient attirés parce qu'ils auraient ainsi la possibilité d'apprendre leur langue d'origine. En même temps, on leur passerait la « pilule » amère de l'apprentissage du français et de l'intégration dans la culture du groupe dominant. Répétons-le encore une fois : les membres des communautés culturelles et les allophones vont faire preuve d'autant d'imagination que les francophones pour apprendre l'anglais.

La solution n'est peut-être pas de les empêcher de le faire, ou de tenter de les concurrencer dans cette entreprise, mais de s'assurer que cet apprentissage de l'anglais débouche sur une reconnaissance du caractère binational du Canada et du caractère français du Québec.

En 1982-1983, il y avait 97 456 enfants inscrits dans les classes d'immersion (à l'extérieur du Québec), soit 2,8 % des effectifs scolaires. C'est peu, mais suffisant pour créer tout un discours, celui de la bonne foi et de l'ouverture culturelle. Notons aussi toute l'artificialité de cette démarche. À peu de frais et avec de nombreux bénéfices marginaux, dont un certain snobisme, elle procure l'illusion de participer pleinement à un nouveau Canada.

Jamais il n'est fait mention de la solution, pourtant combien plus simple, d'envoyer ses enfants dans une école totalement française (où l'enseignement et la gestion se font en français). C'est la preuve que seule une compétence linguistique est envisagée. On veut bien du français, mais comme langue seulement et non comme culture.

Avec ce saupoudrage linguistique, on crée une génération de Canadiens à qui le bilinguisme permet de neutraliser, et peut-être de renverser les exigences du nouvel ordre politique canadien. L'objectif n'est pas de reconnaître le caractère particulier du Québec, et encore moins son statut d'égalité linguistique, mais bien de diluer son seul avantage comparatif. C'est le droit à la différence du Québec que l'on cherche à nier. Il n'y a plus véritablement de société québécoise, et encore moins de culture québécoise, mais simplement une plus grande concentration de francophones au Québec. Le Québec n'a plus d'autre prétention à l'originalité que celle d'être une immense société d'immersion.

On conviendra facilement qu'il faille éviter le piège du déterminisme démographique. Les chiffres ne parlent jamais vraiment d'eux-mêmes. Il faut toujours les aider. Il ne faut cependant pas se fermer les yeux. Sur les plans démographique et linguistique, tous les indicateurs sont au rouge. Et l'on n'a pas parlé ici de la baisse de la natalité, du vieillissement de la population et du non-renouvellement des générations, trois phénomènes qui touchent le Québec comme l'ensemble des sociétés occidentales.

Sur le plan interne, cette stagnation démographique du Québec a déjà eu des effets dévastateurs notamment quant à la fréquentation scolaire. Pourtant, ses effets cumulatifs n'ont pas encore commencé à se faire sentir. Parmi ceux-ci, mentionnons :

  1. L'étalement géographique de la population québécoise rend plus fragile l'équilibre démographique et socio-économique entre les régions du Québec. Après un redressement grâce, entre autres, à la mise en place d'institutions régionales (Université du Québec, C.R.S.S.S.), un arrêt permanent de la croissance économique risque de rendre à la fois coûteuse et inefficace toute cette infrastructure régionale. Des attentes ayant été créées, il est impossible de songer à la démanteler.

  2. L'hinterland québécois, déjà passablement sous-peuplé et sous-développé, risque de devenir un véritable désert sans l'apport de nouveaux éléments.

  3. Le rôle de Montréal comme métropole régionale et comme capitale culturelle de la francophonie canadienne et de la société québécoise est menacé.

  4. La conjugaison du vieillissement de la population et d'une perte d'importance démographique accentue nécessairement les réflexes conservateurs à l'intérieur d'une société qui est amenée à renouer avec sa mentalité de minorité.

Ces considérations démographiques ont-elles un lien avec le multiculturalisme scolaire? Oui, si on admet que c'est dans un tel contexte d'érosion démographique que va se mener le débat. Nous commençons à peine à nous habituer à définir le « problème » comme celui d'une majorité qui doit apprendre à vivre avec sa propre pluralité, et voici que les fondements mêmes de cette majorité sont en train de s'effriter. Non pas qu'il y ait un quelconque danger de voir la majorité française du Québec disparaître ou même diminuer. Mais le statut de majorité linguistique et culturelle risque de perdre sa signification s'il doit coexister avec un statut sans cesse renforcé de minorité politique. On ne peut espérer que le Québec se comporte comme une majorité culturelle s'il doit aussi apprendre à vivre avec son statut de minorité politique. On peut certes l'espérer, mais peut-on y compter vraiment?

Paradoxalement, c'est l'existence de minorités françaises ailleurs au pays qui donne un sens politique à l'affirmation que les Québécois francophones constituent une majorité véritable. Si ces minorités disparaissent au profit de classes d'immersion, alors le Québec et ses écoles françaises risquent simplement de devenir des classes d'immersion plus efficaces. La « louisianisation » du Québec commence le jour où le français cesse d'être la langue de vie de communautés à l'extérieur du Québec pour devenir un critère d'admissibilité à la Fonction publique fédérale.

Dans un tel contexte, il faut s'attendre à ce que bon nombre de parents francophones insistent pour qu'on fasse de leurs écoles des écoles d'immersion permettant à leurs enfants de bien maîtriser l'anglais. C'est par le biais de l'école multiculturelle que de telles demandes risquent d'être canalisées. Est-il besoin de souligner que ce multiculturalisme d'immersion est à rejeter?

Sans reprendre les thèses sur la schizophrénie collective des Québécois, il faut quand même admettre que la seule période d'explosion culturelle qu'a connue le Québec correspond à une période de progression vers le statut de majorité politique. On remarquera aussi que, malgré tous ses excès, cette période correspond aussi à l'ouverture et à la découverte des AUTRES.

Ce diagnostic pourra avoir l'air pessimiste. Il ne l'est pas vraiment. La seule sécurité du nombre n'est guère attrayante ou réconfortante. Le Québec a toujours eu le nombre pour lui, il en a même fait une stratégie de sa revanche à un moment donné. Il y a gagné sa survie, mais guère plus.

On dira avec raison que de telles prédictions ne sont que des vues de l'esprit qui ne tiennent pas compte de la nouvelle réalité du pays et de la place qu'occupent les francophones sur l'échiquier du pouvoir politique et économique canadien. C'est vrai, mais cette nouvelle position de force relative pose aussi des exigences, quant à l'école notamment. Celle-ci ne peut plus se contenter d'être un rempart et une garantie de la transmission d'une identité, comme à l'époque du chanoine Groulx. Selon le même raisonnement, elle ne peut pas davantage demeurer un simple terrain de lutte, un moyen d'affirmer et d'imposer une identité québécoise. La Révolution tranquille et les années 70 sont terminées. Toute la nostalgie du monde ne suffira pas à les faire revivre.

Chose certaine, la protection par le nombre n'est plus suffisante. Il faudra trouver autre chose. Il faudra apprendre « à faire avec ce que l'on a », et ce que l'on a en matière d'école, c'est une population où le spectre culturel est de plus en plus étendu. Comment apprivoiser ce spectre et le transformer en instrument de promotion collective et individuelle? C'est le défi auquel il faut s'attaquer.

LA DÉSARTICULATION TRANQUILLE

Nous n'avons pas parlé des conséquences strictement économiques de ce ralentissement démographique. Il faudrait aussi en considérer les effets sur le dynamisme culturel et l'équilibre social.

Nous nous contenterons de souligner le danger que la stagnation démographique fera courir aux institutions et aux réseaux québécois, leur principal test depuis leur création. Pour la première fois, la possibilité d'une désarticulation des réseaux sociétaux québécois est une possibilité réelle que viendront accélérer certains des phénomènes mentionnés aux sections précédentes : la mise en place d'un espace juridico-politique pancanadien, la centralisation administrative et décisionnelle, la perte de sa spécificité linguistique. C'est ici que prend tout son sens ce scénario tendanciel esquissé jusqu'à maintenant à petites touches.

Dans le passé, les institutions québécoises ont passablement réussi, trop diront certains, à survivre à certaines transformations majeures dans l'environnement québécois. Le petit nombre de ces institutions, leur caractère unifié (autour de l'Église), leur peu d'envergure, le faible degré d'insertion sociale ont permis au tissu sociétal québécois de se maintenir. Le choc de la Révolution tranquille a pu être absorbé par une fuite en avant institutionnelle et se résorber dans l'accroissement considérable du nombre d'institutions et de structures.

Alors que, par le passé, la langue, la religion et le Code civil constituaient les fondements de la spécificité québécoise, une spécificité imposée plutôt que voulue, ces caractéristiques n'ont plus toutes la même importance aujourd'hui. Ce n'est plus l'isolement que procuraient ces particularités qui caractérise maintenant la société québécoise, c'est la multiplication et l'enchevêtrement des réseaux sociaux : réseau des affaires sociales, réseau de l'éducation, réseau universitaire, culturel, des médias, syndical, réseaux patronaux, réseaux scientifiques. Depuis 20 ans, la boucle institutionnelle a été fort efficacement bouclée.

Une mesure objective, si une telle mesure pouvait se construire, du degré d'autonomie, de complétude, et d'intégration-différenciation des institutions québécoises révélerait certainement que le Québec se compare avantageusement sur ce chapitre à plusieurs sociétés possédant la pleine souveraineté politique.

La majorité de ces institutions ont davantage de relations entre elles qu'elles n'en ont avec des institutions similaires, mais situées à l'extérieur du champ juridictionnel québécois. C'est le signe habituel qu'il existe bel et bien UN système québécois. Aujourd'hui, il est possible aux Québécois et aux Québécoises, quel que soit leur degré d'ambition, de faire toute leur carrière, horizontalement ou verticalement, au sein de ces divers réseaux. Ils passent de l'un à l'autre au gré de leurs choix et des possibilités. À l'occasion, ils décident d'en sortir pour oeuvrer dans le système canadien parce que des possibilités intéressantes se présentent, mais rarement dans; un état de subordination. Plusieurs d'entre eux ont même accès directement à la scène internationale sans qu'il soit nécessaire de passer par les réseaux canadiens.

Cette mobilité est un témoignage aux bâtisseurs d'empires institutionnels des années 60. Elle est aussi un reflet du dynamisme et de la grande adaptabilité du système canadien de la même période.

Déjà les réseaux québécois sont menacés d'effritement sous l'effet des restrictions budgétaires dues en bonne partie au refus du gouvernement fédéral d'assumer la part qui lui revient dans leur financement. Ce n'est évidemment pas la seule raison. Une certaine sclérose organisationnelle, un corporatisme professionnel et une baisse des clientèles sont des facteurs tout aussi perturbateurs, mais dont l'effet déstabilisateur aurait pu être contré s'il n'y avait eu l'arbitraire de l'action fédérale.

Le projet de loi S-31, les prétendues réformes des services de santé et les ballons d'essai quant à l'établissement de « normes » nationales dans le domaine de l'éducation n'ont d'autre but que de saper l'intégrité des réseaux québécois sous le couvert d'une meilleure coordination ou d'une plus grande accessibilité. Pourtant, tous ceux qui sont engagés dans la gestion quotidienne de ces programmes savent, et répètent, que c'est à partir du palier provincial que les réformes nécessaires ont le plus de chance de réussir. Cela est tellement vrai que la première chose que le gouvernement fédéral met habituellement sur pied lorsqu'il décide d'intervenir dans un champ de juridiction provinciale, c'est une administration décentralisée.

Certains ont choisi de voir dans ces réseaux québécois autant de réseaux parallèles dangereux pour l'intégrité de l'ensemble canadien, alors que, pour la majorité des Québécois, et cette fois ce n'est pas uniquement un phénomène d'élites, ces réseaux constituent autant de lieux de pouvoir, de décisions et de conflits. D'autres choisissent d'y voir autant de prétendues Murailles de Chine qui empêchent les Québécois de promener leur distinctiveness à travers le pays.

En fin de compte, ce scénario, c'est celui de la désarticulation de la société québécoise qui risque de devenir lentement une société non plus française, mais francophone. La nuance est importante.

Jusqu'à maintenant, nous avons discuté de démographie et de structures. Mais le volume et l'articulation interne ne sont pas les seules variables importantes dans le cas d'une société. Il faut aussi tenir compte de sa vision d'elle-même. Cette vision n'est jamais neutre. Elle ne naît pas d'un consensus général. Elle n'est pas la somme moyenne d'une collection de visions individuelles. La société n'est pas la simple coexistence de tous les hommes et de toutes les femmes de la rue. Cette description est le produit du discours de certains groupes, discours qui réussit à s'imposer.

Et rien ne change plus vite que le discours, surtout à l'heure des médias de masse qui, à cause de leur succès, imposent un besoin de renouvellement. Le discours fait partie de la mode. Il a ses saisons et ses couturiers. Le prêt-à-porter y domine aussi. Il faut également tenir compte de l'environnement intellectuel et idéologique lorsqu'on aborde la question de l'école multiculturelle. L'école est affaire de nombre, de structures et de culture.

Voyons ce qui en est de la culture québécoise.

CULTURE QUÉBÉCOISE OU CULTURE CANADIENNE AU QUÉBEC?

Depuis 1960, l'explosion culturelle québécoise s'est articulée autour de deux axes : la recherche d'une identité collective et la mise en place d'un projet politique. La prise en charge par les nouvelles élites de cette double quête, celle de l'identité, imaginaire ou réelle, et celle de ce projet, réussi ou incomplet, est à l'origine de ce qu'on a appelé le nouveau nationalisme québécois. Il n'est point besoin de revenir ici sur les liens étroits qui rattachent nationalisme, politique, identité et culture. Le Québec en a pratiquement fait sa marque de commerce. Notons cependant que c'est à travers cette quête de l'identité et du projet, et à travers la synthèse qu'en a faite le nationalisme québécois, que la culture québécoise a pu à la fois maintenir une prétention à l'originalité et sa participation aux courants universels.

Paradoxalement, le dynamisme de la culture québécoise depuis 1960 s'est réalisé à la fois « à cause » de sa connotation politique et nationaliste ou « malgré » elle. Selon les moments, le passage entre l'universel et le particulier se fait avec plus ou moins de facilité et de succès. Mais c'est toujours de la combinaison des deux que vit une culture.

Dès que l'un des termes de l'équation culturelle change, soit le local ou l'universel, il est tentant de proclamer la fin du dynamisme culturel. Il ne faut pas s'en surprendre, car la culture, c'est aussi affaire de pouvoir, celui des groupes sociaux bien entendu, mais aussi celui des générations. Chacun veut imposer aux autres sa définition de la culture et de ce qui constitue le dynamisme culturel. C'est dans ce cadre qu'il faut juger les nombreuses récriminations quant à la prétendue stagnation culturelle du Québec depuis quelque temps. Ces récriminations viennent pour la plupart de la génération des 35-45 ans et rappellent les anciennes jérémiades sur la belle culture. La vraie, la grande, la culture culturelle.

C'est dans cet environnement qu'a évolué l'école québécoise depuis 1960. Dans une bonne mesure, cette école québécoise est partie prenante du nouveau nationalisme, car c'est d'abord autour de la définition de l'école québécoise que se sont affrontées les forces du changement et celles du statu quo. Pendant un temps, on a cru qu'il s'agissait d'une rencontre permanente. On pouvait alors songer à utiliser l'école pour retransmettre ce rationalisme aux générations nouvelles qui se chargeraient de le redéfinir.

Cette belle certitude n'existe plus. L'école doit en prendre note.

Ils sont nombreux, et souvent aux opposés du spectre idéologique, ceux qui ne cessent de prophétiser la mort de l'identité, de la culture et du projet politique québécois. Pour certains, le nationalisme est condamné parce qu'il fut avant tout un phénomène d'élite auquel les masses québécoises ont pu adhérer parce qu'il offrait une explication valable ainsi qu'une porte de sortie à l'état d'infériorité économique dans lequel se trouvaient placés les Canadiens français. Mais ce nationalisme est aujourd'hui victime de son propre succès et les Québécois, maintenant qu'ils ont vaincu l'ignorance, l'aliénation religieuse et qu'ils sont sortis de leur ghetto économique, n'ont plus besoin de ce nationalisme de groupe. C'est l'économie et les solutions individuelles qui les intéressent. Du règne de la protection dans le nombre, ils passent à celui de la compétition individuelle.

Pour d'autres, la mort du nationalisme est davantage un phénomène mondial auquel la défaite référendaire vient de rattacher les Québécois, un peu malgré eux peut-être. Le nationalisme, comme toutes les idéologies, offre une certitude et un code de comportement qui privilégient la conformité avec le groupe. C'est par l'appartenance au groupe que l'individu peut espérer s'en sortir. Cette stratégie doit réussir ou périr. Dans le cas du Québec, elle n'a pas réussi, car les forces de l'opposition ont été sous-estimées. Peu importe la générosité du mouvement, il faut prendre acte de cette défaite. D'ailleurs, dans un monde où l'incertitude et les remises en question globales dominent, le nationalisme apparaît de plus en plus comme un comportement pathologique qui tient davantage de la personnalité fermée que de l'ouverture au changement.

Remarquons que ce n'est pas la première fois que l'on prononce ainsi l'oraison funèbre du nationalisme et de l'identité québécoise. Au Québec, la problématique du nationalisme ressemble à celle de l'hiver. Il suffit d'un automne un peu trop chaud pour que certains s'inquiètent et que d'autres espèrent. Depuis la dernière conférence de la dernière chance, ceux qui considèrent le nationalisme comme le fossoyeur de toute civilisation se sont mis à espérer. Et le Canada anglais d'emboîter le pas et de se mettre à répéter que les Québécois ont enfin compris que le prisme de la nation distincte est un prisme déformant.

C'est en 1959 que la thèse de la mort du nationalisme a fait son apparition pour la première fois, version locale de la thèse de la mort des idéologies et suite normale de cette autre disparition subite, celle de Maurice Duplessis. À l'époque, il était fréquent d'associer le nationalisme à :

  1. une religion se diffusant d'autant plus facilement que la société canadienne-française baignait alors dans le pire des cléricalismes;

  2. une culture fermée sur elle-même à cause du faible degré d'urbanisation et de l'étroit contrôle exercé par les élites traditionnelles pour qui le nationalisme constituait une force d'appoint non négligeable;

  3. une compensation bien insatisfaisante, mais tout de même compréhensible vu le retard pris par le développement économique de la province;

  4. une sorte de retard intellectuel causé par l'archaïsme du système d'éducation; et

  5. la dictature d'une tradition toute-puissante qui voit dans le groupe la seule réalité puisque toute vision de l'avenir est bloquée.

Et puis vint la Révolution tranquille qui devait remédier à cette situation : la décléricalisation allait tuer les mentalités religieuses; l'urbanisation accélérée allait forcer les brassages de populations et forcer l'ouverture des esprits; le développement économique allait enfin satisfaire les aspirations au bien-être des Canadiens français; l'arrivée au pouvoir du Parti libéral allait chambarder de fond en comble une culture politique fondée sur le pire des clientélismes; la réforme de l'éducation allait enfin forcer chacun à s'ouvrir les yeux et les nouvelles élites allaient bouleverser la tradition. Bref, à chaque mal, réel ou appréhendé, un remède était attendu.

Pourtant, le nationalisme s'adapta très bien à ce nouvel environnement. De canadien-français, il devint québécois et de traditionnel, il devint progressiste. Cela n'empêcha pas plusieurs de continuer d'y voir une religion, une compensation intellectuelle, un blocage et une dictature. On retrouve toujours autour du nationalisme une atmosphère de soupçon. Cela fait partie du projet hégémonique de tout groupe dominant de jeter le doute sur toute tentative des groupes minoritaires d'articuler en fonction d'eux-mêmes une vision du monde différente. Les États-Unis y sont passés maîtres à l'égard du Canada (anglais), et ce dernier à l'égard du Québec.

En 1966, on craignit de nouveau pour la survie du néo-nationalisme menacé alors sur tous les fronts : par l'épuisement du Parti libéral d'une part et, d'autre part, le retour en force de l'Union nationale maintenant dirigée par un leader dont la conversion aux idées nationales pouvait passer pour un vernis bien superficiel. Mais Daniel Johnson s'accommoda très bien de ce néo-nationalisme, tellement qu'il en fit un élément essentiel de sa stratégie électorale. La même crainte se répéta en octobre 1970 alors que de nombreux observateurs annonçaient que les gestes du F.L.Q. avaient retiré toutes ses lettres de créance au nationalisme québécois. On crut aussi pendant un instant que la social-démocratie allait peut-être réussir là où tous les autres avaient échoué. La défaite référendaire des forces du « oui » fut interprétée dans le même sens.

Cette fois, la menace semble plus sérieuse. En effet, les signes ne manquent pas : la déconfiture électorale du Parti québécois, le retour en force de Robert Bourassa, l'engouement pour l'économique, les nouvelles valeurs individualistes, l'internationalisme des problèmes et des jeunes, la remise en question de l'État. Comme si le Parti libéral du Québec, le goût de la réussite personnelle, et le refus de la bureaucratie étaient tous incompatibles avec un nationalisme.

Mais il est probable qu'une fois de plus le nationalisme québécois s'adaptera à son nouvel environnement. Tant que le Québec demeurera un lieu de pouvoir, si minime soit-il, des définitions différentes de l'organisation de ce lieu continueront de s'affronter. Le nationalisme n'existe pas en dehors des rapports de compétition qui régissent les relations des groupes entre eux. Tout nationalisme fait nécessairement partie des stratégies par lesquelles les groupes sociaux tentent d'imposer leur contrôle hégémonique sur l'ensemble de la société. Il ne peut donc apparaître et disparaître comme par magie. De ce côté, rien à craindre, ou rien à espérer selon le point de vue. On parle déjà de la transformation du nationalisme culturel et politique en un nationalisme économique.

Pour certains, cette transformation marque déjà la nouvelle voie royale vers la souveraineté québécoise. Pour d'autres, elle en éloigne le Québec définitivement. Tout dépend évidemment de quel type de souveraineté il s'agit et sur quelle vision de l'accession à la souveraineté cette définition s'articule. Mais cette discussion n'a sûrement pas sa place dans cette étude...

Dans le reste du pays et à Ottawa, on préférera certainement miser sur le virage économique du nationalisme québécois puisqu'on présume qu'il s'accompagne d'une volonté de s'occuper des « vrais problèmes ». Peu importe la justesse de ce calcul, on doit se demander dans quelle mesure un tel virage profitera à l'ensemble de la communauté canadienne. Certes, il y a toujours la satisfaction d'avoir une crise de moins à l'horizon, mais mise à part cette contribution négative, il est difficile d'imaginer comment cette uniformisation des rapports entre le Québec et l'ensemble canadien marquera un pas en avant. Le Canada a-t-il vraiment besoin d'un nationalisme économique régional de plus, qu'il soit sur le vieux modèle albertain ou le nouveau modèle québécois?

Apprendre à se passer du nationalisme vieille formule ne sera guère facile pour toute une génération de Québécois, les 30-45 ans, qui n'ont jamais connu d'autre environnement. Bon nombre d'entre eux ne verront pas l'intérêt de ce nouvel apprentissage. Ils chercheront, et trouveront, dans des solutions uniquement individuelles, ou des regards sur l'étranger, des solutions plus attirantes. Paradoxalement, ils en arriveront ainsi à imiter ce que bon nombre de Canadiens anglais avaient découvert avant eux, l'exil vers les Californies. Et dans le cas des Québécois, elles sont encore plus nombreuses et peut-être même plus enivrantes, car le souvenir de ce qu'on laisse derrière est plus vivace. C'est toujours le sentiment de perte qui conditionne le déroulement du départ. Comme le Québec offre encore passablement de possibilités de développement, et surtout que cette génération possède un monopole quasi absolu sur les instruments de promotion individuelle, on peut déjà prévoir que son exil sera doré. Il sera toutefois sans lendemain pour le Québec et le Canada.

Par-delà ces considérations sur les stratégies individuelles, c'est toute la question de l'identité collective qui se pose. Le Québec peut-il continuer d'exister sur un autre registre que celui d'une simple province géographique. s'il ne peut projeter activement devant lui et devant les autres son image de collectivité distincte? Un Québec qui n'existerait plus que sur le même mode que la Saskatchewan ou la Nouvelle-Écosse serait-il encore une collectivité où ce sentiment d'appartenance serait encore un atout et un ajout majeur pour les individus qui y participent?

Car c'est bien de cette question de rentabilité du rationalisme et de l'identité collective qu'il s'agit et non pas de sa seule survie. Cette dernière n'est pas vraiment en danger. Elle ne le sera probablement jamais. Mais il se peut très bien que la nouvelle identité collective qui se construit au Québec n'apporte rien aux individus qui y participent. C'est donc de la fonction d'utilité du nationalisme qu'il faut parler.

Le sentiment d'appartenance n'apporte pas de supplément d'être. Ce n'est pas une expérience mystique. Il ne permet pas d'ériger des barrages, même pas celui de la Manicouagan. Il ne fait qu'ajouter à la qualité de la vie à cause du mystère qu'il ajoute aux actions humaines. La possibilité de dire NOUS n'est intéressante que parce qu'elle enrichit notre environnement. C'est une dimension que l'isolement ou l'individualité ne permettent pas. C'est en ce sens qu'elle est un bien collectif aussi précieux que de l'air pur ou des transports en commun efficaces.

Depuis une génération, ces NOUS collectifs se sont multipliés, au point que l'on peut parler d'appartenances multiples qui se croisent et s'entrecroisent, permettant aux individus de choisir parmi toutes ces définitions d'eux-mêmes. La compétition entre ces NOUS est le meilleur gage d'une vie captivante. Elle offre aux individus toute une série d'expériences, de la passivité la plus complète du spectateur à celle de l'acteur engagé.

Pouvoir se définir à la fois comme Canadien, comme Québécois (et comme Montréalais) est une richesse qui se nourrit à même les tensions et les contradictions que ces identités imposent. Mieux vaut cette confusion que la simplicité de savoir que l'on est un Canadien qui vit en Ontario (et à Toronto, en plus). Dans un tel cas, une simple question suffit : « Where are you from? »

Ne peut-on pas imaginer un rôle là-dedans pour l'école et surtout l'école multiculturelle?

MAIS IL Y A L'AUTRE SCÉNARIO

Cette description assez déprimante de l'environnement politique québécois porte en elle-même les germes d'une autre lecture de la situation. Ainsi, dans la mesure où il est fait état de menaces à l'intégrité des réseaux québécois, il faut aussi reconnaître l'existence et le caractère passablement bien organisé de ces réseaux. On ne menace que ce qui est fort. Jusqu'ici, ces réseaux ont su admirablement résister à l'érosion politique subie par le Québec. Leur capacité d'adaptation est telle qu'à chaque nouvelle menace à leur intégrité, ils en sortent renforcés.

La condition de survie pour une société comme le Québec, c'est de pouvoir transformer en critères d'excellence ce que les événements lui imposent. Ses points faibles sont connus. Ils doivent devenir ses points forts. L'avantage, lorsqu'on a le dos au mur, c'est que les choix stratégiques s'imposent d'eux-mêmes. La marge de manoeuvre est plus limitée, mais les résultats peuvent être les mêmes.

La capacité d'adaptation demeure l'un des acquis importants de la société québécoise, une adaptation qui se fait habituellement dans la conscience du geste posé et qu'on choisit le plus souvent de dissimuler sous le couvert de la nécessité. Le Québec n'est pas obligé d'être le Québec. Il pourrait n'être rien du tout, ce qui est précisément le registre d'existence des autres sociétés canadiennes. Évidemment, il n'est jamais tout à fait comme l'on voudrait. Il n'est pas non plus tout à fait comme on affirme qu'il a été. En échappant ainsi aux catégories du discours, il impose sa différence. Rien de plus assimilateur en effet que les catégories intellectuelles. Certes, il faut payer un prix élevé pour cette irréductibilité. Celui du messianisme, d'abord. Comment éviter de se sentir investi d'une quelconque mission quand on se perçoit en dehors des catégories? L'insécurité, le doute et aussi ce sentiment de fragilité interne nous envahissent tour à tour. Et si tout était toujours à recommencer?

En dehors du temps, le Québec l'est peut-être. Ce qui veut simplement dire qu'il est toujours en retard. Qui songerait encore à mettre au monde, et par voie démocratique en plus, un nouvel État-nation en pleine fin de XXe siècle? Il y a des choses qui ne se font pas, ce qui ne veut pas dire qu'on ne doit pas avoir la témérité d'essayer.

Si le temps n'est pas au rendez-vous, on ne peut en dire autant (sic) de l'espace. Et cet espace, c'est celui de l'Amérique du Nord.

LE DÉFI NORD-AMÉRICAIN

Nous avons déjà souligné toute l'importance que prend l'école dans la problématique québécoise. Nous ne parlons pas ici de l'importance de l'éducation pour former les citoyens de demain ou pour jeter les bases d'une société plus juste et plus humaine. L'importance de l'école ne se limite pas à cela. Pour le Québec, l'école est le lieu privilégié où se définit l'avenir et où s'affrontent les visions différentes qu'on peut avoir de celui-ci. Du moins, c'est ce qu'on dit. Que ce discours cache une fuite en avant le rend encore plus important. C'est par l'école et les débats qu'elle suscite qu'une société se projette dans l'avenir et, par le fait même, se donne un avenir.

Mais l'école est aussi le produit d'un passé. En fait, elle est le lien sans cesse recréé entre un passé qui gonfle à mesure qu'on le crée et un avenir qui lui aussi se renouvelle sans cesse. C'est par le biais de l'école qu'une société se pose toutes les questions à travers lesquelles elle se crée elle-même, les questions d'hier et celles de demain.

Alors comment se pose la question de l'école multiculturelle au Québec? De la façon suivante : Est-il possible de créer et de faire vivre en Amérique du Nord une société tout à fait nord-américaine, mais dont la nord-américanité s'exprime en français et débouche sur la culture française?

La nord-américanité doit-elle être étasunienne, doit-elle s'exprimer en anglais et ne peut elle déboucher que sur l'univers culturel anglo-saxon? On comprendra facilement que ces questions intéressent le Québec au plus haut point. Mais elles ne sont pas dans intérêt non plus pour le Canada et la France.

Si le Québec échoue dans sa tentative, il y a peu de chance que le Canada en entier, et particulièrement le Canada anglais, réussisse dans un projet similaire. La langue française est certes menacée au Québec, mais elle érige tout de même le Québec en société distincte. C'est en français que cette dernière se voit et voit les autres. On ne peut en dire autant pour le Canada anglais qui doit compter sur sa seule autonomie politique pour asseoir son existence. À l'heure de la télématique, c'est peu et cela risque de ne pas être suffisant.

La France aussi a un intérêt direct dans cette question. Si le Québec échoue, c'est la confirmation qu'il ne saurait plus y avoir de prétention à l'universalité de la culture française. Cela veut dire aussi que tout ce qui vient d'Amérique, et c'est beaucoup, aura nécessairement une coloration étasunienne. Pour la France, il importe qu'il existe une Amérique française.

Le multiculturalisme dans sa version nord-américaine a toujours voulu dire la coexistence de façon informelle d'une multitude de langues et de groupes ethniques avec une langue dominante. Il faut qu'il en soit de même au Québec. Certes, on peut bien s'amuser à imaginer d'autres modèles, toujours plus utopiques les uns que les autres, mais avec un bassin de population de six millions d'habitants, ces rêves risquent de devenir des cauchemars. Ne pas tenir compte de la réalité nord-américaine et canadienne ne peut qu'aboutir à des catastrophes.

Est-il besoin d'être encore plus clair : l'auteur de ce texte ne croit pas en une école multiculturelle qui ne serait qu'une école bilingue déguisée. Le but de cette école multiculturelle, c'est de contribuer à former des jeunes (je me rends bien compte que ce type de vocabulaire n'a plus cours, mais tant pis) qui vont fonctionner dans une société à la fois française et nord-américaine. Ces deux termes ne vont pas de soi, loin de là. Il doit donc y avoir un encadrement et des mesures précises pour baliser la voie de ce multiculturalisme.

N'en déplaise à certains, il ne sert à rien de faire croire que toutes les cultures sont d'importance égale au Québec. La culture française (à défaut d'un meilleur nom) est la culture du groupe majoritaire. Ne jouons pas sur les mots. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne doit pas avoir une ouverture multiculturelle. En fait, cette ouverture est un prérequis à sa nord-américanité.

À l'époque du Livre blanc sur le développement culturel, on parlait de la nécessité de préserver cette québécitude par des mesures incitatives et parfois contraignantes. Nous n'avons guère progressé sur ce plan. Le problème est cependant plus urgent qu'il ne l'était. Par contre, les possibilités d'action sont plus réelles qu'elles ne l'étaient alors. Il y a eu entre-temps une vague de nouveaux arrivants, dont les conditions mêmes d'arrivée sont différentes de ceux qui les avaient précédés. La réalité québécoise à laquelle ils sont exposés n'est également plus la même. La nord américanisation de la culture québécoise passe par l'école multiculturelle, car, finalement, l'acculturation n'est-elle pas la caractéristique première de l'expérience nord-américaine? Il faut qu'il y ait, non pas un modèle, mais une version québécoise de cette acculturation.

Il sera tentant de voir dans cette dernière affirmation un plaidoyer pour l'assimilation à la mode étasunienne (c'est-à-dire intégration linguistique et restaurants ethniques). C'est rêver en couleur (ou en français) que de l'espérer. Pour y arriver, il faudrait que le Québec soit un lieu exclusif de pouvoir, sur le modèle d'une société politiquement indépendante. Par contre, la capacité que possède le Québec d'agir sur son développement collectif, capacité qui dépasse celle d'au moins le tiers des sociétés complètement souveraines de la planète, permet d'envisager une forme de domination linguistique à laquelle les nouveaux arrivants ne pourront pas être insensibles. En se donnant une école multiculturelle, le Québec, nous l'avons assez dit, « flirte » avec le danger. Pourquoi ne pas revenir à la stratégie de l'homogénéité culturelle qui nous a si bien servis pendant quelques siècles7? Ce genre de question appelle le plus souvent le même type de réponse : « Parce que le Québec n'a pas le choix. »

Réponse automatique, réponse fausse. Le Québec a le choix. Pourquoi le nier et se faire croire que notre marge de manoeuvre est inexistante? C'est faux. Et ce l'est encore davantage aujourd'hui qu'hier. Il existe une possibilité de choix et c'est celle-là qui fonde l'existence du Québec comme espace de pouvoir.

Le choix d'une école multiculturelle n'est certes pas la solution magique à toutes les incertitudes qui « menacent » le Québec. Heureusement d'ailleurs! Car ces prétendues menaces sont le signe que le Québec a (enfin) accédé au rang des « lignes majeures ». Les difficultés rencontrées lors de l'accord avec la France concernant l'informatique scolaire ou l'usine Péchiney sont le signe que ce pays prend le Québec au sérieux. Il ne faut pas se faire d'illusion à ce sujet : si le Canada ne réussit pas mieux qu'il ne l'a fait depuis 20 ans, il ne faut pas s'attendre à ce que le Québec réussisse des miracles.

Les problèmes ne se résolvent jamais d'eux-mêmes. Celui de la coexistence multiculturelle à l'école non plus. Mais le fait que ce problème soit arrivé jusque-là ne témoigne-t-il pas d'un changement profond? Pour ce qui est de la « menace » démographique, le lien entre l'école multiculturelle et une éventuelle solution est évident. Mais ce n'est pas uniquement une question de nombre, bien que cet aspect de la question ne soit pas à négliger. Si le Québec avait actuellement une population de sept ou huit millions de citoyens, l'équilibre des forces au Canada ne serait pas le même. Le dynamisme de Montréal non plus. La capacité d'accueillir et d'acculturer des nouveaux venus est un examen auquel le Québec ne peut se permettre d'échouer.




7 Malgré ce que ce paragraphe laisse entendre, cette stratégie mériterait qu'on s'y attarde quelque peu. Il faudrait pour ce faire braver bon nombre de tabous idéologiques. [retour au texte]




Même l'intégrité de ses réseaux sociaux et économiques en dépend. Nous avons longuement élaboré sur les risques de rupture que courent ces réseaux. Mais l'intégrité de ces réseaux ne sera pas maintenue, ou du moins ne sera pas maintenue très longtemps, par des mesures défensives du genre de celles qui ont mené au retrait du projet de loi fédéral contre la Caisse de dépôt. Certes, ce fut là une victoire, mais une victoire défensive. On ne pourra pas répéter la manoeuvre indéfiniment. À ce petit jeu, une seule erreur peut remettre en question toutes les victoires précédentes. L'école multiculturelle, et plus globalement une politique québécoise de multiculturalisme, peuvent contribuer à consolider ces réseaux. Les initiatives récentes du ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, notamment en ce qui concerne les artistes des communautés culturelles, sont un exemple de la rentabilité immédiate de mesures aussi simples que peu coûteuses. L'enseignement des langues étrangères, une autre de ces priorités que l'on vient de redécouvrir, pourrait servir de « spécialité » autour de laquelle organiser quelques écoles multiculturelles qui soient autre chose que des ghettos ou des cadeaux pour immigrants. Les échanges de jeunes avec l'étranger ou l'expérience des chantiers internationaux sont d'autres initiatives qui mériteraient d'être encouragées.

Il est encore beaucoup trop tôt pour définir la forme que prendra l'école multiculturelle québécoise (à moins, évidemment, d'y aller d'un autre de ces grands projets de société précuits et que l'on réchauffe le moment venu). Chose certaine, il ne faut pas que l'école multiculturelle soit une simple question de structures administratives, de règlements pédagogiques, ou de bonne volonté idéologique. De la « bonne volonté », il y en a toujours trop. Ce qui manque souvent, c'est de la volonté... et de l'imagination.




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