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LA NORME LINGUISTIQUE

LA
NORME
LINGUISTIQUE

Textes colligés et présentés par

Édith Bédard et
Jacques Maurais






Appendices

Par Grace Jolly






Appendice I

Thèses générales du
Cercle linguistique de Prague :
Principes pour la culture de la langue*



Par « culture de la langue » nous entendons le développement conscient de la langue standard; ce développement peut être assuré par 1° les travaux linguistiques théoriques, 2° l'enseignement de la langue à l'école et 3° la pratique littéraire.

Les thèses qui suivent ont pour but d'établir des principes généraux aux seules fins des travaux linguistiques théoriques qui ont un impact sur la langue standard; cet impact est soit favorable, soit défavorable, à moins que la contribution du linguiste ne demeure que virtuelle. Les travaux linguistiques théoriques ne sont utiles à la langue standard que s'ils aident cette langue à remplir ses fonctions le plus efficacement possible, ce à quoi ils peuvent arriver en contribuant 1° à la stabilité de la langue standard et 2° à sa capacité de différenciation fonctionnelle et à son enrichissement stylistique; dans les deux cas, la meilleure compréhension possible de la langue standard courante, c'est-à-dire de sa norme telle qu'elle existe de fait, s'avère une condition essentielle.

1. Si l'on veut réussir le développement de la langue standard contemporaine, il est nécessaire d'avoir une compréhension théorique de sa norme réelle.

Pour déterminer ce qu'est la période contemporaine de la langue standard, il faut prendre pour critère le moment où chacun de ses aspects est devenu relativement stabilisé dans sa forme actuelle. Les structures fondamentales de la langue standard tchèque se sont stabilisées à l'époque de la renaissance nationale (en particulier, grâce aux travaux de Josef Dobrovský); d'autres structures ne se sont stabilisées qu'à la fin du XIXe siècle (en particulier grâce aux grammaires de Jan Gebauer). On peut considérer que le vocabulaire, pour sa part, ne s'est stabilisé dans sa forme actuelle qu'à partir de 1880 environ et la langue technique plus tard encore; certains aspects de la terminologie technique tchèque ne sont encore qu'en voie de stabilisation.




* Version française d'une traduction tchèque-anglais faite par Paul L. Garvin (dans Joan Rubin et Roger Shuy, Language Planning. Current Issues and Research, Georgetown University Press, 1973, pp. 102-111). Paru originalement dans Bohuslav Havránek et Milo Weingart, Spisouná etina a jazykouá kultura, Prague, Melantrich, 1932, pp. 245-258.
Traductrices : Andrée Thouin et Francine Paradis (Ministère des Communications).
Réviseur. Paul L. Garvin. [retour au texte]




La compréhension des normes de la langue standard contemporaine ne peut se fonder ni sur une norme antérieure ni sur une forme quelconque de la langue populaire, actuelle ou passée — quoi qu'on en dise dans certains [travaux puristes]; elle ne peut non plus se fonder uniquement sur la langue qui serait utilisée dans un but fonctionnel particulier, par tel ou tel courant littéraire, ou encore dans un seul secteur de la science ou de la vie quotidienne.

Cette compréhension doit s'appuyer par-dessus tout sur la pratique littéraire moyenne des cinquante dernières années, dont il ne faut pas exclure cependant la littérature et les écrits techniques du XIXe siècle qui ont préparé la voie à la stabilisation de la langue standard actuelle; en étudiant la littérature ancienne (par exemple, la langue de Palacký, Havlcek, Nmcová, Tyl), il faut en effet distinguer, d'une part les éléments qui sont passés dans la langue standard, d'autre part les éléments qui en ont été éliminés, ceux qui témoignent d'un flottement entre langue littéraire et langue populaire, ou encore ceux qui n'ont perduré qu'à titre d'écho d'un état de langue révolu. En ce qui concerne la langue poétique, c'est-à-dire la langue des belles-lettres anciennes et contemporaines, seuls ses éléments automatisés* peuvent servir de fondement à la norme (et seulement si ces automatisations ne sont pas en fait des actualisations figées puisées aux anciens canons littéraires); ces éléments doivent être distingués des acutalisations* propres à la langue poétique, qui constituent des distorsions intentionnelles de la nomme, et aussi, en règle générale, de toute utilisation structurale des langues fonctionnelles et locales, des langues de classe et des dialectes; il faut également tenir compte des attitudes différentes selon les auteurs à l'égard de la norme standard. Bien entendu, avec le temps, les actualisations caractéristiques de la langue poétique peuvent finir par passer dans la norme de la langue standard, mais cela se produit habituellement sans que le poète l'ait voulu.

On trouve une autre source d'information sur les normes de la langue standard actuelle dans l'intuition linguistique que les intellectuels en ont aujourd'hui ainsi que dans leur propre langue orale, toute coloration locale ou argotique idiolectale étant bien entendu exclue.




* « We thus call autornatization what, in the case of phrases, is sometimes called the lexicalization of phrases. [...] By foregrounding [tchèque aktualisace], on the other hand, we mean the use of the devises of the Laguage in such a way that this use itself attracts attention and is perceived as uncommon, as deprived of automatization, as deautomatized, such as a live poetic metaphor (as opposed to a lexicalized one, which is automatized) » (Bohuslav Havránek, « The Functional Differentiation of the Standard Language » dans : Paul L. Garvin, A Prague School Reader on Esthetics, Literary Structure, and Style, Georgetown University, 1964, p. 10). (N.d.l.r.) [retour au texte]




Remarques :

  1. Nous traitons ici de la langue littéraire moyenne, en dehors de toute évaluation esthétique ou factuelle, et non de la langue de l'écrivain moyen.

  2. L'intuitition linguistique mentionnée plus haut et la pratique contemporaine de la langue littéraire et orale peuvent être appelées « langue vivante standard » ou « usage standard »; cependant, on doit se méfier de l'utilisation imprécise que l'on fait souvent de ces termes : on les emploie fréquemment sans établir de distinction entre langue et usage populaires, langue et usage familiers ou langue et usage standard; de plus, « langue vivante » est très souvent opposé à « langue standard ».

  3. Il ne faut pas oublier que la langue standard n'existe pas ailleurs que dans les textes des domaines littéraire et public, qu'ils soient oraux ou écrits, contrairement à ce que [les travaux récents des puristes] veulent nous faire croire.

Il faut établir une distinction nette entre, d'une part, les sources d'information utiles à la compréhension théorique technique de la norme contemporaine réelle de la langue standard et, d'autre part, les sources que n'importe quel usager de la langue standard a à sa disposition pour découvrir les mécanismes de la langue et ses diverses possibilités; les sources d'un énoncé particulier peuvent ressortir à un état de langue révolu ou à une langue fonctionnelle étrangère aux visées de l'énoncé.

Jusqu'à maintenant, il ne s'est fait que peu de recherches dans notre pays au chapitre de la compréhension théorique de la langue standard contemporaine. Seules ont eu droit à une compréhension théorique et à une codification normative les structures grammaticales du tchèque standard actuel, en particulier sa morphologie, et encore seulement dans les grandes lignes et avec certaines tendances archaïsantes bien marquées. Notre connaissance théorique du vocabulaire de la langue standard courante est très limitée.

Pour arriver à comprendre la langue standard, nous devrions procéder à un travail systématique coordonné et planifié, en premier lieu à la mise au point de manuels pratiques et de monographies portant sur des aspects linguistiques clés. Bien entendu, ces travaux devront être strictement synchroniques et structuraux (c'est-à-dire qu'il faudra porter une attention constante aux rapports entre les éléments et aux relations de chacun avec le système global de la langue d' une période donnée — dans notre cas, la période contemporaine); cette façon de procéder ne peut faire place à une simple méthode statistique qui se bornerait à accumuler mécaniquement le matériel; de plus, présupposant que pour comprendre la norme il faut déterminer au préalable l'usage de tous les auteurs et la fréquence de tous les phénomènes du discours dans leurs oeuvres, elle nuirait davantage au travail qu'elle n'y apporterait de contribution positive.

[...]

2. Il est vrai que les seules prescriptions de la théorie linguistique ne suffisent pas à stabiliser la langue standard; mais la stabilisation ne se produit pas sans interventions théoriques normatives. Les interventions déterminantes de la théorie linguistique se font dans le domaine de l'orthographe, puis dans le domaine de la structure grammaticale — c'est-à-dire la structure phonologique, morphologique et syntaxique — et, pour une moindre part, dans celui de la structure et du contenu lexicaux.

En ce qui concerne les interventions théoriques normatives, nous posons les principes généraux suivants :

1° Ces interventions doivent favoriser la stabilisation de la langue standard et ne pas contrecarrer la langue lorsque d'elle-même elle y est parvenue.

2° Le but des interventions ne doit pas être d'« historiciser » ou de retarder artificiellement le développement de la langue standard, mais de permettre une stabilisation fondée sur le but (point de vue fonctionnel), le goût du temps (point de vue esthétique) et l'état réel de la langue standard contemporaine (point de vue synchronique).

3° Les interventions ne doivent pas approfondir artificiellement les différences dans la structure grammaticale propre au discours familier et à la langue des livres, à moins, justement, que ces différences ne soient exploitées de façon fonctionnelle.

4° Il serait futile que ces interventions théoriques cherchent à éliminer de la langue standard tous les flottements ou doublets grammaticaux et lexicaux (synonymie grammaticale et lexicale), et cela pour deux raisons : d'abord parce que la stabilisation de la langue standard ne doit pas entraîner un nivellement complet, c'est-à-dire l'élimination de la diversité fonctionnelle et stylistique nécessaire à la langue standard; ensuite parce que, si cela se produisait, la langue standard risquerait de se priver des moyens dont elle dispose pour éviter les répétitions ennuyeuses là où il le faut, c'est-à-dire qu'elle se priverait de ses moyens de différenciation stylistique.

2.1 La codification de l'orthographe, c'est-à-dire la stabilisation de la manière d'écrire, suppose, d'une part, un système orthographique, d'autre part, son application détaillée (à chaque mot en particulier).

Idéalement, le système orthographique devrait refléter le système phonologique de la langue plutôt que sa réalisation phonétique, sans pour autant négliger l'utilisation morphologique différentielle de la phonologie ou encore la fonction visuelle d'un style d'écriture et son effet sur la lecture. Il est entendu qu'une fois établi, le système orthographique ne doit pas être modifié sans raison valable; c'est pourquoi il faut étudier soigneusement le système établi et tout changement proposé du point de vue de sa validité théorique et de son utilité pratique.

L'application du système au mot doit être établie avec soin et, autant que possible, être simple, claire et cohérente. Ici encore, les facteurs déterminants doivent être la structure phonologique du mot et le besoin de différenciation morphologique, non pas la structure phonétique. L'introduction d'orthographes inhabituelles pour des raisons purement historiques est à éviter [...].

[...]

L'orthographe des mots étrangers, surtout des mots d'usage courant, doit se conformer au système orthographique qui l'emprunte [...]. En revanche, il n'est ni souhaitable, ni utile d'adapter les termes internationaux au système d'emprunt et de leur donner ainsi une graphie étrange qui les priverait de leur valeur internationale (si, par exemple, le terme joule devait être écrit [en tchèque, N.d.1.r.] comme il se prononce); ainsi l'orthographe d'origine est acceptable pour les termes techniques, au sens étroit, en particulier s'ils sont employés dans des textes de cette nature ou comme marques de commerce; de même, les noms propres qui n'ont pas été bohémisés peuvent être écrits selon leur système d'origine.

Il y aurait lieu de procéder à une étude des fautes d'orthographe les plus fréquentes pour faire le partage entre celles qui sont imputables à une codification ancienne et celles qui tiennent aux imperfections ou aux complexités inutiles de la codification actuelle; ce faisant, il ne faudrait oublier ni les besoins de l'école ni ceux de la masse.

Remarques :

1° Il est important de faire une distinction entre les considérations d'ordre théorique — concernant le système orthographique ou les détails de son application — et les interventions normatives elles-mêmes.

2° Tout changement prévu au système lui-même ou à son application devrait être annoncé à l'avance de façon à permettre la discussion et la critique, qui ne sauraient être que bénéfiques.

[...]


2.2 La stabilisation de la prononciation standard relève de l'orthophonie. La prononciation standard doit s'appuyer sur celle qui a cours dans les milieux intellectuels où l'on parle la langue standard et non sur la prononciation d'une communauté dialectale, si importante soit-elle, comme celle de Prague, par exemple; elle ne peut non plus prendre appui sur une prononciation populaire sous prétexte qu'elle est la plus répandue géographiquement.

La prononciation standard requiert une différenciation fonctionnelle très développée, c'est-à-dire une connaissance des différents buts de l'énoncé; et c'est cette différenciation fonctionnelle qui doit permettre une détermination des types de prononciation qui soit débarrassée du genre d'évaluations que l'on retrouve habituellement en orthoépie (prononciation « soignée », « non soignée », etc.). Outre la normalisation de la prononciation correcte de la langue standard, il faut prêter attention à son aspect esthétique (euphonie, ...).

Une attention particulière doit être accordée à la lecture et à la diction propres à la radio et aux arts du spectacle du point de vue de leur fonction esthétique tant selon les différents courants poétiques et dramatiques que selon différentes conditions techniques; il nous faut une orthoépie vraiment professionnelle pour le théâtre. La manière de prononcer peut varier selon les conditions techniques, comme par exemple la radio, et nous devons étudier le type de prononciation qui convient à chacune.

2.3 La théorie linguistique favorise la stabilisation de la structure grammaticale (aspects phonologique, morphologique et syntaxique) de la langue standard, à la fois par la compréhension de la norme telle qu'elle existe réellement et par sa codification.

Nous avons déjà traité plus haut de la compréhension théorique de la norme.

La codification de la norme grammaticale, si elle est bien comprise, doit tenir compte du fait que même la langue standard évolue inévitablement; les efforts en vue de codifier la langue ne doivent pas viser à bloquer cette évolution en maintenant de façon artificielle et inutile, ou même en introduisant des formes archaïques, morphologiques en particulier, comme si elles étaient les seules dignes de constituer la norme — ainsi qu'on l'a fait parfois dans les [revues puristes] et dans les Règles de l'orthographe tchèque [...]; cela ne servirait qu'à multiplier inutilement les différences morphologiques entre la langue littéraire et la langue parlée, comme nous l'avons déjà fait remarquer. L'évolution inévitable de la langue est à l'origine des doublets qui se sont frayé un chemin dans la langue standard et qui ne devraient pas en être retranchés, ainsi que nous l'avons déjà exprimé plus haut il s'agit habituellement de doublets fonctionnels (par exemple, la différence fonctionnelle entre une construction génitive ou une construction accusative avec un verbe négatif); mais il existe aussi des doublets qui, sans comporter de différence fonctionnelle constante, ne font pourtant aucun tort à la langue (par exemple, les infinitifs en -ti ou en -t); de tels doublets peuvent même à l'occasion être exploités à des fins fonctionnelles ou stylistiques. Il arrive aussi que des doublets pénètrent dans la langue standard par l'emprunt d'une forme appartenant à un autre dialecte social, la différence fonctionnelle qui en découle étant mise à profit [...].

Dans l'ensemble, la structure phonologique du tchèque standard contemporain est assez stabilisée et bien maîtrisée, à quelques exceptions près qui, comme nous l'avons déjà mentionné, sont dues à la pénétration de la structure phonémique du tchèque familier dans la langue standard, particulièrement dans le cas des doublets présentant des nuances de sens et des mots de certains champs sémantiques pour lesquels il n'existe pas d'équivalent standard [...].

Pour ce qui est de l'état actuel de la morphologie, tous ses aspects ne sont ni complètement connus ni codifiés de façon satisfaisante. Seules la description synchronique cohérente et l'analyse de la situation réelle en révéleraient la structure actuelle, structure masquée jusqu'à présent, nous l'avons dit, par les analyses diachroniques et archaïsantes qui en ont été faites. La norme codifiée doit par conséquent réduire le nombre de formes désuètes quasi disparues de la langue standard et les identifier expressément comme des archaïsmes. [...]

En ce qui concerne la syntaxe, il faut se rappeler — outre les principes généraux énoncés jusqu'ici, surtout celui qui affirme que la codification ne doit pas cultiver inutilement l'archaïsme — qu'il ne faut pas, sous prétexte de stabiliser, éliminer la différenciation fonctionnelle que permettent les doublets syntaxiques, ni empêcher la création des mécanismes syntaxiques spéciaux par lesquels la langue littéraire diffère du discours familier; on ne doit pas oublier non plus que les différences syntaxiques — tout autant que les différences lexicales — entre la langue des livres et le discours familier sont parmi les mécanismes les plus courants destinés à assurer à la langue standard les moyens de différenciation fonctionnelle qui lui sont nécessaires.

2.4 C'est la stabilisation du vocabulaire dans ses aspects formel et sémantique qui est le moins touchée par la théorie linguistique, mis à part le fait qu'elle peut contribuer à la création de terminologies techniques, sujet dont nous traiterons plus loin. Dans le domaine lexical, les travaux linguistiques théoriques n'exercent qu'un effet indirect par l'étude du vocabulaire de la langue standard et par une description technique de son état actuel. Il faut se rappeler, dans ce processus de « codification » qui consiste essentiellement à relever ce qui existe, qu'il est impossible de déterminer la signification des mots sans tenir çompte de leur différenciation fonctionnelle et qu'il faut être conscient des automatisations qui découlent des différentes fonctions; l'innovation se situe, par définition, au-delà de la norme (à moins, bien entendu, qu'elle n'ait été absorbée par la norme de la langue standard ...). Si la terminologie technique requiert une délimitation précise des significations, cette exigence ne s'applique pas au vocabulaire standard en général.

Puisque, à part la syntaxe, c'est surtout le lexique qui fournit les moyens de différencier les diverses fonctions de la langue standard, le vocabulaire standard ne doit jamais être réduit à ce qui est propre à une seule de ses fonctions, non plus qu'il ne doit être limité à ce que la norme a englobé jusqu'ici. Répétons-le, les néologismes doivent être évalués non seulement en fonction de leur conformité formelle et sémantique avec le fonds lexical, mais aussi en fonction de leur valeur fonctionnelle et des besoins de la communauté.

2.5 La compréhension théorique de la norme et sa codification contribuent aussi à la stabilisation de la langue standard en permettant la diffusion de la norme et sa compréhension par d'autres personnes.

Une dernière contribution de la théorie linguistique à la stabilisation de la langue standard consiste à assumer un rôle de critique : en effet, on peut comparer la langue de certains travaux à la norme établie de façon théorique et, parmi les différences notées, signaler les différences dialectales (qu'elles soient géographiques ou sociales), les archaïsmes, les barbarismes (c'est-à-dire l'influence des langues étrangères), les néologismes et les différences dues à une théorisation fautive ou à une mauvaise compréhension de la théorie. Il ne suffit pas de condamner ces différences en parlant de laisser-aller, etc. (comme le font [les revues puristes]), à moins que ce ne soit à l'école, dans un but pédagogique, ou que l'on ait affaire à un cas d'incompétence linguistique évidente; ces différences peuvent être dues à des déficiences de la norme, établie de façon théorique — et le linguiste doit alors dégager les leçons qui s'imposent — ou encore peuvent indiquer le début d'une nouvelle évolution qu'on ne peut empêcher; il se peut enfin que l'on soit en présence d'une distorsion délibérée qui doit être respectée, aussi soucieux que l'on soit de stabilisation. Pour ce qui est de la langue poétique, son essence même interdit toute velléité de limiter ses écarts par rapport à la norme.

3. Les travaux théoriques du linguiste peuvent aussi contribuer à la différenciation fonctionnelle et à l'enrichissement stylistique de la langue standard; pour permettre la différenciation fonctionnelle et stylistique, la langue standard a besoin de moyens d'expression riches et fonctionnellement différenciés, particulièrement dans le lexique et la syntaxe, et d'une exploitation efficace de ces moyens.

À ce chapitre, le linguiste peut a) collaborer à la création de terminologies techniques, b) contribuer à promouvoir l'utilisation fonctionnelle des mécanismes de la langue ainsi que l'étude et le développement cohérents de son potentiel stylistique, c) assurer la critique de certains textes, d'un point de vue fonctionnel.

3.1 La théorie linguistique peut beaucoup apporter à la création de terminologies techniques, processus qui, en fait, n'est jamais achevé. Le linguiste doit veiller, non seulement à ce que le nouveau terme ou la nouvelle extension de sens soit conforme à la structure lexicale de la langue tchèque, mais aussi s'interroger sur son efficacité et sa capacité de rendement fonctionnel. Il doit se rappeler que les langues scientifique et juridique craignent la parenté de leurs termes avec les expressions courantes, cette parenté entraînant une polysémie incompatible avec le discours théorique et juridique, mais aussi une certaine coloration affective indésirable [...].

En revanche, dans les domaines pratiques et technologiques, cette parenté avec les mots de tous les jours et leurs significations, de même que la coloration affective, sont souvent des atouts, puisqu'elles contribuent à accélérer l'introduction et la propagation des termes [...]. En élaborant la terminologie administrative et commerciale, il faut tenir compte de son besoin de formules figées. On doit accorder la préférence, dans le choix des termes, aux mots qui se prêtent facilement à la dérivation [...].

Finalement, il serait futile d'occulter les origines internationales de la terminologie technique : l'harmonisation avec l'usage international est possible si l'on adopte les termes internationaux étrangers tout en maintenant aussi la coïncidence sémantique entre les termes vernaculaires et les termes étrangers.

3.2 La théorie linguistique peut aussi contribuer à accroître le rendement fonctionnel des mécanismes de la langue et signaler de nouvelles possibilités stylistiques :

1° La linguistique est en mesure de déterminer de façon systématique et détaillée les moyens linguistiques spéciaux et leur exploitation dans différents dialectes fonctionnels, qu'il s'agisse d'individus, d'écoles, de courants de pensée, etc.

Remarques :

1° La langue de la philosophie, par exemple, tirerait grand avantage d'une analyse de la terminologie philosophique des hégéliens, herbartiens, positivistes et autres philosophes tchèques.

2° Il faudrait analyser les exigences particulières à la langue journalistique, certains phénomènes en particulier, comme le cliché.

2° La linguistique identifie les possibilités de différenciation et d'exploitation fonctionnelles des mécanismes de la langue, en particulier celles du lexique et de la syntaxe, ainsi que les tendances qui influent sur elles; elle fait en outre des recommandations pertinentes, sans imposer, évidemment, toutes les fonctions à toutes les langues.

3° La linguistique est capable d'une élaboration stylistique systématique des différents dialectes fonctionnels.

3.3 Enfin, la théorie linguistique peut assurer une critique de textes fonctionnelle. Cette critique ne doit pas être fondée sur des critères généraux tels que la clarté, la précision, etc.; elle doit plutôt évaluer les ressources de la langue et leur utilisation uniquement en fonction de la manière dont elles servent les buts de l'énoncé, tout en tenant compte de la liberté de choix de l'auteur. Ainsi, la précision ne doit être un critère que si tel est le but de l'énoncé (après tout, l'imprécision peut aussi avoir une justification fonctionnelle); les formules figées de la langue commerciale doivent être évaluées en fonction de leur but particulier, etc. Cette critique, tout en identifiant le but des différents énoncés et les différentes fonctions de la langue standard, doit se garder d'introduire une échelle de valeurs qui accorderait priorité à l'une ou l'autre fonction. Les écarts par rapport à la norme ne doivent être évalués que d'un point de vue fonctionnel. La critique linguistique est foncièrement différente de la critique littéraire qui, elle, est toujours liée à une évaluation esthétique.






Appendice II

Sur la nécessité de stabilité
d'une langue standard



Vilém Mathesius*

Au cours des débats qui sont de mise actuellement tendant à distinguer « le bon tchèque » de ce qui ne l'est pas, on fait l'erreur de traiter le problème isolément. Or, il est clair que la problématique de la correction linguistique fait partie d'une problématique plus large — et partant super-ordonnée — qui est celle du niveau de développement linguistique. On ne peut objectivement évaluer les efforts visant à la correction linguistique qu'en les intégrant à la somme des travaux nécessaires pour atteindre à la fois un niveau supérieur de développement et un enrichissement culturel du langage. Qu'entend-on par « haut niveau de développement linguistique »? Toute langue est un système, un ensemble de moyens d'expression. C'est un instrument dont la valeur se mesure à la façon plus ou moins satisfaisante qu'il a d'atteindre ses objectifs.

La langue standard cultivée est un instrument très précis qui accomplit fort bien chacune de ses multiples fonctions. Elle exprime avec précision, complètement et clairement, les observations et les pensées les plus subtiles et se fait l'interprète fidèle des sentiments et de toute mélodie que le locuteur ou l'écrivain veut rendre. La langue standard est en accord avec les intentions de qui sait s'en servir, elle ne s'y oppose pas par de fausses associations ou des nuances plus ou moins stridentes. Comme on le voit, c'est à l'usage que se manifeste le haut niveau de développement linguistique. Par conséquent, une analyse plus approfondie révélera que ses éléments constituants devront être d'ordre pratique et gouvernés par des principes d'efficacité.

En ce qui concerne la correction linguistique, on trouve en Tchécoslovaquie, inspirant les tendances correctives et les disputes qui ont surgi à ce sujet, l'idée que la correction linguistique se confond avec la pureté historique de la langue. Selon les puristes, les seuls éléments valables, sans possibilité de doute, dans le tchèque standard actuel sont ceux que l'on retrouvait déjà dans la langue avant même le début du XVIIe siècle, et cela — mutatis mutandis — uniquement sous la forme et avec la fonction courantes à cette époque. On pourrait donc dire que, pour ces éléments, le critère le plus important et le plus décisif est la conformité de l'usage actuel à l'usage courant avant le début du XVIIe siècle. Bien souvent les puristes optent en faveur de l'usage ancien, même dans le cas où l'usage actuel n'en diffère que par des changements normaux dans l'histoire de n'importe quelle langue... Pour la même raison, les tenants du tchèque standard pur n'acceptent qu'un nombre restreint d'expressions récemment formées par imitation de mots et de locutions employés couramment en Europe occidentale. Ils les déclarent incorrects même s'il est très difficile, voire même impossible, de les remplacer par des expressions exactement équivalentes empruntées au tchèque du passé.




* Vilém Mathesius, « O poadavku stability ve spisovném jazyce [Sur la nécessité de stabilité d'une langue standard] », in Bohuslav Havránek et Mils Weingart (sous la direction de), Spisovná etina a jazyková kultura (Le tchèque standard et la culture de la langue], Prague, Melantrich, 1932, pp. 14-31. Traduit par Paul L. Garvin. [retour au texte]




Quel est le rapport entre cette conception de la correction linguistique et la notion de haut niveau de développement linguistique dont nous avons parlé ci-dessus? Le concept super-ordonné englobant celui de la correction linguistique peut servir de base pour évaluer avec sûreté le concept subordonné. Pour que la réponse à cette question soit juste, il faut, à l'opposé des puristes, sortir du cercle étroit des querelles domestiques; nous devons, au contraire, faire le tour des grandes langues de civilisation. On découvre alors avec surprise que la pureté historique n'a rien à voir avec le niveau de développement linguistique. Le manque de pureté ne constitue pas un empêchement à un développement linguistique supérieur, en revanche, la pureté ne le garantit pas à elle seule. L'allemand, par exemple, respecte la pureté historique dans une mesure incomparablement plus grande que ne le fait l'anglais. Les structures morphologique et syntaxique du passé y sont mieux conservées et le vocabulaire, beaucoup plus traditionnel. Du point de vue de la pureté historique, l'anglais est une véritable macédoine. Et pourtant, en tant que langue, cet assemblage disparate atteint un niveau de développement linguistique égal sinon supérieur à celui de l'allemand, en dépit de la pureté historique des racines germaniques de ce dernier. Quiconque a étudié les langues romanes sait que le latin qui leur a donné naissance est déformé et impur par rapport au latin classique. Et pourtant, cette impureté historique n'a pas empêché le français (qui, à l'époque, contenait déjà beaucoup de déformations et d'éléments étrangers) de devenir, dès le XIIe siècle, la langue standard la plus développée d'Europe occidentale. On ne peut donc pas dire qu'il y ait une relation de cause à effet entre la pureté historique et un haut niveau de développement linguistique. La question n'est pas de savoir si la langue emploie uniquement des mots, des tournures, des formes ou des constructions dont on peut démontrer l'existence à des époques antérieures de son développement, ou si elle les emploie dans la forme et dans le sens qui étaient valables il y a des siècles, avant que la langue soit sérieusement atteinte par les influences étrangères. Son niveau de développement est fonction de la façon dont elle a été élaborée en tant que langue familière, littéraire, philosophique ou scientifique.

Voilà qui nous donne une idée précise du rapport entre le niveau de développement d'une langue et sa pureté historique. Pourtant, si nous refusons l'hégémonie de la pureté historique comme critère d'identification du bon langage, cela ne veut pas dire que l'unique solution soit la licence et l'arbitraire complets en matière de langue. Toute culture est un système ordonné et dans toute langue de civilisation règne un principe d'ordre. Le but est de découvrir cet ordre et la façon de l'atteindre. En y réfléchissant, on découvre que l'essence de l'ordre dans cette relation comporte trois éléments. On ne peut guère la restreindre à un élément isolé et complet en soi, puisqu'il s'agit toujours d'un tout solidaire dont les termes corrélatifs sont dans un rapport déterminé par un principe d'organisation donné. L'idée d'ordre suggère une notion de stabilité, mais une stabilité dépourvue de rigidité ou d'immobilité. On peut résumer la question en disant que le principe d'ordre est constitué par la stabilité flexible d'un tout solidaire organisé en système. Dans le cas de la culture du bon langage, ce principe général donne naissance à l'exigence, très importante, de stabilité flexible. L'idée n'est pas nouvelle. Nous l'avons déjà formulée au début de cette étude lorsque nous avons comparé une langue hautement développée à un instrument dont nous sommes en droit d'attendre beaucoup. Les valeurs expressives d'une langue de civilisation doivent être stabilisées. Il est inacceptable qu'un mot, une locution, une forme ou une construction utilisés dans un même contexte et ayant une même fonction soient jugés tantôt acceptables et tantôt impropres. Lorsque les critères d'évaluation sont soumis à pareilles variations, on ne peut guère parler d'un haut niveau de développement linguistique. Une langue soumise à de telles fluctuations de jugement devient un instrument peu défendable, car — pour reprendre une formule déjà employée — elle peut contrarier les intentions de celui qui l'utilise par des nuances ou par des associations désagréables. Il faut donc s'efforcer de réaliser la stabilité de l'usage linguistique et l'observer lorsque la langue l'a déjà assimilée ou réalisée dans la mesure du possible. Ce qui précède fixe l'un des buts de la culture du bon langage. On voit la nécessité d'une nomme codifiée pour l'usage pratique de la langue, et l'on peut reprendre l'idée de la correction linguistique mais en fonction, cette fois, de l'observation d'une norme codifiée, exigence d'une nature différente de celle de la pureté historique.

L'importance réelle et l'envergure de ces principes ne se révéleront dans leur intégrité que dans leur application à des problèmes concrets. Sous ce rapport, non seulement la langue tchèque nous est-elle la plus proche, mais encore constitue-t-elle un matériau exceptionnellement instructif. C'est une langue standard au passé relativement récent qui, contrairement à d'autres, ne s'est pas développée à partir d'un dialecte de classe local mais par l'introduction d'une langue élaborée partiellement sur l'exemple d'une langue standard du passé, presque disparue. On peut donc affirmer, dans un sens, que cette langue est artificielle dans sa morphologie archaïsante. Son vocabulaire l'est aussi, ayant été complété par des créations dont l'origine repose sur des modèles étrangers. L'élaboration d'une conscience linguistique pour la nouvelle langue standard tchèque s'avérait donc nécessaire, alors qu'elle va de soi chez les nations jouissant de maturité culturelle grâce à la longue tradition de standardisation de leur langue ou au lien étroit qui existe entre la langue standard et un certain dialecte de classe déjà existant. Cette tâche était d'autant plus difficile qu'il fallait provoquer cette nouvelle conscience linguistique alors que les classes sociales de notre nation étaient secouées par des transitions et des bouleversements continus. Dans une large mesure, et cela mérite d'être fortement souligné, la conscientisation a été réalisée avec succès. Le tchèque standard de la classe instruite actuelle est une langue véritablement vivante; sa souplesse, sa finesse et sa subtilité ont atteint chez les bons écrivains un niveau que l'on n'aurait pas cru possible il y a peu. Toutefois des critiques subsistent toujours quant à sa décadence, critiques fondées principalement, à notre avis, sur le fait que les fonctions du tchèque standard se sont étendues d'une façon presque terrifiante par suite du développement des dernières décennies. La stabilité est loin d'être parfaite, ce qui a entraîné des conséquences assez visibles. Alors qu'il y a actuellement dix fois plus de traducteurs (500) qu'auparavant et cinquante fois plus de journalistes (5000), et qu'il faut exprimer de plus en plus d'idées et de réalités nouvelles, il n'est pas surprenant de rencontrer plus souvent des expressions peu châtiées et même inadmissibles, l'éducation n'ayant pu se répandre également bien dans toutes les directions à la fois. Il n'était pas possible, non plus, d'adapter la langue standard à la même vitesse à toutes les tâches qui se sont multipliées si extraordinairement. Cela ne signifie pourtant pas qu'il y ait décadence, mais plutôt que le progrès ne se réalise pas suffisamment vite. [...]

Si nous désirons vraiment obtenir la stabilité de la langue standard, nous devons nous baser sur le seul fondement organique d'un tel effort, l'usage actuel du tchèque standard. Nous pourrons le déterminer, en l'absence d'une tradition châtiée de conversation tchèque, par la pratique linguistique des bons auteurs tchèques telle qu'elle se manifeste dans la moyenne de la littérature tchèque des cinquante dernières années, dans la littérature au sens le plus large du mot, tant celle des belles-lettres que celle de la science. [...]

La thèse présentée ci-dessus et recommandant que nous prenions pour principe de base de la stabilisation du tchèque standard moderne la langue moyenne de la littérature tchèque des cinquante dernières années, n'implique toutefois pas que nous devions attendre que la stabilisation se fasse d'elle-même au rythme du progrès culturel. Il serait sans doute possible de nous fier entièrement à l'influence positive des oeuvres des bons écrivains ainsi qu'à la critique de non-spécialistes doués d'un sens subtil des nuances, du rythme et de la musicalité de la langue. L'état actuel de la théorie linguistique nous permet d'accélérer le processus de développement linguistique par (intervention scientifique. [...]

Il ne s'agit pas, au nom d'une meilleure compréhension historique, de donner à la langue standard actuelle des prescriptions souveraines contre lesquelles il n'y ait pas de recours, même si elles s'opposent carrément au véritable usage; il importe plutôt de codifier l'usage soigné d'aujourd'hui et de limiter les variations qui ne sont pas fonctionnellement justifiables, l'objectif final étant le plus haut niveau possible de développement fonctionnel de la langue. Voilà ce qui déterminera la portée de la stabilisation de la langue, ainsi que l'orientation qu'elle devra prendre. Les efforts réalisés dans le but de parachever la spécificité nationale de notre langue devront l'appuyer plutôt que s'y opposer. [...]

L'apport pratique au développement linguistique est l'arbitre suprême de l'admissible ou de l'inadmissible dans la langue. Ni la pureté linguistique, ni la régularité absolue ne sont des conditions suffisantes pour y parvenir. La stabilité flexible des ressources de la langue constitue l'élément essentiel de ce développement [...]






Appendice III

Emploi et culture de
la langue standard*



Par Bohuslav Havránek

Par « culture de la langue standard » nous entendons surtout l'attention théorique consciente qui lui est donnée, c'est-à-dire les efforts et les travaux de la linguistique, science du langage, dirigés vers le perfectionnement et l'épanouissement de la langue standard. Cette dernière peut, en effet, bénéficier du travail linguistique dans la formation de sa norme, dans sa stabilisation et dans l'acquisition de moyens suffisamment riches et variés pour satisfaire tous ses besoins et résoudre tous les problèmes qui lui sont posés. Ce travail doit surtout contribuer à fixer les composantes de la langue standard, nécessaires à l'accomplissement de ses tâches particulières et distinctes des composantes propres à la langue populaire.

Évidemment, ce travail ne doit pas empêcher le développement des composantes de la langue standard, et on évitera à tout prix de lui porter préjudice. Il est indispensable que tout travail théorique concernant la langue standard comporte un examen et une description aussi réalistes que possible de son état actuel. Par la codification de sa nomme et la description exacte de ses ressources, le travail linguistique aide le public à mieux connaître et employer la langue standard.

Le but de cette culture consciente de la langue standard est d'obtenir un langage cultivé et le perfectionnement du bon langage par ses usagers.

I

La langue standard nécessite-t-elle pareille attention consciente? Nous savons que la langue populaire, qui n'est pourtant pas sans norme, peut s'en passer. Même la langue populaire d'une certaine région ou d'une classe sociale (dialecte local ou dialecte de classe) a sa propre norme, c'est-à-dire son propre ensemble de ressources grammaticales et lexicales (structurales et extra-structurales) employées régulièrement : [...] que nous ayons affaire ici à un ensemble normalisé et régulier devient apparent du fait que les déviations sont perçues comme anormales, comme des fautes, même si l'observation de cette norme n'est renforcée que par des moyens indirects, comme la dérision ou des expressions de mécontentement, ainsi qu'il en est généralement pour les règles de la conduite sociale [...].




* « Úkoly spisovného jazyka a jeho kultura », extrait de Bohuslav Havránek & Milos Weingart, éd., Spisovná etina a jazyková kultura (Le tchèque standard et la culture de la langue), Prague, Melantrich, 1932, pp. 32-84. Traduit par Paul L. Garvin. [retour au texte]




Il suffit de dire de cette norme, de cet ensemble régulier d'éléments de la langue populaire, qu'elle englobe tout ce que la collectivité parlant cette langue (ou ce dialecte) trouve acceptable [...] ou tout simplement, que c'est l'usage qui décide. Cela évidemment ne tient pas compte de l'évaluation des déviations par rapport à la norme, mais la langue populaire n'a pas besoin d'une telle évaluation pour le maintien de sa norme. En fait, c'est l'usage qui fixe la norme de la langue populaire, de l'ensemble de ses ressources linguistiques. Il en est de même pour la langue standard dans le sens où la nomme de cette langue inclut tout ce qui se trouve dans le bon usage standard [...]. Il serait faux d'imaginer cette norme en dehors de la langue standard réelle d'une certaine époque. Cette dernière pourtant n'est pas suffisante pour la définition, dans sa totalité, de la norme de la langue standard d'une époque donnée; on ne peut pas dire que c'est l'usage seul qui décide de cette norme. L'acceptation générale des usagers n'est pas l'unique porte par laquelle les ressources linguistiques font leur entrée dans la norme de la langue standard; l'usage seul n'est pas suffisant pour créer la norme des langues standard. Car chaque langue standard contient un bon nombre d'éléments dont l'« usage » est assez restreint.

L'origine et le développement de la norme d'une langue standard, ainsi que son caractère et sa composition, diffèrent de ceux d'une langue populaire. La norme d'une langue standard se forme, naît et se développe sous l'influence constante d'interventions théoriques provenant d'une théorie linguistique ou extra-linguistique. C'est un ensemble plus complexe de ressources linguistiques que celle d'une langue populaire, parce que les fonctions d'une langue standard sont mieux développées et plus rigoureusement différenciées. Enfin, la norme d'une langue standard est plus consciente et plus contraignante que celle d'une langue populaire, et la nécessité de la stabilité, plus prononcée. Il en résulte que le théoricien de la langue, le linguiste, s'intéresse certes au développement de la langue populaire; mais cette dernière n'est pour lui qu'un objet d'études. Par contraste, a peut s'ingérer dans le développement de la langue standard — cela est arrivé dans le passé et cela arrive encore actuellement.

1. La formation de la norme de la langue standard

Les normes des langues standard sont formées par l'équilibre de différentes tendances, bien souvent contradictoires, car l'intervention théorique consciente provient, comme il est dit plus haut, non seulement de la théorie linguistique mais aussi de théories et de tendances extra-linguistiques.

La langue standard, en tant que porteuse et médiatrice de la culture et de la civilisation, bénéficie d'une étendue maximale du domaine de son usage (étendue géographique et démographique) : la structure même d'une langue standard s'adapte à cette tendance. Ce sont surtout les éléments les plus aptes à une telle expansion qui l'emporteront [...]. Dans ce rôle, la langue standard a tendance à se différencier de la langue populaire, du langage courant, d'une part pour des raisons linguistiques internes (p. ex., le besoin d'expressions univoques [...]), et d'autre part par une tendance à l'exclusivisme, dans le cas où la langue standard est un symbole de classe (p. ex. l'emploi de l'allemand par notre aristocratie, l'emploi du hongrois qui persiste dans les villes de la Slovaquie, l'emploi du slovaque dans la Slovaquie orientale et chez les Ruthènes, etc.).

À l'opposé de ces tendances se situe l'exigence de compréhensibilité (accessibilité générale) qui limite l'expansion géographique et démographique d'une langue standard et freine sa différenciation par rapport aux langues populaires d'ensembles géographiques et démographiques particuliers.

Nous voyons donc que la faiblesse numérique et l'exclusivité de classe des usagers d'une langue standard est en proportion directe de l'étendue de son territoire et de sa différenciation des langues populaires, surtout dans le cas où la langue standard n'est pas encore devenue un attribut de la conscience nationale. On peut rapprocher ce cas de ceux du latin médiéval ou du slavon, et plus tard du français, et dans les pays orientaux de l'arabe ou de l'écriture chinoise.

D'autre part, la pénétration d'une connaissance (au moins passive) dans des couches de plus en plus larges et le caractère national de la langue standard tendent à limiter son étendue géographique et à la rendre à peu près semblable aux langues populaires.

La lutte entre ces deux tendances touche non seulement la langue standard dans sa totalité, mais aussi ses composantes individuelles, par exemple les terminologies techniques — que ce soit l'ancienne terminologie grammaticale latine, ou les termes musicaux italiens, ou la plus récente terminologie sportive anglaise (dans ce contexte la différence est instructive entre le football [soccer] où la terminologie est bien bohémisée et le tennis et encore plus le golf avec une terminologie bien anglaise, correspondant au degré d'expansion des sports en question), pour ne pas parler des « européanismes » lexicaux et phraséologiques (comme les expressions internationales touchant les transports, les finances, etc.).

Il y a ici une opposition : d'un côté on trouve la forme et le contenu internationaux et exclusifs et, pendant une certaine époque, même traditionnels, et de l'autre, les efforts de nationalisation, associés au purisme, ainsi que le rapprochement approximatif du langage populaire [...].

En plus des questions posées à la langue standard et les tâches nouvelles qu'elle doit accomplir, la spécialisation et la différenciation fonctionnelle augmentent son expansion et son développement. Aussi se produit-il un remaniement de l'usage standard traditionnel.

Ce dernier s'exprime par la création de nouvelles ressources linguistiques ou par une nouvelle application des ressources existantes. Il s'agit surtout de l'intellectualisation du lexique et de la structure grammaticale, de nouvelles expressions automatisées ou désautomatisées, de nouveaux termes techniques, etc. [...].

Par contraste, l'exigence de compréhensibilité (accessibilité générale) incite à la conservation de l'usage traditionnel, c'est-à-dire le recours aux ressources linguistiques généralement connues et compréhensibles.

Ici aussi, on peut voir que dans le cas d'énoncés destinés à un nombre limité d'auditeurs ou de lecteurs spécialisés, ou bien prononcés ou écrits sans égard pour les auditeurs ou lecteurs, il est — ou il était — plus facile de changer l'usage traditionnel que dans le cas d'énoncés destinés au grand public. Ces derniers encouragent l'emploi de ressources généralement connues et compréhensibles, pour autant qu'il s'agisse de compréhensibilité. La différence qui surgit est la même dans le cas des formulations codificatrices et des messages ou des informations pratiques.

On trouve ici de nouveau deux tendances : d'un côté le remaniement de l'usage existant, qui est lié à l'exclusivité professionnelle, et de l'autre, l'effort pour conserver l'usage et la tradition existants qui est lié à la popularisation de la langue standard.

C'est à la base de ces différentes tendances mutuellement contradictoires que la norme de la langue standard se forme et se modifie — tout en étant sujette à des interventions théoriques qui, à différentes époques, font valoir avec une force variable ces diverses tendances; voilà pourquoi la norme n'est jamais définitive.

Ainsi, par exemple, le classicisme français au XVIIe siècle appuyait consciemment l'exclusivité de classe du français standard par la codification de l'usage de la Cour (Vaugelas et Ménage). Le soin d'élaborer les ressources spéciales du français standard était confié à l'Académie française [...]. Finalement, l'influence de la Grammaire générale et raisonnée a intellectualisé la norme de la langue standard [...].

Il peut s'agir aussi d'interventions provenant de théories et de tendances extra-linguistiques : ainsi, le désir de répandre les connaissances de la langue standard, c'est-à-dire de répandre l'instrument d'une certaine propagande, formait ou remaniait les langues standard à l'époque de la Réforme (au moment où, p. ex., le tchèque a subi de grands changements, où le slovaque standard de même que les deux langues standard des Sorabes et Wendes de Lusace se sont formés), pendant le Siècle des lumières et l'époque de la démocratie (formation partielle du russe standard, naissance des langues standard ukrainienne, biélorusse, bulgare, etc.) ou encore au moment du changement des classes dominantes (ainsi, la révolution russe a eu un effet important sur la langue standard risse et les autres langues standard slaves de la Russie [...]).

Dans d'autres cas, la défense de l'existence nationale, dont l'un des attributs est une langue standard commune, a fait surgir chez nous au XIXe siècle le purisme : désir de pureté de la langue standard. Parallèlement, chez les Croates le purisme avait une influence importante sur la langue standard, par contraste avec la permissivité linguistique de Belgrade où la peur de la dénationalisation n'existait pas [...].

Cet aperçu des tendances principales du développement des langues standard, lié aux cas particuliers que nous avons cités, justifie notre thèse selon laquelle la norme d'une langue standard n'est pas formée simplement de l'usage. Elle se forme, c'est-à-dire qu'elle naît et se développe à la base de différentes tendances et est sujette à différentes interventions, par lesquelles elle diffère de la norme d'une langue populaire. La théorie linguistique, entre autres facteurs, est donc intervenue et peut intervenir encore dans le développement d'une langue standard.

Nous avons déjà signalé que la norme d'une langue standard diffère de celle d'une langue populaire par une plus grande différenciation fonctionnelle et stylistique, par un plus haut degré de prise de conscience de la norme, ainsi que par son caractère coercitif plus prononcé. Tout cela est lié à une exigence de stabilité plus grande.

L'exigence de stabilité est une marque immanente de la norme en général. N'importe quelle norme (par exemple, une norme de comportement) agit toujours comme si elle était permanente, immortelle. Dans le cas de la langue standard, l'insistance sur l'exigence de stabilité, liée à un plus haut degré de prise de conscience et à un caractère obligatoire plus prononcé, surgit de considérations fonctionnelles : elle provient du fait que le rôle de la langue standard est de réunir le plus grand nombre possible de locuteurs et de rendre possibles des énoncés aussi complets et précis que possible (surtout pour l'écrit), parce que c'est par ces moyens qu'on atteint la plus grande compréhensibilité et la meilleure définition de l'énoncé.

C'est donc en conséquence de sa fonction que la langue standard profite de la plus grande stabilité possible, pourvu que cela ne contrarie pas ses autres rôles. Il faut pourtant souligner immédiatement qu'il ne s'agit ici ni de rigidité linguistique, ni de nivellement.

La question de la stabilité de la langue standard étant traitée dans l'article de Mathesius, je ne la commenterai pas en détail. Je me contenterai de mentionner que la stabilisation d'une langue standard peut être sujette à une intervention des linguistes [...]. Les directives pour les interventions théoriques normatives qui devraient promouvoir sa stabilité sont présentées dans les Thèses générales du Cercle linguistique de Prague (voir appendice 1).

Le travail de Mathesius sur la stabilité rejette aussi le type de tendances théoriques qui dérangent la stabilité de la langue standard ou pour des raisons de pureté historique, ou pour des raisons de régularité unilinéaire, ou encore simplement pour des raisons d'ignorance du véritable état de la langue. Il y a pourtant un autre danger : celui de l'appauvrissement de la langue standard par un nivellement créé dans le désir de la stabiliser, c'est-à-dire d'atteindre une uniformité totale (un plan unique) par l'élimination de toute oscillation et de tout dédoublement, de toute synonymie grammaticale et lexicale. Cela priverait la langue standard de certains des moyens de variabilité fonctionnelle et stylistique nécessaires à la différenciation fonctionnelle et à la multiplicité stylistique.

2. La différenciation fonctionnelle de la langue standard

Même dans la langue populaire, le choix des ressources linguistiques dans les énoncés particuliers est gouverné par le but de l'énoncé : il est dirigé par sa fonction. Nous voyons des différences considérables de ressources linguistiques selon les différentes occasions, p. ex. un message pratique de tous les jours ou le récit occasionnel (et solennel) d'un événement donné, une conversation ou le récit continu de souvenirs, une conversation entre gens de la même génération ou avec des enfants ou avec des personnes plus âgées (voire les différences morphologiques de personne et de nombre dans la façon de s'adresser aux interlocuteurs, pour ne pas parler des différences lexicales liées aux différents métiers). Dans la langue standard, les ressources linguistiques sont aussi déterminées par le but auquel sert un énoncé particulier. La différence réside dans le fait que les fonctions de la langue standard sont mieux développées et différenciées de façon plus précise. Dans la langue populaire (d'une communauté donnée, bien entendu), presque toutes les ressources linguistiques sont communes à tous, tandis que dans la langue standard il y aura toujours un bon nombre de ressources d'usage spécial qui seront l'apanage d'un groupe spécial.

Je ne veux pas donner, ici, une énumération schématique des différentes fonctions de la langue standard, mais il est bien évident que les domaines dans lesquels elle sert à s'exprimer sont plus variés que ceux de la langue populaire. Parfois, ce sont des domaines dont il est impossible de parler en langue populaire. C'est ainsi que, par exemple, les ressources de cette dernière ne sont pas suffisantes pour la présentation sérieuse d'un problème épistémologique ou d'une question de mathématiques avancées. En revanche, dans les domaines où on emploie la langue populaire, on peut aussi utiliser la langue standard. Les emplois de la langue populaire peuvent être résumés sous le terme de fonction communicative; ils appartiennent donc au domaine de la communication quotidienne. Parmi les domaines spécialisés, la langue populaire ne possède que certains groupes lexicaux; enfin, la langue populaire peut parfois acquérir la fonction esthétique. Le domaine de l'expression professionnelle pratique est presque entièrement réservé à la langue standard, et celui de l'expression scientifique lui est réservé dans sa totalité. Enfin, c'est la langue standard qui normalement constitue la base régulière des manifestations du langage poétique.

Dans la fonction communicative, domaine propre à la langue populaire, même le membre d'un groupe social qui normalement parle et écrit en langue standard peut se servir d'une langue populaire, c'est-à-dire, un interdialecte (un dialecte commun à une région plus grande dans laquelle existent des dialectes locaux) ou un dialecte local ou de classe, dans la mesure où le locuteur domine une telle variété linguistique. Dans cette fonction on emploie aussi la langue standard dans sa forme dite « conversationnelle », c'est-à-dire dans la forme employée justement en conversation (la variété fonctionnelle « conversationnelle »). Cette forme « conversationnelle » ne doit pas être confondue [...] avec un interdialecte, bien qu'elle ait quelques traits en commun avec lui et puisse même avoir une coloration locale... La différence entre ces deux variétés est clairement montrée, entre autres, par les formules « conversationnelles » et sociales qui peuvent être perçues comme des marques de classe. La différence entre ces formules et celles des dialectes populaires, qu'ils soient locaux ou de classe, est considérable. n n'y a qu'à comparer, par exemple, les formules de salutation, d'adresse, etc. [...]. On pourrait donc être tenté de ne considérer cette forme « conversationnelle » que comme un dialecte de classe; mais si on adopte ce point de vue, la langue standard entière devient un dialecte de classe. Nous avons déjà mentionné son exclusivité de classe, différente selon les époques et les nations. Le même principe s'applique à ses formules sociales : elles sont ou bien une mesure de l'exclusivité de classe de la langue standard, ou bien, au contraire, une mesure de sa pénétration dans les couches populaires les plus vastes.

Parallèlement, les modalités et les situations des énoncés sont plus variées dans le cas de la langue standard que dans celui de la langue populaire : la langue populaire est normalement limitée à des énoncés oraux à caractère plutôt privé; la langue standard, qui n'est pas exclue de ces énoncés, s'emploie normalement pour les différentes formes des énoncés oraux publics et les énoncés écrits.

La différenciation fonctionnelle et stylistique de la langue est achevée de la façon la plus marquante par son aspect lexical et syntaxique, mais en pareil cas, on emploie aussi, bien que dans une moindre mesure, les systèmes phonologique et morphologique, et surtout les variations qu'offre leur structure sans oublier les styles fonctionnels de la prononciation. [...] Du côté morphologique et phonologique, on emploie bien souvent, à des fins de différenciation, des ressources empruntées par la langue standard à d'autres normes, surtout à la norme de la langue populaire interdialectale (soit la couche vulgaire, qui apparaît aussi dans le lexique...) [...] .

Dans le cas de ces moyens, surtout syntaxiques et lexicaux, de différenciation fonctionnelle et stylistique, il ne s'agit pas seulement d'un vocabulaire différent ou d'un répertoire de formes grammaticales différentes, mais aussi de différentes façons d'exploiter des ressources linguistiques ou de les adapter aux divers besoins de la langue standard.

Les types principaux de cette utilisation spéciale des ressources linguistiques dans la langue standard et dans ses différentes fonctions appartiennent d'une part à l'intellectualisation des ressources linguistiques et, d'autre part, aux fonctions différentes d'automatisation et de désautomatisation de ces ressources.

a) Intellectualisation

L'intellectualisation de la langue standard, qui pourrait aussi être appelée sa rationalisation, est l'adaptation de la langue dans le but de produire des énoncés définis et précis, du degré d'abstraction nécessaire, et capables d'exprimer la « connectivité » et la complexité de la pensée, donc, de renforcer le côté intellectuel de la parole. Cette intellectualisation culmine dans le langage scientifique (théorique) qui est dirigé par la nécessité d'utiliser l'expression la plus précise et le désir de trouver les moyens linguistiques pour exprimer la précision de la pensée objective (scientifique) selon laquelle les mots deviennent des termes techniques et les phrases, presque des propositions logiques. [...]

Dans la langue standard, l'intellectualisation touche surtout la structure lexicale et partiellement aussi la structure grammaticale. [...]

Du côté lexical, l'intellectualisation se manifeste non seulement par l'augmentation du vocabulaire à travers de nouveaux termes techniques, dont le contenu sémantique abstrait est étranger à l'homme de la rue et pour lesquels la langue populaire manque d'expressions, tels que poznatek (connaissance [dans le sens scientifique]), pojem (concept), [...] pedstava (idée [au sens de l'allemand Vorstellung] ), jsoucno (être, au sens de « nature intime »), podmt (sujet), písudek (prédicat), etc. Elle se manifeste aussi par des changements dans la structure du vocabulaire, car même si nous parlons des choses de la vie réelle dans le langage de la science, du droit, de l'administration ou des affaires, nous le faisons d'une manière différente de celle de la conversation ordinaire.

(a) Nous avons besoin d'expressions univoques. Ainsi, par exemple, la biologie introduit, en plus du mot zvie (animal au sens ordinaire), le terme ivoich (animal au sens taxinomique, par opposition à plante). L'ingénieur électricien a besoin, en plus du mot lampa (lampe), d'un mot comme svitidlo (dispositif d'éclairage), etc.

(b) Nous avons besoin de différenciations spécialisées, p. ex, píina — dúvod — podnt (cause — raison — motivation); dans le langage juridique pestupek — pein — zloin (contravention — délit — crime), valstnik — dritel — majitel (dominus — possessor — detentor), etc.

(c) Nous avons besoin de collectifs : plodina (produit agricole), rostlina (plante), vozidlo (véhicule), výrobek (produit industriel).

L'intellectualisation correspond aussi au besoin d'exprimer les complexités de la pensée et des relations mentales, surtout du jugement et de l'évaluation. Cela se fait par la création de mots ou par leur adaptation pour exprimer certaines relations, comme celles de l'existence, de la possibilité, de la nécessité, de la causalité, du parallélisme, etc., tels que les substantifs úel (but), zámr (intention), výsledek (résultat), dsledek (conséquence), následek (suite), ainsi que beaucoup de verbes, d'adjectifs, d'adverbes et de prépositions, p. ex. docíliti (atteindre) à côté de dosáhnouti (achever), odpovídati (correspondre), sestávati (consister), bezúelný (sans but), bezvýsledný (sans résultat), bezpodstatný (non essentiel), následkem (en conséquence de), za úelem (afin de), etc. Par conséquent, dans la langue standard on peut observer l'expansion, la création et la spécialisation de toute une série de façons de former les mots. Ainsi, pour exprimer des abstractions surgies d'actions concrètes transférées à la catégorie de substance ou de qualité, il y a des substantifs déverbatifs [...], des expressions participiales, et surtout des participes adjectives [...], des noms d'agent [...], des adjectifs y correspondant [...], etc. La langue standard a une tendance générale aux syntagmes nominaux, achevés au moyen ou d'une combinaison du substantif avec un attribut ou d'une prédication nominale à l'aide de verbes formels.

On peut voir comment l'intellectualisation atteint la structure grammaticale de la langue. Elle se manifeste surtout dans la structure de la phrase par la préférence qu'a la langue standard pour les propositions bipartites normalisées consistant en un sujet et un prédicat montrant une claire distinction formelle. C'est ainsi que la linguistique, dans la mesure où sa syntaxe est basée sur la langue standard, a globalement considéré ce type de phrase comme le type normal. Le désir d'achever un parallélisme entre la structure grammaticale et la structure logique a contribué, par exemple, à l'expansion du passif dans la langue standard. Finalement, nous voyons dans la langue standard, au lieu de la libre concaténation de phrases de la langue populaire, une configuration compacte de propositions et de phrases avec une hiérarchie bien élaborée (principales et subordonnées) exprimant différentes relations de causalité, finalité, parallélisme, etc.; cette tendance se manifeste aussi dans la spécialisation des conjonctions : alors que la langue populaire introduit les propositions subordonnées par des conjonctions multivalentes comme e (que), dy (quand), la langue standard peut les différencier par des conjonctions spécialisées comme protoe (parce que), ponvad (car), etc. [...]

Il faut ajouter ici encore deux remarques importantes pour l'emploi pratique de la langue.

1. La précision de l'expression dans les énoncés en langue standard est graduelle : j'ai déjà fait remarquer qu'elle culmine dans la langue scientifique où les mots doivent exprimer des concepts exacts. Si nous appelons cette univocité requise dans la langue scientifique « exactitude » et si donc nous distinguons l'« exactitude » de la notion plus ample de la « précision », nous pouvons exprimer cette échelle par le schéma suivant : compréhensibilité — précision — exactitude, allant de la notion plus large à la plus étroite. La compréhensibilité pure et simple est en jeu dans le langage du contact quotidien (conversationnel), où la précision est donnée non seulement par la convention mais aussi par la situation et la connaissance des circonstances et des interlocuteurs. Son objectivité est donc considérablement limitée, même quand il s'agit d'un contenu très concret; voir par exemple le grand nombre de pronoms employés dans une conversation ou le fait bien connu de notre expérience quotidienne qu'une conversation entendue par hasard nous paraît mystérieuse, même si les moyens linguistiques employés sont des plus courants. Dans la langue du travail (administratif, commercial, journalistique, etc.), il s'agit normalement de la précision de l'expression. Cette dernière est donnée par une convention ou une simple décision commune; l'objectivité de l'énoncé, c'est-à-dire son indépendance par rapport à la situation et à des personnes particulières, est beaucoup plus grande que dans le cas du langage « conversationnel ». Il n'est que de comparer une lettre personnelle à une lettre de commande commerciale. Enfin, dans la langue de la science il s'agit plutôt d'exactitude; cette dernière est achevée par définition ou codification, et en conformité avec l'exactitude de la pensée objective; l'exactitude tend vers une objectivité généralement valable. (Il est pourtant nécessaire de faire une distinction entre l'exactitude de l'expression, des ternes techniques, et l'exactitude des concepts, de la pensée; par exemple, il peut y avoir un concept précis pour lequel une expression exacte n'a pas encore été trouvée. Inversement, on peut rejeter l'inexactitude d'un terme et en même temps reconnaître l'exactitude du concept.)

Il faut noter qu'une expression univoque, exacte, ou même celle qui n'est que conventionnellement précise, n'est pas nécessairement compréhensible pour tout le monde. Ce peut être un terme ou même une idée qui est étrangère à beaucoup de gens. Ainsi, on ne peut pas se servir de la compréhensibilité générale pour mesurer l'exactitude d'expression d'un traité mathématique sur les nombres imaginaires ou la différence juridique entre « detentor » et « dominus ».

2. Il ne faut pas oublier, ni dans l'emploi pratique de la langue, ni dans la critique de l'usage linguistique, que ce ne sont pas seulement les substantifs qui contribuent à l'intellectualisation nécessaire de la langue standard (graduée selon ses fonctions), mais aussi les autres classes de mots qui servent à exprimer différentes relations. [...] À l'index des prohibitions linguistiques [...] nous trouvons un plus grand nombre de verbes, d'adjectifs, d'adverbes, de prépositions, que de substantifs. En fonction de ce point de vue, le tchèque standard devrait se développer en acceptant de nouveaux substantifs (surtout des termes pour les choses concrètes) et en rejetant les verbes et les autres mots exprimant les relations. En fait, nous pouvons voir que le tchèque standard châtié des puristes n'aurait presque pas de moyens pour exprimer les différents degrés d'incertitude, un parallélisme sans relation de congruence, l'éventualité, etc.

b) Automatisation et désautomatisation

Une autre façon d'utiliser les ressources linguistiques pour les différentes fonctions de la langue standard est ce que j'ai appelé l'automatisation et la désautomatisation de ses ressources.

Que veulent dire l'automatisation et la désautomatisation des ressources linguistiques? Je commence avec un exemple de deux langues différentes et où la différence sera plus marquée. Prenons, par exemple, la salutation russe bien connue de « zdraustvouïte ». Si nous la traduisons littéralement par « soyez en bonne santé », quiconque en connaît le sens sera d'accord pour dire que ce n'est pas une bonne traduction, puisqu'il correspond à cette salutation russe toute une série de salutations tchèques. La forme courante d'une salutation russe a ainsi été traduite par une forme qui n'est pas habituelle à des propos de salutations; voilà comment l'on transforme une expression automatisée en une expression désautomatisée [...].

L'automatisation indique donc un emploi des ressources linguistiques (isolées ou combinées), habituel pour une certaine tâche expressive. C'est un emploi qui n'attire pas l'attention, une expression qui, du point de vue de la forme linguistique, est produite et acceptée comme conventionnelle et qui prétend être « compréhensible » comme faisant partie du système linguistique, sans qu'il soit besoin de recourir aux informations supplémentaires dérivées de la situation et du contexte dans un énoncé particulier.

[...] Nous ne pouvons parler d'automatisation que dans des cas où l'intention du locuteur ne peut pas manquer son effet, sauf s'il s'agit d'un changement du milieu auquel l'énoncé était destiné, ou d'un changement d'époque.

La désautomatisation, par contraste, indique un emploi des ressources linguistiques d'une façon qui retient l'attention et est perçue comme peu habituelle, privée d'automatisation [...], comme par exemple une métaphore poétique vivante (par contraste à une métaphore déjà lexicalisée qui est devenue automatisée).

Dans la conversation nous avons de bons exemples d'automatisation et de désautomatisation : tous les moyens « conversationnels » conventionnels sont, bien sûr, des automatisations; par contraste, pour ranimer la conversation et pour surprendre (épater) on se sert de désautomatisations, c'est-à-dire de ressources linguistiques peu habituelles dans le langage courant ou dont la signification est peu habituelle, et dans des combinaisons peu courantes (pour ne pas parler du contenu). Selon la mode, ce peuvent être des ressources du langage poétique ou de l'argot, ou bien d'autres couches linguistiques, y compris la langue de la science.

Dans un traité scientifique, l'auteur se sert, d'un côté, de mots et de combinaisons de mots qui ont, pour le spécialiste, une signification exacte, basée sur une définition scientifique, une codification ou une convention (une signification qui ne pose donc pas de problèmes et qui par conséquent est tout automatisée); d'un autre côté, l'auteur scientifique se sert aussi d'expressions nouvelles qui, bien qu'elles soient inusitées, reçoivent une signification bien délimitée ou pour l'auteur lui-même ou pour le groupe qu'il représente. De cette façon, même les expressions nouvelles deviennent automatisées au moins dans les limites d'une certaine oeuvre ou parmi les membres d'une certaine école. Si de telles expressions ou façons de parler sont transposées dans un énoncé destiné à des non-spécialistes, elles perdent l'automatisation acquise de la façon susdite (qu'on pourrait appeler « de spécialisation ») [...]. Elles deviennent alors ou bien incompréhensibles (dans le cas des moyens d'expression totalement étrangers aux non-spécialistes) ou bien elles sont automatisées différemment ou même désautomatisées. Parallèlement, chaque terme technique a une signification automatisée quand on l'emploie dans son contexte spécialisé. Aussitôt qu'il est transporté dans un nouveau milieu, il peut devenir désautomatisé et même se transformer en injure (cf. l'emploi injurieux de termes comme « symphonie » et « physique » dans le langage populaire tchèque).

Beaucoup de jeux de mots sont basés sur une telle transposition d'automatisations d'un domaine à un autre où ces expressions sont peu usitées et deviennent donc désautomatisées [...].

[...] C'est dans le langage poétique que nous rencontrons la désautomatisation maximale et produite pour ses propres buts. Même dans le langage des essais nous trouvons une certaine désautomatisation. Ce langage s'apparente au langage spécialisé [...]. Il choisit et combine les ressources à la fois du langage spécialisé et du langage « conversationnel » de façon à les désautomatiser. Le langage des essais est donc dirigé vers l'expression désautomatisée du message en question (de son contenu) — expression désautomatisée d'une façon ordonnée un peu comme ce qui se passe dans le langage poétique — tandis que la langue scientifique vise à une expression exacte du contenu, le langage du travail à une expression précise, et le langage « conversationnel » à un message accessible à tous [...].

Il est évident par cette confrontation concise et assez simplifiée des différentes variétés fonctionnelles de la langue que chacune d'elles a ses ressources particulières et sa façon propre de les utiliser. En conclusion, nous affirmons donc qu'il est impossible et incorrect d'élever l'une ou l'autre de ces variétés au rang de critère d'évaluation auquel les autres devront se soumettre [...].

[...] Un énoncé donné ne peut être évalué qu'à la base du degré auquel il est adéquat à son but, du degré auquel il remplit sa tâche [...].

[...] Ajoutons encore une [...] remarque : on ne peut pas évaluer des termes isolés séparés de leur emploi fonctionnel et des combinaisons automatisées dont ils peuvent faire part — ou prendre la signification automatisée dans un contexte et une fonction donnés pour l'unique signification [...].

En conclusion à cette partie portant sur la différenciation fonctionnelle de la langue standard, j'ajoute un schéma de cette différenciation. Ce n'est pas une classification de toutes les fonctions de la langue, mais seulement une énumération systématique des différences déjà considérées et qui sont les plus importantes du point de vue d'une langue standard [...] :



Fonctions de la
langue standard
Variétés fonctionnelles
1. communicative « conversationnelle »
2. spécialisée pratique de signalisation langue du travail
3. spécialisée théorique langue de la science
4. esthétique langue poétique


ad (1)
  • plan sémantique unifié
  • relation libre des unités lexicales à la matière exprimée
  • énoncés incomplets
  • compréhensibilité donnée par la situation et par des automatisations « conversationnelles »
ad (2)
  • plan sémantique unifié
  • la relation des unités lexicales à la matière exprimée est précise par convention (mots-termes)
  • énoncés relativement complets
  • précision donnée par les automatisations conventionnelles de la spécialité (par des termes et des formules)
ad (3)
  • plan sémantique unifié
  • la relation des unités lexicales à la matière exprimée est exacte (mots-concepts)
  • énoncés complets
  • exactitude, donnée par des automatisations définies ou codifiées
ad (4)
  • plan sémantique complexe (multiple)
  • la relation des unités lexicales à la matière exprimée, l'intégralité et la clarté de (énoncé sont déterminées par la structure de foeuvre poétique et données par ses désautomatisations poétiques

Styles fonctionnels de la langue standard

A. Selon le but particulier de l'énoncé :
1. communication pratique, message
2. appel (demande), persuasion
3. renseignement général (populaire)
4. renseignement spécialisé (exposition, preuve)
5. formulation codifiante

B. Selon le caractère de l'énoncé
intime — public
oral — écrit
oral : 1. intime : (monologue) — dialogue
2. public : discours — débat
écrit : 1. intime
2. public : (a) avis, affiche
(b) texte journalistique
(c) texte de livre (de revue)

Remarques concernant le schéma

1. J'ai inclus le langage poétique avec sa fonction esthétique comme quatrième type de variété fonctionnelle pour la seule raison qu'il s'agit d'une simple énumération. il y a une différence essentielle entre, d'un côté, les trois premiers types de variétés fonctionnelles qui servent toujours à signaler quelque chose (qui ont une fonction de signalisation) et, de l'autre côté, le langage poétique qui n'est pas dirigé vers la signalisation. — Pour la même raison, j'ai simplement inclus parmi les styles fonctionnels les types d'appel et de persuasion bien qu'il y ait, ici aussi, une différence essentielle entre ce type et tous les autres. — Finalement, l'énumération selon le caractère de l'énoncé pourrait à peine être complet.

2. La différence entre une variété fonctionnelle et un style fonctionnel réside dans le fait qu'un style fonctionnel est déterminé par le but particulier de chaque énoncé donné; il s'agit de la fonction de l'énoncé (ou de la « parole »). La variété fonctionnelle est déterminée, pour sa part, par le propos général d'un ensemble normalisé de ressources linguistiques, c'est-à-dire que c'est une fonction de la « langue ».

Dans un énoncé donné, nous nous trouvons donc en face d'une variété fonctionnelle donnée dans un style fonctionnel donné.

3. L'intégralité de l'énoncé est jugée à partir de l'intégralité ou de la présence de lacunes dans l'aspect linguistique d'un énoncé, par rapport à ce qu'on veut exprimer par cet énoncé (donc, en fonction de la relation entre le plan grammatico-sémantique et le plan thématique). — Dans le langage conversationnel, on trouve des lacunes quant au développement graduel du thème. Ces lacunes sont compensées par des informations tirées de la situation extralinguistique et fournies par des moyens extra-linguistiques. Dans la langue scientifique et la langue du travail, la cohésion linguistique de l'énoncé (du plan grammatico-sémantique) est assurée par des moyens linguistiques seulement; la langue scientifique, surtout dans le cas de formulation codifiante, cherche à maximiser le parallélisme dans une langue donnée entre expression linguistique et développement graduel du thème; dans la langue du travail, ce parallélisme est plutôt sujet à des perturbations conscientes — ainsi, la progression de l'expression linguistique par rapport à la progression du thème est interrompue par la répétition « en d'autres mots » d'un passage, ou par la présence de lacunes qu'on y a laissées exprès et que l'auditeur ou le lecteur doit compléter. Ainsi, ce n'est qu'une partie du développement thématique qui trouve son expression (normalement ses sommets), [...] il faut encore noter qu'il n'y a, ici, aucune contribution automatique de la situation extra-linguistique à la compréhension de l'énoncé.

Selon une conception plus naïve, il n'existerait pas de plan thématique mais un lien direct entre l'énoncé et la réalité (les faits) qui doit être exprimée. C'est une simplification inadmissible : on ne doit pas assimiler le plan thématique à la réalité extra-linguistique; il peut y avoir différentes relations possibles entre les deux.

II

J'ai déjà indiqué au début du présent article que les théoriciens du langage, les linguistes, peuvent contribuer au développement et à la stabilisation de la norme. Quelle est la tâche du linguiste par rapport au développement de la différenciation fonctionnelle de la langue standard et de l'étude de la différence entre la langue standard et la langue populaire? L'intervention du linguiste peut-elle avoir un effet bénéfique? Peut-elle être au service des composantes par lesquelles la langue standard se différencie de la langue populaire, et de celles qui servent à différencier ses diverses fonctions et à remplir ses besoins fonctionnels et stylistiques? Certainement.

Le travail linguistique peut surtout servir directement les composantes par lesquelles la langue standard se distingue de la langue populaire. Cela peut se réaliser avant tout par des contributions à la création de terminologies spécialisées. De plus, il a la possibilité de contribuer à l'exploitation fonctionnelle et stylistique des ressources linguistiques par le travail analytique du linguiste qui attire l'attention sur les possibilités qui se présentent à cet égard. Finalement, la contribution du linguiste peut consister en une critique de textes et d'énoncés particuliers du point de vue fonctionnel. — Le fondement essentiel de n'importe quelle intervention du théoricien est la connaissance la meilleure possible de la langue standard en question, et, dans notre cas du tchèque standard, du point de vue de toutes ses fonctions.

1

Dans la création des terminologies des différents domaines, on a souvent recours aux linguistes. Il faut admettre que dès le XIXe siècle, et plus récemment depuis la création de la République tchécoslovaque, les linguistes ont accompli un travail très respectable.

Il vaut la peine de rappeler que la seule tâche du théoricien dans ce travail n'est pas de veiller à ce que le nouveau terme ou le nouvel usage d'un terme corresponde à la structure lexicale du tchèque. Il doit aussi assurer l'efficacité non seulement des expressions individuelles mais aussi de la manière choisie pour la création de nouveaux termes et le développement de leur rendement fonctionnel.

C'est pour cette raison que souvent un rapport étroit avec les mots du langage « conversationnel » est au désavantage de la terminologie technique parce qu'il augmente la polysémie contre laquelle le langage technique lutte par l'introduction de mots-termes. De plus, un tel rapport produit une coloration émotionnelle indésirable pour ces termes [...].

En ce qui concerne la création de termes techniques, il est donc difficile (et, de plus, inefficace) de la baser sur des mots du langage « conversationnel » et sur leurs dérivés les plus proches; il est préférable de les fonder sur des mots et des types de formation plus éloignés du langage « conversationnel » ou encore sur des ressources qui lui sont complètement étrangères, exception faite, naturellement, des noms d'objets concrets de l'industrie ou de l'artisanat Ce faisant, il faut encore envisager deux considérations supplémentaires : 1. la possibilité de former des dérivés à la base du nouveau terme, 2. l'adaptation d'un mot à une certaine signification n'implique pas nécessairement une relation sémantique entre cette nouvelle signification et la chose ou l'idée (le concept) désignées par le mot en question [...].

2

La linguistique peut aussi contribuer au rendement fonctionnel des ressources linguistiques et à l'élargissement des possibilités stylistiques de la langue standard.

Elle peut le faire par la détermination systématique et détaillée des ressources linguistiques spéciales et de leurs méthodes d'utilisation propres à des variétés et à des styles desservant différentes fonctions, ou attribuables à différents individus, différentes écoles, différentes tendances, etc. Un tel travail donnerait naissance à des dictionnaires et manuels de stylistique spéciaux pour des variétés linguistiques desservant différentes fonctions. En plus de leur intérêt théorique, de tels travaux auraient aussi une importance pratique. De plus, la linguistique pourrait utiliser ces analyses de façon simple et profitable pour souligner les possibilités de différenciation fonctionnelle et d'exploitation des ressources de la langue, et surtout pour en étudier les tendances évolutives...

Il est nécessaire de tenir compte des besoins spéciaux des différentes variétés fonctionnelles et de suivre les tendances dans l'usage qui essaie de satisfaire ces besoins. Ainsi, la terminologie scientifique profite de ses contacts internationaux — elle manifeste une tendance vers l'internationalisation dans les disciplines surtout technologiques dans de nombreux pays [...].

Ces contacts ne sont pas limités aux termes internationaux communs à tout le monde comme atome, moteur (le caractère international de certains mots gréco-latins n'est qu'apparent), mais ils résident aussi dans la coordination sémantique de certains termes techniques comme par exemple le terme zub (dent) qui, dans le cas d'une roue dentée, est employé sous sa forme domestique dans toute une série de langues : en allemand Zahn, en français dent [...], en polonais zab, en russe zub, etc.

Cette coordination n'est pas perturbée par l'existence d'une traduction domestique d'un terme international dans certaines langues. Ainsi, par exemple, en électricité, le tchèque emploie l'équivalent domestique kladný — zaporný pour les internationalismes positivní — négativní, parallèles à l'usage allemand, français ou anglais [...].

On pourrait aussi inclure ici les remarques sur l'utilité, déjà mentionnée, des clichés et des formules dans le langage commercial et administratif; ceci donne lieu à la nécessité de l'étude de leur terminologie du point de vue de leurs buts et besoins et non pas du point de vue des conventions du langage « conversationnel ».

Enfin, il serait instructif et en même temps profitable d'examiner les ressources fonctionnelles du style journalistique. D'une part, nous devons tenir compte de ses besoins et conditions spéciales, telles que le besoin de schémas tout prêts (y inclus des schémas syntaxiques), la nécessité d'être facilement saisi d'un seul coup d'oeil, le lien des ressources linguistiques avec les moyens typographiques, etc. D'autre part, nous pouvons observer la façon dont ces besoins et conditions sont satisfaits dans une langue donnée. Le problème pressant du style journalistique, dans lequel il y a croisement des différentes fonctions ainsi que des différentes formes de l'énoncé, a été traité par les linguistes de différents pays [...]. Chez nous, ce style n'a mérité que des remarques grognormes sur le mauvais exemple qu'il offre [...].

Le résultat pratique d'une telle étude des ressources linguistiques vues du côté de leur exploitation fonctionnelle est l'option du théoricien de souligner les tendances évolutives dirigées vers la différenciation variée de ces ressources et vers les différentes manières de les employer, ainsi que de faire ses recommandations; le linguiste doit éviter d'insister sur leur emploi général et de forcer leur usage dans des énoncés à fonction différente [...].

3

Nous voici donc arrivés à la dernière façon dont le linguiste peut contribuer au développement et à l'enrichissement fonctionnels de la langue standard. la critique de textes particuliers du point de vue fonctionnel. Nous ne pensons pas ici à leur analyse critique par une comparaison avec une norme établie de façon théorique; l'envergure et les possibilités d'une telle critique sont le sujet de l'article 11 des Thèses générales du Cercle linguistique de Prague (cf. appendice 1). Nous pensons plutôt à une analyse critique des ressources linguistiques et de leur utilisation du point de vue du degré auquel elles remplissent leur tâche. On ne peut les évaluer que de ce point de vue, et, ce faisant, il faut aussi tenir compte de l'intention de l'auteur et de son droit de faire son propre choix d'expressions.

Il faut surtout éviter, par une telle critique, d'introduire parmi les différents buts d'énoncés individuels et les différentes fonctions de la langue standard, une hiérarchie évaluative qui préférerait d'une façon générale une fonction donnée, et avec celle-ci une variété ou un style fonctionnels [...] La critique fonctionnelle ne peut pas employer des critères préalablement établis de beauté, de clarté ou d'exactitude, etc. Même l'inexactitude peut être intentionnelle; il y a des occasions où un style frappant est davantage adapté à une situation, et d'autres occasions où un style atténué est préférable [...]. De plus, le critique doit respecter l'intention propre de l'auteur et son droit à un choix personnel d'expressions : il ne doit pas, en revanche, se laisser séduire par ses propres critères de choix ni attribuer ses propres intentions à l'auteur. Je ne nie pas, ici, le droit du savant à son individualité stylistique, mais il doit tenir compte de la différence entre son rôle d'auteur et son rôle de critique. Ce n'est qu'à titre d'auteur qu'il a le droit de faire prévaloir les sympathies que chaque styliste a envers certaines expressions, en somme, de faire prévaloir son goût et son choix personnels.

Il ne doit pas oublier, non plus, que son évaluation de textes particuliers est sous sa responsabilité personnelle, et qu'il peut lui-même être corrigé. Plus il évitera une attitude dogmatique et un geste de législateur, plus il sera efficace. Cela s'applique encore davantage à la critique du langage poétique...

Finalement, il ne faut pas oublier que le but d'un énoncé peut ne pas être sympathique, et peut donc être critiqué sans qu'il s'agisse pour autant d'une critique d'ordre linguistique [...].

Une connaissance aussi profonde que possible de la langue standard contemporaine de la part du théoricien du langage est une nécessité absolue pour le bien-fondé de la différenciation fonctionnelle de la langue standard. Qu'une telle connaissance n'ait pas encore été acquise ou qu'elle n'existe même pas encore ne donne pas au critique linguistique le droit de décider de la correction de certaines expressions ou de les rejeter. Il faut en même temps aussi distinguer clairement entre une connaissance pratique de la part de l'usager de la langue standard et la connaissance théorique. Il y a, de plus, des différences dans l'acquisition de ces deux types de connaissances. Le non-spécialiste acquiert d'abord ses connaissances à l'école, puis ensuite surtout au moyen de la lecture et dans l'exercice pratique de sa vie et de son écriture. Il appuie ses nouvelles connaissances sur son intuition linguistique. Pourtant, cette dernière ne constitue pas une base suffisante à des connaissances scientifiques. D'autre part, il est exagéré d'exiger que pour acquérir des connaissances scientifiques il faille déterminer l'usage de tous les écrivains, la fréquence d'emploi des éléments et des relations particulières du langage chez eux, etc. — Le matériau le plus riche, sans personnalité scientifique et sans un travail consciemment dirigé vers un but, ne nous donne pas ces connaissances; ce matériau n'est pas indispensable et la statistique mal fondée peut mener à la confusion [...] quand on ne sait pas si certaines régularités ne sont pas le résultat de certaines coutumes de rédaction, etc. [...]

Dans le cas de sa propre langue, le chercheur s'appuie sur son intuition linguistique, mais après l'avoir objectivée par un contrôle conscient et une compréhension théorique du langage [...].

La connaissance théorique de la norme de la nouvelle langue standard contribue aussi à sa stabilisation : d'une part par le fait qu'une telle connaissance implique la codification de la norme, et d'autre part par le fait que le théoricien par ses connaissances de la norme aide les autres à la connaître aussi. L'étude de la norme de la langue standard contribue donc autant à sa stabilisation qu'à sa différenciation fonctionnelle.

Dans cet article j'ai essayé d'établir la différence entre la norme de la langue populaire et la norme de la langue standard et de montrer avec quels égards et par quels moyens le linguiste peut intervenir dans le développement de la langue standard. La norme de la langue standard diffère de celle de la langue populaire tant par sa formation (son origine et son développement) que par sa composition. Elle offre une différenciation plus riche, non seulement grâce à l'ensemble de ses ressources linguistiques, mais aussi par l'emploi plus varié de celles-ci. La science de la langue, la linguistique, intervient tant dans la formation que dans la stabilisation de cette norme. Elle peut et doit aussi augmenter la différenciation fonctionnelle et la richesse stylistique de la langue standard. Pour ce faire, elle doit non seulement connaître en détail la norme existante de la langue standard, mais savoir finement différencier les différentes tâches et les différents besoins de cette dernière et essayer d'obtenir que la langue standard les satisfasse par ses ressources linguistiques. Elle ne peut donc pas appauvrir la langue en la privant de certaines de ses ressources ou en supprimant sa variabilité.

Pareille intervention active en faveur du développement de la langue standard, le soin conscient de la qualité de la langue, est ce que nous appelons la culture de la langue standard. Nous ne devons pas oublier, ici, un autre facteur important dans la culture de la langue standard : ceux qui s'en servent Nous ne pouvons pas ignorer le fait que leur bonne connaissance de la langue standard et l'emploi conscient des ressources fonctionnelles de la langue est, elle aussi, une manifestation de la culture de la langue. Le théoricien ne peut guère aider à la culture de la langue et à la poursuite de son but — une langue cultivée; la réalisation de la culture de la langue et l'épanouissement d'une langue cultivée ne peuvent être achevés que par ceux qui utilisent la langue.






Notices biographiques



STANLEY ALÉONG a reçu une formation en anthropologie, en sociologie et en informatique à l'Université de Montréal, à l'Université de Paris IV et à l'Université Concordia. Ses travaux de recherche portent sur l'origine et la diffusion des innovations lexicales, sur l'aménagement linguistique, sur le développement des langues nationales et sur les attitudes linguistiques. Il est présentement professeur invité à l'Université McGill.

PHILIPPE BARBAUD, ancien professeur à l'École normale Ville-Marie, de Montréal, enseigne à l'Université du Québec à Montréal depuis la fondation de cet établissement dont il dirigea le département de linguistique de 1978 à 1980. Il occupa l'année suivante le poste de directeur d'études associé à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Il a signé plusieurs articles portant sur la syntaxe du français ainsi que, plusieurs autres de nature didactique. Il travaille actuellement à la rédaction finale d'un ouvrage axé sur le français du Canada.

ÉDITH BÉDARD, née en 1948, est diplômée de l'Université Laval et de l'École nationale d'administration publique. Elle a été professeur de linguistique au cégep de Trois-Rivières de 1972 à 1976 et travaille depuis 1978 au Conseil de la langue française. Elle a publié, en collaboration avec Daniel Monnier, La conscience linguistique des jeunes Québécois (1981).

GILLES BIBEAU, enseignant au secondaire de 1956 à 1963, puis professeur au Département de linguistique de l'Université de Montréal de 1964 à 1973, est actuellement professeur titulaire à la Faculté des sciences de l'éducation de la même université. Docteur de 3e cycle en linguistique de l'Université d'Aix-Marseille, il s'intéresse à la phonologie, au français québécois, à la didactique des langues, au bilinguisme et à l'éducation bilingue. Après Nos enfants parleront-ils français? (éd. Actualité, 1966), il a publié en collaboration divers documents pédagogiques sur le latin et sur l'anglais et le français langues secondes. Auteur d'un Programme-cadre d'enseignement du français aux immigrants (ministère de l'Immigration du Québec, 1973) et d'une Introduction à la phonologie générative du français (Didier, 1975) et président de l'Association canadienne de linguistique appliquée (ACLA), de 1972 à 1975, il a été chargé par le gouvernement fédéral d'une importante étude sur la formation linguistique dans la fonction publique canadienne, étude dont le rapport (en douze volumes) a été publié en 1976 (Conseil du trésor et Commission de la fonction publique du Canada). Ses responsabilités administratives de directeur de département et de vice-doyen aux études ne l'ont pas empêché d'être le rédacteur (en collaboration) de Vingt-cinq ans de linguistique au Canada : hommage à Jean-Paul Vinay par ses anciens élèves (Centre éducatif et culturel, 1979), de publier de nombreux articles dans des revues scientifiques et professionnelles, d'oeuvrer comme rédacteur en chef de la section « langue et société » de la revue Québec français et de publier l'Éducation bilingue en Amérique du Nord (Guérin, 1982).

MICHEL CASEVITZ, agrégé des lettres, docteur de 3e cycle et docteur ès lettres, après avoir été assistant puis maître-assistant à la Sorbonne, est actuellement professeur à l'Université Lyon II, où il enseigne la philologie et la linguistique grecques. Il a soutenu en 1977 sa thèse de doctorat d'État sur Le vocabulaire de la colonisation en grec ancien (à paraître). Il a édité le livre XII de la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile (les Belles-Lettres, coll. Budé) et a publié un commentaire des Oiseaux d'Aristophane en 1978.

JACQUES CELLARD, ancien enseignant, a étudié à la Sorbonne. Il est, depuis 1971, chroniqueur de langue au journal « Le Monde », où il assure aussi une chronique bimensuelle, « La vie du langage », en même temps que des critiques et des reportages.

Il a publié aux éditions Duculot (Belgique) : Le subjonctif; Radicaux grecs du vocabulaire français; Radicaux latins du vocabulaire français; Cinq cents mots nouveaux (avec M. Sommant); et aux éditions Masson, en collaboration avec Alain Rey : Dictionnaire du français non conventionnel.

FRANÇOIS CHARPIN, agrégé de grammaire, docteur ès lettres, après avoir été assistant à la Sorbonne puis professeur à l'Université de Limoges, est devenu en 1981 maître de conférences à l'Université de Paris VI. Spécialiste de grammaire de la phrase dans l'antiquité latine, il a soutenu en 1975 sa thèse de doctorat d'État sur L'idée de phrase grammaticale et son expression en latin, publiée en 1977. Il a aussi édité les fragments de Lucilius aux éditions des Belles-Lettres, dans la collection Budé (deux volumes parus, le troisième à paraître).

JEAN-CLAUDE CORBEIL est diplômé des universités de Montréal et de Strasbourg. Successivement professeur de français au secondaire, professeur de didactique du français à l'école normale Ville-Marie et professeur de linguistique à l'Université de Montréal, il a participé à la fondation de l'Association canadienne de linguistique appliquée et de l'Association québécoise des professeurs de français. De 1971 à 1977, il est directeur linguistique de l'Office de la langue française et se trouve mêlé aux travaux relatifs à la francisation du Québec, à la préparation de la Loi sur la langue officielle et à la rédaction de la Charte de la langue française. Il a rédigé, en qualité d'expert auprès de l'Agence de coopération culturelle et technique, un rapport sur les problèmes linguistiques qu'affronte la francophonie. Depuis 1981, il est secrétaire général du Centre international de recherche en linguistique fondamentale et appliquée (CIRELFA). Il est l'auteur de L'aménagement linguistique du Québec et est membre du Conseil international de la langue française depuis 1968.

JEAN DARBELNET, né à Paris en 1904, a fait ses études supérieures à la Sorbonne. Il a été reçu agrégé de l'Université de France au concours de 1929. Entré dans l'enseignement en 1924, ïl a été successivement, jusqu'en 1930, lecteur de français aux universités du Pays de Galles, d'Édimbourg et de Manchester, et de 1932 à 1937 professeur d'anglais aux lycées de Brest et du Havre et au lycée Condorcet à Paris. Venu sur ce continent en 1937, il a enseigné la langue et la littérature française à Harvard, à McGill (où il a dirigé le Département d'études françaises de 1940 à 1946) et à Bowdoin College (U.S.A.) de 1946 à 1962. De 1962 à 1975, il a occupé la chaire de linguistique différentielle (domaine français-anglais) à l'Université Laval, dont il est professeur émérite depuis 1975. Il a organisé l'enseignement de la traduction dans les programmes de l'Extension à McGill (1943), à Laval (1963) et dans celui du Baccalauréat spécialisé en traduction à Laval en 1969. Il a été professeur invité aux universités de la Colombie britannique, de l'Alberta, de Montréal, de Toronto, de Trois-Rivières et d'Ottawa.

Il est l'auteur de la Stylistique comparée du français et de l'anglais (avec J.-P. Vinay, Paris, Didier, 1958), de Regards sur le français actuel (Montréal, Beauchemin, 1963), de Words in Context (avec G. Vitale, Paris, Bordas, 1972), de Pensée et structure (New York, Scribner's, 1969), du Français en contact avec l'anglais en Amérique du Nord (Québec, PUL, 1976), d'articles dans Notre Temps (Montréal), Culture (Québec), Meta (Montréal), Babel (Budapest), Équivalences (Bruxelles), et Traduire (Paris).

En 1967, le gouvernement français l'a nommé chevalier de l'ordre du Mérite. Il est aussi membre du Conseil international de la langue française et de la Société royale du Canada.

JEAN-YVES DUGAS, né en 1943, est diplômé de l'Université Laval. Il a été professeur de français et de latin au secondaire et a travaillé, de 1970 à 1976, au Dictionnaire étymologique de l'ancien français. Après trois ans à l'Office de la langue française, il est, depuis 1979, responsable du service de la recherche de la Commission de toponymie du Québec. Parallèlement, il a été, pendant trois ans, chargé du cours de terminologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

JOSHUA A. FISHMAN, diplômé des universités de Pensylvanie, de Californie et de Columbia, est donnu internationalement pour ses nombreuses recherches et publications, en particulier sur l'enseignement bilingue. Il est, depuis 1966, Distinguished University Research Professor of Social Sciences à l'Université Yeshiva de New York.

Il est l'auteur, entre autres, de Readings in the Sociology of Language (1968) (Ed.), Language Problems of Developing Nations (1968) (avec Charles A. Ferguson), Sociolinguistics, A Brief Introduction (1970), Advances in the Sociology of Language I et II (1971-1972), Advances in Language Planning (1973), The Sociology of Bilingual Education (1973), Bilingual Education : An International Sociological Perspective (1976), The Spread of English : The International Sociology of English as an Additional Language (1977) (avec R.L. Cooper et A.W. Conrad), Advances in the Study of Societal Multilingualism (1978).

GILLES GAGNÉ, né à Montréal en 1940 et titulaire d' un doctorat de 3e cycle en linguistique (Strasbourg), fut professeur de linguistique appliquée (langues secondes) au Département de linguistique de l'Université de Montréal de 1966 à 1972. Il est actuellement professeur titulaire à la Faculté des sciences de (éducation de la même université où il travaille au perfectionnement des maîtres de français et poursuit des recherches en pédagogie de la langue maternelle. Responsable fondateur du programme de perfectionnement des maîtres de français du primaire (P.P.M.F.) de 1975 à 1979, il a également été responsable du comité du programme au Ve congrès international de l'Association internationale de linguistique appliquée, tenu en août 1978.

Auteur de nombreux articles, communications et conférences dans les domaines de la sociolinguistique, de la psycholinguistique et de la pédagogie des langues, Gilles Gagné a également publié, seul ou en collaboration, plusieurs ouvrages dont Les 100 tours de Centour, 1971, 105 émissions de télévision éducative, Montréal, Radio-Québec et M.E.Q.; Vingt-cinq ans de linguistique au Canada : hommage à Jean-Paul Vinay, 1979, Montréal, Centre éducatif et culturel; Pédagogie de la langue ou pédagogie de la parole, 1979, Université de Montréal, P.P.M.F. primaire; Études sur la langue parlée des enfants québécois (1969-1980), 1981, Montréal, Presses de l'Université de Montréal.

PAUL L. GARVIN, d'origine tchécoslovaque, vit aux États-Unis depuis 1941. Il est licencié ès lettres de (École Libre des Hautes Études à New York (1945) et docteur en linguistique de (Université d'Indiana (1947). Linguiste d'orientation empiriste et fonctionnaliste, il s'intéresse dès le début de sa carrière aux problèmes de planification linguistique (il a fait des travaux d'alphabétisation sur l'île micronésienne de Ponapé, dans les Carolines de l'Est, en 1947). Pendant quinze ans, il a fait des recherches sur la traduction automatique. Il a enseigné dans plusieurs universités et travaillé comme chercheur en traitement automatique des langues dans un laboratoire privé de recherche informatique. Il est actuellement professeur de linguistique et professeur adjoint d'anthropologie et de littérature comparée à l'Université de l'État de New York à Buffalo. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont A Prague School Reader on Esthetics, Literary Structure, and Style.

ÉMILE GENOUVRIER, né en 1939, est maître-assistant de linguistique à l'Université de Tours et mène des recherches en pédagogie du français langue maternelle. Il a participé à la commission de rénovation de l'enseignement du français et a publié (en collaboration) : Linguistique et enseignement du français (Larousse, 1971), Français et exercices structuraux (Larousse, 1971-1975), Nouveau dictionnaire des synonymes (Larousse, 1977), Pour une pédagogie de la langue maternelle (éd. BREF, Université de Tours, 1979). Il a été directeur de la revue BREF de 1975 à 1981 et est collaborateur à Langue française et au Français aujourd'hui.

CLAUDE GERMAIN, docteur de 3e cycle en linguistique (Aix-en-Provence), est professeur agrégé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal où il travaille dans le cadre du P.P.M.F. primaire (Programme de Perfectionnement des Maîtres en Français). Il a été pendant neuf ans (1970-1979) professeur au département de linguistique de l'Université d'Ottawa en même temps que chef de secteur de l'enseignement des langues puis chef de secteur de la recherche à l'Institut de langues vivantes de cette université. Il a été pendant six ans secrétaire de l'ACLA (Association canadienne de linguistique appliquée).

Il est coauteur de la deuxième version de la méthode Le Français International (Centre Éducatif et Culturel, 1973-1976), et coauteur d'une série de fascicules d'Introduction à la linguistique générale (Presses de l'Université de Montréal, 1981); il est également l'auteur de La notion de situation en linguistique (Éditions de l'Université d'Ottawa, 1973) et de La sémantique fonctionnelle (Presses Universitaires de France, 1981). De plus, il a publié dans des revues nationales et internationales plusieurs articles et comptes rendus portant notamment sur la sémantique et sur la didactique des langues.

Avec « L'approche fonctionnelle en didactique des langues », il a mérité le prix du « meilleur article pour l'année 1980 », publié dans la Revue canadienne des langues vivantes.

JOACHIM GESSINGER, né en 1945, a fait, de 1967 à 1972, des études de germanistique, linguistique romane, philosophie et journalisme à l'Université libre et à l'Université technique de Berlin. Reçu à l'examen d'État en 1972, il occupe de 1973 à 1980 le poste d'assistant en linguistique à l'Université de Hanovre. En 1979, il obtient son doctorat et, depuis 1980, est assistant en linguistique à l'Université libre de Berlin. Principaux domaines de recherche : histoire de la langue et histoire sociale, politique linguistique, histoire de la science.

HELMUT GLÜCK, né à Stuttgart en 1949, a fait des études de slavistique, germanistique et linguistique générale à Tübingen et à Bochum, puis travaillé dans l'enseignement pour adultes (cours d'allemand destinés aux immigrés). Depuis 1975, il est assistant en linguistique générale (sociolinguistique) à l'Université d'Osnabrück En 1979-1980, il était professeur invité à l'Université d'Oldenbourg. Principaux domaines de recherche : politique et planification linguistiques, problèmes sociaux et linguistiques des travailleurs immigrés et de leurs enfants.

NICOLE GUEUNIER, née en 1936, est professeur de linguistique française à l'Université de Tours et a poursuivi de nombreuses recherches en sociolinguistique et en pédagogie du français. Elle a publié (en collaboration) : Lecture des textes et enseignement du français (Hachette, 1974) et Les Français devant la norme (Champion, 1978). Elle collabore aux revues BREF (1971-1981), Le français aujourd'hui, Le français moderne, Le français dans le monde, Langue française, Études créoles.

BOHUSLAV HAVRÁNEK a été professeur à Bmo puis à l'Université Charles de Prague; de 1952 à 1965, il a été directeur de l'Institut de la langue tchèque de l'Académie des Sciences de Tchécoslovaquie. Membre de l'Académie des Sciences, il a aussi été président du Cercle linguistique de Prague et rédacteur en chef de la revue Slovo a slovesnost.

GRACE JOLLY (Ph.D., Hartford Seminary Foundation), est professeur agrégée d'anglais et d'études pluridisciplinaires et également coordonnatrice du programme d'études canadiennes au Glendon College de l'Université York de Toronto. Elle a été pendant de nombreuses années rédactrice de la revue English Quaterly publiée à l'intention du Canadian Council of Teachers of English. Elle a publié Nefa Krisüan Bemin, Tani Reader, The English Quarterly : Special ESL Issue. Elle travaille dans le champ de la sociolinguistique et s'intéresse particulièrement à l'anglais canadien.

BRAJ B. KACHRU est professeur de linguistique au Département de linguistique de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign. Il a été directeur de ce département de 1969 à 1979 et est depuis coordonnateur de la section de linguistique appliquée. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles sur les variétés régionales de l'anglais et sur sa langue maternelle, le cachemirien : Current Trends in Stylistics (1971); Issues in Linguistics : Papers in Honor of Henry and Renée Kahane (1973); Dimensions of Bitingualism : Theory and Case Studies (1976); Aspects of Sociolinguistics in South Asia (1978); The Other Tongue : English Across Cultures (1981); An Introduction to Spoken Kashmiri (1973); Kashmiri Literature (1981); The Indianization of English : The English Language in India.

ABDELHAMID KHOMSI né en 1944, est assistant en linguistique à l'Université de Tours (départements de français et d'orthophonie); il effectue des recherches en psycholinguistique et sur le langage de l'enfant. Collaborateur à BREF, à la Revue de neuropsychiatrie infantile et au Bulletin d'audiophonologie, il a aussi publié : Pour un bilan du langage de l'enfant et CLASSYLAS, Classement syntaxique du langage spontané de l'enfant (Travaux du laboratoire de phonétique de Tours, 1978-1979).

LUIS FERNANDO LARA a obtenu son doctorat du Colegio de México pour sa thèse El concepto de norma en lingüística (1976). Il a étudié à Heidelberg avec Klaus Heger et Kurt Baldinger. Professeur au Centro de estudios lingüísticos y literarios du Colegio de México depuis 1970, il est directeur du Diccionario del español de México. Il a publié Investigaciones lingüisticas en lexicografia (1980) et des articles en linguistique générale, en sémantique et en informatique appliquée à la linguistique.

CLAIRE LEFEBVRE, diplômée de l'Université de Montréal et de l'Université de Californie à Berkeley (Ph.D. en sociolinguistique), est professeur au Département de linguistique de l'Université du Québec à Montréal depuis 1975. Elle fait des recherches sur les langues créoles, sur le quechua et sur le français parlé à Montréal. Elle vient de publier La syntaxe comparée du français standard et populaire : approches formelle et fonctionnelle (Office de la langue française, 1982) et a été rédactrice d'un ouvrage (en collaboration) sur la syntaxe de l'haïtien (Karoma Press, Ann Arbour, Michigan, 1982). Elle prépare un ouvrage sur la syntaxe du quechua, en collaboration avec P. Muysken.

VILÉM MATHESIUS (1882-1945), fondateur et jusqu'à sa mort président du Cercle linguistique de Prague, a été professeur à l'Université Charles.

JACQUES MAURAIS, né en 1950, est diplômé de l'Université Laval et de l'Université de Cambridge. De 1973 à 1980, il a été terminologue à l'Office de la langue française. Depuis 1980, il travaille au Conseil de la langue française. Il a aussi été chargé du cours de grammaire comparée des langues indo-européennes et du cours d'introduction à la terminologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

YVES-CHARLES MORIN, né en France en 1944, obtient une licence ès sciences en mathématiques de l'Université de Paris en 1967 et un diplôme d'ingénieur de l'École Centrale des Arts et Manufactures de Paris. Nommé Harkness Fellow de la Fondation du Commonwealth, il étudie à l'Université du Michigan à Ann Arbor, et y obtient un Ph.D. en 1971. Il entre à l'Université de Montréal en 1972; il enseigne depuis au département de linguistique et philologie la syntaxe et la phonologie du français. Ses recherches portent principalement sur le français contemporain, les variétés régionales du français et leur évolution historique, ainsi que sur le bourouchaski, une langue isolée du Sud-est asiatique.

ARTHUR PADLEY est originaire de Lincoln en Angleterre. Après avoir fait des études en grammaire comparée et en linguistique historique à l'Université de Leeds, il passa plusieurs années dans l'enseignement secondaire en Angleterre, suivies de trois ans à la Sorbonne, où il prépara un doctorat d' université et suivit en même temps renseignement d'André Martinet en linguistique générale. Entre temps, il fit un stage d'une année à l'Université de Munich. De 1963 à 1966 il était à Oxford, où il obtint le grade de Doctor of Philosophy en 1970.

Arthur Padley a occupé plusieurs postes universitaires au Canada, notamment à partir de 1966 au département de linguistique de l'Université Laval, qu'il quitta en 1977 avec le rang de professeur titulaire. Depuis lors, il est Statutory Lecturer en langue et linguistique française à University College Dublin. Il s'intéresse surtout à l'histoire de la linguistique, et il est l'auteur de Grammatical Theory in Western Europe 1500-1700 : the Latin Tradition (Cambridge University Press, 1976). Il prépare un deuxième volume sur les grammaires des principales langues « vulgaires » (français, italien, espagnol, anglais, allemand) à la même époque.

JEAN-MARCEL PAQUETTE, né à Montréal en 1941, est docteur en philologie, lectures romanes, de l'Université de Poitiers (1968). Professeur agrégé à l'Université Laval en linguistique et littérature depuis 1968, il a aussi été professeur invité à l'Université de Caen, de 1971 à 1973. Écrivain, il est surtout connu pour son livre Le Joual de Troie qui lui obtint le prix France-Québec en 1974. Il est membre directeur de la Ligue d'Action Nationale depuis 1964 et membre du Conseil de la langue française depuis février 1978.

MARIE-CHRISTINE PARET, diplômée en littérature et en linguistique des universités de Lyon (France) et de Montréal (Université du Québec à Montréal, Université de Montréal), a enseigné le français pendant plus de quinze ans dans des lycées et des écoles secondaires. Chargée actuellement d'enseigner la didactique du français langue maternelle à l'Université de Montréal, elle s'intéresse à ce qui touche à la pédagogie de la langue maternelle (les divers courants de la recherche européenne et américaine, les méthodes et expériences nouvelles, l'enseignement informatisé) et aux développements de la linguistique théorique. Ses recherches en cours portent en particulier sur la syntaxe de l'écrit chez les adolescents.

FRANÇOIS PERALDI est actuellement professeur agrégé au Département de linguistique et philologie de l'Université de Montréal. Il est également psychanalyste et, après plus de douze années de travail clinique en milieu psychiatrique hospitalier (il a été directeur d'une recherche en sociopsychiatrie et psychothérapie institutionnelle au Douglas Hospital à Verdun, Québec), il consacre aujourd'hui son temps de travail psychanalytique à son cabinet privé.

Sémioticien (doctorat en sémiologie avec Roland Barthes) et psychanalyste, François Peraldi centre actuellement ses recherches sur la fonction de la parole et le champ du langage dans leur rapport d'une part au monde pulsionnel et de Vautre aux structures socio-économiques du champ social, mais en tant que le langage donne à l'inconscient sa structure.

ALAIN REY est Secrétaire général de la rédaction des dictionnaires « Robert » (S.N.L. — Le Robert), directeur de collections (1978). Membre élu du Conseil International de la langue française (depuis 1973). Codirecteur de la collection : « Initiation à la linguistique », librairie Klincksieck. Chargé d'enseignement à l'Université de Paris III (depuis 1973). Institut de Linguistique et de phonétique, Paris. Conseiller scientifique de l'Association française de terminologie (1975-80). Directeur de travaux pour le « Trésor de la langue française » (C.N.R.S.), 1975-77. Membre de l'I.S.O. TC 37. Codirecteur de la collection « Approaches to Semiotics » (Walter de Gruyter-Mouton, La Haye), 1979. Coreprésentant de la France de l'Association Internationale de Sémiotique (I.A.S.S. : International Association for Semiotic Studies).

Il est l'auteur de nombreux ouvrages : 1970, Littré, l'humaniste et les mots, Paris, Gallimard. 1970, La Lexicologie : Lectures, Paris, Klincksieck 1973, Théories du signe et du sens, t. I, Paris, Klincksieck. 1976, Théories du signe et du sens, t. II, Paris, Klincksieck. 1977, Le Lexique : Images et modèles, Paris, Armand Colin. 1978, Les spectres de la bande (essai sur la B.D.), Paris, Ed. de Minuit 1978, Antoine Furetière, imagier de la culture classique, in Dictionnaire de Furetière réédité par A. Rey, S.N.L. — Le Robert. 1979, Noms et notions : la terminologie, PUF, Coll. « Que sais-je? », Le théâtre, Bordas, 1980.

Il a collaboré à la réalisation de nombreux dictionnaires : Rédacteur en chef : Le Petit Robert, S.N.L., Paris, 1967 — 2e éd. 1978 : corédacteur en chef, avec J. Rey-Debove. Rédacteur en chef : Le Micro-Robert, S.N.L, Paris, 1970. Corédacteur (avec J. Rey-Debove) de : Supplément au Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, S.N.L, Paris, 1970. Rédacteur en chef : Le Petit Robert 2, S.N.L., Paris. Corédacteur en chef (avec J. Rey-Debove) : Dictionnaire Universel des Noms Propres (4 vol.), S.N.L., Paris, 1974. Dictionnaire des expressions et locutions françaises, par A. Rey et S. Chantreau, Paris, S.N.L. — Le Robert, 1979. Dictionnaire du français non conventionnel, par J. Cellard et A. Rey, Paris, Hachette, 1980.

GUY RONDEAU est titulaire de la chaire de terminologie à l'Université Laval et directeur du Groupe interdisciplinaire de recherche scientifique et appliquée en terminologie (GIRSTERM). Il a été président de l'Association internationale de linguistique appliquée (AILA) et est président du Comité consultatif canadien de l'ISO/CT 37 (terminologie : principes et coordination), membre de la Commission de terminologie de l'Office de la langue française et secrétaire général de Termia. Il a été directeur-fondateur du Département de linguistique à l'Université d'Ottawa en 1968, après avoir enseigné au Département de linguistique de l'Université de Montréal depuis 1959.

Parmi ses publications, on peut citer, outre de nombreux articles et exposés présentés lors de congrès ou colloques, Éléments de stylistique du français écrit, Montréal, P.U.M., 1964; « Introduction », dans Contributions canadiennes à la linguistique appliquée, Montréal, C.E.C. 1973; Bibliographie internationale de la terminologie (en collaboration avec H. Felber), Québec, GIRSTERM, 1979; Introduction à la terminologie, Montréal, C.E.C., 1981; Textes choisis de terminologie (en qualité de rédacteur et en collaboration avec H. Felber), Québec, GIRSTERM, 1981.

JOHN D. SMITH est diplômé de l'Université de Cambridge. De 1972 à 1975, il a occupé un poste de recherche au Christ's College de Cambridge; depuis 1975, il est maître-assistant de sanskrit à l'École des études orientales et africaines de l'Université de Londres.

En plus de ses recherches sur le sanskrit, il a travaillé sur la langue rajasthani médiévale et moderne et a effectué de fréquents séjours en Inde. Il est l'auteur d'un ouvrage et de nombreux articles d'indologie.

ALBERT VALDMAN, né à Paris en 1931, est professeur de français et de linguistique à l'Université d'Indiana-Bloomington. Diplômé de l'Université de Pennsylvanie (B.A. en langues romanes) et de l'Université Cornell (M.A., Ph.D. en linguistique française), il a enseigné au Foreign Service Institute (Département d'État des USA), à l'Université Penn State ainsi que, à titre de professeur invité, à l'Université Harvard, l'Université des Indes Occidentales (Jamaïque) et l'Université de Nice. Il a reçu les bourses Guggenheim (1968), Fulbright (1972) et NSF-OTAN (1975. Exerçant à l'Université d'Indiana depuis 1960, il a été directeur du Département de Linguistique et dirige actuellement l'Institut Créole.

Ses études portent sur la linguistique française, les langues créoles et l'acquisition des langues secondes. Ses récentes publications comprennent Introduction to French Phonology and Morphology (Newbury House, 1975), Le Créole : structure, statut et origine (Klincksieck, 1976) et trois ouvrages collectifs : Pidgin and Creole Linguistics (Indiana University Press, 1977), Le Français hors de France (Champion, 1979) et Theoretical Orientations in Creole Studies (en collaboration avec A. Highfield, Academic Press, 1980).

ROCH VALIN est professeur titulaire au département de Langues et linguistique de l'Université Laval, à Québec. Disciple du linguiste français Gustave Guillaume et légataire de tous les inédits de ce dernier, il a consacré sa carrière à la recherche en psychomécanique du langage. Outre ses fonctions à l'Université Laval, il a assuré, de 1961 à 1970, en mai et en juin, un enseignement à l'Institut Catholique de Paris. Il a en outre été professeur associé au Centre de Philologie et de Littérature romanes de l'Université de Strasbourg de janvier à juin 1967 et professeur invité au Centre universitaire de Chambéry en 1971 et en 1973. Il a fait des conférences dans de nombreuses universités européennes. Son plus récent ouvrage qui s'intitule Perspectives psychomécaniques sur la syntaxe, ouvre la voie à de nombreux développements de la théorie. L'auteur s'est vu offrir, en 1981, des Mélanges : Langage et psychomécanique du langage, pour Roch Valin, édités par André Joly et Walter Hirtle. Roch Valin poursuit actuellement ses recherches à Québec où il assume la fonction de directeur du Fonds Gustave Guillaume.

LOTHAR WOLF, professeur titulaire de linguistique romane à l'Université d'Augsburg, est né à Walldürn (Pays de Bade) en 1938. Licence 1962, doctorat 1966 et « Habilitation » en 1971 à Heidelberg. À partir de 1966, enseignement à l'Université de Heidelberg, 1973 également à l'Université de Trèves et 1975 à l'Université de Munich. Depuis 1973, professeur titulaire à l'Université d'Augsburg. Publications : Sprachgeographische Untersuchungen zu den Bezeichnungen für Haustiere im Massif Central. Versuch einer Interpretation von Sprachkarten (Tübingen, 1968); Texte und Dokumente zur französischen Sprachgeschichte. 16. Jh. (Tübingen, 1969); Id. 17. Jh. (Tübingen, 1972); Aspekte der Dialektologie. Eine Einführung in Methoden auf französischer Grundlage (Tübingen, 1975); Terminologische Untersuchungen zur Einführung des Buchdrucks in französischem Sprachgebiet (Tübingen, 1979); Altfranzösisch. Entstehung und Charakteristik (Darmstadt, 1981) (en collaboration avec W. Hupka); Le français régional d'Alsace. Étude de vocabulaire (Paris) (avec la collaboration de P. Fischer) [sous presse].




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