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ATELIER 8



Le sport amateur et le français au Québec

Conférenciers : François HUOT, journaliste, revue L'Entraîneur
Anne GAGNON, Speedo Canada Inc.
Gérald SIMOND, directeur général, Association sportive universitaire du Québec

Animateur :

François GODBOUT, vice-président, Association canadienne de tennis


Peut-on faire du sport amateur d'élite en français au Québec et au Canada? Pourquoi si peu de Québécois font-ils partie des équipes nationales canadiennes : natation, ski, boxe, équipe olympique, etc.? La méconnaissance de la langue anglaise est-elle un handicap sérieux pour les jeunes qui aspirent ou qui ont accès aux compétitions au plan canadien? Peut-on s'intégrer dans une équipe nationale canadienne si on connaît mal l'anglais? Qu'en pensent les athlètes et les entraîneurs? Les meilleurs sont-ils toujours sélectionnés?







Le sport amateur et le français : six ans
après les jeux olympiques

François HUOT



Si on se fie uniquement aux questions présentées dans la liste officielle, il semble, pour cet atelier, qu'on ne veuille aborder ici qu'un seul aspect de la question du sport amateur et du français au Québec, celui de l'intégration des francophones dans le sport. Pour ma part, j'aborderai évidemment cette question, mais tenterai d'élargir la perspective.

Francophones et anglophones

Quand on pose ces questions :

  • Peut-on faire du sport amateur d'élite en français au Québec et au Canada?

  • La méconnaissance de la langue française (n'aurait-on pas dû écrire « anglaise »?) est-elle un handicap sérieux pour les jeunes qui aspirent ou qui ont accès aux compétitions sur le plan canadien?

  • Peut-on s'intégrer dans une équipe nationale canadienne si on connaît mal l'anglais?

Ces questions, on ne peut que se les poser quand on a l'occasion de lire un article sur une suspension injustifiée ou sur le fait qu'un athlète francophone n'est pas sélectionné pour la participation à une compétition ou pour devenir membre d'une équipe nationale alors qu'il devrait normalement être retenu.

J'ai déjà eu l'occasion, avec un confrère journaliste, Denis Poulet, d'aborder de front cette question. Le résultat de notre recherche aboutit à un article publié dans L'Actualité de mai 1978 sous le titre « La grande tricherie ».

Nous avons découvert de nombreux cas où le « fair-play » anglais se conjuguait mal avec l'essor, voire la suprématie dans certains cas, d'athlètes francophones. Concrètement, nous avons relevé :

  1. des suspensions injustifiées,

  2. des structures politiques absurdes favorisant l'écrasement de la représentation francophone au sein des fédérations sportives nationales,

  3. des partis pris scandaleux dans la remise de certaines décorations ou l'obtention de certains honneurs,

  4. un « soupçon » permanent contre les francophones au sein des comités chargés de préparer les délégations canadiennes aux grandes rencontres internationales.

Je ne prendrai qu'un exemple tiré de cet article!

« Le handball est le sport où la discrimination affichée s'exerce le plus rudement. La Fédération québécoise compte 5 000 joueurs enregistrés, le reste du pays 1 500 seulement. La suprématie du Québec est telle, tant chez les hommes que chez les femmes, qu'il ne trouve de véritable compétition qu'en Europe.

« Or, les membres de l'équipe nationale, formée à 90 p. cent de Québécois, nous l'avons dit, se sont vu retirer toute aide fédérale avant les jeux de 1976. Canada Game Plan est même allé jusqu'à mettre en doute l'intérêt d'inscrire une équipe!

« Prétexte : l'équipe n'était pas suffisamment « représentative ». Or, cet organisme a aidé financièrement l'équipe de hockey sur gazon, un sport qui ne compte pas cent pratiquants réguliers au pays. Les membres de l'équipe, précisons-le, présentaient l'avantage de venir de la Colombie-Britannique. Heureusement, l'Association olympique canadienne décida que le Canada inscrirait des équipes dans tous les sports si les équipes se montraient déterminées à améliorer leurs performances.

« Malgré la concentration du handball au Québec, cette province ne comptait, avant les jeux, qu'un seul représentant sur sept au comité exécutif de l'Association canadienne. Et les conflits entre le Québec et la direction nationale se produisaient autant sur le terrain que dans les bureaux. Jacques Goulet, directeur technique de la Fédération québécoise, raconte un incident qui en dit long :

« C'était en 1976, à Toronto, lors du Championnat canadien. Frank Geulen, de Vancouver, président de l'Association canadienne, jouait pour la Colombie. Le Québec menait par 20 à 2 quand Geulen donna un violent coup de poing dans l'œil d'un de nos joueurs. Le soir, lors d'un banquet, les joueurs du Québec refusèrent d'applaudir à l'arrivée de Geulen. Le représentant du gouvernement fédéral, le ministre John Munro, en profita pour faire un discours sur le manque de savoir-vivre des Québécois. »

On le voit, la lutte s'est faite à plusieurs niveaux ...

Et en 1982?

Qu'en est-il aujourd'hui plus de six ans après la tenue des Jeux olympiques de 1976 à Montréal? Je dirais qu'il y a toujours des problèmes de la même nature que ceux évoqués à l'instant, mais qu'il convient de procéder à des affirmations plus nuancées.

Pour illustrer ceci, je prendrai deux exemples cités par Jo Malléjac dans sa dernière chronique publiée dans la Revue de l'entraîneur. Intitulé « Du rififi au Commonwealth », ce texte rendait compte de la façon dont certains athlètes ont été choisis ... ou oubliés.

Rappelant que la sélection était effectuée par un collège d'entraîneurs et que ces derniers ont un penchant pour défendre les athlètes dont ils ont la responsabilité, Jo Malléjac citait les cas de Francine Gendron et d'Alain Metellus. Voici ce qu'il écrivait :

« On comprend mal, par exemple, que la montréalaise Francine Gendron, spécialiste de demi-fond, ait pu être choisie, alors qu'elle n'est que 4e au 800 m et 3e au 1 500 m au pays. Grace Verbeek, qui l'a battue aux championnats nationaux au 800 m le 1er août à Ottawa et qui possède un meilleur chrono qu'elle (2'02"76 contre 2'03"32), restera raccommoder ses bas à Hamilton. »

Quant à Alain Metellus, notre chroniqueur indiquait ceci :

« Pour vous dire comment Brisbane a perturbé les esprits, indiquons qu'au moment des décisions, le cas du jeune sauteur en hauteur Alain Metellus (Montréal international) a été mis sur la sellette, en dépit du fait qu'il avait un bond de 2 m 21 à son actif. Mais les « objecteurs » de conscience, qui reprochaient à Alain (17 ans) d'être trop jeunes (sic), n'ont pas sourcillé quand ils ont ajouté le nom de Brigitte Reidbittner sur la liste. Or Brigitte, qui a eu 27 ans le 22 septembre. sait bien elle qu'elle ne fait pas partie des 25 spécialistes mondiales qui ont franchi 1 m 90 ou plus cette année. Et pour cause, car, en dépit de tous ses efforts, elle n'a pas pu s'élever au dessus de 1 m 84 cette saison.

« C'était un peu gros tout de même. Mais heureusement qu'au moment où sa valeur était mise en doute, Alain sautait 2 m 20 aux jeux pan-am juniors. On ne pouvait plus l'accuser de réussir ses exploits « dans son jardin ». ce qui fut dit hélas lors de la réunion du collège d'entraîneurs. Alain partira à Brisbane avec ses 2 m 21, ce qui constitue la 3e meilleure performance actuelle au Commonwealth. Et à 17 ans, c'est infiniment plus prometteur que s'il en avait 27. »

Qu'est-ce à dire? Que les préjugés, les entorses à la justice ne sont pas l'apanage d'un seul groupe, même si l'on peut toujours affirmer que les structures actuelles feront que les anglophones seront toujours capables de mettre les francophones « à leur place » ...

Veut-on des exemples? Bien qu'il n'y ait pas de statistiques précises sur les phénomènes, il est clair que les postes d'officiels et d'entraîneurs sont raflés par les anglophones qui, ainsi, profitent des avantages matériels (voyages, subventions) liés à ces fonctions. N'oublions pas non plus que la carrière d'un entraîneur et, surtout, d'un officiel peut durer de nombreuses années, ce qui explique la constitution de chasses gardées anglophones.

Oh! on ne peut pas toujours affirmer qu'il y a complot, car il y a des facteurs historiques, culturels et politiques (comme le refus du Québec de participer au programme national de certification des entraîneurs) qui peuvent expliquer une sous-représentation des francophones.

C'est vrai. On pourrait même reprocher aux francophones de trop attendre que tout leur soit servi sur un plateau d'argent. Ainsi de la situation de l'emploi au bureau administratif des fédérations sportives canadiennes : plusieurs fédérations auraient fait des pieds et des mains pour engager un francophone, mais n'auraient pas réussi à convaincre un francophone d'accepter le poste et de déménager à Ottawa ...

Et d'un autre côté, on a l'exemple de plusieurs fédérations où, lorsque les francophones ont décidé de prendre les choses en main, la situation a changé considérablement en faveur des francophones et du français.

Que conclure de tout ceci? D'une part, que les choses, dans ce domaine, ne sont pas aussi mauvaises qu'elles semblent l'être quelquefois ni qu'elles ne sont pas aussi bonnes qu'elles pourraient l'être.

D'autre part, qu'il est impossible d'émettre des jugements généraux, qu'il faut juger cas par cas de l'attitude des personnes et des structures.

Ainsi, selon l'esprit d'une équipe, la situation familiale et économique de l'athlète, l'entraîneur en place, la psychologie propre de l'athlète francophone, sa connaissance de l'anglais, il lui sera possible ou impossible de s'intégrer harmonieusement dans une équipe nationale canadienne.

Inutile de spécifier que lorsqu'un athlète doit déménager dans une autre province, le problème est davantage compliqué, car il s'agit dès lors non plus seulement d'un engagement sportif supplémentaire, mais d'un changement de culture. Telle est la véritable donnée du problème ...

Et au Québec?

Je voudrais maintenant aborder de façon succincte quelques aspects du sport amateur et du français au Québec.

Il n'y a pas, malgré le nombre important de fédérations sportives et les moyens importants dont elles disposent, un magazine ou journal les unissant, servant de lieu de rencontre, de débat, d'information. Alors que la presse spécialisée est en pleine explosion en termes d'augmentation du nombre de titres et de la qualité de ceux-ci, le monde du sport amateur n'a pas réussi à se donner un tel instrument, que des organisations et organismes beaucoup moins puissants ont pourtant réussi à mettre sur pied.

Présentement, le seul magazine francophone lié directement au sport amateur est La Revue de l'entraîneur qui, tel que le laisse supposer son appellation, est destiné à une clientèle bien précise.

Par rapport au rayonnement du français, ce magazine présente une trajectoire intéressante : d'abord constitué de simples traductions de textes anglais, ce magazine est depuis maintenant un an et demi administré, écrit, imprimé au Québec. De fait, la revue de l'entraîneur est totalement différente de son équivalent anglais, Coaching Review. Pour ma part, je crois que l'initiative de l'Association canadienne des entraîneurs, qui édite La Revue de l'entraîneur, mériterait d'être transposée dans d'autres domaines.

Car l'un des avantages de ce nouveau type de fonctionnement est la disparition du caractère hybride, voire médiocre, que l'on rencontre dans de nombreuses publications bilingues ou dans celles qui ne sont que de simples traductions. La bureaucratie fédérale accouche régulièrement de ce genre de publications qui nous donnent quelquefois l'envie d'aller lire le texte anglais pour bien comprendre la nature exacte des propos présentés.

Et dans le domaine du sport amateur, il y a légion de ces publications (documents techniques, chartes de fédérations, livres verts, blancs, etc.). Il y a même un périodique du nom de Champion qui est « champion » dans la pauvreté de la langue où, derrière le français, se profile la langue anglaise.

Un dictionnaire ou une encyclopédie québécoise des sports

Il y a environ un an paraissait, dans la collection des « Robert », un Dictionnaire des sports contenant, en plus des définitions de mots, des informations relatives aux règles de jeu. Ce dictionnaire n'est pas distribué ici volontairement, parce que les sports les plus populaires d'Amérique du Nord — hockey, football, baseball — sont à peu près inconnus en Europe. Et, réciproquement, parce que les sports européens les plus populaires ou sont joués ici selon des règlements différents ou emploient des mots inutilisés ici quand ils ne sont pas tout simplement combattus puisqu'il est fréquent que nous utilisions ici un mot français alors que les Français emploient le terme anglais.

Bref, la sagesse linguistique et, sans aucun doute, commerciale l'a emporté ... Mais nous n'avons toujours pas de dictionnaire des sports. Pourquoi ne pas en faire un, ou mieux, produire une encyclopédie des sports?

Il serait intéressant et utile de produire une telle œuvre : non seulement la langue y gagnerait en étendue, donc en profondeur, mais la connaissance même des sports s'en trouverait approfondie. Combien pauvres sont quelquefois la description et les analyses techniques en raison de la pauvreté du langage, phénomène dont on peut se rendre compte lorsqu'on suit un match sportif ... à la télévision anglaise.

Ce dictionnaire ou cette encyclopédie qui devrait regrouper, par exemple, les mots propres à un sport ou à un ensemble de sports, ne pourrait qu'avoir un effet d'entraînement : le journaliste, le commentateur ne pourraient rester « indifférents à un terme décrivant une autre particularité du jeu. La désignation par un mot précis de chacun des gestes fondamentaux d'un sport permettrait ensuite de mieux les repérer, les distinguer, les isoler de la chaîne dans laquelle ils se confondaient et les empêchaient d'obtenir une « individualité ».

Un exemple : quand un commentateur saura qu'il y a sept ou huit façons possibles de freiner brusquement en patin à glace, il pourra par la suite les analyser et, ensuite, en parler.

Cet ouvrage devrait contenir une partie alphabétique et, si c'est une encyclopédie, traiter de l'histoire des sports, des règlements, des gestes techniques, des principales règles d'entraînement.

On le voit, il s'agit d'un travail colossal qui soulèverait certainement de nombreuses polémiques puisqu'il existe souvent plusieurs mots pour désigner une même réalité (v.g. entraîneur, pilote, instructeur, coach) et qu'il y a différentes écoles de pensée relativement, par exemple, à l'emprunt de mots à la langue anglaise.

Au cas où toutes ces questions de langue et de vocabulaire vous intéresseraient, je me permets de vous suggérer la lecture d'un article de Stanley Aléong paru dans La Banque des mots (no 20, 1980, pp. 195-212). Intitulé « Histoire du vocabulaire québécois du hockey sur glace », cet article se termine par ces mots :

« Il existe de toute évidence un noyau de termes remontant aux origines mêmes du sport au Québec et qui constituent une sorte de patrimoine lexical transmis ou plutôt reproduit à travers les décennies. »

Bref, il s'agit ici d'un patrimoine qui a la particularité d'être encore bien vivant. D'où la difficulté évoquée à l'instant de faire des choix entre des mots et des idéologies linguistiques différentes. Mais il ne faut pas craindre de créer des précédents, surtout quand il s'agit de produire un instrument de travail qui sera utilisé par des multiplicateurs qui possèdent une large audience. Le français du Québec ne pourrait qu'y gagner.







Un point de vue

Anne GAGNON



Le nombre d'athlètes de pointe francophones subit l'influence de différentes forces.

À la base, le facteur temps est une influence majeure. Ce n'est seulement que récemment qu'il a été possible pour la population de se joindre à des clubs sportifs de ville ou de quartier. Les cercles fermés des organisations sportives connues dans le passé ont causé une discrimination sociale. Monsieur Tout-le-Monde ne pouvait pas s'inscrire au « club ». L'amélioration et la multiplication des installations sportives, influencées par la venue des Jeux olympiques de 1976, ont permis aux citoyens à revenus inférieurs de s'initier à de nouveaux sports dans la majorité des cas; ces citoyens sont de langue française. Nous sommes ainsi au centre d'une lente évolution du milieu sportif et de ce qu'il a à nous offrir.

Avant d'observer le nombre de réussites dans le milieu sportif québécois, il faut considérer la participation générale. Nous avons ici au Québec quelques-uns des meilleurs joueurs de hockey au monde, pourquoi? Tout simplement parce que le hockey fait partie intégrante de la vie quotidienne de la population canadienne-française. La société québécoise, supportée par les valeurs familiales, accepte que ses membres pratiquent notre sport national. On rêve de vedettariat avant même de pouvoir patiner. Où donc va la mentalité compétitive des sportifs amateurs?

Le sport amateur est souvent très individuel et demande des efforts qui ne sont pas toujours supportés par la population. L'effort devient ainsi beaucoup plus difficile lorsque l'athlète doit se détacher de la vie familiale pour poursuivre son but. Le support de la famille devient la seule ancre de l'athlète : si support il y a. Qui veut encourager un enfant de 10 ans à nager 4 heures par jour et à se lever aux petites heures du matin pour se rendre à la piscine en pleine tempête de neige? C'est un peu fou, mais si la natation faisait partie intégrante de la vie normale, il n'y aurait pas de problème.

L'athlète doit ainsi devenir un problème ou simplement une exception dans son milieu. Cette position n'est pas toujours bien vue dans notre société francophone québécoise. On aimerait bien recevoir les honneurs, mais on ne veut pas les cicatrices. Le laisser-aller qui est si souvent chronique chez certains n'encourage en rien l'esprit compétitif qui doit à tout moment guider l'entraînement et la vie quotidienne des athlètes.

Réussir dans un sport amateur veut souvent dire rejeter une partie de la mentalité qui nous entoure. Nombreux sont ceux qui l'ont fait et qui ont bien réussi. Ce n'est souvent qu'après leur succès que leur entourage a reconnu leurs efforts.

Voici quelques-unes des vedettes du sport québécois :

Jojo Carrier : nage synchronisée; Sylvie Fortier : nage synchronisée; Gaétan Boucher : patinage de vitesse; Johanne Falardeau : badminton; Francine Gendron : athlétisme; Claude Ferragne : athlétisme.

Ces athlètes se sont intégrés à la vie compétitive québécoise, canadienne aussi bien qu'internationale.

La langue française est très rarement utilisée lors de rassemblements sportifs internationaux. Les francophones membres des équipes nationales doivent s'intégrer au groupe en laissant le français de côté. Les communications se font en anglais et se transforment en jargon du sport. Il est même commun de rencontrer des athlètes francophones qui utilisent ce même jargon entre eux. Les termes techniques ne sont souvent connus qu'en anglais et les entraîneurs n'en connaissent pas plus.

Cependant il est à considérer qu'avec la lente évolution que nous connaissons présentement dans le monde du sport amateur, le vocabulaire français devrait lui aussi se répandre. De nombreuses cliniques sont maintenant organisées à l'échelle du Québec et le vocabulaire exact y est souvent transmis pour enseignement futur.

La popularité du français dans le sport amateur varie souvent d'un sport à l'autre. Les traditions veulent qu'au Canada la natation et le tennis soient davantage anglicisés, alors que l'athlétisme et l'escrime se veulent plus français. Certains sports ont su mieux utiliser notre langue maternelle.

Comment franciser le sport? Tout simplement en l'enseignant en français. Les cliniques et les conférences d'entraîneurs sont les moyens les plus directs de rejoindre les athlètes. Les médias sauront renseigner la population sur les temps de passage, plaques de touches, etc. Il faut quand même changer la mentalité avant de vouloir enseigner un nouveau vocabulaire.

Pour répondre aux questions concernant le sujet :

Oui il est possible de faire du sport amateur d'élite au Québec, mais difficilement au Canada.

Peu de membres des équipes nationales canadiennes sont de langue française parce que la mentalité québécoise se prête difficilement à la compétition individuelle.

Quiconque désire s'intégrer au niveau national ou international de compétition réussira si la volonté de vaincre y est, qu'il soit francophone ou anglophone.







Les meilleurs seront sélectionnés

Gérald SIMOND



Avant de répondre aux diverses questions soumises à cet atelier, il serait utile, je crois, de dire quelques mots sur la situation des organismes de régie du sport amateur au Québec au début des années 60.

À cette époque, la très grande majorité des organismes de sport amateur du Québec étaient des filiales ou des divisions des associations ou des fédérations sportives canadiennes. Ces organismes québécois, dont certains avaient été créés au début du siècle, étaient dirigés pour ainsi dire à cent pour cent par des Québécois anglophones.

C'est ainsi que j'ai siégé au conseil de la Quebec Track and Field Association que le statut juridique définissait comme une filiale de l'organisme canadien. De 1961 à 1964, seulement deux ou trois des quinze membres que comptait le conseil étaient d'expression française. Inutile de dire que toutes les communications écrites ou parlées étaient en anglais. J'ai constaté la même chose à la Canadian Amateur Ski Association — Quebec Division bien que plus de cinquante pour cent des membres du conseil aient été francophones.

On ne saurait cependant blâmer les dirigeants de l'époque. Était-ce leur faute si peu de Québécois s'engageaient dans leur association après avoir quitté la compétition. À la décharge de ces derniers, il faut reconnaître que les structures de l'époque étaient peu invitantes.

C'est en 1967 ou en 1968 que s'est amorcée la prise en main des organismes de régie sportive par des Québécois francophones. La création du Haut-Commissariat à la Jeunesse, aux Loisirs et aux Sports et la tenue des Jeux olympiques à Montréal ont accéléré le processus de francisation. Aujourd'hui, à part certains sports de popularité marginale tels que le cricket ou le rugby, toutes les associations et fédérations sportives du Québec sont dirigées par des francophones. Les statuts et règlements de ces organismes sont rédigés en français. Leur statut juridique est établi selon les lois du Québec et la relation avec les fédérations canadiennes s'inscrit dans la pyramide des structures du sport international : fédérations internationales — fédérations nationales — fédérations régionales.

Il est intéressant de noter que la langue française est demeurée la langue la plus utilisée au niveau des grands organismes internationaux de sport amateur. Mais peu de Canadiens (et encore moins de Québécois) sont présents dans ces organismes.

L'influence canadienne dans le sport international se limite aux organisations de sport panaméricaines et du Commonwealth où le rôle des Québécois est pratiquement inexistant.

Sur le terrain, la situation a également complètement changé au cours des quinze dernières années. Les athlètes, les entraîneurs, les instructeurs, les responsables d'équipes ou de clubs sont en très grande majorité d'expression française. À la question « peut-on faire du sport amateur d'élite au Québec? », je répondrai oui, sans l'ombre d'un doute. Si voilà vingt ans la langue pouvait être un obstacle pour le Québécois qui voulait accéder au sport d'élite, ce n'est plus le cas. Disons que c'est plutôt une question de mentalité et de ressources. Ainsi, un athlète des provinces anglophones peut plus facilement s'absenter de son travail ou être dispensé de ses cours à l'école ou à l'université pour participer à une compétition nationale ou internationale qu'un athlète québécois. Il y aurait toute une éducation à faire du côté des dirigeants d'entreprises, des professeurs et des administrateurs.

Nos jeunes athlètes trouvent au Québec les structures d'accueil qui leur permettront de se développer dans le sport de leur choix, et ce, dans presque toutes les régions. Pour la poursuite de l'excellence, on trouve les ressources humaines et des installations dernier cri dans les grands centres. Dans la plupart des sports, la participation aux championnats canadiens et aux épreuves de qualification pour les grands événements internationaux ne pose pas de problème majeur qui soit relié à la langue.

Si le problème se pose, c'est à la phase suivante, soit à l'occasion de la sélection des équipes nationales. Il appartient en fait aux fédérations canadiennes de former des équipes représentatives pour les divers championnats du monde ou pour les grands tournois internationaux. Pour les Jeux olympiques par exemple, cette responsabilité échoit au comité olympique canadien qui, à partir des standards établis par les fédérations internationales, détermine la composition des délégations canadiennes.

Il faut bien admettre que la situation minoritaire du Québec au sein de ces diverses instances canadiennes ne favorise guère l'athlète québécois. Mais cette situation n'est pas unique. Le même problème existe en Belgique (Flamands et Wallons), en Suisse (Suisses allemands, français et italiens), pour ne citer que deux cas.

On ne peut naturellement pas généraliser, car ce qui vaut pour un sport ne s'applique pas pour d'autres.

  • Les sports dont la popularité ou le niveau de développement est plus avancé au Québec qu'ailleurs au Canada, par exemple le handball et l'haltérophilie, comptent plus d'athlètes sur les équipes nationales venant du Québec que des autres provinces.

  • Les sports individuels dont les performances sont mesurables, par exemple l'athlétisme et la natation (donc où c'est le résultat qui compte), sont autant à la portée des athlètes d'expression française que des autres. On doit cependant déplorer par-ci par-là des cas de favoritisme lors de la sélection. En principe, la question de la méconnaissance de l'anglais ne devrait pas être un handicap dans ce genre de discipline vu que durant l'exécution de la performance, l'athlète est seul face à ses adversaires.

  • Les sports dont la performance se juge par appréciation, par exemple la gymnastique et le patinage artistique, ne devraient en principe pas empêcher qu'un athlète québécois francophone se signale même s'il ne parle pas du tout l'anglais puisque là encore, il est jugé pour l'exécution de sa performance et qu'il est également en face ou à côté de ses adversaires.

  • Il en va tout autrement dans les sports d'équipe, par exemple basketball ou volleyball. L'esprit d'équipe, la compréhension des stratégies de jeu, les relations entre joueurs en cours de partie nécessitent que tous les membres d'une équipe se parlent, se comprennent et puissent comprendre les instructions de leur entraîneur. À l'exception du handball, la loi du nombre défavorise nos athlètes francophones. Il arrive que des équipes nationales aient deux entraîneurs dont un d'expression française (ex. l'équipe olympique de hockey 1984). Pour les sports collectifs, la connaissance de l'anglais, à valeur égale, est un atout.

D'une manière générale, la méconnaissance de l'anglais ne devrait pas être un handicap pour les athlètes québécois francophones qui désirent accéder aux équipes nationales. Compte tenu des structures du sport amateur canadien, il restera toujours des difficultés de représentativité qui font que la valeur de nos athlètes francophones ne pourra pas toujours être défendue efficacement.

Les instances du sport québécois devront certainement chercher une plus grande implication de leurs dirigeants aux niveaux national et international où la connaissance de l'anglais est indispensable.

Quant à la question « Peut-on s'intégrer dans une équipe nationale canadienne si l'on connaît mal l'anglais? » plusieurs athlètes québécois pourraient témoigner d'expériences aussi variables que varices. En 1970, alors que je dirigeais la délégation canadienne aux Jeux mondiaux universitaires qui se déroulaient à Turin, en Italie, je peux vous dire que les membres de l'équipe de basketball, composée uniquement d'anglophones, recherchaient la compagnie des athlètes québécois grâce auxquels ils pouvaient communiquer plus facilement avec les Italiens et les autres athlètes de pays francophones. Pour leur part, les athlètes québécois qui ne parlaient que très peu l'anglais parvenaient à communiquer avec des athlètes anglais, américains, etc. grâce à l'aide de leurs camarades Canadiens anglais. De mon côté, j'avais insisté pour que le personnel d'encadrement (médecins, soigneurs, etc.) puisse parler français afin de faciliter au maximum les rapports avec les organisateurs italiens plus à l'aise en français qu'en anglais. Il m'apparaissait indispensable que les relations entre les équipes et les organisateurs soient faciles et efficaces. Les faits m'ont donné raison et cette expérience fut appréciée de toute la délégation.

Il est évident que de telles situations ne peuvent se vivre lors des Jeux panaméricains ou des Jeux du Commonwealth, ceux-ci se déroulant dans un contexte totalement anglophone. Mais dans le cas des différents championnats du monde, coupes du monde et autres grands tournois internationaux qui se déroulent pour la plupart dans les pays européens, la méconnaissance de l'anglais peut être un handicap pour l'équipe canadienne. Je peux affirmer toutefois que pour les relations avec les athlètes européens et les contacts avec les gens du pays où a lieu la compétition (s'il s'agit d'un pays européen), parler français n'est certainement pas un handicap, mais serait plutôt un atout.

Alors, aux jeunes qui se retranchent parfois derrière l'excuse un peu trop facile « À quoi bon tenter d'aller plus loin, je ne parle pas l'anglais, je ne ferai donc jamais partie de l'équipe nationale », je réponds : La performance ne s'exprime ni en anglais, ni en français, ni en russe, ni en allemand et pas plus en japonais qu'en chinois. La performance, c'est le résultat chiffré des efforts de l'athlète, de sa volonté d'être parmi les meilleurs et ce sont les meilleurs qui seront sélectionnés.