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Indicateurs
de la langue du travail au Québec
édition 1994

Section 1


Points de repère sur la population


1.1 Langue maternelle
Montréal métropolitain et ensemble du Québec, 1951-1991



En bref
La population de langue maternelle française de la région métropolitaine de Montréal s'est accrue en pourcentage de 1971 à 1986, tandis qu'elle aurait diminué de 2 points de pourcentage de 1986 à 1991.



La langue maternelle et la langue d'usage sont des éléments clefs de l'analyse démolinguistique. Selon Statistique Canada, source de cet indicateur, la langue maternelle est définie comme étant la première langue apprise et encore comprise. Toutefois, Statistique Canada a modifié les questions à quelques reprises. L'éventail des catégories de réponse a été élargi à partir du recensement de 1981 pour permettre les déclarations doubles et multiples. Ce schème de réponses s'applique aussi à la langue d'usage depuis le recensement de 1986. De plus, en 1991, I'ordre des questions a été modifié affectant les statistiques sur la répartition de la population selon les caractéristiques linguistiques. Compte tenu de ces changements, il apparaît prudent de considérer que des variations inférieures à 1 % entre les années ne reflètent pas nécessairement des variations réelles1.

De 1951 à 1991, la population québécoise s'est accrue, passant de 4 à 6,9 millions de personnes. Le taux d'accroissement pour l'ensemble du territoire québécois est d'environ 70 %. Toutefois, l'évolution varie selon la langue maternelle, la région et la période.

Dans l'ensemble du Québec, la proportion de francophones2, définis selon la langue maternelle, a baissé de 1951 à 1971 (82,5 % et 80,7 %) et a augmenté de 1971 à 1986, atteignant alors 82,9 %. En 1991, cette proportion est de 82,1 %. La variation étant inférieure à 1 %, on ne peut conclure en toute certitude qu'il y a eu diminution. Le pourcentage d'anglophones a régulièrement diminué entre 1951 (13,8 %) et 1991 (9,6 %), et celle des allophones a progressé, passant de 3,7 % en 1951 à 8,3 % en 1991.

La population de la région métropolitaine de Montréal s'est accrue à un rythme plus rapide que dans les autres régions du Québec : elle a plus que doublé en 40 ans. Cependant, la majeure partie de cette croissance s'est produite entre 1951 et 1971. La population est passée de 1,4 million à 2,7 millions de 1951 à 1971, puis à 3,1 millions en 1991, soit une croissance de 1,3 million au cours des 20 premières années puis de 0,4 million au cours des 20 dernières. La proportion des allophones a eu tendance à croître au cours de cette période, tandis que celle des anglophones a diminué. Quant au pourcentage de francophones, il a augmenté jusqu'en 1986 pour atteindre 69,7 % en 1986 ; il serait de 68,4 % en 1991.




Tableau 1.1
Pourcentage de la population selon la langue maternelle,
ensemble du Québec et Montréal métropolitain, 1951-1991



Graphique 1.1
Pourcentage de la population selon la langue maternelle,
Montréal métropolitain, 1951-1991






1 Le traitement différent des réponses multiples aux divers recensements introduit une certaine variation qui est plus explicite en 1991. Statistique Canada (no 92-335F, page 5) écrit à ce sujet : "Les données recueillies à l'aide du questionnaire 2B de 1991 [source de l'échantillon de 20 %] ne sont pas directement comparables à celles des recensements antérieurs" puisque le libellé et l'ordonnancement des questions portant sur les langues ont été modifiés dans ce questionnaire. "Les estimations produites à partir [de ce questionnaire] devraient être plus fiables" (ibid., page 28) puisque le taux de réponses multiples, celles qui doivent être réparties entre les groupes linguistiques par un artifice mathématique, a diminué de 3,4 % à 1,2 % (ibid, page 27). Ces réponses étant plus fréquentes parmi les allophones, ils en sont plus affectés. Les anglophones le sont davantage que les francophones, entre autres parce qu'ils sont moins nombreux : I'ajout de 5 mille personnes à un groupe de 500 mille (nombre approximatif d'anglophones) produit un accroissement de 1 % alors que le même ajout accroît de 0,1 % un groupe de 5 millions (nombre approximatif de francophones).

La comparaison des données de l'échantillon (20 %) et des données intégrales constitue un indice de l'effet du traitement différent des réponses multiples. Cette comparaison montre que les pourcentages d'anglophones et d'allophones varient, selon les banques de données, d'environ 0,5 % (ibid, tableau 6.6). En outre, comme les changements au questionnaire affectent surtout ces deux groupes et qu'ils sont concentrés dans la région métropolitaine de Montréal, les variations dans cette région seraient supérieures à 0,5 %. Les recensements antérieurs n'ayant évidemment pas profité de cette amélioration des questions, le pourcentage d'anglophones y est surestimé, celui des francophones aussi mais dans une moindre mesure, tandis que la proportion d'allophones est sous-estimée.

Ces changements ont aussi des effets sur les comparaisons des groupes linguistiques selon diverses dimensions telles la langue d'usage, la connaissance des langues, la scolarité ou encore la participation à la main-d'œuvre active, puisque dans les années passées un plus grand pourcentage d'allophones se sont vu attribuer l'anglais ou le français comme langue maternelle. [retour au texte]

2 Nous avons adopté, pour l'instant, la méthode d'ajustement des réponses multiples de 1981 proposée par Statistique Canada. [retour au texte]




1.2 Langue d'usage
Montréal métropolitain et ensemble du Québec, 1971-1991




En bref
Dans la région métropolitaine de Montréal, la proportion d'anglophones, définie selon la langue d'usage, diminue depuis 1971, tandis que celle des francophones augmente de 1971 à 1981 et que celle des allophones s'accroît de 1981 à 1991.



L'information sur la langue d'usage, c'est-à-dire la langue la plus souvent parlée à la maison, n'est recueillie par les recensements que depuis 1971. Cependant, les déclarations multiples ne sont offertes aux recensés que depuis 1986, comme nous l'avons mentionné à l'indicateur 1.1, Langue maternelle.

Dans l'ensemble du Québec, la proportion de francophones1, définie selon la langue d'usage, s'est accrue, entre 1971 et 1991, de 2 points, et celle des allophones, de 1 point. En contrepartie, la proportion des anglophones décroît de 4 points pour l'ensemble du Québec.

Dans la région métropolitaine de Montréal, les modifications de la composition linguistique de la population sont plus prononcées. Le pourcentage de francophones augmente de 3 points et atteint 69 % en 1986 et se maintient en 1991, tandis que celui des allophones s'accroît de 3 points et passe à 12 %. Le poids démographique des anglophones diminue de 6 points ; ils représentaient 25 % de la population de la région de Montréal en 1971 et 19 % en 1991.

La comparaison de ces données avec celles de l'indicateur 1.1 portant sur la langue maternelle montre que la communauté anglophone de la région métropolitaine de Montréal est relativement plus importante lorsqu'elle est définie par la langue d'usage (19 % en 1991) que par la langue maternelle (15,5 %), ce qui indique qu'elle profite davantage des transferts linguistiques. Toutefois, les études récentes montrent que cette tendance est moins prononcée chez les nouveaux immigrants : ils conservent, d'une part, de plus en plus leur langue maternelle (9 % en 1971 et 12 % en 1991) et, d'autre part, lorsqu'il y a transfert vers une autre langue, s'il demeure favorable à l'anglais, la part vers le français s'accroît.

Les transferts linguistiques constituent un indicateur du pouvoir d'attraction des langues. Le phénomène observé tendrait donc à montrer une amélioration du statut du français. Toutefois, une partie de l'accroissement des transferts vers le français provient d'un changement de l'origine des immigrants. En effet, le Québec reçoit davantage de personnes qui, par leur origine culturelle ou encore par l'histoire politique de leur pays de provenance, sont plus enclines à favoriser le français2, par exemple celles provenant d'anciennes colonies françaises.




Tableau 1.2
Pourcentage de la population selon la langue d'usage,
ensemble du Québec et Montréal métropolitain, 1971 -1991



Graphique 1.2
Pourcentage de la population selon la langue d'usage,
Montréal métropolitain, 1971 -1991






1 Nous avons adopté, pour l'instant, la méthode d'ajustement des réponses multiples de 1981. Une partie des changements observés entre 1991 et les années antérieures, ou encore l'absence de changement, pourrait être due à un nouvel ordonnancement des questions sur les langues au recensement de 1991. [retour au texte]

2 Daniel Monnier, Les choix linguistiques des travailleurs immigrants et allophones, Québec, Conseil de la langue française, Les Publications du Québec,"Dossiers", no 37, 1993, chapitre V ; Charles Castonguay, L'assimilation linguistique : mesure et évolution - 1971-1986, Québec, Conseil de la langue française, Les Publications du Québec, "Dossiers", no 41, 1994, chapitre 7. [retour au texte]




1.3 Connaissances des langues, par langue maternelle et région
ensemble du Québec, 1971-1991




En bref
Dans la région de Montréal, la proportion d'anglophones et d'allophones qui déclarent connaître le français s'est accrue respectivement de 25 et de 20 points de pourcentage entre 1971 et 1991, tandis que la connaissance de l'anglais chez les francophones a augmenté de 8 points.



La connaissance du français et de l'anglais augmente régulièrement : les francophones1 qui disent connaître les deux langues passent de 26 % en 1971 à 32 % en 1991 (gain de 6 points), tandis qu'à Montréal l'augmentation est plus importante : elle passe de 38 % à 46 % (gain de 8 points). Chez les anglophones et les allophones, la croissance est plus forte, particulièrement dans la région métropolitaine de Montréal. En effet, la proportion des anglophones qui déclarent connaître les deux langues passe de 35 % à 60 % et celle des allophones s'accroît de 35 % à 48 %.

Notons que, chez les allophones de la région métropolitaine de Montréal, la connaissance du français a réalisé des gains. L'addition des unilingues et des bilingues montre qu'en 1971, 48 % d'entre eux disaient connaître au moins le français, alors que ce pourcentage atteint 68 % en 1991. La connaissance du français a donc progressé chez les allophones et elle se situe sensiblement au même niveau que l'anglais en 1991 (69 %).

Les écarts entre les groupes linguistiques montrent que la connaissance des deux langues est à l'avantage des anglophones et des allophones. Il y a 29 points d'écart en 1991, pour l'ensemble du Québec, entre les anglophones et les francophones. Cette tendance s'amplifie depuis 1971 : I'écart était alors de 11 points. Pour la région de Montréal, avant 1981, I'avantage de la connaissance d'une autre langue était le lot des francophones. Après 1981, cet avantage revient aux anglophones ; en 1991, I'écart est de 14 points. Lors de ce dernier recensement, les pourcentages de bilingues parmi les allophones et les francophones sont semblables. Notons que les migrations interprovinciales, présentées à l'indicateur 1.4, expliquent tout au moins en partie l'évolution du bilinguisme.

Parmi les allophones, on remarquera une diminution du pourcentage de ceux qui ne connaissent ni le français ni l'anglais et de ceux qui maîtrisent seulement l'anglais. En contrepartie, la connaissance exclusive du français et celle des deux langues s'accroissent.

Ces données sur la connaissance des langues portent sur l'ensemble de la population, elles présentent un certain intérêt puisque si toutes ces personnes ne sont pas sur le marché du travail, elles constituent néanmoins des consommateurs ; elles influencent donc au moins la langue du travail des personnes en contact avec la clientèle. Les indicateurs 2.4 et 2.5, traitant du bilinguisme parmi la population active sur le marché du travail, offrent une information complémentaire qui produit une image relativement différente.




Tableau 1.3
Pourcentage de la population selon la connaissance des langues,
par langue maternelle,
ensemble du Québec et Montréal métropolitain, 1971 -1991



Graphique 1.3
Pourcentage de la population selon la connaissance des langues,
par langue maternelle,
Montréal métropolitain, 1971-1991






1 Nous avons adopté, pour l'instant, la méthode d'ajustement des réponses multiples de 1981. Une partie des changements observés entre 1991 et les années antérieures, ou encore l'absence de changement, pourrait être due à un nouvel ordonnancement des questions sur les langues au recensement de 1991. [retour au texte]





1.4 Migrations interprovinciales
ensemble du Québec, 1966-1991



En bref
Les migrations interprovinciales créent une perte de résidents dans tous les groupes linguistiques, à l'exception des francophones, en 1991. La perte est plus élevée chez les anglophones que chez les autres groupes, particulièrement au cours des années 1976 à 1981.



Les migrations interprovinciales peuvent être dénombrées à partir des recensements puisque les recensés devaient indiquer la province qu'ils habitaient il y a 5 ans. Les mouvements de population modifient à moyen et à long termes la composition démolinguistique du Québec. En outre, ils sont eux-mêmes influencés, tout au moins en partie, par les caractéristiques linguistiques des personnes. D'autres éléments, tel le développement économique régional, agissent sur ces déplacements.

Les migrations interprovinciales du Québec produisent, à chaque période d'observation, un solde négatif, c'est-à-dire que les personnes qui quittent la province sont plus nombreuses que celles qui s'y installent. De 1966 à 1971, les entrées ont été d'environ 85 000 personnes tandis que les sorties atteignaient environ 160 000. Le résultat net des entrées et sorties se traduit par une perte au bilan démographique d'environ 76 000 personnes. Pour le lustre suivant, le solde encore négatif est moins important et se situe aux environs des 62 000. Entre 1976 et 1981, la perte atteint un sommet d'environ 141 000. Au cours de ce lustre, toutes les provinces ont connu un solde négatif à l'exception de l'Alberta et de la Colombie-Britannique1. Aux périodes suivantes, la perte tend à diminuer : elle gravite autour de 63 000 en 1986 et de 25 000 en 1991.

Lorsque l'on distribue les migrations interprovinciales selon la langue maternelle et la langue d'usage, le portrait général reste le même. En effet, quelle que soit la langue maternelle, on observe un solde négatif qui indique plus de sorties que d'entrées. Toutefois, les migrants dont la langue d'usage est l'anglais présentent le plus fort solde négatif pour tous les lustres présentés dans le tableau ci-contre. Chez les migrants de langue d'usage française, le solde n'a pas l'ampleur observée chez les anglophones et il reste relativement constant, tout comme chez les migrants allophones.

L'émigration des anglophones s'inscrit dans un mouvement migratoire qui n'est pas nouveau et dont les causes sont multiples. L'adaptation aux contextes culturel, linguistique et politique de la province d'accueil et d'émigration en constitue une dimension. En effet, cette tendance est plus prononcée parmi les anglophones unilingues alors qu'au contraire, les francophones bilingues quittent plus souvent2. Ce phénomène explique, tout au moins en partie, I'évolution du bilinguisme présentée aux indicateurs 2.4 et 2.5.

Les motifs économiques ont aussi une part. Depuis le début du siècle, le contrôle de l'économie canadienne s'est déplacé vers Toronto attirant l'élite économique de Montréal3. Ces migrations, liées aux transformations de l'économie nationale, ont favorisé l'essor de l'économie locale de Toronto, cette dernière accroissant encore son pouvoir d'attraction et donnant ainsi un second souffle à l'émigration du Québec. À ce mouvement qui date de plusieurs décennies s'ajoute le développement de l'Ouest canadien qui, par suite de la flambée des prix du pétrole, entraîne la création d'entreprises et d'emplois. Plus récemment, il faut tenir compte de la zone d'influence économique du Pacifique où un nouvel essor économique se dessine.




Tableau 1.4
Répartition (en milliers) des migrations interprovinciales et solde migratoire interprovincial,
par langue maternelle et par langue d'usage,
ensemble du Québec, 1966-1991



Graphique 1.4
Solde migratoire interprovincial (en milliers), par langue maternelle,
ensemble du Québec, 1966-1991







1 Jean Dumas, La conjoncture démographique, Statistique Canada, no 91-209F, Ottawa, 1990, p. 94-97. [retour au texte]

2 Mireille Baillargeon, « L'évolution et les caractéristiques linguistiques des échanges migratoires interprovinciaux et internationaux du Québec depuis 1971 », dans L'état de la langue française au Québec, Québec, Conseil de la langue française, « Notes et documents », no 58 , 1986, tome 1, p. 160-162 ; Mireille Baillargeon et Claire Benjamin, Taux de présence de l'immigration au Québec : analyse et commentaires, gouvernement du Québec, ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, Québec, 1989, p. 47. [retour au texte]

3 William J. Coffey et Mario Polèse, « Le déclin de l'empire montréalais : regard sur l'économie d'une métropole en mutation », Recherches sociographiques, XXXIV, no 3, 1993, p. 417-437. Mario Polèse, « La thèse du déclin économique de Montréal, revue et corrigée », Montréal, L'actualité économique, vol. 66, no 2, 1990. [retour au texte]




1.5 Immigration internationale, par région
ensemble du Québec, 1971-1986



En bref
Dans la région métropolitaine de Montréal, la composition linguistique de la population immigrée active sur le marché du travail se modifie ; les pourcentages d'allophones et de francophones s'accroissent et en contrepartie, la représentation des anglophones diminue.



L'immigration internationale dépend, entre autres, des conflits internationaux, de la situation économique et politique des pays d'émigration et des politiques des pays d'accueil ; ainsi, les flux migratoires et la composition linguistique de l'immigration varient selon les périodes. De 1966 à 1971, le Québec a admis près de 150 000 immigrants, environ 100 000 de 1976 à 1981 et plus de 170 000 de 1986 à 19911. La croissance au cours de ce dernier lustre provient, tout au moins en partie, d'un programme du gouvernement fédéral visant à régulariser la situation de réfugiés dont le traitement des requêtes avait un certain arriéré (environ 20 000 admis) et de la volonté du gouvernement québécois d'accueillir environ 25 % de l'ensemble des immigrants reçus au Canada, soit un pourcentage qui correspond au poids démographique du Québec.

Les immigrés actifs sur le marché du travail (personnes de 15 ans ou plus au travail ou à la recherche d'un emploi) résident en majorité dans la région métropolitaine de Montréal : environ 89 % habitent cette région en 1986. La concentration géographique varie cependant selon la langue maternelle : 77 % des immigrés francophones résident dans la région alors que ce pourcentage avoisine les 90 % chez les immigrés anglophones et allophones. La tendance plus prononcée parmi ces derniers accentue les effets de l'immigration sur la population de Montréal.

L'immigration a contribué à modifier la composition linguistique de la main-d'oeuvre de la région métropolitaine. En 1971, 60 % des immigrés actifs étaient allophones, 25 % de langue maternelle anglaise et 15 % de langue maternelle française. En 1986, 65 % étaient allophones, 17 % anglophones et 18 % francophones. La quasi-égalité de ces deux derniers pourcentages ne signifie pas pour autant que l'immigration contribue en 1986 à maintenir le poids respectif de ces deux groupes linguistiques dans la population active. En effet, en 1986, il y avait environ quatre fois plus de francophones que d'anglophones dans l'ensemble de la population active de la région de Montréal2, mais un nombre à peu près équivalent parmi les immigrés ; le rapport entre francophones et anglophones au sein de la population active et au sein des immigrés est donc inégal.

Au cours de ces années, la contribution de l'immigration au poids démographique des divers groupes linguistiques s'est donc modifiée. Il s'agit d'un des facteurs qui expliquent l'augmentation de la part des emplois détenus par les allophones et francophones et une diminution de celle des anglophones, ce qu'aborde l'indicateur 2.1, Répartition des emplois et taux de chômage, selon la langue maternelle.




Tableau 1.5
Nombre d'immigrés (en milliers) actifs sur le marché du travail selon la langue maternelle,
par région,
ensemble du Québec, 1971 -1986



Graphique 1.5a
Pourcentage de la population immigrée active
résidant dans la région métropolitaine,
par langue maternelle,
ensemble du Québec, 1986



Graphique 1.5b
Pourcentage* de la population immigrée active sur le marché du travail
selon la langue maternelle,
Montréal métropolitain, 1971 -1986


1 Marc Termote, L'avenir démolinguistique du Québec et de ses régions, Québec, Conseil de la langue française, Les Publications du Québec, « Dossiers », no 38, 1994, tableau 3.8. [retour au texte]

2 Voir l'Indicateur 2.6, Population active, par grand secteur d'activité et région, selon la langue maternelle. [retour au texte]




1.6 Participation au marché du travail, par langue maternelle et région ensemble du Québec,
1971-1991



En bref
En 1971, les francophones représentaient 78 % de la population active ; ce pourcentage atteint 82 % en 1981 et il se maintient à ce niveau jusqu'en 1991.



La participation au marché du travail reflète la disponibilité des individus au travail. Ceux-ci sont répartis en deux groupes : les « actifs », ceux qui détiennent un emploi ou sont en chômage, et les « inactifs », ceux qui ne travaillent pas et ne sont pas à la recherche d'un emploi. L'évolution de la participation au marché du travail est une dimension importante puisque l'accroissement des francophones dans la population active devrait avoir des incidences positives sur la francisation du travail au Québec. Dans la mesure où ces personnes actives détiennent effectivement un emploi, le nombre de communications de travail en français à l'intérieur des entreprises devrait augmenter et, comme le travail est généralement la principale source de revenus, la demande de services en français devrait croître.

Pour l'ensemble du Québec, tous les groupes linguistiques, définis par la langue maternelle1, présentent la même tendance : depuis 1971, il y a augmentation de la proportion des individus actifs. La croissance est particulièrement marquée chez les francophones (14 points de pourcentage), la proportion des actifs étant passée de 52 % à 62 % entre 1971 et 1981, puis à 66 % en 1991. Chez les anglophones, elle augmente de 57 % en 1971 à 62 % en 1981 et atteint 64 % en 1991 (croissance de 7 points). Finalement, chez les allophones, cette proportion s'accroît de 61 % à 64 % au cours de la première décennie et elle serait demeurée sensiblement au même niveau par la suite. Ainsi, la positon relative des groupes s'est modifiée : alors que les francophones avaient le plus faible taux de participation au marché du travail en 1971, ils ont au contraire le plus élevé en 1991.

Ces tendances générales s'observent tant dans la région métropolitaine de Montréal que dans les autres régions. Cependant, elles se distinguent sous deux aspects : la croissance est moins rapide à Montréal (11 points comparativement à 14 points à l'extérieur), mais le taux d'activité y demeure plus élevé à toutes les périodes d'observation ; en 1991, un écart de 3 points les sépare.

La croissance de la proportion de francophones dans la population2 et l'accroissement du pourcentage de personnes actives font en sorte qu'ils représentent une part de plus en plus importante de l'ensemble de la main-d'oeuvre du Québec, comme le graphique l'illustre. En 1971, ils représentaient 78 % de main-d'oeuvre active et 82 % en 1981, ce pourcentage demeure semblable jusqu'en 1991.

Toutefois, le poids des francophones sur le marché du travail ne dépend pas que de la disponibilité au travail des divers groupes linguistiques, mais également de leur taux de chômage, ce qu'explore l'indicateur 2.1.




Tableau 1.6
Pourcentage des personnes actives, par langue maternelle et région,
ensemble du Québec, 1971-1991



Graphique 1.6
Pourcentage de la population active selon la langue maternelle,
ensemble du Québec, 1971-1991






1 Nous avons adopté, pour l'instant, la méthode d'ajustement des réponses multiples de 1981. Une partie des changements observés entre 1991 et les années antérieures, ou encore l'absence de changement, pourrait être due à un nouvel ordonnancement des questions sur les langues au recensement de 1991. [retour au texte]

2 Voir l'indicateur 1.1, Langue maternelle. [retour au texte]


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