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Le français et les langues scientifiques de demain

Le français et
les langues scientifiques
de demain
Actes du colloque
tenu à l'Université du Québec à Montréal
du 19 au 21 mars 1996






LES RÉSEAUX ÉLECTRONIQUES
Jean-Claude Guédon
Université de Montréal

L'AUTEUR N'A PAS FOURNI DE TEXTE





LES RÉSEAUX SCIENTIFIQUES
Jacques Bretteville
AUPELF•UREF

L'AUTEUR N'A PAS FOURNI DE TEXTE





THÈME V

LA PROMOTION DU FRANÇAIS,
LANGUE SCIENTIFIQUE :
LES PISTES D'ACTION





TABLE RONDE
LES POLITIQUES NATIONALES
ET LA LANGUE SCIENTIFIQUE





Jacques Maurais
Conseil de la langue française, Québec





La nouvelle présidente du Conseil de la langue française, Mme Nadia Brédimas Assimopoulos, vous prie de l'excuser de ne pouvoir être présente à cette table ronde et elle m'a chargé de la remplacer.

Dans ma communication, je tâcherai de présenter les grandes lignes de la politique linguistique que le Conseil de la langue française a proposée pour le Québec, en la mettant à jour là où cela m'est possible.

Le Conseil de la langue française est conscient qu'en partenariat avec les autres pays francophones, le Québec peut faire beaucoup pour la promotion du français dans les publications scientifiques et techniques.

En effet, l'importance de la production scientifique québécoise est bien relative : le Québec est responsable de 1,1 % des publications scientifiques dans le monde. Et il faut aussi prendre conscience que notre action ne peut être que très limitée quand on sait qu'au cours des cinq dernières années pour lesquelles nous avons des données (1989-1994), 62 % des chercheurs du Québec n'ont rien publié dans des revues québécoises (peu importe la langue); cette proportion grimpe à 70 dans les sciences biomédicales et même à 85 % en sciences naturelles et en génie. Il n'en demeure pas moins que la production scientifique québécoise n'a cessé d'augmenter et que nos chercheurs sont de plus en plus présents et intégrés aux réseaux internationaux. En matière d'emploi du français, notre rôle doit d'abord être celui d'animateur et de catalyseur à l'échelle de la francophonie. À cet égard, on se rappellera le rôle qu'a joué le Québec il y a quelques années lors de l'incident des Annales de l'Institut Pasteur. Le Québec, qui occupe une position qui peut lui permettre de faire l'interface entre les réseaux scientifiques européens et nord-américains, se doit de profiter de cette situation pour faire la promotion de la langue française.

Il est important pour le Québec, dans la promotion du français comme langue scientifique, de nouer des alliances avec ses autres partenaires francophones.

Il est aussi devenu évident ces dernières années, d'abord en Europe avec la création d'un immense espace de libre-échange, que la promotion et la diffusion du français devaient se faire en solidarité avec la promotion et avec la diffusion des autres langues nationales. Le Conseil de la langue française du Québec, qui organisait il y a peu un important séminaire international consacré à la mondialisation et à ses répercussions sur les langues nationales, est lui aussi d'avis que l'avenir du français, même en Amérique du Nord, est lié pour une part à une plus grande promotion du plurilinguisme.

Le colloque qui nous a réunis aujourd'hui, et où nous avons élargi le débat à d'autres langues nationales, a donc été l'occasion de mettre en pratique notre volonté de promouvoir le plurilinguisme dans un domaine où la présence des langues autres que l'anglais est particulièrement problématique. (L'exemple de la table ronde d'hier après-midi montre que la promotion du plurilinguisme suppose beaucoup d'efforts, mais qu'elle est possible; je remercie nos collègues qui ont accepté de relever ce défi avec tant de succès.)

Le Conseil et ses homologues des autres pays francophones ont accepté le principe de base de respecter la liberté des chercheurs en matière de choix linguistique. Nous avons, par la même occasion, aussi reconnu que les chercheurs avaient une double allégeance (à leur pays et à la science).

Il ressort des travaux que nous avons entrepris depuis une quinzaine d'années qu'il faut cataloguer les publications scientifiques en trois catégories :

  • publications primaires
  • publications de synthèse
  • publications de vulgarisation

Le Conseil est conscient du fait qu'il est bien révolu le temps où le français pouvait espérer jouer le premier rôle dans les publications primaires. Il propose de continuer de subventionner les revues primaires publiées en français, surtout compte tenu du fait qu'elles sont de moins en moins nombreuses et qu'il faut, par conséquent, les renforcer. C'est pourquoi le Conseil a fait sienne la proposition de voir quelles revues québécoises et francophones pourraient fusionner (sur l'initiative des milieux concernés, non des gouvernements); la fusion ferait en sorte que les revues pourraient devenir plus francophones (= moins nationales). Un inventaire des revues qui pourraient fusionner devait être établi; il a déjà été fait pour le Québec et la France. Il faudrait continuer dans cette direction. Le Conseil suggère aussi que les articles en anglais soient accompagnés de résumés substantiels en français et en d'autres langues (promotion du plurilinguisme) : des résumés substantiels en français permettraient au moins en partie de conserver au français ses capacités lexicales dans le domaine de la rédaction scientifique. Parallèlement, le Conseil croit qu'il faut accorder beaucoup d'importance aux revues de synthèse, qui elles aussi permettent de maintenir et de développer les capacités linguistiques et lexicales de notre langue dans des domaines de pointe.

En somme, la position du Conseil vise trois objectifs :

  • réapproprier les découvertes scientifiques en français;
  • accroître la formation en français des jeunes chercheurs;
  • permettre de réduire le déficit terminologique du français par rapport à la néologie scientifique anglaise.

La coopération francophone a surtout eu du succès dans le cas de revues qui sont à la fois des revues primaires et des revues de synthèse : Médecine-Sciences (maintenant indexée par Garfield et son Institute for Scientific Information), Revue internationale PME, Revue des sciences de l'eau, Technologies de l'information et société (Québec-Belgique).

La vulgarisation est en général mal vue des milieux scientifiques. Écrire un ouvrage de vulgarisation est plutôt un élément négatif dans l'évaluation des chercheurs. Même la rédaction de manuels scolaires ou d'articles de synthèse n'est pas prise en considération par les évaluateurs. Le Conseil a proposé de modifier cette situation parce que ces ouvrages sont essentiels dans le maintien et le renouvellement des vocabulaires de pointe, en somme parce qu'ils permettent l'appropriation en français des découvertes scientifiques.

Le Conseil a aussi proposé de faciliter la présentation de communications en français dans les colloques et d'encourager la coopération francophone bilatérale ou multilatérale. Cette recommandation a été mise en pratique au ministère québécois de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie.

Le Conseil s'est inquiété d'une tendance qui, pour l'instant, semble s'observer non seulement au Québec, mais aussi ailleurs dans les pays francophones comme on a pu l'apprendre hier : celle d'écrire de plus en plus fréquemment les thèses de doctorat en anglais, à partir d'articles déjà publiés dans cette langue. Le Conseil a proposé que l'on exige de rédiger en français au moins l'introduction, la discussion des données déjà publiées et la conclusion. Il nous semble qu'il y a toujours lieu de maintenir cette recommandation — et peut-être même de la renforcer.

Les propositions que le Conseil de la langue française du Québec a faites et que je viens de vous résumer sont l'aboutissement des travaux que nous avons menés avec nos autres partenaires francophones. Comme on le voit, beaucoup de ces propositions pourraient aussi être appliquées dans des pays non francophones qui font face à la même situation; c'est du moins ce que l'on peut conclure à la suite des communications que nous avons entendues hier après-midi.

On peut toutefois se demander si, compte tenu de l'ampleur du problème, nos recommandations ne sont pas trop nombreuses — il y avait 38 recommandations dans notre avis de 1991. De ce nombre, il y en avait qui étaient d'intérêt plus local. Mais 15 de ces propositions ont été reprises dans le procès-verbal du séminaire francophone tenu à Paris en 1991. En tout cas, on peut se demander si nous ne serions pas mieux avisés de cibler davantage nos interventions. C'est une question que je laisse ouverte pour l'instant.

En somme, il me semble qu'il n'y a pas lieu de réviser en profondeur les recommandations que le Conseil a faites il y a 5 ans. Il y a plutôt lieu de s'assurer qu'elles sont bien mises en pratique. À cet égard, la communication de Maryse Lassonde a signalé un fait inquiétant apparu récemment : c'est-à-dire que des organismes subventionnaires québécois exigeraient que les demandes de subvention leur soient soumises en anglais. Je vais attirer l'attention de la nouvelle présidente du Conseil de la langue française sur ce fait et je ne doute pas qu'elle voudra étudier la question plus en profondeur.

Le seul élément neuf qui est apparu depuis l'avis du Conseil de la langue française de 1991 est le développement fulgurant des inforoutes. Ce phénomène peut être tout à la fois un gage d'espoir ou une terrible menace pour les langues nationales. Ce qui est rassurant, c'est que le Québec est non seulement conscient du problème, mais qu'il a déjà entrepris des actions, par exemple en créant un secrétariat à l'autoroute de l'information et en collaborant avec ses partenaires francophones.

En terminant cette présentation, je voudrais rappeler l'importance pour le français et pour les autres grandes langues de diffusion de généraliser la pratique d'offrir des résumés substantiels en plusieurs langues dans les publications scientifiques et techniques peu importe le support, le papier ou un support électronique. C'est peut-être la conclusion que nous devrions retenir de ce colloque de Montréal où nous avons tenté d'élargir la problématique en incluant le cas d'autres langues de civilisation et de grande diffusion : l'allemand, le russe, l'espagnol, le japonais.






L'ACTION DES POUVOIRS PUBLICS FRANÇAIS
Jean-Louis Boursin
Professeur à l'Institut d'Études Politiques
Membre du Conseil Supérieur de la Langue Française






Les propos que nous avons entendus au cours de ces journées ne manquent pas d'impressionner un vieil habitué de ces rencontres. Pour moi, la première date de 1974, à l'invitation de Jean-Marc Léger, et je suis frappé de voir se répéter, en dépit du renouvellement des interlocuteurs, ou de leur mûrissement, les mêmes passions, les mêmes divisions, même si beaucoup d'entre nous ont un peu de leur cœur dans chacun des deux camps.

D'un côté, il y a ceux que leurs adversaires appellent les passéistes, qui voudraient maintenir un rôle éminent à la langue française au sein de l'activité scientifique. De l'autre, ceux que leurs adversaires appellent vassalisés à la science américaine, et qui se qualifient de réalistes : la langue anglaise (il est de bon ton d'ajouter ici : « qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore ») est devenue la langue de communication internationale. Cela n'empêche pas quelques lots de consolation : nous avons entendu hier que, dans l'industrie aéronautique, on commandait en français de balayer les avions! Et un éminent universitaire nous a précisé que, dans son laboratoire, toutes les publications se faisaient en anglais, de même que les débats, pour peu qu'il y ait un seul non-francophone autour de la table, mais que « la vie profonde du laboratoire se faisait en français ». Cela signifie-t-il qu'on utilise le français pour demander : « Dominique, voulez-vous nous préparer trois cafés? ».

On l'a compris à ces citations fortement biaisées, je ne me sens guère « réaliste ». En 1940, Churchill avait sûrement des conseillers réalistes pour lui dire que le sort de la guerre était joué.

Car enfin, de quoi parle-t-on? On a évoqué à cette tribune un marché de l'information scientifique; mais je ne vois guère de marché lorsque les consommateurs ne payent rien, et que, le plus souvent, ce sont les producteurs qui se voient imposer un page charge (la pratique étant surtout américaine, je ne connais pas l'équivalent en français. Observons que la réglementation américaine interdit le paiement de redevances de publication hors des États-Unis lorsque la recherche a bénéficié de fonds fédéraux). On a évoqué la visibilité d'un travail de recherche. Il est vrai qu'une recherche non publiée est inexistante, faute de validation, et que cette validation ne peut provenir que de la publication. Mais soyons sérieux : quelle fraction des travaux scientifiques mérite une visibilité qui dépasse les frontières du laboratoire, ou de l'université, ou d'un groupe géographique restreint d'universités? Je suggère une contre-épreuve; prenons un pays scientifiquement développé tel que l'Italie. De combien de collègues connaissez-vous une publication? Quand on songe qu'il y a en Italie 40 000 universitaires et chercheurs, soit environ 400 par « grande discipline », cela nous conduit à des chiffres inférieurs à 1 %. Il y a plus de 20 ans, le grand sociologue R.K. Merton, membre de la National Academy of Science, indiquait dans son livre The sociology of science, que moins de 1 % des articles publiés en chimie avaient plus d'un lecteur. Dans le Que-sais-je consacré à la scientométrie, les auteurs estimaient que les neuf dixièmes des articles publiés n'avaient aucun lecteur. Certes, cela ne signifie pas que la publication est inutile : il importe à la validation moins qu'un article soit lu qu'il puisse être lu. Mais faut-il en plus s'humilier à abandonner pour cela notre langue maternelle? Il y a, dans la volonté de publier en anglais, une tentation puérile de « jouer dans la cour des grands » : les prix Nobel ont quasiment tous publiés en anglais et donc, si je publie en anglais, je puis fermer les yeux et rêver un instant...

Rien de tout cela n'est bien nouveau, et nous l'avons, les uns ou les autres dit et redit de colloque en colloque. Mais ce que je n'aurais pas pu vous dire il y a trois ans, c'est que des mesures législatives et réglementaires sont venues, en France, tenter d'enrayer un mouvement, pour la partie qui n'est finalement que snobisme. Une loi de 1994, à l'initiative du ministre Jacques Toubon, a posé quelques principes. Observons qu'elle est très respectueuse des libertés individuelles, car ses contraintes s'exercent sur les organisations, et non sur les individus.

1. Les colloques

La France est l'un des pays qui accueillent le plus grand nombre de réunions internationales de nature culturelle, scientifique et technique. En 1990, 45 % de ces réunions utilisaient l'anglais comme langue de travail. Or, 55 % des participants n'avaient de cette langue qu'une connaissance passive, ce qui leur interdit en pratique de participer au débat : « On croit leur pensée pauvre, c'est leur langue qui l'est ».

La loi exige désormais qu'il ne soit pas interdit de parler français, que les documents de présentation existent en français et que les documents distribués pendant la réunion, ou après, comportent au moins un résumé en français.

Il semble que ces mesures aient été bien acceptées et mises en œuvre, éventuellement après une mise en garde de la Délégation Générale à la Langue Française.

2. Les revues

La loi prévoit qu'une revue diffusée en France doit comporter au moins des résumés en français, dès lors que les éditeurs reçoivent une aide des pouvoirs publics. Là encore, c'est un respect qui semble minimal à l'égard du contribuable : qu'il puisse savoir à quoi sert son impôt!

3. L'enseignement

L'article 11 de la loi prévoit que le français est la langue de l'enseignement, et celle des examens. Cela vaut en particulier pour les soutenances de thèse. Que signifierait la soutenance publique si la langue nationale n'y était pas utilisée?

Toutes ces mesures, fortement combattues au moment du vote de la loi, sont peu à peu entrées dans les habitudes, sans traumatisme. L'Académie des Sciences, dont certains communiqués avaient laissé craindre une position « réaliste », a pris une position remarquablement équilibrée, que sa Présidente nous a rappelée. Elle reconnaît à la communauté scientifique deux missions principales. « La première est de mettre à la disposition de nos concitoyens et des communautés francophones les connaissances et les informations qui répondent à leurs besoins et à leurs attentes; c'est de toute évidence le français qui doit être utilisé pour ces actions. La seconde [j'aime que l'Académie n'ait pas employé le simple ordinal, la deuxième] est de faire rayonner la science française au sein de la science mondiale et d'assurer la plus grande diffusion aux découvertes de nos chercheurs. Il y faut d'abord, une politique de présence, et la langue privilégiée ne peut être que l'anglais ».

Personnellement, je me réjouis de cette position. Je suis de ceux qui croient au progrès technologique, et notamment à l'avènement de la traduction automatique, d'abord de l'écrit vers l'écrit, puis un jour, de la parole vers la parole. Chacun pourra alors écrire sa langue et être compris de tous. C'est ce que j'ai appelé dans un article récent la « Pentecôte des scientifiques ».

Mais cette Pentecôte ne surviendra que si la pression en sa faveur reste assez forte, compte tenu des crédits qu'elle exige. Et cette pression ne peut venir que de ceux qui refusent le réalisme.






LE FRANÇAIS : LANGUE SCIENTIFIQUE
AU FONDS FCAR
Yves Rousseau
Président du Fonds FCAR






Je tiens tout d'abord à remercier les organisateurs du présent colloque de l'invitation adressée au Fonds FCAR. J'ai ainsi l'occasion de traiter d'une question fort importante et qui a toujours fait partie des préoccupations de l'organisme.

Une récente étude de Godin Vallières a mis en évidence :

  1. que la publication en langue anglaise d'articles scientifiques primaires est incontournable si l'on veut maintenir le rayonnement international de la recherche s'effectuant au Québec, rayonnement, est-il nécessaire de le préciser, acquis au prix de nombreux efforts;

  2. que ce constat ne s'applique pas uniformément à toutes les disciplines; les sciences humaines et sociales différant en cette matière des sciences naturelles et du génie.

Le Fonds FCAR, justement, est un organisme dit « universel », ce qui signifie tout simplement que, contrairement à ses homologues fédéraux et provinciaux, sa vocation, plutôt que d'être sectorielle, touche tous les secteurs de l'activité de la recherche universitaire. C'est donc dire que nous avons à composer avec des comportements différents en matière de publication, non seulement en fonction des traditions de recherche propres à chaque discipline et à chaque secteur, mais aussi en fonction de l'établissement d'origine des chercheurs qui présentent des demandes d'aide financière.

Dans ce contexte, je vais maintenant vous livrer quelques informations :

  • sur la langue de présentation des demandes de subventions;
  • sur le fonctionnement de nos comités d'évaluation;
  • sur nos pratiques en matière d'expertise externe scientifique;
  • sur nos exigences relativement à la langue de présentation des rapports d'étape et finaux;
  • sur nos politiques relatives à notre mandat de diffusion des connaissances en langue française.

Je terminerai cette présentation en empruntant très brièvement l'autoroute de l'information pour vous informer de nos projets qui, nous l'espérons, y circuleront bientôt, à savoir :

  • l'édition électronique de revues québécoises et,
  • une banque d'information sur la recherche québécoise.

La langue de présentation des demandes de subventions

Dans ses principaux programmes de subventions, le Fonds FCAR reçoit environ 600 demandes d'aide financière en compétition annuellement. Ces chiffres, bien entendu, excluent les demandes de versements ainsi que les demandes de bourses. Compte tenu du peu de temps dont je dispose, j'ai en effet choisi de circonscrire mes remarques aux seuls programmes de subventions s'adressant aux nouveaux chercheurs et aux chercheurs établis du Québec.

On constate tout d'abord que la présentation des demandes en langue française a varié de près de 10 points au cours des quatre dernières années, s'établissant à 81 % en 1995-1996 comparativement à 91 % en 1992-1993. Le niveau le plus bas a donc été atteint lors des derniers concours. La grande majorité des autres dossiers sont présentés en langue anglaise, très peu le sont dans les deux langues.

Si on examine maintenant la provenance des demandes d'aide financière, on constate qu'au cours de la même période, les chercheurs des universités francophones ont présenté leur demande en langue française dans une proportion se situant entre 95 % et 97,3 %, sauf l'année dernière où cette proportion a été de 93 %. Les chercheurs des universités anglophones, pour leur part, ont eu un comportement assez variable dans la présentation de leurs dossiers en langue anglaise, les proportions allant de 28 % à 65,6 %, ce dernier niveau ayant été atteint lors des derniers concours tenus en 1995-1996.

Je tiens à souligner que le Fonds FCAR continuera à être vigilant à l'égard de la langue de présentation des demandes. Le conseil d'administration est saisi à chaque année des statistiques pertinentes.

Le fonctionnement des comités d'évaluation

La grande majorité des membres des comités d'évaluation du Fonds FCAR s'expriment en français. Les chercheurs qui ne peuvent s'exprimer en français et notamment ceux provenant de l'étranger peuvent s'exprimer en anglais.

Le recours aux experts externes hors Québec

Je juge important de vous signaler ici que tous les chercheurs, peu importe leur établissement de rattachement, doivent fournir dans leur formulaire de demande de subvention, une liste de suggestions d'experts externes à consulter, qui ont une connaissance suffisante de la langue française pour commenter les dossiers qui sont complétés dans cette langue.

Même s'ils évaluent une demande rédigée en langue française, les experts anglophones ont toutefois la possibilité de rédiger leur appréciation dans la langue de leur choix.

La recherche d'experts ayant une connaissance suffisante du français n'est pas aussi hasardeuse qu'elle peut le paraître à première vue. Les administrateurs de programmes du Fonds FCAR identifient des chercheurs ayant une fort bonne connaissance du français non seulement dans les pays de la francophonie, mais aussi aux États-Unis et en Angleterre, pour ne nommer que ces deux pays.

Par ailleurs, chaque année, le Fonds FCAR compte sur les membres de ses divers comités d'évaluation pour lui suggérer les noms d'experts externes pouvant comprendre le français.

Enfin, on pourrait envisager une banque d'experts commune à l'ensemble des pays de la francophonie. Une telle banque serait utile à tous les organismes qui, comme nous, ont besoin de connaître les spécialistes qui comprennent le français.

Nos exigences quant aux rapports d'étape et finaux

Si nous respectons la langue maternelle des chercheurs en ce qui concerne la présentation de leurs demandes d'aide financière, nous exigeons cependant de ceux qui ont bénéficié d'un financement de la part du Fonds FCAR, qu'ils présentent leurs rapports d'étape ou finaux en langue française seulement.

Ce règlement, nouveau de l'année dernière, nous semble de nature à respecter à la fois les besoins de notre clientèle et ceux du Fonds FCAR.

La diffusion des connaissances en langue française

La mission confiée au Fonds FCAR par le législateur l'oblige à promouvoir et à soutenir la diffusion des connaissances dans tous les domaines de la recherche. Nous avons choisi de fonder notre politique à cet égard sur une diffusion des connaissances principalement en langue française et avons mis sur pied, pour ce faire, le programme Revues de recherche et de transfert des connaissances.

Ce programme a pour objectif de soutenir les meilleures revues québécoises consacrées à la recherche originale ou au transfert des connaissances et de soutenir par des mesures financières incitatives, les efforts déployés par les revues pour accroître leur diffusion au Québec et à l'étranger.

Nous spécifions dans les règlements régissant ce programme, qu'il s'adresse principalement aux revues de langue française.

Je ne vous étonnerai sûrement pas en vous apprenant que la très grande majorité des revues financées par le Fonds FCAR, 87 % (39 revues sur 45) en fait, se situent dans le secteur des sciences humaines et sociales et dans le secteur des arts et lettres.

Compte tenu de l'importance que revêt cette activité du Fonds FCAR et considérant le sujet du présent colloque, il m'apparaît intéressant de vous indiquer quelques caractéristiques assez générales des revues que nous soutenons financièrement.

Avant de tracer ce bref portrait de nos revues, je tiens à vous signaler que le Fonds FCAR exige des revues qui publient des articles en langue anglaise, qu'elles accompagnent ces derniers d'un résumé substantiel en langue française.

Nos revues :

  • elles publient en moyenne trois numéros par année;
  • le tirage moyen est d'environ 1 200 exemplaires;
  • le pourcentage des abonnements payant est de 66 au Québec, 15 au Canada et 19 à l'étranger;
  • la proportion d'articles rédigés en langue française se chiffre en moyenne à 83 %, 26 revues publient uniquement des articles en langue française;
  • la proportion des auteurs québécois s'établit à 52 %.

Je peux ajouter en terminant que la subvention du Fonds FCAR représente en moyenne 27 % des revenus obtenus par les revues.

À l'ère de l'autoroute électronique

Je vous ai mentionné tantôt que le Fonds FCAR avait procédé à l'évaluation externe de son programme destiné aux revues scientifiques. Les responsables de cette évaluation nous ont recommandé :

  1. de tenir compte des nouvelles technologies de l'information dans le financement des revues;

  2. de répondre à notre mission de diffusion des connaissances non seulement par le soutien financier accordé aux revues, mais aussi en créant de concert avec les universités une banque d'informations sur la recherche québécoise accessible sur Internet.

Nous comptons bientôt donner suite à la première recommandation en ouvrant notre programme aux revues électroniques. Nous comptons également donner suite à la seconde recommandation en entreprenant des démarches auprès de nos principaux partenaires, les universités, dans le but d'identifier quels devraient être les paramètres à inclure dans une pareille banque d'informations sur la recherche québécoise.

Conclusion

En guise de conclusion, je voudrais souligner que le Fonds FCAR prend les moyens nécessaires pour que la langue française, comme véhicule des connaissances scientifiques, reçoive toute l'attention et tout le crédit qui lui reviennent.

Les quelques exigences de l'organisme, dont j'ai fait mention aujourd'hui, viennent témoigner, je crois, de l'intérêt des dirigeants du Fonds FCAR pour la langue française comme moyen d'expression de la pensée scientifique.






LA LANGUE FRANÇAISE ET LA SCIENCE
Baron André Jaumotte
Académie Royale de Belgique
Conseil Supérieur de la Langue Française
de la Communauté française de Belgique
(texte lu par Anne-Élizabeth Dalcq)






Introduction

D'octobre 1801 à novembre 1804, Madame de Staël voyage en Allemagne. Du 14 décembre 1803 au 1er mars 1804, elle est à Weimar, accueillie avec l'éclat que suscite sa gloire. Elle y rencontre Schiller, Wieland (le Voltaire allemand), le poète Herder et aussi, car il se dérobe longtemps avant de capituler, Gœthe. Toutes les conversations - et elles sont nombreuses - se passent en langue française, même si Gœthe ne la maîtrise pas bien.

Sautons un siècle. La science et la technologie ont pris un essor considérable. Les trois quarts des publications qui ont fait cet, essor sont quasi également réparties entre les langues allemande, anglaise et française. Dans la première décennie qui a suivi la guerre 1939-1945, les États-Unis ont exercé un quasimonopole sur les sciences de la nature. Dans la foulée, la langue anglaise est devenue la langue principale de l'expression scientifique.

Par la suite, on a progressivement tendu vers un équilibre Amérique Europe et on constate une progressive émergence japonaise.

L'utilisation d'une langue commune, l'anglais, a joué un rôle intégrateur essentiel dans la mondialisation de la science.

À notre avis, la défense de langues comme le français et l'allemand ne passe pas par un combat - perdu d'avance - pour forcer les scientifiques à s'exprimer dans leur langue maternelle. Si la Grande-Bretagne reste un grand pays pour les sciences, c'est en partie parce que la langue du pays a favorisé les échanges, notamment de chercheurs, tant européens qu'américains.

Pour modifier la situation en faveur de l'Europe, il faut y réaliser un trilinguisme véritable : anglais, allemand, français.

En tout cas, les laboratoires doivent pouvoir accueillir les chercheurs en anglais.

Le rôle de la connaissance dans la langue

L'échec universitaire est plus souvent qu'on ne le pense lié à une mauvaise maîtrise de la langue de l'enseignement.

Une recherche a été menée à l'Université Libre de Bruxelles dans le domaine de la chimie1.

Sur des échantillons de plus de 1 000 étudiants des deux dernières années de l'enseignement secondaire et de première année à l'université, beaucoup rencontrent de grandes difficultés :

  • d'ordre lexical - autrement dit de vocabulaire (par exemple 9 % des étudiants confondent simultanément et l'un après l'autre, 25 % croissant et décroissant, 15 % transformer et substituer, 34 % inversent les compléments dans substituer x à y);

  • d'ordre syntaxique - autrement dit d'agencement de la phrase (par exemple le fait de passer d'une question sous forme affirmative à une question sous forme négative entraîne 10 % de mauvaises réponses supplémentaires);

  • d'ordre logique - autrement dit d'agencement de la pensée (par ex. : reconstitution incohérente de textes qui sont mutilés ou désorganisés).

La réussite aux tests de langue élaborés à l'occasion de notre recherche a été comparée à celle de la première candidature en sciences médicales. La corrélation entre les deux est évidente: les étudiants qui avaient obtenu au moins 75 % à ces tests ont terminé l'année avec plus de 70 % des points; avec un résultat situé entre 75 % et 60 %, les étudiants réussissent, mais n'obtiennent pas de mention; en dessous de 60 % aux tests, ils échouent à l'examen universitaire. Signalons encore que si les non-francophones sont en moyenne plus faibles que les étudiants dont le français est la langue maternelle, les performances des deux populations francophone et non francophone s'avèrent néanmoins plus proches qu'on aurait pu l'imaginer.

À partir des lacunes observées, les auteurs ont conçu un manuel d'exercices accompagnés des outils (lexique pour le vocabulaire et index pour les articulations logiques) indispensables à leur résolution. Les difficultés ont été échelonnées.

Le tout a été expérimenté avec succès.




1 Le français et les sciences par Anne-Marie Dalcq, Dans Van Raemdonck, Bernadette Wilmet, Duculot, Paris-Louvain-la-Neuve, 1989. [retour au texte]




En introduisant les manifestations autour de « La langue française en fête » (18-24 mars 1996), le ministre de la Culture de la Communauté française de Belgique disait ce 8 mars :

« La langue est la substance de la culture. Être exclu de la langue, ne pas en avoir la maîtrise, c'est aussi être exclu de la société... »

« Il apparaît de plusieurs enquêtes..., que le manque de maîtrise de la langue est un facteur explicatif prépondérant dans les nombreux processus qui conduisent l'individu à une situation d'exclusion. »

« La maîtrise de la langue renforce l'individu dans la place qu'il doit occuper dans la société, lui permettant de s'y faire reconnaître et respecter. Conscient de cet aspect du problème, j'ai décidé de confier un travail de recherche qui étudie l'influence de la maîtrise de la langue sur le phénomène d'exclusion. »

L'action du Conseil Supérieur de la Langue Française

L'avis relatif au « français dans les sciences » (1995).

Après avoir exprimé des constatations de fait, le Conseil a transmis au ministre les recommandations suivantes :

Recommandations

Les recommandations qui suivent sont fondées sur un principe intangible : la liberté des chercheurs quant au choix du véhicule linguistique ne saurait être contestée ou brimée.

Le Conseil rappelle qu'aucun développement de la politique scientifique francophone ne pourra être réalisé sans un effort sérieux des pouvoirs publics s'ils veulent dépasser le stade des vœux pieux et des simples déclarations d'intentions.

Il recommande dès lors :

La sensibilisation des scientifiques
  1. Sensibiliser les scientifiques francophones à l'emploi prioritaire de leur langue maternelle, en les amenant à ne pas négliger le patrimoine collectif dont ils sont les dépositaires - sans oublier les enjeux économiques sous-jacents - et en faisant valoir les avantages qui résultent de l'utilisation du français eu égard à la maîtrise de la pensée et à la clarté de l'expression. Ainsi, on insistera particulièrement sur le danger d'appauvrissement de la pensée qui résulte de son expression dans une langue d'emprunt imparfaitement maîtrisée. Il apparaît de surcroît que le véhicule linguistique utilisé n'est jamais étranger ni aux choix théoriques ni à l'univers culturel mobilisé par n'importe quel scientifique. L'abandon de l'usage du français ne tarderait donc pas à s'accompagner d'une marginalisation du monde francophone.

  2. Encourager les recherches multidisciplinaires visant à mieux comprendre les relations entre langue et productivité scientifique. Dans une perspective épistémologique, deux questions méritent d'être posées : certaines langues sont-elles plus adaptées que d'autres à la production d'idées nouvelles? Certaines langues sont-elles plus adaptées que d'autres à la communication des résultats scientifiques et techniques?

La promotion du français dans les publications scientifiques
  1. Participer à l'effort collectif des francophones pour créer et financer de grandes revues en langue française à visée internationale, dotées de Comités de lecture sélectifs.

  2. Exercer des pressions officielles ou officieuses afin de faire recenser les articles en langue française dans le Scientific Citation Index américain, faute de quoi la carrière des jeunes universitaires se trouverait injustement pénalisée.

  3. Obtenir que les revues publiées avec l'appui d'une instance francophone sous un titre non français, bilingue ou multilingue, fassent obligatoirement mention de la possibilité d'y écrire en français2. Les articles rédigés dans une langue étrangère seront toujours accompagnés d'un résumé français ou, dans la mesure du possible, d'une version française abrégée3.

  4. Organiser et financer la diffusion de nos publications scientifiques à l'étranger, plus particulièrement à destination des bibliothèques universitaires.




2 En ce qui concerne les revues accueillant des articles en une autre langue que le français, la non-mention du français comme langue véhiculaire possible sera interprétée comme une interdiction de facto. [retour au texte]

3 Ne pourront être dispensées du résumé français que les revues dont l'objet d'étude est une langue étrangère, à condition qu'aucun résumé n'apparaisse non plus dans une autre langue que le français. [retour au texte]




La promotion des ouvrages pédagogiques
  1. Encourager la rédaction et la traduction en langue française d'ouvrages pédagogiques ou de vulgarisation destinées aux pays francophones en Europe et hors d'Europe.

La promotion du français dans les colloques
  1. Faire en sorte que dans les colloques, congrès, séminaires ou toute manifestation subventionnée par une instance francophone, l'emploi du français ne puisse jamais être interdit4. À cet effet, les invitations, les affiches ou les programmes présentant la manifestation comporteront au minimum une version française.

La formation des chercheurs étrangers
  1. Développer l'accueil et la formation de chercheurs et d'étudiants étrangers au sein d'institutions francophones.

Le programme d'action du Conseil - Réunion des responsables de la langue française (22 septembre 1995)

Le Conseil poursuit les travaux en cours sur cinq dossiers :

  • la terminologie;
  • la place du français dans les sciences;
  • le plurilingue et les langues de proximité;
  • l'Union européenne, avec la promotion de la diversité linguistique et de l'apprentissage des langues étrangères et l'amélioration de l'accueil des fonctionnaires européens à Bruxelles;
  • la citoyenneté, avec des actions de sensibilisation et d'information, notamment la « langue en fête », et des actions de lutte contre l'exclusion.



4 Par interdiction du français, qu'il s'agisse d'une production orale ou écrite, il faut comprendre toute obligation explicite ou toute pression émanant des organisateurs, des comités de rédaction, etc. d'user d'une autre langue. Dans le cas précis des colloques, congrès ou séminaires, l'absence d'affichage en français ou l'inexistence d'une version française de l'invitation sera assimilée à une interdiction de fait. [retour au texte]




Il va travailler sur deux nouveaux thèmes :

  • Bruxelles : avec notamment l'examen des possibilités juridiques et pratiques d'agir en faveur du français;
  • les industries de la langue.

Parmi les projets de coopération retenus lors de la précédente réunion des responsables des Conseils de la langue française (1993), la Communauté française de Belgique observe que :

  • les thèmes de la mondialisation et du plurilinguisme ont fait l'objet du colloque de Québec de 1994. Elle propose que le plurilinguisme demeure un thème de coopération;
  • le problème de la rédaction technique n'a donné lieu à aucune réalisation conjointe. Elle indique qu'elle pourrait organiser un colloque sur ce thème et demande aux autres conseils de désigner une ou deux personnes qui pourraient y participer;
  • la Communauté française de Belgique va renouveler l'opération « la langue en fête » du 18 au 24 mars 1996 et souhaiterait que des manifestations du même type puissent avoir lieu à la même période dans les autres pays.

Le programme qui est mis en œuvre durant cette semaine est riche et varié. Presse, radio, TV y participent très activement. « La langue française en fête » est sur Internet aussi.

États généraux de la francophonie scientifique - AUPELF•UREF - 17 février 1995 - Paris

Ces états généraux ont été très riches de constatations, d'enseignements et de projets. Ils ont été publiés par l'AUPELF•UREF fin 1995. Christian Philip, Directeur de Cabinet du ministre français de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, y a fait un bilan de « La coopération scientifique francophone ». Elle est encourageante. J'y ai présidé la session sur « La science en français » dont Bernard Cassen (Le Monde, Université de Paris VIII) a été le rapporteur. Je ne peux évidemment résumer sans les trahir les exposés de Jean-Louis Boursin, de Paul Germain, de Lordi Bouguerra (Tunis), de Michel Bergeron (Montréal), de Michel Crozon et de Jacques Maus. Tous sont remarquables. Je vous conseille de les lire et de les méditer... y compris dans leur contradiction relative.

Constatons avec optimisme l'importance du chemin parcouru, les convergences que l'on constate au moins sur les objectifs, et même sur les moyens à employer. Ces moyens, il faut les réunir. Un grand progrès a été accompli depuis que l'AUPELF•UREF est devenu l'agence francophone pour l'enseignement supérieur et la recherche des sommets des chefs d'État et de Gouvernement des pays ayant le français en partage.

L'action francophone pour la recherche

Le domaine de la recherche à l'AUPELF•UREF s'articule autour de deux grands programmes :

  • les réseaux thématiques de recherche partagée;
  • le Fonds francophone de la recherche.
1. Les réseaux thématiques de recherche partagée

Actuellement, dix-sept réseaux thématiques de recherche partagée ont été mis en place. Ils ont pour missions :

  • de favoriser les échanges entre les chercheurs et les équipes de recherche francophones sur des thèmes spécifiques à chacun des réseaux;
  • de participer à la politique éditoriale de l'AUPELF•UREF en proposant et en réalisant des produits d'information scientifique et technique dans des domaines prioritaires pour la francophonie scientifique et en relation avec les thématiques des réseaux;
  • d'organiser régulièrement des journées scientifiques destinées « à faire le point » sur des sujets d'actualité scientifique en relation avec les thèmes prioritaires des réseaux.

Chaque réseau est animé par un coordonnateur et un comité de réseau multilatéral représentatif des différentes zones de la francophonie, dont les membres sont proposés par leurs pairs lors de la réunion constitutive du réseau. Sur la base des orientations définies lors de cette réunion, ce comité scientifique propose la programmation annuelle du réseau; sélectionne les actions présentées à partir d'appels d'offres largement diffusés dans l'ensemble de la communauté scientifique; assure le suivi de ces actions et la communication au sein du réseau.

Durant le biennum 1994-1995, les réseaux ont mené des réalisations en conformité avec leurs objectifs. Ils ont :

  • soutenu 151 actions pluriannuelles de recherche partagée;
  • produit 22 manuels, monographies, actes de journées scientifiques, publiés dans la Collection Universités francophones;
  • participé aux revues francophones : Sécheresse, Santé, Agriculture;
  • organisé 12 journées scientifiques;
  • attribué 19 bourses d'échanges dans le cadre de formation doctorale;
  • réalisé un stage de formation dans le domaine de la lexicomatique et de la dictionnairique;
  • animé la vie des réseaux par la publication de journaux de liaison, de répertoires des chercheurs, des laboratoires et équipes de recherche...

Les activités des réseaux font l'objet d'un suivi régulier par le Conseil scientifique de l'AUPELF•UREF et sont soumises à une double procédure d'évaluation : une évaluation interne parle Conseil scientifique, au terme des deux premières années d'existence, sur présentation d'un rapport élaboré par le comité de réseau; et une évaluation externe au terme de quatre ans par deux évaluateurs externes désignés par le Conseil scientifique sur des listes d'experts désignés par les gouvernements. Douze réseaux ont ainsi fait l'objet d'une évaluation interne et, en 1995, six ont fait l'objet d'une évaluation externe.

2. Le Fonds francophone de la recherche

L'AUPELF•UREF a ressenti la nécessité, face au travail accompli, mais aussi devant la nécessité d'asseoir son action (les réseaux ne participent pas au financement direct de la recherche), de mettre en place de nouveaux outils pour relancer la recherche notamment dans les pays du Sud. En s'appuyant en priorité sur le travail et sur les résultats obtenus au travers des réseaux, elle a proposé un nouveau programme : le Fonds francophone de la recherche dont le principe a été retenu par le 5e Sommet de la francophonie à Maurice. Les Assises francophones de la recherche (Abidjan, décembre 1993) ont conduit à l'élaboration de la Charte d'Abidjan qui définit les actions prioritaires à mettre en place. Lors de sa première réunion, les ministres francophones de la Recherche (CONFEMER) ont pris en compte les dispositions de cette charte dans la Déclaration des ministres francophones de la Recherche, qu'ils ont approuvée.

Le Fonds francophone de la recherche transfère au Sud les savoir-faire accumulés en matière d'administration de la recherche, en s'appuyant sur l'excellence concentrée par la création d'Écoles doctorales régionales, et sur l'excellence répartie par la création de Laboratoires associés, de Jeunes équipes de recherche, d'Actions de recherche concertées.

Conclusion

Il y a dix ans, le président Mitterrand réunissait le premier Sommet de la francophonie.

Il terminait son discours d'ouverture par ces mots :

« ... Au travers d'une langue commune, c'est tout un mouvement de l'expression, c'est toute une action qui se dessine. Et nous aurons le droit d'être fier un jour, je l'espère, tous et au même titre, d'avoir été les mainteneurs d'abord puis les créateurs de temps nouveaux. »

Le cadre limité de cet exposé ne permet pas un bilan, mais l'analyse du chemin parcouru en dix ans incite à l'optimisme même si, vers l'année 2020, le français ne sera plus la langue maternelle que de 1 % des humains. On peut avoir l'ambition qu'elle reste le premier outil de communication d'environ 3 % du reste de la population mondiale. Cette place est modeste.

Comme l'écrit André Danzin, cette place modeste ne nous condamne pas à l'exclure, à condition que le français soit partie active de ce que l'on appelle les autoroutes de l'information. La première action consiste à renforcer la présence du français sur Internet. Les moyens pour ce faire ont été développés dans le troisième forum, le réseau électronique francophone des États généraux de la francophonie scientifique de 1995.

Pour l'avenir rapproché, deux priorités me semblent s'imposer, combattre :

  • pour le multilinguisme;
  • pour la place du français sur Internet.



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