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Conscience linguistique des jeunes québécois - Tome IV

CONSCIENCE LINGUISTIQUE DES JEUNES QUÉBÉCOIS

Étude comparative du vécu et de la perception du fait français dans des écoles françaises et anglaises 4e et 5e secondaire et en lre et 2e collégial

TOME IV






CHAPITRE II

Comparaison des
échantillons






Dans ce chapitre, nous comparerons systématiquement les deux échantillons selon des variables qu'on peut considérer fondamentales pour toute étude sociolinguistique, c'est-à-dire la langue maternelle et l'origine culturelle. Nous incluerons aussi le statut socio-économique comme troisième variable, pour une raison spécifique. En effet, la dualité linguistique du Québec a souvent été décrite par le symbole des « deux solitudes » et la ville de Montréal, où habite presque la moitié des répondants, a été reconnue comme la ville qui a le plus haut degré de ségrégation ethnique du Canada. Or, les études concernant la ségrégation résidentielle ont toujours démontré que le statut socio-économique a un impact considérable sur la ségrégation dans les quartiers d'une ville. Puisqu'un des objectifs de notre travail consiste à étudier les contacts entre les groupes linguistiques, nous ne pouvons ignorer la manière selon laquelle le statut socio-économique peut modifier ces contacts. Nous parlerons enfin de la compétence en français et en anglais des répondants des deux échantillons.

La présentation de la comparaison des deux échantillons utilise la variable « milieu d'enquête » comme outil d'organisation des données. Cela facilitera la comparaison avec d'autres études telles que celle de Bédard et Monnier1. En même temps, cette méthode soulignera les différences considérables entre les étudiants des différentes régions d'enquête. Les variations des attitudes et des comportements linguistiques selon les régions seront plus compréhensibles si nous tenons compte, dès le début, des différences des caractéristiques des répondants d'une région à l'autre.




1 Les auteurs appellent « milieu » ce que nous appelons « milieu d'enquête » ou « région d'enquête ». Édith BÉDARD et Daniel MONNIER, op. cit. [retour au texte]




2.1. Milieux d'enquête et langue maternelle



TABLEAU II.1
Distribution des échantillons selon le milieu d'enquête
et la langue maternelle
(en pourcentage)



Dans l'ensemble, la distribution des deux échantillons est assez similaire si ce n'est que le milieu Québec est mieux représenté dans l'échantillon francophone (17,9 %) que dans l'échantillon anglophone (11,7 %) et que la majorité des étudiants dans l'échantillon anglophone habitent la ville de Montréal (51,6 %), ce qui n'est pas le cas dans l'autre échantillon (47,1 %).

Les distributions selon le sexe, l'âge et le niveau scolaire étant assez uniformes, nous les omettons de cette comparaison. Par contre, nous observons des différences marquées selon la langue maternelle. En effet, les francophones forment la très grande majorité (94,7 %) dans l'échantillon francophone. Pour les autres langues, les anglophones et les allophones sont relativement plus représentés respectivement à Hull (4,6 %) et à Montréal (4,0 %). L'échantillon francophone est donc très homogène au point de vue linguistique.

L'échantillon anglophone est, au contraire, linguistiquement hétérogène. L'anglais comme langue maternelle (57,0 %) n'occupe pas la position que le français tient dans l'autre échantillon. La représentation des francophones dans l'échantillon anglophone (14,0 %) est cinq fois plus forte que celle des anglophones dans l'échantillon francophone et les allophones, presque absents de l'échantillon francophone, constituent 29,0 % de l'échantillon anglophone et même 44,0 % du milieu d'enquête anglophone de Montréal2.




2 La diversité linguistique des élèves des écoles anglaises du Québec que nous observons ici aux niveaux secondaire et collégial a fait l'objet de plusieurs études. Rappelons celle de Claude St-Germain (1980) qui donne un bon aperçu général de la problématique et des tendances récentes au primaire et au secondaire. [retour au texte]




2.2. Origines nationales et culturelles

Composition linguistique et composition ethnique ne coïncident pas nécessairement. Nous avons donc fait un effort pour distinguer lors des interviews les origines des groupes francophone et anglophone. Ainsi, nous avons défini comme « Québécois » les étudiants de langue maternelle française dont les deux parents étaient nés au Québec, et comme « Anglo-celtiques », les étudiants de langue maternelle anglaise dont les deux parents sont originaires de pays anglophones.

Nous avons alors constaté que les « francophones » de l'échantillon francophone comprenaient 84,2 % de « Québécois » et que, dans l'échantillon anglophone, les « Anglo-celtiques » constituent 63,7 % des anglophones de cet échantillon.



TABLEAU II.2
Typologie des origines nationales dans les deux échantillons



Le groupe des francophones non québécois dans l'échantillon francophone est relativement petit et l'importance numérique des autres groupes devient presque négligeable. Ainsi, même s'il n'y a pas d'homogénéité parfaite dans cet échantillon, ceux qui portent en eux un héritage québécois sont quand même fortement majoritaires.

Nous observons le contraire chez les anglophones, et il n'y a aucune raison d'identifier ce groupe à un groupe national ou culturel donné, encore moins de considérer la clientèle des institutions anglaises comme un bloc homogène : les « Anglo-celtiques » ne constituent que 20,8 % de l'échantillon anglophone et tous les anglophones ensemble, seulement 57,2 %.

Il est important de rappeler que nous ne parlons pas d'échantillons représentatifs. Les résultats pour l'ensemble des écoles secondaires et des CEGEPS du Québec seraient probablement différents. Mais la forte représentation d'un groupe franco-québécois dans l'échantillon francophone et l'absence d'un groupe anglo-celtique fort dans l'autre échantillon auront sans doute des répercussions sur les analyses des chapitres suivants.

Il est d'ailleurs intéressant de voir que l'importance de ces deux groupes varie selon les régions d'enquête. Les Québécois se trouvent sous-représentés dans la région d'enquête de Hull (69,7 %) et sur-représentés à Québec (91,6 %) et à Jonquière (93,4 %) par rapport aux autres francophones de l'échantillon francophone. La distribution des Anglo-celtiques dans l'échantillon anglophone n'est pas non plus régulière. Ils comptent pour 58,5 % des anglophones à Gaspé, mais seulement pour 30,9 % à Montréal (annexe A, tableau A.1). L'histoire de la population anglophone du Québec se reflète fort bien dans ces deux pourcentages.

2.3. Niveaux socio-économiques

Les comparaisons entre les niveaux socio-économiques des groupes linguistiques ont été le sujet de plusieurs études récentes (Bernard et al., 1979; Boulet, 1979; Conseil économique du Canada). Ces études montrent généralement un écart appréciable entre les francophones et les anglophones du Québec, mais ce fossé est moins prononcé dans la région métropolitaine de Montréal. Il est dû, en partie, au fait que les francophones vivent en milieu rural dans une proportion beaucoup supérieure à celle des anglophones, ce qui tend à réduire le revenu moyen des francophones, même si on ne tient pas compte d'un désavantage possible sur le marché du travail de Montréal.

Nos études ne fournissent pas de données sur les revenus mais nous disposons d'une autre mesure de la classe sociale qu'on substitue fréquemment au revenu, à savoir : la variable socio-occupationnelle. Nous avons repris la classification de l'indice de Statistique Canada qui hiérarchise les occupations des plus cotées (les professionnels) aux plus modestes (main-d'oeuvre non qualifiée). Bien qu'on puisse trouver beaucoup à redire sur la précision de cette classification, on ne peut toutefois contester sa valeur générale (Pineo, Porter et McRoberts, 1977).

La comparaison des deux échantillons confirme le résultat des études précédentes. Notons tout de suite que cette confirmation ne peut être que très approximative. Le tableau II.3 donne les occupations des pères des répondants bien que ces pères ne vivent pas nécessairement au Québec et ne soient d'ailleurs pas nécessairement vivants. De plus, seul l'échantillon francophone est linguistiquement homogène. Il est tout de même intéressant de voir que les distributions des échantillons présentent une certaine similitude avec celle des groupes linguistiques desservis par les institutions scolaires.



TABLEAU II.3
Niveau occupationnel des pères des étudiants selon l'échantillon et la région d'enquête (en pourcentage)



Le tableau II.3 permet de faire plusieurs observations pertinentes. En premier lieu, les distributions des milieux d'enquête francophones de Montréal, de Québec et de Hull sont très similaires. Seule la région de Jonquière montre une concentration plus forte dans les occupations manuelles. En ce qui concerne les milieux d'enquête anglophones, on remarque pour Gaspé la même tendance qu'à Jonquière. Par contre, le milieu d'enquête des Cantons-de-l'Est se révèle très similaire à ceux de Montréal et de Hull. Finalement, les professionnels et les administrateurs sont sur-représentés à Québec où ils constituent ensemble 58,3 % de toutes les occupations.

Pour vérifier si l'écart entre les francophones et les anglophones se confirme à l'intérieur de chaque échantillon, nous avons introduit la langue maternelle comme variable additionnelle. Les résultats sont présentés dans l'annexe A (tableau A.2) et s'avèrent fort intéressants. Malgré le fait que, dans le tableau II.3, les pères des étudiants de l'échantillon anglophone se trouvent dans la catégorie des professionnels deux fois plus souvent que les pères des étudiants de l'échantillon francophone, cet écart est inexistant entre francophones et anglophones à l'intérieur de chaque échantillon. Cela veut dire que les institutions anglaises, comparées aux institutions françaises, ont une clientèle dont le niveau socio-occupationnel est plus élevé.

On aurait peut-être pu s'attendre à un écart encore plus prononcé entre les deux échantillons. Mais il convient de se rappeler que l'échantillonnage était tel que les extrêmes des niveaux économiques ont été volontairement exclus, afin de contrôler l'influence des variables socio-économiques.

2.4. Compétence en français et en anglais

Nous avons demandé aux étudiants d'évaluer leur compétence linguistique en français et en anglais et, pour ce faire, ils avaient à choisir une catégorie entre « parfaitement » et « très peu » pour décrire leur capacité à comprendre, lire, écrire et parler chacune des deux langues. Nous avons regroupé les réponses en deux indices, suivant la méthode décrite dans l'annexe A. Ces indices ont été standardisés de zéro (compétence nulle) à un (compétence parfaite) afin de permettre une comparaison facile des résultats.

Ces évaluations ne constituent évidemment pas des tests objectifs, mais il est malgré tout peu probable que les auto-évaluations soient radicalement opposées à la réalité, les étudiants se donnant à eux-mêmes plus ou moins les mêmes notes que celles que les professeurs leur ont données dans leurs cours de langue. On remarque cependant un autre problème méthodologique plus important. Le même indice évalue ce qui est la langue maternelle pour un étudiant mais aussi la langue seconde ou même troisième pour un autre; alors, les critères utilisés par les différents groupes linguistiques pour s'auto-évaluer ne sont probablement pas les mêmes. Il faudra donc introduire la langue maternelle comme variable de contrôle avant d'arriver à des conclusions concernant l'influence de la compétence linguistique.

Le tableau II.4 présente les résultats des auto-évaluations de la compétence linguistique par les étudiants des deux échantillons. Nous constatons d'abord que les francophones se sont donnés de bonnes notés; qu'ils suivent leurs études en français ou en anglais, presque les trois quarts d'entre eux se reconnaissent une compétence plus que moyenne. Chez les anglophones, nous observons le même phénomène, mais ils évaluent encore plus favorablement leur compétence (90,0 % de « haute » compétence).

Nous pouvons donc conclure que les francophones et les anglophones se sentent assez confiants vis-à-vis de la maîtrise de leur langue maternelle, et que les anglophones des institutions anglaises le sont encore plus.

Qu'en est-il de la compétence des francophones en anglais et de celle des anglophones en français? La majorité des étudiants s'attribuent des notes moyennes. Mais nous observons aussi une différence intéressante dans le fait que plus d'un quart des anglophones des écoles anglaises (25,9 %) se considèrent peu compétents en français tandis que seulement 12,2 % des francophones du secteur français font de même. Autrement dit, une certaine proportion d'étudiants qui étudient dans leur langue maternelle connaissent mal leur deuxième langue, soit par inaptitude ou par manque d'intérêt, et cette proportion est même deux fois plus élevée chez les anglophones3.




3 Dans les débats publics et politiques récents, on a souvent parlé du besoin d'améliorer l'enseignement du français dans les écoles anglaises, besoin qui avait déjà été clairement identifié dans les travaux de la Commission Gendron (1972 : III/2.2.A.1). La question de l'enseignement de l'anglais dans les écoles françaises est plus ancienne et défié le rapport de la Commission Parent avait décrit cet enseignement comme « une sorte d'obligation pénible et ennuyeuse, une corvée, aussi bien pour le professeur que pour l'élève » (1964 : II, N° 686). Il se peut que des améliorations significatives aient eu lieu pour l'une et l'autre langue mais nous avons tout de même l'impression que les auto-évaluations de nos répondants sont plutôt optimistes. [retour au texte]





TABLEAU II.4
Compétence en français et en anglais selon l'échantillon et la langue maternelle (en pourcentage)


TABLEAU II.5
Compétence moyenne en français et en anglais, selon l'échantillon, la région d'enquête et la langue maternelle



Analysons maintenant l'auto-évaluation des anglophones et des francophones qui étudient dans leur langue seconde. Croient-ils bien maïtriser leur langue d'enseignement? En général, nous pouvons dire que oui : 63,8 % des anglophones s'accordent une compétence élevée dans leur langue d'enseignement par comparaison à 83,6 % des francophones. De ce fait, bon nombre de ces étudiants doivent être, à toutes fins pratiques, bilingues4.

Dans la dernière colonne du tableau II.4, il est question des étudiants allophones. Ces derniers semblent fort bien adaptés à leur milieu d'enseignement : qu'ils poursuivent leurs études en français ou en anglais, ils se considèrent compétents dans leur langue d'enseignement et leur évaluation ressemble à celle du groupe linguistique dominant. La seule différence se situe au niveau de la maîtrise de l'autre langue : 38,7 % des allophones du secteur français considèrent leur anglais comme bon, tandis que seulement 19,9 % des allophones du secteur anglais évaluent de la même façon leur maîtrise du français. Nous pourrions considérer ce résultat comme un indice de la tendance des allophones à s'orienter vers la communauté anglophone, du moins dans le passé. Cette tendance n'a évidemment pas besoin d'une preuve aussi faible que celle-ci. Elle est beaucoup plus manifeste dans le fait que l'échantillon anglophone contient plus que dix fois plus d'allophones que n'en contient l'échantillon francophone, et cela, malgré une certaine sous-représentation des allophones constatée dans ce dernier5.

Nous avons jusqu'ici parlé de l'influence des deux variables, langue maternelle et langue d'instruction, sur la compétence linguistique en anglais et en français. Auparavant, nous avions vu qu'à l'intérieur de chaque groupe linguistique nous pouvons repérer des groupes-types d'origine nationale. Il convient donc de se demander si l'appartenance à un tel groupe-type a un effet indépendant sur la compétence linguistique. Le prochain tableau permet de répondre à cette question.

Le tableau II.6 permet d'observer un résultat que nous avons déjà décrit (tableau II.4) : les francophones estiment mieux connaître l'anglais que ne le font les anglophones pour le français. Cette tendance est particulièrement forte chez les francophones non québécois où plus d'un tiers d'entre eux (35,1 %) se considèrent hautement compétents en anglais.




4 Le terme « bilingue » ne veut dire ni que la maîtrise du français et celle de l'anglais sont parfaitement identiques ni que leurs fréquences d'utilisation sont égales. Un comportement bilingue idéalisé d'une telle façon ne pourrait guère durer (Castonguay, 1977 : 141). Nous ne parlons ici de bilinguisme que dans le sens où des individus maîtrisent la langue seconde à un point tel qu'elle ne représente pas d'obstacle dans leurs activités. [retour au texte]

5 La Commission Parent estimait qu'un meilleur enseignement de l'anglais dans les écoles françaises aurait comme effet d'attirer plus d'allophones vers ces écoles : « Il me semble que si l'on améliorait rapidement l'enseignement de l'anglais dans les écoles de langue française [...] on trouverait moins de parents (néo-canadiens) portés à inscrire leurs enfants dans une école de langue anglaise » (1964 : III, N° 193). [retour au texte]




Par ailleurs, les types « Québécois » et « Anglo-celtique » s'estiment nettement moins compétents dans leur seconde langue que ne le font les autres francophones et anglophones. Il semble donc que les enfants de mariages endogames ont les mêmes tendances que leurs groupes linguistiques, mais de façon plus marquée.

Nous pourrions même faire une interprétation encore plus poussée de ces résultats, du moins sous forme d'hypothèse : à cause de la présence des types d'origine nationale « Québécois » et « Anglo-celtique », la compétence dans la seconde langue n'est pas plus élevée dans les deux groupes linguistiques. Le fait que les deux solitudes » n'arrivent pas à se parler pourrait être attribuable plutôt au facteur d'origine nationale qu'au facteur linguistique. L'expression de ce facteur semble plus radicale chez les « Anglo-celtiques » mais son effet est plus considérable chez les Québécois francophones en raison de leur importance numérique.



TABLEAU II.6
Compétence linguistique selon l'échantillon
et l'origine nationale
(en pourcentage)



2.5. CONCLUSION

Les résultats des auto-évaluations de la compétence linguistique par les étudiants peuvent être résumés de la façon suivante : quelle que soit la comparaison, c'est toujours l'anglais que les étudiants croient connaître le mieux. Que ce soient les francophones inscrits dans les écoles anglaises comparés aux anglophones inscrits dans les écoles françaises, ou les francophones et les anglophones suivant leurs cours dans leur langue maternelle, ou même les allophones dans les deux systèmes scolaires, c'est toujours à la compétence en anglais qu'on attribue les meilleures notes. Par ailleurs, l'anglais comme langue seconde ne sort pas seulement gagnant. En effet, si nous comparons la maîtrise de la langue maternelle, c'est de nouveau les anglophones qui se donnent les meilleures notes, qu'ils soient étudiants dans un système ou dans l'autre.

Nous n'avons aucun moyen de comparer ces auto-évaluations à des évaluations objectives. La ma~ïrise de la langue maternelle, mesurée objectivement, serait sûrement très similaire des deux côtés, une fois les contrôles adéquats introduits, à savoir le niveau scolaire et l'origine socio-économique. Le fait que nous trouvons des différences prononcées dans la maîtrise de la langue maternelle nous porte à croire que les autres différences favorisant l'anglais proviennent, elles aussi, d'une attitude favorable à l'anglais plutôt que d'une réalité objective. Cette attitude est assez fortement répandue dans les deux échantillons. Mais quelle peut être la raison d'une telle attitude? Est-ce que les étudiants ont tout simplement exprimé l'opinion que l'anglais, comme langue, est plus facile à apprendre que le français? Ou s'agit-il d'une pression sociale, d'une « mode » estudiantine à l'effet de se déclarer plutôt compétent en anglais parce que cette langue a du prestige dans le monde culturel et fait partie des plans d'avenir des étudiants? Nous ne pourrons aller au-delà des spéculations, faute d'évaluations objectives, mais il sera important de se souvenir, dans les analyses qui suivent, que les étudiants se donnent en général des notes relativement supérieures pour leurs connaissances de l'anglais que pour celles du français.

La connaissance de la langue seconde n'est pas très bonne, ni chez les francophones ni chez les anglophones, mais là aussi nous trouvons que les francophones, sur la base de leurs évaluations, connaissent mieux l'anglais que les anglophones, le français. Un détail intéressant concerne l'origine nationale. Nous observons en effet que, dans les deux échantillons, les enfants d'origine endogame connaissent moins bien la langue seconde que les autres membres de leur groupe linguistique. Si ce n'était de la présence des Québécois d'origine québécoise, le groupe francophone aurait des connaissances en anglais considérablement plus élevées encore, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur les contacts et l'utilisation de l'anglais. Du côté anglophone, ce sont aussi les étudiants d'origine anglo-celtique qui font un peu baisser les moyennes de la maîtrise du français de tous les anglophones. Mais ils ne sont qu'une minorité dans le groupe anglophone tandis que les Québécois d'origine québécoise représentent une forte majorité chez les francophones.













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