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Conscience linguistique des jeunes québécois - Tome IV

CONSCIENCE LINGUISTIQUE DES JEUNES QUÉBÉCOIS

Étude comparative du vécu et de la perception du fait français dans des écoles françaises et anglaises 4e et 5e secondaire et en lre et 2e collégial

TOME IV






CHAPITRE V

Identification linguistique






Dans ce chapitre, nous allons essayer de déterminer l'influence de variables structurelles, telles la classe sociale ou la langue maternelle, et de variables écologiques — telles que l'environnement scolaire — sur les attitudes sociolinguistiques. Ces dernières concernent les deux importantes facettes de l'identification linguistique, c'est-à-dire la dimension individuelle (« Qui suis-je? ») et la dimension sociale (« Qui suis-je par rapport aux autres? »)1. Nous avons développé pour chaque échantillon un indice d'identification personnelle et un indice d'ouverture envers l'autre groupe de façon à appréhender ces deux dimensions. Dans le cas de l'échantillon francophone, l'identification est une identification française et l'ouverture est celle envers le groupe anglophone; dans le cas de l'échantillon anglophone, c'est l'inverse : l'identification est anglaise et l'ouverture se fait vers le groupe francophone.

L'identification linguistique ne se limite pas à la seule langue maternelle. Par exemple, un allophone peut avoir des attitudes qui dénotent une certaine identification anglaise; ces cas sont particulièrement intéressants quand il s'agit d'étudiants qui ne fréquentent pas l'école dans leur langue maternelle. En ce qui concerne les allophones, leur identification avec le groupe linguistique de leur langue maternelle n'a pas été analysé dans cette enquête, mais il sera d'une importance primordiale d'analyser jusqu'à quel point l'assimilation à une langue d'enseignement mène à une identification à un nouveau groupe linguistique. Nous allons présenter successivement les résultats de chacune des variables et des indices utilisés; puis, après avoir élaboré des hypothèses de recherche, nous analyserons les résultats en fonction de celles-ci.

5.1. Présentation des données


TABLEAU V.1
Identification francophone dans l'échantillon francophone
(en pourcentage)




1 L'identification linguistique est un cas particulier de l'identification culturelle qui est généralement acquise ou apprise à l'âge de l'adolescence (Mackey, 1978 : 436). Il est pourtant peu probable que cette identification linguistique reste rigidement fixée pour la vie et qu'elle ne s'adapte pas aux exigences du moment. Nos données doivent être analysées dans ce contexte. [retour au texte]




L'identification francophone varie beaucoup selon les questions. Une grande majorité (84,8 %) des étudiants prennent assez clairement position en faveur de la sauvegarde du français au Québec et environ les deux tiers d'entre eux (67,1 %) se sentent privés d'un droit fondamental lorsqu'ils sont empêchés de parler leur langue. Par contre, des majorités beaucoup moins fortes trouvent que vivre en français est nécessaire pour leur épanouissement personnel (56,9 %) ou ne pourraient jamais envisager de vivre dans un pays non francophone (48,2 %).

Nous pouvons évidemment comprendre que quelqu'un pourrait très bien vivre dans un pays non francophone et se considérer malgré tout pleinement francophone, la situation minoritaire en pareil cas pouvant même renforcer l'identité linguistique. Nous avons cependant inclus cette question ici de façon à constituer une gamme plus large d'identifications possibles. L'identification linguistique ne signifie pas nécessairement exactement la même chose pour tout le monde. Il s'agissait ici de mesurer l'importance qu'elle peut prendre dans des directions légèrement variées.

L'ouverture envers le milieu anglophone a été mesurée à l'aide de trois questions du questionnaire qui, encore une fois, permettent une certaine diversité dans les orientations et dont l'une est formulée de façon radicale.



TABLEAU V.2
Ouverture vers l'anglais dans l'échantillon francophone
(en pourcentage)



Les trois questions ont suscité une opposition assez marquée à leur égard, la dernière provoquant même un désaccord presque total. Néanmoins, notons que dans le cas des deux premières questions, une proportion appréciable d'étudiants (28,0 % et 32,5 %) considère « plus utile » ou « plus important » pour quelqu'un qui vit au Québec d'apprendre l'anglais que de perfectionner son français. Soulignons aussi que le désaccord prononcé que nous constatons a été provoqué par des questions dont la formulation était assez excessive : la première demande à une personne qui fréquente le système français de dévaluer ce dernier au profit du système anglais, et la deuxième propose d'accorder une certaine suprématie à l'anglais, même si ce n'est qu'en vue du marché du travail. La troisième, finalement, exige pratiquement la négation de l'héritage français au Québec. Des formulations plus vagues et moins radicales auraient probablement montré beaucoup plus « d'ouverture envers l'anglais », mais cela aurait posé beaucoup plus de problèmes d'interprétation. Si une attitude d'ouverture se manifeste dans le tableau V.2, nous pouvons être sûr qu'elle va passablement loin.

Tournons maintenant notre attention vers l'échantillon anglophone. Nous présentons de nouveau la distribution des réponses pour tout l'échantillon. Il faut toutefois rappeler que cet échantillon ne possède pas l'homogénéité linguistique presque parfaite du premier. La présentation des tableaux V.3 et V.4 ne peut donc que donner une impression globale des attitudes qui prévalent au sein de cette population. Il sera indispensable d'introduire la langue maternelle comme variable de contrôle pour vraiment interpréter la distribution globale.



TABLEAU V.3
Identification anglophone dans l'échantillon anglophone
(en pourcentage)



Remarquons que la dernière question n'est pas littéralement équivalente à celle qui a été utilisée pour l'échantillon francophone. Toutefois, son énoncé est assez comparable pour l'inclure dans l'indice.

Le phénomène le plus étonnant en ce qui concerne l'identification anglophone, c'est la similarité de la distribution des réponses entre les tableaux V.1 et V.3. À deux exceptions près, nous pouvons dire que la distribution est pratiquement identique. La première exception réside dans le fait que ceux qui étudient en anglais peuvent plus facilement s'imaginer pouvoir vivre dans un pays non anglophone, ce qu'ils font, évidemment. La deuxième exception provient du fait qu'ils sont un peu moins nombreux à ne pas vouloir abandonner les efforts pour défendre l'intérêt anglais au Québec; cette différence se limite toutefois à la variation des réponses entre les catégories « accord » (39,0 %) et « accord complet » (39,7 %). La défense de l'intérêt français avait reçu un « accord complet » (64,0 %) relativement plus fort que « l'accord simple » (20,4 %) en raison peut-être de la formulation : a le français de nos pères », qui a provoqué une identification plus forte que la formulation : « l'intérêt anglais », qui est plus neutre.

Par ailleurs, 63,2 % des étudiants se sentent privés d'un droit fondamental lorsqu'ils ne peuvent pas parler l'anglais et 78,7 % voudraient à tout prix défendre l'intérêt anglais au Québec. Par contre, 39,6 % envisagent la possibilité de vivre dans un pays où ils « ne peuvent pas vivre en anglais » et 30,4 % croient qu'ils pourraient s'y « épanouir ».

L'ouverture vers la langue française a été mesurée à l'aide des questions présentées dans le prochain tableau. Comme pour l'autre échantillon, nous y trouvons deux questions relatives à l'utilité d'apprendre la seconde langue, le français dans ce cas.



TABLEAU V.4
Ouverture vers la langue française
dans l'échantillon anglophone
(en pourcentage)



Le tableau V.4 témoigne d'un degré assez considérable d'ouverture envers la langue française. 37,6 % des étudiants qui suivent leurs études en anglais favoriseraient l'école française pour leurs enfants; plus de la moitié d'entre eux attachent beaucoup d'importance à l'idée que les anglophones du Québec devraient apprendre le français et seulement 17,8 % croient que la tâche serait trop difficile.

Il est évident que la troisième question concernant l'ouverture au français est différente de celle concernant l'ouverture envers l'anglais dans l'autre échantillon. Bien que la formulation retenue ne soit pas exactement la même dans les deux questionnaires, nous avons tout de même affaire à une question qui semble provoquer des réactions similaires auprès des étudiants. Malgré leurs différences, chaque question peut s'insérer logiquement dans cet indice.

En résumé, nous avons montré dans cette section que l'identification linguistique est assez prononcée et surtout de structure très similaire dans les deux échantillons. L'ouverture envers la langue seconde est limitée, surtout dans l'échantillon francophone. Cependant, en examinant les questions individuellement, nous notons malgré tout qu'au moins un quart des étudiants semble accorder une sérieuse importance à la maîtrise d'une langue seconde pour quelqu'un qui vivrait au Québec.

Les données présentées jusqu'ici seront à présent utilisées sous la forme plus globalisante de quatre indices. Leur construction est présentée dans l'annexe A.



TABLEAU V.5
Valeurs moyennes de quatre indices d'identification linguistique, selon l'échantillon et la langue maternelle



Le tableau V.5 est quelque peu incomplet puisque l'indice d'ouverture envers le français ne peut être calculé pour les francophones qui étudient en anglais. Il permet néanmoins de mettre en lumière quelques conclusions fort importantes. Tout d'abord, les répondants étudiant dans leur langue maternelle s'identifient à leur langue de façon exactement semblable (0,66) dans les deux échantillons. Ceux qui ne fréquentent pas l'école dans leur langue maternelle ont un comportement différent, et ces différences sont généralement favorables à l'anglais. Ainsi les francophones étudiant en anglais manifestent des attitudes plus semblables (0,54) à celles de leurs pairs anglophones que ne le font les anglophones étudiant en français (0,48). Les proportions sont encore plus importantes quand il s'agit des allophones qui suivent leurs études en anglais; ils montrent les mêmes attitudes que leurs pairs anglophones (0,68) alors que ceux qui étudient en français sont moins assimilés aux francophones (0,52).

En ce qui concerne l'ouverture envers la langue qui n'est pas la langue d'enseignement, les anglophones (0,49) apparaissent considérablement plus ouverts que les francophones (0,30). Leur ouverture pourrait évidemment témoigner d'une certaine reconnaissance du fait que, pour s'assurer un avenir au Québec, un anglophone va devoir apprendre le français. C'est du moins ce que nous a suggéré le tableau V.4, où nous avons appris que ces anglophones-là pensent qu'il est plus important pour les anglophones du Québec d'apprendre le français que de perfectionner leur anglais. Ce que nous appelons ouverture envers la langue française n'est donc pas nécessairement un sentiment noble ou une disposition intégrationniste. Il s'agit surtout d'une attitude réaliste ou utilitariste qui reconnaît les tendances de francisation récentes et les nouveaux rapports de forces politiques et qui, en conséquence, accorde une priorité au perfectionnement de la langue de la majorité de la population2.

5.2. Hypothèses de travail

Dans les chapitres précédents, nous avons constaté que la région d'enquête avait un certain effet sur les variables dépendantes, telles l'orientation linguistique de la consommation culturelle et les contacts interlinguistiques, et que cet effet ne s'expliquait pas entièrement par les différences de langue maternelle et de compétence linguistique. Il est donc raisonnable de conclure qu'un tel effet devrait aussi se faire sentir sur les attitudes sociolinguistiques résumées par les indices d'identification et d'ouverture envers l'autre groupe linguistique. Deux hypothèses peuvent exprimer cette influence :

Hypothèse 1 :

Le milieu linguistique mixte d'une région d'enquête diminue l'identification linguistique des étudiants.

Hypothèse 2 :

Le milieu linguistique mixte d'une région d'enquête renforce l'ouverture des étudiants envers l'autre groupe linguistique.

Nous avons par ailleurs observé dans le chapitre précédent que la catégorie démo-linguistique « mixte » ne pouvait vraiment expliquer la diversité de contacts observée au sein du groupe anglophone. Nous introduisons donc une troisième hypothèse qui remplace le raisonnement précédent tout en prévoyant, elle aussi, des variations selon les régions d'enquête.

Hypothèse 3 :

La situation fortement minoritaire dans laquelle se trouve un groupe linguistique le mène à s'assimiler et à réduire son identification linguistique. Cette situation l'incite aussi à se montrer plus ouvert envers la majorité.

Finalement, nous devons nous attendre à une forte corrélation entre les deux indices introduits dans ce chapitre. Puisqu'il s'agit chaque fois d'indices d'attitude, il n'est pas possible d'interpréter l'un comme la cause de l'autre. Néanmoins, il est possible que cette corrélation soit affectée par la situation fortement minoritaire d'un groupe.

Hypothèse 4 :

L'identification linguistique et l'ouverture envers l'autre groupe linguistique sont liées entre elles. Leur corrélation sera plus forte quand un groupe linguistique se trouve en minorité.




2 Notons que ces résultats ne contredisent pas la théorie de Blalock (1967) mentionnée auparavant puisque cette théorie compare l'ouverture hors-groupe de plusieurs minorités et non pas l'ouverture minorité — majorité et inversement. [retour au texte]




Une autre hypothèse pourrait être émise à ce stade de nos analyses mais doit être reportée au chapitre VII. Il s'agit de l'influence de la variable contact sur les attitudes linguistiques. Nous pourrons alors examiner de plus près, dans ce chapitre VII, l'influence de plusieurs variables structurelles sur les attitudes.

5.3. Analyse des hypothèses

Les quatre hypothèses utilisent la région d'enquête comme variable indépendante. Puisque plusieurs font référence au caractère « mixte » d'une région, nous établissons la hiérarchie suivante, basée sur l'origine culturelle des répondants. Nous considérons comme régions à très forte majorité francophone, les régions d'enquête de Jonquière et de Québec. Les régions de Hull, des Cantons-de-l'Est et de Gaspé sont des cas intermédiaires (ou « mixtes ») qui ont entre 10 % et 35 % de population de langue maternelle anglaise. Finalement, le cas de Montréal doit être étudié séparément puisque la métropole, de par sa taille, permet la coexistence de communautés francophone et anglophone relativement homogènes.



TABLEAU V.6
Identification linguistique des étudiants faisant leurs études dans leur langue maternelle, et ouverture envers l'autre groupe, selon l'échantillon et la région d'enquête
(valeur moyenne)



Les résultats présentés dans le tableau V.6 peuvent se résumer de la façon suivante : premièrement, il n'y a pas de variation significative selon la région d'enquête. Les variations visibles dans les première, troisième et dernière colonnes sont près de zéro et celles de la deuxième colonne sont très petites et ne vont d'ailleurs pas dans la direction suggérée par les hypothèses. Deuxièmement, l'ouverture des anglophones qui étudient en anglais à l'endroit des francophones est beaucoup plus grande que celles des premiers à l'égard des seconds et cela, dans toutes les régions. Elle est tellement similaire dans toutes les régions qu'elle doit exprimer des attitudes très solidement ancrées dans la conscience linguistique des anglophones au Québec3.




3 Ces résultats contredisent la théorie de Blalock (1967). D'après cette théorie, on s'attendrait à des différences significatives entre les régions d'enquête de Québec et de Montréal (dans la dernière colonne du tableau V.6) puisque les anglophones sont proportionnellement plus minoritaires à Québec. Nous ne pouvons qu'en conclure que cette théorie, originalement conçue dans l'étude des relations inter-raciales aux États-Unis, ne s'applique pas intégralement au contexte sociolinguistique du Québec. [retour au texte]




Ce qui ressort donc de ces résultats, c'est que les hypothèses 1 et 2 sont à rejeter. La région d'enquête n'a pas d'influence significative sur l'identification linguistique et sur l'ouverture vers l'autre groupe, ni du côté anglophone, ni du côté francophone. Les attitudes exprimées par les indices sont certainement sujettes à des influences diverses, mais il ne s'agit pas d'influences propres aux caractéristiques écologiques d'une région d'enquête.

En même temps, nous devons aussi rejeter l'hypothèse 3. Nous ne pouvons en éprouver la valeur que dans le cas des anglophones de Québec pour qui le résultat est nettement négatif, leur statut fortement minoritaire ne changeant en aucune façon leurs attitudes d'identification et d'ouverture à l'égard du groupe francophone.

Passons à la quatrième hypothèse. Elle prévoit une association entre les deux indices et une variation de cette association selon la région d'enquête. Le prochain tableau peut servir à la confirmer ou à l'infirmer.



TABLEAU V.7
Corrélations » entre identification linguistique des étudiants faisant leurs études dans leur langue maternelle et ouverture envers l'autre groupe, selon l'échantillon et le milieu d'enquête



Les données du tableau V.7 sont inattendues : pour le groupe des anglophones qui suivent leurs études en anglais, les corrélations sont faibles et irrégulières; l'hypothèse 4 est donc à rejeter. Par contre, nous pouvons retenir au moins la première partie de l'hypothèse pour le groupe des francophones qui poursuivent leurs études en français. L'association entre les deux variables est exactement celle qui était attendue : les attitudes concernant l'identification personnelle sont fortement liées aux attitudes concernant l'autre groupe, c'est-à-dire les anglophones.

Comment peut-on expliquer cette grande différence entre les attitudes cohérentes des francophones et les attitudes apparemment incohérentes des anglophones? La seule explication que nous pouvons donner est celle des origines culturelles qui se révèlent aussi homogènes chez les francophones qu'hétérogènes chez les anglophones. En effet, les francophones ont en commun tout un héritage linguistique et social; c'est là une des significations attachées au concept de peuple. Ils définissent leur identité de façon cohérente et souvent semblable. Le groupe anglophone, quant à lui, présente au contraire une diversité sociale énorme; de par leur isolement dans quelques enclaves, les anglophones ont des vécus historique et quotidien très divers. Leur identification personnelle varie plus que celle des francophones (tableau V.6) et, même si leurs attitudes envers les francophones paraissent homogènes, ils semblent tous conscients de la nécessité de s'adapter au « fait français ». Leurs attitudes en ce qui les concerne eux-mêmes, de même que celles qu'ils entretiennent envers les francophones, sont très peu reliées entre elles. Quoique non contradictoires, elles ne sont pas liées les unes aux autres.

La deuxième partie de l'hypothèse 4 est à rejeter. La situation fortement minoritaire d'un groupe n'influence pas la cohérence entre les deux indices. La corrélation pour les anglophones de Québec (gamma = 0,23) est trop faible, et elle n'est pas plus importante que celle de Montréal (0,26), comme le laissait entendre l'hypothèse 4.

5.4. CONCLUSION

Dans ce chapitre, nous avons exploré un certain nombre d'hypothèses au sujet des attitudes des étudiants relativement à leur propre groupe linguistique et à l'autre groupe auquel ils font face. Nous avons exclu les étudiants allophones de cette partie de l'étude pour pouvoir nous concentrer sur l'identification linguistique et l'ouverture vers l'autre groupe des francophones étudiant en français et des anglophones étudiant en anglais.

Trois de nos quatre hypothèses analysaient la relation entre environnement linguistique et attitudes. Aucune des trois ne s'est avérée correcte. Il est très clair qu'une interprétation écologique de la psychologie humaine ne trouve aucun support dans nos données. Si nous voulons mesurer le « milieu » linguistique par les caractéristiques générales de la population, nous ne pouvons que conclure que ce « milieu »-là n'influence aucunement les attitudes linguistiques.

Il y a pourtant un milieu qui, défini beaucoup plus précisément, par exemple, par la langue maternelle et la langue d'enseignement, devient une unité significative dans le sens sociologique du terme et qui a des effets sur les attitudes linguistiques.

L'identification linguistique est assez marquée et surtout de structure similaire tant chez les anglophones que chez les francophones. Les étudiants des deux groupes considèrent d'ailleurs le fait de s'exprimer dans leur langue maternelle comme un droit fondamental et sont clairement décidés à défendre leur héritage linguistique, leur « cause », au Québec. Néanmoins, il se trouve un bon nombre d'individus au sein de chacun des deux groupes, et même une majorité du côté anglophone, qui pourraient très bien vivre dans un pays où leur langue ne serait pas la langue dominante.

L'ouverture envers l'autre groupe est un complément important de l'identification linguistique. Elle connaît des limites, mais elle est quand même réelle. Elle peut en effet comprendre des éléments très différents selon les individus et elle n'est certainement pas à confondre avec une attitude xénophile et noble; elle a toujours son côté utilitariste.

Les étudiants anglophones sont plus ouverts envers les francophones que ces derniers ne le sont envers les premiers. Par ailleurs, le seuil de tolérance semble clairement franchi, aux yeux des francophones, lorsque quelqu'un met en doute le rôle dominant de leur langue au Québec. Du côté anglophone, par contre, le rôle minoritaire de leur langue au Québec semble être accepté; nous pourrions même interpréter leur ouverture vers le français comme une adaptation à l'inévitable.

Chez les francophones, les attitudes linguistiques les concernant eux-mêmes et celles concernant l'autre groupe sont cohérentes. Chez les anglophones, elles sont dissociées les unes des autres. Cela ne veut pas dire qu'elles sont nécessairement contradictoires, mais seulement qu'elles ne suivent pas les mêmes tendances et sont probablement dues à des facteurs différents.

Ces résultats confirment donc, en ce quia trait aux attitudes, ce que nous avons déjà remarqué des contacts : le groupe francophone est homogène et sûr de lui-même tandis que le groupe anglophone est hétérogène et que son identification est moins claire. Ce dernier constitue donc un groupe à la fois flexible et vulnérable. Notre prochain chapitre analysera les réactions au développement politique qui a constitué la plus grande mise en question de ce groupe depuis au moins une génération : celui de la francisation.

Hypothèse 1 :

Le milieu linguistique mixte d'une région d'enquête diminue l'identification linguistique des étudiants.

Hypothèse
infirmée
Hypothèse 2 :

Le milieu linguistique mixte d'une région d'enquête renforce l'ouverture des étudiants envers l'autre groupe linguistique.

Hypothèse infirmée
Hypothèse 3 :

La situation fortement minoritaire dans laquelle se trouve une groupe linguistique le mène à s'assimiler et à réduire son identification linguistique. Cette situation l'incite aussi à se montrer plus ouvert envers la majorité.

Hypothèse infirmée
Hypothèse 4 :

L'identification linguistique et l'ouverture envers l'autre groupe linguistique sont liées entre elles. Leur corrélation sera plus forte quand un groupe linguistique se trouve en minorité.

Hypothèse confirmée pour les francophones et infirmée pour les anglophones












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