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L'AVENIR DU FRANÇAIS DANS LES PUBLICATIONS ET LES COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES

Actes du colloque international
L'AVENIR DU FRANÇAIS
DANS LES PUBLICATIONS
ET LES COMMUNICATIONS
SCIENTIFIQUES ET
TECHNIQUES

Volume II

L'avenir du français
dans la science et la technologie




CHAPITRE II

La situation dans la
francophonie canadienne




Article 2.1.

LES PÉRIODIQUES SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES

Sous-article 2.1.1.

Une étude de Brigitte Schroeder-Gudehus et de Louise Dandurand

Dans une étude portant sur le comportement de 2 360 auteurs scientifiques canadiens, quant à la langue et au pays de publication, et parue en 1973 sous les auspices de l'Institut d'histoire et de sociopolitique des sciences, mesdames Brigitte Schroeder-Gudehus et Louise Dandurand ont procédé à l'analyse de la situation qui prévalait au Canada durant l'année 1971 dans le domaine des sciences physiques et chimiques1.

Sont comprises sous la rubrique sciences physiques et chimiques, les sous-disciplines suivantes : acoustique, aéronautique, chimie analytique, spectroscopie, astronomie, sciences atmosphériques, informatique, cristallographie, sciences de la terre, électronique, cybernétique, chimie inorganique, instrumentation, science des matériaux, sciences mathématiques et statistiques, métallurgie, sciences nucléaires, océanographie, optique et photographie, chimie organique, chimie physique, physique, science des plastiques et polymères, sciences de l'espace, chimie générale, génie chimique, chimie structurale, chimie des oléagineux, chimie des sols, pétrochimie, chimie organo-métallique.

Le but de la recherche est explicité de la manière suivante par les auteures :

« L'autonomie ou l'« inféodation » — d'une collectivité scientifique peut bien sûr être perçue à partir d'indices qualitatifs, mais elle peut être, sinon mesurée, tout au moins précisée, à l'aide de certains critères d'évaluation d'ordre quantitatif. Au nombre de ces critères d'évaluation, on peut compter : le lieu de formation du personnel scientifique, la provenance des manuels, d'ouvrages et de revues spécialisées et le pays de publication choisi par les auteurs d'articles [...] Bien sûr, ce critère ne pourra à lui seul nous permettre de tirer des conclusions pleinement satisfaisantes : d'une part parce qu'il ne s'agit là que d'un indice, et d'autre part parce que cet indice ne s'applique qu'à une partie de la collectivité scientifique (celle qui fait de la recherche fondamentale dont les résultats sont publiés sous forme d'articles, ce qui exclut les livres, les mémoires et les rapports non publiés).

« Le cas particulier du Québec, doublement « périphérique », nous a amenés à accorder une attention spéciale à la langue de publication. Existe-t-il une identité propre à l'ensemble des scientifiques québécois qui se manifesterait par l'usage privilégié qu'ils feraient du français comme langue de publication? La « francophonie » a-t-elle une signification pour la circulation internationale des informations scientifiques2? »

En prenant comme base les données statistiques fournies par les Current Contents de l'Institute for Scientific Information parus en mai 1972, les auteures ont dressé un certain nombre de tableaux qui donnent une vue très significative de la situation qui prévalait à cette époque dans divers secteurs et domaines.




1 Brigitte SCHROEDER-GUDEHUS et Louise DANDURAND, Comportements de publication d'auteurs scientifiques canadiens, 1971, op. cit. [retour au texte]

2 Brigitte SCHROEDER-GUDEHUS et Louise DANDURAND, op. cit., Introduction, s.p. [retour au texte]




Nous reproduisons ici quelques-uns des tableaux les plus révélateurs du comportement des chercheurs canadiens. Quand il s'est agi des chercheurs du Québec anglophone et du Québec francophone, nous avons sélectionné certaines données statistiques et nous les avons légèrement réaménagées pour les rendre encore plus explicites.



TABLEAU II-1
Distribution des auteurs canadiens par pays de publication


TABLEAU II-2
Distribution des auteurs canadiens par langue de publication


TABLEAU II-3
Distribution des auteurs canadiens par discipline


TABLEAU II-4
Distribution des auteurs canadiens par type d'établissement


TABLEAU II-5
Distribution des auteurs canadiens par région de résidence


TABLEAU II-6
Distribution des auteurs canadiens par discipline et par langue de publication


Les tableaux reproduits ci-haut donnent, entre autres, une certaine idée de la place du français dans l'I.S.T. produite au Canada, par secteur et par domaine pour l'année en cause. Mais les auteures ont jugé bon, à juste titre, de traiter le cas du Québec d'une façon spéciale. Les données fournies nous éclairent un peu mieux sur la place du français dans l'I.S.T. produite par la « francophonie canadienne », évidemment plus représentée au Québec. Voici quelques données intéressantes :



TABLEAU II-7
Distribution des auteurs canadiens du Québec universitaire (anglophone et francophone) et du Québec extra-universitaire (industriel), par pays de publication


TABLEAU II-8
Distribution des auteurs canadiens du Québec universitaire (anglophone et francophone) et du Québec extra-universitaire (industriel), par langue de publication


TABLEAU II-9
Distribution des auteurs canadiens du Québec universitaire (anglophone) par langue et par pays de publication


TABLEAU II-10
Distribution des auteurs canadiens du Québec universitaire (francophone) par langue et par pays de publication


TABLEAU II-11
Distribution des auteurs canadiens du Québec extra-universitaire (industriel), par langue et par pays de publication


Les données statistiques reproduites ici parlent par elles-mêmes. On doit cependant remarquer qu'elles sont fondées sur les Current Contents de l'I.S.I. dont plusieurs suspectent l'impartialité quant aux choix des articles répertoriés et qu'elles « décrivent » la situation qui prévalait en 1971. L'étude que nous allons maintenant citer confirme cependant, à sa manière, les observations de mesdames Schroeder et Dandurand.

Sous-article 2.1.2.

Une étude d'Arnold J. Drapeau

Au cours de l'année 1980, monsieur Arnold J. Drapeau, ingénieur et professeur à l'École polytechnique de Montréal, effectuait, pour le Conseil de la langue française du Québec, une étude sur l'utilisation du français par les chercheurs québécois francophones dans la publication de leurs rapports de recherche et dans leurs communications écrites lors des congrès, des colloques ou des symposiums scientifiques tenus sur le territoire du Québec ou hors du territoire du Québec et ce, pour la période s'étendant de l'année de fondation de chaque institut, centre, ou laboratoire de recherche jusqu'à 1979. Nous reproduisons ici d'abord les principales données recueillies en ce qui a trait aux périodiques scientifiques et techniques3.

Il convient de noter que seuls les articles publiés dans les revues avec jury de lecture sont comptabilisés ainsi que ceux publiés dans les comptes rendus de congrès, les "Transactions... ", les "Advanced in... ", les "Progress in... ", les "Annual Reviews of... " et les "Research on... ". Tous les articles soumis, acceptés ou sous presse sont exclus des compilations effectuées.




3 Arnold J. DRAPEAU, Les publications et les communications scientifiques. La langue utilisée par les chercheurs des centres de recherche des universités francophones du Québec, Québec, Conseil de la langue française, « Notes et documents », no 9, 1981, 64 p. [retour au texte]






TABLEAU II-12
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les universités et par les instituts de recherche du Québec


TABLEAU II-13
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs de 16 organismes de recherche, regroupés selon divers domaines de spécialisation


TABLEAU II-14
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs de 21 organismes de recherche, regroupés selon divers domaines de spécialisation


TABLEAU II-15
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs de l'Institut national de la recherche scientifique (I.N.R.S.)


TABLEAU II-16
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs (% d'articles en langue anglaise)


TABLEAU II-17
INSTITUT DE CARDIOLOGIE
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs (% des articles en langue anglaise)


TABLEAU II-18
INSTITUT ARMAND-FRAPPIER
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs


TABLEAU II-19
INSTITUT DE RECHERCHE DE L'HYDRO-QUÉBEC
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs


TABLEAU II-20
INSTITUT DE RECHERCHES CLINIQUES DE MONTRÉAL
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs (% articles en langue anglaise)


TABLEAU II-21
INSTITUT DU CANCER DE MONTRÉAL
Vue d'ensemble des articles en langue française et en langue anglaise publiés par les chercheurs (% articles en langue anglaise)


L'auteur fait remarquer que les chercheurs des organismes francophones de recherche du Québec utilisent l'anglais comme langue de publication dans les proportions suivantes :

Pour compléter, on peut souligner que 95 % des articles publiés par les 11 journaux scientifiques du C.N.R.C. (Canada) sont en langue anglaise. Moins de la moitié des 5 % en langue française est attribuable aux chercheurs francophones canadiens, Québécois compris.

* * *

Article 2.2.

LES COMMUNICATIONS SCIENTIFIQUES ET TECHNIQUES

Poursuivant son analyse de la langue utilisée par les chercheurs québécois, Arnold J. Drapeau relève quelques données statistiques relatives aux communications scientifiques et techniques.



TABLEAU II-22
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées par les chercheurs des universités et des instituts de recherche du Québec (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-23
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs de 16 organismes de recherche, selon divers domaines de recherche (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-24
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs de 21 organismes de recherche, regroupés selon divers domaines de recherche (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-25
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC — I.N.R.S. 1977-1978
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-26
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC — I.N.R.S. 1978-1979
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-27
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC — I.N.R.S.
Sommaire, en pourcentage, des communications en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs


TABLEAU II-28
5 INSTITUTS DE RECHERCHE DU QUÉBEC
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées par les chercheurs (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-29
INSTITUT ARMAND-FRAPPIER
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-30
INSTITUT DE RECHERCHE DE L'HYDRO-QUÉBEC
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs (% des communications en langue anglaise)


TABLEAU II-31
INSTITUT DU CANCER DE MONTRÉAL
Vue d'ensemble des communications en langue française et en langue anglaise présentées à des congrès scientifiques par les chercheurs (% des communications en langue anglaise)


Près de 56 % des 3 260 communications prononcées par des chercheurs lors de congrès scientifiques, soit 1 829, ont été présentées en anglais. Les chercheurs des 16 organismes de recherche de l'Université Laval ont prononcé 47 % de leurs conférences en anglais, c'est-à-dire 583 sur un total de 1 254. Ce pourcentage s'élève à 57 % pour les chercheurs de l'Université de Montréal, soit 290 conférences prononcées en anglais sur un total de 511.

Pour les trois universités étudiées, l'intervalle de variation du pourcentage est plus grand pour les communications scientifiques que pour les publications en langue anglaise. Ainsi, l'Université Laval, l'Université du Québec et l'Université de Montréal ont respectivement 47 %, 52 % et 57 % de leurs communications en anglais et 63 %, 63 % et 69 % de leurs articles en anglais. Dans le cas des trois universités, les chercheurs ont prononcé 991 conférences en anglais sur un total de 1 993, soit une moyenne de 50 %.

La consultation des rapports annuels de tous les organismes de recherche mentionnés dans cette étude a permis de déceler que 108 conférences ont été prononcées en France dont un grand nombre à Paris. De ce total, 55 ont été présentées en anglais, soit 51 %. Les chercheurs de l'Institut de recherche de l'Hydro-Québec ont prononcé, de 1971 à 1979, 31 conférences en France dont 23 en anglais, soit 74 %. De plus, trois conférences ont été présentées en Suisse, toutes en anglais.

Conclusion du chapitre II

Les observations de mesdames Schroeder-Gudehus et Dandurand et celles de Arnold J. Drapeau peuvent être complétées par une étude poursuivie par l'Office de la langue française dans 38 C.R.D.I. du Québec4 à laquelle nous référons les lecteurs intéressés. Elles sont confirmées par ailleurs par le rapport d'une enquête poursuivie par la firme CROP pour le compte du Conseil de la langue française et dont les participants au colloque peuvent obtenir copie5.

En somme, bien que l'on ne puisse établir avec de très rigoureuses statistiques la situation exacte du français dans l'I.S.T. produite par les chercheurs francophones du Québec (ou du Canada), il est raisonnable de conclure que l'anglais occupe dans celle-ci une place importante, notamment dans la littérature scientifique et technique destinée aux publications étrangères ou dans les communications scientifiques et techniques présentées lors de colloques tenus en dehors des territoires de la francophonie.

Dans un tel contexte, on comprend l'observation d'Eugene Garfield :

« I have never observed an American bics against Canadian research. Clearly, Canadians can publish in American as well as international journals with little difficulty. In fact, what may bother our Canadian colleagues is a special form of imperialism. We not only treat them as equals but as though they were Americans. No such accusation is made by our friends in most other countries6. »



4 Mondo INAGAKI, La situation linguistique dans les C.R.D.I. au Québec, Montréal, Office de la langue française, « Langues et sociétés », 1981, 3 t. [retour au texte]

5 CROP (Centre de recherche sur l'opinion publique), La langue française et l'information scientifique et technique. Opinions des chercheurs québécois francophones, Québec, Conseil de la langue française, « Notes et documents », août 1981, V-68 p. [retour au texte]

6 Eugene GARFIELD, « Current Comment », Current Contents, vol. 22, no. 34, August 20, 1979, pp. 5-9. C'est nous qui soulignons. [retour au texte]





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