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ATELIER 1


L'affichage et l'étiquetage et le français
au Québec

Conférencier  : Viviane JULIEN, directrice des services
linguistiques, Cie de la Baie d'Hudson
Gaston CHOLETTE, président, Commission de
surveillance de la langue française
Laurette BERGERON, Mouvement impératif
français Inc.

Animateur  :

Jean-Yvon HOULE, directeur des Communications,
Office de la langue française


La place du français dans l'affichage et l'étiquetage a depuis longtemps joué un rôle important dans le débat linguistique québécois. Cinq ans après l'adoption de la Charte de la langue française, doit-on remettre en question l'objectif de l'affichage unilingue français? L'étiquetage, les modes d'emploi, les garanties, les textes explicatifs sont-ils toujours disponibles en français et en « bon » français? Quels efforts sont faits par les commerçants et en particulier par les grandes maisons d'affaires afin de se conformer aux exigences de la Charte de la langue française en cette matière?

M. Royal Orr, directeur général de l'Association anglophone de l'Estrie, a aussi participé à l'atelier. Il a résumé le mémoire de son Association concernant la toponymie au Québec et soumis à la Commission de toponymie le 1er octobre 1982. Ce résumé ne nous a pas été remis.







Un cas  : La Baie

Viviane JULIEN



L'affiche et l'étiquette se fichent elles du français chez nous? Selon que l'expression « chez nous » signifie le Québec ou... l'entreprise où je travaille, la réponse pourrait différer. D'autres sont mieux en mesure que moi de juger de l'état du français dans les affiches au Québec. Je leur laisserai donc la tâche de vous éclairer sur ce point. Quant à moi, je parlerai plutôt d'un milieu de travail que je connais bien, sur le plan linguistique, depuis 11 ans.

D'abord, un aperçu historique

1971 : un grand magasin de la métropole change de nom. En effet, Morgan devient La Baie, The Bay. Pour éviter toute confusion, je voudrais préciser tout de suite que La Baie n'est pas une raison sociale, mais bien une marque de commerce de la Compagnie de la Baie d'Hudson. J'y arrive juste à temps pour participer à la grande fête costumée ... bilingue! J'avoue avoir eu quelques discussions sérieuses, en anglais, avec des patrons qui s'enquéraient du tout nouveau service de traduction à la création duquel je participais alors ... Quelques verres de vin plus tard, j'ai aussi dansé en français avec ces mêmes patrons!

Le dernier-né des services de la compagnie comprenait alors deux traductrices, une réviseure et un patron administrateur parlant français. Nous partions de loin, plus de 300 ans en fait, depuis la fondation de la compagnie. Pourquoi alors un service de traduction en 1971, cinq ans avant la Loi 101? Un besoin reconnu par les administrateurs, sans doute? Un souci de rejoindre une clientèle dans sa langue? Sans être dans le secret des dieux, je doute cependant qu'il y ait eu un motif d'ordre politique. À vrai dire, je n'en sais rien, mais je sais par contre que, dès ce moment-là, La Baie, consciemment ou non, amorçait alors sa francisation. Je me rappelle qu'un de nos premiers travaux a été de traduire l'appellation des rayons, de façon « créatrice » selon la demande expresse d'un directeur de succursale, donc d'adapter et non de traduire. Les affiches déjà commençaient à prendre une certaine allure de français, même si elles en côtoyaient d'autres unilingues anglaises. Le progrès de la francisation de l'affichage à La Baie n'est plus à démontrer : c'est un fait reconnu. S'est-il accompli sans douleur et sans grincement de dents? Je dirais relativement, oui. Je n'ai pas rencontré de résistance réelle de la part du personnel de la compagnie. Si quelques-uns ont maugréé, peut être pour la forme, d'autres m'ont par contre apporté une aide appréciable et d'autres, à juste titre, se sont inquiétés de l'énormité des coûts. Cet aspect, surtout dans les circonstances économiques actuelles, demeure encore un facteur de taille.

L'attitude de clients anglophones, par contre, a donné lieu à quelques réactions plus vives. En voici trois exemples éclairants.

À la Noël 1980, le magasin du centre-ville de Montréal avait affiché un énorme « Joyeux Noël » en lettres lumineuses. Le directeur général avait reçu alors un appel d'une dame indignée qui lui reprochait vertement de ne pas souhaiter « Merry Christmas » à ses clients anglophones. Le directeur général lui avait demandé si elle savait ce que Joyeux Noël signifiait : « Yes » a-t-elle répondu; « Then, rétorqua le directeur général, allow me to wish you the very best of Joyeux Noël ». Je ne crois pas que la dame ait été convaincue.

Une autre cliente s'approcha un jour d'une vendeuse et, en pointant une affiche, lui demanda ce que signifiait « mamane ». Or, vous aurez deviné, puisqu'on était à l'époque de la Fête des Mères, qu'il s'agissait de « maman » bien sûr.

Cependant, je ne voudrais pas laisser supposer par ces deux exemples que toutes les réactions négatives à un affichage unilingue français sont aussi peu sérieuses. Le cas d'une autre plainte m'a posé des problèmes ... de conscience même. Il s'agissait cette fois d'un client qui écrivait pour protester, d'une façon très véhémente, contre la présence d'une affichette portant la mention unilingue « Attention, c'est chaud » sur un petit four à convection que l'on utilise pour fins de démonstration dans un rayon. Le ton très vindicatif de la lettre est une chose, la réalité d'une telle affiche en est une autre. À mon avis, la sécurité devrait l'emporter sur les exigences linguistiques. Nous posons là tout le problème de la responsabilité en cas d'accidents, par exemple. Ce serait trop long d'exposer tous les aspects de ce problème particulier, par ailleurs très important. Je me contenterai donc de souligner le fait et de passer au vaste sujet de l'étiquetage.

Le programme de cet atelier pose le problème en ces termes : « L'étiquetage, les modes d'emploi, les garanties... sont-ils toujours disponibles en français et en « bon » français? »

Disponibles? La plupart du temps, oui. En « bon » français, voilà une tout autre histoire. Nous avons tous plus ou moins connu les affres du déchiffrage des instructions de montage d'un appareil quelconque pour en savoir quelque chose.

Mais voici, pour votre édification, quelques extraits d'un mode d'emploi d'un « Multile-buts — Petit compresseur d'air ».

« 2. Choisir le raccord correct de la caisse (si demande) et mettre dans le raccord de pouce serré. »

« 4. Tamponner entre le trou du briquet a cigarette et gonfler les roues à la pression demandée. »

Mais au moins, on est gentil et on nous indique des précautions à prendre. Ainsi :

« 1. Ne pas gonfler plus qu'il demande. Plus de chars vont gonfler proprement entre 24 et 32 psi, dépendant de la condition de la roue. Quelques roues des camions et des courses de bicyclette demandent la pression en excès de 40 psi, mais les autres peutêtre demandent la pression plus bas.

2. Quand le compresseur a couru pour un longtemps, il va aller très chaud, ce ne va pas affecter son efficacité; mais pour le résultat le meilleur il est recommandé que vous le laissez se refroidir de chaque 30 minutes après utiliser. «

Pas étonnant, dans ces circonstances, qu'on suggère de garder l'appareil hors de la portée des petits enfants! Mais, attention, on pousse la gentillesse plus loin. Au cas où vous auriez eu des problèmes, on vous propose des « remèdes contre le trouble ». Ainsi, on vous dit :

« Compresseur ne pas aller quand :

3. Tordre le robinet dans le récipient pour mieux contact. Et encore, compresseur peut aller mais avec peine :

4. Pour gagner le résultat le meilleur, faire le moteur en repos quand se servant de compresseur

5. Tordre le robinet dans le trou quelque fois pour confirmer meilleur contact.

Fabriqué à Taiwan. »

Je plains l'automobiliste qui tomberait en panne en plein mois de février et qui devrait gonfler ses pneus en tentant de suivre ces instructions.

Certaines étiquettes tirent moins à conséquence, peut-être, et ne comportent pas beaucoup de danger pour l'utilisateur. Mais la jeune femme svelte et délicate qui vient de s'acheter un joli chemisier et qui y trouve cette étiquette, aura-t-elle le même sens de l'humour que le fabricant? Il s'agit, dit l'étiquette, d'un « Sophisticated styling that will not orerwhelm the dainty figure » et en français « Style frelate qui ne comblera pas la forme delicate »! Est-il besoin de lire l'étiquette pour comprendre qu'il s'agit de « blouses qui sont tailler spécialement pour convenir la petite femme »?

On en rit, bien sûr, et pourquoi pas, puisque c'est risible. Ce qui l'est moins, c'est la difficulté à laquelle des entreprises comme La Baie se heurtent fréquemment. Comment intervenir auprès du fabricant du petit compresseur à Taiwan? Et même si on le pouvait? L'un de nos acheteurs, plus particulièrement conscient du problème, a sollicité l'aide des services linguistiques pour traduire les textes de certains emballages de jouets. Nous l'avons fait même si, en principe, nous n'aurions pas dû pour des raisons évidentes. D'abord, nous ne sommes pas payés pour traduire les textes des fournisseurs. D'autant plus que, le faisant, nous risquons de travailler pour nos concurrents qui s'approvisionnent parfois chez les mêmes fournisseurs. Et d'ailleurs, si on devait mettre en français tous les textes que nos fournisseurs négligent de traduire, ce serait l'asphyxie. Encore faut-il voir ce qu'on fait de nos traductions. Dans le cas des emballages de jouets, il fallait voir comment le produit final est apparu dans nos rayons! Assez loin de l'original pour déprimer n'importe quel traducteur, croyez-moi! Quand on sait que le stock d'un grand magasin comporte quelques centaines de milliers d'articles, que les fabricants et les fournisseurs se retrouvent aux quatre coins du globe, que les commandes doivent être passées à un rythme effréné si l'on veut pouvoir répondre à la demande au moment voulu — les œufs de Pâques se vendent plutôt mal à Noël — alors on comprend mieux les problèmes qui nous assaillent. Non, bien sûr, le Québec n'en est pas encore à l'âge d'or du français dans l'étiquetage, mais au moins c'est un début et si les « perles » ont pour effet de nous faire rire suffisamment pour nous garder en bonne santé, c'est autant de gagné.

Pour finir en beauté, je veux vous faire voir un dernier exemple de nos difficultés, le chef-d'œuvre de mes perles. Il s'agit de l'emballage d'un porte-ustensiles en forme de cuisinier.

Je relis ce bel emballage à l'occasion pour me rappeler que, même si le travail à accomplir ne nous laisse guère de répit, la vie a quand même ses bons moments! Voici Max!

MAX
Aide de cuisine

« Bonjour,
Je m'appele Max, votre nouvelle aide.
Je peux aider
preparer goumet répas parfaitement
Bouillir vos œufs à leur complet dureté
vos soufflés montent, vos blancs des œufs ebouriffent, votre hollandaise épaisse créer pâtisseries doux qui rejouillent le palais
netooyer corvees domestiques après finir le cuisine
voir attentivement vos cuisine quand vous êtes parti pour garantir vos gourmet création.
Fabriqué au Taiwan

Donc, en conclusion, je suis loin de croire que la situation du français est désespérée, ni pour l'affichage ni pour l'étiquetage. J'ai vu trop de progrès en 11 années de travail pour penser autrement.

Dans le cas de l'affichage interne, je considère la situation comme relativement simple dans mon milieu de travail. Seuls les coûts exorbitants ont pu ralentir quelque peu le changement de certaines affiches.

Il en va tout autrement lorsqu'il est question de l'étiquetage. J'ai fait largement état du problème de la qualité, il y en a d'autres.

Ainsi, à La Baie, l'assortiment comprend entre 300 000 et 400 000 articles différents dont l'étiquetage, en principe, devrait être vérifié. Chaque année, environ 35 % à 45 % de cet assortiment est susceptible de changer. Bien sûr, plus les fournisseurs deviennent sensibles à la nécessité de fournir des étiquettes françaises, plus notre tâche est facilitée.

Mais encore là, lorsque nous faisons affaire avec plusieurs centaines d'acheteurs, toujours en route, toujours à l'affût d'un nouvel article et toujours soucieux avant tout du facteur temps, il est bien difficile de leur rappeler qu'ils doivent toujours informer un nouveau fournisseur de nos exigences. Les oublis sont probablement assez fréquents. Les acheteurs savent qu'ils doivent obtenir pour le Québec des emballages et des modes d'emploi en français, mais comme ils achètent pour les magasins La Baie de tout le Canada, on peut comprendre qu'il y ait des erreurs d'acheminement et que le Québec reçoive parfois des produits étiquetés en anglais seulement.

Quoi qu'on puisse en dire, le volume constitue également un facteur important. Un article acheté en Europe ou en Asie pour l'ensemble du Canada ou pour le Québec n'a pas la même diffusion, et s'il doit être muni d'une étiquette française pour le Québec seulement, nous le paierons sans doute plus cher ... ou pire, nous ne l'aurons pas du tout.

Je ne suis pas en train de faire l'apologie de l'étiquetage unilingue anglais, mais bien de souligner l'immense difficulté d'assurer l'universalité du français sur les étiquettes de tous les produits mis en vente dans nos magasins du Québec.

Il est peut-être quand même permis d'espérer que le temps fera son œuvre et que la situation économique s'améliorant, les consommateurs du Québec pourront un jour lire toutes leurs étiquettes en français et ... en bon français.







L'action de la Commission de surveillance
de la langue française, particulièrement
dans le domaine de l'étiquetage
des produits

Gaston CHOLETTE



La Commission de surveillance de la langue française a été créée en 1977 par la Charte de la langue française. La Charte, adoptée et sanctionnée le 26 août 1977, proclamait le français langue officielle du Québec.

L'objectif ultime de la Charte est de faire du français la langue normale et habituelle du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce et des affaires au Québec.

C'est donc à la réalisation de cet objectif de francisation du Québec que travaille la Commission de surveillance de la langue française. Plus spécialement, elle a pour tâche de « traiter des questions se rapportant au défaut de respect de la présente loi » (Charte de la langue française, article 158).

Depuis plus de cinq ans, la Commission traite les demandes d'enquête qui lui parviennent de personnes ou de groupes de personnes qui se sentent lésées dans leurs droits linguistiques, soit en tant que citoyens dans leurs relations avec l`Administration (gouvernement et ministères, organismes gouvernementaux, organismes scolaires, organismes municipaux, services de santé et services sociaux) et avec les organismes parapublics (ordres professionnels et entreprises d'utilité publique), soit en tant que consommateurs (étiquetage des produits, garanties, contrats, factures, affichage, service à la clientèle, etc.), soit enfin en tant que travailleurs (relations avec les employeurs et les associations professionnelles ou de salariés).

Les Québécois francophones sont de plus en plus sensibles à leur environnement linguistique; ils deviennent, par le fait même, plus exigeants envers leurs interlocuteurs. Une preuve de cette prise de conscience des francophones est le nombre toujours croissant de demandes d'enquête qui sont adressées à la Commission de surveillance.

On peut donc dire que le rôle de la Commission est d'enquêter et de faire corriger toute situation dérogatoire à l'une ou l'autre des dispositions de la Charte de la langue française et de ses règlements, en vue de réaliser la francisation du Québec.

Divers facteurs, tels le nombre de demandes d'enquête et la rationalisation des interventions, ont conduit la Commission à entreprendre, comme la Charte l'y autorise, un plus grand nombre d'enquêtes en les groupant par produit, par secteur d'activité économique et par secteur géographique.

C'est vers des initiatives de la sorte que la Commission entend concentrer ses efforts à l'avenir. Ainsi, tout en continuant à traiter les demandes qui lui parviennent de personnes ou de groupes de personnes, la Commission utilisera de plus en plus toutes les données dont elle peut disposer pour rendre son action de plus en plus efficace.

En intervenant dans tout un secteur d'activité économique ou dans tout un secteur géographique, la Commission de surveillance poursuit deux buts : réduire le nombre d'enquêtes, éviter la discrimination.

De plus, en agissant ainsi, la Commission entend corriger à la source le plus grand nombre possible de dérogations. Il restera, bien sûr, des cas isolés que la Commission traitera séparément : produits rares, congédiements ou mises à pied, etc.

Jusqu'à maintenant, les actions entreprises dans ce sens et les dossiers gérés de cette façon ont donné de bons résultats.

Huit commissaires-enquêteurs, sous l'autorité d'un directeur des enquêtes, sont chargés de donner suite aux demandes d'enquête ou de procéder d'eux-mêmes à des enquêtes chaque fois qu'ils ont des raisons de croire que la Charte de la langue française n'a pas été observée.

Le commissaire-enquêteur fait vérifier par un inspecteur l'exactitude des faits sur lesquels se fonde la demande d'enquête. Il informe, le cas échéant, le présumé contrevenant des transgressions commises et le met en demeure de se conformer à la loi dans un délai donné.

Si, à la suite de cette démarche, la situation est corrigée, le requérant en est informé et le dossier est fermé. Il est à noter qu'une très forte proportion des dérogations sont corrigées dès cette première intervention de la Commission. En effet, dans la majorité des cas, l'ignorance de la loi et la négligence seraient à l'origine de la contravention.

Si le présumé contrevenant demande un délai raisonnable pour apporter les corrections nécessaires, de façon générale le commissaire-enquêteur le lui accorde. Toutefois, si la contravention persiste passé ce délai, le commissaire-enquêteur somme le présumé contrevenant d'obtempérer dans un délai donné. À l'expiration de ce dernier délai, si l'infraction subsiste toujours, le commissaire-enquêteur transmet le dossier au procureur général pour que celui-ci en fasse l'étude et intente, s'il y a lieu, les poursuites pénales appropriées.

Jusqu'à maintenant, après cinq ans d'existence et de fonctionnement, sur quelque 1 000 dossiers d'enquête, la Commission n'a transmis au bureau du procureur général que 20 dossiers, et ce, pour la très simple raison que l'immense majorité des contrevenants présumés à la Charte finissent toujours par se conformer aux exigences de la loi après une intervention de la Commission de surveillance.

Nul ne se surprendra que le plus grand nombre de demandes d'enquête, et de présumés contrevenants proviennent toujours de Montréal et de son agglomération. Ce fait n'est que normal si l'on considère le nombre de commerces et d'entreprises qui y exercent leurs activités.

Au cours de l'exercice 1981-1982, le chapitre sur la langue du commerce et des affaires a fait l'objet de 4 468 des 5 300 occurrences dans les demandes d'enquête, soit 84,3 %. De ces 4 468, 2 157 concernaient l'affichage public (48,27 %). Ce qui constitue une très forte proportion si l'on considère le fait que les demandes d'enquête relatives à l'affichage bilingue prévu à l'article 211 n'étaient recevables qu'à compter du 1er septembre 1981.

Les autres articles qui ont suscité le plus grand nombre de demandes sont, dans l'ordre, l'article 69 sur l'utilisation des raisons sociales (707 demandes ou 15,82 % du total de ce chapitre), l'article 65 sur la francisation des raisons sociales (502 ou 11,23 %), l'article 51 sur l'étiquetage des produits (496 ou 11,1 %), l'article 53 sur les catalogues, brochures, dépliants et autres publications de même nature (295 ou 6,6 %) enfin l'article 57 sur les formulaires de demande d'emploi, les bons de commande, les factures, les reçus et les quittances (240 ou 5,4 %).

Voici, à titre d'exemple, quelques cas portés à l'attention de la Commission et ]a solution adoptée par le contrevenant pour corriger la situation. Il s'agit de cas concernant l'application de l'article 51 de la Charte relativement à l'étiquetage des produits ou, pour utiliser les termes mêmes de la loi, relativement aux inscriptions sur des produits et aux documents les accompagnant.

Étiquetage des fruits

Les fruits portant l'étiquette Dole étaient vendus dans de nombreux établissements, notamment dans les grandes chaînes d'alimentation, sans contrepartie française de leurs inscriptions anglaises.

La Commission de surveillance a communiqué avec le président de la compagnie Dole aux États-Unis pour lui demander de rendre les étiquettes conformes à la Charte de la langue française. La compagnie s'est pliée aux exigences de la Charte en modifiant du tout au tout ses étiquettes.

Étiquetage des chaussures de sport

Une filiale d'une compagnie américaine installée à Vancouver, Pacific Athletic Supplies Ltd., spécialisée dans la fabrication de chaussures de sport, a été l'objet d'une plainte relative aux inscriptions apparaissant sur les boîtes d'emballage de ses produits.

Sitôt mise au courant, la compagnie a délégué un représentant auprès du commissaire-enquêteur chargé du dossier en vue de rechercher une solution satisfaisante.

En plus du problème de l'emballage, le représentant de l'entreprise a constaté qu'il y avait également un problème d'inscription sur les chaussures elles-mêmes. Il s'est aussi rendu compte que les 230 modèles sur le marché n'avaient aucune version française de leurs diverses appellations.

Le commissaire-enquêteur et le représentant de l'entreprise sont convenus d'un calendrier de correction prévoyant un redressement complet de cette situation dérogatoire avant le 1er février 1983.

Étiquetage des produits de quincaillerie

Une grande quincaillerie ayant son siège social à Montréal et de nombreux établissements au Québec et en Ontario, la Compagnie J. Pascal inc., a fait l'objet, à l'automne 1981, de 37 enquêtes, la plupart portant sur des manquements à l'article 51 de la Charte : les inscriptions sur les emballages de nombreux produits et les modes d'emploi étaient rédigés en anglais seulement.

La Commission de surveillance a exigé qu'elle procédât à une rationalisation de ses politiques d'achat et de gestion d'inventaire, de façon à ce que les produits dérogatoires fussent graduellement retirés du maché et que les fournisseurs de ces produits fussent avisés systématiquement des exigences de la Charte.

La Commission de surveillance s'apprêtait à recommander à l'O.L.F. de retirer à cette entreprise son certificat provisoire de francisation si ces dispositions n'étaient pas prises et mises en vigueur dans un délai expirant en janvier 1982. Ce délai satisfaisait également aux dispositions de l'article 182 de la Charte, de sorte que ces dossiers pouvaient, à cette échéance, être transmis au procureur général du Québec.

L'entreprise a présenté à la Commission un inventaire de ses produits dérogatoires avec un calendrier de remplacement ainsi qu'une copie des lettres d'information qu'elle avait fait parvenir à ses fournisseurs pour leur expliquer les exigences de la Charte. Ces démarches ayant été jugées satisfaisantes par la Commission, les dossiers ont été fermés.

Étiquetage des produits de jardinage

Une demande d'enquête portait sur les inscriptions apparaissant sur un produit vendu à la Pépinière Brossard. L'inspection a révélé que beaucoup de produits n'étaient pas étiquetés conformément à la Charte et que les plantes étaient identifiées par des inscriptions unilingues anglaises.

Par suite de l'intervention de la Commission, le propriétaire a corrigé l'étiquetage de ses produits. Il a même fait appel à l'Association des pépinières du Québec qui a fait venir de France la documentation propre à franciser les inscriptions se rapportant à chaque plante. De plus, il a francisé l'affichage ainsi que la raison sociale de l'entreprise.

Mode d'emploi des rouets

Un fabricant néo-zélandais de rouets, la compagnie Ashford Handicrafts Ltd., a fait l'objet d'une plainte au sujet du manuel d'utilisation des rouets qu'elle vendait sur le marché québécois.

Après un échange de correspondance entre le commissaire-enquêteur et M. R. Ashford, directeur général de la compagnie, en Nouvelle-Zélande, l'entreprise a fourni une traduction française de son manuel.

Voilà quelques exemples qui permettent de voir concrètement comment la Commission de surveillance traite les problèmes d'étiquetage.

La Commission se préoccupe aussi tout particulièrement de la protection des droits des travailleurs et de la francisation de l'affichage public.

S'agissant de produits, la Commission travaille à corriger les dérogations signalées par les citoyens en les regroupant par grandes catégories, et à la source même des infractions, c'est-à-dire chez les fabricants. Cette façon de fonctionner entrainera vraisemblablement une baisse des demandes d'enquête, du moins dans les secteurs d'activité où le taux d'infractions est plus élevé.

Il en sera de même pour les demandes d'enquête concernant l'affichage public qui seront regroupées géographiquement. Cette façon de faire apportera non seulement une plus grande efficacité, mais évitera la discrimination.

La Commission traitera toujours de façon prioritaire les cas soumis à son attention par les travailleurs québécois, notamment les cas de congédiement, de mise à pied, de déplacement et de rétrogradation.

Mais la Commission veut élargir son champ d'action dans le domaine du travail et prendre l'initiative d'enquêtes sur les lieux du travail afin de s'assurer que les dispositions de la Charte sont bien respectées surtout en ce qui a trait à la langue des communications entre employeurs et employés, de même qu'entre les associations de salariés et leurs membres.

Enfin, la Commission entend utiliser de plus en plus son Service des communications pour sensibiliser les Québécois à des situations qu'elle juge parfois sans issue ou qui, autrement, ne seraient jamais corrigées.

Il s'agira, en somme, pour la Commission, de poursuivre l'entreprise de francisation amorcée il y a plus de cinq ans, dans le même esprit d'équité pour les entreprises et de respect des citoyens de langue française.







La situation à Aylmer

Laurette BERGERON



Le Mouvement impératif français est un organisme à but non lucratif fondé à Aylmer le 25 mars 1975. Il regroupe des membres de toutes allégeances politiques qui veulent contribuer activement au développement et à l'épanouissement culturels de la communauté francophone d'Aylmer. Mis sur pied par les francophones pour les francophones, le Mouvement impératif français se refuse non seulement d'être anti-anglophone mais aussi d'être identifié comme tel. Toute action du Mouvement impératif français est entreprise dans un esprit d'ouverture et de collaboration avec les autres communautés québécoises. Ce mouvement se veut avant tout un instrument mis à la disposition des francophones qui veulent exprimer la vitalité du fait français à Aylmer. Dès sa fondation le Mouvement impératif français s'est intéressé à l'épineux problème de l'affichage à Aylmer. À cette époque, d'avant la Loi lOl, l'écrasante majorité des affiches commerciales et autres étaient dans la langue de Shakespeare tout comme d'ailleurs le service à la clientèle. Notre organisme ne possédait, à ce moment-là, aucun moyen efficace pour inciter les commerçants à s'adapter à la réalité sociolinguistique d'Aylmer. Grâce à la Loi 101, notre langue française a été confirmée dans son statut de langue de la majorité. Statut; soit dit en passant, qu'elle aurait dû toujours avoir.

Quel est le statut de la langue française dans la région frontalière de l'Outaouais? Je vous parlerai de ce que je connais le mieux. Le statut de la langue française à Aylmer en 1982. Lors du recensement de 1976, il y avait à Aylmer un peu plus de 50 % de la population qui était francophone. 42,5 % était anglophone et 7,3 % allophone. Quoique l'on puisse définir les allophones comme des citoyens dont la langue maternelle n'est ni le français ni l'anglais, mais dont la langue d'usage est plutôt l'anglais. Au dernier recensement de juin 1981, nous avons eu l'agréable surprise d'apprendre que le pourcentage de francophones avait grimpé à près de 60 % tandis que celui des anglophones n'était plus que de 30,6 % et celui des allophones avait légèrement grimpé à 9,6 %.

Que l'on me comprenne bien. Je ne voudrais pas être taxée d'anglophobe parce que je me réjouis de la diminution du nombre de mes amis anglophones à Aylmer. Il ne s'agit pas d'aimer ou de ne pas aimer des individus parce qu'ils parlent anglais, chinois ou portugais. Là, bien sûr, n'est pas la question. Il s'agit de préserver un équilibre sociolinguistique dans une zone urbaine frontalière qui subit une double influence linguistique et économique. Les deux étant bien sûr liées.

D'une part, l'Outaouais subit l'influence des régions périphériques ontariennes et d'autre part une influence également très forte de la capitale fédérale, Ottawa. Cette influence est d'ailleurs tellement forte que l'on parle même lors des bulletins météorologiques de la région d'Ottawa-Hull. Bien sûr, lorsqu'il pleut à Aylmer, l'on ne parle pas nécessairement français à Ottawa. Cette distinction me paraît importante.

Les différences entre la région de Hull-Aylmer-Gatineau et la région d'Ottawa ne se résument pas à la langue utilisée. Pour ce qui est de l'affichage, la Loi 101 a donné à l'Outaouais québécois le véritable visage français qu'il n'avait jamais eu. À Aylmer, les contrevenants aux articles touchant l'affichage, la publicité commerciale et le service à la clientèle se font de plus en plus rares. Lors d'un inventaire fait par notre Mouvement en 1978, nous avons relevé 112 cas litigieux. Lors d'un deuxième inventaire fait en 1981, 90 cas étaient litigieux. Lors de notre dernier inventaire en 1982, il n'y avait plus que 40 cas litigieux. La résistance des commerçants anglophones s'atténuant progressivement, l'on peut dire sans risquer de se tromper que dans un an ou deux les cas litigieux auront sans doute totalement disparu.

Nous croyons donc que ce serait une erreur de faire marche arrière en assouplissant les articles concernant l'affichage. Ce serait porter un dur coup à la crédibilité de toute la Loi 101. Imaginez les réactions d'un commerçant qui a dépensé plusieurs centaines de dollars pour rendre son affichage conforme à la Loi 101. Il pensera que le gouvernement du Québec a des caprices qui coûtent cher. Il regrettera de s'être conformé à la Loi 101 et de ne pas avoir fait comme son voisin qui a économisé de l'argent en ne s'y conformant pas. Le Mouvement impératif français serait donc extrêmement réticent à un assouplissement inconsidéré de la Charte de la langue française dans le domaine de l'affichage. À moins que l'Outaouais, à titre de région frontalière, ne bénéficie d'un statut particulier lui permettant de continuer à appliquer l'actuelle Loi 101 avec toute la rigueur qu'exige sa situation géolinguistique particulière.

Le Mouvement impératif français ne joue pas seulement le rôle de chien de garde qui veille à l'application de la Loi 101. Il se préoccupe également de la qualité de la langue utilisée dans l'affichage et la publicité commerciale. Nous fournissons gratuitement aux commerçants qui en font la demande des services de correction et de révision. Le bon français demande un minimum de bonne foi. Nous croyons qu'avec du temps et de la persévérance il sera possible que le visage du Québec soit véritablement français.