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INDICATEURS
DE LA SITUATION LINGUISTIQUE
AU QUÉBEC édition 1992

Première partie
Indicateurs de
situation

1 Langue et population

1.1 Langue maternelle, 1951-1986

En bref
Depuis 1971, la population de langue maternelle française s'est accrue en nombre absolu et en pourcentage.



La langue maternelle est un des éléments clefs utilisés en démolinguistique. Les recensements canadiens ont toujours demandé des renseignements sur la langue maternelle, c'est-à-dire sur la première langue apprise et toujours comprise.

Les résultats des recensements montrent que, entre 1951 et 1986, la population québécoise s'est fortement accrue puisqu'elle est passée de 4 à 6,5 millions de personnes. La proportion de francophones, définie selon la langue maternelle, a baissé de 1951 (82,5 %) à 1971 (80,7 %) et a augmenté depuis pour atteindre 82,9 % en 1986. La proportion des anglophones a régulièrement diminué entre 1951 (13,8 %) et 1986 (10,3  %), et celle des allophones a progressé de même, passant de 3,7 % en 1951 à 6,8 % en 1986.

La population de la région métropolitaine de Montréal s'est accrue à un rythme plus rapide : elle a plus que doublé au cours de ces 35 années. Cependant, la majeure partie de cette croissance s'est produite entre 1951 et 1971. La population est passée de 1,4 million à 2,7 millions de 1951 à 1971, puis à 2,9 millions en 1986. La proportion des francophones et des allophones a eu tendance à augmenter au cours de cette période, tandis que celle des anglophones a diminué. Au recensement de 1986, la population de la région de Montréal comptait 69,7 % de personnes de langue maternelle française, 16,9 % de langue anglaise et 13,4 % de langue autre que le français ou l'anglais.




Tableau 1.1
Répartition (en %) de la population selon la langue maternelle, ensemble du Québec et Montréala, 1951-1986



Graphique 1.1
Distribution de la population selon la langue maternelle, ensemble du Québec, 1951-1986 (en milliers)







1.2 Langue d'usage, 1971-1986



En bref
Dans la région métropolitaine de Montréal, les proportions de francophones et d'allophones, définies selon la langue d'usage, s'accroissent de 1971 à 1986.



Les informations sur la langue d'usage, c'est-à-dire la langue le plus souvent parlée à la maison, ne sont recueillies par les recensements canadiens que depuis 1971. Les séries chronologiques sont donc plus courtes que celles qui concernent la langue maternelle.

La proportion de francophones, définie selon la langue d'usage, s'est accrue, entre 1971 et 1986, de 1,8 point, celle des allophones, de 0,8 point. En contrepartie, la proportion des anglophones a subi une perte de 2,6 points.

Dans la région métropolitaine de Montréal, les modifications de la composition linguistique de la population sont plus prononcées. Le pourcentage de francophones augmente de 3 points et atteint 69,3 % en 1986, tandis que celui des allophones s'accroît de 1,6 point et passe à 10,4 %. Les anglophones perdent 4,6 points; ils représentaient 24,9 % de la population de la région de Montréal en 1971 et 20,3 % en 1986.

La comparaison de ces données avec celles de l'indicateur précédent portant sur la langue maternelle montre que la communauté anglophone de la région métropolitaine de Montréal est néanmoins plus importante lorsqu'elle est définie par la langue le plus souvent parlée à la maison que par la langue maternelle. L'indicateur de la mobilité linguistique (1.4) apportera un certain éclairage sur ces données.




Tableau 1.2
Répartition (en %) de la population selon la langue d'usage, ensemble du Québec et Montréala, 1971-1986



Graphique 1.2
Distribution de la population selon la langue d'usage, Montréal, 1971-1986 (en milliers)







1.3 Connaissance du français et de l'anglais, 1971-1986



En bref
Dans la région de Montréal, la proportion d'anglophones et d'allophones qui déclarent connaître le français s'est accrue de 19 et de 16 points de pourcentage entre 1971 et 1986, tandis que les déclarations de bilinguisme des francophones ont augmenté de 6 points.



La connaissance exclusive de la langue maternelle diminue régulièrement tant dans l'ensemble du Québec que dans la région métropolitaine de Montréal. Dans l'ensemble du Québec, les francophones qui ne connaissent que leur langue maternelle passent de 74,3 % en 1971 à 70,3 % en 1986, la proportion des anglophones de 63,3 % à 44,8 %, et celle des allophones de 17,0 % à 11,3 %.

La connaissance du français et de l'anglais augmente régulièrement: les francophones qui disent connaître les deux langues passent de 25,7 % à 29,6 % (gain de 3,9 points), tandis qu'à Montréal l'augmentation est plus importante : elle passe de 38,3 % à 43,8 % (gain de 5,5 points). Chez les anglophones et les allophones, la croissance est plus forte, particulièrement dans la région métropolitaine de Montréal. En effet, la proportion des anglophones qui déclarent connaître les deux langues passe de 34,9 % à 54,2 % et celle des allophones s'accroît de 34,5 % à 50,1 %.

Notons que, chez les allophones, la connaissance du français a réalisé des gains importants. L'addition des unilingues et des bilingues montre en effet que, en 1971, 47,2 % des allophones de la région métropolitaine de Montréal disaient connaître au moins le français, alors que, en 1986, ce pourcentage atteint 67,2 %. Au cours de la même période, la connaissance de l'anglais est passée de 70,9 % à 72,4 %. La connaissance du français a donc progressé chez les allophones, mais elle demeure moins répandue que celle de l'anglais.

La tendance générale des déclarations faites par l'ensemble de la population québécoise est donc celle d'une augmentation de la connaissance du français. Depuis 1981, la majorité des anglophones (53 %) et des allophones (plus de 62 %) déclarent connaître le français.




Tableau 1.3
Répartition (en %) des connaissances linguistiques par langue maternelle, ensemble du Québec et Montréala, 1971-1986



Graphique 1.3
Répartition (en %) des connaissances linguistiques par langue maternelle, Montréal, 1971-1986







1.4 Transferts linguistiques, 1971-1986



En bref
Les recensements de 1981 et de 1986 montrent que le solde des transferts linguistiques complets est au profit de l'anglais, soit le choix d'environ 100 000 locuteurs.



Les transferts d'une langue maternelle vers une autre, qui devient alors la langue d'usage (le plus souvent parlée à la maison), sont relativement nombreux au Québec. Selon le démographe Charles Castonguay, un transfert est complet lorsque la langue maternelle n'est plus mentionnée comme langue le plus souvent utilisée à la maison et un transfert est partiel lorsque la langue maternelle continue d'être en usage à la maison et que s'y adjoint l'usage d'une autre langue. Pour simplifier la présentation des transferts linguistiques, on n'a retenu que les principaux types de transferts et on a exclu les réponses multiples à la question sur la langue maternelle1.

Les transferts linguistiques les plus usuels dénombrés en 1986 touchaient plus de 380 000 personnes, soit 223 000 transferts complets et 162 000 transferts partiels. En règle générale, ces transferts sont favorables à l'anglais, c'est-à-dire que plus de personnes adoptent l'anglais comme langue d'usage qu'il n'y en a qui choisissent le français.

Comme l'illustre le graphique ci-contre, le solde des transferts complets se traduit par une perte pour le français de 9 135 personnes en 1981 et de 14 280 en 1986. Le gain de l'anglais était de 112 270 en 1981 et de 105 810 en 1986.

Cet indicateur montre de façon éloquente le pouvoir d'attraction de l'anglais au Québec comparativement à celui du français, tant en 1971 qu'en 1981 et en 1986.




Tableau 1.4
Nombre de transferts linguistiques complets et partiels, ensemble du Québec, 1971-1986



Graphique 1.4
Solde des transferts linguistiques complets, ensemble du Québec, 1981-1986 (en nombres absolus)




1 Aux recensements de 1981 et de 1986, les proportions de réponses multiples à la question sur la langue maternelle sont de 2,1 % et de 3,7 % pour le Québec. Au recensement de 1971, les réponses multiples ne peuvent être isolées, car Statistique Canada a attribué une langue maternelle unique aux personnes qui en avaient déclaré plus d'une. [retour au texte]





1.5 Indice de fécondité, 1981 et 1986



En bref
La fécondité des allophones et des francophones a baissé entre 1981 et 1986, sans atteindre toutefois un taux aussi bas que celui des anglophones.



L'indice de fécondité, c'est-à-dire le nombre d'enfants mis au monde par les femmes en âge de procréer, est un signe important de la vitalité d'un groupe social, car il montre dans quelle mesure, à moyen terme, ce groupe se renouvelle. Comme les transferts linguistiques, cet indicateur est un facteur déterminant de la situation démolinguistique, puisque la fécondité varie selon les groupes linguistiques. Par ailleurs, ces deux facteurs contribuent à la modification du poids démographique d'un groupe par rapport aux autres.

La fécondité des Québécoises n'atteint pas le nombre moyen de 2,1 enfants par femme, nécessaire, selon les démographes, au renouvellement de la population. La fécondité a même diminué entre 1981 et 1986, passant de 1,62 à 1,43 enfant par femme en âge de procréer. Les femmes dont la langue d'usage est l'anglais ont les plus faibles taux, soit 1,29 en 1981 et 1,37 en 1986, tandis que les allophones ont les taux les plus élevés, soit 1,88 en 1981 et 1,66 en 1986. Les femmes dont la langue d'usage est le français se situent entre les deux groupes avec des indices de fécondité de 1,66 en 1981 et de 1,43 en 1986. Ce dernier indice se rapproche beaucoup de celui des anglophones.

Cette situation est plus marquée à Montréal où le taux global de fécondité n'atteint que 1,33 en 1986. Il faut noter un regain chez les anglophones (1,34 en 1981 et 1,46 en 1986) et une baisse chez les allophones (1,68 en 1981 et 1,46 en 1986). Chez les francophones, on observe une baisse de la fécondité; l'indice passe de 1,33 en 1981 à 1,27 en 1986, et devient ainsi l'indice le plus faible.

Cette tendance au non-renouvellement de la population québécoise constitue un facteur névralgique quant à l'avenir de la francisation au Québec.




Tableau 1.5
Indice synthétique de fécondité par langue d'usage, ensemble du Québec et Montréala, 1981 et 1986




Graphique 1.5
Indice synthétique de fécondité par langue d'usage, ensemble du Québec, 1981 et 1986




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