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INDICATEURS
DE LA SITUATION LINGUISTIQUE
AU QUÉBEC édition 1992



5 Langue et revenus

5.1 Distribution du revenu total entre les groupes linguistiques, 1970-1985



En bref
La part du revenu total détenue par les francophones a augmenté entre 1970 et 1980; elle est ensuite restée stable jusqu'en 1985.



Le revenu des individus est un indicateur de leur pouvoir d'achat. Les francophones préfèrent être servis en français1, comme le montrent certaines enquêtes. La part de leurs revenus fournit donc aux producteurs de biens et de services une image de l'importance des marchés internes en langue française2.

De 1970 à 1985, la part du revenu total aux mains des francophones, c'est-à-dire la somme des revenus de travail, de transfert et de placement, passe de 74,7 % à 79,7 %3. Celle-ci se rapproche de la proportion des francophones dans l'ensemble de la population (82,9 % en 1985), ce qui indique une répartition plus uniforme des revenus entre les groupes linguistiques. Par contre, la part du revenu détenue par les francophones bilingues s'avère relativement stable, puisqu'elle s'est accrue de 0,9 point sur une période de 15 ans.

Cet indicateur très global est influencé par un grand nombre de facteurs, notamment la proportion de personnes actives sur le marché du travail, leur qualification, les mouvements de population, la croissance ou la décroissance démographique des groupes. La diminution de 9,2 % à 3,8 % de la part du revenu des anglophones unilingues s'explique en partie par une forte décroissance de ce groupe, comme le montre l'indicateur sociodémographique « Connaissance du français et de l'anglais ».

L'accroissement du revenu total des francophones, mis en relief ici, est de nature à favoriser la francisation du travail, tout au moins dans les secteurs des services et des institutions financières. En effet, il est permis de croire que cet enrichissement de la communauté francophone entraîne une augmentation de la demande de services en français, ce qui devrait influencer la langue généralement utilisée par les employés de ces secteurs.




Tableau 5.1
Distribution (en %) du revenu total a entre les groupes linguistiques, ensemble du Québec, 1970-1985



Graphique 5.1
Part (en %) du revenu total détenue par les francophones, ensemble du Québec, 1970-1985




1 Pierre Bouchard et Sylvie Beauchamp-Achim, Le français, langue des commerces et des services publics, Québec, Conseil de la langue française, « Dossiers », no 5, 1980, p. 61. [retour au texte]

2 François Vaillancourt, Langue et statut économique au Québec, 1980-1985, Québec, Conseil de la langue française, « Dossiers », no 34, 1991, p. 19. [retour au texte]

3 L'ajout en 1985 de la catégorie « anglophones-francophones » atténue l'ampleur de cette hausse. La répartition — en fonction de la langue — des personnes appartenant à ladite catégorie fait passer la part des francophones à 80,7 %. [retour au texte]





5.2 Écarts de revenus entre les groupes linguistiques, 1970-1985



En bref
Le bilinguisme demeure toujours rentable en 1985, surtout pour un francophone, mais sa rentabilité a diminué depuis 1970.



Les écarts de revenus de travail entre les groupes linguistiques montrent la rentabilité économique d'une langue par rapport à une autre. Par ailleurs, on sait qu'un des facteurs qui a contribué au déploiement des efforts de francisation au Québec a été la prise de conscience des revenus inférieurs des francophones comparativement à ceux des anglophones et de certains groupes d'allophones.

Globalement, les données de recensement indiquent que le rattrapage des francophones s'est surtout effectué durant les années 1970 et que le bilinguisme demeure fort rentable en 1985, surtout pour un francophone.

Le revenu de travail


En 1985, le revenu de travail moyen d'un anglophone est plus élevé que celui d'un francophone, mais l'écart a fortement diminué puisque l'indice est passé de 130,5 en 1970 à 111,0 en 1980 et à 109,9  en 1985. Cet indice signifie que le revenu de travail d'un anglophone était supérieur à celui d'un francophone, de 30,5 % en 1970 et de 9,9 % en 1985. Il est intéressant de noter que l'ordre des groupes linguistiques qui reçoivent les meilleurs salaires a changé au profit des francophones bilingues et que les écarts se sont fortement amenuisés. Ainsi, le francophone bilingue est le mieux rémunéré (135,5 %) en 1985 et il surpasse l'anglophone bilingue (131,7 %). L'anglophone unilingue, qui arrivait au deuxième rang en 1970 (145,8 %), passe au troisième rang (123,4 %) en 1985.

Le revenu total


Quand on considère le revenu total, c'est-à-dire la somme des revenus de travail, de transfert et de placement, on observe le même changement. Si un anglophone a toujours un revenu total plus élevé que celui d'un francophone, l'écart s'est considérablement réduit et l'indice passe de 144,7 en 1970 à 116,3 en 1980 et à 115,9 en 1985. Par ailleurs, l'anglophone bilingue, qui arrivait au premier rang en 1970 parmi les différents groupes linguistiques, est dépassé par le francophone bilingue à partir de 1980.




Tableau 5.2
Écarts de revenus moyens selon les attributs linguistiques, ensemble du Québec, 1970-1985



Graphique 5.2
Pourcentage d'écart dans les revenus moyens des groupes linguistiques par rapport aux francophones unilingues, ensemble du Québec, 1970-1985







5.3 Effet des attributs linguistiques sur le revenu, à scolarité équivalente, 1970-1985



En bref
À scolarité équivalente et quel que soit le sexe, les francophones bilingues ont des revenus de travail plus élevés que les autres groupes linguistiques.



L'indicateur précédent montrait une réduction importante des écarts de revenus et la promotion des francophones bilingues. On sait par ailleurs que les anglophones sont plus scolarisés que les francophones et que la scolarité est le facteur qui influence le plus le salaire. Il est donc intéressant de cerner plus précisément la rentabilité économique du français, indépendamment de l'effet de certains facteurs importants comme la scolarité, l'expérience de travail et le nombre annuel de semaines de travail.

En effectuant ces analyses, on observe que, en 1970, parmi les hommes ayant des caractéristiques semblables (scolarité, expérience, etc.), l'anglophone bilingue recevait la meilleure rémunération. En 1980 et en 1985, c'est le francophone bilingue qui reçoit le plus haut salaire et l'unilingue anglophone obtient moins que l'unilingue francophone. Ainsi, en 1985, lorsque le francophone unilingue reçoit 100,00 $, le francophone bilingue reçoit 105,90 $ et l'anglophone unilingue 87,20 $. Chez les femmes, la francophone bilingue demeure, en 1970 comme en 1980 et en 1985, la mieux rémunérée.

Cet indicateur montre que le français a acquis une rentabilité économique en 15 ans. En effet, on peut estimer que, en 1985, il est plus rentable de parler français que de parler uniquement l'anglais. Ainsi, en 1970, le francophone unilingue était le moins rémunéré des travailleurs masculins, tandis que, depuis 1980, c'est l'anglophone unilingue qui est dans ce cas. De plus, en 1985, le revenu de travail moyen du francophone unilingue dépasse celui de l'anglophone bilingue, toujours à scolarité équivalente. Enfin, un anglophone qui connaît le français a un revenu plus élevé qu'un anglophone unilingue.

Tout cela ne doit pas faire perdre de vue — et c'est ce que montre clairement le graphique ci-contre — la persistance des écarts de revenus entre francophones bilingues et unilingues. Tant chez les hommes que chez les femmes et indépendamment de la scolarité, le bilinguisme demeure un atout pour un francophone. Cependant, chez les hommes, son importance a diminué : en 1970, la connaissance de l'anglais permettait à un francophone d'obtenir, toutes choses étant égales par ailleurs, un revenu de 12,6 % supérieur à celui d'un francophone unilingue, tandis que, en 1985, cet écart est de 5,9 %.




Tableau 5.3
Écarts de revenus de travail entre les groupes linguistiques, par sexe et à scolarité équivalentea, ensemble du Québec, 1970-1985



Graphique 5.3
Écart dans les revenus de travail des groupes linguistiques par rapport aux francophones unilingues, par sexe et à scolarité équivalente, ensemble du Québec, 1970-1985




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