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Conférence d'ouverture du colloque OPALE 2016

2016-10-26

(Le texte lu fait foi.)

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Délégué général à la langue française et aux langues de France,
Monsieur le Président du Conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Fédération Wallonie-Bruxelles,
Monsieur le Président de la Délégation suisse à la langue française,
Madame la Directrice de la langue française, de la culture et des diversités de l’Organisation internationale de la Francophonie,
Monsieur le Président-directeur général de l’Office québécois de la langue française,
Mesdames et Messieurs, chers invités,

En tant que président du Conseil supérieur de la langue française et coprésident de ce colloque, c’est avec plaisir que je vous souhaite à mon tour la bienvenue à Québec dans le cadre de la rencontre annuelle des membres du réseau OPALE, à savoir le réseau des Organismes francophones de politique et d’aménagement linguistiques.

Je vous rappelle que ce réseau regroupe les organismes et les conseils de la langue française de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la France, du Québec et de la Suisse romande, ainsi que l’Organisation internationale de la Francophonie, qui y a un statut d’observateur.

Constitué de cette manière, le réseau OPALE s’est donné pour mission :

  • d’offrir aux institutions membres un cadre pour l’échange régulier d’informations et d’expériences;
  • de réaffirmer la légitimité des politiques linguistiques, tant aux yeux des responsables sociaux et politiques qu’à ceux des citoyens;
  • et aussi d’entreprendre des actions en coopération, d’améliorer leur portée et de veiller à leur suivi.

Vous le comprendrez, ces modalités de concertation visent à mieux répondre à des enjeux qui, souvent, dépassent les logiques territoriales.

Depuis la création du réseau en 2009, nous nous sommes engagés, nous, les organismes belge, français, suisse et québécois, à organiser à tour de rôle un colloque dans le but de faire le point sur les enjeux actuels du français.

L’endroit choisi pour tenir la présente rencontre est significatif à un double titre, d’abord parce que le Musée de la civilisation est sis au cœur de ce qui fut l’un des points de départ de l’aventure de la langue française en Amérique.

Aussi, le choix de ce lieu saura, nous le souhaitons, inspirer nos discussions, puisque, comme l’indique sa mission, le Musée, sans négliger aucunement la recherche et la conservation, place la personne au centre de ses préoccupations. Il s’agit en l’occurrence d’une institution ouverte, polyvalente et orientée vers la participation et l’interaction.

Si nous sommes réunis ici pour les deux prochains jours, c’est dans le but d’échanger et de partager les expertises ainsi que les savoir-faire. Comme chaque année, un thème guidera nos propos et servira de fil conducteur : il s’agit bien entendu de l’anglicisme.

Au Québec, l’anglicisme est l’un de ces -isme linguistiques porteurs d’une certaine charge qui font partie du discours sur la langue depuis de nombreuses années. Nos particularités ont d’abord été des canadianismes, parfois dits « de bon aloi », puis des québécismes, et elles se sont notamment déclinées en régionalismes ou encore en anglicismes.

Ces particularités n’ont toutefois pas toujours eu la cote. Le québécisme a longtemps été perçu comme familier – pour ne pas dire pittoresque – et a mis un certain temps à gagner ses lettres de noblesse, alors que l’anglicisme désigne le plus souvent la part de l’emprunt à l’anglais qui est critiqué.

Le néologisme, quant à lui, bénéficie peut-être davantage d’un préjugé favorable, puisqu’il peut faire appel à l’inventivité, à la licence littéraire ou encore à la créativité artistique.

Ainsi, Pierre Soulages, maître de la peinture non figurative, inventait en 1979 un néologisme pour définir l’action de la lumière qui permettait d’échapper à la monochromie du noir unique de ses toiles. Il s’agit de l’Outrenoir, qui signifie au-delà du noir, une lumière reflétée par le noir. Je crois que peu – sinon pas – d’emprunts auraient pu traduire si justement ce riche et unique concept pictural.

Des individus et des organismes contribuent en conséquence, dans toute la francophonie, à faire du français une langue moderne, vivante et évolutive. Nombre de ces innovations sont ainsi passées dans l’usage et contribuent à limiter le recours systématique à l’anglais.

Celle qui prononcera sous peu la conférence inaugurale, madame Chantal Bouchard, pourra assurément nous en apprendre davantage sur notre rapport à l’anglicisme et, plus largement, sur notre rapport à la langue. La précédera le président de l’Office québécois de la langue française, monsieur Robert Vézina, qui discutera avec nous de la pertinence et des perspectives du thème retenu.

Pour sa part, le Conseil supérieur de la langue française s’est aussi intéressé à l’anglicisme dans ses travaux. Depuis 1999, il a été question de ce phénomène linguistique dans certaines de ses publications1, et ce, tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif.

Ces travaux ont de cette manière notamment porté sur des productions écrites de l’administration publique et des médias, sur l’écriture de courriels, sur les perceptions de la langue chez les jeunes, sur la norme linguistique et sur la qualité de la langue en général.

Ainsi, dans les études qui dénombrent des fautes ou des écarts, par exemple celles portant sur les écrits de l’administration publique et sur ceux de certains quotidiens, les anglicismes représentent 6,5 % ou moins des problèmes linguistiques recensés, un pourcentage qui, dans les corpus constitués par la suite, soit après 2010, ne dépasse pas 3,4 %.

Aussi, une publication consacrée à la qualité de la langue en général s’est intéressée aux divers types d’anglicismes et en conclut que les anglicismes sémantiques et les calques se révèlent plus préoccupants2.

Enfin, une autre étude, portant cette fois sur les perceptions du français chez les jeunes, révèle qu’ils sont moins préoccupés par les anglicismes utilisés à l’oral. Ces mêmes jeunes considèrent cependant que les anglicismes ne doivent ni être utilisés à l’écrit, ni publiés, ni enseignés à l’école, et ce, afin d’éviter qu’ils ne deviennent la norme3.

Au fil des ans, la posture des penseurs et des spécialistes de la langue a pu changer par rapport aux anglicismes, et c’est grâce à des tribunes comme celle offerte durant ces deux prochains jours que nous pourrons de notre côté chercher à mieux circonscrire ce phénomène et les enjeux qu’il représente pour la francophonie.

Que l’on soit plus ou moins – ou encore nullement – favorable ou défavorable à l’emprunt linguistique, les discussions que nous aurons seront alimentées par la réflexion d’intervenants aux points de vue aussi variés qu’assurément pertinents.

Je vous souhaite un agréable séjour parmi nous de même qu’un excellent colloque.


1. Jacques MAURAIS, La qualité de la langue : un projet de société, 1999, 356 p.; Isabelle CLERC, Éric KAVANAGH, François LÉPINE et Renée-Lise ROY, L’analyse linguistique de textes tirés de quatre quotidiens québécois (1992-1999), 2000, 85 p.; Isabelle CLERC, Éric KAVANAGH, François LÉPINE et Renée-Lise ROY, Analyse linguistique de textes tirés des publications de l’administration publique, 2001, 80 p.; Jacques MAURAIS, Analyse linguistique de 4 000 courriels, 2003, 88 p.; Nathalie ST LAURENT, Le français et les jeunes, 2008, 130 p.; Robert VÉZINA, La question de la norme linguistique, 2009, 12 p.; Éric KAVANAGH, Caroline MARCOUX, Isabelle PARÉ et Renée-Lise ROY, Étude sur la qualité de la langue dans six quotidiens québécois publiés de 2010 à 2013, 2015, 34 p.; Julie BÉRUBÉ, Écrire pour l’État à l’ère du Web 2.0 et Addenda sur Twitter, 2017, 90 p. et 33 p.

2. Maurais, 1999 : 84.

3. St-Laurent, 2008 : 39.

 

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