Partager Partager sur Facebook. Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtrePartager sur Twitter. Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.Partager sur Delicious. Cet hyperlien s'ouvrira dans une nouvelle fenêtre.

Rehausser la maitrise du français pour raffermir la cohésion sociale et favoriser la réussite scolaire

2015-10-08

(Le texte lu fait foi.)

Mesdames,
Messieurs,
Bonjour,

La qualité et la maitrise de la langue française n’ont jamais cessé d’être un sujet de préoccupation pour l’ensemble de la population québécoise. En fait foi l’abondance d’articles et de reportages sur la question au cours des dernières semaines. Les résultats d’examens ministériels ou de tests internationaux publiés chaque année alimentent également le débat. Ces tests, à tort ou à raison, sont présentés par plusieurs médias comme révélateurs de nos faiblesses linguistiques, en écriture plus particulièrement.

Il faut reconnaitre que les exigences en matière de maitrise de la langue ont considérablement augmenté avec le temps. Le marché du travail s’est transformé : il y a une diminution marquée des emplois manuels au profit de professions liées aux services ou faisant appel de plus en plus aux technologies. Puis, admettons-le, le niveau général de maitrise de la langue a augmenté. C’est le fait, entre autres, de la démocratisation de l’enseignement et de la hausse considérable du nombre de diplômés de l’enseignement postsecondaire. Cela entraine du même coup des attentes plus élevées en matière de compétence linguistique. C’est ainsi que subsiste la perception d’un déclin de la maitrise de la langue française au Québec et un sentiment général d’une piètre maitrise de la langue.

De nombreux enjeux sociaux sont liés à la maitrise de la langue.

a)   De faibles compétences linguistiques, en français oral et écrit, constituent un facteur d’exclusion pour tout citoyen. Les stratégies d’amélioration de la maitrise de la langue, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’élèves, de futurs enseignants ou d’autres travailleurs, doivent prendre en compte la composante immigration. Il faut le dire, toutefois : la pauvre maitrise du français n’est pas un problème exclusif à ceux dont la langue maternelle n’est pas le français; ce serait même le contraire dans certains cas, selon les données du très récent rapport de Thierry Karsenti sur les défis rencontrés par les enseignants du collégial.1

b)   Le décrochage scolaire est également un sujet de préoccupation depuis de nombreuses années. Ses répercussions sur l’employabilité, l’inclusion sociale, la santé, etc., sont bien documentées. Le décrochage est souvent la conséquence d’un parcours scolaire parsemé d’échecs, et ces échecs sont souvent liés à de faibles compétences linguistiques. Les conclusions du bulletin statistique de mai 2015 du ministère de l’Éducation confirment d’ailleurs que les difficultés en français constituent un important facteur d’échec à la fin du secondaire.

Il est donc primordial de prendre les mesures appropriées pour assurer l’acquisition des habiletés en lecture, en écriture et en communication orale dès le début de la fréquentation scolaire. Il en découle qu’on doit repérer très tôt les enfants à risque et intervenir rapidement auprès d’eux pour redresser la situation afin d’augmenter le taux de réussite scolaire.

D’autres enjeux sociaux peuvent résulter d’une déficience en communication orale ou écrite, comme la difficulté à trouver un emploi ou à évoluer avec le marché du travail, ou encore l’incapacité de comprendre et de traiter l’information, de profiter des innovations technologiques, etc. Le choix de ne pas faire état de l’ensemble des entraves qui peuvent découler de faibles compétences en littératie n’enlève rien à leur importance.

COMPÉTENCES LINGUISTIQUES DES QUÉBÉCOIS

Au cours des dernières décennies, beaucoup a été dit et écrit sur la maitrise de la langue française au Québec. Il est très intéressant, et à la fois consternant, de noter la similitude des jugements, la plupart du temps négatifs, portés sur l’état de la langue en usage au Québec et sur les causes de nos faiblesses linguistiques; il l’est tout autant de constater à quel point les solutions proposées se ressemblent, à croire qu’aucune n’a eu d’effets.

LES COMPÉTENCES EN FRANÇAIS ORAL

L’oral est utilisé par tous; ce n’est pas le cas de l’écrit. Pourtant, un constat récurrent émerge des publications clés du Conseil supérieur de la langue française depuis sa création : l’oral serait un aspect de la langue qui exigerait un travail de redressement considérable. Toutefois, dès qu’il s’agit de passer d’une critique de la situation à des pistes de solution, on sent une réticence générale, conséquence d’un malaise linguistique fréquemment observé lorsqu’il s’agit de définir ce qui est attendu comme compétence en français oral. Pourtant, une bonne part des jugements sur la piètre maitrise de la langue des Québécois porte sur l’oral.

D’entrée de jeu, il faut tout de même souligner qu’il y a eu une amélioration de la compétence orale des Québécois. En l’absence d’outils d’évaluation, c’est ce qu’ont noté plusieurs observateurs de la scène linguistique québécoise, en parlant par exemple de rapprochement du marché linguistique québécois et du marché francophone international ou encore d’homogénéisation de ce marché.

LA MAITRISE DE LA LANGUE : LE RÔLE INCONTESTABLE DE L’ÉCOLE

Comme nous, le Conseil supérieur de l’éducation a maintes fois reconnu, dans ses avis, que la maitrise du français est un enjeu de première importance, en ce sens qu’il dépasse la simple acquisition de connaissances ou l’accès à une compétence. On y évoque la persistance du problème de la compétence linguistique, les spécificités du contexte sociolinguistique québécois et les obligations qu’imposent à l’école l’éducation de masse et la nécessité d’assurer une formation générale diversifiée. Le Conseil supérieur de l’éducation situe ainsi clairement le problème.

Le Conseil supérieur de l’éducation et le Conseil supérieur de la langue française, comme bien d’autres organismes publics, sont convaincus que la responsabilité première en matière d’amélioration des compétences linguistiques incombe aux établissements d’enseignement. Cette responsabilité ne saurait néanmoins leur être exclusive. Cela dit, dans le cadre du présent avis, les recommandations se concentrent sur l’école.

LA MAITRISE DE LA LANGUE ET L’ÉCOLE : LES ZONES D’INTERVENTION

LA FORMATION INITIALE DES MAITRES

Pour rehausser la maitrise de la langue chez l’ensemble des Québécois, il faut nécessairement veiller à la maitrise de la langue chez les futurs enseignants. Dans cette optique, on a proposé dès 1980 d’« exiger de ceux qui veulent entrer dans l’enseignement une connaissance solide de ce qui sera, leur carrière durant, leur principal outil de travail ».2

Au primaire, les enseignants sont des généralistes qui doivent enseigner plusieurs matières. Cependant, puisque le français est le véhicule de tous les apprentissages, il est primordial d’en bien maitriser les fondements et d’en comprendre la didactique. N’oublions pas que les connaissances à transmettre ne sont pas les mêmes pour tous les enfants; elles évoluent avec eux. Ainsi, les enseignants du premier cycle du primaire, qui accueillent les enfants à l’école et guident leur entrée dans l’écrit, doivent être en mesure de stimuler leur conscience phonologique et de les aider à comprendre le principe alphabétique.

Les compétences en lecture et en écriture forment la base sur laquelle reposent tous les apprentissages à l’école. La formation des enseignants doit être d’autant plus solide que les enfants, malheureusement, ne sont pas tous égaux en ce qui concerne leur rapport à l’écrit. Puisque des inégalités sont fréquentes aussi en langue orale (qu’il s’agisse du vocabulaire, de la syntaxe ou de la prononciation), cela influe grandement sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Quant aux futurs enseignants au secondaire, ils ont eux aussi un rôle important à jouer : on attend d’eux qu’ils maitrisent la langue afin d’être des modèles linguistiques, peu importe la matière enseignée. Les futurs enseignants de français, pour leur part, doivent de plus comprendre le fonctionnement de la langue, connaitre la didactique du français, langue première, et aussi détenir une solide culture littéraire. La connaissance du français, rappelons-le, est fondamentale pour l’étude de toutes les matières, pas seulement dans la classe de français.

L’ENTRÉE DANS LA PROFESSION ET LA FORMATION CONTINUE

Le Conseil supérieur de la langue française est d’avis que la classe de français doit être confiée à un enseignant ayant la qualification requise pour enseigner cette matière.

La formation continue est essentielle pour le maintien et le développement des compétences professionnelles. Les enseignants ne peuvent se soustraire à cette obligation. Il faut reconnaitre que l’école québécoise fait face à de nombreux défis liés notamment à l’évolution de la société et à l’hétérogénéité croissante des groupes d’élèves. Le corps enseignant doit de surcroit s’adapter aux changements périodiquement apportés aux programmes et demeurer au fait des nouvelles avenues de la recherche sur la langue, l’apprentissage et l’enseignement. Pour relever ces défis, nul doute que les enseignants ont besoin d’une formation continue de qualité, régulière et organisée, formation qui doit être assumée par le ministère de l’Éducation, puis relayée par les conseillers pédagogiques.

LES PROGRAMMES D’ENSEIGNEMENT DU PRIMAIRE ET DU SECONDAIRE

En 1987, le Conseil de la langue française notait ce qui suit par rapport aux compétences linguistiques des élèves : « le savoir-écouter semble relativement bien acquis, le savoir-lire et le savoir-parler ne sont pas suffisamment maîtrisés, alors que le savoir-écrire laisse le plus à désirer ». Les programmes actuels tiennent compte de ces observations : la langue est clairement au cœur des apprentissages. Les programmes ont donc considérablement changé, et les savoirs à acquérir ainsi que les compétences à développer se sont remarquablement précisés.

Comment expliquer, alors, que malgré tous les efforts déployés et malgré le renouvèlement du corps enseignant, on en arrive au constat que les jeunes d’aujourd’hui, lorsqu’ils écrivent en français, ne font ni mieux ni pire?3

Reconnaissons que la formation initiale des maitres s’est améliorée : elle est passée de trois à quatre années d’études universitaires et les programmes de formation se sont précisés. Pourtant, la classe semble être demeurée la même, hormis quelques initiatives pédagogiques, dont les tableaux blancs interactifs installés, les manuels scolaires remplacés et les activités parfois renouvelées. Des contraintes de tous ordres ont modifié le paysage scolaire, sans compter que les élèves ont considérablement changé depuis trente ans. Trop souvent, les exigences en français sont perçues comme une punition, alors qu’elles devraient plutôt être l’objet de valorisation. C’est du moins ce que signale l’étude de Karsenti4 publiée plus tôt cette semaine. Au bout du compte, l’écart entre ce que prescrivent les programmes et la réalité dans les écoles semble rester important.

LES INTERVENTIONS EN LANGUE ORALE

La non-maitrise de l’oral constitue pour les jeunes un obstacle de taille au moment d’entrer sur le marché du travail.

On sait que l’oral prime dans la communication, et sa maitrise fait l’objet de distinctions socioculturelles dont les conséquences sont considérables en termes personnels et professionnels.

Les programmes actuels du ministère de l’Éducation accordent autant d’importance à la compétence à communiquer oralement qu’aux deux autres compétences (c’est-à-dire le savoir-lire et le savoir-écrire). On leur consacre le même nombre de pages, et ce, en éléments de contenu de toutes sortes, y compris les savoirs, les stratégies et les éléments d’évaluation. Par ailleurs, des chercheurs et des didacticiens de l’oral ont développé – et continuent de développer – des contenus qui sont identifiés, hiérarchisés et organisés dans une progression allant du primaire jusqu’à la fin du secondaire.

Plusieurs enseignants semblent cependant avoir du mal à cerner, d’une part, ce qu’il y a à enseigner et, d’autre part, la façon de le faire. Peu d’universités offrent un cours de didactique de l’oral durant la formation initiale des maitres, sans compter qu’il en existe peu où l’on intervient pour améliorer la compétence orale des futurs maitres. La formation continue n’aborde pas davantage cette facette de la compétence linguistique.


                                                  LES RECOMMANDATIONS

Pour toutes les raisons qui viennent d’être exposées, nous avons fait le choix, dans cet avis, d’axer nos recommandations sur le milieu scolaire et sur la formation des enseignants.


Il ne semble guère réaliste d’envisager de grandes réformes des programmes d’enseignement; le monde de l’éducation québécois en a probablement assez connu au cours des dernières décennies.

Dans ce contexte, le Conseil supérieur de la langue française souhaite plutôt mettre l’accent sur la réalisation de recommandations déjà proposées pour l’amélioration de la maitrise de la langue, tout en insistant sur quelques points qui exigent une attention particulière.

En 2007, un comité d’experts sur l’apprentissage de l’écriture recevait de la ministre de l’Éducation le mandat de déposer un rapport et des recommandations sur l’apprentissage du français écrit au primaire et au secondaire. En janvier 2008, le comité déposait son rapport intitulé Mieux soutenir le développement de la compétence à écrire, qui constituait tout autant une synthèse des préoccupations du milieu de l’enseignement qu’un consensus des correctifs envisagés pour améliorer la situation. Généralement bien reçu dans les milieux intéressés à l’éducation, le rapport présentait 22 recommandations, dont une grande partie a été reprise dans les mesures du plan d’action du ministère de l’Éducation pour l’amélioration du français à l’enseignement primaire et secondaire. Il s’agit là du plus récent document ministériel traitant de la question de la maitrise de la langue à l’écrit. Le Conseil supérieur de la langue française pense, à l’instar de nombreux experts du milieu de l’enseignement, que ces recommandations demeurent valables. En conséquence, plusieurs des recommandations de cet avis s’en inspirent largement.

Tenant compte de l’importance que revêt la maitrise de la langue française pour l’avenir de la société québécoise, linguistiquement minoritaire sur le continent américain, pour l’édification de la cohésion sociale dans un Québec de plus en plus multiethnique, et pour que chaque citoyen puisse développer pleinement ses capacités :

Le Conseil affirme que le français est le fondement sur lequel s’appuient tous les apprentissages scolaires, à l’école primaire comme à l’école secondaire de langue française; sa maitrise favorise la réussite. En ce sens, le français se distingue de toutes les autres disciplines.

LISTE DES RECOMMANDATIONS

En ce qui a trait à l’enseignement à l’oral comme à l’écrit de la langue française :

Recommandation 1 :

Le Conseil recommande au ministère de l’Éducation de veiller à ce que le nombre d’heures d’enseignement du français prévu au régime pédagogique du secondaire (soit 400 heures au 1er cycle [1re et 2e secondaire], 200 heures en 3e secondaire et 150 heures par année en 4e et 5e secondaire) devienne prescriptif.

Recommandation 2
 :

Le Conseil recommande au ministère de l’Éducation de veiller à ce que le nombre d’heures allouées hebdomadairement au français, langue d’enseignement, dans le régime pédagogique au premier cycle du primaire soit augmenté et que ce nombre d’heures devienne prescriptif.

En ce qui concerne les compétences en enseignement du français oral et écrit au secondaire :

Recommandation 3 :

Le Conseil recommande que les enseignants chargés d’enseigner le français au secondaire soient formés pour cette discipline ou, à défaut, qu’ils aient cumulé un minimum de 15 crédits universitaires dans cette discipline.

En ce qui concerne la formation des conseillers pédagogiques en français oral et écrit :

Recommandation 4 :

Le Conseil recommande que les conseillers pédagogiques reçoivent une formation en enseignement du français ou, à défaut, qu’ils soient tenus d’avoir obtenu un minimum de 15 crédits dans cette discipline, notamment en didactique du français.

Recommandation 5 :

Le Conseil recommande que le ministère de l’Éducation assure une formation continue aux conseillers pédagogiques, particulièrement en ce qui concerne les avancées didactiques et disciplinaires; cette formation doit mieux les outiller pour l’enseignement du français, notamment en ce qui a trait à l’enseignement de l’oral.

En ce qui touche la formation initiale des maitres :

Recommandation 6 :

Le Conseil recommande que la formation initiale à l’éducation préscolaire et à l’enseignement primaire accroisse les exigences générales pour l’enseignement du français, notamment en ce qui concerne le développement du langage, l’entrée dans l’écrit, la conscience phonologique et le principe alphabétique.

Recommandation 7 :

Le Conseil recommande de veiller à ce que soit aménagé un espace de formation commune entre les baccalauréats de formation à l’enseignement (primaire et secondaire) et ceux de formation à l’adaptation scolaire et sociale, en vue d’assurer une meilleure formation langagière des enseignants en adaptation scolaire et sociale.

Pour veiller à l’amélioration de la formation initiale des maitres dans tous les programmes universitaires :

Recommandation 8 :

Le Conseil recommande que le Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE), dans le cadre du mandat qui lui a été confié, s’assure du suivi des recommandations dans chacun des programmes de formation à l’enseignement.

Enfin, en ce qui a trait à l’admission des candidats à l’enseignement dans les programmes de formation initiale des maitres, tant au primaire qu’au secondaire :

Recommandation 9 :

Le Conseil recommande que les exigences d’admission aux programmes de formation à l’enseignement soient rehaussées et que des mesures incitatives soient implantées pour attirer les meilleures candidatures possibles.


Pour favoriser la réussite :

Recommandation 10 :

Le Conseil recommande au ministère de l’Éducation de mettre en place des conditions qui facilitent l’accompagnement dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture de tous les élèves, notamment ceux dont le parcours pourrait s’annoncer moins facile; il insiste pour que des spécialistes puissent collaborer avec les enseignants et intervenir auprès des élèves ayant des besoins particuliers.

Pour que la maitrise de la langue orale soit mieux encadrée :

Recommandation 11 :

Le Conseil recommande au ministère de l’Éducation d’accorder une attention plus grande à l’enseignement et à la correction du français oral, particulièrement au primaire.

Enfin :

Recommandation 12 :

Le Conseil recommande qu’un comité mixte et autonome de suivi des recommandations soit formé, avec le mandat de prendre les dispositions nécessaires pour que soit assurée la qualité de l’enseignement du français. Ce comité de suivi devra évaluer les performances en français, à l’oral comme à l’écrit, et en faire un bilan régulièrement. Pour ce faire, il devra utiliser des indicateurs de performance ou en mettre au point, le cas échéant.

                                                          CONCLUSION

Le Conseil supérieur de la langue française est tout à fait conscient qu’on ne peut demander au système scolaire et, plus particulièrement, aux enseignants de français, d’endosser à eux seuls la responsabilité de l’avenir du français au Québec, du décrochage scolaire et des problèmes de littératie chez les adultes. Ce sont là des problématiques dont les causes sont multiples et dont les conséquences sociales sont préoccupantes. Elles ont cependant ceci en commun : elles sont forcément en rapport, bien que sous des aspects différents, avec des compétences linguistiques déficientes.

Il est difficile d’envisager l’amélioration des compétences en français oral et écrit sans d’abord valoriser l’usage même de cette langue dans la société québécoise. Sans cela, la mise en œuvre des recommandations ne suffira pas, et l’école ne pourra faire mieux, faute de motivation sociale.

La lecture, l’acquisition du vocabulaire et son enrichissement de même que le développement des compétences en communication orale et écrite, voilà autant d’apprentissages qui sont favorisés par le système scolaire. Par contre, si ces apprentissages sont réservés au milieu scolaire, sans être renforcés dans l’environnement familial et social de l’élève, l’acquisition de bonnes compétences linguistiques en sera inévitablement affectée.

L’utilisation d’un français oral et écrit de bonne qualité doit aussi devenir une obligation, si ce n’est déjà le cas, dans les établissements d’enseignement postsecondaire francophones. Ces établissements ont déjà l’obligation de se conformer aux politiques linguistiques dont ils ont eu à se doter, en conformité avec les exigences des articles 88.1 et 88.2 de la Charte de la langue française. Une certaine continuité quant aux exigences linguistiques entre les ordres d’enseignement est essentielle.

Le Conseil supérieur de la langue française, tout comme l’ensemble de la société québécoise, pense que l’éducation, en particulier le système scolaire, constitue une priorité nationale, au même titre que la santé. Il en découle inévitablement qu’il faut inventer des façons de faire qui resituent l’école au centre du progrès social du Québec et qu’il faut absolument réinvestir, au sens large, dans l’éducation. Notre avis rappelle avec insistance les liens entre la maitrise de la langue française, orale et écrite, et les autres apprentissages; il décrit rapidement les avantages personnels et sociaux auxquels la maitrise de la langue française donne accès au Québec; il évoque aussi les liens qu’on peut établir entre de faibles compétences linguistiques, orales ou écrites, et le décrochage scolaire, l’employabilité, l’exclusion sociale, etc., et les contrecoups sur l’économie qui en résultent.

En somme, même si la maitrise de la langue française est une responsabilité partagée, il n’en demeure pas moins que c’est l’école qui est au centre de l’action. Et ce sont les enseignants, en premier lieu les enseignants de français, qui continuent d’être les principaux agents de l’amélioration des compétences linguistiques. La volonté du milieu de l’éducation de collaborer pleinement au rehaussement de la maitrise de la langue et le professionnalisme des enseignants ne peuvent être remis en question. Il n’en demeure pas moins que les conditions d’exercice de la profession sont de plus en plus difficiles. Le Conseil supérieur de la langue française souhaite sincèrement que l’État québécois fournisse aux enseignants le soutien et les ressources nécessaires pour accomplir leur travail avec efficacité. Le Conseil, en formulant ses recommandations, ne peut que souhaiter des améliorations qui dépendent pour une large part de la valorisation de la mission d’éducation et de ceux qui la remplissent.


1. Thierry KARSENTI, Quelle est la pertinence de la formation générale au collégial? Une revue de la littérature; une enquête auprès de 166 enseignants, Montréal, CRIFPE, 2015 [En ligne]. [www.crifpe.ca/formationgenerale/Ce lien ouvre dans une nouvelle fenêtre, et son contenu risque de ne pas être accessible] (consulté le 5 octobre 2015)

2. Raymond JOLY, « Synthèses et commentaires », dans Conseil de la langue française (CLF), Actes du colloque « La qualité de la langue… après la loi 101 », Québec, 30 septembre–2 octobre 1979, Québec, CLF (coll. Documentation du Conseil de la langue française, 3), 1980, p. 233.

3. Pascale LEFRANÇOIS, citée dans Vincent Beaucher, « Pas une mince tâche de bien écrire en français », La Tribune, 18 avril 2015, p. 19.

4. Thierry KARSENTI, Quelle est la pertinence de la formation générale au collégial? Une revue de la littérature; une enquête auprès de 166 enseignants, Montréal, CRIFPE, 2015, p. 25 [En ligne]. [www.crifpe.ca/formationgenerale/Ce lien ouvre dans une nouvelle fenêtre, et son contenu risque de ne pas être accessible] (consulté le 5 octobre 2015)

Vers le haut